guitare-classique — GC66

septembre-novembre 2014Numéro 66 Histoire Dans l’atelierde Jean-Noël Rohé,Lutherie sur la guitaredu flamencoL’influence le vernis au tampon cla — GC66

septembre-novembre 2014Numéro 66 Histoire Dans l’atelierde Jean-Noël Rohé,Lutherie sur la guitaredu flamencoL’influence le vernis au tampon classique Les 100 « piècétudes » de

ROLAND

DYENS

Shin-Ichi FukudaLiat CohenInterviews Le répertoireguitare et voixDiscographie Bancs díessai Pablo CardinalRémy Larson Dieter Hopf Traveler Guitar

39 PAGES DE MUSIQUE EN SOLFÈGE ET TABLATURE

ÉDITORIAL

APPEL À TÉMOINS

Un de nos amis musiciens s’est fait voler sa guitare Daniel Friederich, année 1977. Elle porte le numéro 450. Si vous disposez d’informations, merci de contacter la rédaction, qui transmettra à son propriétaire. La musique P. 4E-mail : guitareclassique@editions-dv.comCourrier des lecteurs P. 6 News avant toute chose Toute l’actu. Dans quelques jours, à l’heure où paraîtra ce nouveau numéro de Guitare P. 10 Interview Shin-Ichi Fukuda classique, beaucoup d’entre vous auront tourné la page des vacances Le guitariste japonais rend aujourd’hui un brillant hommage et auront moins de temps à consacrer à leur instrument, souvent à son homologue Tœuvres pour guitare solo, dans le premier volume de la sérieōru Takemitsu en enregistrant l’intégrale de ses sacrifié sur l’autel des préoccupations du quotidien. Pour autant, moins « Japanese Guitar Music », parue chez Naxos de temps ne veut pas dire moins de plaisir à jouer et à faire de la musique. Le plaisir, la musique, c’est ce que trois de nos invités de ce numéro P. 12 Interview Liat Cohen se sont évertués à respecter en menant à bien des projets qui, de prime Avec « Rio-Paris » (Erato / Warner), l’alliance sacrée entre Liat Cohen, abord, semblaient difficilement réalisables. Natalie Dessay, Helena Noguerra et Agnès Jaoui étonne et détonne tout Les 100 de Roland Dyens resteront sans aucun doute dans l’histoire au long d’un disque où la bossa-nova et le chôro sont à l’honneur. de la guitare... comme un immense défi mené à bien, sans rien sacrifier Quid de cette rencontre ? Réponses de la guitariste Liat Cohen à ce qui fait « la patte Dyens » : qualité de l’écriture, précision des annotations qui accompagnent chacune des partitions mais également P. 16 Interview Roland Dyens humour – si cher au compositeur – dans les titres dont chacun des mots Et si Roland Dyens venait de marquer l’histoire de la guitare avec ses semble avoir été ciselé avec la précision d’une note. Avec toujours ce 100 « piècétudes », une série de pièces didactiques présentées comme « de souci, de la première à la dernière de ces « piècétudes », de « faire la musique avant toute chose » par le musicien ? Échange à cœur ouvert de la musique avant toute chose ». Surtout ne pas enregistrer une énième version des études et préludes P. 22 Saga Regino Sáinz de la Maza de Villa-Lobos, tel est le défi auquel s’est attaquée Liat Cohen, défi au Regino Sáinz de la Maza fait partie de ces musiciens espagnols, avec sein duquel on retrouve quatre femmes, quatre artistes venues d’univers Miguel Llobet, Emilio Pujol ou Andrés Segovia, qui ont participé au différents, qui ont décidé de faire chanter la musique du Brésil. Pari renouveau de la guitare. Retour sur sa carrière en sept points essentiels réussi, là encore, avec l’album « Rio Paris » qui rend aussi hommage P. 26 Guitare de légende à Carlos Jobim, Baden Powell ou encore Luiz Bonfá. Guitare Jacques Philippe Michelot, Paris, 1767 Autre défi musical de taille, celui relevé par Shin-Ichi Fukuda quand il a accepté de se consacrer à l’intégrale de Tōru Takemitsu, l’homme P. 28 Lutherie qui a réussi à unifier les musiques d’Orient et d’Occident. Une nouvelle Reportage dans l’atelier de Jean-Noël Rohé : le vernis au tampon fois, pari réussi. L’enregistrement qui a été confié à Norbert Kraft, « le sorcier de Naxos », reflète bien toute la sensibilité de cette musique P. 32 Bancs d’essai mystérieuse. Dieter Hopf « Portentosa Evolución », Rémy Larson « Asphodèle », Trois projets, trois guitaristes en quête de plaisir et de musique qui Pablo Cardinal C400, Traveler Escape Classical nous confortent dans la philosophie que nous défendons depuis toujours dans Guitare classique : de la guitare, oui, mais d’abord de la musique P. 40 Guitares classique et flamenca pour éviter cette mondialisation, ce formatage que l’on retrouve trop en Espagne au XIXe siècle souvent chez nos jeunes virtuoses afin que«seuls restent les poètes», L’histoire de la guitare classique en Espagne au XIXe siècle est comme conclut joliment Roland Dyens. actuellement en pleine révision. Entre la génération de Fernando Sor etDionisio Aguado, et celle de Francisco Tárrega, deux noms sortent Belle musique à toutes et à tous. du lot : Trinidad Huerta et Julian Arcás. Explications Valérie Duchâteau www.valerieduchateau.com P. 44Petit guide pratique à travers quelques enregistrements marquants Le répertoire guitare et voix

PROCHAINE PARUTION LE 25 NOVEMBRE 2014

POUR NOUS ÉCRIRE : guitareclassique@editions-dv.com P. 46 le conservatoire de Cergy-PontoiseGuitare Academy : Directrice de la publication : Valérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Avec Fabienne Bouvet et ses élèves Rédacteur en chef : Florent Passamonti (florent.passamonti@guitarpartmag.com) Secrétaire de rédaction : Clément Follain (clefollain@gmail.com) Création et réalisation maquette : Guillaume Lajarige (galerija@wanadoo.fr) P. 50 Blind Test : Pierre Bibault Saisie musicale : Jean-Marie Lemarchand Conception et réalisation CD-ROM : Dominique Charpagne À l’écoute, les « Valses poeticos » d’Enrique Granados Rédacteurs : Martin Ackerman, Estelle Bertrand, Fabienne Bouvet, Valérie Duchâteau, Jacques Carbonneaux, Marylise Florid, Clément Follain, Christian Laborde, Jean-Marie Lemarchand, Sébastien Llinares, Bruno Marlat, François Nicolas, Mathieu Parpaing, Florent Passamonti, Samuel Rouesnel, Marc Rouvé, P. 51 Pédago Julien Siguré, Norberto Torres Cortés Accompagnées d’un CD audio et vidéo, Photo couverture : © Romain Bouet Photographe : Romain Bouet 39 pages de partitions en solfège et tablature. Chef de publicité : Jocelyne Erker (06 86 73 50 86 – joss@editions-dv.com) Guitare classique est une publication trimestrielle éditée par la SARL Blue Music, au capital de 1 000 euros. RCS Orléans : 794 539 825. P. 96 Chroniques Siège social : 19, rue de l’Étang-de-la-Recette, 45260 Montereau. Tél. : 01 41 58 61 35 – fax : 01 43 63 67 75. L’essentiel des sorties CD et partitions de ces derniers mois. Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) : Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert : 0 800 34 84 20. Abonnements : Back Office Press (contact@bopress.fr – Tél. 05 65 81 54 86) La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule P. 98 Petites annonces responsabilité de leurs auteurs. Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication. © 2014 by Blue Music. Distribution : Presstalis. Impression : Léonce Desprez. Commission paritaire no 0511K78770. (Imprimé en France.) POUR CONSULTER LE SOMMAIRE DES ANCIENS

NUMÉROS, RENDEZ-VOUS EN PAGE 29.

#66 Guitare classique • 3

COIN DES LECTEURS

Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com

© DR

LA LECTRICE DU MOIS QUEL BUDGET POUR

Valérie Bouin, 51 ans, UNE GUITARE ?Je me permets de vous écrire suite à l’inter- Neauphle-le-Château (Yvelines) view de Jean-Jacques Fimbel« Guitare Academy » du GC #65] [publiée dans la. En effet, ce © DR dernier avance qu’il fait acheter à ses élèvesdes guitares à 1 800 euros sous prétexte qu’on ne peut pas faire de la bonne musique sur une guitare à 200 euros. De quels élèves parle-t-il ? Entre 200 et 1 800 euros, il existe de bonnes guitares « d’étude », notamment dans la fourchette comprise entre 500 et 800 euros, sommes à portée de davantage de bourses. Dans ces propos, il y a de quoi décourager et donner des complexes à un élève peu fortuné mais peut-être doué pour cet instrument. Je n’ose croire que Jean-Jacques Fimbel soit élitiste financièrement à ce point.

ROBERT AIMASSO

Cher Robert, L’achat d’une guitare de qualité sur mesure, pour un élève, reste pour moi essentiel, car j’ai constaté qu’un diapason de 63 cm (au lieu des 65 cm habituels Depuis quand joues-tu de la guitare ? pour une guitare « entière »), facilite le jeu et l’acquisition des bases techniques J’ai eu une « première vie » avec la guitare lorsque j’étais lycéenne. pour des personnes qui ont de petites mains. Vous devriez passer un de ces jours Après une longue interruption (études, famille, etc.), j’ai repris il à Mulhouse, pour constater, auprès de mes élèves, le bienfait de ma théorie. Bien y a une vingtaine d’années avec des hauts et des bas, selon le temps sûr, les jeunes élèves qui jouent sur des guitares « demies » ou « trois quarts » ne dont je dispose. sont pas encore concernés par l’achat d’une guitare sur mesure. La question se pose réellement lors du passage à la guitare « quatre quarts ». D’autre part, le travail Quelle est ta guitare ? que j’effectue sur la sonorité est également facilité avec une guitare d’étude de Je joue sur une Maurice Dupont de concert en épicéa et padouk, qualité. Je me permets de vous rappeler que la guitare (dans un conservatoire) reste achetée il y a dix ans à la Guitarreria, à Paris. souvent le seul instrument que les parents achètent à bas prix dans des magasins de musique. Les prix moyens pour les autres instruments, à partir du 2e cycle, sont Plutôt des atomes crochus avec la musique ancienne ou roman- du même ordre, voire plus onéreux par rapport à ce que je préconise pour la gui- tique ? tare : pour les pianistes 4 000 euros, altistes 2 500 euros, cornistes 2 500 euros, J’aime un peu tous les styles, avec un penchant pour la musique accordéonistes 3 000 euros, hautboïstes 2 000 euros, harpistes 12 000 euros (ou romantique et la musique sud-américaine. 1 300 euros en location à l’année), clavecinistes 6 000 euros… Et les enfants qui apprennent ces instruments n’ont certainement pas tous des parents aisés ! Ton dernier coup de cœur musical (pas forcément à la guitare) ? Pourquoi la guitare devrait-elle rester le parent pauvre de la musique et se Maria Callas chantant l’Ave Maria de Schubert, entendu sur contenter d’instruments difficiles à jouer, manquant de puissance sonore, de Internet. Sinon, en ce moment, j’écoute souvent l’album de Sharon couleurs et de timbre ? La guitare est un instrument noble et c’est de notre res- Isbin « Journey to the New World ». ponsabilité qu’elle le reste encore longtemps. Très cordialement, Lorsque tu découvres le contenu de Guitare classique, vers quelles JEAN-JACQUES FIMBEL rubriques vas-tu spontanément ? Je commence par tout feuilleter, puis je lis les bancs d’essai de guitares de luthier – pour rêver – et les rubriques « Lutherie » et « Guitare de légende ». Ensuite, les actualités à la recherche du LE VIRAGE INTERNET ? concert où je pourrais aller, puis les interviews, sagas et le reste. Je n’ai pas toujours très bien accueilli les évolutions de Guitare classique, mais je Je regarde les partitions après, plus tranquillement, et les enre- reconnais avec plaisir que vos efforts constants ont porté leurs fruits. Les années gistrements vidéo et audio si besoin lorsque j’ai envie de les tra- passent et je consomme cette revue avec toujours autant d’appétit. Donc, un vailler, surtout si je rencontre des difficultés ! grand bravo pour votre travail et votre persévérance. Loin de moi l’idée de vous donner davantage de travail, mais à l’heure d’un Travailles-tu les master class proposées ? Si oui, laquelle as-tu Internet omniprésent, avoir votre propre site Web pourrait contribuer au dé- préférée ? veloppement du titre et répondre aux besoins de votre lectorat. Guitare classique Je n’en ai pas travaillé une plus qu’une autre, mais je les regarde en version numérique, peut-être ? toutes et je pique les trucs qui m’intéressent. Ma master class pré- FRÉDÉRIC MESNIER férée est celle de Roland Dyens consacrée à Alba nera. L’idée d’une version numérique est effectivement dans nos cartons, d’autant que Guitare classique est, à notre connaissance, l’un des rares médias internationaux Comment pourrions-nous nous améliorer ? consacrés à la guitare classique avec une approche aussi variée et complète : par- Il faudrait étoffer les rubriques consacrées aux chroniques de CD titions, interviews, bancs d’essai, reportages « lutherie », dossiers thématiques, et de partitions, et aussi publier plus à l’avance les annonces de leçons filmées, etc. concerts, histoire de pouvoir s’organiser. Sinon, globalement, je Quant au site Internet, nous collaborons pour le moment avec nos amis de lis le magazine presque depuis le début et je trouve qu’il se bonifie www.guitareclassique.net. en vieillissant. Wait and see… 4 • Guitare classique #66

NEWS

EN BREF NOUVEAUTÉ PARTITIONS

nommé professeur au CRRPierre-Barbizet de Marseille. Philippe Azoulay vient d’être RAÚL Couleur « tango »MALDONADO Paula Thomasun récital le 14 septembre Maud Laforest et la flûtiste donneront Le guitariste d’origine argentineRaúl Maldonado vient de sortir à Argent-sur-Sauldre (Cher). quatre arrangements de piècesd’Ángel Villoldo pour diverses annuel du classique et du jazz,sera de retour en 2015 Musicora, le rendez-vous formations de chambre (trio ou à la Grande halle de la Villette. tango !rosarinas quatuor de guitares, deux flûtes et trois guitares, etc.) : (volume 2), il s’agit d’un recueil de quatre pièces adressé, El porteñito, El torito et El choclo. Quant à Rouge Brisas en concert les 23 et 24 octobre 2014 Philippe Mouratoglou sera aux étudiants de 3e cycle. À découvrir urgemment ! au théâtre de l’Athénée (Paris 9pour la création du spectacle e) www.editions-soldano.fr © DR Sur le filwww.philippemouratoglou.com, d’Hélène Thiébault. XIXes INTERNATIONALES © DR DE LA GUITARE DEDu 27 au 18 octobre MONTPELLIER Faisant la part belle à tous les styles de guitares, les XIXguitare accueilleront, parmi un panel de plusieurs dizaines d’invités, le duoes internationales de la Flammes & co, avec Arnaud Dumond et Jean-Baptiste Marino (2 et 5 octobre),et Benjamin Verdery (28 septembre). En parallèle, de nombreuses master class Benjamin Verdery Philippe Mouratoglou sont également prévues ainsi que des expositions de photos et autres projectionsvidéo sur votre instrument favori. À noter que les Internationales investissent également toute l’agglomération de Montpellier puisque plus de soixante activitéset animations gratuites seront proposées dans les lieux partenaires. www.internationalesdelaguitare.com © DR XIIe FESTIVAL GUITAR’ESSONNE Du 18 au 19 octobre Animé par Quito de Sousa, président de l’association Guitar’Essonne, le festivaldu même nom est devenu un rendez-vous incontournable de la rentrée. Comme à son habitude, l’Espace Jean-Lurçat de Juvisy-sur-Orge (91) accueillera le salondes luthiers et une dizaine de concerts. Cette année, les spectateurs pourront venir écouter Laurent Boutros, le duo Romantika, l’Eon Guitar Quartet, le QuartetConcordis et le Paris Guitar Quartet www.guitare-essonne.com « Récital » du Los Angeles GuitarQuartet GHA ressort l’album et en conditionnement digipack.www.gharecords.com en version « remasterisée » Laurent Boutros Le duo Romantika

© DR

Samuel Rouesnel XXVe FESTIVAL 2et Jérémy Peret  Félicitations à et 3e prix lors du concours de la, respectivement Thomas Csaba e D’ISSOUDUN Guitar Foundation of America 2014.www.guitarfoundation.org au 1Du 30 octobreer novembre françaisde faire la couverture chez nos Le guitariste et compositeur Jean-Marie Raymond vient Pour fêter son quart de siècle, les organisateurs du festival d’Issoudunont mis les petits plats dans les grands ! Au menu de cette grand-messe confrères japonais de(août 2014). Gendai Guitar de la guitare : le trio Joubran, Christian Laborde, Shaï Sebbag et AdrienJaniak, Kevin Seddiki, Samuel Rouesnel « Samuelito », Antoine Boyer,Paul Personne, le blues de County Jels (avec Sébastien Chouard et Éric © DR Sauviat), etc. www.issoudun-guitare.com 6 • Guitare classique #66 © Luis Castilla Fotografila

CONTRASTES RECORDS

le nouveau-né

TROIS QUESTIONS À

FRANCISCO BERNIER

Le guitariste et directeur artistique du festival de gui-tare de Séville, Francisco Bernier, vient de créer un label discographique sous le nom de ContrastesRecords. Parmi les artistes du catalogue, Lorenzo Micheli, Giampaolo Bandini (quatuor), AntonBaranov (vainqueur du GFA et Benicàssim) et bien d’autres. Rencontre. Comment est né Contraste Records ?D’un besoin de redéfinition de l’esthétique de la réception de la musique Sur quels critères signes-tu les artistes de ton catalogue ?pour guitare. Records, au-delà du fait de posséder une technique épurée, ont unevision de la musique et de la guitare, de la place que celles-ci occupentLes interprètes et les compositeurs qui travaillent avec Contrastes aujourd’hui dans la culture. Cela ne veut pas dire que Contrastes Recordsest un label « élitiste », cela veut dire qu’il est le label de l’élite. Dans un esprit de continuité, nous suivons les artistes avec lesquels nousnous compromettons depuis le début. De ce point de vue, Contrastes Records n’est influencé ni par les modes ni par les « vedettes » toujourschangeantes du « petit monde » de la guitare classique ou de la com- Comment peut-on se procurer les disques de tes artistes ?position. Nous avons les yeux fixés vers la postérité.Nous sommes distribués de deux manières : sur Internet, en version dématérialisée, et en magasin de musique, avec le CD. Pour les deuxsupports, notre distributeur est la compagnie Naxos. Il faut dire que Vous désirez nous portons une attention très spéciale à l’objet CD ; nous travaillonsavec des musicologues, des photographes et des artistes graphiques passer un de haute volée. www.contrastesrecords.com encart publicitaire ? XIIe Contactez

FESTIVAL

DE GUITARE DE PARIS

À l'heure où nous mettons sous presse, la programmation du XIIDu 27 au 30 novembre

JOCELYNE

de guitare de Paris vient de nous parvenir. Cette nouvelle édition accueillera,entre autres, le maître japonais Kazuhito Yamashita à qui il reviendra l’hon-e Festival neur de clore les festivités.– Jeudi 27 novembre : ERKER – Vendredi 28 novembre :Guitar Duo, Alvaro Pierri. Quatuor Éclisses, Judicaël Perroy. Kupinski Chef de publicité – Samedi 29 novembre :Ourkouzounov, Anabel Montesinos. duo Ogura- – Dimanche 30 novembre :Spina, Kazuhito Yamashita. Federico (joss@editions-dv.com) www.festivalguitareparis.fr Kazuhito Yamashita © DR + 33 (0) 6 86 73 50 86 #66 Guitare classique • 7

NEWS

EN BREF

jouera salle Cortot, à Paris, pour Le 2 octobre, Sébastien Llinares V e FESTIVAL SUL TASTO consacré à Wissmer et Sauguet,fêter en concert la sortie de son CD Paris, du 23 au 25 mai 2014 Pour la cinquième année consécutive, le festival de guitare Sul Tasto s’est tenu à Paris dans l’église de chez Paraty / Harmonia Mundi.Il assurera également la création Bon-Secours. Pour cette nouvelle édition, le festival s’est enrichi d’une soirée « lutherie », en préambule d’undésormais traditionnel week-end de concerts. Dans le show-room parisien de Maurice Dupont, Vincent Dubès, de deux pièces d’Éric Pénicaud etDominique Preschez. facteur de violons et de guitares classiques, a ainsi tenu une riche et « bonifiante » conférence autour du thèmedu vieillissement des instruments, en faisant profiter l’auditoire de sa hauteur de vue liée à sa double culture www.sebastienllinares.wordpress.com (lutherie du quatuor et guitare) et son insatiable curiosité. au Concours international de guitare Félicitations à Xavier Jara, 1 er prix de Boston. Le Ier de guitare « Roland Dyens »Stage international © Clément Follain de Narbonne se tiendradu 25 octobre au 1er www.rolanddyensstageinternational.sitew.fr novembre. l’European Guitar Builders Du 15 au 16 novembre, luthiers européens, américainsShow organisera le à Berlin, où plus de 110 Holy Grail Guitar Lorenzo Micheli CÈline Barcaroli et Tristan Manoukian (duo Miscelllaneous) et japonais viendront présenter leursinstruments et leurs recherches. Au programme : deux journéesd’exposition, concerts, démos Schmitt, a ouvert le bal à travers, notamment, de brillantes interprétations de classiques du répertoire pour duoétait à chaque fois proposé. Le duo Joncol, formé par l’Espagnol Carles Guisado Moreno et l’Allemande Britta Lors des deux soirées qui ont suivi, un double concert, où la guitare était mise en scène en duo et en solo, et conférences sur la lutherie.www.holygrailguitarshow.com de guitares d’Albéniz et Falla. Le Français Thomas Viloteau leur a succédé dans un répertoire exigeant (enparticulier le de sortir la compilation Sony Classical et RCA viennent dans un programme dominé par des compositions de Castelnuovo-Tedesco, distillées avec un art consommé. Le lendemain, Lorenzo Micheli, qui se fait trop rare en France, a donné un concert d’une intensité exceptionnelleMusic of Memory de Nicholas Maw), en livrant une prestation impeccablement maîtrisée. pas la guitare classique, mais ça « Je n’aime La sensibilité aigüe du guitariste italien alliée à un engagement physique comple ont su tenir en haleine un interprétations de Julian Bream,j’aime bien ! », où se côtoient les l’éclectisme. De Haendel à Gershwin en passant par Saint-Saëns et Piazzolla, la sémillante chanteuse lyrique du duo Miscellaneous (voix-guitare) ont livré une prestation guidée par, comme l’indique le nom de leur formation,public venu nombreux, baigné dans la lumière vespérale de l’édifice luthérien. Pour clore le festival, les Français John Williams, Alexandre Lagoyaet Thibault Cauvin. Céline Barcaroli a montré l’étendue de son talent sur les arrangements originaux – souvent inattendus –,ambitieux et ciselés du guitariste Tristan Manoukian. musiciens (Gabriele Natilla, Gaia Quirini,Rémi Jousselme) qui organise un festivalSaluons ici la ténacité du triumvirat de © Clément Follain dorénavant bien ancré dans le paysage tout autant, moderne, musicalement« d’une guitare soliste mais chambriste de la guitare classique, guidé par l’idée l’avenir, en un seul mot : vivante ! »racines anciennes mais tournée vers ambitieuse, fortement ancrée dans ses www.sultasto.org Clément Follain . Le luthier Vincent DubËs lors de sa confÈrence © DR XIVe FESTIVAL INTERNATIONAL Luz MarÌa Bobadilla DE GUITARE DEDu 29 juin au 5 juillet 2014 LAMBESC C’est dans le cadre toujours aussi somptueux du château Pontet-Bagatelle que s’est déroulée sociation Aguira et de Jorge Cardoso, son directeur artistique. Après la « claque » de l’annéecette 14 e édition du Festival international de guitare de Lambesc, sous la baguette de l’as- © Clément Follain dernière, provoquée par la venue de Paco Ibáñez, il fallait que cette programmation 2014 soità la hauteur. Inutile de préciser que, programmé dès la première soirée, Jérémy Jouve n’a pas déçu. Avec sa simplicité et son élégance habituelle, il a fait découvrir au public un répertoireoriginal. Dès le lendemain, Jorge Cardoso et Sylvie Dagnac étaient à l’honneur, tant au travers de leur duo que de l’octette dirigé par le maestro argentin ou par la démonstration donnéepar la classe de Sylvie. Rubén Parejo (Paraguay), Giovanni Grano (Italie) et Luz María Bobadilla un concert réunissant tous les invités.complétaient la programmation de cette 14 e édition qui, tradition oblige, s’est clôturée parwww.festivalguitare-lambesc.com 8 • Guitare classique #66

CONCOURS DE GUITARE DE

MFélicitations aux lauréats du concours, qui s’estONTIGNY-LE-BRETONNEUX déroulé les 24 et 25 mai !Tous ont également gagné des abonnements à Guitare classique1er – 1recycle : . – 2e année : Enzo Levy, mention « très bien » à l’unanimité avec félici- année : Yassine Dridi, mention « très bien » à l’unanimité ; tations du jury ;– 3e Schimitt-Garrido, mention « très bien » ;– fin de cycle : Ambre Thomas, mention « très bien » à l’unanimité avec fé-année : Xavier Romand, mention « très bien » à l’unanimité, et Lisa – Pierre Dinh Khang : mention « très bien » à l’unanimité ;Fin de 2licitations du jury, et Arno Cellarier, mention « très bien » à l’unanimité.e cycle : – André Nobile : mention « très bien » à l’unanimité.Fin de 3e – Daiana Matevosova : 2– Bruno Pencek : 1cycle : er prix ;e prix. http://concoursdeguitare.voila.net

CORDEFACTUM

FESTIVAL DE GUITARE

ET DE LUTHERIE

Hingene, du 29 mai au 2 juin 2014 que se déroule ce festival-salon de lutherie qui met la guitare à l’honneurtousC’est dans le cadre enchanteur du château d’Ursel, à Hingene (Belgique), instrumentenbouw (CMB, l’école de lutherie de Puurs), ce qui expliquel’importance accordée à la facture instrumentale. Pour cette édition, le les quatre ans. L’organisation est assurée par le Centrum voor muziek- thème était le Leonardo Guitar Research, un projet européen qui réunitdes luthiers et écoles de tout le continent autour de la limitation, voire la disparition, des essences tropicales (ébène, palissandre, cèdre duHonduras...). L’idée est d’utiliser des essences de bois alternatives, en provenance d’Europe ou d’Amérique du Nord, tels l’acacia (touche), lefrêne, le platane, le peuplier, le noyer... créations (classiques et folks), ce qui a permis de juger du haut niveautechnique de ces jeunes luthiers, avec des instruments soignés, par-Les élèves du CMB et de l’école Ikata (Finlande) exposaient leurs faitement assemblés et finis. Les qualités sonores n’étaient pas enreste, avec de belles réussites tant en matière de puissance que deExpo beauté du timbre. Certes, le schéma palissandre-épicéa ou red cedarest tellement ancré dans l’esprit des guitaristes classiques qu’il faut un temps d’adaptation – au moins visuel – devant ces guitares en « boisblancs », surtout pour la touche. On prendra donc bien soin de laisser ses aprioris dans l’étui et d’écouter avec ses oreilles plutôt qu’avec sesyeux ! Les quatre soirées ont permis d’écouter de beaux concerts (deux par soir) dans des styles très variés (classique, folk, flamenco). Le ven-dredi 30 mai, Roberto Aussel nous a offert un magnifique moment de musique, avec notamment les Cinq Pièces d’Astor Piazzolla. www.cmbpuurs.be Marc Rouvé © Marc RouvéLe salon de lutherie Roberto Aussel #66 Guitare classique • 9

INTERVIEW

PAR JEAN-MARIE LEMARCHAND © DR

Shin-Ichi Fukuda 10 • Guitare classique #66 Sur les traces de Tōru Takemitsu Maître incontesté de la guitare, Shin-Ichi Fukuda a réalisé aujourd’hui plus de soixante enregistrements et joue à travers le monde en soliste ou au sein de diverses formations de chambre ou orchestrales. Dédicataire du Concerto da Requiem – In memoriam Takemitsu II (2006) de Leo Brouwer, le guitariste japonais rend aujourd’hui un brillant hommage à son homologue compositeur en enregistrant l’intégrale de ses œuvres pour guitare solo dans le premier volume de la série « Japanese Guitar Music », parue chez Naxos. Décédé en 1996, Tōru Takemitsu a été le premier mystérieuse, s’est présentée à moi. Techniquement, Soleil levant. Il a composé quantité d’œuvres, mais compositeur japonais à acquérir une réputation c’était mon ultime chance d’enregistrer des pièces l’industrie du cinéma hollywoodienne n’en a hélas internationale. Dans un contexte politique balan- si difficiles, car j’ai déjà 56 ans ! [Sourire.] pas fait bon usage. Lui aimait les films de science- çant entre l’occidentalisation et le protectionnisme, fiction de Spielberg et aurait été ravi de travailler Takemitsu ne tranchera jamais définitivement Takemitsu semblait avoir su parfaitement bien avec lui. Il a reconnu aussi ne pas apprécier tant entre ses origines culturelles, qu’il rejettera d’abord, appréhender la complexité de la guitare. Savez- que ça l’univers d’Akira Kurosawa [réalisateur ja- et sa forte attirance pour la musique occidentale. vous comment il travaillait ? ponais décédé en 1998] avec qui il a collaboré à plu- Il créera en réalité un pont entre l’Est et l’Ouest, Takemitsu possédait une guitare du luthier Masaru sieurs reprises ; « C’est toujours sombre et pesant… avec un style qui lui est propre, le propulsant parmi Kohno, datant de 1967. Chaque fois qu’il écrivait, Moi, j’aime Hollywood ! », disait-il. C’est drôle, je les compositeurs les plus admirés des temps mo- il étudiait au préalable minutieusement les possi- trouve. dernes. Rencontre avec l’un des éminents inter- bilités de l’instrument, en les adaptant à son propre prètes du pays du Soleil-Levant. langage. Par exemple, quelques années avant Folios, D’une certaine manière, vous rendez aussi un bel il avait composé November Steps pour shakuhachi hommage à la France au travers de votre disque De nombreux jeunes concertistes auraient rêvé [flûte en bambou], biwa [luth japonais] et orchestre, « Japanese Guitar Music », puisque Tōru Take- de rencontrer le compositeur d’Equinox et Folios, et avait alors étudié de nombreuses nouvelles tech- mitsu a été largement influencé par la musique véritables tubes pour guitare solo régulièrement niques pour ces instruments traditionnels japonais. française dans l’après-guerre. Quel souvenir joués en France. Vous qui l’avez connu, pourriez- Lorsqu’il a écrit Equinox, il m’a demandé des conservez-vous de la France, notamment de votre vous nous parler de votre rencontre ? conseils pour les harmoniques très aigües, celles séjour avec Alberto Ponce à l’École normale de Ma première rencontre avec Takemitsu remonte situées après la 16e case : « Shin-Ichi, est-ce possible ? » musique ? à 1974, à la librairie musicale Sasaya, dans le Je lui ai répondu : « Maître, c’est très difficile, mais J’ai étudié la musique en France, j’y ai vécu de 1977 centre-ville d’Osaka, où j’avais l’habitude de me jouable. Cela demande une pratique intense. » à 1985 parce que – ne le voyez pas comme un com- rendre ; Tōru Takemitsu en personne était là ! pliment – j’aime votre pays et je respecte votre J’étais totalement figé face à son visage austère. J’ai du coup hésité à racheter la partition de Folios « Personne ne peut critiquer grande culture. Beaucoup de Japonais me deman- dent : « Pourquoi la France ? Pourquoi ne pas avoir – que je m’étais procurée la semaine précédente – le mérite que Takemitsu étudié la guitare en Espagne ? » J’ai été fasciné par afin d’obtenir un autographe de lui, mais je me suis abstenu. Puis, en 1983, après avoir remporté a eu d’unifier les musiques la culture française, non seulement par la musique, mais aussi la peinture, la littérature et la cuisine un concours à Paris et eu la chance de jouer sa d’Orient et d’Occident » aussi ![Rires.] Le maître Alberto Ponce était un pièce Toward the Sea avec mon ami flûtiste grand professeur qui m’a fait découvrir le véritable Shigenori Kudo [désormais professeur à l’École nor- univers professionnel de la musique, et pas seule- male de musique de Paris], Takemitsu m’a directe- ment le petit monde de la guitare. ment téléphoné. C’était une énorme surprise ! Il Takemitsu a été perçu comme trop occidental m’a alors gentiment fait part des modifications de pour certains compositeurs japonais de la jeune Vous êtes très demandé en tant que soliste. tempo ainsi que des erreurs présentes sur sa par- génération. Est-ce toujours le cas ? Récemment, vous avez joué à Düsseldorf en tition. Le jour du concert, il est venu à notre ré- J’ai connu beaucoup de gens qui avaient des aprioris Allemagne, puis au festival de guitare d’Alicante pétition et a partagé ses idées musicales avec beau- sur sa musique, mais personne ne peut critiquer en Espagne. Comment réussissez-vous à concilier coup de passion. Takemitsu était drôle et le mérite qu’il a eu d’unifier les musiques d’Orient votre carrière d’artiste et celle d’enseignant ? chaleureux alors que, de prime abord, il pouvait et d’Occident. Dans mon pays, le plus grand « ri- Actuellement, j’enseigne au conservatoire de Shan- paraître froid et distant. val » de Takemitsu a été Akira Miyoshi, malheu- ghai, à l’École supérieure de musique d’Osaka et, reusement décédé l’an passé. Ce dernier a composé depuis cette année, à l’université de musique Comment est née l’idée de votre nouvel enregis- de nombreuses œuvres pour orchestre, musique Élisabeth d’Hiroshima, mais toujours comme pro- trement avec Norbert Kraft, ingénieur et produc- de chambre, mais aussi pour guitare solo (Epitase, fesseur invité. J’ai besoin de me sentir libre, c’est teur de Naxos Records ? 5 Poems). Dès la fin de ce mois de septembre, à primordial pour ma carrière de concertiste. En 2011, j’ai été invité au concours de guitare Toronto, j’enregistrerai « Japanese Guitar Music, d’Alessandria en Italie comme membre du jury. volume 2 » et il y apparaîtra. Quand les lecteurs de Guitare classique auront- J’y ai rencontré Norbert qui, comme vous le savez, ils le plaisir de venir vous écouter en France ? a connu une épatante carrière de guitariste au La musique de Tōru Takemitsu est très imagée. La dernière fois, c’était au Festival international Canada. Il connaissait mes précédents enregis- On lui doit d’ailleurs plus d’une dizaine de mu- de guitare de Paris, en 2005 je crois… J’ai joué trements de Takemitsu et m’a proposé de les re- siques de films, dont celle de Soleil levant (1992) également le Concerto d’Aranjuez aux Rencontres faire. Admirant son haut niveau d’exigence en ma- du réalisateur Philip Kaufman, avec Sean internationales de la guitare d’Antony, en 2007. tière de prise de son, une nouvelle opportunité Connery… J’espère revenir bientôt avant que les Français ne d’enregistrer cette musique, à la fois sensible et En réalité, Takemitsu n’était pas très satisfait de m’oublient ! #66 Guitare classique • 11

INTERVIEW

PAR FLORENT PASSAMONTI © DR

« Chacune d’entre nous a apporté sa contribution à l’édifice : Helena pour les textes, Natalie pour le côté musical et vocal, et Agnès pour le côté théâtral »

© DR

12 • Guitare classique #66 Liat Cohen Si tu vas à Rio l’idée a de quoi susciter la curiosité. Avec « Rio Paris » (Erato / Warner), l’alliance sacrée entre Liat Cohen,Natalie Dessay, Helena Noguerra et Agnès Jaoui étonne et détonne tout au long d’un disqueRéunir quatre femmes de caractère autour d’un projet consacré à la musique brésilienne, entre ces quatre personnalités évoluant dans des univers artistiquement différents ?où la bossa-nova et le chôro sont à l’honneur. AlorsRéponses de la guitariste Liat Cohen, à l’origine du projet.quid de cette rencontre Comment est né ce projet à quatre ?Cela faisait déjà longtemps que je voulais enre- connaissais pas forcément, et pas nécessairement au bouche-à-oreille –, nous avons nous-mêmes gistrer du Villa-Lobos, mais je ne me voyais pasproposer une énième version de ses études et pré- du classique. Et puis je suis tombé sur le disqued’Helena Noguerra dans lequel elle chante en por- été contactés pour faire des concerts, justementparce qu’on a eu l’audace de proposer quelque ludes. Avec Nataliepuis des années –, nous cherchions à faire quelque [Dessay] – que je connais de- tugais, sa langue maternelle. Helena possède unerythmique particulière, elle ressent la bossa-nova. chose d’autre. chose ensemble, mais nos répertoires respectifsne partageaient pas de points communs : Natalie Ça s’entend même dans sa façon de parler. Voilàpourquoi j’ai pensé qu’elle serait parfaite pour ce Ça ne doit pas être évident de faire coïncider lesplannings des uns et des autres… préfère chanter en français ou en allemand et le projet ; elle a tout de suite accepté. Pour compléter [Rires.]C’est une tâche très compliquée. Ça, c’est le travail de notre producteur. ou italien. Finalement, nous sommes tombéesrépertoire chant-guitare est plutôt écrit en espagnol le trio de voix, j’ai pensé à Agnès Jaoui car sontimbre contraste avec celui des deux autres et ajoute d’accord pour jouer l’aria desno 5. Tout est parti de là. Bachianas brasileiras de la profondeur à l’ensemble. Elle aussi avait déjàenregistré des albums de musique classique, doncje savais qu’elle connaissait déjà le répertoire. Si Faut-il voir un rapport entre ce projet et le faitque la Coupe du monde de football a eu lieu cettemême année au Brésil ? Que peux-tu me dire des deux mélodies de Villa-Lobos, on écarte les morceaux pour guitare seule, les trois [Rires.] Mères, op. 45, composées sur des textes de Jean L’Oiseau blessé d’une flèche, op. 10, et Les voix ne sont pas forcément réunies à chaque fois,ce sont aussi parfois des duos, avec chacune des vrai dire, j’ai commencé à travailler sur ce projet Tout le monde me pose cette question. À de La Fontaine et Victor Hugo ? chanteuses, et des trios. en octobre 2012. On s’est rendu compte de la coïn-cidence en décembre dernier, mais ce n’est sûre- Mes recherches ont pris du temps car personnene connaissait l’éditeur et il n’y avait pas d’enre- Quelles sont tes attaches avec la musique brési- ment pas à cause de ça qu’on a construit le projet. gistrement. J’ai finalement trouvé les partitionsen Argentine grâce à des amis. C’est Natalie lienne ?Depuis plusieurs années, je jonglais avec le réper- Quelles sont les avantages et inconvénients de Dessay qui les chante, ainsi queno 5 que Villa-Lobos a écrit à l’origine pour piano. Modinha : Serestas toire argentin, cubain, mexicain et, bien-sûr, bré- travailler avec quatre individualités sur un même mique et harmonique incroyable, le traitement desilien. Dans cette musique, à part sa richesse ryth- projet ?Concernant les points positifs, tu peux facilement Il y a sept pièces de Villa-Lobos sur le disque. la musique savante est très intéressant : il peut aller les imaginer. Chacune d’entre nous a apporté des Qu’en est-il des autres musiques, celles d’Antônio du classique au jazz en passant par la musique po- thèmes qu’elle aimait bien, des chansons, et on a Carlos Jobim, Baden Powell, Luis Bonfá, etc., pulaire. Ça m’a intrigué ! Par le passé, j’avais déjà choisi ensemble le répertoire. Toutes, autant que qu’on retrouve aussi sur ce disque ? joué avec Luiz de Aquino et Toninho Ramos mais, nous sommes, avons contribué à l’édifice : Helena La richesse de la musique brésilienne est faite du pour ce projet-là, je suis allée encore plus loin. pour les textes car elle connaît le portugais, Nataliepour le côté musical et vocal, et Agnès pour le côté mélange entre musique savante et musique popu-laire. Les œuvres de Baden Powell et d’Egberto Les premiers concerts ont eu lieu en mai. Quel a théâtral. Tous ces univers se sont réunis pour don- Gismonti, qui relèvent du champ populaire, sont été l’accueil du public ? ner quelque chose de très spécial. très complexes. Je me suis donc permis de jonglerentre ces deux univers. Les gens ont été incroyables, à tel point qu’unedeuxième tournée aura lieu en 2015 ! J’ai énormé-ment apprécié que la maison de disques me fasse Était-ce volontaire de t’entourer uniquement defemmes ? Comment as-tu sollicité les deux autres chan- confiance étant donné que, pour eux, la guitare Non, je ne l’avais pas forcément prévu ainsi. Pour teuses, Agnès Jaoui et Helena Noguerra ? permis de réunir des interprètes et des composi-est un instrument marginal ! [Rires.] Ce projet m’a ma part, c’est la première fois de ma vie que je netravaille qu’avec des femmes, car le monde de la Je voulais avoir différents types de voix parce quela musique brésilienne, et même toute la musique teurs qui ne viennent pas inévitablement du même guitare est plutôt masculin. Nous sommes quatre sud-américaine, se joue à plusieurs. J’ai écouté champ artistique. Encore une fois, je pense que artistes, quatre femmes très indépendantes qui beaucoup de musiques, des choses que je ne ce mélange allait bien avec l’esprit de la musique cherchent des choses dans leur domaine artistique brésilienne. Une fois le disque parachevé – et grâce respectif, se posent des questions, etc. C’était trèsenrichissant de rentrer dans la tête de chacune, #66 Guitare classique • 13

INTERVIEW

de comprendre son raisonnement et d’essayer de La majorité des arrangements sont signés Rafi J’imagine qu’il y a eu des échanges entre les ar- l’appliquer sur mon travail personnel. Kadishson, qui n’a pas hésité à donner de l’im- rangeurs et toi lorsque tu as reçu les partitions portante à la guitare en ajoutant une section ins- pour la première fois ? Où ont eu lieu les séances d’enregistrement ? trumentale (c’est par exemple le cas dans Manhã Absolument. Dans le cas de Rafi Kadishson, il Au studio Sequenza, à Montreuil. Nous étions de carnaval, A felicidade ou Chega de saudade connaît bien mon jeu, mes demandes, mes exi- toutes dans la même pièce, sans aucune séparation, dans lequel le chant n’apparaît qu’au bout de deux gences, car je travaille avec lui depuis des années. avec les complications que ça comporte. On voulait minutes). Qui est-il ? Lui non plus n’est pas guitariste. Ensemble, on a vraiment capter le moment présent. Si on avait Rafi est un pianiste, compositeur et chef d’or- peaufiné plein de choses, dont la polyphonie, et fait autrement, on aurait sûrement perdu quelque chestre israélien. Il avait déjà écrit des œuvres pour choisi le type de voix qui irait avec telle ou telle chose en route… mon premier disque, il y a vingt ans. Il se veut spé- chanson. J’aime travailler avec des compositeurs cialiste d’une écriture à mi-chemin entre le clas- qui ne sont pas guitaristes car ils n’ont pas nos au- Lors de la dernière master class que tu avais faite tomatismes avec les positions et peuvent trouver pour Guitare classique, tu avais souhaité utiliser un des choses inhabituelles, très intéressantes sur le micro Neumann U87 pour la prise de son. Cela a- « J’ai énormément apprécié plan harmonique et technique. t-il également été le cas pour cet enregistrement ? Oui, c’est le micro que j’utilise en studio mais aussi que la maison de disques Sur les dix-sept morceaux du disque, il y a quatre en concert. Je suis une inconditionnelle des me fasse confiance pièces pour guitare seule : l’Étude no 8, le Prélude Neumann ! [Rires.] étant donné que, no 2 et la Gavotte-choro de Villa-Lobos, et le Choro lento de Baden Powell. Pourquoi ces pour eux, la guitare est morceaux-là ? un instrument marginal ! » C’est un choix un peu hasardeux parceque j’aurais pu choisir les onze autres études et les quatre autres préludes. Même si toute l’œuvre de Villa-Lobos est abso- lument basique et essentielle pour les gui- taristes, j’aime bien ces échantillons car ils sont intéressants musicalement et techniquement. Comme je te l’ai dit au début, je ne voulais pas enregistrer un al- bum de douze préludes et cinq études – je le ferai probablement plus tard –, mais je voulais avant tout mettre en avant le travail avec les chanteuses. Sur quelle guitare joues-tu ? Avec quelles cordes ? Mes cordes sont des D’Addario Compo- site, tirant normal. Je les utilise depuis des années. J’aime ce tirant car il rend plus aisé la réalisation des différents types de vibra- tos. Quant à ma guitare, elle a été fabriquée par Paco Santiago Marín, un luthier de Grenade. J’ai joué sur différents instru- ments auparavant mais, depuis que je suis tombé sur les siens, je devenue une adepte! [Rires.] Comme je joue dans des salles de plus de deux-mille personnes, il me fallait un instrument avec du volume sonore. © DR T’amplifies-tu lorsque tu joues avec les chanteuses ? Comment conçois-tu la place de la guitare dans sique et la chanson. Il peut aussi bien composer Je suis aussi obligée d’utiliser un système d’ampli- cet enregistrement ? pour l’Orchestre philharmonique d’Israël, pour fication parce que les trois types de voix des chan- Pour moi, elle n’a pas le rôle d’un instrument d’ac- l’opéra, que pour des chanteurs de musique po- teuses sont très différents, celle de Natalie Dessay compagnement : il s’agit véritablement d’une écri- pulaire. La première fois qu’il a écrit pour la guitare, est très puissante, Agnès Jaoui chuchote dans le ture à quatre voix, sans hiérarchie aucune entre c’était grâce à moi. Je me suis adressée à lui après micro, etc. Je ne voulais pas d’une guitare à la pro- nous toutes. La guitare est l’instrument de prédi- avoir entendu un arrangement qu’il avait réalisé jection trop faible, et que le public n’entende que lection dans la musique brésilienne. Lors de l’une pour un orchestre. Sa musique est très colorée et le son amplifié. Dans ce cas, les régisseurs-son de ses conférences, Villa-Lobos avait lui-même j’ai tout de suite pensé qu’il serait l’homme de la parlent de « renforcement sonore », c’est-à-dire expliqué qu’il avait commencé à composer ses situation. Il a commencé par m’écrire des arran- d’un mélange de son naturel et amplifié dans la chôros pour orchestre avec une guitare ! Pour lui, gements puis des pièces pour guitare seule que j’ai salle. En studio et sur scène, je joue avec deux gui- dans le début de chaque œuvre, il y a une guitare. enregistrées dans mon album « Variations ladino » tares de Paco Santiago Marín différentes, l’une De la même manière, dans la musique européenne, (2005). Pour « Rio Paris », c’était évident qu’il était est en red cedar, l’autre en épicéa. En fonction des tous les compositeurs font leurs ébauches au piano. la bonne personne. En revanche, pour les arran- morceaux, la 6e corde est en ré, la 5e en sol et la 1re J’avais envie de montrer que la guitare n’est pas gements des deux mélodies françaises de Villa- en ré. Ça m’évite d’avoir à passer la moitié du temps qu’un instrument d’accompagnement dans cette Lobos chantées par Natalie Dessay, j’ai fait appel à m’accorder. musique et qu’elle est l’égale des autres. au compositeur Oded Zehavi. www.liatcohen.com 14 • Guitare classique #66

JOCELYNE ERKER

Chef de publicité Le salon des Luthiers(joss@editions-dv.com) + 33 (0) 6 86 73 50 86

INTERVIEW

PAR FLORENT PASSAMONTI

Roland Dyens avec une guitare du luthier américain Jim Holler. 16 • Guitare classique #66 À vrai dire… Et si Roland Dyens venait de marquer l’histoire de la guitare avec ses « 100 », une série de pièces didactiques présentées « Si ces pièces [les « 100 »] comme « de la musique avant toute chose » par le musicien, véhiculent ici et là des aspects à l’instar du « Clavier bien tempéré » de Bach, des « Nocturnes » techniques intéressants de Chopin ou des « Caprices » de Paganini dans leur discipline à travailler – ce que je pense –, respective ? Ici, il n’est pas question d’une interview promo eh bien tant mieux deux fois » au sens littéral – quelle nécessité pour Roland Dyens ? –, mais d’un échange à bâtons rompus, teinté ici et là de notes d’humour. Parmi les sujets abordés, les « 100 », bien sûr, mais aussi quelques digressions autour de la composition, l’enseignement, Bach, la lutherie guitare, etc. Et quelques surprises. À vrai dire... Presque dix ans se sont écoulés depuis ta dernière Comment t’es venue l’idée de ce projet colossal ? interview pour Guitare classique. Y a-t-il deux ou Trois raisons. D’abord, je suis un fou amoureux trois évènements marquants sur le plan profes- des paris, ceux qui me connaissent le savent. La sionnel sur lesquels tu souhaiterais revenir ? deuxième chose, c’est que je me suis lancé dans Étant donné que je suis quelqu’un qui vit aujour- cette entreprise à une période où mon prochain d’hui et demain, j’ai toujours du mal à faire le concert venait peut-être dans deux ou trois mois. moindre flash-back. Ça me coûte à chaque fois : je Et la troisième raison, c’est ce que j’appelle « la n’aime pas me voir, je n’aime pas m’écouter, je suis dette », c’est quelque chose qu’on m’a toujours re- tourné définitivement vers demain. Comme disait proché par rapport à la très large population de Lamartine, j’ai du mal à « jeter l’ancre un seul jour»… guitaristes qui sont des amateurs, des débutants ou des semi-débutants. Là, j’avais de quoi faire en Ton actualité tourne autour de la parution des dépit des 20 lettres, qui datent des années 2000. « 100 de Roland Dyens », en deux volumes [les pièces sont également proposées à l’unité]. Au verso Pourquoi cent pièces ? de l’ouvrage, tu définis ces pièces comme des « Vingt, j’avais déjà fait ; trente et quarante, cela ne piècétudes »… voulait rien dire ; cinquante, ça aurait pu. Allez, J’ai inventé ce néologisme parce que le mot « estu- soyons fou : cent ! D’ailleurs, je vais t’avouer un dine », qui sonne très joliment, avait déjà été utilisé scoop : il y en a cent-une, mais je les annonce par mon ami Francis Kleynjans. Je voulais un mot comme « les cent » ! Le processus a été extrême- qui veuille dire à peu près la même chose : « piècé- ment long entre le moment où je les ai écrites et tude » sonnait plutôt pas mal. Surtout, cela veut corrigées. Je crois que j’ai commencé à la mi-dé- dire que ces pièces n’ont pas le côté « punitif » de cembre 2010 et que j’ai fini à la mi-mai 2011. l’étude – laborieuse, ennuyeuse – et que chacune Entre cette période et aujourd’hui, évidemment, peut faire l’objet d’une audition, voire d’un mini- je suis revenu dessus. Chaque fois que je recevais concert si on en prend trois ou quatre. C’est « de la une étude à relire de la part de Sylvain Lemay [voir musique avant toute chose » comme je l’ai écrit quelque interview page 18] – nous sommes en 2014 –, je part dans l’ouvrage. Si ces pièces véhiculent ici et la prenais en pleine figure. C’est moi qui ai fait là des aspects techniques intéressants à travailler – ça ? Je n’arrivais pas à le croire ! Et quand je la lui © Romain Bouetce que je pense –, eh bien tant mieux deux fois. renvoyais, il y avait beaucoup de rouge. Certaines #66 Guitare classique • 17

INTERVIEW

INTERVIEW DE ont même été quasiment refaites. Pendant près guitariste amateur puisse être effrayé par autant d’un an, j’ai dit qu’il y en aurait cent-une et on me de choses à assimiler ? SYLVAIN LEMAY, demandait à chaque fois pourquoi. Ça m’a un peu J’en suis archi-conscient, mais il se trouve que les directeur et propriétaire fatigué. Depuis que je parle des « cent », on ne me retours que j’ai sont en grande majorité positifs des Productions d’OZ et pose plus de questions. Et puis, je me suis dit que par rapport à cela. À moins que ceux qui pensent des éditions Doberman- personne ne remarquerait qu’il y en a cent-une, comme toi, « l’avocat du diable », n’osent pas le Yppan. sauf peut-être certains maniaques ou collection- dire ou aient mauvaise conscience, ce qui signifie- neurs qui ont du temps devant eux [les piècétudes rait qu’il leur importe peu d’être précis, méticuleux, Comment avez-vous été amené à rencontrer et tra- ne sont pas numérotées]. Pour tout te dire, je voulais etc. Même de très grands guitaristes comme les vailler avec Roland Dyens ? même que la couverture soit tachée de blanc et de frères Assad, lorsque je leur ai écrit un duo, J’ai rencontré Roland au Québec, pendant l’été 2005 noir pour faire « dalmatien ». Mais ça faisait plus m’avaient dit de ne rien changer à ma façon de au Festival international du Domaine Forget. Il était « vache » qu’autre chose. Donc il y a un bonus fina- faire : « On a besoin de ça », m’avaient-ils dit. Donc, professeur-concertiste invité, et moi l’éditeur invité lement ! [Rires.] j’ai essayé de changer – de bonne foi – mais cela du festival. Nous avons longuement échangé sur nos n’a duré que trente secondes. C’était vraiment visions respectives, nos façons de travailler, nos Est-ce qu’un éditeur t’a déjà dit « non » ? chasser le naturel. Et puis, le fait que je sois pra- manies, nos ambitions, nos folies. Ce fut le coup de Oui, parce qu’il voulait des pièces pour guitare ticien de ma musique, ambassadeur de celle-ci, foudre, on est devenus frères et on ne s’est plus seule, des trucs faciles, pas de duos ou de trios. fait que je porte aussi un regard sur ces pièces en quittés. Cela m’est arrivé une fois simplement, et c’est à tant qu’interprète. J’ai envie de partager totalement Trois adjectifs pour définir Roland Dyens ? ce moment que j’ai rencontré Sylvain au Québec. ce que je veux, ce que je ressens. Maintenant, à Attentionné, tendre, généreux, fou, simple, drôle, Lors d’un déjeuner, je lui ai dit, conditionné partir du moment où la double-barre est tracée et sincère, dément, structuré, intelligent, espiègle, comme je l’étais par ces considérations techniques : que je me suis fait un devoir d’écrire ce que j’avais travaillant, sensible... Bon, vous aviez dit trois mais « Tu préfères quoi comme genre de formation ? » Il m’a à dire, il n’y a pas mort d’homme si les gens ne le je regrette, il en faudrait cent pour cerner le person- répondu : « Viens avec ta valise. » suivent pas. Mais moi, j’aimerais bien. Je sais que nage ! c’est impressionnant de Avez-vous une anecdote à nous rapporter sur la Question de Thomas voir la première page genèse des piècétudes ? Viloteau, un de tes an- « J’aborde Bach des piècétudes, car il y Voilà trois ans que je joue ces pièces, que j’en fais la ciens élèves, posée via a presque autant de mise en page, que je les corrige et que je négocie Twitter : comment en- en ne le jouant jamais notes de bas de page avec Roland. Il y aurait bien des anecdotes à raconter tretiens-tu ton inspira- parce qu’il m’impressionne que de musique. sur cette œuvre qui fait maintenant partie de ma vie, tion aujourd’hui ? et qu’il est la faille mais s’il fallait en relater une seule, je penserais cer- C’est un sujet auquel je Chaque titre des « 100 » tainement au soir où Roland est arrivé chez moi avec pense régulièrement. Je à mon athéisme » est un jeu de mots. Il y les « 100 » dans ses valises, à 1 heure du matin, peux même te dire qu’il a, par exemple, Les ré après un voyage épuisant. Je lui ai demandé : n’y a pas un début d’écri- glissent et portent man- « Roland, tu m’en joues une de ces “100” ? » Quel ture, quel que soit le thème, une piècétude ou un teaux, Chant Song, Le Magichien, StaccatOstinato, moment de grande émotion... C’est là que j’ai com- projet plus ambitieux qui ne suscite pas chez moi etc. C’est presque devenu une signature au fil du mencé à prendre la mesure de cette œuvre grandis- une vieille crainte, que la fontaine soit tarie. Mais temps, non ? sime. Mon impression s’est confirmée par la lecture bon, ça ne se produit pas. À vrai dire, il n’y a pas de [Sourire.] Oui, sans vouloir l’être. C’est moi-même, complète des « 100 » dans les jours qui ont suivi. recette. Je ne vais pas te dire : « Je vais me mettre c’est ma nature. Mes amis savent très bien que, Comment a été accueilli, sur le plan du nombre de au vert devant un très beau paysage pendant une pour moi, les mots et les notes sont aussi impor- ventes, le premier volume des « 100 de Roland semaine…» tants. L’humour a toujours fait partie de ma vie, Dyens » ? les jeux de mots aussi. Mon père en faisait – j’ai Je ne vous apprendrai rien en disant que l’économie Est-ce que composer est quelque chose d’inné ? été à bonne école là-dessus –, mes enfants aussi en mondiale navigue dans la mélasse et que le domai- Ça ne s’entretient pas comme un muscle. Disons font. J’aime créer des situations décalées et surréa- ne de l’édition musicale traverse une très grande qu’au début de l’œuvre de création, c’est à chaque listes. crise. On est à des années-lumière de ce que pou- fois un peu poussif. Et petit à petit, ça vient, vaient générer les ventes de partitions dans les comme un moteur qui chauffe, jusqu’au moment Il y a presque un côté théâtral à la lecture des notes années 1960-1990. Malgré cette morosité, les où les idées sont trop présentes. Donc ça va. Quand explicatives qui accompagnent chaque piècétude. « 100 » de Roland sont un grand succès en je suis dans le processus de créativité, d’écriture, Dans Vivaldiana, on peut lire : « Utilisez le métro- musique classique. Je vous donnerai un seul très honnêtement, je n’ai pas une très haute opi- nome, soit, mais utilisez-le bien » ; dans Marchante exemple, très révélateur : un grand distributeur nion de moi-même. J’imagine tout le temps les basse : « Cette pièce […] ne sera guère facile à bien japonais a commandé cent exemplaires du premier autres compositeurs chez qui ce serait infiniment jouer ni sans doute à mémoriser (vous voyez, j’annonce volume en une seule journée. plus simple, plus fluide… À chaque fois, c’est une la couleur) » ; et dans Babybaiao, tu précises : « Ce La plupart des compositeurs pour guitare actuels se espèce de mini-cauchemar, à l’inverse du travail petit baiao sera une belle opportunité pour intégrer tournent vers les Productions d’Oz pour faire éditer d’arrangeur. J’ai toujours pensé que l’arrangeur est la notion – le concept, même – de syncope […] leur musique. Comment expliquez-vous ce phéno- au designer ce que l’architecte est au compositeur. Travaillez-le lentement (avec métronome au début, mène ? Si je suis designer – donc arrangeur –, j’ai au moins je n’ai rien contre) et surtout, surtout, sans accélérer ». Il est vrai que la plupart se tournent vers d’Oz, ainsi la satisfaction de voir que l’édifice et ses fondations C’est anti-langue de bois aussi ! Quand c’est facile, que vers les éditions Doberman-Yppan. Le fait que je sont déjà là : je n’ai plus qu’à décorer et c’est très je le dis, mais quand c’est difficile, je le dis aussi. sois guitariste et surtout graveur professionnel – récréatif. La composition, c’est comme un édifice En gros, si vous n’êtes pas encore au niveau, laissez ayant travaillé pour plusieurs grandes maisons à bâtir : ça me fait rentrer dans des doutes inter- mariner quelques années avant de revenir dessus. d’édition à l’international – n’est sûrement pas minables et récurrents. En concert, je dis aux gens – et ça les fait

sourire étranger à ce succès. Je crois être avant tout un pas- – que je compose pour le plaisir des titres ! [Rires.] sionné de mon métier. Les compositeurs me Outre la précision de ton écriture, tes partitions La composition serait un alibi. En tout cas, le fait confient leurs œuvres avec confiance, sachant que comportent souvent en notes de bas de page des de trouver des titres à mes pièces est comme une leur travail sera respecté sans aucun compromis. informations très précises destinées à l’interprète. récompense : je m’interdis absolument de trouver www.productionsdoz.com Je me fais l’avocat du diable : conçois-tu qu’un quelque chose avant ou pendant, même s’il y en a 18 • Guitare classique #66 Un extrait du manuscrit original d’Hullámzó Balaton tetején, l’une des cent piècétudes. Précision d’écriture… un ou deux qui viennent de façon entêtée. Et lorsque le jeu de mot parler de « mondialisation » dans ce tombe bien comme dans Alba nera domaine ? [Roland Dyens a dispensé une master Je n’ai jamais pensé les choses en ces class sur cette piècétude dans le Guitare termes, mais le mot « mondialisa- classique no 64], je suis content. tion » est ici approprié. Et, disons- le, ce n’est pas forcément une bonne Enseigner au CNSM de Paris est à chose. Chez la jeune population, que la fois un honneur et une lourde res- ce soit aux États-Unis ou ailleurs, ponsabilité. Quelles sont les diffi- quand je me transporte, je constate cultés rencontrées lorsque l’on en- qu’il y a un formatage : c’est vraiment seigne à des étudiants qui sont, pour ces raisons-là que seuls restent quelque part, déjà professionnels ? les poètes. Ce sont eux qui me mar- J’ai la faiblesse de penser que cela se quent et me laissent une trace. Les passe très bien. Ce sont effectivement autres, plus ça va, plus c’est mondia- des professionnels dans le sens où ils lisé, plus ils jouent à l’identique, ont tous un niveau de concertiste. Si moins ils m’intéressent. tous ne participent pas à des concours, tous jouent et ont beaucoup de talent. Comment jouent ceux dont tu me Ce que je veux – et c’est une chose à parles ? laquelle je pense toujours –, c’est de Ils doivent répondre à des critères ne jamais attenter à leur personnalité, de « perfection » et de puissance so- tout en leur donnant de moi. Et je nore. Il n’y a pas d’espace pour la crois que ça marche. moindre faille – jamais, c’est mal – et puis, surtout, ils jouent comme En ayant donné des master class des gens qui ne s’écoutent pas. C’est partout dans le monde, constates- une vieille lune, ça va disparaître tu une uniformisation du jeu des obligatoirement, ce n’est pas possible jeunes virtuoses ? Peut-on aussi que cela dure longtemps. #66 Guitare classique • 19

INTERVIEW

Jamais de petits boulots ? Jamais. Je n’ai jamais travaillé à La Poste en juillet, Aperçu des lunettes « hilarantes » sur la je n’ai jamais lavé des voitures, etc. Je donnais des guitare du maître… cours, j’ai fait la manche dans des cafés, joué dans le métro, joué pour les trisomiques, écumé les mai- sons de retraite d’Asnières-sous-Bois… Quel homme se cache derrière le compositeur ? Par exemple, quelles sont tes passions, ton dernier coup de cœur cinématographique, le dernier livre que tu as lu, etc. ? Je vais au cinéma de temps en temps. J’aime bien les comédies. Dans un autre genre, je suis allé voir 12 Years a Slave par exemple. J’ai aussi vu le dernier film avec Catherine Deneuve, Dans la cour, que j’ai adoré. Quant aux livres, j’ai récemment lu How to Play Bach on the Guitar de József Eötvös. Est-ce qu’il y a un « cas Bach » ? Pour beaucoup, il est un compositeur redouté… Redoutable. Absolument. Comment l’abordes-tu ? Je l’aborde en ne le jouant jamais en concert parce qu’il m’impressionne et qu’il est la faille à mon athéisme. Si Dieu n’existe pas, Bach, lui, existe. J’ai une approche incroyablement respectueuse envers sa musique. Par rapport à mes élèves au conservatoire, je suis prudent. Excepté lorsque c’est obligatoire, je ne les incite pas vraiment à choisir du Bach dans leur programme final parce qu’il y a presque toujours quelqu’un dans le jury qui ne va pas être d’accord avec l’approche. Ça peut être dangereux – et je sais quoi je parle –, sauf peut-être pour la Chaconne, qui fait davantage l’unanimité. Souvent, les artistes que j’interviewe me disent En fin blagueur, il t’arrive de porter des lunettes années. À la fin de la semaine, on a parlé franc-jeu que le milieu de la guitare classique est très cloi- « farces et attrapes » lorsque tu donnes des master et je leur ai demandé comment ils avaient perçu la sonné, qu’il faudrait plus développer le répertoire, class. On imagine la surprise des étudiants et on chose. Unanimement, ils m’ont dit que ça les avait etc. Es-tu d’accord avec cette façon de voir les se demande pourquoi ? un peu déstabilisés au début, mais ils m’ont aussi choses ? Tu as vraiment du mal à comprendre ? Pour quelle dit que quelqu’un qui vient avec ce personnage, cet Oui et non. La guitare est un instrument extrê- raison, d’après toi ? animal à côté de lui, ne peut être qu’un très bon mement difficile. Pour donner au public la quin- professeur ! [Rires.] Aujourd’hui, où que j’aille dans tessence de la musique, il faut vraiment se réveiller Pour décontracter la rencontre, j’imagine. monde, le cochon et les lunettes sont plus connus de bonne heure. La guitare peut très vite devenir Les effets sont fabuleux. Outre ces lunettes qui dé- que moi. La première question qu’on me pose, c’est: austère. Alors quand ces artistes parlent d’avoir forment totalement le visage et qui sont hilarantes « Est-ce que vous avez le cochon ou les lunettes ? » Quand un public différent – je comprends très bien –, en- – je ne connais pas une personne qui ait résistée à je réponds non, on sent une grosse déception. Ce core faut-il ne pas proposer au public que je qualifie ça –, mon amie canadienne, Tracy Anne Smith [du n’est donc plus tellement pour moi maintenant que de « normal » (avec un certain sourire) une heure ChromaDuo] m’a offert des grosses lunettes avec je fais ça ! [Rires.] Et puis c’est aussi parce que la vie de musique contemporaine ou de choses austères des essuie-glaces. J’ai créé une musique pour en- est courte, la vida es breve, et qu’il faut rigoler. En dans la même soirée. Moi-même, je suis un mu- semble à Boston, en avril dernier, et j’avais apporté aucun cas, cela nuit à la concentration, au travail et sicien contemporain et j’espère que les lecteurs me ces lunettes le jour de la première, donc après les au sérieux, bien au contraire. comprendront… Je pense qu’il faut savoir donner répétitions. J’avais demandé à quelqu’un qu’il les à ces gens-là quelque chose d’un peu « sexy » pour pose sur le pupitre. J’arrive, je les mets : hilarité À quelle vie aspirais-tu plus jeune ? avoir une promesse de retour : les grands classiques générale de l’ensemble. Je me tourne alors vers le Sensiblement celle que je mène aujourd’hui. Aussi voire des choses plus légères, des musiques de public avec une tête très sérieuse et leur dis « What’s loin que remonte ma mémoire, dans ces fameuses films, etc. Les gens « normaux » aiment cela : il ne wrong?» [« Qu’est-ce qui ne va pas? »] Et là, le public dissertations où on te demandait ce que tu voulais faut pas les négliger, les mépriser. Si nous voulons part dans un délire. Je range mes lunettes. Ce soir- faire plus tard, je répondais musicien, compositeur, avoir un public plus large, il faut aller vers les gens là, les musiciens ont joué comme jamais. Et c’est guitariste… et cesser de se comporter, sur scène et ailleurs, tout à l’avenant comme cela, ce n’est pas un seul comme dans une espèce de ghetto, ce qu’on a pu exemple. Et puis j’ai un petit cochon, que je présente Tu pensais aussi voyager ? faire – à mon avis beaucoup moins qu’il y a qua- comme étant mon assistant, qui fait un malheur. Non, je pensais à donner des concerts et écrire de rante ans par exemple. la musique. J’avais 8-10 ans. Et l’une de mes fiertés Quelle est la réaction des étudiants ? est de n’avoir jamais gagné un centime autrement On t’a vu jouer avec des guitares de différents lu- J’ai fait ça la première fois en Italie il y a quelques que grâce à la musique. thiers : Olivier Fanton d’Anton, Darryl Perry, 20 • Guitare classique #66 « Je veux une guitare facile à jouer et légère à porter : la guitare “tank” ne m’intéresse pas, j’en suis encore à la guitare “couleurs” » Bastien Burlot, etc. Quelles sont C’est-à-dire ? tes exigences sonores ? C’est la corde de sol qui me guide, D’abord, il faut dire que la guitare car c’est la plus difficile à dompter. que j’utilise est l’œuvre du luthier Le luthier avec lequel je collabore a américain Jim Holler. Après des dé- compris cela, parce que sa guitare cennies d’épicéa, j’ai viré ma cuti. Je est très mid voices, très limpide. me rappelle précisément avoir bas- Quand j’ai joué pour la première fois culé dans l’épicéa une nuit de 1985, sa guitare, j’ai entendu des voix que grâce à Michel Donadey. C’était je n’entendais jamais. Cette partie dans le Sud de la France pendant un centrale est souvent un peu négligée : stage et, cette nuit-là, sa guitare m’a on se focalise sur les grosses basses, fait comprendre l’épicéa. Je pensais les aigus qui portent loin, la projec- pourtant être un cedar man for ever tion, mais les médiums sont un peu [amateur de red cedar à vie], peut-être le parent pauvre encore. en raison de ma formation avec Alberto Ponce, le son rond, etc. Et le confort de jeu ? Depuis ce soir-là, je n’ai plus lâché C’est très important. Pour ma der- l’épicéa pendant très longtemps mais nière guitare, j’ai demandé à ce que là, j’ai envie d’un retour au cèdre. le diapason soit de 64 cm, parce que J’en ai assez de devoir contrôler tout life is short – j’ai envie de me faire le temps le son, d’être presque sur la plaisir –, et aussi parce que je joue défensive pour qu’il ne soit pas « cla- essentiellement ma musique et veciné ». C’est pour cela que j’ai de- qu’elle est exigeante et difficile di- mandé à Jim Holler de me fabriquer gitalement, tout en étant guitaris- une guitare en cèdre. Mais le sien tique. Ça, je persiste à le dire. À n’est pas caricatural, c’est plus de moins que ce ne soit l’inverse. Et l’« épicèdre ». puis, regarde [Roland Dyens me montre ses mains en écartant les doigts]: Que recherches-tu d’autre dans une tout le monde pense que j’ai des guitare ? mains interminables. Mais pas du La légèreté de l’instrument. Le ni- tout. Ça surprend beaucoup de gens. veau des luthiers a incroyablement Je veux une guitare facile à jouer et augmenté, il n’y a plus de mauvais légère à porter : la guitare « tank » ne instrument. Quand je « goûte » une m’intéresse pas, j’en suis

encore à la guitare, je vais là où il y a encore une guitare « couleurs ». faiblesse, ni dans les aigus, ni dans les graves, mais dans les médiums. Et pour ce qui est des cordes ? C’est encore là que le bât peut blesser. J’utilise des Savarez Cantiga pour les basses. La corde de sol est « bleue », un fort tirant pour donner du relief aux médiums, et les autres, je m’en fiche un peu. Les si et mi sont « rouges », je crois [tension « nor- male »]. J’ai toujours joué avec des Savarez. Et de temps en temps, j’uti- lise des cordes américaines de la marque Oasis dont je pense beau- coup de bien. www.rolanddyens.com

CADEAU !

Guitare classique et DIAM Diffusion vous offrent six exemplaires (trois de chaque volume) du recueil « Les 100 de Roland Dyens ». Pour participer, envoyez-nous un e-mail avec vos coordonnées en précisant l’objet « Concours Roland Dyens » à l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com. Les gagnants seront désignés par tirage au sort. Bonne chance ! #66 Guitare classique • 21

HOMMAGE © DR

LíhÈritage de

REGINO

S¡INZ DE LA MAZA

Regino S·inz de la Maza fait partie de ces musiciens espagnols, avec Miguel Llobet,Emilio Pujol ou AndrÈs Segovia, qui ont participÈ au renouveau de la guitare. Il est líunSept choses ‡ savoir la propulsant sur les scËnes internationales et la faisant rivaliser avec líorchestresymphonique. Díorchestre, il sera justement question ici, puisque le nom de S·inz de lade ces pionniers du dÈbut du XXe siËcle qui en ont fait un vÈritable instrument de concert, Maza reste assurÈment liÈ au cÈlËbrecela ne doit pas faire oublier les autres facettes de ce musicien aux talents multiples.Concerto díAranjuez de JoaquÌn Rodrigo. Mais Retour sur sa carriËre en quelques points essentiels. PAR JULIEN SIGUR… 22 • Guitare classique #66 Regino S·inz de la Maza demeure un pur produit de líÈcole espagnole,

1. Le piano d’abord et plus spÈcifiquement madrilËne,

Cíest paradoxalement au piano que Regino S·inz de la Maza fait ses premiers pas musicaux. Il Ètudie trËs jeune le clavier en filiation directe de T·rrega dans la ville de Burgos, en Castille, o˘ il naÓt le 7 septembre

1896. Au fil des dÈmÈnagements familiaux, il suit les cours

Giuliani) ou plus contemporaines de son Èpoque (Villa-Lobos, des professeurs locaux, ‡ San Sebasti·n notamment. Líhistoire Moreno Torroba). Sa renommÈe scÈnique et critique fait que dit quíil reÁoit une guitare pour ses 10 ans et quíil commence de nombreux compositeurs lui dÈdient leurs úuvres, comme alors ‡ en jouer, mais toujours est-il que cela níest pas son ins- Rodrigo avec le Concerto d’Aranjuez. Le succËs de ce concerto trument principal ; il continue díÈtudier le piano et la com- fait parfois oublier que de grandes pages pour guitare ont ÈtÈ position ‡ Barcelone, puis ‡ Ègalement dÈdiÈes ‡ S·inz de la Maza, comme la Sonate du Daniel Fortea compositeur Antonio JosÈ (1902-1936), úuvre qui a ÈtÈ oubliÈe © DR Madrid. Cíest dans cette ville que sa vie musicale prend un pendant presque cinquante ans. Plus rÈcemment, on a retrouvÈ autre chemin, puisquíil y ren- dans les papiers personnels du guitariste le manuscrit de la contre le guitariste Daniel brillante Toccata de JoaquÌn Rodrigo, úuvre Ècrite en 1933 Fortea, fameux ÈlËve de qui lui est Ègalement dÈdiÈe et que líon croyait perdue. Francisco T·rrega. Selon toute MystÈrieusement, il ne joua jamais líúuvre en concertÖ Ce vraisemblance, ce sont l‡ ses níest quíen 2006 que le guitariste polonais Marcin Dylla en premiËres ´ vraies ª leÁons de donna la premiËre ‡ Madrid ! S·inz de la Maza continue in- guitareÖ Il fait la connais- lassablement de se produire en concert, jusquíau crÈpuscule sance díAndrÈs Segovia et de sa vie, donnant son dernier concert en 1979Ö ‡ 82 ans. Miguel Llobet, obtient une 3. Le dédicataire du bourse afin de poursuivre ses Ètudes ‡ Burgos et Barcelone, et dÈvoile un authentique talent « Concerto d’Aranjuez » pour líinstrument, auquel il dÈcide de se consacrer pleinement. Aujourdíhui, le poids historique de S·inz de la Maza est sans Il a tout juste 20 ans et embrasse une carriËre de concertiste, conteste liÈ en partie ‡ sa rencontre avec JoaquÌn Rodrigo. donnant ses premiers rÈcitals ‡ Bilbao et Madrid. Les deux hommes se croisent en 1938 au cours díun repas ‡ Pourquoi S·inz de la Maza síest-il donc plutÙt dirigÈ vers San Sebasti·n, chez le marquis de Bolarque. Ce dernier, mÈ- la guitare ? …lËve certainement douÈ, aidÈ par sa technique cËne et grand amateur de guitare, suggËre au compositeur de mains apprise du piano, il a incontestablement ÈtÈ poussÈ díÈcrire un concerto pour líinstrument. LíidÈe fait son chemin par les encouragements de Fortea, qui a vu en lui un fort po- dans líesprit de Rodrigo et quelques mois plus tard seulement, tentiel musical et technique. Ces soutiens ont ÈtÈ renforcÈs ‡ líautomne 1939, le Concerto d’Aranjuez est prÍt. S·inz de la par ceux de Manuel de Falla et Federico GarcÌa Lorca (alors Maza reÁoit le double honneur díÍtre le dÈdicataire de líúuvre figures de proue de la culture espagnole), avec qui il va se lier et díen assurer la premiËre audition, le 9 novembre 1940 ‡ díamitiÈ. On peut supposer que S·inz de la Maza a ÈtÈ Èga- Barcelone, puis un mois plus tard ‡ Madrid. Dans ce concerto lement plus attirÈ par le cÙtÈ populaire de la guitare, ce qui inspirÈ ‡ Rodrigo par les jardins du palais royal díAranjuez, le guidera dans ses compositions futures. Toujours est-il quíil et Ècrit pendant ses annÈes parisiennes, la guitare níest jamais demeure un pur produit de líÈcole espagnole, et plus spÈcifi- couverte par líorchestre, ‡ la faveur díun constant dialogue quement madrilËne, en filiation directe de T·rrega. et díune Ècriture musicale raffinÈe : le compositeur reste fidËle ‡ son esthÈtique des formes classiques et de la tradition tonale, faisant connecter le populaire espagnol et líÈcriture savante. 2. Un concertiste globe-trotter Tout ceci fait que líúuvre est un succËs immÈdiat, succËs qui S·inz de la Maza fait partie de ces ne se dÈmentira pas au fil des dÈcen- guitaristes dont la carriËre interna- nies. De grands noms en assurent les tionale demeure historiquement dans premiËres dans diffÈrents pays : Ida líombre de celle díAndrÈs Segovia. Il Presti en France en 1949, Julian effectue pourtant de grandes tournÈes Bream au Royaume-Uni en 1951, mondiales dËs ses dÈbuts dans les JosÈ Rey de la Torre aux …tats-Unis annÈes 1920, qui líamËnent en en 1959Ö S·inz de la Maza en rÈalise AmÈrique du Sud (Argentine, le premier enregistrement mondial Uruguay, BrÈsil). En 1926, il fait ses en 1948 chez le label RCA, avec dÈbuts ‡ Paris, ‡ la Salle Pleyel. En líOrchestre national díEspagne. 1927, líAllemagne lui tend les bras Depuis, tous les meilleurs guitaristes puis, líannÈe suivante, il joue en ont un jour ou líautre interprÈtÈ et Angleterre. La pÈriode trouble de la enregistrÈ ce concerto, qui reste une guerre civile espagnole (1936-1939) ´ carte de visite ª incontournable pour ne líempÍche pas de donner par síaffirmer sur les scËnes internatio- exemple plusieurs concerts aux …tats- nales : Narciso Yepes, Alexandre Unis, en 1937. Lors de ses rÈcitals, il Lagoya, John Williams, Julian Bream, mÍle traditionnellement transcrip- Pepe Romero, Paco de LucÌa, David tions (Bach, Weiss, de VisÈe) et RussellÖ pour ne citer quíeux, ou úuvres originales classiques (Sor, plus rÈcemment Xuefei Yang ou Líaffiche de la premiËre du Concerto díAranjuez #66 Guitare classique • 23

HOMMAGE

Miloö Karadaglić. Tous saufÖ AndrÈs Segovia ‡ qui Rodrigo compositions, quíil fait Èditer dËs les annÈes 1920. Ses Ètudes dÈdiera sa Fantaisie pour un gentilhomme, en 1954. avec Enric Morera et Jaime Pahissa font de lui un compositeurau caractËre traditionnel et nationaliste, et ses úuvres reflËtent donc cet hÈritage, manifestant líidentitÈ espagnole. Il Ècrit

4. Un professeur réputé exclusivement dans le style des chansons et danses populaires

Lorsquíil revient de sa deuxiËme tournÈe en AmÈrique du castillanes et andalouses, les titres Ètant Èvidemment Èvocateurs Sud en 1930, S·inz de la Maza poursuit ses activitÈs musicales. de cette tendance : Canciones castellanas, Seguidilla-Sevillana, En 1935, il est nommÈ au Conservatoire royal de Madrid o˘ AlegríasÖ Brillantes et directes, ces pages puisent leurs thËmes sa renommÈe de pÈdagogue grandit, il restera dans cet Èta- et leurs harmonies dans le flamenco mais, dans les doigts díun blissement jusquí‡ sa retraite en 1969. Pendant plus de trente compositeur classique, elles perdent parfois de leur authenticitÈ ans, il mËne une carriËre de professeur active (donnant aussi (rythmique notamment) pour gagner en classicisme. S·inz beaucoup de cours privÈs et de master class) et demeure trËs de la Maza en tire alors la quintessence, comme dans sa Soleá ou son plus connu Zapateado. Dans ce dernier ñ certes moins Narciso Yepes virtuose que celui de Rodrigo des Trois Pièces espagnoles ñ, il © DR fait apparaÓtre dans le passage central plus calme une lignemÈlodique trËs inspirÈe. Des piËces plus mineures mais nÈan- moins sensibles traduisent, quant ‡ elles, líhÈritage de T·rrega : les Cuatro obras originales, úuvres de jeunesse, mÍlent mÈlodies espagnoles et harmonies classiques. Dans le ´ Minueto ª final, il perpÈtue la tradition des menuets de Sor, comme un hom- mage ‡ cette danse franÁaise baroque. Il participe Ègalement dans les annÈes 1950 et 1960 ‡ líÈlaboration de musiques de film, le plus marquant Ètant La frontera de Dios, pour lequel il Ècrit quatre piËces, dont une touchante Meditación.

6. … et musicologue

Avide de nouvelles dÈcouvertes, S·inz de la Maza síintÈresse de prËs ‡ la musique ancienne de son pays, notamment celle Ècrite pour la guitare baroque et, surtout, la vihuela. Il se pas- impliquÈ dans la transmission de savoir-faire artistique et sionne pour líhistoire de cet instrument et ses diffÈrentes technique. En digne hÈritier de líÈcole de T·rrega (via ses faÁons díen jouer, selon quíelle soit ´ vihuela de mano ª (jouÈe cours avec Daniel Fortea), il perpÈtue la tradition de la guitare avec les doigts) ou ´ vihuela de penola ª (jouÈe avec un plectre). espagnole : puissance, jeu constant sur les timbres et vibrato Il rÈalise ainsi des transcriptions díúuvres de Luys Mil·n ou expressif ñ caractÈristiques que Segovia poussera díailleurs Alonso Mudarra mais, au contraire díun Julian Bream qui ‡ leur paroxysme. Il enseigne son instrument ‡ plusieurs gÈ- © DR Julian Bream assura la premiËre nÈrations díÈlËves et voit alors passer dans sa classe de futurs du Concerto díAranjuez grands noms de la guitare comme Alirio DÌaz, Narciso Yepes, au Royaume-Uni en 1951. Nicolas AlfonsoÖ Toujours avide de recherches pÈdagogiques, il effectue Ègalement de nombreuses transcriptions, en par- tenariat avec la sociÈtÈ díÈdition UniÛn musical espaÒola : ainsi voient le jour des arrangements díúuvres de Jean- SÈbastien Bach, Robert de VisÈe, Sylvius Leopold Weiss, etc. Surtout, il fait paraÓtre une Èdition critique de la Método de guitarra de Dionisio Aguado, mÈthode fondamentale dans líhistoire de la guitare, sur laquelle S·inz de la Maza fonde une bonne partie de sa pÈdagogie. Il prÈpare aussi des Èditions corrigÈes des Ètudes classiques indispensables, comme celles de Fernando Sor ou Matteo Carcassi. Certains critiques eu- ropÈens níhÈsitent pas ‡ le dÈcrire comme le ´ Wanda Landowska de la guitare ª (une pianiste et claveciniste consi- dÈrÈe comme une des personnalitÈs les plus importantes dans la renaissance du clavecin au dÈbut du XXe siËcle), pour son De grands noms assurent les premiËres incessant travail díÈtude et de promotion de son instrument. du Concerto díAranjuez dans diffÈrents pays : Ida Presti en France en 1949, Julian Bream

5. Interprète… au Royaume-Uni en 1951, JosÈ Rey de la Torre

mais aussi compositeur aux …tats-Unis en 1959Ö S·inz de la Maza En plus de ses qualitÈs de pÈdagogue, S·inz de la Maza marque son Èpoque et líhistoire de la guitare avec ses propres en rÈalise le premier enregistrement mondial en 1948 24 • Guitare classique #66 POUR ALLER PLUS LOINÖ 7. Un entourage Bibliographie artistique ☛ M˙sica para guitarra, UniÛn Musical extraordinaire Ediciones, 2000 : rÈÈdition sous forme díun Dans les annÈes 1920, S·inz de la Maza recueil des piËces publiÈes par S·inz de connaÓt lí‚ge díor de la culture espagnole, la Maza. que viendra assombrir la guerre civile ☛ La guitarra y su historia, Ateneo de en 1936. Sa longue amitiÈ avec le poËte Madrid, 1955 : ouvrage ‡ intÈrÍt historique Federico GarcÌa Lorca fait quíil cÙtoie et musicologique sur líhistoire de la guitare, le groupe littÈraire appelÈ la ´ GÈnÈration par S·inz de la Maza lui-mÍme. de 27 ª, autour duquel gravitent nombre ☛ Regino S·inz de la Maza, Semblanza díautres artistes (Salvador DalÌ, Francis de mi padre, Ayuntamiento de Burgos, PicabiaÖ), dont líesthÈtique principale 1982 : riche ouvrage sur la vie du guitariste, est de mÍler les traditions artistiques es- par sa fille Paloma S·inz de la Maza. pagnoles ‡ líavant-garde europÈenne. S·inz de la Maza est celui qui fait la connexion entre ce groupe et la guitare, Discographie instrument Ù combien symbolique de la ☛ ´ S·inz de la Maza : Guitar Music ª culture espagnole. Dans líabondante et (Naxos, 2014) : un enregistrement paru Èmouvante correspondance entre GarcÌa tout rÈcemment des plus belles piËces du Lorca et S·inz de la Maza, ils dÈbattent compositeur, par le guitariste allemand de leur passion commune pour le cante Franz Hal·sz. jondo, ce chant flamenco primitif auquel ☛ ´ Regino S·inz de la Maza : Obras ori- le poËte consacre une partie de son ginales para guitarra ª (Several Records, úuvre ; celui-ci dÈdie díailleurs ‡ son ami

1996) : un enregistrement tout en dÈlica- guitariste ses Seis caprichos, en rÈfÈrence

tesse du guitariste espagnol Juan JosÈ aux six cordes de la guitare. Par ailleurs, S·enz. les Ècrivains de la GÈnÈration de 27 re- ☛ ´ JoaquÌn Rodrigo : Concerto díAran- mettent ‡ jour la littÈrature espagnole juez ñ The Premier Recording ª (Chante- baroque, de la mÍme maniËre que les relle Historical Recordings, 2002): rÈÈdition musiciens, dont S·inz de la Maza, síin- sous format CD du premier enregistrement tÈressent ‡ la musique de cette mÍme pÈ- mondial en 1948, par S·inz de la Maza, riode. Le guitariste est Ègalement trËs du fameux concerto, sous la baguette de proche du surrÈaliste Salvador DalÌ, au- Ata˙lfo Argenta, avec líOrchestre national quel il rend souvent visite. Dans la rÈsi- díEspagne. La remasterisation des 78- dence du peintre ‡ CadaquÈs, en tours originaux ne fait pas de miracle, mais Catalogne, il propose des concerts im- líÈmotion reste intacte. promptus. On dit que Recuerdos de la Alhambra de T·rrega recueillait toujours quelques annÈes plus tard ira jusquí‡ in- un grand succËsÖ terprÈter cette musique sur instruments Eduardo S·inz de la Maza (1903- díÈpoque, S·inz de la Maza reste le plus 1982), frËre cadet de Regino, prend part souvent fidËle ‡ la guitare et prouve que aussi ‡ ce renouveau de líinstrument au cette musique reste trËs vivante et des- XXe siËcle. Dans les pas de son frËre, il tinÈe ‡ Ítre jouÈe, quelle quíen soit la suit les cours de Fortea et Llobet. Ex- maniËre. Toutes ces recherches líamË- cellent guitariste, sa carriËre de concertiste nent ‡ animer des confÈrences autour est cependant ÈclipsÈe par la renommÈe de ce sujet et ‡ publier un ouvrage mu- internationale de son aÓnÈ. Il demeure sicologique intitulÈ La guitarra y su his- pourtant un professeur rÈputÈ et surtout toria, publiÈ en 1955 par líAteneo de un compositeur douÈ, au langage volon- Madrid, ouvrage court mais dense qui tiers plus personnel et poÈtique, influencÈ marque son Èpoque. Son Èrudition et par le jazz et líimpressionnisme. La suite son aura font quíil est le premier guita- Platero y Yo, díaprËs le cÈlËbre rÈcit en riste ‡ Ítre Èlu ‡ líAcadÈmie royale des prose de Juan RamÛn JimÈnez, demeure beaux-arts de San Fernando ‡ Madrid, ‡ ce jour son úuvre la plus connue. Ses en 1958. Pendant plus de dix ans (de compositions níont cependant pas encore 1937 ‡ 1952), il mËne Ègalement une gagnÈ la reconnaissance quíelles mÈri- collaboration avec le quotidien madri- tentÖ Chacun des deux frËres ont en lËne ABC, o˘ il officie en tant que cri- tout cas, chacun ‡ leur maniËre, marquÈ tique musical. líhistoire de la guitare. ? #66 Guitare classique • 25

GUITARE DE LÉGENDE

PAR BRUNO MARLAT – brunomarlat@hotmail.com

PHOTOS : CLÉMENT FOLLAIN

26 • Guitare classique #66

UNE CURIOSITÉ

DU XVIIIe SIÈCLE Guitare Jacques Philippe Michelot Paris, 1767 Cette guitare « en bateau », ainsi que la nomme son auteur, le luthier parisien Jacques Philippe Michelot (né en 1735), présente la particularité d’avoir un fond plus petit que la table et, donc, des éclisses inclinées. ACQUESêtre inspiré de la forme du luth pour ima- PHILIPPE MICHELOT s’est peut- Carulli. Cet instrument, luxueusement décoré J d’un motif de ruban de nacre déroulé sur fond son but est surtout d’en enrichir la sonorité.Aussi vante-t-il la capacité de sa guitare àginer cet instrument « en bateau », mais d’ébène, fut en effet offert par FerdinandoCarulli à son fils, sans doute pour qu’il mette « réfléchir les sons au-dehors d’une manière plussensible ». Cet instrument possède par ailleurs en pratique salyre composée expressément pour l’enseignement Méthode complète de guitare ou siècle. Le fond et les éclisses sont composésles caractéristiques de la facture du XVIIIe L’étiquette, manuscrite, indique la date de construction de son fils Gustave, éditée à Paris en 1810. de plusieurs parties séparées par un filetd’ébène. Le bois choisi ici est un bel érable et l’adresse de l’atelier. Le luthier précise sa proximitéavec l’église Saint-Roch car, à l’époque, les maisonsne portaient pas encore de numéro. mais les luthiers utilisaient parfois des boisdifférents pour créer davantage de contraste. touche est au même niveau que la table, elle La tête porte dix chevilles d’ébène pour fixerles cinq rangs de cordes alors en usage. La n’est pas divisée par des frettes fixes mais pardes liens en boyau noués autour du manche.Seules deux barrettes d’ébène sont collées sur la table. Particulièrement fin, le chevalet oùse nouent les cordes est en érable plaqué d’ébène, il ne porte pas de sillet. Les fleurons,de part et d’autre du chevalet, et les cercles concentriques de filets de bois clairs et d’ébèneautour de la rose constituent les seuls éléments décoratifs de cette guitare plutôt sobre. truire des guitares « en bateau », aussi est-iltentant de lui attribuer une guitare anonymeMichelot semble avoir été le seul à cons- de cette forme, conservée au Musée de la mu-sique et dont nous connaissons le destin par- ticulier. Conçue à l’origine pour cinq rangsde cordes, elle a été transformée pour six De simples cercles concentriques de bois clair alternent, cordes simples au début dupart et d’autre du chevalet, ont alors été ajou- XIXe siècle. De En érable plaqué d’ébène, la tête porte les dix chevillesnécessaires aux cinq rangs de cordes. Mais la plupart décoration contribue à la sobre élégance de l’instrument.autour de la rose, avec d’autres en ébène noir. Cette tées les initiales de son destinataire : Gustave des musiciens n’en utilise que neuf car la corde la plus aigüe,la chanterelle, reste simple. #66 Guitare classique • 27

GUITARE DE LÉGENDE

Les cordes viennent se nouer sur ce chevalet particulièrement fin et sans sillet. Un placage d’ébène dessine une jolie courbe pour en recouvrir les flancs prolongés Contraste saisissant entre cet étui ancien, usé et mité, avec élégance par les fleurons. La marque au fer « Michelot », apposée au bas de la table, et la guitare de près de 250 ans parfaitement conservée ! vient, en complément de l’étiquette, signer cette guitare. La communauté des maîtres et marchands luthiers Installé à Paris avant la Révolution française, Jacques Philippe Michelot a dû suivre la formation exigée par les statuts de la communauté des maîtres et marchands luthiers pour obtenir son brevet de maîtrise et avoir l’autorisation de s’établir à Paris. Les brevets d’apprentissage étaient alors rédigés par un notaire et signés par chacun des intéressés. Ainsi peut-on apprendre que, le 12 mai 1751, le jeune Jacques Philippe, âgé de 16 ans, accompagné de ses parents, signe son contrat d’apprentissage de six ans chez le maître luthier François Gaviniès, renommé pour les violons et violoncelles. Chacun prend les engage- ments prévus par les statuts de la communauté: Gaviniès doit loger son apprenti et lui enseigner son métier, Jacques Philippe doit suivre sa formation avec assiduité et ses parents, payer sa nourriture et son linge en plus de la somme due au maître. Trois ans plus tard, un nouvel acte est rédigé car le jeune homme termine son apprentissage chez un autre luthier: Joseph Bertet, dont nous connaissons quelques guitares. Le 30 décembre 1757, après avoir montré son chef-d’œuvre aux jurés de la communauté, Michelot reçoit finalement son brevet de maître luthier. Il ouvre alors boutique à l’enseigne de « La Mélodie » dans le Les éclisses et le fond sont constitués de côtes d’un bel érable blond réunies même quartier que son dernier maître, rue Saint-Honoré, près de l’église par des filets d’ébène. On remarque, sur le dos du manche, les liens de boyau Saint-Roch. qui servent à fretter la touche de la guitare. 28 • Guitare classique #66

COLLECTION

Campion Wiegenlied, op. 9 no CanoCarulli El delirioPrélude

4 GC #49GC #62

SI VOUS AVEZ MANQUÉ LES DERNIERS NUMÉROS ! SOMMAIRES DES ANCIENS NUMÉROS Charpentier Siziliana GC #62 Chopin Te Deum GC #52

GC #51

Valse posthume, op. 69, nMazurka, op. 67, no o Prélude, op. 28, no 42

1 GC #58GC #49

GUITARE CLASSIQUE #48Jérémy Jouve & Judicaël Perroy, GUITARE CLASSIQUE #58Emmanuel Rossfelder, Olivier Pelmoine, Chôro brésilien GC #63 Légende :Bancs d’essai :Rolf Lislevand, etc. Alexandre Lagoya Saga :Duo Chomet-Cazé Couperin Tico-Tico Bancs d’essai : Antonio Lauro De Visée MenuetLes Barricades mystérieuses GC #62GC #62 Lutherie :modèle Andalucia, Amalio Burguet 3M Gaëlle Roffler, Castelluccia 130e anniversaire, etc. Bernhard Kresse, Ramirez Lutherie : Passacaille Sarabande et Bourrée GC #50GC #52 par Gaëlle Roffler La fabrication de la tête de la guitare par Sylvain Balestrieri la réalisation du barrage « lattice » DelibesDowland l’enregistrementDossier : Mes premiers pas dans Fauré CoppéliaLachrimae Pavan

GC #55

Ejercicio nPavane, op. 50o

GUITARE CLASSIQUE #49 9
GC #58GC #52
GC #62

Ferrer Y Esteve Arnaud Dumond & Vincent Le Gall, GUITARE CLASSIQUE #59 Fimbel Vol au-dessus d’un nid de cigognesCharme de la nuit, op. 36 Légende :Bancs d’essai :Berta Rojas, etc. René Lacote Saga :Gaëlle Solal, Thomas Viloteau, Duo Melis (arr. Roland Dyens) GC #58

GC #52GC #53
GC #49

Gardel Juliette, Jean-Noël Lebreton, Alhambra 4P, Jean-Yves Alquier modèle Évènement: Miguel Llobet Giuliani-Guglielmi Adiós muchachos Bancs d’essai : À la rencontre de Greg Smallman Granados Prélude no Grieg La maja de Goya 2, op.46 GC #50GC #59 Dossier :Manuel Rodriguez modèle C... Les bons conseils pour s’enregistrer Olivier Pozzo, etc. Luigi Locatto, Dossier : La discothèque idéale Guillem Esquisse n Variations sur une danse norvégienneo 1

GC #49

HaendelIparraguirre DaliaOmbra mai fù GC #63GC #51 Johnson Nardo AndantinoOriginal Rag Crossroads GC #50GC #52

GC #51

GUITARE CLASSIQUE #50Los Angeles Guitar Quartet, Pavel Steidl, GUITARE CLASSIQUE #60 Légende :Éric Pénicaud, etc. JoplinKüffner Lutherie : Le collage des barres du fond parEmilio Pujol Saga : Rolf Lislevand, Lazhar Cherouana, J.-B. Marino Bancs d’essai : María Luisa Anido Bancs d’essai :Jérôme Casanova Alhambra 9P Carsten Kobs, Fabien Ballon, Courante en la mineur

GC #50GC #64

LecocqLegnani ValseAndantino GC #49GC #62 Arche, Victor Bédikian, Esteve 8C Jean-Marie Fouilleul modèle Dossier : El mestreCaprice n o 6, op. 20 GC #48 edition, Cordoba modèle C5 / B Limited Lutherie : l’histoire du tango par Koen Leys La fabrication de la touche flottante LlobetManjon Capricho criollo

GC #54

GUITARE CLASSIQUE #51 Molinaro Pablo Márquez, Pepe Romero, etc. GUITARE CLASSIQUE #61 Murcia Fantasia quinta GC #60

GC #61

Gigue GC #53 Lutherie :Guitare de légende :Maurice Dupont La fabrication de la rosace par Robert Bouchet (1963) Au cœur de la guitare espagnole : son histoire, Nazareth Allegro GC #52 BarcarolleOdeon

GC #53

Offenbach Bancs d’essai : Interviews : sa tradition, ses interprètes, sa lutherie... Raimundo modèle 128, Perez 650 CETB1 Alain Raifort, Bastien Burlot, Bancs d’essai : Jérémy Jouve, Laurine Phélut Joël Laplane « Grand Concert », Yvan Jordan « Grand Concert », Paganini Rossini Rameau Romance, op. 35 GC #57

GC #63

Samba Morenita do BrasilSe inclinassi a prender moglie Menuet GC #49

GC #52
GC #52

Lutherie :Lâg Occitania 300 Sanz Rujero y canzione GUITARE CLASSIQUE #52 Dominique Delarue La fabrication du chevalet par Scarlatti Sonate, K. 208Canarios

GC #60
GC #49GC #65

Lutherie:Nigel North, Duo Palissandre, Vladimir Mikulka GUITARE CLASSIQUE #62 Schubert Lob der Tränen 2, op. 100 GC #53 Noël Rohé La réalisation du barrage par Jean- Thibault Cauvin, Gallardo del Rey, Trio no Bancs d’essai :Légende : Narciso Yepes Saga : Claire Antonini, Bancs d’essai : Manuel María Ponce Nacht und Träume, D. 827

GC #52

SchumannSciortino Monaco Celtic StudyRêverie, op. 15, n 7

GC #59

o

GC #53
GC #65

Dossier :Yamaha CG192C, Prudencio Saez PS28 David J. Pace, Vincent Dubès, Valse blanche différences ? Red cedar et épicéa, quelles Dossier : Correa Marín, Ibanez GM500CE-NT, Höfner HF-14 Martin Blackwell, Juan Antonio Lutherie : Monter ses cordes et s’accorder La manufacture d’Amalio Burguet Shand Légende, op. 201Valse de la rentrée

GC #58GC #57

GUITARE CLASSIQUE #53 SmetanaSor La Moldau

GC #54GC #62

Étude en si GC #50GC #62 Légende :Lutherie :Miloš, Manuel Barrueco, Yamandu Costa, etc. La fabrication et la pose des filets parAbel Carlevaro GUITARE CLASSIQUE #63Julian Bream, Claire Sananikone, Strauss J. Leçon no Tárrega Le Beau Danube bleu 18 Tango

GC #48GC #59

Bancs d’essai :Alain Raifort Bancs d’essai : Benjamin Valette Angel Lopez Eresma Olivier Planchon, Kremona FS, Valse nÉtude en mi mineuro 1 GC #50

GC #51

Dossier :Hugo Cuvilliez, Almansa 401, Alvaro 410 Jean-Pierre Sardin, Dossier : Danza mora GC #53 l’éclairage de la recherche Red cedar et épicéa (suite) : Lutherie : Les intégrales pour guitare Gabriel Fleta Tchaïkovski Le Lac des cygnesLágrima GC #64GC #65

GC #61

GUITARE CLASSIQUE #54Gérard Abiton, Thierry Tisserand, GUITARE CLASSIQUE #64 Teixeira GuimarãesTraditionnel Pó de micoBella ciao GC #57 Sambé léléAmazing Grace GC #57 Lutherie :Bancs d’essai :René Bartoli, etc. Antoine et Stéphane Pappalardo Ana Vidovic, Hopkinson Smith, Marcin Dylla, Vicente Quiles C3 et Pack Cordoba Greg Smallman, Bertrand Ligier, Saga : Eleftheria Kotzia Dossier : Bien choisir son étui Bancs d’essai : Turíbio Santos El cóndor pasa

GC #62GC #61

Verdi La donna è mobileBoogie-Woogie

GC #64
GC #65

Lutherie :Yamaha CG12S, La Patrie Concert Romuald Provost, Vivaldi L’Hiver« Allegro » du Concerto en ré

GC #54GC #51

par Régis Sala La fabrication de l’enture en V, GUITARE CLASSIQUE #55Xuefei Yang, Duo McClelland-Cousté, Thibault WeyrauchWeiss Adieu ! « Largo » du Concerto en ré

GC #60GC #53
GC #62GC #61

OuvertureTombeau sur la mort Saga :Cauvin, etc. GUITARE CLASSIQUE #65Miloš Karadaglic, Laurent Boutros, Lutherie : Julian Bream Hommage :Los Angeles Guitar Quartet, etc. Bancs d’essai :Dubès la fabrication du manche par Vincent Bancs d’essai : Paco de Lucía Yradier de M. Comte de LogyLa paloma GC #60GC #64 TECHNIQUE : Les conseils de... Daniel Stark, Höfner HZ28 Pascal Quinson, Lutherie :BL, Córdoba CP100 Gabriel Martin, Yamaha CG142S Éric FranceriesAlexandre Bernoud GC #50 de 500 eurosDossier : Dix bonnes guitares à moins par Jérôme Casanova Restauration et fac-similé, Dossier : Doigter ses partitions Thibault CauvinThomas Viloteau

GC #52GC #51

Hugues Navez GC #53 ÉPUISÉ GUITARE CLASSIQUE #56Francis Kleynjans, Frédéric Zigante, Vincea McClellandMaud Laforest Saga :Alvaro Pierri, etc.

GC #54

CAHIER PÉDAGOGIQUEAlbéniz GC #58GC #57 Lutherie : Nicolas Alfonso Albéniz Tango, op. 165, nMallorca o Jérémy Jouve GC #59 Bancs d’essai :numérique par Hugo Cuvilliez L’utilisation de la commande et 2

GC #54

Andillano Blouse de septembrePrélude Carnavalito du matin GC #51GC #57 Guajira Che Che GC #50 MASTER CLASSNatalia Lipniskaya : Special 15, Rémi Larson modèle Erachi, Cornelia Traudt modèle Gérard Abiton : Grave, BWV 1003, de J.-S. Bach GC #50 Dossier :Cordoba C7, Esteve GR05 Hommage à Lennon Eric Franceries :SonateSérénade espagnole, K. 555, de Domenico Scarlatti Judicaël Perroy : Sarabande, BWV 826, de J.-S. Bach de Joaquín Malats Raúl Maldonado :Alborada

GC #53GC #52
GC #51

PanamélodieMississippi Blues GC #53

GC #49

Tout sur les mécaniques... GC #53 GUITARE CLASSIQUE #57 Zamba pour Lilou GC #54 Liat Cohen : ÉPUISÉ Raúl Maldonado, Sharon Isbin, Anonyme Señor ComisarioFolies d’Espagne GC #60GC #54 Saga :Bancs d’essai :José-Luis Narváez Alirio Díaz Bach Skip to My LouBourrée II, BWV 1009 et Double, BWV 1002

GC #49GC #51

Emmanuel Rossfelder :Zamba de Vargas de Francisco Tárrega Mirta Álvarez : El choclo Ave Mariade Ángel Villoldo (traditionnel) (traditionnel) GC #54 Eleftheria Kotzia : Las dos hermanitas de Francisco Tárrega

GC #58GC #57

Gaëlle Solal :P. Mouratoglou et P. Soler :« Chaconne » de la Suite n°10Rumores de la caleta de S. L. Weiss d’Isaac Albéniz

GC #60GC #59

Lutherie :Régis Sala, Sanchis 2F, etc. Kim Lissarrague, Gigue, BWV 1004Bourrée

GC #54
GC #59GC #55

du luth par Wolfgang Früh la fabrication de la caisse Chôro da saudade d’Agustín Barrios

GC #61GC #61

Allemande, BWV 1004 Dossier : Les cordes de A à Z Sicilienne, BWV1031 Gabriel Bianco : Musette, BWV 126

GC #64GC #62

BarriosBeethoven Don Perez Freire GC #65 Duo Mélisande : « Variation 5 », BWV 988, de J.-S. Bach GC #62 Roland Dyens :Thibault Cauvin : Sonate, K. 213 – Domenico ScarlattiBenjamin Valette :Alba nera« Andante », BWV 1003, de Roland Dyens de J.-S. Bach

GC #63
GC #64
GC #63

Brahms Valse, op. 49Lettre à Élise

GC #51

GC #54GC #51 Ana Vidovic : « Allegro Solemne », La catedral – Agustín Barrios GC #65GC #65 Coupon à compléter et à renvoyer à : Back Office Press, service abonnement « Guitare classique », 12350 Privezac. Société :............................................................................................................................................................................................................ Je désire recevoir les numéros:  48  49  50  51  52  53 GC #66 Nom :....................................................................................................................................................................................................................  54  57  58  59  60  61 Prénom :...........................................................................................................................................................................................................  62  63  64  65 Adresse :.......................................................................................................................................................................................................... de GUITARE CLASSIQUE au prix de 8,50 euros l’unité, frais de port compris(pour l’UE, la Suisse et les DOM-TOM, rajouter 1,50 euros). .................................................................................................................................................................................................................................... Total de ma commande .............................,............. euros Code postal :................................................ Ville :................................................................................................................................ Je joins mon règlement par : Téléphone :...................................................................... E-mail :....................................................................................................... chèque bancaire à l’ordre de Blue Music 

LUTHERIE

TEXTE ET PHOTOS : CLÉMENT FOLLAIN

DANS L’ATELIER DE

JEAN-NOËL ROHÉ

Le vernis au tampon Très utilisé au XIXe siècle, particulièrement en ébénisterie, le vernis gomme-laque au tampon est une technique qui nécessite méthode, patience... et « coup de main ». Jean-Noël Rohé nous a ouvert les portes de son atelier, situé au cœur de Strasbourg (Bas-Rhin), afin de suivre pas à pas les différentes étapes de cette technique séculaire. O tion réalisée par le luthier. Le vernis sert à la fois à mettre en valeurpération délicate, le vernissage de l’instrument est l’ultime opéra- rechargée en vernis, afin d’obtenir une brillance optimale et une surface distingue esthétiquement par sa finesse et l’élégant éclat qu’il donne à la sur-la beauté du bois et à protéger celui-ci. Le vernis gomme-laque se parfaitement plane. L’opération complète demande à Jean-Noël Rohétrente heures de travail réparties sur un mois complet. face qu’il recouvre. Sa masse quasi nulle n’influe que très peu sur l’acoustiquede l’instrument. La mince pellicule qu’il dépose est relativement fragile, mais cochenille (tensité de sa couleur ambrée varie selon son degré de raffinage. À noter queLa gomme-laque est une résine naturelle issue de la sécrétion d’uneKerria lacca), un insecte des forêts du Sud-Est asiatique. L’in- le vernis au tampon peut facilement être retouché. La gomme-laque combi-ne donc de nombreux avantages. L’inconvénient majeur, outre un long temps le vernis au tampon (d’application, et non une nature de vernis. En effet, un vernis cellulosiqueFrench polish, en anglais) est un procédé, une technique de séchage, est sa mise en œuvre qui demande savoir-faire et patience. puis l’application du vernis. Cette dernière étape, la plus longue, consiste àTrois phases peuvent être distinguées: la préparation du bois, l’élaboration peut être appliqué au tampon. Mais on associe généralement cette techniqueà la gomme-laque. Pour l’anecdote, jusque dans les années 1920 environ, le retravailler inlassablement une même couche, régulièrement poncée et vernis au tampon est le seul procédé de vernissage existant. Le métier de ver-nisseur est alors un métier à part entière. 01 02 Une fois l’assemblage de la guitare terminé, le bois est encore « nu » et ses pores (chacundes minuscules orifices de sa surface) sont ouverts. temps, un sac rempli de ponce (une roche volcanique) est frappé sur l’ensemble de la surfaceAvant d’appliquer le vernis, il faut préparer le bois en bouchant ses pores. Dans un premier à vernir – ici, le fond de la guitare. 03 04 La friction d’un tampon rempli d’alcool sur la surface à traiter produit un mastic (un amalgamede ponce, de poussière de bois et d’alcool) qui pénètre dans chaque pore. L’excédent de mastic en surface est poncé à l’aide de papier abrasif monté sur une cale. 30 • Guitare classique #66 05 06 Le bois est ensuite huilé avec un chiffon imbibé. Cela permet d’éviter que des traces de Les pores du bois sont désormais bouchés. La surface est lisse et prête à être vernie. ponce ne ressortent quelques années après l’application du vernis. Ce procédé rehausse aussi la teinte du bois, blanchi à cause de l’alcool. Sur la photo, seule la partie gauche du fond est pour le moment huilée. 07 08 Le vernis gomme-laque doit être préparé manuellement. Différentes variétés de résine, plus Physiquement, la gomme-laque se présente sous forme de plaquettes ou de paillettes. Ici, ou moins dures et colorées, sont mélangées dans des proportions précises. en plan rapproché, les deux variétés mélangées. 09 10 La gomme-laque en plaquettes est pulvérisée dans un mortier avec un pilon. La poudre obtenue est versée dans un récipient à l’aide d’une feuille de papier pliée en entonnoir. 11 12 De l’alcool à 99,9 % est versé sur le mélange de gomme-laque. C’est la phase d’estérification, La solution obtenue est mélangée vigoureusement afin que la gomme-laque fonde complè- les molécules de résine et d’alcool se transforment. Il en résulte l’obtention du vernis sous sa tement dans l’alcool. Le vernis est prêt à être utilisé. forme liquide. #66 Guitare classique • 31

LUTHERIE

13 14 Le tampon est constitué d’un tricot de laine – le réservoir – recouvert d’une toile usagée, de Une ou deux gouttes d’huile de vaseline sont ensuite déposées sur le tampon afin d’éviter préférence en lin et tissé assez lâche. Ici, le tampon est en train d’être chargé en vernis. que le tampon n’accroche la surface du vernis. Le tampon doit être régulièrement huilé – ni trop ni trop peu – au cours du vernissage. 15 16 L’application du vernis se fait par mouvements circulaires non concentriques. L’évaporation Toutes les surfaces de la guitare reçoivent le même traitement. Ici, le vernis qui recouvre la immédiate de l’alcool crée une trace fugace à la surface du bois qui donne au vernisseur une table est rechargé au vernis incolore (un vernis plus ambré sera finalement appliqué pour indication sur la bonne marche du processus. On dit que le tampon « nuage ». « réchauffer » la teinte finale). Jean-Noël Rohé réserve une pièce de son atelier au vernissage, à l’abri de la poussière de bois. 17 18 Le chevalet est verni séparément du reste de la guitare. Les dimensions du tampon sont Les recoins sont vernis en utilisant la toile retirée du tampon et repliée autour de l’ongle, qui alors adaptées à la taille de la surface à vernir. sert à accéder aux angles. Ici, Jean-Noël Rohé est en train de vernir le bord de touche. 19 20 La pellicule de vernis déposée doit être poncée régulièrement à l’aide de papier abrasif Un vernis au tampon bien réalisé sublime la beauté des bois, à l’image de ce palissandre de au grain de plus en plus fin au fil de l’avancement du vernissage. Cela permet d’obtenir une Rio d’une guitare de Jean-Noël Rohé de 2012, dont la richesse des tons avivée produit des surface de plus en plus plate, condition nécessaire à l’obtention d’un glacis brillant. contrastes spectaculaires. 32 • Guitare classique #66

PAR CLÉMENT FOLLAIN INTERVIEW

JEAN-NOËL ROHÉ

Nouvelle garde Daniel Friederich ou Dominique Field. À seulement 38 ans, son carnet de commandes affiche cinq années d’attente.Jean-Noël Rohé fait partie des rares luthiers français à jouir d’une solide notoriété internationale, à l’instar deSacré meilleur ouvrier de France en 2004 et distribué par le célèbre revendeur américain GSI depuis 2011, le talentueux luthier strasbourgeois connaît une ascension fulgurante. Vous me disiez en 2011 vous fier le plus possibleà votre instinct dans votre travail. Jusqu’à quel point est-ce possible en lutherie ? C’est un des revendeurs les plus influents sur la consécration ? Que cela a-t-il changé pour vous ? Disons que mon instinct est nourri de nom-breuses recherches car j’essaie de maîtriser un © Clément Follain scène internationale, donc oui, c’est une forme deconsécration. Ce qui est intéressant pour moi, maximum de choses. On passe des années àacquérir des connaissances et un savoir-faire, à c’est la possibilité d’avoir une belle vitrine surInternet. Je n’ai pas de site personnel, le fait essayer de comprendre ce qui a déjà été fait parle passé, mais ensuite on passe certainement d’avoir ce relais est donc important, car sonrayonnement est international. Par rapport au autant de temps à essayer de s’en détacher, detrouver sa propre voie. Ça fait partie du processus type de lutherie que j’exerce, se cantonner à unpublic national ne suffit pas. de création, en ce sens, je considère la lutheriecomme une activité artistique à part entière. Comment définiriez-vous le type de lutherieque vous exercez ? Votre modèle a subi des modifications par pe-tites touches au fil du temps (forme de la tête, Je passe un temps considérable à réaliser des ins-truments les plus précis possible. D’autant que je gabarit…). Sur le long terme, qu’est-ce quiguide l’évolution de votre travail ? réalise toute la transformation, c’est-à-dire que jepars de planches à l’état absolument brut, je fais J’essaie de faire au mieux ce que je sais déjà faire.J’ai plutôt tendance à douter et à me remettre le sciage, la transformation du matériau, etc. Lalutherie conjugue plusieurs métiers. J’aime pou- en question assez régulièrement. Mais aujour-d’hui, je suis relativement satisfait de l’évolution JEAN-NOËL ROHÉ voir maîtriser toutes les étapes du processus de 67000 Strasbourg3, rue de l’Épine fabrication. J’essaie de perpétuer un savoir-faire esthétique de mon travail. J’envisage les choses demanière plus rationnelle dans la productivité et une culture. qu’il y a quelques années. E-mail : jnrohe@gmail.comTél. : 03 88 23 15 93 Le métier de luthier est solitaire, comment envi-sagez-vous cet aspect ? Est-ce dû au fait que vous avez aujourd’hui une liste d’attente de cinq ans ?C’est possible, oui. Une aussi longue liste d’attente m’offre une certaine Nécessaire, car il faut savoir entrer dans sa bulle pour arriver à concevoirDe manière à la fois nécessaire et pesante. sérénité et une confiance par rapport à l’avenir de mon entreprise. et travailler efficacement. Il se produit quelque chose de fusionnel entrele cerveau, la main, l’outil et le matériau qui fait un peu entrer dans un On associe volontiers votre travail au courant de la « lutherie française »,comment la définiriez-vous ? état de conscience différent. Le décrire serait assez difficile, ce sont dessensations. Pesante, parce qu’on est seul arbitre de ce qu’on réalise. Ce qu’on entend par lutherie française, c’est une recherche esthétique cer-taine qui pourrait se définir par la quête du beau et du simple, sans être Avez-vous une méthode de travail particulière ? simpliste. Il n’y a pas vraiment d’« école » dans le sens où il n’existe pas detransmission académique. Les filiations se font de manière indirecte, ce Je fais une fiche technique pour chaque instrument où je note la densitédes matériaux utilisés, les épaisseurs, la fréquence fondamentale des fut le cas pour Bouchet, Friederich ou Field. Évidemment, pour pré-tendre faire simple, il faut avoir une technique absolument maîtrisée et, pièces, notamment du fond et de la table. Je tiens mon propre cahierd’atelier. J’essaie donc d’être le plus rationnel possible, même s’il est surtout, qui s’inscrit dans une compréhension de l’instrument, son his-toire, ses luthiers influents. Un luthier se doit de faire sa propre synthèse difficile de donner une note objective au résultat final. Daniel Friederichfait ça, il a établi un certain nombre de paramètres d’évaluation qu’il a esthétique par rapport à son observation de l’histoire de l’instrument. divulgués volontiers. C’est valable sur le plan de la construction aussi, j’imagine ?Bien sûr. Tout est lié, tous les choix – même les plus infimes, comme C’est quelque chose que vous essayez de faire, aussi ?Oui, mais c’est une vraie difficulté. Je pense que c’est le cas pour tout le l’épaisseur des filets – ont une influence sur le résultat sonore. On ne peutpas vraiment dissocier un élément ou attacher plus d’importance à un monde… Peut-être que je pourrais évoluer de manière significative sij’arrivais à avoir plus de clairvoyance par rapport à cela. autre. Ce qui fait la personnalité d’un luthier, ce sont plein de petits ajus-tements, des détails qui lui sont propres et qui Maintenant que vous avez acquis une certaine notoriété, qu’est-ce qui vont créer sa sonorité. « Je considère Je ne me pose pas vraiment cette question… et cevous motive ? Considérez-vous le fait d’être distribué par une activité artistiquela lutherie comme n’est pas par frustration. Aujourd’hui, j’ai atteint Guitar Salon International comme une forme de un certain équilibre et j’exerce sereinement monmétier. à part entière » #66 Guitare classique • 33

BANC D’ESSAI

PAR CLÉMENT FOLLAIN

DIETER HOPF

LA PORTENTOSA EVOLUCIÓN

Théorie de l’Evolución On ne présente plus le luthier Dieter Hopf, au faîte de sa gloire dans les années1980. Aujourd’hui, la manufacture allemande produit toujours des instruments haut de gamme et propose aussi bien des guitares de facture traditionnelle quedes modèles à double table ou « lattice ». Élaborée en 2013, l’Evolución constitue l’ultime mouture de la Portentosa, modèle phare de la marque. Saga familialeIssu d’une famille de luthiers où la tradition de Alexandre Lagoya est un des premiers adeptes la lutherie violon se transmet de génération engénération, Dieter Hopf, né en 1936, fait ses de la Portentosa. Le rayonnement du guitaristefrançais participe alors fortement à la notoriété classes à Mittenwald où il s’initie la lutherie duquatuor. En 1968, il se dirige finalement vers la de Dieter Hopf dans l’Hexagone et dans lemonde. Aujourd’hui, la manufacture Hopf pro- guitare et rejoint la manufacture familiale, sise àTaunusstein, non loin de Francfort. Le luthier pose plus de trente modèles de guitares classiquesà son catalogue, en plus des guitares folks et des allemand y développe alors une large gamme deguitares et un goût prononcé pour l’innovation ; mandolines produites par la firme allemande. Lagamme d’instruments proposée est particulière- il dépose même deux brevets. Dans les années1980, Dieter Hopf met au point la guitare qui ment large, les prix s’étalant d’environ 200 à13 000 euros. L’atelier consacré à la production fera son succès sur le plan international : laPortentosa (« la prodigieuse »). Pourquoi l’uti- des instruments haut de gamme de la manufac-ture (guitares et mandolines) compte aujourd’hui lisation d’un nom espagnol ? Essentiellementen référence à une nouvelle manière de faire en six ouvriers, qui fabriquent environ cent ins-truments par an. Allemagne, alors peu commune outre-Rhin :l’utilisation du montage « à l’espagnole ». élabore un nouveau modèle ens’inspirant d’une partie des prin-Au début des années 2000, Hopf cipes de fabrication établis parGreg Smallman, à savoir l’uti- lisation d’un barrage en croi-sillons en balsa renforcé par du carbone. Après avoir marquéson temps dans les années 1980 grâce à un modèle à l’identité biendéfinie (toujours proposée au ca- taloguePortentosa Classic), la fa- sous le nom de brique allemande proposeaujourd’hui des guitares construites selon plu-sieurs principes de fa- brication (barrage enéventail, double table, lattice). « Lattice »et légère La Portentosa Evoluciónreprésente le fer de lance de la gamme du luthier ger-manique et la vitrine de son de préhension du manche,La surface savoir-faire. Pour les aficiona-dos de la marque, il s’agit en fait de Madagascar, est non vernie.recouverte de palissandre d’une variation sur le modèle qui ré-pond au doux nom de Grande Furioso. 34 • Guitare classique #66 Un sombre et dense palissandre de Madagascar constitue le fond et les éclisses de l’instrument. Le haut de gamme des mécaniques japonaises Gotoh Pour ce qui constitue son modèle le plus cher se faisant sans accroc. L’émission des premières équipe (12 900 euros), Hopf parie donc sur un modèle notes surprend, notamment par le souffle dyna- la Portentosa avec un barrage en croisillons en balsa et carbone. mique et le grondement des basses que dégage Evolución. Par rapport à la Grande Furioso, un peu moins la guitare, en particulier sur la 6e corde. Étant onéreuse, l’Evolución est vernie au tampon donné la masse de l’instrument, l’Evolución trans- (gomme-laque) et est plus légère. En effet, avec met sensiblement ses vibrations au musicien par moins de 1,5 kg, il ne s’agit pas d’un modèle très l’intermédiaire de son fond massif. L’ampleur de lourd pour une guitare « moderne », surtout par la projection est valable pour tous les registres, rapport aux modèles lattice australiens dont la malgré une chanterelle pas forcément aussi égale masse peut avoisiner les 3 kg. que le tarif superlatif de l’instrument peut per- Esthétiquement, l’Evolución porte les marques mettre de l’espérer. À l’attaque de la corde, une distinctives d’une « Portentosa » : le dessin de tête sorte de réverbération intérieure est générée, caractéristique et sa forme évidée, le manche non comme un léger écho, ce qui favorise un jeu legato. verni et plaqué du même bois que celui utilisé Aussi l’instrument est-il peu sensible aux bruits pour le fond et les éclisses. Si la masse de l’ins- d’attaque de la corde, il paraît donc simple de trument est aérienne, la décoration l’est moins. développer un jeu dénué de sons parasites. Idéal Des filets en torsade, fort bien exécutés, ornent pour le trémolo par exemple. En revanche – c’est tous les contours de l’instrument et une rosace le revers de la médaille –, un léger effet peau de chargée ceint l’ouverture. Les bois choisis sont, tambour se fait ressentir, en particulier dans le bien évidemment, du meilleur acabit. Une très registre aigu, la fréquence du volume d’air de la belle table d’harmonie en red cedar, au grain fin caisse étant assez audible à l’attaque. Très puis- et hyper-régulier, repose sur une caisse en palis- sante, la guitare allemande est aussi particuliè- sandre de Madagascar sobrement figuré, au vei- rement souple à jouer et idéalement réglée d’ori- nage dense et noble. gine. Hopf propose ici une synthèse originale de Boom son idée de la guitare, en réussissant à s’approprier Lors du premier contact avec l’instrument, la des techniques de fabrication nouvelles, parfai- finition du manche, détonante, attire l’attention. tement maîtrisées, tout en conservant son identité Non vernie dans sa zone de préhension, la surface esthétique et un niveau de fabrication élevé. Une du manche présente l’intérêt de ne pas accrocher chose est certaine, la Portentosa de 2014 a subi FICHE TECHNIQUE la paume de la main et d’absorber la sueur. Le une flagrante « évolution ». toucher procuré est certes inhabituel mais très • Table : red cedar agréable dans le jeu, les changements de position • Fond et éclisses : palissandre de Madagascar • Manche : cedro • Touche : ébène • Vernis : gomme-laque au tampon • Diapason : 650 mm • Largeur au sillet de tête : 51 mm • Largeur à la 12e case : 61 mm • Masse : environ 1 460 g • Mécaniques : Gotoh séries 35G510S • Prix : 12 900 euros • Livrée avec étui traditionnel en bois de placage • Site Web : www.hopfguitars.com #66 Guitare classique • 35

BANC D’ESSAI

PAR JACQUES CARBONNEAUX

RÉMY LARSON

MODÈLE ASPHODÈLE

L’Adirondack au service du nylon Installé dans le Var depuis 2005, Rémy Larson consacre 90 % de son activitéartisanale dont il est devenu maître en la matière, il focalise ses efforts sur la réalisationde guitares classiques de concert originales, à l’image du modèle Asphodèle, à la fabrication. Fort de son expérience dans les guitares flamencas, pourvu d’une table en épicéa d’Adirondack. Guitariste depuis l’âge de 12 ans, RémyLarson est issu du milieu de l’ébénisterie,Riches rencontres permet alors la définition d’un langageentre le guitariste et le luthier, afin d’obtenir qu’il pratiqua pendant quinze ans. Ses ren-contres avec les luthiers français Yvon Le un instrument répondant au mieux auxattentes du musicien. Moing, Gilles Mercier et son admirationpour le luthier espagnol Manuel Contreras tout prix, mais plutôt la rondeur et l’ou-Rémy ne recherche pas la puissance à le conduiront en 2002 à s’initier à la luthe-rie. En 2005, au salon d’Issoudun, il croise verture de la guitare. Inspiré par le travaildu barrage de Contreras, il est également le guitariste flamenco Juan Carmona. Cedernier lui envoie quelques semaines plus adepte du vernis au tampon et d’un choixminutieux des bois. Avec 65 modèles issus tard le cahier des charges d’une guitareflamenca qui donnera naissance à de sa collaboration avec Juan Carmona àson actif, Rémy Larson a acquis une noto- une collaboration fructueuse et pé-renne. Cette relation privilégiée riété bien méritée qui a cependant long-temps masqué son travail sur les guitaresclassiques de concert, qu’il est temps de mettre en avant. 36 • Guitare classique #66 2,3 mm, la table plate présente des veines large- ment espacées, caractéristique première d’un bel Adirondack. Rémy est un adepte d’un ensemble fond-éclisses très rigide afin de laisser seule la table librement s’exprimer. Les éclisses sont donc laminées (double), en palissandre des Indes, et le fond est bombé sur ses deux côtés. La filèterie, réalisée en érable teinté vert et noir, produit un contraste subtil. Quant à la rosace, il s’agit d’une commande ; classique et efficace. Le barrage est composé de sept barres d’un bois très vieux, d’une traverse au niveau du che- valet, libre sur le centre et collée aux extrémités. FICHE TECHNIQUE Le chevalet, en palissandre de Rio, présente une compensation graves-aigus et le renfort en os • Table : épicéa d’Adirondack pour l’attache des cordes est composé de doubles • Fond et éclisses : palissandre des Indes trous, pour éviter l’étranglement de la corde. Le • Manche : cedro avec renforts carbone manche, en cedro, présente un renfort en palis- • Touche : ébène sandre des Indes traversant jusqu’au talon et deux • Vernis : gomme-laque au tampon barres en carbone sous la touche. La finition est • Diapason : 650 mm réalisée avec de la gomme-laque au tampon, au • Largeur au sillet de tête : 52 mm rendu certes plus fragile qu’un vernis polyuré- • Largeur à la 12e case : 62 mm thane ou cellulosique, mais dont la surface durcit • Masse : environ 1 750 g avec le temps et permet à la guitare d’« ouvrir » • Mécaniques : Gotoh style Hauser, ses sonorités. Voici donc un bien bel instrument boutons en ébène mis en valeur par la clarté et les veines larges de • Prix : 6 000 euros À l’image du travail de Contreras, un filet central l’Adirondack ainsi que par une filèterie sobre, • Livrée avec étui bombé Gewa composé d’épis décore le placage de tête en palissandre. tout en contraste. • Site Web : www.guitares-larson.com Une belle plante Un confort à toute épreuve Créé il y a un an, le modèle présenté sous le nom Testée en collaboration avec Valérie Duchâteau, d’Asphodèle (une fleur des alpes qui pousse sur cette guitare s’avère être des plus remarquables des sols pauvres) est le quatrième exemplaire fa- pour ce qui est du confort de jeu. D’une prise en briqué. D’une forme personnelle, entre une fla- main excellente, les heures de jeu semblent glisser menca et une classique, les hanches sont un peu sur ce manche de 52 mm au sillet de tête (pour plus larges que la moyenne. La table est en épicéa une épaisseur de 22 mm) et de 62 mm à la 12e d’Adirondack ; généralement utilisée pour les case (pour une épaisseur de 23 mm). Le couple guitares folks haut de gamme, Rémy a choisi épicéa-palissandre prend ici une dimension cette essence de bois pour ses qualités de sou- nouvelle compte tenu de l’originalité de l’essence plesse, de brillance, de clarté et de précision dé- de la table et de la construction de la caisse. Le chevalet est percé de doubles trous livrant des « notes de piano ». D’une épaisseur de L’Asphodèle offre ainsi des sonorités déjà très pour le montage des cordes. ouvertes avec beaucoup de clarté et de précision. Pour Valérie Duchâteau, l’équilibre d’une guitare classique est difficile à obtenir, les aigus étant souvent moins présents que les basses. Ici, les graves sont présents mais les aigus sont au même niveau et les médiums, très ronds. Percussion et rebond font de cette guitare un instrument très dynamique avec une longueur de son importante, surtout dans les médiums. Très précise, cette gui- tare offre des notes bien détachées et répond par- faitement à un jeu puissant et dynamique tout en restant équilibrée et chaleureuse, avec un son très défini. Le modèle Asphodèle est résolument une gui- tare très haut de gamme qui, étant donné son tarif de 6 000 euros, jouit d’un excellent rapport qualité-prix. Comparée par Valérie Duchâteau à une guitare Daniel Friederich de 1968 pour sa rondeur, sa brillance et son confort de jeu, il s’agit d’une guitare « à forte inspiration » qui incitera le musicien à préférer une sonorisation scénique avec des micros placés devant l’instrument plutôt La touche est rallongée de deux cases au niveau de la chanterelle. qu’un système intégré. #66 Guitare classique • 37

BANC D’ESSAI

PAR CLÉMENT FOLLAIN

PABLO CARDINAL

MODÈLE C400

Pour cette rentrée 2014-2015, une nouvelle marque fait son apparition sur le marché : Pablo Cardinal. Parmi son catalogue,Le choix cardinal ? proposée à moins de 400 euros, joue la carte « économique ».quelques guitares classiques et électroacoustiques de manufacture espagnole. Avec sa caisse en palissandre, la C400, sa table en épicéa et ses larges filets d’acajou, lamise de la C400 est soignée. À noter que l’épicéaAvec sa caisse en palissandre (contreplaqué), utilisé pour la table n’est pas le traditionnelabies un résineux d’Amérique du Nord – qui présente européen, mais un épicéa d’Engelmann – Picea d’élégantes moirures dues à la présence d’irisa-tions médullaires marquées. Un barrage symé- trique à cinq brins d’éventail contrôle les défor-mations de la table d’harmonie tandis que le talon est monté « à l’espagnole ». Classique. Si exté-rieurement la C400 présente bien, la réalisation souvent le cas des modèles « économiques » deinterne laisse quelque peu à désirer ; cela dit c’est Nouveauté éprouvéeLes guitares Pablo Cardinal sont fabriquées par grande manufacture. Une tige de réglage métal-liquesur les guitares folks, traverse le manche en cedro – (truss rod), procédé habituellement utilisé l’espagnol Camps, qui opère ainsi une diversifi-cation marketing. On ne s’étonnera donc pas que à utiliser avec grande précaution. Quant aux l’étiquette des guitares de la nouvelle marque,lancée sur le marché fin août 2014, arbore fière- sillets, pas de miracle, ils sont en plastique. ment la mention1945 ». Pour les habitués de Camps, la C400, ici « Handcrafted in Spain since Un bon outilCorrectement équilibrée, la C400 offre une so- présentée, est proche du modèle M-1 du fabri-cant géronais. norité particulièrement claire. Les basses sontbien définies tandis que l’aigu convainc par saprésence sonore, même si l’instrument ne brille La finition du chevalet, en palissandre, est mate. pas par la richesse de son timbre. La C400trouve ses limites dans le registre suraigu,où la première corde se révèle un peu acide et manque d’épaisseur de son.Certes, le manche présente quelques « trous », de fait les accords plaquéspeuvent parfois manquer de corps. Mais un des atouts de la C400 résidedans sa souplesse de jeu : grâce à une émission de son à la fois sensible et FICHE TECHNIQUE facile, voici un instrument qui se laissenaturellement et promptement adop- • Table : épicéa d’Engelmann• Fond et éclisses : palissandre ter. Par ailleurs, le manche, aplatidans sa partie médiane, est très • Manche : cedro (avec tige de réglage)des Indes contreplaqué confortable. Le réglage dehauteur de cordes d’origine • Touche : palissandre• Vernis : polyuréthane, brillant du modèle qui a servi de co-baye était relativement bas. • Diapason : 650 mm• Largeur au sillet de tête : 52 mm pour autant claquer tropDans ces conditions, la cordede sol est un peu molle, sans • Masse : environ 1 650 g• Mécaniques : nickelées,• Largeur à la 12e case : 61 mm rapidement dans le jeu enbuté, signe d’un comporte- • Prix : 399 eurosplatine droite pliée avec lyre ment sain. Proposée à 399euros, la C400 offre donc un • Site Web : www.midigrp.com très bon rapport qualité-prix etconstitue un outil souple pour faireses classes. 38 • Guitare classique #66

PAR CLÉMENT FOLLAIN

TRAVELER GUITAR

Classique de poche ESCAPE CLASSICAL Connu dans le domaine des guitares « de voyage » électriques et folks depuis1992, l’américain Traveler Guitar sort un nouveau modèle « classique ». Proposée CompacteAfin de réduire l’encombrement de l’instrumentau maximum, le manche n’est pas pourvu de tête. Les mécaniques d’accord sont encastrées dans le Yamaha Silent. Avec quels arguments ?à moins de 700 euros, l’Escape Classical se pose en concurrente directe de la corps de l’instrument, les clés étant accessiblesdans des logements situés de part et d’autre des1dar. L’accordage demande donc une gymnastiquere et 6e cordes, directement sur la table en red ce- inhabituelle et réclame quelques contorsions di-gitales. Mais c’est le prix à payer pour bénéficier d’un instrument hyper-compact. Au casque, mal- tégrée au préampli, la sonorité est relativementaérée, même si le timbre est très « électro » – legré la technologie piézo et l’absence de reverb in- piézo a ses limites. Branché sur un amplificateur,on retrouve les mêmes qualités, avec un bon équi- libre du niveau de sortie de chaque corde. Trèscorrectement réalisé, le manche procure de bonnes sensations de jeu. Par contre, la petite taille del’instrument ne permet pas de trouver ses points d’appui et d’adopter une position classique avecrepose-pied. Heureusement, des boutons sont prévus pour l’attache d’une sangle, qui permetenfin d’embrasser l’instrument avec aisance. sûr, pas destinée à l’exécution du répertoire clas-sique. En revanche, pour l’accompagnement etTrès originale, l’Escape Classical n’est, pour en électro, elle peut constituer un allié inattenduet efficace. d’un égaliseur et d’un accordeur chromatique.Le préampli dispose notamment

FICHE TECHNIQUE

• Table : red cedar• Corps : aulne • Manche : érable• Touche : palissandre des cordes au dos de l’instrument.L’ingénieux système d’attache • Diapason : 648 mm• Largeur au sillet de tête : 49 mm NomadeMalgré la compacité de l’objet, la longueur de plus de 2 kg, soit plus que la majorité des guitares corde vibrante de l’Escape Classical est de 648 classiques. À la manière d’une guitare électrique, • Masse : environ 2 190 g• Mécaniques : nickelées,• Largeur à la 12e case : 56 mm mm, c’est d’ailleurs l’un des credos de la marqueaméricaine : fabriquer des guitares compactes le corps de l’instrument, en aulne, est plein. Enacoustique, le son généré est donc logiquement • Préampli : Shadow Element Hybrid avecplatine droite pliée avec lyre avec un diapason standard, afin de ne pas bou-leverser les repères de jeu du guitariste nomade de chevalet et d’un préampli Shadow, l’Escapetrès faible. Munie d’un capteur piézo sous le sillet accordeur, sortie casque, entrée auxiliaire (qui veut réussir à prendre sa guitare en bagage Classical est en fait destinée à être jouée direc- • Prix : 699 euros (alimentation : 2 × LR03) à main dans l’avion !). N’espérez pas non plusgagner en masse, l’Escape Classical pèse un peu tement au casque ou branchée sur un amplifica-teur. La finition de l’ensemble, fabriqué en Chine,ne souffre d’aucune imperfection. • Livrée avec housse et casque audio• Site Web : www.travelerguitar.com #66 Guitare classique • 39

HISTOIRE

Guitares classique et flamenca en Espagne au XIXe siècle Líhistoire de la guitare classique en Espagne au XIXe de Fernando Sor (1778-1839) et Dionisio Aguado (1784-1849), et celle de Franciscoen pleine rÈvision. On commence enfin ‡ documenter le vide entre la gÈnÈration siËcle est actuellement © Clément Follain T·rrega (1852-1909). Explications.

PAR NORBERTO TORRES CORT…S

líuniversitÈ Complutense de Madrid et spÈcialiste en histoireAVIER SU¡REZ-PAJARES, professeur díhistoire de la musique ‡ taristes espagnols aulesquels ce chercheur síest documentÈ, deux noms sortent du lot,Jde la guitare, Ètablit quatre gÈnÈrations intermÈdiaires de gui- XIXe siËcle. Parmi les nombreux guitaristes sur deux noms qui marqueront non seulement líhistoire de la guitareromantique, mais aussi celle de la guitare et Julian Arc·s, qui composent et interprËtent des airs nationauxrepris plus tard par Francisco T·rrega et Miguel Llobet, mais aussi flamenca: Trinidad Huerta Montoya.Paco de Lucena, Rafael MarÌn, Miguel Borrull Padre et Ramon Trinidad Huerta Caturla (1800-1874) Trinidad Huerta Caturla ‡ donner des concerts de guitare outre-Atlantique. Sa rÈcente bio-graphie est riche en informations sur la vie aventureuse quíil menaTrinidad Huerta Caturla aurait ÈtÈ le premier guitariste espagnol concert europÈens ñ surtout ‡ Paris et Londres ñ et amÈricains pen-puisquíil donna de nombreux rÈcitals dans les salons et salles de que la presse publia tÈmoignent díun rÈpertoire Èclectique, composÈdíarrangements díarias díopÈras, de piËces de salon et surtout díairsdant la premiËre moitiÈ du XIXe siËcle. Les programmes de concert nationaux espagnols, pot-pourri de diffÈrentes danses alors trËs pri-sÈes par les voyageurs romantiques franÁais et anglais qui visitaient líEspagne (particuliËrement líAndalousie), ‡ la recherche díexotismeoriental : Cadixde brillantes exÈcutions de Trinidad Huerta Caturla, d˚ ‡ líutilisation. Les Ècrits qui nous sont parvenus de cette Èpoque relatent Folies díEspagne, fandango, bolero, cachucha, caballo et Jaleo de Huerta, qui, comme la danseuse irlandaise Lola Montes, se faisait au rÈpertoire populaire espagnol et ‡ ces techniques quíil sera ac-des ongles et ‡ la technique du rasgueado. Cíest prÈcisÈment gr‚ce passer pour andalou, con pas totalement ses origines populaires. Cede la premiËre moitiÈ du XIX firme que la guitare romantique espagnolee siËcle, malgrÈ Aguado et Sor, ne renia clamÈ et sollicitÈ par les publics bourgeois de líEurope romantique. le surnomma Fernando Sor, rÈunit tous les ingrÈdients pour Ítre ´ sublime barbier ª, comme 40 • Guitare classique #66 considÈrÈ comme líun des ´ pËres ª de la guitare flamenca de concert: líexotisme des airs populaires andalous et la technique du rasgueado rÈpondent alors parfaitement aux attentes de la bourgeoisie roman- tique europÈenne. La presse barcelonaise le prÈsente mÍme plusieurs fois comme un spÈcialiste du gÈnero andaluz, terme qui dÈsigna le Francisco T·rrega Eixea flamenco avant que le mot níapparaisse pour la premiËre fois dans la presse madrilËne en 1847. Huerta, longtemps exilÈ en raison de la politique absolutiste de Fernando VII ñ tout comme ses compa- triotes Sor et Aguado ñ fait son retour en Espagne en 1834 et est particuliËrement bien accueilli par le public barcelonais. Il reste dans la ville jusquíen 1859, laissant la place de premier guitariste díEspagne ‡ un jeune Andalou, un certain Julian Arc·s Lacal, qui síy installe en 1860. Julian Arcás Lacal (1832-1882) Cíest prÈcisÈment Huerta qui encourage Julian Arc·s ‡ se consacrer ‡ la guitare quand il líÈcoute pour la premiËre fois ‡ Malaga. Julian nía alors que 12 ans. La musique díArc·s est elle aussi trËs bien ac- cueillie par le public bourgeois de Barcelone ; Julian marche alors dans les pas de son modËle. Il consacre une partie de son rÈpertoire aux airs nationaux espagnols et parfois mÍme au flamenco : sole·, rondeÒa, panadero, bolero et plusieurs tangos. Arc·s est tÈmoin de líessor du flamenco en Espagne pendant la

© DR

seconde moitiÈ du XIXe siËcle. En fin interprËte ñ comme Huerta ñ, Francisco Tárrega Eixea (1852-1909) il termine habilement ses concerts avec une rondeÒa, une sole· ou Julian Arc·s donne des concerts ‡ Barcelone et dans sa banlieue une jota pour rÈpondre aux attentes du public. Son prestige et son pratiquement jusquí‡ la fin de sa vie. Il meurt en 1882 ‡ Antequera, influence sur les guitaristes flamencos de líÈpoque sont dÈcisifs, si un village de la province de Malaga. Deux ans aprËs sa disparition, bien quíils associent son nom ‡ leur propres falsetas (variations) et un nouveau guitariste occupe la place de meilleur guitariste espagnol interprËtent ses airs nationaux en concert avec leurs propres com- et síinstalle lui aussi ‡ Barcelone : Francisco T·rrega. positions. Cíest ce que fit le cÈlËbre Paco ´ El Barbero ª (1840-1910) La biographie de cette icÙne de la guitare espagnole est elle aussi ‡ Cordoue en 1884 et 1885, ainsi que Paco de Lucena. en pleine rÈvision. Líhistoire de Francisco est celle díune enfance avec la guitare comme seul moyen de survie. Cíest Julian Arc·s, alors ‡ líapogÈe de sa carriËre, qui dÈcouvre le jeune Quiquet (sur- nom de Francisco T·rrega) ‡ CastellÛn, en 1862. Surpris par les facultÈs de cet enfant de 10 ans, il líencourage ‡ se dÈdier pleinement ‡ la guitare, et convainc mÍme son pËre de líenvoyer ‡ Barcelone, o˘ il habite, pour síoccuper personnellement de sa formation. T·rrega, qui nía pas 11 ans, dÈmÈnage, mais son futur formateur et protecteur est alors en tournÈe en Angleterre. Vivant dans des conditions peu satisfaisantes, il ne tarde pas ‡ quitter son point de chute et ‡ vivre plusieurs mois dans les rues de Barcelone, en sías- sociant ‡ une petite troupe de pÌcaros, mendiant quelques piËces en Èchange de quelques notes de guitare. T·rrega cultive lui aussi le rÈpertoire musical national díune Espagne en pleine crise matÈrielle et spirituelle. Pour preuves, sa collection de tangos, sa MalagueÒa, sa Cartagenera et, bien s˚r, sa Grande jota, la piËce avec laquelle il aimait conclure ses concerts pour impressionner le public. Les diffÈrents manuscrits de la Jota de T·rrega, quíil appela de diffÈrentes faÁons (Aires nacionales, Aires populares espaÒoles, Jota aragonesa, Gran jota de concierto, etc.), proposent, selon son inspiration, de huit ‡ quarante variations ! Nous Julian Arc·s Lacal avons de la part de T·rrega, comme le signalent Javier T·rrega, qui habite Barcelone Suarez-Pajares et Eusebio Rioja, depuis 1884, est alors la figure un dÈveloppement de la Jota consacrÈe de la guitare en aragonesa de Julian Arc·s quíil Espagne et prodigue avec gÈ- complËte avec un pot-pourri de variations de la Jota de Tom·s nÈrositÈ son enseignement ‡ Damas. Líintroduction, quant ‡ plusieurs disciples. Parmi elle, serait un plagiat du caprice eux, Miguel Llobet

© DR

pour guitare Recuerdos de Palma, #66 Guitare classique • 41

HISTOIRE

de JosÈ ViÒas Diaz. Exactement comme le faisaient et le font les guitaristes flamencos qui síapproprient des falsetas qui leur plaisent pour les transformer, les dÈguiser, les maquiller, les arranger afin de se les approprier. Une conception dynamique et bien vivante, donc, entre líúuvre et son interprËte ! T·rrega, Èvidemment, ap- partient lui aussi ‡ cette tradition et en constitue líun de ses principaux Èchelons. Mais son influence sur la guitare flamenca ne se termine pas l‡. L’influence de Tárrega Líinfluence de líÈcole de T·rrega sera dÈterminante pour que la guitare flamenca acquiËre au dÈbut du XXe siËcle sa maturitÈ dÈfi- nitive, gr‚ce ‡ Francisco JosÈ de Jesus DÌaz Fernandez ´ Paco de Lucena ª (1859-1898), líun des premiers tocaores concertistes (ac- compagnateur de la danse et du chant flamencos). Cíest prÈcisÈment ‡ Barcelone (toujours !), la ville de T·rrega, que tout se joue. Paco de Lucena y est trËs populaire en tant quíaccompagnateur de chan- teurs ou danseuses, et síaffirme comme un soliste en vue, comme Miguel Llobet le rapporte Eusebio Rioja. Díailleurs, Fernando de Triana, cÈlËbre chanteur et guitariste de cette Èpoque accompagnÈ par Paco de © DR Lucena, Èvoque longuement (1935) son succËs ‡ Barcelone en 1893 dans ses mÈmoiresÖ T·rrega, qui habite la ville depuis 1884, est alors la figure consa- crÈe de la guitare en Espagne et prodigue avec gÈnÈrositÈ son en- le plus cÈlËbre díEspagne ne se soient pas rencontrÈs pendant ces seignement ‡ plusieurs disciples. Parmi eux, Miguel Llobet. Aucun trois mois chez un luthier ou dans toute autre situation informelle document ne líatteste mais il est impossible que le guitariste flamenco de type guitaristique ! Le mystËre reste entier. le plus rÈputÈ de líÈpoque, Paco de Lucena, et le guitariste classique guitareRafael MarÌn (1862-?) est líauteur de la premiËre mÈthode de flamenca publiÈe ‡ Madrid en 1902, laquelle sera utilisÈe par Manuel de Falla pour ses compositions de caractËre andalou, comme en tÈmoigne le guitariste Domingo Prat dans son fameux dictionnaire. MarÌn fut le disciple de Paco de Lucena et líami de T·rrega quíil admirait. Prat prÈcise mÍme líannÈe de cette relation maÓtre-disciple : 1885 (encore une fois probablement ‡ Barcelone). Líenthousiasme de Marin pour le rÈpertoire espagnol de T·rrega est tel que celui-ci lui fait cadeau des manuscrits de son Carnaval de Venise, de sa Rapsodie de aires espaÒoles et de ses Variations sur la Jota. Javier Molina Ciego Non seulement Marin les apprend (ce qui veut dire quíil lisait la musique), mais il les interprÈte devant le maÓtre, qui le fÈlicita vi- Paco de Lucena vement. ¿ líÈvidence, T·rrega, comme AlbÈniz, aimait líinterprÈ- tation de ses airs nationaux par un guitariste flamenco. Miguel Borrull Castello (1864-1926) © DR Miguel Borrull Castello naÓt dans la mÍme province que celle de T·rrega, qui fut son ami et líun de ses admirateurs. AprËs une car- riËre consacrÈe ‡ líaccompagnement du chant (surtout celui du chanteur de Jerez Antonio ChacÛn, entre 1890 et 1910), quíil com- plÈta par des concerts en solo et en duo avec Amalio Cuenca Gonz·lez (1866-1940/1950), autre guitariste Èclectique classico- flamenco de premier ordre, spÈcialiste des airs andalous, dont une partie importante de sa carriËre fut menÈe en France, Miguel Borrull monte une entreprise artistique familiale pour promouvoir le talent de ses cinq enfants. Celle-ci comprend quatre filles (Conchita, Julia, Trini et Isabelle seront danseuses, chanteuses ou bien guitaristes) et son fils Miguel Borrull Hijo (celui que líon Ècoute actuellement Ramon Montoya dans les disques díardoise des annÈes 1930 et 1940, que Paco de LucÌa citera dans sa taranta Aires de Linares de 1969). Líimportance de Miguel Borrull est capitale pour líhistoire de la guitare flamenca de concert. Avant Ramon Montoya, cíest lui qui © DR introduit les nouvelles techniques díarpËges issues de líÈcole deT·rrega et les diffuse ‡ Madrid ‡ la fin du XIXe siËcle, inaugurant 42 • Guitare classique #66 ainsi ce que líon appelle líEscuela cl·sico-flamenca madrileÒa del toque. autour de la guitare que vit alors Quelque temps aprËs, au dÈbut du XXe siËcle, la Sociedad guitarrÌstica la capitale de líEspagne, avec Líimportance de Miguel espaÒola est inaugurÈe ‡ Madrid : elle rÈunit parmi son professorat deux lieux privilÈgiÈs, líatelier Borrull est capitale pour díautres guitaristes ´ bilingues ª classique-flamenco influencÈs par du luthier Manuel RamÌrez líhistoire de la guitare fla- T·rrega, parmi lesquels Rafael MarÌn, Amalio Cuenca et Luis díabord, jusquíen 1916, puis ce- Soria Iribarne. Líenseignement de cette sociÈtÈ consolida líÈcole lui de Santos Hern·ndez ‡ partir menca de concert. Avant de T·rrega. de 1921. Cíest prÈcisÈment dans Ramon Montoya, cíest lui Ramon Montoya Salazar (1879-1949) fut le meilleur disciple de líatelier de Manuel RamÌrez que qui introduit les nouvelles Borrull et Marin. Il assimila avec bonheur le bouillon de culture Montoya rencontre un autre dis- techniques díarpËges issues ciple de líÈcole de T·rrega : Miguel Llobet. Si líinfluence de de líÈcole de T·rrega. Borrull sur MarÌn se traduit sur- tout par des techniques díarpËges et des gammes, Llobet lui fait dÈ- couvrir une conception moderne de líharmonisation de la musique populaire espagnole. RÈsultat : ce joyau de la musique espagnole du XXe siËcle constituÈ par les solos quíil enregistre ‡ Paris pour la BoÓte ‡ musique, en 1936, Èlan dÈfinitif díune rÈalitÈ aujourdíhui, la guitare flamenca de concert. Mais cíest surtout Barcelone (et non pas Madrid) qui constitue líespace et le substrat culturel o˘ síest produit la rencontre entre les guitaristes flamencos et les guitaristes classiques espagnols du XIXe siËcle. Un son a unifiÈ cette guitare rasgueada et punteada, et influencÈ ainsi la musique espagnole instru- Miguel Borrull Castello mentale de líÈpoque, celui du luthier Antonio de Torres. Mais cíestencore une autre histoire, elle aussi en cours de rÈvisionÖ ? Norberto Torres CortÈs est docteur en scien- ces humaines et sociales, auteur de la thËse De lo popular a lo flamenco : aspectos musicolÛgicos y culturales de la guitarra flamenca (Siglos XVI-XIX), universitÈ díAlmeria, 2009. Son dernier ouvrage en date, Ècrit en colla- boration avec Carles Trepat, Barcelona y la © DR configuraciÛn de la guitarra cl·sico-flamenca, est ÈditÈ chez Carena (www.edicionescarena.com).

BON DE COMMANDE

À DÉCOUPER ET À RETOURNER

ACCOMPAGNÉ DE VOTRE RÈGLEMENT

À L’ORDRE DE BLUE MUSIC

Guitarist Acoustic – 9, rue Francisco-Ferrer, 93100 Montreuil NOM :.......................................................................................................................................................................................... PRÉNOM :................................................................................................................................................................................. ADRESSE :................................................................................................................................................................................ .............................................................................................................................................................................................................. ............................................................................................................................................................................................................... VILLE :.......................................................................................................................................................................................... CODE POSTAL :..................................................................................................................................................................

E-MAIL (POUR VOUS PERMETTRE DE SUIVRE VOTRE COMMANDE) :

......................................................................................................................................................................  Je désire recevoir ……...... exemplaire(s) du hors-série no 2 « 14 Chefs-d’oeuvre à la guitare » au prix de 9,90 euros (frais de port compris). Total de ma commande :……....................… euros. GC #66  #66 Guitare classique • 43

DOSSIER

La guitariste Xuefei Yang et le tÈnor Ian Bostridge. et découvrir nos coups de cœur, nous vousPour accompagner cet article en musiqueÉCOUTE EN LIGNE www.youtube.com/sebastienllinaresdonnons rendez-vous à l’adresse Bonne écoute !Cliquez ensuite sur l’onglet « Playlists ».. LE

R…PERTOIRE

GUITARE

© DRET VOIX

Lorsque líon pense au rÈpertoire pour guitare et voix, nous viennent gÈnÈralement ‡ líesprit les chants espagnols, quíils soient antiques, romantiques ou associÈs de prËs ou de loin au cante jondo. Pourtant, loin de se limiter ‡ líunivers ibÈrique, ce rÈper- toire a largement traversÈ les mers et les montagnes et tÈmoigne díune diversitÈ foi- sonnante ! Au travers de quelques enregistrements marquants, essayons de dresser un petit panorama de cet Ólot lyrique et poÈtique.PAR S…BASTIEN LLINARES ñ WWW.SEBASTIENLLINARES.WORDPRESS.COM Cvient se poser sur un simple accord de guitaredes timbresomment expliquer cette magie qui opËre lorsquíune vocalise ? LÈgËretÈ libÈratrice pour des voix trop souvent ? ComplÈmentaritÈ Alfred Deller, avec sa formidable tes- contraintes ‡ passer líorchestre ou le pianoincitant ‡ la profondeur plutÙt quí‡ líexubÈrance ? Minimalisme sonore siture et son timbre lÈger et surnaturel, dans líexpression. Ces deux instruments, associÈs, se complËtent etLa guitare et le chant ont certainement en commun une nuditÈ ? veau baroque. Avec lui, líinterprÈta-fut le premier contre-tÈnor du renou-tion se fait plus Èlastique, moins vi- se comprennent idÈalement dans leur souplesse, leur spontanÈitÈ,leur vivacitÈ et leur fragilitÈ. Les cordes pincÈes savent Èpouser les avec la guitare de Desmond DuprÈ, sonbrante, plus libre, plus proche du texteet de líintention poÈtique. Líharmonie courbes sonores de la vocalitÈ en dÈtail. On ne síÈtonne donc pasque les mÈlodies populaires, comme celles des compositeurs les plus est parfaite. Mais pour coller au plus prËs de la ´ rÈvolution fidËle accompagnateur, distinguÈs, aient adoptÈ cette formation comme Ècrin. Deller ª, DuprÈ dÈcide díapprendre le luth, en autodidacte,et dÈveloppe un jeu tout en souplesse, avec lequel il pourralittÈralement articuler le texte musical aussi distinctement que La mÈlodie anglo-saxonne la voix. Ensemble, ils joueront et enregistreront les plus belles bre luthiste et compo-Les Lute Songs du cÈlË- piËces de Dowland, Purcell, Campion, mais Ègalement une siteur John Dowland initiÈ par Desmond DuprÈ fera Ècole et sera suivi par de nom-superbe collection de Folksongs en tout genre. Le mouvement passionnent auditeurset interprËtes depuis Julian Bream, pour ne citer quíeux.breux grands interprËtes comme Robert Spencer ou mÍme leurs crÈations. Elles ont À écouter : « Folksongs », par Alfred Deller, Mark Deller, Desmond traverser les Èpoques et les styles. Ainsi, quíelles soient chantÈes parla qualitÈ trËs rare de Dupré (Harmonia Mundi, 2007). le mythique contre-tÈnor Alfred Deller, ou par la pop star Sting, ces Dans ce terreau anglais si sain et fer- sophistiquÈe.songs imprËgnent líauditeur de leur mÈlancolie aussi universelle que tile, il níest pas Ètonnant que díautrestrÈsors voient le jour. En passant com- À écouter : « Dowland : Lute Songs », par Alfred Deller et Robert Spencer(Harmonia Mundi, 2012) et « Songs from the Labyrinth », par Sting (Deutsche mande ‡ Benjamin Britten, le plusgrand compositeur anglais ducle, líinterprËte absolu quíest Julian XXe siË- Grammophon, 2006). Bream a enrichi le rÈpertoire díune 44 • Guitare classique #66 úuvre majeur : Songs for the Chinese. Dans la foulÈe, Bream commande ‡ líexcentrique William Walton un fabuleux cycle La voix de líEspagne de mÈlodies : Anon in Love. Il grave ces piËces en compagnie Le monde des canciones espagnoles possËde du plus cÈlËbre chanteur anglais, Peter Pears, lui-mÍme com- une vitalitÈ unique. Des chefs-díúuvre mille pagnon ‡ la scËne comme ‡ la ville de Benjamin Britten. Ce fois enregistrÈs de Falla, aux romances an- disque est une rÈfÈrence historique insurpassable de beautÈ tiques avec accompagnement de vihuela, et de fraÓcheur. harpe ou guitare, en passant bien s˚r par le À écouter : « Peter Pears and Julian Bream : Music for Voice and flamenco ou les chants sÈfarades, líart vocal Guitar », par Julian Bream et Peter Pears (Sony, 2013). et guitaristique ibÈrique possËde un univers poÈtique ‡ part entiËre. Plus rÈcemment, le tÈnor Ian Bostridge, Líengouement extraordinaire des versions avec guitare de la Suite spÈcialiste de líúuvre de Britten et de populaire espagnole de Manuel de Falla et des Trece canciones españolas la musique anglaise, a enregistrÈ Èga- antiguas, retrouvÈes et arrangÈes par Federico GarcÌa Lorca, a entraÓnÈ lement ce cycle en compagnie de la dans son sillage tout un rÈpertoire de transcriptions. Les Majas de guitariste Xuefei Yang. Leur interprÈ- Granados, les Poemas de Turina, sans compter le richissime et mÈconnu tation mÈticuleuse nous montre que rÈpertoire de zarzuelas ! Encore ‡ dÈcouvrir, ce dernier pourrait bien cette úuvre nía pas pris une ride. constituer une vÈritable caverne díAli Baba. Ensemble, ils parviennent ‡ renouveler líapproche de leurs À écouter : « Various : Canciones españolas », par Teresa Berganza, Narciso illustres aÓnÈs, en respectant au plus prËs la partition. Yepes et Felix Lavilla (Deutsche Grammophon, 2012). Les songs accompagnÈes par les cordes pincÈes sont donc une vÈritable spÈcialitÈ britannique, inscrite dans leur ADN. La romance antique reprÈsente la plus an- Citons díautres compositeurs moins frÈquentÈs, mais qui ne cienne forme poÈtique díorigine espagnole. sont pas en reste pour autant : John Duarte a beaucoup contri- Díinspiration Èpique ou biblique, la romance buÈ ‡ líenrichissement de ce rÈpertoire, Lennox Berkeley avec attache une grande importance ‡ líexpression ses Songs of the Half-Light Ègalement commandÈes et enregis- des paroles. Et pour privilÈgier cette clartÈ, trÈes par le duo Bream-Pears. Enfin, une raretÈ du compositeur les compositeurs font preuve díune excep- Richard Rodney Bennett Ècrite en 1974 : Time’s Whiter Series, tionnelle Èconomie de moyens. Ils privilÈgient pour contre-tÈnor et luth. ainsi une intense spiritualitÈ et mettent en valeur líalternance díune À écouter : « Britten: Songs », par Ian Bostridge (EMI, 2014). Ècriture contrapuntique avec des passages dÈj‡ harmoniques. Les couplets invariablement rÈpÈtÈs appellent líinterprËte ‡ user de son art de líornementation. Puis de líornementation naÓtra líart de la di- La mÈlodie romantique ferencia, cette variation qui sera une spÈcialitÈ importante du style na- Si les papiers des gazettes musicales tional. Les compositeurs síappellent Luys Mil·n, Alonso Mudarra, de líÈpoque romantique ne sont pas EnrÌquez de Valderr·bano, Diego Pisador, Miguel de Fuenllana, toujours tendres avec la guitare, notre Esteban Daza, Jose MarÌn et bien díautresÖ Ensemble, ils ont crÈÈ instrument Ètait tout de mÍme trËs en un art qui, de par son inspiration, son ÈlÈvation spirituelle et son ori- vogue dans les salons et cercles mu- ginalitÈ, reprÈsente un point culminant du SiËcle díor. sicaux, artistiques et littÈraires. Les compositeurs Ètaient fÈrus de littÈra- À écouter : « The Voice of Emotion (La Voix de l’émotion) I », par Montserrat ture, les Ècrivains passionnÈs de musique. Le dialogue entre Figueras (Aliax Vox, 2012). les mots et la guitare síimposait donc naturellement. Ainsi, Berlioz síadonnait ‡ la romance avec guitare et colorait Á‡ et Et aujourdíhui ? l‡ quelques-unes de ses grandes úuvres opÈratiques avec sa Líexploration des rÈpertoires nous rÈserve en- six-cordes. Huerta accompagnait en tournÈe le grand chanteur core beaucoup de bonnes surprises, comme Manuel GarcÌa. Lhoyer Ècrivait des recueils entiers de ro- en tÈmoigne cet enregistrement des úuvres mances. Les grands guitaristes compositeurs romantiques que de Kapsberger par le luthiste Thomas Dunford sont Sor et Giuliani nous ont Ègalement laissÈ de trËs belles et la chanteuse Anna Reinhold. La nÈcessitÈ pages vocales. de fouiller le passÈ síimpose. Pour ne prendre Des lieds de Schubert ñ parmi les quelque six-cents quíil a quíun exemple parmi tant díautres, on sait que composÈs ñ ont ÈtÈ adaptÈs de son vivant avec un accompa- la tonadilla baroque Ètait trËs souvent accompagnÈe par la guitare. Et gnement de guitare. Lui-mÍme

possÈdait une guitare, quíil plusieurs centaines de ces tonadillas encore inconnues sont enfouies donna plus tard ‡ son frËre. On ne sait síil en jouait sÈrieuse- dans les bibliothËques espagnolesÖ Mais la nÈcessitÈ de fouiller le ment, ni síil composait avec, ni síil approuvait de telles adap- prÈsent síimpose tout autant ! Les Èditeurs spÈcialisÈs regorgent de tations, mais en tout cas, il connaissait bien líinstrument. Le piËces pour guitare seule, et de plus en plus de compositeurs díenvergure disque de Christoph PrÈgardien et Tilman Hoppstock illustre utilisent la guitare dans leurs piËces, par exemple chez les AmÈricains bien cette Èpoque o˘ la musique se transcrivait abondamment John Adams, Nico Muhly ou encore Ned Rorem. La responsabilitÈ de et circulait tant par líoralitÈ que par ses textes. líinterprËte est de faire vivre la musique, alors restons curieux ! À écouter : « Lieder von Liebe und Tod », par Christoph Prégardien À écouter : « Kapsberger : Labirinto d’amore », par Thomas Dunford et Anna et Tilman Hoppstock (Christophorus, 2010). Reinhold (Alpha, 2014). ? #66 Guitare classique • 45

GUITARE ACADEMY

PAR FLORENT PASSAMONTI

LE CONSERVATOIRE À RAYONNEMENT

APPEL À CANDIDATURE RÉGIONAL DE CERGY-PONTOISE

• Vous êtes professeur de guitare et souhaitez faire participer votre « Il n’y a pas trois classes de guitare mais une seule : tous les élèves-guitaristes classe à la « Guitare Academy » ? ont affaire aux trois professeurs de guitare. » Voici l’idée forte de cet entretien Contactez-nous par e-mail à l’adresse suivante : avec Fabienne Bouvet, professeur au conservatoire de Cergy-Pontoise, à l’est de Paris. guitareclassique@editions-dv.com Rencontre avec cette musicienne passionnée par l’enseignement À bientôt ! et quatre de « ses » élèves.

INTERVIEW DE FABIENNE BOUVET, PROFESSEUR

Quelle est ta formation ? les musiques traditionnelles, les élèves peuvent Actuellement professeur au CRR [conservatoire même faire du tres cubain [une petite guitare à à rayonnement régional] de Cergy-Pontoise, je trois cordes]. Ensuite, il y a le grand ensemble suis également critique pour la revue française des élèves de 3e cycle, qui s’appelle « Pulse », et Classica et guitariste, bien sûr ! Je me produis qui fait intervenir d’autres classes d’instru- régulièrement en concert en France et à l’étran- ments : violon, accordéon, violoncelle, contre- ger, et enseigne en Tunisie sous forme de stages basse, etc. Grâce à la diversité des répertoires et master class. Diplômée des CNSM de Paris abordés – les musiques traditionnelles, le jazz, en guitare, et de Lyon pour la pédagogie, je le rock et l’improvisation –, la motivation de me suis depuis toujours destinée à l’enseigne- l’élève demeure. ment de la guitare. Il faut dire que j’ai eu l’im- mense chance d’étudier avec Michel Grizard, Quelle place donnes-tu à la technique dans grand artiste et pédagogue. Je me sentais très ton enseignement ? encouragée en tant qu’élève par son exigence Je fais rarement travailler la technique en elle- toujours bienveillante : c’est lui qui m’a insufflé même, j’essaye toujours de sensibiliser l’élève cette passion pour l’enseignement. par l’écoute. Il m’arrive ponctuel- lement de faire travailler des exer- Quel est le profil des élèves de ta « Nous sommes trois professeurs cices provenant des méthodes de classe à Cergy-Pontoise ? de guitare : Élisabeth Ehrlacher, Carlevaro ou de Pujol si je vois qu’il Il y a beaucoup de profils différents y a un souci technique à résoudre, puisqu’il y a des CHAM [classes à Richard Nicolas et moi. Toutes les ou pour installer les bases. Mais ce horaires aménagés]. De plus, une li- décisions sont prises en concertation » sera vraiment en rapport avec une cence « lettres et arts », en partena- problématique musicale. riat avec l’université de Cergy-Pontoise, s’est Suivez-vous un schéma pédagogique plus ou ouverte en septembre 2012 : là, c’est encore un moins précis ? Quelle méthode pour débutant utilises-tu ? profil différent, basé sur le rythme universitaire, On décide des grandes orientations pédago- En ce moment, mes élèves travaillent sur Je avec un autre système d’évaluation. J’ai aussi giques à trois et, ensuite, il y a un réajustement deviens guitariste de Thierry Tisserand, mais je des élèves en 3e cycle – amateurs et profession- quotidien en fonction de l’élève. Bien sûr, rien ne peux pas dire que j’utilise une méthode en nels – et en perfectionnement. En gros, j’ai n’est écrit d’avance et on peut se retrouver à particulier. La méthode me sert pour commen- 40 % d’élèves en 1er cycle, 20 % en 2e cycle et prendre une direction que l’on n’avait pas cer car, très vite, je m’en éloigne en allant pio- 40 % en 3e cycle. J’occupe un poste de seize prévue ! cher des pièces dans des recueils. Je ne m’attache heures. pas particulièrement à suivre une méthode de Comment t’y prends-tu lorsque tu te A à Z, car ce n’est pas une fin en soi. Et puis, Comment travailles-tu avec tes collègues ? retrouves face à un élève qui perd pied ? tout dépend aussi des profils d’élèves : quelqu’un Nous sommes trois professeurs de guitare : Le travail collectif permet aux élèves d’avoir qui débute à 15 ans, ce n’est pas la même chose Élisabeth Ehrlacher, Richard Nicolas et moi- accès à trois professeurs qui ont des points d’ac- qu’un enfant qui débute à 8 ans. J’adapte ma même. Toutes les décisions sont prises en croche différents dans l’établissement. Il y a pédagogie en fonction de la situation. concertation. Nous faisons beaucoup de réunions, aussi un intervenant extérieur en musique an- dans une ambiance fort sympathique ! [Rires.] cienne, Leonardo Loredo, qui vient réguliè- Quelle est ton actu ? Il n’y a pas trois classes de guitare mais une rement au cours de l’année : les élèves font du En ce moment, je me lance dans la musique seule : tous les élèves-guitaristes ont affaire aux théorbe, de la guitare baroque, de l’impro- de chambre tout en continuant mon duo de trois professeurs de guitare. Pour ma part, j’ai visation, etc. Ça, c’est pour les élèves de guitares avec Adrien Maza et notre projet « Un tous les élèves de 3e cycle en déchiffrage, ma 3e cycle. Sinon, il y a deux ensembles de gui- Espagnol à Paris », autour des compositeurs collègue Élisabeth les a en musique de chambre, tares. Le premier, réservé aux 1er et 2e cycles, espagnols qui ont vécu dans la capitale. Et j’ai et mon collègue Richard est en charge des en- est dirigé par Richard Nicolas et s’appelle « Les également un nouveau projet en gestation qui sembles et de l’improvisation. Guitarreros ». Richard travaille beaucoup sur mêlera, entre autres, improvisation et chant. 46 • Guitare classique #66 Écoutez les enregistrements des élèves sur le siteNOUVEAU ! LA PAROLE AUX ÉLÈVES www.guitareclassique.net/-Guitare-Academy-

EVAN BILLIOQUE

1er cycle, 4e année – 11 ans Joue Tango en herbe, de Thierry Tisserand PABLO ROQUEFORT Perfectionnement (DEM validé en 2013) – 21 ans « Je suis en 6e Joue Usher Waltz, de Nikita Koshkin , en classe à horaires aménagés « J’enseigne la guitare tout en étant en triple cursus “classique, jazz et musiques [CHAM]. J’ai com- actuelles” au CRR. J’ai travaillé Usher Waltz au début de l’année – elle était mencé la guitare car je prête assez tôt – et je l’ai reprise pour l’enregistrement. La principale difficulté trouvais la sonorité de a été, je pense, de jouer les croches bien binaires et non ternaires. Car, à un mo- l’instrument assez jo- ment, je les faisais swinguer… lie. Je travaille Tango Chez moi, j’écoute beaucoup de en herbe depuis un musique mais pas un seul style en par- mois environ et j’ai eu ticulier : ça va du jazz au classique, au surtout du mal à maîtriser le rythme de cette pièce. rock progressif en passant par la mu- J’aime participer aux ensembles de guitares de Richard sique traditionnelle. La pratique en Nicolas : on découvre de nouveaux genres, on fait de l’im- ensemble est très bénéfique au sein du provisation et du flamenco. J’aime aussi l’ambiance, le fait conservatoire car la musique se joue d’être avec les copains. À la maison, j’écoute particulièrement d’abord à plusieurs. C’est ce que je re- du rock et les musiques qu’on entend à la télévision. Je joue proche un peu à la guitare classique car aussi de la guitare électrique. » on a trop peu l’occasion de jouer avec d’autres musiciens et pas vraiment de place dans les orchestres, etc. À l’inverse, en jazz, on ne fait que ça puisqu’il y a de l’improvisation collective. En plus du conservatoire, j’enseigne et je donne AMANDINE COLLARD des concerts. » 2e cycle, 1re année – 16 ans Joue Brocéliande, de Thierry Tisserand MATHIEU BIGOT « Je suis en classe de 2nde. JouePerfectionnement (DEM validé en 2012) – 26 ans Avant ça, au collège, j’ai Pavane triste, extraite de la « Sonate » d’Antonio José suivi le cursus CHAM “vocal”, qui intègre des «J’ai commencé à travailler cette pièce en cours de formation mu- début d’année, j’avais déjà étudié le pre- sicale et de chant. Ce que mier mouvement de la sonate auparavant. j’aime avec la guitare, Entre-temps, j’ai travaillé d’autres mor- c’est que je peux jouer du ceaux avant de la reprendre. L’une des rock ou de la valse : on grandes difficultés résidait dans le travail peut tout faire ! de la polyphonie et la précision, car c’est J’ai commencé à travailler Brocéliande il y a environ deux un morceau assez intime. sique et c’est pour cela que j’ai commencé, entres autres, la guitare. J’aime la beautéÀ la base, j’aimais bien la musique clas- mois. Je l’avais laissé de côté mais je l’ai repris pour l’enregis- des harmonies, la richesse des mélodies, cette recherche de la perfection, etc. trement. Ce qui a été difficile, ce sont les changements de po- sitions car il y a beaucoup de glissés. Un peu comme Pablo, avant d’obtenir mon diplôme d’études musicales Je trouve les cours individuels assez “carrés” parce qu’il y a conservatoire. Aujourd’hui, j’enseigne la guitare tout en préparant les concoursj’ai consacré mes études à la musique et la guitare, si bien que je ne faisais que le [DEM], des examens à passer, alors que la musique d’ensemble me per- d’entrée en Cefedem. met de retrouver les amis et travailler dans une ambiance sym- pathique ! Par exemple, cette année, on a joué Billie Jean de Si on me demande ce que je pense de la musique d’ensemble, je dirais qu’elle est indispensable, je trouve même que c’est ce qu’il y a de mieux dans la musique. Michael Jackson ! Je connais quelques accords que j’ai appris en ensemble et en conseils pour mieux déchiffrer. À la maison, j’écoute de tout : du rock, du jazz,De mes cours de solfège, je retiens principalement le travail de l’oreille et des cours individuels. À la maison, j’écoute de tout, sauf du reggae, de la musique traditionnelle, je suis assez ouvert. J’ai aussi fait un peu de jazz. » que je n’aime pas. Il m’est arrivé d’utiliser YouTube pour dé- couvrir mes morceaux d’examens. »

LE CONSERVATOIRE EN QUELQUES MOTS

– Direction : Andrée Claude Brayer (depuis 1983). – Autres professeurs de guitare : Richard Nicolas, Élisabeth Ehrlacher. – Signes particuliers : tous les élèves de 3e cycle suivent des cours de musique ancienne, d’improvisation, de déchiffrage et d’initiation aux instruments traditionnels (tres cubain, cuatro vénézuélien...) en dehors des cours « habituels ». L’improvisation est abordée dès le 1er cycle et l’ensemble de guitares, à partir de la 2e année, donnent une véritable cohésion aux classes. Remerciements à Sébastien Lemoine, ingénieur du son du conservatoire, qui a réalisé les enregistrements. #66Guitare classique • 47

BLIND TEST PAR SÉBASTIEN LLINARES

UN TOUR DE

L

ET ACCESSIBLES EN RENSEIGNANT LES MOTSEN ÉCOUTE SUR LE SITE WWW

ES ENREGISTREMENTS PROPOSÉS SONT TOUS.DEEZER.COM DISCOTHÈQUE

INDIQUÉS POUR CHAQUE EXTRAIT. BONNE ÉCOUTE-CLÉS ! AVEC…

Pierre Bibault www.duoresonances.com © Jean-Baptiste Millot Les Valses poeticos font partie des pièces d’Enrique Granados les plus jouées. Écrites initialement pour le piano, il en émane un caractère national qui appelle la guitare et qui, bien sûr, n’a pas laissé indifférent les guitaristes. Nous avons soumis à Pierre Bibault, qui a lui-même gravé il y a peu une très belle version avec le duo Résonance (Calliope), quatre versions transcrites pour deux guitares.  Le duo Ratzkowski-Thomsen signe cette première version pu être bonne mais, pour pouvoir se permettre cela, il faut parue sur leur disque « Cartas de Amor » (Danacord). un bagage beaucoup plus solide. Enfin, c’est une tentative, « La principale difficulté pour jouer cette œuvre réside dans le tra- on ne réussit pas toujours. C’est difficile d’enregistrer un disque, vail de transcription. J’ai toujours en tête la magnifique version une multitude de décisions doivent être prises. Peut-être l’ont- d’Alicia de Larrocha qui est, je pense, la plus fidèle à l’œuvre. ils enregistré trop rapidement ?» Rendre précisément cette partition pour piano à deux guitares Les mots-clés sur www.deezer.com : rafols granados est bien difficile, notamment en ce qui concerne le choix des octaves. Ce duo n’est pas toujours convaincant sur ce point-là. Il y a une recherche de phrasé romantique qui  Enfin, la quatrième version est est parfois agréable mais qui, à d’autres moments, dessert un peu le propos initial. Ils signée Jürg Moser et Fredy Rahm, font des choix d’interprétation forts, comme ce début très brillant et très engagé. Je et extraite de leur disque « Musique suis néanmoins gêné par le rapport de tempos entre la première et la deuxième partie. virtuose pour deux guitares » Faire un contraste très marqué peut être un bon choix d’interprétation, mais il me semble (VDE-Gallo). qu’ici c’est un peu excessif ! En définitive, c’est une jolie version, pleine d’idées, mais « La transcription comporte des qui s’éloigne trop de la partition originale pour me convaincre totalement. » choix très intéressants : l’un joue la Les mots-clés sur www.deezer.com : thomsen amor main gauche et l’autre la main droite. Le transcripteur choi- sit de ne pas faire du duo de guitares un seul et même ins-  La deuxième version est tirée de l’album « First Steps » du trument mais, au contraire, de respecter la répartition pia- duo Siempre Nuevo (Arcodiva). nistique. Ce n’est pas le choix qu’on a fait avec le duo « Je suis beaucoup plus enthousiaste à propos de cette version. Résonance, mais je trouve néanmoins cela intéressant. J’ai La transcription est beaucoup mieux réalisée et l’exécution est l’impression que le choix des hauteurs s’est fait de ma- solide. Il y a néanmoins quelques staccatos qui ne sont pas écrits nière intellectuelle, sans le souci d’avoir un rendu musical dans la partition originale. Mais il faut dire que la version édi- fidèle. On peut être à la fois fidèle sur le papier, mathé- tée comporte encore des erreurs, c’est la version d’Alicia de matiquement, mais pas assez musicalement. Et c’est un peu Larrocha qui fait autorité et qu’il faut consulter. Sa famille était proche de celle de ce qui se passe ici : le résultat sonore est parfois étonnant. Granados, de fait elle a eu accès à beaucoup de corrections qui manquent encore dans L’interprétation est assez engagée, ils défendent bien leurs la version éditée. Je regrette, dans les versions pour guitare en général, que certains idées. Les deux guitaristes ont un son très différent. Ça peut choix d’interprétations soient plus influencés par les limites techniques de la gui- ne pas être gênant du tout. Mais dans certains passages, tare que par des contraintes purement musicales. C’est un peu inévitable, mais je trouve lorsque les voix se fondent, ils n’arrivent pas toujours à qu’ici, le duo s’en sort très bien. Le son est très chaud, très homogène et, de plus, on être bien homogènes. Quand on choisit de jouer une trans- sent qu’il se passe quelque chose entre eux. C’est très beau. » cription pour piano, la question n’est pas d’imiter le piano. Les mots-clés sur www.deezer.com : nuevo first steps Le compositeur fait des choix en fonction de son instru- ment. Et nous, en tant que transcripteurs, nous devons trans-  Le duo Rafols-Rodriguez propose cette troisième version crire ces choix-là sur notre instrument. C’est selon moi ce dans leur disque « Music for Two Guitars » (Ars Harmonica). qui manque un peu à cette version. » « C’est difficile car je n’aime pas vraiment être dans la position du Les mots-clés sur www.deezer.com : moser granados critique… Mais je dois dire que je n’aime pas du tout cette ver- poeticos sion ! À l’écoute, on a l’impression qu’ils n’ont pas écouté la version pour piano. Aucun choix musical n’a vraiment été fait. Pour ce qui est de l’interprétation, c’est propre, bien fait, le texte est correc- POUR CONCLURE tement rendu, mais on ne ressent aucun investissement de la part du duo. Les interprètes « Dans l’ordre de préférence, je placerais la ver- subissent littéralement la partition. La répartition des voix, la notion de gestion des sion 2 en première position, et de loin. Ensuite, hauteurs sont ratées et on passe complètement à côté de l’œuvre. Je trouve que le choix je placerais en deuxième position la version 1. des tempos n’est pas bon, ça manque de geste, de direction, de phrasé, de dynamique. En troisième, je mettrais la version 4, puis… Le plus grave, c’est qu’on est complètement en dehors de toute esthétique. L’idée aurait la version 3. » 50 • Guitare classique #66

SOMMAIRE PÉDAGO

LA PARTITION QUE VOUS RÊVEZDE JOUER N’EXISTE PAS ENCORE ?

Guitare classiquede la pièce de votre choix et de la publier (chansonse propose de réaliser l’arrangement traditionnelle, air d’opéra, etc.). N’hésitez pas à nousenvoyer vos suggestions musicales par e-mail à Cahier pédagogique l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com .

LES PIÈCES DE CE NUMÉRO

Débutant 55 • Scarborough Fair – traditionnel anglais • Chanson – Matteo Carcassi • Entrée – Giuseppe Antonio Brescianello Intermédiaire 58 • Mi favorita – anonyme • Danza de las hachas – Gaspar Sanz • Feste Lariane – Luigi Mozzani Confirmé et Master class 70 • Étude no 16 – Francisco Tárrega • Mazurka, op. 63 no 3 – Frédéric Chopin • Torre bermeja – Isaac Albéniz La partition inédite 86 • Vals del caminante – Laurent Boutros Acoustic corner 88 • Paysage d’Amérique latine (Martin Ackerman) • Flamenco (Samuel Rouesnel) • Picking (Christian Laborde) • Blues (Valérie Duchâteau)

LECTURE DU CD AUDIO-VIDÉO

VIDEO

Sous Windows® jusqu'au système d'exploitation XP : le CD demarre tout seul.Sous Windows 7® ou si l'autorun ne fonctionne pas : lancer «Sous Mac® : lancer « GuitareClassique_66.swf » GuitareClassique_66.exe » CONFIGURATION MINIMALE REQUISEPour les PC : Intel Pentium® ou AMD®, 128 Mo de mémoire vive, lecteur de cd-rom x 4, AUDIO– Pour les PC, ouvrez votre lecteur audio (Windows Media Player®, iTunes® ou autres) : Microsoft® Windows 98, XP.Ouverture de la vidéo sur Windows Media Player® ou Power DVD®. les pistes apparaissent à l'écran.– Pour les Mac, cliquez sur « CD Audio » et les pistes apparaissent à l'écran. Pour les Mac : 128 Mo de mémoire vive, lecteur de CD-ROM x 4, Mac OS® 9.2.2 ou 10.Ouverture de la vidéo sur QuickTime®. Ouverture des pistes audio sur iTunes®. Il est bien sûr possible d’écouter les pistes audio sur n’importe quel lecteur de CD(salon, autoradio, baladeur). Microsoft Media Player® est une marque déposée Microsoft® Corp.Power DVD® est une marque déposée Cyberlink®. QuickTime Player® et iTunes®sont des marques déposées Apple Inc. #66 Guitare classique • 51

SOMMAIRE PÉDAGO

Les pièces de ce numéro Débutant Scarborough FairTraditionnel anglais p. 54 Entrée p.56 Par Estelle BertrandScarborough Fair Extrait de la « Partita en mi mineur »Giuseppe Antonio Brescianello (1690-1758) sur le mode dement). La version proposée est construite telle une mélodie accompa- ré est une chanson datant de la fin du Moyen-Âge basée (d’où la récurrence du fa dièse dans notre arrange- Par Estelle BertrandLa gnée. En cela, vous veillerez à bien dissocier le chant de l’accompagne- italien à long manche à trois ou six cordes) de Brescianello. L’œuvre Partita en mi mineur est la 16e des 18 pièces pour colachon (luth ment en butant la mélodie, laquelle est surmontée du signe « > ». comprend quatre mouvements : « Entrée », « Menuet », « Sicilienne » et« Gigue ». Laurent Voulzy, Nigel Kennedy ou encore le duo Simon & Garfunkel.Nombreux sont les artistes à avoir repris cette chanson, dont sont parvenues sur la carrière deAssez peu d’informations nous ChansonMatteo Carcassi (1792-1853) p. 55 GiuseppeD’origine italienne, on sait surtout Antonio Brescianello. Par Estelle Bertrand que sa carrière se déroula principa-lement en Allemagne, à la cour de Matteo Carcassi… EnDifficile de déterminer un numéro d’opus de cette « chanson » degique idéal pour familiariser l’apprenti guitariste avec le jeu en deuxième la majeur, elle est néanmoins un outil pédago- Stuttgart, où il fut un violoniste etun position. Soyez également vigilant au rythme « croche pointée-double » « Entrée » témoigne de son sens compositeur émérite. Cette des mesures 3-4, 7-8, 10, 12, etc. mélodique et de sa créativité musi-cale qui, on l’imagine, charma de avec un pouce trop présent. Cette pièce suit la forme AABA.Veillez à buter la mélodie et à ne pas trop alourdir les notes de basse nombreux spectateurs… Intermédiaire Mi favoritaAnonyme p. 58 Feste LarianeLuigi Mozzani (1869-1943) p. 64 Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.comLa controverse concernant cette mazurka est à peu près du même ordre Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.com que celle entourant la fameusenom de pièce, on Jeux Interdits. En effet, sur l’un des premiers manuscrits de Romance anonyme, plus connue sous le nisé par le magazine italienEn 1906, le guitariste, luthier et compositeur italien Luigi Mozzaniprésente anonymement la sérénade « thème et variations » remporta le premier prix et fut publiée par une Il Plettro Feste Lariane. Cette composition de forme à un concours orga- La théorie la plus répandue serait que Fortea, un élève de Tárrega,aurait ajouté une deuxième partie à cette pièce légère (à partir de lacette peut lire la mention « Anonyme-Daniel Fortea ». maison d’édition en vogue. mesure 20, en mi majeur) et s’en serait attribué la paternité… rapporté cette pièce déjà existanteDans la réalité, Mozzani aurait Danza de las hachasGaspar Sanz (1640-1710) p. 60 à la suite d’un voyage aux États-Unis. En effet, il s’agirait initiale- Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.comL’espagnol Gaspar Sanz fut l’un des grands maîtres de la guitare mentManuelreprise quelques années plus tard d’une Ferrer composition (1828-1904), de baroque, inspiré lui-même par les maîtres italiens de son époque. Onlui doit trois ouvrages d’envergure, écrits entre 1674 et 1697, compta- par(1853-1893) sous le titre un certain Luis , et publiée en 1889. Peruvian Romero bilisant 90 œuvres originales. la guitarra española » (1673). Elle est écrite à 2 / 2 (la blanche en guiseDanza de las hachas est extraite de son « Instrucción de música sobre Air de battue), enbasées sur la même trame harmonique. fa majeur, et se subdivise en cinq parties de huit mesures Confirmé Étude nFrancisco Tárrega (1852-1909)o 16 p. 70 vous proposons de perfectionner vos arpèges, coulés et votre vélocité. Par Marylise Floridwww.maryliseflorid.com pour piano tirée des « Studio per il pianoforte, op. 50, cahier II » deIl s’agit d’un arrangement pour la guitare par Tárrega, de l’Étude no 33 C’est aujourd’hui avec une très belleétude de Francisco Tárrega que nous Johann Baptist Cramer (1771-1858), compositeur et pianiste britan-nique d’origine allemande. Tárrega en a gardé le mouvement « Vivace » d’origine, mais en a transformé la mesure : à l’origine à 9 / 16 avec une 52 • Guitare classique #66 écriture à la triple croche, et ici à 3 / 4 avec une écriture à la double-croche. Dans la partition originale, quelques notes sont pointées, mettant au premier plan une mélodie dans l’arpège. C’est pourretrouver cet effet que nous indiquons dans la partition où buter à l’intérieur de l’arpège (avec le signe « ^ »). Pour atteindre la vitessesouhaitée, nous vous conseillons un travail progressif au métronome en utilisant la décomposition à la double-croche puis à la croche,afin de veiller à la régularité de votre arpège « buté-pincé ». Mazurka, op. 63 nFrédéric Chopin (1810-1849)o 3 p. 74 Par Valérie Duchâteauwww.valerieduchateau.com Dans l’inconscient collectif, la mazurkaest Chopin. Au cours de sa carrière, le pia-niste et compositeur polonais en com- intimement rattachée à Frédéric posavéhiculant un sentiment d’attachement près de soixante-dix, certaines dièse mineur, sapubliée en 1847. Elle tirerait son inspiration du Mazurka, op. 63 nfort à son pays d’origine. Écrite eno 3, fut composée en 1846 et ut traditionnelle polonaise basée sur un tempo lent et riche en syncopes.À l’écoute, une apparente (mais fausse) simplicité s’en dégage, ainsi kujawiak, une danse qu’un fort sentiment de nostalgie. guitare, cette tonalité est souvent synonyme de scordature, avec la 6La transcription que nous vous proposons est en sol mineur. À la lièrement sollicitée, allant au-delà de la 12corde en ré et la 5e en sol. Côté « main gauche », celle-ci est particu- e écarts délicats. Comme le style l’impose, pensez à insuffler une dosede rubato à votre interprétation… sans trop exagérer et tomber danse case ou en exécutant des le mauvais goût. Master class Torre bermejaIsaac Albéniz (1860-1909) p. 78 Transcriptionde Miguel Llobet (1878-1938) Par Nelly Decampwww.nellydecamp.com La musique pour piano d’Albéniz atoujours auprès des guitaristes, à tel point que trouvé un écho favorable ristique que pianistique. Le premier à avoir réalisé des transcriptionsdavantage associé au répertoire guita-son tube Asturias est aujourd’hui pour guitare de ces chefs-d’œuvre est sans doute l’illustre FranciscoTárrega, avec qui Albéniz entretenait des relations amicales. qui réalisa la présente transcription. Rapidement prisée des guita-(1888),Extrait des « 12 Pièces caractéristiques », op. 92, pour piano Torre bermeja reçut l’attention du Catalan Miguel Llobet, ristes, cette pièce fut gravée par Andrés Segovia, Julian Bream ouencore John Williams. la dominante (série d’arpèges exposés au ton principal ( D’un point de vue analytique, Torre bermeja la septième) avant que le premier thème ne soitré majeur), puis au ton de commence par une exposé enCe morceau a été enregistré sur le nouveau disque de Nelly ré mineur. Decamp, « Cancion », paru sur le label Rue Stendhal. Pourclassique, la guitariste grenobloise nous propose une master class Guitare exclusive. #66 Guitare classique • 53

DÉBUTANT

Scarborough Fair AUDIO1 Traditionnel anglais Par Estelle Bertrand 54 • Guitare classique #66

DÉBUTANT

Chanson AUDIO2 Matteo Carcassi (1792-1853) Par Estelle Bertrand #66 Guitare classique • 55

DÉBUTANT

Entrée AUDIO3 Extrait de la « Partita en mi mineur » Giuseppe Antonio Brescianello (1690-1758) Par Estelle Bertrand 56 • Guitare classique #66

DÉBUTANT

#66 Guitare classique • 57

INTERMÉDIAIRE

Mi favorita AUDIO4 VIDÉO Anonyme www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 58 • Guitare classique #66

INTERMÉDIAIRE

#66 Guitare classique • 59

INTERMÉDIAIRE

Danza AUDIO5 VIDÉO de las hachas Gaspar Sanz (1640-1710) www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 60 • Guitare classique #66

INTERMÉDIAIRE

#66 Guitare classique • 61

INTERMÉDIAIRE

62 • Guitare classique #66

VOUS FONT GAGNER

UNE GUITARE

PABLO CARDINAL

FLAMENCO MODÈLE F510

• Table épicéa d'Engelmann massif• Dos et éclisses bois de santal• Guitare entièrement fabriquée en Espagne • Manche cèdre d'Amérique centrale • Touche ébène• Chevalet palissandre d'Indeavec truss rod • Mécaniques dorées, boutons noirs• Cordes D’Addario • Finition naturelle brillante

PRIX PUBLIC CONSEILLÉ : 549 Ä TTC

La gagnante du Give Away « Kremona » (GC #65) est Véronique WILZIUS (13127 Vitrolles) Pour être sélectionné, il vous suffit de nous renvoyer votre nom, prénom et adresse à l’adresse e-mail suivante :GIVE AWAY PABLO CARDINAL – GUITARE CLASSIQUE #66 Vous pouvez également participer à notre concours en envoyant votre bulletin de participation sur papier libre à« Guitare classique » #66 – Give Away Pablo Cardinal – 9, rue Francisco-Ferrer – 93100 Montreuilgiveawayclassique@editions-dv.com Date de clôture : 4 novembre 2014 Si vous ne souhaitez pas recevoir d’offres commerciales de la part de « Guitare classique », merci de bien vouloir le préciser dans votre e-mail.ATTENTION : vous ne pouvez envoyer qu’un seul e-mail de participation par personne. . Le gagnant sera désigné par tirage au sort et sera prévenu par e-mail ou par téléphone.(le cachet de la poste faisant foi)

INTERMÉDIAIRE

Retrouvez l'intégralité de l'audio correspondant sur le site www.guitareclassique.net AUDIO6 Feste Lariane Luigi Mozzani (1869-1943) www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 64 • Guitare classique #66

INTERMÉDIAIRE

#66 Guitare classique • 65

INTERMÉDIAIRE

66 • Guitare classique #66

INTERMÉDIAIRE

#66 Guitare classique • 67

INTERMÉDIAIRE

68 • Guitare classique #66

INTERMÉDIAIRE

Un orchestre de guitares-lyres vers 1915. On y aperçoit Luigi Mozzani au centre. #66 Guitare classique • 69

CONFIRMÉ

o 7 Étude n 16 AUDIO D’après une étude de Johann Baptist Cramer (1771-1858) Francisco Tárrega (1852-1909) www.maryliseflorid.comPar Marylise Florid 70 • Guitare classique #66

CONFIRMÉ

#66 Guitare classique • 71

CONFIRMÉ

72 • Guitare classique #66

CONFIRMÉ

Mazurka, AUDIO8 o op. 63 n 3 Frédéric Chopin (1810-1849) www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 74 • Guitare classique #66

CONFIRMÉ

#66 Guitare classique • 75

CONFIRMÉ

76 • Guitare classique #66

CONFIRMÉ

#66 Guitare classique • 77

MASTER CLASS

Torre bermeja AUDIO9 VIDÉO Isaac Albéniz (1860-1909) Transcription de Miguel Llobet (1878-1938) www.nellydecamp.comPar Nelly Decamp 78 • Guitare classique #66

MASTER CLASS

#66 Guitare classique • 79

MASTER CLASS

80 • Guitare classique #66

MASTER CLASS

#66 Guitare classique • 81

MASTER CLASS

82 • Guitare classique #66

MASTER CLASS

#66 Guitare classique • 83

MASTER CLASS

84 • Guitare classique #66

MASTER CLASS

#66 Guitare classique • 85

PARTITION INÉDITE

Vals del caminante Laurent Boutros www.laurentboutros.fr « On dit que ma musique s’apparente à du Piazzolla orientalisé, ou bien qu’elle se situe au milieu du pont entre l’Est et l’Ouest », nous avait récemment confié Laurent Boutros. Avec Vals del caminante, le compositeur-guitariste nous invite dans son univers de la plus belle des façons. Le nouveau disque de Laurent Boutros, « Vals for Atom » (Skarbo).À DÉCOUVRIR 86 • Guitare classique #66 Avec l’aimable autorisation de Laurent Boutros.

PARTITION INÉDITE

#66 Guitare classique • 87

PAYSAGE D’AMÉRIQUE LATINE

La Bossa inachevée AUDIO10 du Mondial 2014 Par Martin Ackerman – www.martinackerman.com Cette petite bossa-nova a été composée pour rendre hommage à ce beau pays plein de rythme et de vie, et aux joueurs de l’équipe de football brésiliens qui ont vécu une partie inachevée lors du récent Mondial. Martin Ackerman, guitariste et compositeur, est professeur d’enseignement artistique au conservatoire à rayonnement régional du Grand Chalon, en Saône-et-Loire, et au Pôle supérieur d’enseignement de la musique (PESM) de Bourgogne. 88 • Guitare classique #66

PAYSAGE D’AMÉRIQUE LATINE

#66 Guitare classique • 89

FLAMENCO

Falseta AUDIO11 VIDÉO por taranta www.samuelitoflamenco.comPar Samuel Rouesnel © DR deux accords d’introduction de laCette falseta (mode de fa dièse phrygien) est construite de manière traditionnelle. Les Pour une bonne interprétation, gardez à l’esprit qu’il s’agit d’unLevante et qu’il faut, par conséquent, laisser résonner au maximum chaque note de la guitare, faire respirertaranta installent l’univers sonore incroyable de cecante de las minas, originaire de la région depalo. chaque accord et savourer les dissonances. 90 • Guitare classique #66

FLAMENCO

#66 Guitare classique • 91

PICKING

Voyage AUDIO12 en « drop D » Par Christian Laborde – www.duosoham.com 6e corde de sa guitare enVoici une composition en « drop D », ce qui signifie qu’il est nécessaire d’accorder laré. Ce type d’accordage, très commun en guitare classique, est particulièrement répandu dans les musiques traditionnelles (blues, ragtime, etc.). Cela permet de jouer une ligne de basses en alternance sur les 6e et 4e cordes à vide, tout en privilégiant le jeu de la mélodie. 92 • Guitare classique #66

PICKING

#66 Guitare classique • 93

BLUES

They’re Red Hot AUDIO13 Robert Johnson (1911-1938) Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.comTranscription : Florent Passamonti They’re Red Hot (1937) est l’un des rares morceaux de Robert Johnson qui ne soit pas calqué sur une grille blues de douze mesures, puisque le musicien reprend une progression d’accords très répandue en ragtime. Prenez donc le train en marche pour explorer les rives du Delta blues, en mode « guitare classique », bien sûr... 94 • Guitare classique #66

BLUES

#66 Guitare classique • 95

CHRONIQUES CD

Arturo Parra Nicolás « Colacho » Olivier Pelmoine El guadalquivir Terra incognita Brizuela et Ninon Valder Opus Guitar busca al Greco Grenouille hirsute Cuscaias Skarbo Memorias 1 Une idée originale pour ce CD du gui- Acqua Records Un enregistrement où, à travers des Contrastes Records tariste et compositeur Arturo Parra, Voici une association guitare et ban- œuvres pour la plupart contempo- Enregistré en live à l’occasion du fes- où chacune des sept pièces est inspi- donéon, mais pas seulement puisqu’on raines, des éléments populaires et des tival de guitare de Séville 2013, voici rée par et écrite à la demande de son y rencontre aussi voix, flûtes (de di- musiques traditionnelles – souvent ve- un programme qui permet d’entendre dédicataire. L’ensemble dégage une verses tessitures), violoncelle, zarb et nues de l’Orient – se mêlent à la mu- nombre de compositions contempo- unité de ton faite d’impressions mu- Chapman stick. Quant à la guitare, sique savante ou en sont l’inspiration. raines où la guitare est présente. Que sicales qui mêlent de manière évanes- celle-ci se décline à six et sept cordes. Olivier Pelmoine nous invite ici à un ce soit avec le bandonéon dans cente des résonances et des rythmes Sous la houlette du guitariste Nicolás voyage musical tourné vers l’Est, vers Piazzolla ou avec les chants et percus- à la Yupanqui ou à la Zárate, et des « Colacho » Brizuela, le mélange des les Balkans, l’Espagne, l’Arménie, le sions du flamenco, on a là une bonne tendances minimaliste et répétitive. timbres donne d’intéressants moments Japon… Autant de cultures qui se re- représentation de l’univers poly- À cela viennent s’ajouter de multiples évocateurs des musiques argentines. joignent dans la guitare de la plus belle morphe de la guitare actuelle avec effets de frottements de cordes qui ac- Et malgré l’indéniable talent de des manières. On voyage dans sa tête ses différentes écoles post-dodéca- centuent l’atmosphère méditative et multi-instrumentiste de Ninon Valder grâce à la variété de couleurs et de sen- phoniques ou plus traditionnelles, presque lancinante. On peut certes – aussi à l’aise à la flûte qu’au ban- sations créées par un jeu inspiré. mais aussi des courants où les distinc- trouver un certain manque de variété donéon –, on reste sur notre faim : Sonorité ronde et prenante, mélodies tions entre musique savante et po- dans ces compositions, mais il y là quelque chose semble ne jamais vrai- et rythmes évocateurs vous donnent pulaire tendent à plus ou moins s’es- quelque chose de calme et sensible ment décoller dans cette manière feu- des envies de vies multiples pour tomper. Toutes ces musiques sont comme la vue à travers une fenêtre, trée. En revanche, on aime bien une mieux en apprécier les innombrables données par de nombreux talents, un jour de pluie. forme de liberté prise avec la noncha- richesses. Un très bel enregistrement avec une mention spéciale pour le François Nicolas lance de l’instant. Pas désagréable dans à l’interprétation tout à fait remar- Cubain Ali Arango avec le Caprice de l’atmosphère d’une fin de soirée. quable. F. N. Paganini, très enlevé, et Thibaut F. N. Garcia dans un excellent Aire Vasco de Manjón. F. N. Kostas Tosidis Alki Guitar Trio Manuel Delgado Nelly Decamp Unreal City Alki Bellamar Cancion Contrastes Records GHA Records www.manuel-delgado.com Artetik.m Derrière ce titre mystérieux se cache Voici un CD qui mêle œuvres origi- Dans ce disque, la guitare flamenca « La guitare lyrique », c’est la théma- un disque en grande partie consacré nales – dont certaines dédiées au Alki de Manuel Delgado montre de mul- tique sous-jacente de ce disque qui aux sonates « contemporaines » pour Guitar Trio – et des arrangements tiples facettes en se mêlant à des ins- compile une majorité de tubes du guitare. De manière générale, on ap- comme celui des préludes de truments peu habituels du genre. répertoire composés par Tárrega, précie la sonorité ronde de Kostas Gershwin où le trio réussit à sonner À coté des palmas, la – très – présente Albéniz, Ponce, Pujol, Llobet et Tosidis, une belle dynamique et une comme un piano. De Kevin Callahan, contrebasse, l’accordéon et le basson Barrios. La guitariste Nelly Decamp manière rare d’arriver à faire sonner on apprécie la Suite Seattle et ses pas- ajoutent une palette de couleurs y joue, entre autres – et avec brio –, de manière convaincante des passages sages évocateurs des différents quar- aux traitements traditionnels. On le Capricho árabe, le Scherzino mexi- aux techniques non conventionnelles. tiers de la ville avec ses traits blues apprécie particulièrement l’inven- cano, El testament d’Amelia ou encore On aime particulièrement le Canto et jazz, et ses différentes ambiances. tivité qui, tout en respectant les Julia Florida. Parmi les pièces moins dans Ginastera et l’« Andante sim- Techniquement sans faille, avec une styles, les renouvelle dans l’esprit connues, citons Canción por ti mi plice » dans la sonate de Tal Hurwitz, mise en place parfaite, l’Alki Guitar du flamenco actuel. Quant au reste, Corazón de Manuel Maria Ponce et une œuvre peu connue avec un finale Trio fait entendre une capacité rare on ne peut que grandement louer, Canción de la hilandera de Barrios, ainsi où alternent passages au flot virtuose à adapter timbre et expression aux dif- dans les bulerías (Barrio La Paz, qu’une composition de la guitariste et simplicité du thème. La sonate férentes exigences de style, tantôt avec Barna querida, Latidos), taranta (Las elle-même qui clôture cet opus. La Hommage à Bartók d’Ourkouzounov un vibrato ample comme dans herrerias), fandango (El Rompido) et sonorité y est chaleureuse, et l’inter- est également fort bien donnée, avec Tristorosa de Villa-Lobos, tantôt avec autres soleás (Madera flamenca, prétation habitée par une forme de un « Interlude » où les résonances des une manière plus percussive comme Padentro), l’art de jouer de la guitare nonchalance et de liberté du fait d’une harmoniques créent des tensions qui dans Maracatu de Sergio Assad. flamenca de Manuel Delgado. F. N. carrière musicale atypique de la gui- s’apaisent dans l’extinction, et un finale Intensité et musicalité sont au ren- tariste. Dommage cependant que le qui rend justice à la manière ryth- dez-vous pour une interprétation par- disque ne contienne pas de livret ou mique du compositeur. Un excellent faite. F. N. un minimum de notes explicatives. enregistrement. F. N. Mathieu Parpaing 96 • Guitare classique #66

PARTITIONS / LIVRES

Arnaud Sans Claudio Camisassa Jürg Kindle Éric Pénicaud Chansons et danses du Languedoc Chôrinho mediterráneo Frevo Concerto pour le grand large L’empreinte mélodique L’empreinte mélodique Productions d’Oz Productions d’Oz Passionné par l’enseignement, Arnaud Música do Brasil ! Claudio Camisassa Frevo, pour orchestre de guitares, vient Petit concerto pour le grand large est de- Sans apporte régulièrement de nou- n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’ajouter au matériel pédagogique, tou- venu grand : la première mouture de velles contributions au répertoire pé- a généreusement contribué au réper- jours en pleine croissance, nécessaire à cette œuvre, initialement en deux mou- dagogique. Ce sont aujourd’hui neuf toire pédagogique (notamment d’ins- vements (« Oviri » et « Transfiguratio»), chansons et danses du Languedoc, ar- piration brésilienne). Destinée au 2e cette formation. L’ensemble est conçu de manière à permettre le jeu simul- a été enregistrée par Éric Pénicaud lui- rangées pour duo de guitares et des- cycle, cette pièce est composée pour tané de niveaux différents avec des même (guitare), Janette Filipas (flûte tinées à la seconde moitié du 1e er cycle flûte, violon, deux guitares et guitare degrés de difficulté bien différenciés alto) et Franck Pantin (piano-synthé- (voire au début du 2 cycle), qui rejoi- basse, clin d’œil à l’instrumentation pour chaque voix. Harmonie en ac- tiseur) en 2007. C’est une version où gnent son catalogue. Certains airs font traditionnelle du chôro (instruments cords simples pour la guitare 4 et l’orchestre à cordes remplace le cla- écho à l’inconscient collectif des gui- solistes, guitares et cavaquinho). Les contre-chant dans le médium pour la vier que le compositeur propose au- taristes – ah ! la fameuse chanson oc- parties de guitare sont strictement dé- guitare 3, avec une homorythmie entre jourd’hui, dédiée à Sébastien Llinares citane Se canto, présente dans de nom- volues à l’accompagnement (arpèges, les deux sur des figures simples et dan- et complétée d’un troisième mouve- breuses méthodes. Chaque pièce est rasgueados, basses), mais l’intérêt de santes. Chant pour les guitares 2 et 1 ment (« Slap ! »). Au détour du chant conçue pour faciliter l’apprentissage cette composition réside avant tout (à la sixte), avec plus de syncopes et exotique de la flûte alto ou d’un nuage de la main gauche et installer des dans les acquisitions musicales : l’ac- quelques notes dans le registre suraigu. contemplatif de trémolos de cordes réflexes de déchiffrage grâce à l’uti- cent est mis sur la maîtrise de l’équi- Cerise sur le gâteau, en plus de la par- se devinent les inspirations éclectiques lisation de positions fixes, tout en per- libre entre les instruments, la com- tition et des parties séparées, une par- d’un compositeur dont la connaissance mettant à chacun d’occuper tantôt le préhension du rôle de chacun, l’assise tie de guitare basse (fort simple et no- intime de l’instrument permet d’en dé- rôle du soliste, tantôt celui de l’accom- rythmique et l’écoute. Et surtout, sur- tée en clé de sol) permettra d’enrichir ployer toutes les potentialités… Dernier pagnateur. Un répertoire qui joint tout, le plaisir de jouer ensemble. Une le tout. Une pièce parfaitement adap- appel pour les voyageurs à destination l’utile à l’agréable. Fabienne Bouvet pièce qui en réjouira plus d’un. F. B. tée au travail de mise en place et de pré- du grand large, départ imminent à ne cision rythmique. François Nicolas pas manquer ! F. B. Carlos Marín Laurent Méneret François Couperin Marc Le Gars Traverses Suite mélodique Tic-Toc-Choc Valses sur Loire, volume 2 L’empreinte mélodique Schott Productions d’Oz Soldano Enseignant, compositeur arrangeur et Voici un ensemble de sept pièces clas- Écrit à l’origine pour deux claviers Prolifique Marc Le Gars ! Auteur d’un guitariste, Carlos Marín nous propose sées par ordre de difficulté croissante mais adaptable et transposable pour répertoire pédagogique fourni et pro- dans ce recueil cinq pièces de difficulté pour ce recueil à l’objectif pédagogique différents instruments d’après les dires fesseur au conservatoire de Château- moyenne. D’écriture classique, avec affiché. Le niveau reste modéré mais de l’auteur, ce Tic-Toc-Choc de Cou- briant, ce compositeur de formation au- une majorité de tonalités mineures, les s’adresse à des étudiants ayant déjà de perin est proposé par Lorenzo Micheli todidacte laisse transparaître, dans cette mêmes procédés harmoniques se re- bonnes facilités techniques. Pour ce et Matteo Mela dans une version pour nouvelle contribution teintée de nos- trouvent dans la plupart des pièces : qui est de la musique, on trouve des deux guitares transposée une tierce talgie, l’influence des musiques popu- mélodies sur arpèges ou sur accords, valses romantiques, des rythmes exo- plus haut que l’original. En décou- laires qui ont bercé son enfance nan- harmoniques naturelles et nombreux tiques, de la musique celtique et par- vrant cette pièce pleine d’entrain et de taise… Ici, place à l’onirisme : chaque démanchés sont au menu. Côté tech- fois atonale. On trouvera là de quoi légèreté, nécessitant malgré tout une pièce est introduite par un court texte nique, certains croisements de doigts travailler déchiffrage, arpèges, sépa- certaine dextérité pour en conserver évocateur permettant à chacun de dé- de main droite demanderont de la pré- ration des voix, phrasé, dynamique le caractère, on pourra également velopper son imaginaire. D’inspiration cision pour être respectés, et le légato et vélocité. Un ensemble plutôt orienté s’amuser à faire de la lecture à vue au musette, yéyé, latine ou encore de la mélodie nécessitera un peu d’at- musique de genre qui, tout en contri- tempo demandé, à travailler les orne- rock’n’roll, ces valses attachantes conso- tention lors de certains déplacements buant à améliorer la connaissance de ments, à varier timbre et accents et, lident les acquisitions techniques du et écarts. Lors du déchiffrage, les nom- l’instrument, pourra sonner de ma- pourquoi pas, ajouter d’autres instru- début à la fin du 2e cycle, tout en ins- breux doigtés et les indications de jeu nière convaincante avec un peu de tra- mentistes. Bref, une excellente occa- tallant des repères esthétiques perti- permettront la lecture aisée de chaque vail et de musicalité. F. N. sion de tricoter des doigts et de faire nents. Un recueil bien utile pour se faire pièce. Un recueil fort bien écrit et très de la musique avec inventivité. F. N. plaisir en jouant un répertoire gratifiant agréable à jouer. F. N. et particulièrement bien pensé. F. B. #66 Guitare classique • 97

PETITES ANNONCES

VENTE 80 –année 2000. Table en épicéa, fond et éclisses Vends guitare concert Olivier Fanton d’Andon, modèle M50, année 2010. Table épicéa allemand,fond et éclisses palissandre de Madagascar,17 – Vends guitare de concert Paulino Bernabe en palissandre des Indes, manche acajou, toucheébène de Macassar, plaque de tête arrière en bois vendue 6 000manche cèdre, touche ébène. Achetée 8 150Tél. : 06 20 80 71 55 Ä. Ä, précieux fileté, mécaniques Rodgers, boutons ennacre. Parfait état, sonorité exceptionnelle. Prix : 8 000Tél. : 03 22 23 28 04 Ä. E-mail : guy.florance@orange.fr E-mail : jacques.thelen@wanadoo.fr « primera concert », année 2008. Table épicéa,24 – Vend guitare Juan Montes Rodriguez modèle 93 –concert Antoine Pappalardo C2, année 1999, Vends, pour cause d’invalidité guitare de fond et éclisses palissandre d’Amazonie. Diapason:65 cm. Excellent état. Achetée 1 900 diapason 63 cm, faite sur commande avec 1 200Tél. 05 53 54 76 55 Ä avec étui rigide (négociable). Ä, vendue système d’amplification réalisé en 2004 par le Tél. : 06 76 57 78 94luthier. Prix : 5 300 Ä avec étui. E-mail : serranito@dbmail.com 94 –Planas « Grand Concert », année 2010. Table en Vends guitare classique-flamenca Liberto 45 –Walden, cause double emploi, année 2013. Table Vends guitare classique neuve de marque épicéa allemand, fond et éclisses en cyprès deGrenade. Son très équilibré, grande projection. en red cedar, fond et éclisses en palissandre.Achetée neuve 730 Prix : 3 750Tél. : 06 76 37 33 08 Ä avec étui BAM. Tél. : 06 21 30 90 86 Ä, vendue 580 Ä. E-mail : lemarkan@hotmail.fr 47 –« Grand Concert », année 1998. Table en cèdre, Vends guitare classique Maurice Dupont année 2011. Table épicéa, fond et éclissesNC – Vends guitare de concert Hugo Cuvilliez, fond et éclisses en palissandre d’Amazonie. Valeur4 815 palissandre, touche ébène. Très belle sonorité. Tél. : 06 26 38 65 88 Ä, vendue 3600 Ä avec étui. Très bon état. Prix : 4 700Essais possibles sur Paris. Äavec étui rigide BAM. E-mail : gil-vorb@orange.fr Tél. : 06 22 00 09 77E-mail : florentaillaud83@gmail.com Pour toute demande de renseignements 58 –Table en épicéa, fond et éclisses en érable. Vends guitare Patrick Penaud, année 2007. BE (7060) –Concert » Juan Anton Reyes Torres, année 2004, Vends guitare modèle « Grand sur la publicité, Tél. : 03 86 22 15 27Prix : 500 Ä avec étui. Tél. : 0032 67 33 10 85 diapason 65 cm. Prix : 4 700 Ä. veuillez contacter 58 –manche et accordage de guitare. Vends liuto forte enmi, 9 cordes. Son de luth, année 1995, excellent état. Épicéa et palissandreESP – Vend guitare de concert Martine Montassier, JOCELYNE ERKER Prix : 3 000Tél. : 03 86 22 15 27 Ä avec étui. E-mail : irene.roques@outlook.comdes Indes. Prix : 3 000 Ä avec étui Hiscox. 76 – DIVERS Chef de publicité « Arpège », année 1958-1959. Table en épicéa.Excellent état, très belle sonorité. Prix : 12 000 Vends guitare Daniel Friederich modèle 11 –et pas plus difficiles que Cherche titres de morceaux aussi mélodieux Tél. : 06 76 54 83 25 Ä. (joss@editions-dv.com) Carrilhoes de Pernambuco, NataliaChoro ou E-mail : lucie.pesqueux@gmail.com Moustaki, Milonga de Buscaglia, etc. de GeorgesSons de E-mail : diane.schenk1211@gmail.com + 33 (0) 6 86 73 50 86 Merci de nous retourner ce coupon à : Editions DV – «Guitare classique», service des petites annonces, 9, rue Francisco-Ferrer, 93100 Montreuil GC # 66 Par e-mail : guitareclassique@editions-dv.com (en précisant votre département) REMPLISSEZ SOIGNEUSEMENT CETTE GRILLE EN SÉPARANT CHAQUE MOT PAR UNE ESPACE À RAISON D’UNE LETTRE PAR CASE Précisez la rubrique où vous désirez voir figurer votre annonce. Guitares Amplis Effets Nom :. ........................................................................................................................................................... Prénom :. ............................................................................................................................................................. Home studio Emplois Adresse :................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................ Contacts ............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... Cours/stages Divers Code postal :. ................................................................................... Ville :. .................................................................................................................... Pays :. ..................................................................................................... Tél. :.......................................................................................................................... E-mail :. .................................................................................................................................... @ ........................................................................................ 98 • Guitare classique #66