guitare-classique — GC68
mars-mai 2015Numéro 68 Isaac AlbénizSaga de Dominique FieldDans l’atelierLutherie Les écoles du son :Dossier JEAN-MARIE Ponce, Lagoya, — GC68
mars-mai 2015Numéro 68 Isaac AlbénizSaga de Dominique FieldDans l’atelierLutherie Les écoles du son :Dossier JEAN-MARIE Ponce, Lagoya, CarlevaroBancs díessai RAYMOND Miguel J. AlmeríaIvan Degtiarev Aux origines de« Guitare classique » Sébastien VachezDuo Bensa-CardinotInterviews CAN : 13,99 $ CAN – ALL / ESP / ITA / GR / LUX / PORT CONT : 9,60FRANCE : 8,50BEL : 9,50 Ä – DOM S : 8,70 Ä Ä – SUI : 16,00 CHF Ä
42 PAGES DE MUSIQUE EN SOLFÈGE ET TABLATURE
ÉDITORIAL
POUR CONSULTER LE SOMMAIRE DES ANCIENS
NUMÉROS, RENDEZ-VOUS EN PAGES 96-97.
P. 4 Courrier des lecteurs Líempreinte du son P. 6 News Toute l’actu. Voilà seize ans déjà que vous retrouvez régulièrement Guitare classique P. 10 Interview Sébastien Vachez dans tous les kiosques. C’est en 1999, en effet, que Jean-Marie Raymond, Après « Valsez sur moi » paru en 2010, Sébastien Vachez revient sous l’impulsion de Thierry Frébourg, éditeur passionné, a mis au monde sur le devant de la scène musicale avec un disque sobrement intitulé ce beau bébé que nous avons maintenant la chance d’élever. « Chamber Music ». Le musicien nous fait découvrir ses propres Profitant de la parution de l’anthologie qui est consacrée à son œuvre, compositions en s’entourant d’un casting d’instrumentistes de haut vol. l’occasion était trop belle d’inviter Jean-Marie à passer par nos bureaux, P. 12 Évènement Jean-Marie Raymond cinq ans après qu’il a passé le flambeau. Il a été la cheville ouvrière de Guitare classique pendant dix ans. Derrière l’homme de presse qu’il a été – mais est-ce une surprise –, Cinq ans après s’être envolé vers de nouvelles aventures, vous découvrirez aussi, au fil de cette rencontre, le musicien passionné, du magazine pour un entretien mené par Valérie Duchâteau.Jean-Marie Raymond a été invité à retrouver les colonnes le compositeur inlassable et l’ami des grands guitaristes... Rencontre amicale et musicale entre deux passionnés de guitare et de musique, pour parler, entre autres, de la sortie d’« Anthologie », Être le magazine de tous les guitaristes classiques, faire fi des écoles un ouvrage qui rappellera bien des souvenirs à de nombreux lecteurs. qui les ont trop souvent opposés, Guitare classique continue aujourd’hui dans la voie qui a été tracée par ses fondateurs. Jamais dans l’histoire P. 18Composé d’Olivier Bensa (guitare) et de Cécile Cardinot (guitare ou Interview duo Bensa-Cardinot de notre magazine il n’y a eu de place pour l’ostracisme qui a longtemps chant), le duo Bensa-Cardinot vient de sortir son deuxième album, divisé les guitaristes. Et si, aujourd’hui dans ces colonnes, nous consa- « Doïna », consacré à la musique classique d’inspiration populaire. crons un article aux techniques du son, ce n’est pas pour déclencher une énième guerre entre les tenants de l’attaque à droite ou ceux de l’attaque P. 22La musique pour piano d’Albéniz a toujours trouvé un écho favorable Saga Isaac Albéniz à gauche, mais pour que chacun trouve, entre toutes ces techniques, auprès des guitaristes. En témoignent ses pièces Asturias, celle qui lui donnera la signature de son jeu. Granada, Sevilla, Cádiz et bien d’autres. Guitare classique revient sur le parcours de ce pianiste et compositeur qui a marqué LE SON. À plusieurs reprises, vous retrouverez aussi ce mot magique de son empreinte le répertoire pour guitare du XX e siècle. dans la bouche de Dominique Field, maître luthier qui nous a ouvert les P. 26 Lutherie Dominique Field portes de son atelier parisien. Et ce, qu’il nous parle des éclisses, du Pilier de « l’école française » contemporaine, Dominique Field fond ou du vernis de ses guitares. est un des luthiers les plus réputés au monde. Le prestigieux facteur de guitares classiques nous a ouvert les portes de son atelier, à Paris. Nous espérons qu’au travers de ce numéro, comme de ceux que vous Rencontre avec un luthier hors norme. avez déjà lus ou de ceux qui sont à venir, Guitare classique vous aide, P. 30 Guitare de légende fût-ce modestement, à trouver vous aussi cette personnalisation de Guitare Giovanni Battista Fabricatore, Naples, 1801. votre musique qui sera votre empreinte et rendra votre jeu à nul autre pareil : VOTRE SON. P. 32 Ivan Degtiarev, Miguel J. Almería 10-CFEQ.Bancs d’essai Belle musique à toutes et à tous. P. 36 Les écoles du son Valérie Duchâteau de la guitare ayant pour chefs de file Alberto Ponce, Alexandre LagoyaQuelles sont les caractéristiques sonores des grandes écoles ou Abel Carlevaro ? Dans ce dossier spécial, nous avons récolté PROCHAINE PARUTION LE 22 MAI 2015 les témoignages de trois spécialistes, qui nous apportent leur éclairage POUR NOUS ÉCRIRE : guitareclassique@editions-dv.com sur cette question à la réponse restée bien souvent équivoque. Directeur de la publication :Directrice de la rédaction : Rédacteur en chef :Secrétaire de rédaction : Florent Passamonti (florent.passamonti@guitarpartmag.com) Valérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Jean-Jacques Voisin P. 40 Guitare Academy le conservatoire de Nogent-le-Rotrou Création et réalisation maquette : Clément Follain (clefollain@gmail.com) Avec Michaël Godinho Da Costa et ses élèves. Saisie musicale :Conception et réalisation CD-ROM : Carole Mercereau Guillaume Lajarige (galerija@wanadoo.fr) Rédacteurs :Yves Duchâteau, Clément Follain, Mathias Duplessy, Marylise Florid, Éric Gombart, Jean-Marie Lemarchand, Cristina Azuma, Estelle Bertrand, Laurent Blanquart, Fabienne Bouvet, Valérie Duchâteau, Dominique Charpagne P. 42 Blind Test Thibault Cauvin À l’écoute, Sevilla de la « Suite espagnole no 1 », op. 47, d’Isaac Albéniz. Sébastien Llinares, Bruno Marlat, Benoît Navarret, François Nicolas, Florent Passamonti, Mathieu Parpaing,Gaëlle Renou, Samuelito. Photo couverture :Chef de publicité : «Guitare classique» est une publication trimestrielle éditée par la SARL Blue Music, au capital de 1 000 euros. Jocelyne Erker (06 86 73 50 86 – joss@editions-dv.com) © DR P. 43 Accompagnées d’un CD audio et vidéo,Pédago RCS Orléans : 794 539 825.Siège social : 19, rue de l’Étang-de-la-Recette, 45260 Montereau. Tél. : 01 41 58 61 35 – fax : 01 43 63 67 75. 42 pages de partitions en solf ège et tablature. Numéro Vert : 0 800 34 84 20.Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) : Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. P. 92 Chroniques La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seuleAbonnements : Back Office Press (contact@bopress.fr – Tél. 05 65 81 54 86) L’essentiel des sorties CD et partitions de ces derniers mois. responsabilité de leurs auteurs. Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leursauteurs pour leur libre publication. © 2014 by Blue Music P. 96 Anciens numéros Distribution : Presstalis. Impression : Léonce Déprez.Commission paritaire no 0511K78770. (Imprimé en France.) P. 98 Petites annonces #68 Guitare classique • 3
COIN DES LECTEURS
Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com LA LECTRICE DU MOIS MARCHE TURQUEJe suis à la recherche de la tablature de la Marche turque de Mozart, Ana Novara Flor, 55 ans, Paris introuvable jusqu’à présent. Ai-je un espoir de la trouver prochai-nement dans votre magazine ? Ou alors pourriez-vous m’aiguiller ? Quel est ton niveau ? ALAIN COHEN © DR Depuis deux ans, je prends des cours de guitare Figurez-vous qu’un arrangement de la Marche turque est proposé dans avec Marcelo Loffler, qui enseigne la guitare le numéro que vous tenez entre vos mains ! avec la méthode Suzuki, du nom de son fon- dateur Shinichi Suzuki. Ce dernier avait dé- veloppé une façon d’apprendre la musique MILONGA DE JORGE CARDOSO comme nous apprenons à parler notre langue Je suis abonnée à votre revue, que j’apprécie beaucoup. J’ai une maternelle. D’abord, on entend les sons, on les demande : serait-il possible d’avoir la partition Milonga de Jorge reproduit – de façon imparfaite au début –, Cardoso dans un prochain numéro ? En vous remerciant par avance, puis, avec la pratique, les gestes et l’oreille LIONELLE JODELET s’affinent et les mélodies prennent forme. La Cette milonga n’est pas dans le domaine public, c’est la raison pour lecture et l’écriture des notes, ainsi que le sol- laquelle nous ne pouvons pas la publier. fège, viennent plus tard, comme la lecture et l’écriture dans l’apprentissage de notre langue, tout cela dans le plaisir et à notre rythme. Nous suivons des cours individuels, mais aussi collectifs. VERS UNE VERSION NUMÉRIQUE ? Bien que la méthode accueille particulièrement des enfants dès leur plus Je vous envoie cet e-mail simplement pour vous suggérer (je ne suis jeune âge, elle convient aussi aux adultes. Cette méthode, que j’ai découverte sans doute pas le premier) de sortir une version numérique du ma- avec ma fille qui fait de la flûte traversière, me procure beaucoup de plaisir. gazine, car je connais des personnes à l’étranger qui aimeraient profiter En même temps, je prends des cours de groupe avec Alexandre Pietri, qui a de cet enrichissant magazine. développé une méthode ludique, agréable, toujours dans la bonne humeur et Par exemple, une de mes connaissances vit au Venezuela. Mais la bienveillance, me permettant de découvrir d’autres facettes de mon instru- l’envoi d’un exemplaire du magazine en Amérique du Sud me coûterait ment et de prendre plus confiance dans mon jeu ! 59 euros ! La version numérique permettrait à tous les guitaristes Ces deux pratiques m’apportent beaucoup dans l’apprentissage de mon francophones du monde d’acheter Guitare classique. instrument. Surtout, leurs méthodes sont adaptées à mon emploi du temps Bonne continuation et continuez ainsi, vous faites un travail très chargé : je suis médecin réanimateur dans un CHU à Paris et maman de formidable. MICHAËL GODINHO DA COSTA deux enfants ! J’ai toujours aimé cet instrument, mais je n’avais jamais eu l’op- Il est prévu qu’une version numérique soit réalisée au cours de l’année portunité de le pratiquer. Un jour en écoutant mon fils, qui fait de la guitare 2015. depuis plusieurs années, j’ai enfin décidé d’accomplir mon rêve. Plutôt des atomes crochus avec la musique ancienne ou romantique ? Je suis passionnée de musique classique : si j’aime écouter Bach et Mozart à TRÉMOLO la guitare, ma passion ultime reste Agustín Barrios (comme lui, je suis d’origine Félicitations pour la revue. Je suis un fidèle lecteur de la première paraguayenne). Mon objectif serait de jouer sa musique, un jour ! Je suis aussi heure – je possède tous les numéros. Dans le cahier pédagogique, je une grande fan de Berta Rojas et j’ai beaucoup apprécié l’article que vous lui souhaiterais des exercices progressifs pour la maîtrise du trémolo, avez consacré il y a quelques années. avec éventuellement une vidéo de démonstration dans le CD.AREZKI BENHIF Sur quelle guitare joues-tu ? C’est désormais chose faite avec un arrangement de la Romance Je joue sur une guitare magnifique de Gaëlle Roffler, son modèle Concerto. anonyme, précédé d’une série d’exercices. On se retrouve en page 60. J’ai découvert ses guitares dans vos pages, dans un beau reportage sur sa lutherie. Par la suite, je l’ai contactée et elle m’a invité à visiter son atelier qui se trouve à Le Pontet (à côté d’Avignon). J’y suis donc allée et j’ai eu la chance LA ROMANCE DE NADIR de découvrir une femme géniale, passionnée, chaleureuse. Et j’ai eu un coup Dans votre dernier numéro, mon attention a été attirée par la partition de foudre pour une Concerto. Depuis, je n’arrête pas de m’émerveiller du de La Romance de Nadir. Je vous avais fait part de ma demande il y a magnifique son de ma guitare. quelque temps et je vous remercie ! Mais quelle surprise de la voir classer en « débutant ». Est-ce donc si simple ? Lorsque tu découvres le contenu de Guitare classique, vas-tu plutôt sponta- J’en profite aussi pour adresser mes remerciements à Sophie nément vers les partitions ou les interviews, dossiers, etc. ? Merlin et Estelle Bertrand pour avoir transcrit et joué cette pièce, Quand j’ai dans les mains mon numéro de Guitare classique, je m’oriente en ainsi qu’à la personne qui a écrit le petit commentaire de présentation premier lieu vers les interviews, les news, puis les chroniques de CD, partitions du morceau. et livres. En dernier lieu, en y dédiant plus de temps, je regarde les partitions, PHILIPPE COCQUEBERT avec une attention particulière pour celles de niveaux débutant et intermédiaire. Ce morceau a en effet été placé en troisième position au sein du niveau « débutant ». Il est vrai que cette appellation peut porter à confusion, Les master class te semblent-elles instructives ? car le niveau requis n’est pas celui d’un tout débutant. Cela dit, et mis Les master class sont magnifiques mais elles ne sont pas encore de mon niveau. à part trois ou quatre démanchés, la main gauche reste en première Ça viendra ! position et l’ensemble tombe relativement bien sous les doigts. 4 • Guitare classique #68
NEWS
EN BREF
Judicaël Perroy animera deux stages cet été. PHILIPPE Du 20 au 28 juillet, il sera à l’Académie internationale MOURATOGLOU de musique de Tignes Les 20 et 21 mars, à Paris (www.festivalmusicalp.com) Pour accompagner la sortie de son disque « Excer- et, du 28 juillet au 9 août, cices d’évasion », Philippe Mouratoglou sera en à l’Académie internationale concert les 20 et 21 mars à l’Athénée (théâtre de musique de la Lozère Louis-Jouvet), à Paris. (www.musique-lozere.com) www.philippemouratoglou.com en compagnie de Natalia www.visionfugitive.fr Lipnitskaya et Florian Larousse. © DR Informations par e-mail : judicael73@hotmail.com UNIVERS GUITARES © DR Sylvain Luc et Marylise Florid seront en concert le samedi 28 Du 20 au 28 mars, mars à l’Espace Jean-Ferrat de à Saint-Germain-lès-Corbeil (91) Septèmes-les-Vallons. Le thème • Vendredi 20 mars : musiques du temps de Louis XIV avec Étienne sera « Entre improvisation et Candela (guitare baroque) et Vincent Maurice (théorbe). partition ». • Samedi 22 mars : récital de Judicaël Perroy (première partie Tél. : 04 91 96 31 00 assurée par Cyprien N’tsaï). ou 06 20 33 47 58 • Dimanche 23 mars : master class de Judicaël Perroy. Bientôt chroniqué : • Samedi 28 mars :Réservations au 01 60 75 47 96 / 06 15 53 06 99 récital de Valérie Duchâteau. le nouveau disque de Thomas ou par e-mail : ecoledemusique@sglc.fr Viloteau, « Dances Through the JudicaÎl Perroy Centuries » (autoproduction). Le 6e stage Musique et nature (piano, guitare, flûte FESTIVAL CORDES et violon) se déroulera à la ferme de la Gravelle, en SENSIBLES Charente-Maritime, cet été du Du 27 au 29 mars, à 4 au11 juillet, du 12 au 19 juillet Saint-Médard-en-Jalles et du 22 au 29 août. Les cours de guitare seront assurés par Rolf Lislevand (33) Julien Coupet. • Vendredi 27 mars : duo Shaï Sebbag & Adrien www.stagemusiqueetnature.fr RENCONTRES • Samedi 28 mars :Janiak ; Juan Carmona. master class avec Adrien Martial Romanteau animera un stage de guitare INTERNATIONALES Janiak et François Sciortino, puis concerts de François Sciortino et Biréli Lagrène. en Vendée (85), aux Sables- DE LA GUITARE • Dimanche 30 mars : scène ouverte. d’Olonne, les 18 et 19 juillet ainsi que les 7 et 8 août. Du 25 au 29 mars, à Antony (92) http://accordsetacordes.saintmedardasso.fr Renseignements au • Mercredi 25 mars : concert d’ouverture des élèves du 06 80 54 09 13 ou par e-mail : conservatoire avec Paul Mindy, percussionniste et spé- martial.romanteau@orange.fr cialiste des musiques du Brésil. Les journées du luth • Jeudi 26 mars :groupe Toca de Tatu et Aliéksey Vianna Trio. soirée « Aux couleurs du Brésil » avec le se dérouleront les 21 et 22 mars • Vendredi 27 mars : concert baroque avec Rolf Lislevand à Paris (7e arr.). Au programme : et l’ensemble Kapsberger. concert des élèves du • Samedi 28 mars : master class de Rolf Lislevand et de conservatoire de Yerres ; George Vassiliev (13 h à 14 h) ; concert de choroparigo André Heinrich (luth baroque) ; (17 h 30) ; finale du concours international de guitare Ensemble La Rê veuse ; d’Antony (20 h 30). Florent Marie (luth • Dimanche 29 mars : soirée « Quand la guitare rencontre Renaissance) ; ensemble Il Ballo. l’orchestre » avec George Vassilev, Jakob Bangsø et www.sf-luth.org l’orchestre dirigé par Jean-Michel Ferran. © DRJuan Carmona Cristina Azuma présentera en concert son dernier CD, « Dreams », à la Maison de HOMMAGE Manuel Reyes (1934-2014) l’Amérique Latine (Paris 7e) Le facteur de guitares Manuel Reyes Maldonado est mort le 10 novembre 2014, à l’âge de 80 ans. Vénéré dans le le vendredi 13 mars. Soirée milieu du flamenco, le luthier espagnol doit sa réputation à la qualité de ses guitares flamencas, qui comptent parmi spéciale avec la participation les plus belles réalisations d’instruments andalous de la seconde moitié du XXe siècle. Né en 1934 à Jayena, dans la des compositeurs-guitaristes province de Grenade, il fabrique sa première guitare à l’âge de 15 ans et ouvre rapidement son atelier à Cordoue, où Philippe Kadosch et Norberto il se spécialise dans la construction de guitares en cyprès. Il reçoit notamment, brièvement, l’aide de Marcelo Barbero Pedreira, ainsi que de la à Madrid, peu de temps avant la mort de ce dernier. Depuis la fin des années 1950, de nombreux guitaristes deflamenco, parmi lesquels l’illustre Vicente Amigo, jouent les guitares du maître de Cordoue. Son fils Manuel Reyes, né violoniste Rosalie Hartog. en 1969, perpétue aujourd’hui la tradition familiale. Clément Follain 6 • Guitare classique #68 © DR Stochelo Rosenberg © DR
GUITARES AU BEFFROI JOURNÉES DE LA
Du 27 au 29 mars, GUITARE DE MONACO à Montrouge (93) Pour sa 3e édition, Guitares au Beffroi s’annonce comme l’un Trois questions à Luc Vander Borght, des évènements incontournables pour les amoureux des directeur artistique cordes pincées. Le festival accueillera, entre autres, Nguyên Lê, le Stochelo Rosenberg Trio et Otis Taylor. Sans oublier le Comment sont nées les Journées de la Guitare de Monaco ? Salon de la belle guitare avec de nombreux exposants, master Au départ, d’un simple constat : la guitare est un instrument aux mille facettes qui évolue dans class et conférences autour des cordes pincées. des styles de musiques extrêmement variés. C’est d’ailleurs l’une de ses richesses mais, en www.guitaresaubeffroi.com même temps, rares sont les élèves qui s’inscrivent au cours de guitare « classique » en ayantune idée plus ou moins claire de son répertoire... Beaucoup d’entre eux n’ont jamais entendu la guitare en concert et, pour ceux qui la découvrent – en particulier en récital –, le concert est encore souvent perçu comme quelque chose d’austère. L’idée des Journées de la Guitare est de faire partager la scène à tous : de nos élèves débutants jusqu’aux élèves confirmés, des étudiants de haut niveau aux professionnels. Une grande part de la programmation a donc été réservée à la musique de chambre et aux ensembles. Nous sou- haitons aussi désacraliser un peu le concert en le rendant plus accessible, tout en offrant une programmation variée qui présente également des fenêtres ouvertes sur un artiste ou une formation, un répertoire différent... De ce partage naissent un véritable enthousiasme, une motivation et une émulation. Chacun peut se sentir acteur du projet, ce qui ravit autant les élèves que leurs parents. Au travers de nos rendez-vous, nous voulons conjuguer les objectifs pédagogiques, culturels et artistiques, tout autant que le développement personnel et le vivre-ensemble. Sur quels critères choisis-tu les artistes invités à venir se produire ? La plupart du temps, les choses se dessinent naturellement au fil des rencontres. Il arrive qu’à © DR Duo Anabel Montesinos et Marco Tamayo l’occasion d’échanges, de master class ou de concerts, j’aie la chance de rencontrer et de partagerdes moments magnifiques avec d’autres musiciens et pédagogues. L’envie de poursuivre ces e rencontres et de nous enrichir des expériences vécues me conduit alors naturellement à les IV BRUSSELS proposer pour les Journées de la Guitare. Cette année, j’ai eu la chance de pouvoir inviter Juan INTERNATIONAL Carlos Laguna. C’était pour moi un honneur et une manière de le remercier pour la confiance qu’ilme témoigne depuis plusieurs années, en me confiant plusieurs de ses étudiants qui viennent GUITAR FESTIVAL à l’Académie Rainier-III pour se perfectionner tout au long d’une année d’études, et ce grâce ànotre partenariat avec la Fondation Turquois.
& COMPETITION
Du 24 au 28 avril, Tu fais venir des ensembles de guitares amateurs en provenance des Pays-Bas, Belgique, Italie,Suisse, etc. Comment se produisent les rencontres ? à Bruxelles (Belgique) Cette année, grâce au soutien de l’Académie Rainier-III, de la mairie de Monaco et de nos généreux • Vendredi 24 avril : soirée « tradition et modernité » avec donateurs, il nous a été possible d’internationaliser davantage nos Journées de la Guitare. Thierry Bégin-Lamontagne (guitare), le duo Denis-Pierre Parallèlement à la présence de Juan Carlos Laguna, du Mexique, qui nous a offert un moment de Gustin & Hugues Navez (flûte et guitare), et Pedro Soares récital ainsi que de très belles master class, nous avons pu mettre en place un projet d’orchestre & the Brussels Chamber Choir sous la direction de Helen international de guitares grâce à la mise en réseau de diverses grandes écoles européennes. Cassano. L’amitié a, dans ce cadre, bien facilité les choses, puisque Pia Grees (Allemagne, Suisse), Johan • Samedi 25 avril : finale du concours international « Nicolas Fostier (Belgique, Pays-Bas) et Giorgio Albiani (Italie), tous trois membres de mon quatuor Take Alfonso » (14 h) ; conférence sur Joaquín Turina par Julien Four Guitar Quartet, sont venus depuis leurs écoles respectives, avec une partie de leur classe Siguré (16 h 30) ; concert de Smaro Gregoriadou, puis du de guitare. Par ailleurs, dans le cadre d’un autre échange, nous avons pu compter sur la présence duo Anabel Montesinos & Marco Tamayo (20 h). de Martin Ackerman, ancien étudiant de l’Académie Rainier-III, aujourd’hui professeur au conser - • Dimanche 26 avril : spectacle pour les enfants (14 h) ; confé- vatoire de Chalon-sur-Saône, qui s’est lui aussi déplacé avec quelques-uns de ses étudiants afin rence sur Ida Presti par Isabelle Presti, Frédéric Zigante et d’étoffer l’orchestre. Julien Siguré ; concert de Four Over Music & Friends ; Lindsay Concrètement, un travail de préparation a été coordonné et mis en place au sein des diverses Lacroix, Chloé Hendryckx, Natacha Save, Simon Drachman, écoles depuis le mois d’octobre dernier. Le week-end a été un véritable challenge : tous sont Romain Guilhem jouent la musique de Claude Bolling pour arrivés à Monaco le jeudi soir pour être d’attaque en répétition dès le vendredi matin. Nous avons guitare et trio jazz ; Marina Bruno & dotGuitar Quartet ; Marina immédiatement été happés dans un tourbillon de répétitions d’orchestre et de musique de Bruno, Lucio Matarazzo, Piero Viti, Mauro Tamburrini et chambre, ainsi que de master class, savamment organisées dans un planning serré pour l’orga- Gianluca Allocca. nisation de quatre concerts sur deux jours rassemblant plus de 100 participants, dont près de • Lundi 27 avril : Nicolas Achten (théorbe et guitare baroque) ; 80 guitaristes – jusqu’à 45 à la fois sur scène ! Au-delà des étudiants et écoles internationales Roland Dyens. représentées, nos élèves de l’Académie Rainier-III et ceux des écoles environnantes avaient bien • Mardi 28 avril : ensemble de guitares du Conservatoire royal entendu répondu présents, soit près d’une cinquantaine de guitaristes, sans compter les choristes de Bruxelles sous la direction d’Hugues Navez ; duo Nadège et autres instrumentistes (violons, clarinette, harpe, vibraphone, etc.). Et je n’oublie pas les master Rochat & Rafael Aguirre (violoncelle et guitare) class dispensées par l’ensemble des invités, ainsi que la présence de six luthiers... Bref, une ren- www.bigfest.be contre extrêmement riche et un enthousiasme débordant tant de la part du public que del’ensemble de participants ! #68 Guitare classique • 7
NEWS
EN BREF
Antoine Payen donnera un stage de fingerpicking, CONCERT CARITATIF ragtime-blues les 23 et 24 mai « REPORTERS SANS FRONTIÈRES » à Sauveterre-de-Rouergue (Aveyron). Samedi 9 mai, CRR de Paris (8 e arr.) http://guitaretempo.free.fr Suite aux attentats de janvier dernier, la scène guitaristique française exprimera son Le label GHA réédite cette soutien pour la défense de la liberté de la presse. Cet évènement organisé par ParisGuitar Foundation, en partenariat avec le conservatoire à rayonnement régional de année le disque « Night and Day » Paris et le Pôle supérieur Paris - Boulogne-Billancourt, réunira dans une même soirée de Roland Dyens. des artistes prestigieux : Gérard Abiton, Valérie Duchâteau, Roland Dyens, Judicaël www.gharecords.com Perroy, Arnaud Dumond, Gabriel Bianco, Michel Haumont, François Sciortino, Éric Jérémy Jouve sera en concert Franceries, Rémi Jousselme, Emmanuel Rossfelder, Rafael Andia, Tania Chagnot et le 27 mai au Café de la Danse Jean-Baptiste Marino. (Paris) pour la sortie de son Une conférence de presse ainsi qu’une séance de dédicaces sera proposée avant nouvel album « Cavalcade », le concert. La totalité des bénéfices de la soirée sera reversée à Reporters sans frontières.www.facebook.com/parisguitarfoundation consacré à la musique de Mathias Duplessy. www.jeremyjouve.com En décembre dernier, le français Thomas Csaba a remporté un premier prix lors du JOURNÉES GUITARE concours international de guitare Du 15 au 17 mai, de Nagoya, au Japon. à Sainte-Maxime (83) Le lundi 11 mai, de 13 h à 19 h, C’est autour du concours « Takashi Iwagami » le CRD d’Aulnay-sous-Bois (dimanche 17 mai) que s’articuleront trois accueillera l’Italien Lorenzo concerts :• Vendredi 15 mai : Roxanne Radoux. Micheli pour une master class. • Samedi 16 mai : concert en hommage à Sting À découvrir : le nouveau disque par les élèves du conservatoire. de Yann Péran, « Autour du • Dimanche 17 mai : XIIe concours « Takashi Tango », dédié aux œuvres pour Iwagami » ; concert de Shin-Ichi Fukuda (pre- guitare seule d’Adrien Politi. mière partie de Carmen Martinez). Pascal Goze, professeur au © DR www.conservatoire-rostropovitch-landowski.fr CRR de Perpignan, vient de sortir un disque consacré à la ÉVÈNEMENT ! musique d’Amérique du Sud et LE LOS ANGELES des Balkans, « Hora Presta ». Valérie Duchâteau GUITAR QUARTET animera deux stages cet été : DE RETOUR EN FRANCE - du 19 au 24 juillet dans le cadre du festival de Patrimonio (Corse) Les 12 et 13 mai, à Bruges (33) aux côtés d’Antoine Tatich et • Mardi 12 mai : master class du LAGQ. Renseignements d’Éric Gombart ; • Mercredi 13 mai :au 06 77 32 64 28 et sur www.guitareenbordelais.com Concert du LAGQ à l’espace culturel Renseignements 06 03 62 36 76 Treulon de Bruges. Renseignements et réservations au - du 9 au 13 août à Cuxac- 05 56 16 77 00 Cabardès, (montagne Noire), © DR Shin-Ichi Fukuda dans le cadre du festival « Guitares à travers chants », aux côtés de Bernard Revel, CONCOURS GUITARE Christian Laborde et Michel CLASSIQUE #66 CONCOURS Fraisse. Renseignements: www. guitares-a-travers-chants.fr « ROLAND DYENS » ET FESTIVAL Du 19 juillet au 26 juillet, Les résultats DE FONTENAY- Jérémy Jouve enseignera Félicitations aux six gagnants qui ont remporté un dans le cadre de l’Académie exemplaire des « 100 de Roland Dyens », paru chez SOUS-BOIS des Cimes de Val-d’Isère. Les Productions d’Oz. Richard www.academiemusicale- Doisne (Montreuil-Juigné), (94) valdisere.com Claude Dubost (Barbotan-les- Samedi 23 mai et Le 38e stage et festival de Thermes) et Marc Labrouve (La dimanche 7 juin Ville-du-Bois) ont remporté le Ligoure se déroulera du 13 au volume 1 tandis que M. Gineau • Samedi 23 mai :guitare niveau professionnel. concours de 22 août. Il accueillera Eleftheria (Épinay-sur-Seine), Pascal • dimanche 7 juin : concours Kotzia, Michel Grizard et Lamothe (Vic-Fezensac) et jeunes talents (14 h) ; récital de Guillem Perez-Quer. M. Woltrager (Montigny-lès- Valérie Duchâteau et Antoine www.guitarenfrance.org Metz) ont reçu un exemplairedu volume 2. www.guit-arts94.jimdo.comTatich. 8 • Guitare classique #68
VENTE AUX
ENCHÈRES © Clément Follain
DE GUITARES
Samedi 11 avril, à Paris (9e arr.) L’hôtel des ventes de Drouot (9, rue Drouot, Paris 9e) accueillera le samedi 11 avril une vente aux enchères de guitares classiques et vintage – électriques et acoustiques –, ainsi que d’instruments à cordes pincées. Parmi les instruments les plus prestigieux du catalogue, on trouvera une guitare ro- mantique René Lacote (vers 1830) estimée entre 11 000 et 14 000 euros, une Manuel Ramírez (vers 1910) évaluée entre 12 000 et 15 000 euros, ainsi qu’une Domingo Esteso (1930) dont le prix devrait s’établir autour de 12 000 euros. Renseignements : 01 48 24 30 77 et www.drouot.com
CRÉATION
CONCERTO POUR GUITARE
DE JOHN SUPKO
Le mardi 12 mai, à Aulnay-sous-Bois (93) Jérémy Jouve assurera la création du concerto pour guitare L’Imitation du sommeil du compositeur américain John Supko, le mardi 12 mai prochain. Cette création aura lieu au terme d’une résidence au conservatoire d’Aulnay- sous-Bois et sera suivie d’un enregistrement en partenariat avec le dé- partement son du Conservatoire national supérieur de musique de Paris. La partie orchestrale sera assurée par l’ensemble Listen!, dont la direction artistique est assurée par Rafaël Carosi. Entrée gratuite. Renseignements : CRD d’Aulnay-sous-Bois, 12, rue de Sevran, 93600 Aulnay-sous-Bois. Tél. : 01 48 79 65 21 © DR Nicolas Sassot e
10 ÉDITION DU CONCOURS
DE GUITARE DE
MONTIGNY-LE-BRETONNEUX
(78) Les 23 et 24 mai Belle longévité de ce concours pour les guitaristes en herbe. Pour rappel, celui-ci est ouvert à tous les niveaux allant du 1 er cycle jusqu’à la fin du 3e cycle. Pour cette édition anniversaire, un concert sera donné par Nicolas Sassot, le directeur artistique du concours, le samedi 23 mai en l’église Saint-Martin de Montigny-le-Bretonneux. Le programme complet peut être consulté sur le site du concours. © DR http://concoursdeguitare.voila.net #68 Guitare classique • 9
INTERVIEW
PAR FLORENT PASSAMONTI
SÈbastien Vachez Six cordes à son arc Après « Valsez sur moi », paru en 2010, Sébastien Vachez revient sur le devant de la scène musicaleavec un disque sobrement intitulé « Chamber Music ». Le musicien nous fait découvrir Si les influences sud-américaines sont nombreuses, un hommage est également rendu aux maîtresses propres compositions en s’entourant d’un casting d’instrumentistes de haut vol.de l’impressionnisme français, Claude Debussy et Maurice Ravel. Rencontre. À quoi ressemblaient tes premières compo-sitions ? Comment présenterais-tu ce nouveau disque ? J’étais gamin lorsque j’ai composé pour la première C’est la première fois que j’enregistre un album saxophone, Fabien Packo au bandonéon, etc. fois. D’ailleurs, je ne gardais rien – c’étaient comme avec uniquement mes compositions. On y trouve Cela s’est fait tout naturellement car ce sont tous des improvisations que j’écrivais sur le papier – des choses que je n’avais pas encore eu l’occasion des gens avec qui j’avais déjà joué, mis à part le car, très souvent, ça ne me plaisait pas et ça partait un disque de musique de chambre autour de lade graver, tout du moins dans ces versions-là. C’est saxophoniste Denis Bardot, car je n’avais moi-même pas eu l’occasion de jouer sur scène ma quand même une que j’ai gardée, écrite à l’âge dedirectement à la poubelle ! [Rires.] Mais il y en a guitare, avec des formations très diverses : violon- Rhapsodie en laphone. Au départ, cette pièce était destinée à des pour ensemble de guitares et saxo- 11 ans environ. L’écriture était assez moderne,avec des dissonances, des choses archaïsantes – guitare, bandonéon-guitare, ensembles à cordes,deux guitares, etc. élèves de ma classe de guitare et un bon élève duconservatoire de Troyes. Quant à Fabien Packo, des quartes, des quintes. Ce n’était pas une mu-sique très tonale ! [Rires.] Plus jeune, j’avais joué Sur quels critères as-tu élaboré le casting d’artistes du tango argentin ensemble.le bandonéoniste, c’est un vieux compagnon deroute ; cela doit faire plus de quinze ans qu’on joue lesm’ont pas mal marqué. Études simples de Leo Brouwer qui, je pense, qui t’entourent ? On retrouve notamment OlivierPelmoine à la guitare, Sara Chenal au violon,Claire-Lise Bardot à la flûte, Denis Bardot au Tu as choisi la tarentelle, une danse d’origine 10 • Guitare classique #68
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la prise de son, le montage – tout l’aspect technique revanche, le look du guitariste, lui, est rajeuni. car il est quasiment ingénieur du son – et m’aider Maintenant je demande à voir ce qui sera produit à travailler dans de bonnes conditions car il sait par la suite. En ce qui concerne Thibault, je sais de quoi je suis capable. Il peut me dire que je peux qu’il s’intéresse à la musique moderne car, par le améliorer tel passage précis, ou bien qu’on a ce passé, il m’a commandé une pièce [Raga du soir, qu’il faut et qu’on peut arrêter. Grâce à lui, je tra- Productions d’Oz]. J’ai été sensible au fait qu’il ait vaille plus vite car je ne peux pas avoir seul un avis eu envie de jouer de la musique de compositeurs critique sur ce que je viens d’enregistrer, notam- actuels. Son premier disque chez Sony, consacré à ment s’il s’agit d’une prise en « re-recording », avec Scarlatti, aborde un répertoire qui a souvent été un casque sur les oreilles. Je m’appuie donc beau- joué. Peut-être aura-t-il l’occasion d’enregistrer des coup sur lui pour faire des premiers choix de pistes. choses plus modernes par la suite? [Thibault Cauvin En procédant de cette manière, on n’est pas obligés a depuis sorti « Le Voyage d’Albéniz ».] En tout cas, d’enregistrer des tas de prises et de tout réécouter l’image de la guitare reste la même depuis long- à chaque fois. temps. Il faudrait que ça change un petit peu, car ça n’a pas beaucoup évolué depuis les générations Lors notre dernière interview, tu me disais que précédentes emmenées par Lagoya, Yepes, etc. tu étais très attaché à l’esthétique sonore. En réalité, je me repose totalement sur Pierre Sur quelle guitare joues-tu ? Et quelles cordes uti- [Goliot] et Olivier Moyne, l’ingénieur du son. Je lises-tu ? n’ai pas d’exigence particulière car, sur cet aspect J’ai toujours ma guitare d’Olivier Fanton d’Andon. technique, ils le sont encore plus que moi. En re- Quant aux cordes, ce sont des Savarez Corum vanche, je suis très pointilleux sur le plan musical Alliance, en tension normale. et artistique, et Pierre aussi. Même Olivier pouvait me reprendre sur un passage, voire écarter une Le mot de la fin ? piste s’il y avait un problème de justesse. En octobre dernier, j’ai animé un stage de guitare à Colmar avec Gaëlle Solal, là où se tenait ancien- Ton disque est autoproduit… nement celui tenu par Roland Dyens. Par ailleurs, Jusqu’à l’étape finale du mastering, il s’agit en effet j’ai composé un quatuor pour guitares qui est ré- d’une autoproduction. Ensuite, les Productions cemment sorti chez Doberman-Yppan, et je suis d’Oz se sont chargées de l’aspect visuel, la fabri- en train de mettre la dernière main à une compo- cation et la distribution. Ils possèdent notamment sition assez originale pour guitare et marimba, leur propre machine à dupliquer les disques. Que une commande du duo Berimba. Quant à mon ce soit pour les partitions ou les disques, ils ne pro- prochain projet discographique, celui-ci va arriver duisent pas en grande quantité mais plutôt en très vite car j’ai prévu de rentrer en studio en fé- fonction des commandes qu’ils reçoivent. vrier 2015 avec la chanteuse Maria Fragkiadaki. Le programme sera consacré au compositeur grec « Chamber Music », déjà disponible Comment peut-on se procurer ton disque ? Mános Hadjidákis (1925-1994) et comportera www.sebastienvachez.com Depuis quelque temps, les Productions d’Oz se des arrangements de quelques-unes de ses chan- www.productionsdoz.com sont associées à la société de vente par correspon- sons arrangées par mes soins. dance DIAM Diffusion [www.diamdiffusion.fr], qui est devenue leur distributeur pour la France et toute l’Europe. Le disque est disponible depuis © DR octobre dernier. De quel œil vois-tu les choix artistiques de cer- italienne, pour rendre hommage à Maurice Ravel. taines grandes maisons de disques qui s’intéres- Pourquoi ? sent à la guitare classique en mettant sur le devant Il n’y a pas de raison particulière. D’ailleurs, ce de la scène de jeunes artistes comme Miloš n’est pas une vraie tarentelle. C’était simplement Karadaglić ou Thibault Cauvin ? mon inspiration, il ne faut pas spécialement y voir Concernant Miloš, j’ai surtout l’impression qu’on un lien. lui demande de jouer le grand répertoire. Il n’offre pas forcément une image rénovée de la guitare. En Quels adjectifs colleraient le mieux à ta musique ? Question très difficile ! [Rires.] Dans beaucoup de mes musiques, il y a des influences sud-améri- « J’étais gamin lorsque j’ai caines, mais pas seulement. On parlait à l’instant de Maurice Ravel, c’est vrai que lui et d’autres composé pour la première fois. compositeurs impressionnistes français ont eu une L’écriture était assez influence sur moi. moderne, avec des Comment as-tu travaillé avec Pierre Goliot, le dissonances, des choses directeur artistique de ce disque ? Quel a été son rôle précis ? archaïsantes – des quartes, En réalité, le terme de « directeur artistique » est des quintes –, etc. peut-être un peu fort car le choix du programme et de l’interprétation est le mien. Pierre me connaît Ce n’était pas une musique très bien : il peut à la fois avoir un avis très fin sur très tonale ! » #68 Guitare classique • 11
INTERVIEW
PAR VALÉRIE DUCHÂTEAU
« J’aime les mélodies qui touchent l’âme »
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12 • Guitare classique #68 Jean-Marie Raymond Aux origines L’un, Jean-Marie, a créél’autre, Valérie, a repris le flambeau en 2010. Cinq ans après cette passation de pouvoir,Guitare classique et a été sa cheville ouvrière pendant dix ans ; Valérie Duchâteau a invité Jean-Marie Raymond à retrouver les colonnes deRencontre amicale et musicale entre deux passionnés de guitare et de musique,Guitare classique. pour parler de la sortie d’« Anthologie », un ouvrage qui répertorie l’essentiel des œuvresde Jean-Marie Raymond et rappellera bien des souvenirs à nos fidèles lecteurs. Nous nous rencontrons à l’occasion de la sortied’« Anthologie » (Productions d’Oz). Peux-tunous en parler et quelle période de ta vie cela … chantante ! représente-t-il pour toi ?Parmi les pièces qui composent ce recueil, il y en Oui, chantante… Quelque part, je trouve du plaisirdans la mélancolie, quelque chose de très beau. Tu as raison. Je suis en fait très marqué par la mu- a que j’ai écrites il y a très, très longtemps, par Dans le romantisme allemand, on trouve un peu sique sud-américaine. Tu vois ce que l’on trouve exemplecompose, j’avais amassé dans mestiroirs de nombreuses pièces sans Jardin secret. Depuis que je l’idée de ne pas avoir quelque chose tout en sachant dans le tango argentin ? Eh bien, il y a une mé- que l’on ne l’aura jamais. Je ne sais pas si c’est ça lancolie terrible dans le tango !Outre l’influence de Villa-Lobos, on ressent dansta musique celle d’Astor Piazzolla, jamais trouver d’éditeur en France.Et un jour, j’ai eu la bonne idée decontacter Sylvain Lemay et parfois de Rodrigo Riera…Riera peut-être pas, mais Piazzolla des Productions d’Oz]posé mon travail. Il était débordé etil a fallu attendre pratiquement un à qui j’ai pro- [directeur c’est certain. Villa-Lobos m’a beau-coup marqué, Barrios aussi. D’ail-leurs, si je devais changer de nom, j’aimeraisForcément, quand tu as baigné là-dedans, c’est un langage que tu as m’appeler Barrios. an pour qu’il me demande de luienvoyer quelque chose. Il a tout desuite aimé ce que j’avais écrit et j’ai en toi, c’est normal qu’il en ressorte publié la quasi-totalité de mes pièceschez lui. des choses, un style. Comme lespeintres commencent par faire descopies de maître et, ensuite, acquiè- « Anthologie » contiendrait doncl’ensemble de tes compositions ?Pas tout à fait car il y a beaucoup © DR rent un style personnel. Suis-je ar-rivé à avoir un style ou pas ? Je nesais pas encore mais oui, certaine- de pièces pour musique d’ensemble qui ne s’y trou-vent pas. « Anthologie » comporte les pièces pourguitare seule. Sylvain a choisi d’assembler toutes qu’il y a derrière ma musique, en tout cas c’est vrai ment. Même si je suis marqué par ces musiques, par ordre alphabétique, y compris que je suis un homme assez mélancolique. J’aime En matière de style, je dirais que tu es un compo- tous ces gens qui m’habitent. les arrangements.À la lecture de tes arrangements ou de tes com- de la mélancolie ? Tout compte fait, oui, un petitpeu quand même…ce qui fait rêver. Mais je n’ai pas écrit que des piècesmélancoliques, quelques-unes sont plus enjouées,comme Jardin secret. Tu trouves que là aussi il y a siteur « chantant », que tu aimes la mélodie à laguitare.J’aime les mélodies qui touchent l’âme. Lorsque c’est positions, j’ai ressenti beaucoup de mélancolie.Jean-Marie Raymond serait-il un romantique ? C’est vrai, il y a dansà la Villa-Lobos. J’ai d’ailleurs retrouvé pas mal le cas, je les couche sur le papier. Si ça ne me touche d’influences sud-américaines dans tes composi- Jardin secret une mélancolie... qui, dans ma tête, leur ressemblent. C’est cela aussimes amis japonais, c’est que l’amitié que je ressens pas, je n’insiste pas. Je fonctionne uniquement de C’est sûr que je suis assez mélancolique sur le fond,mais ce n’est pas une mélancolie triste, c’est unemélancolie… tions. Je me trompe ? profondément pour eux me pousse à écrire des chosesqui me motive pour composer.cette manière. Si j’ai écrit beaucoup de pièces pour #68 Guitare classique • 13
INTERVIEW
Tu n’écris pas pour toi, tu écris pour les autres ? pièce qui s’appelle Souvenir de Cervera, non éditée ordinaire qui ne s’énervait jamais et t’expliquait Oui, oui, oui ! Trois fois, oui ! Écrire pour moi, chez d’Oz d’ailleurs. C’était, je pense, ma première cent fois les choses s’il le fallait. Quelqu’un pour non, cela ne m’intéresse pas… D’ailleurs, je ne me vraie pièce. Mais d’aussi loin que je m’en sou- qui nous ne pouvions avoir que du respect. suis jamais dédié une musique. vienne, j’ai toujours eu envie de griffonner de la Heureusement pour lui, il avait une épouse por- musique. tugaise, Maria, qui lui servait de rempart car c’était À quand remonte ta première composition ? un petit homme fragile. Si l’on voulait accéder à Je m’en souviens très bien. Cela remonte à Tu avais quel âge ? Emilio, il fallait passer par Maria et là, il fallait l’époque où Emilio Pujol organisait des stages Je devais avoir 18 ans. faire le siège, avoir des échelles assez hautes pour dans un petit village situé sur un piton, en plein grimper sur les remparts et pouvoir enfin s’intro- milieu d’une oliveraie énorme qui se trouvait entre Comment était Emilio Pujol ? duire dans la « citadelle Pujol ». Elle le protégeait Lérida et Barcelone. Trois ou quatre années de C’était un petit bonhomme « en sucre d’orge », vraiment comme un trésor. C’était drôle. Lui, il suite, je suis allé prendre des cours avec lui : ce fut d’une douceur ineffable, qui ne voulait jamais bles- donnait tout. Une fois, il m’a invité chez lui à une révélation pour moi. J’ai voulu lui dédier cette ser les gens. Un pédagogue d’une patience extra- Barcelone et a sorti la guitare de Miguel Llobet avec un petit résonateur en cuivre. J’ai eu la chance de jouer une fois sur cette guitare mythique, qui était très touchante, avec un joli son. Pour en revenir à ton recueil « Anthologie », existe-t-il des enregistrements des pièces qui le composent ? Quelques-unes sont enregistrées sur mon album « Aquarelles » (Productions d’Oz), sorti l’année dernière. Mais Bernard Cyrloud, un type extrê- mement doué qui n’a pas fait de la guitare son mé- tier – il est cardiologue – mais qui est très attachant d’abord et qui a un phrasé peu courant et une vé- locité naturelle, est tombé amoureux de mes pièces. Il en a enregistré la quasi-totalité – sauf les der- nières – et a fait deux CD que l’on peut trouver aux Productions d’Oz. C’est vraiment quelqu’un qui a contribué à faire connaître ma musique, tout comme Sylvain Lemay avec la distribution de ses © Joël Jégard éditions partout dans le monde. C’est une des rai-sons pour lesquelles je suis connu au Japon, beau- coup plus qu’ici ! JEAN-MARIE RAYMOND En dehors de Bernard Cyrloud, quels sont les ET ROLAND DYENS interprètes de ta musique ?Minoru Inagaki l’a beaucoup jouée et enregistrée. Complices depuis l’enfance D’ailleurs, lors de son dernier concert, peu de Lorsque j’ai arrêté de travailler pour Guitare classique, Roland Dyens m’a invité à jouer avec lui lors d’un temps avant qu’il nous quitte, il a joué deux ou concert. Cela m’a tellement électrisé que j’ai retrouvé toute la motivation pour jouer seul. Comme je n’avais trois de mes pièces. plus le magazine, j’ai investi tout le temps que j’avais en plus dans mon travail personnel. J’ai retravaillé beaucoup de technique : Pujol, Carlevaro, ce qui n’était pas facile, parce que ça me barbait d’avoir à refaire Et pourquoi n’avez-vous pas enregistré tes com- tout ce que j’avais fait plus jeune. Puis j’ai repris le répertoire et enfin décidé d’apprendre mes pièces ! Car positions en duo ? je ne les avais pas jouées auparavant ! J’avais eu le temps de les écrire mais pas de les apprendre vraiment Nous avons enregistré ensemble À la lumière de pour les jouer en concert. l’aube et Au loin vers le sud, que l’on peut trouver Roland et moi sommes des amis d’enfance, nous nous sommes connus quand il avait 13 ans. Nous avons sur l’album « Kizuna ». Il aimait beaucoup jouer fait les quatre-cents coups ensemble. J’ai d’ailleurs une anecdote super gratinée à raconter. Je devais avoir ma musique et lorsque je lui dédiais une pièce, il 19 ans et Roland, 13 ou 14. On s’adorait, on n’arrêtait pas de jouer ensemble. Mes parents étaient partis au se faisait un plaisir de l’interpréter en public. Portugal et mon père m’avait acheté une vieille Dauphine pour que je puisse me déplacer. Comme Roland et moi n’avions pas d’endroit pour travailler, on répétait la nuit dans ma Dauphine. Je ne sais pas si tu imagines : As-tu eu la chance d’entendre résonner sous ses deux guitares dans une Dauphine l’hiver où il faisait parfois – 10 °C... On jouait, on était gelés, et quand arrivait doigts la pièce que tu as dédiée à Roland Dyens ? 3 heures du matin, ça devenait insupportable, on n’en pouvait plus, donc on rangeait nos guitares. Non, je n’ai jamais eu cette chance. [Rires.] Puis, un jour, Roland me dit : « Écoute, j’ai un peu la trouille dans le noir, ramène-moi à la maison. – Bon OK, je te ramène chez toi », lui répondis-je. On arrive dans son escalier, la minuterie faisait tant de bruit que Pourquoi, alors que tu as eu une activité d’ingé- l’on n’osait pas l’allumer pour ne pas réveiller ses parents... Évidemment, il était venu en passant par la nieur du son, n’as-tu pas réalisé plus d’enregis- fenêtre de sa chambre qui était au rez-de-chaussée et il ne voulait surtout pas que ses parents sachent qu’il trements ? s’était fait « la belle ». Dans sa cage d’escalier, il y avait une rampe avec des barres métalliques verticales Ce n’est pas très commode de s’occuper de l’enre- en espalier. Comme il n’y avait pas de lumière, on y allait à tâtons. C’est alors qu’il se met la tête dans une gistrement et de se concentrer pour jouer… Et des barres et s’ouvre le crâne. Il pissait le sang... « Allons voir tes parents, tu ne peux pas rester comme ça, puis il y a aussi le manque de temps. Mais là, je lui dis-je. – Non j’ai la trouille. Allons voir la gardienne », me répondit-il. Cette dernière voit alors deux types suis en train de préparer un nouveau CD, tout seul. arriver, l’un qui avait la barbe (car j’avais déjà la barbe à l’époque), l’autre en sang, à 3 heures du matin... Elle s’apprête alors à appeler les flics, directement ! Voyant cela, on s’en va et on retourne dans l’escalier de Avec tes pièces publiées ? Cela semblerait logique… ses parents où nous sonnons. Je ne te dis pas l’accueil qu’ils nous ont réservé ! On s’est fait engueuler ! Je n’y avais même pas pensé, je ne suis pas un Mais qu’est-ce qu’on en rigole encore quand on se retrouve ! » homme d’affaires, ce n’est pas mon truc. Ce qui m’intéresse c’est écrire de la musique, en jouer et 14 • Guitare classique #68
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« Si je devais changer de nom, j’aimerais m’appeler Barrios » partager du temps avec mes amis. Je suis toujours car elle se représentait ce passionné de relations humaines avec les qu’elle allait écrire… C’était un peu un gens que j’adore. rituel. Ton œuvre compte combien de compo- Tu as joué sous la direction de Seiji sitions à ce jour ? Ozawa, qu’as-tu retiré de cette expé- Entre les pièces seules, celles pour guitare rience ? et quatuor à cordes, les duos, trios et les Alors ça, c’était une aventure ! J’étais quatuors, il doit y avoir entre 65 et 70 jeune, je n’avais jamais fait ça, c’était pièces. complètement éblouissant. Nous étions deux guitaristes pour jouer une sympho- Tu as reçu l’enseignement de grands nie de Gustav Mahler – la Septième, si noms de la direction d’orchestre et de la je me souviens bien – dans laquelle est composition, comme Désiré Dondeyne écrit un mouvement autour de la guitare. ou encore Yvonne Desportes. Peux-tu Arriver dans cette enceinte, dans cette nous parler de ta rencontre avec cette « arène » où il n’y avait que des bêtes fé- dernière ? roces de la musique, des violons super J’allais prendre mes cours chez elle, à Paris. pros de l’orchestre de Paris et nous, deux Elle avait sa maison dans une cour inté- p’tits guitaristes… Certains nous ont re- rieure près du Lion de Belfort [sculpture gardés de haut en ayant l’air de se dire d’Auguste Bartholdi], non loin d’Alésia. «C’est qui ces deux paysans ? » Jean-Marie Elle m’installait dans sa cuisine pendant Tréhard, un garçon que j’adorais – mal- qu’elle épluchait ses légumes. Quand je heureusement disparu –, et moi connais- faisais quelque chose qui ne lui convenait sions parfaitement notre partition. Nous pas, elle me disait : « Bon, tu me refais ça, avons dû jouer quatre ou cinq fois cette moi je fais ma soupe. » Et, à côté de moi, symphonie. À la fin de chacune des pres- elle épluchait ses carottes et ses patates. tations, Seiji Ozawa nous demandait de Mais c’était génial ! Elle avait apprivoisé nous lever pour être salués. Cela rabattait un mainate en liberté, il venait taper à la le caquet de certains musiciens de l’or- porte avec son bec pour avoir son morceau chestre. Ozawa est quelqu’un d’adorable, de chocolat journalier. C’était un person- de perspicace et d’une personnalité in- nage vraiment incroyable, une grande croyable. Il nous a expliqué plusieurs dame, une grande compositrice ! choses par rapport au fait que nous n’avions pas d’expérience de l’orchestre, C’était facile d’avoir accès aux cours notamment la façon dont nous devions d’Yvonne Desportes ? attaquer pour jouer : attendre que son Oui, c’était une femme d’une très grande bras remonte pour être synchrones avec simplicité et d’un grand naturel. Avant les violons ou les flûtes, car tout comme de composer une musique, elle peignait le piano, la guitare a une attaque verticale #68 Guitare classique • 15
INTERVIEW
n’était pas du répertoire habituel pour l’instrument, comme le concerto de Bach en mi. C’était d’un niveau que tout le monde ne pouvait pas atteindre, mais il y avait aussi des choses faciles. Il fallait qu’il y en ait pour tout le monde. Puis l’équipe s’est étoffée… Joël Jégard est venu me rejoindre puisque, après ces deux premiers numéros, j’étais prêt à entrer à l’hôpital tellement j’étais crevé, et je lui ai donné une partie des enregistrements à faire. J’ai gardé ma spécialité de la partie orchestre. C’était un bou- lot d’enfer ! Je réalisais toutes les bandes d’orchestre sur mon ordinateur, ensuite j’enregistrais la partie guitare en « re-recording ». On délivrait aux lecteurs la partie d’orchestre ainsi que la partie guitare afin qu’ils puissent s’entraîner. Sans parler du fait qu’il fallait bosser les pièces, quelquefois véloces, des concertos de Vivaldi comme celui en sol pour deux guitares, enregistrer une partie puis l’autre… Les gens étaient passionnés car on proposait aussi des pièces qui n’étaient pas du tout écrites pour guitare. De cette manière, ils avaient enfin accès à autre chose qu’au répertoire habituel. Pour chaque ma- gazine, j’écrivais aussi une pièce, plus ou moins facile ou plus ou moins difficile. C’est ce qui m’a fait produire énormément et c’est ce que nous re- trouvons dans mon « Anthologie » aujourd’hui. Le magazine a énormément contribué à me faire connaître, cela a été un levier important. Est-ce toi qui es à l’origine de la rubrique « Acous- « D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu envie tic corner », que l’on trouve toujours dans Guitare de griffonner de la musique » classique ? © DR Non. Disons qu’il y a eu des ajustements et des idées qui ont enrichi le magazine en discutant avec et immédiate. C’était le début de ma carrière, une semaine d’après. Ce que j’ai présenté lui a plu tout Thierry Frébourg, le pédégé du groupe Studio Press. très belle aventure, et cela m’a donné envie d’aller de suite. Ensuite, nous avons parlé business, de la De par leurs idées, Agnès Evrard et lui ont vraiment plus loin. quantité de travail que cela représentait. Nous beaucoup apporté à la guitare à cette époque-là. nous sommes mis d’accord très vite et c’est là que Pourrais-tu nous rappeler l’origine de la création l’aventure a commencé. J’ai travaillé sur le premier De qui est venue l’idée – complètement novatrice de Guitare classique ? numéro tout seul durant deux mois, cela repré- à l’époque pour le classique – de la tablature dans Cette aventure « Studio Press » a été pour moi un sentait vraiment un boulot énorme : interviews, Guitare classique ? peu comme celle de l’Orchestre de Paris : je ne enquêtes, enregistrement des pièces – et pas n’im- C’est venu d’eux parce que Guitar Part se faisait m’attendais pas du tout à ce que l’on me demande porte lesquelles… Il a vraiment fallu que je bosse comme ça. Personnellement, je n’y aurais jamais de faire un truc pareil. Je n’étais pas formé pour comme un malade ! pensé. ça, je n’avais jamais pensé à ce genre de choses. C’est Jean-Patrick Voindrot, jazzman, qui est venu Peux-tu nous rappeler les pièces ainsi que la cou- Est-ce que cela t’a gêné au regard de ton milieu me voir alors que j’étais à l’époque directeur de verture de l’époque ? professionnel ? conservatoire et lui, adjoint : « Studio Press veut Il y a eu deux premiers numéros : un hors-série et Non, parce que je me moque de mon image pro- monter un journal sur la guitare classique, le pédégé un no 1. J’ai tout réalisé seul… Il y avait des pièces fessionnelle. Par contre, pour ce qui est de la com- voudrait te rencontrer ». Il faut savoir qu’à côté de que je voulais enregistrer et qu’il a fallu que je bosse préhension de la musique, cela m’a un peu gêné. ça, ils avaient déjà Guitar Part et plein de maga- à nouveau à fond, car je ne les avais plus dans les Avec une partition, tu peux entendre sonner la zines concernant la musique. Alors nous y sommes doigts. Je finissais par avoir des cloques. En plus, musique alors qu’avec une tablature, c’est un peu allés, je partais vers l’inconnu… Et je rencontre à l’époque, je n’avais pas vraiment de matériel de plus difficile quand tu n’as pas l’habitude. ce monsieur qui m’explique : « Je voudrais faire un prise de son, j’ai donc dû me débrouiller avec des magazine qui fasse la vulgarisation de la guitare clas- bouts de ficelles et mon vieux PC. C’était une ga- Pour te rejoindre, je dirais que le solfège est la sique car elle est trop dans un ghetto, c’est un truc de lère pas possible ! Mais j’y suis arrivé, j’ai proposé réalité musicale et que la tablature est la réalité spécialiste et ce n’est pas bon. Je voudrais faire quelque le boulot et ça a plu. On a sorti le premier numéro, du guitariste… chose qui s’ouvre à tous, y compris au petit guitariste qui a eu de bons retours immédiatement. C’est exactement ça. C’est aussi pourquoi il a fallu qui est dans son coin. Préparez-moi un plan et son que je me remette en question. Thierry Fribourg contenu pour sortir un magazine ultra-pédagogique Il y avait déjà des pièces avec orchestre, n’est-ce m’avait prévenu : « De toute façon on n’a pas le choix, sur la guitare classique ». Il avait cette vision-là. pas ? il faut mettre la tablature, sinon on perd trois quarts L’idée de faire des pièces pour guitare et orchestre des lecteurs. » Il y avait là une vérité toute crue et Et tu as accepté ! a beaucoup plu parce que cela rendait les choses complètement matérielle. Il fallait la respecter et J’ai travaillé et réfléchi comme un dingue sur dif- abordables techniquement pour les guitaristes qui cela ne m’a pas posé plus de problème que cela. férents concepts et je suis arrivé avec mon plan la ne pouvaient pas les jouer d’habitude. Et puis ce C’était une nécessité. 16 • Guitare classique #68 peut vivre ici : doux, pacifiques dans les relations au quotidien, avec un grand respect entre eux. C’est un pays que j’adore, où les artistes ont une vraie re- connaissance. Je remercie ce peuple pour ce qu’il m’a fait découvrir. Tu as fait un disque en 1982 avec Minoru Inagaki. Ne regrettes-tu pas de n’en avoir fait qu’un ? Il a été remis au goût du jour car nous y avons ajouté quelques pièces solos. Malheureusement, Minoru, qui était venu passer son prix du CNSM à Paris dans les années 1980 et qui est resté un certain nombre d’années en France, a dû retourner au pays pour s’occuper de « Anthologie » (Productions d'Oz), déjà disponible ses parents âgés. J’en ai pleuré ! C’est pourquoi notre duo, qui était à mon avis très prometteur, que j’adorais et Maintenant que tu n’as plus Guitare qui avait nécessité un gros investisse- classique qui t’a occupé presque à plein ment, ne s’est pas développé davantage. temps durant dix ou onze ans, tu peux C’est grâce à lui que je suis allé au Japon développer ton travail sur scène. Peux- et que j’ai vécu toutes ces aventures, tu nous parler de ta nouvelle vie ? jusqu’à ce que le luthier Jun Nakano de Ma vie a souvent été faite de choses aux- Matsumoto vienne même m’offrir une quelles je ne m’attendais pas. Comme guitare en arrivant à Tokyo ! aujourd’hui où tu m’invites dans les co- lonnes de Guitare classique, un magazine Quels seraient tes derniers mots pour que j’ai à cœur et avec lequel j’ai une conclure cet entretien ? histoire très étroite… On parlait de quoi Faire de la musique pour moi a toujours au fait ? été naturel, j’ai grandi dans un univers où la musique était une manière de Je souhaitais juste que tu dises aux lec- vivre. Ma grand-mère était chef d’or- teurs de Guitare classique qui t’ont suivi, chestre – ce qui était rare à l’époque – qui t’aiment, qui ont envie de te voir, et aussi pianiste, une super pianiste. qu’ils peuvent maintenant te retrouver Ma mère adorait la musique et chantait sur scène, ce qui n’était pas tout à fait le très souvent. Quant à mon père, il ac- cas lorsque tu étais trop pris par le ma- compagnait des chansons à la guitare. gazine ? Il n’était pas professionnel mais il
aimait Eh bien, il faudra parfois qu’ils aillent loin bien ça. J’ai donc toujours rêvé d’être pour m’écouter… En France, cela arrive musicien, rêvé de diriger de la musique, de temps en temps mais je joue davantage de la jouer. Faire de la musique, pour à l’étranger. Au Japon, par exemple, j’ai moi, était tout naturel et je remercie la vécu une aventure extraordinaire. J’y ai vie de m’avoir fait ce cadeau. été invité par mon ami Minoru Inagaki qui a organisé ma venue avec plusieurs Jean-Marie Raymond sera en concert le concerts et master class. Là-bas, j’ai eu la 28 mars à la basilique de Longpont-sur- révélation d’un pays, d’une culture et de Orge (91) gens qui sont à l’opposé de ce que l’on http://jean-marie.raymond.im Jean-Marie Raymond et Minoru Inagaki © Bastien Burlot #68 Guitare classique • 17
INTERVIEW
PAR FLORENT PASSAMONTI
Duo Bensa-Cardinot Cordes et âmes Composé d’Olivier Bensa (guitare) et de Cécile Cardinot (guitare ou chant), le duo Bensa-Cardinot vientde sortir son deuxième album, « Doïna », consacré à la musique classique d’inspiration populaire. d’Antonio Carlos Jobim et Luis Bonfá, ainsi qu’une poignée de compositions signées Olivier Bensa.Au programme : Astor Piazzolla, Manuel de Falla, Nonato Luiz, Gerardo Tamez, mais aussi le BrésilRencontre avec les deux protagonistes. 18 • Guitare classique #68 © DR Olivier :huit ans. C’était une élève comme on adore en On s’est rencontrés il y a environ dix- avoir. Elle aimait énormément la musique, était sensible et avait déjà une sonorité. Elle ne travaillait pas énormément, mais elle était très douée et très musicienne. À chaque audition, on jouait en duo – je jouais aussi avec les autres. Lorsque Cécile a eu 18-19 ans, très naturellement on a formé ce duo. Elle jouait déjà vraiment bien. Olivier, ce nouveau disque s’appelle « Doïna », c’est aussi le nom d’une de tes compositions pour « En France, il n’y a pas deux guitares. Pourquoi ce choix ? vraiment de musique Olivier :roumaine qui peut être jouée ou chantée. C’est le La doïna est une complainte d’origine populaire, à la différence genre musical le plus répandu dans le milieu po- de l’Espagne, du Brésil pulaire romain et moldave. Il peut exprimer énor-mément de choses : la rage, la joie, etc. Doïna est ou de l’Argentine, qui sont un morceau phare du disque que j’ai écrit il y a un d’une richesse incroyable » peu moins d’un an. Olivier Bensa As-tu des attaches avec la culture roumaine ? © DR Olivier : Pas du tout, mais j’aime beaucoup écrire je continue à la jouer. C’est un instrument sans dans des styles en ayant des « contraintes ». J’ai marque, mais ce n’est pas impossible qu’elle ait trouvé que la doïna, très influencée par la musique été fabriquée par Jacques Camurat, qui était luthier klezmer et tsigane, collait bien à la guitare ; j’avais dans un magasin de la rue de Rome, à Paris. envie d’explorer cet univers. En France, il n’y a pas vraiment de musique populaire, à la différence Les arrangements sont crédités du duo Bensa- de l’Espagne, du Brésil ou de l’Argentine, qui sont Cardinot. Comment réalisez-vous ce travail ? d’une richesse incroyable. Du coup, je suis allé Cécile : On choisit les pièces ensemble. S’il s’agit puiser là-bas. Dans le disque, j’ai aussi écrit une d’une partition de piano, il m’est arrivé de transposer petite suite d’Amérique du Sud avec un chôro, un la première voix à la guitare et Olivier fignole. tango, etc. Olivier : C’est comme ça qu’on a fait pour Liber- tango. C’est en jouant qu’on modifie et qu’on ar- Comment composes-tu : à la table ou avec ta range les pièces. Souvent, je fais une partition brute guitare ? et, dans un second temps, on apporte tous les deux Olivier : Plutôt avec ma guitare. nos idées. Ça se fait vraiment à deux. Cécile : Avec la petite guitare que tu as eue à tes 10 ans. C’est un instrument magnifique qu’on Quel est le point commun entre toutes les pièces croirait appartenir au XVIIIe siècle. présentées dans ce disque ? Olivier : Cécile parle d’une petite guitare d’étude Olivier : C’est la musique classique d’inspiration qui m’a été choisie par Pedro Soler, qui était un populaire avec la même démarche qu’un Manuel ami de ma mère. Quand j’ai commencé la guitare, de Falla, Astor Piazzolla, Béla Bartók, etc. je me suis tout de suite lancé dans la composition, Modestement, lorsque j’écris une doïna, je pense j’ai été autodidacte pendant longtemps. J’ai com- à de la musique élaborée dite « classique » mais CADEAU mencé sur cette guitare-là et, aujourd’hui encore, avec des racines populaires. Guitare classique vous offre dix exemplaires du disque du duo Bensa-Cardinot, « Doïna ». Pour participer, envoyez-nous un e-mail © DR avec vos coordonnées en précisant l’objet « Concours Bensa-Cardinot » à l’adresse sui- vante : guitareclassique@editions-dv.com. Les gagnants seront désignés par tirage au sort. Bonne chance ! Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre duo? Cécile : J’ai commencé la guitare à 7 ans et demi au conservatoire de Rungis, où Olivier enseignait. Je me situe dans la lignée de son jeu. Avec le temps, on s’est mis à jouer ensemble car on pensait la mu- sique de la même façon. Le duo est né profession- nellement en 2008 et notre premier concert a eu lieu en 2009. Auparavant, j’ai obtenu un DEM [diplôme d’études musicales] en solfège à Agen et un autre en guitare dans la classe d’Isabelle Chomet, à Saint-Quentin. #68 Guitare classique • 19
INTERVIEW
On connaît bien la plupart des compositeurs du disque (Piazzolla, Jobim, Falla), mais un peu OSCAR CÁCERES par Olivier Bensa moins le travail du compositeur et guitariste bré- « C’est un musicien avant tout et pas un théoricien de la guitare. Je n’ai silien Nonato Luiz, ainsi que celui du Mexicain jamais vu quelqu’un qui déchiffrait aussi bien, il était boulimique de mu- Gerardo Tamez. Que pouvez-vous me dire sur sique. C’est lui qui m’a fait découvrir le répertoire car nous avons travaillé ces deux derniers ? énormément de pièces. Ses cours étaient très laconiques : il montrait Olivier : J’ai connu Nonato Luiz, c’est un très bon les choses plutôt qu’il ne les expliquait. Quelle que soit la partition qu’il guitariste brésilien du Nordeste et aussi un ami © DR posait sur le pupitre, il la jouait et on était assez ébloui. Il avait un son, de Pedro Soler. Je l’ai rencontré il y a vingt ans. Il était très rigoureux rythmiquement et dans son approche en général. Concernant la technique, on était un m’avait laissé un recueil de partitions, avec une peu perdu car, contrairement à d’autres professeurs qui étaient très organisés – je pense à Alexandre Lagoya douzaine de pièces magnifiques, qu’il avait édité qui m’a apporté des choses très précises –, lui ne donnait aucun exercice. Leo Brouwer disait qu’il était un lui-même au Brésil. Plus tard, j’ai voulu qu’elles guitariste du XIXe siècle – ce qui n’est pas faux, mais pas d’un point de vue esthétique – car il avait une approche soient éditées chez Henry Lemoine, mais les frères très conservatrice : il y avait la musique classique et puis c’était tout. On était fasciné par son personnage. » Assad avaient déjà une collection à leur nom. Légitimement, ils ont édité une petite suite de trois pièces de Nonato qu’ils ont remaniée un peu. Olivier : L’idée de ce premier disque était aussi salle que nous prêtait la mairie. C’est devenu na- Sur le disque, on joue la partition qu’il m’avait de montrer que Cécile chantait. Parfois, on nous turellement notre site Internet car j’ai arrêté d’en- donnée à l’époque. a reproché d’avoir un programme un peu trop seigner par ce biais. Aujourd’hui, je suis chef de varié. Dans un sens je comprends, mais on est chœur dans deux villes des alentours. contents de l’avoir fait. Maintenant, c’est vrai que Olivier : Quant à moi, je dispose d’une retraite de c’est agréable d’avoir réalisé un disque plus uni- professeur. Auparavant, j’étais titulaire du certificat forme et homogène. d’aptitude. On fait aussi pas mal de concerts, et on vend nos partitions et disques via notre propre Cécile, la singularité de votre duo tient au fait maison d’édition, Les Disques Rouges. que tu laisses parfois la guitare de côté pour chan- ter en te faisant accompagner par Olivier. C’est Sur quelles guitares jouez-vous ? le cas sur cinq titres de ce disque. Te sens-tu plutôt Cécile : Je joue sur une guitare du luthier hollandais guitariste ou chanteuse ? Otto Vowinkel que j’ai achetée en Espagne. Elle Cécile : C’est une question difficile car je ne pour- me convient bien car c’est modèle assez léger. En rais me passer d’aucune de ces deux disciplines. jouant avec Olivier, qui utilise une guitare austra- En tout cas, je sais qu’il faut que je me perfectionne lienne de Zbigniew Gnatek, avec une forte pro- dans les deux domaines. Et puis il m’arrive aussi jection sonore, j’ai développé un jeu un peu plus de faire de la percussion. En concert, le public re- en force. tient principalement les chansons et les compo- Olivier : Avant la Gnatek, je jouais sur une Fleta sitions d’Olivier. que j’ai encore. Aujourd’hui, nos guitares – toutes deux en red cedar – s’entendent bien car elles ont des qualités sonores semblables. Comme Cécile, « Dans notre premier disque, j’ai aussi pensé m’acheter une Vowinkel. Pour on se cherchait, on ne savait l’accompagner au chant, j’emprunte souvent lasienne… pas encore vers quel genre on www.guitaresenbois.com voulait se diriger. À l’inverse, © DR dans “Doïna”, on a voulu se © DR Et concernant Gerardo Tamez ? Olivier : Je l’ai connu par l’intermédiaire d’Oscar focaliser sur l’un des styles Cáceres, qui a été mon professeur à l’Université qu’on avait déjà développé » musicale internationale de Paris pendant cinq ans. Cette école n’existe plus aujourd’hui. Tamez a Cécile Cardinot écrit beaucoup de pièces pour ensemble de guitares. Au Mexique, c’est quelqu’un de très reconnu. Dans quelles conditions a été enregistré ce disque ? Comment ont été placés les micros ? Olivier, tu as fait le CNSM de Paris avant de Olivier : Nous avons travaillé avec Laurent suivre les cours d’Oscar Cáceres, n’est-ce pas ? Pélissier, qui est preneur de son. On a enregistré Olivier : Oui, j’ai d’abord travaillé avec Alexandre dans une petite église près de chez nous, ça a duré Lagoya au CNSM. Ça s’est passé un peu bizar- quatre jours sachant que le premier jour a servi à rement mais c’est avec lui que j’ai commencé. l’installation. Cécile : Nous avons utilisé quatre micros : deux En quoi ce deuxième disque se distingue-t-il du devant les instruments et deux autres plus éloignés. précédent, « Récital : de Dowland à Piazzolla » ? Cécile : Dans le premier, on se cherchait, on ne Quel est l’objectif de votre association Guitare savait pas encore vers quel genre on voulait se di- en bois, qui fait également office de site Internet riger. À l’inverse, dans « Doïna », on a voulu se pour votre duo ? focaliser sur l’un des styles qu’on avait déjà déve- Cécile : Le but initial était de promouvoir la guitare loppé dans « Récital : de Dowland à Piazzolla ». classique dans notre région [le Lot, Midi-Pyrénées] On espère enregistrer un disque dans chacun des au travers de cette association, et aussi pouvoir styles. donner des cours de guitare et de solfège dans une 20 • Guitare classique #68 Le salon des Luthiers
JOCELYNE ERKER
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SAGAPAR YVES DUCHÂTEAU
chauffe ‡ blanc les ruesautant que ce soleil qui ´ Rien ne míintÈresse Ètroites de Grenade. comme ce serait beau ªfaire une musique, Si on pouvait en
ISAAC ALB…NIZ
Chantre de líEspagne Èternelle ´ Ce que cinq compositeurs ont fait pour la Russie, un seul homme suflíEspagne : Isaac AlbÈniz. ª Gabriel FaurÈ. fit ‡ le rÈsumer pour La musique pour piano díAlbÈniz a toujours trouvÈ un Ècho favorable auprËs desguitaristes. En tÈmoignent ses piËces le rÈpertoire pour guitare duGuitare classique revient sur le parcours de ce pianiste qui a marquÈ de son empreinteAsturias, Granada, Sevilla, C·diz et bien díautres. Ce texte a ÈtÈ publiÈ pour la premiËre fois dans XXe siËcle. Guitarist Acoustic Classic no 6, avril-juin 2009. Dans son costume de velours, col et manchettes de dentelle, un Ètrangeenfant suit rÈsolument la voie ferrÈe vers la gare prochaine. Au loin, lesmonts de la Sierra de Guadarrama barrent líhorizon sous la lumiËreALB…NIZ, LíINSPIRATION VAGABONDE mais ce níest pas un larron, cíest un enfant musicien qui a dÈcidÈ de síaf-franchir de la tutelle paternelle. Est-il lassÈ díÍtre traitÈ comme un phÈ- dure de ce 24 novembre 1870. Il a 10 ans et, pour tout bagage, son via-tique et un carnet volumineux tout plein de belles signatures quíil serrecontre son cúur. Du picaro, il a le go˚t de la libertÈ et líesprit dí‡-propos, Mozart revenu sur terre ª, se sent-il brimÈ par líenseignement duConservatoire de Madrid o˘ il est entrÈ au dÈbut de líannÈe ? Ce níestsans doute pas pour un motif futile que ce gamin a quittÈ sa famille, sanomËne de cirque ? Pendant trois ans, son pËre lía exhibÈ en tous lieuxde la Catalogne. Ce jeune prodige, en qui certains voient ´ le jeune 22 • Guitare classique #68 mËre quíil aime tendrement et ses súurs, Clementina En janvier 1867 est prise la dÈcision díinscrire surtout, qui lui a donnÈ ses premiËres leÁons de piano Isaac au concours díentrÈe du Conservatoire de Paris. quand il avait ‡ peine 2 ans. Le jeune prodige se prÈpare aux Èpreuves avec le Aux questions pressantes du maire de líEscorial, trËs sÈrieux et renommÈ AndrÈ-FranÁois Marmontel, ÈtonnÈ de voir dans son compartiment ce jeune gar- stupÈfait du passÈ pianistique de cet enfant de 6 ans. Áon solitaire et sÈrieux, líenfant rÈpond avec candeur En neuf mois, le maÓtre juge son jeune ÈlËve apte ‡ quíil va donner des concerts pour aider sa famille, passer les Èpreuves. Le jury, impressionnÈ, dÈlibËre son pËre Ètant malade et sans emploi : « Je suis pianiste pendant que líenfant, s˚r de son fait, laisse Èclater et compositeur. » Son carnet de recommandations sa joie en lanÁant sa balle contre une vitre qui se brise convainc líalcade de lui organiser un concert pour ñ second coup díÈclat qui conforte les doctes profes- payer son billet de retour ‡ Madrid. Mais au lieu de seurs dans leur pensÈe intime. Ce laurÈat est trop rentrer chez lui, líenfant prend la direction opposÈe. jeune. Il a brillamment satisfait aux Èpreuves mais Au cúur mÍme de la Castille, dont les accents on líajourne, lui laissant deux annÈes pour m˚rir. líinspireront si fort plus tard, ce gamin de 10 ans en- tame une tournÈe incroyable, díAvila ‡ Salamanque, Lí…PREUVE DE LA SC»NE de Zamora ‡ Valladolid et Burgos. Pour ajouter au De retour en Espagne, ¡ngel AlbÈniz perfectionne romanesque de cette aventure, il ne manque mÍme Le piano des premiËres notes díIsaac AlbÈniz. la prÈsentation du jeune prodige. Dans son costume pas ‡ ce roman picaresque líattaque de la diligence de velours noir, líenfant maintenant salue son public, sur la route díAvila ‡ Toro : le jeune pianiste est dÈpouillÈ de ses premiers pieds en Èquerre et main sur le cúur, et líon se presse en fin de concert gains. Cependant, les brigands cËdent ‡ ses supplications et lui laissent pour transcrire les Èloges Èmus sur son livre díor. Il est cÈlËbre en son prÈcieux carnet de recommandations. AlertÈ par un Ècho de presse, Catalogne ; ‡ Barcelone, la fanfare de la garnison joue sa premiËre don ¡ngel AlbÈniz fait revenir le fugueur au foyer. Avoir go˚tÈ ‡ líivresse úuvre, Marcha militar, dÈdiÈe au vicomte de Bruch, le gÈnÈral Juan de la libertÈ, au vertige de se sentir son seul maÓtre dans sa vie comme Prim, ‡ la tÍte du coup dí…tat du 17 septembre 1868 qui chasse, pour dans son art, va donner au jeune musicien une confiance inÈbranlable un temps, la reine Isabelle II du trÙne díEspagne. en lui et en son destin. La rÈussite de son protecteur favorise la carriËre dí¡ngel AlbÈniz, et la famille síinstalle líannÈe suivante ‡ Madrid, o˘ le jeune Isaac CAMPRODON accroÓt son rÈpertoire et son rythme de travail. En plus des dix heures Isaac Manuel Francisco AlbÈniz est nÈ le 29 mai 1860 ‡ Camprodon, de travail que lui impose son pËre, líenfant trouve encore líÈnergie suffi- dans la province de GÈrone, au pied du col díAres qui marque la frontiËre sante pour aider aux dÈpenses de la famille en jouant dans les cafÈs de avec la France. Sa mËre, DolorËs Pascual, est nÈe ‡ Figueres, líune des la capitale. Quand il en a le temps, il se plonge dans la lecture des terres les plus authentiquement catalanes. Son pËre, don ¡ngel, admi- romans díaventures. Tel est le passÈ du jeune pianiste que nous avons nistrateur des douanes et basque díorigine, Ètait un homme cultivÈ, au- vu partir ‡ líaventure sur les routes de Castille le jour de la Sainte-CÈcile, dacieux et aux idÈes progressistes, engagÈ politiquement dans une pÈriode en 1870. Quelques mois aprËs son retour, líenfant reprend son errance, de guerre civile larvÈe, aux cÙtÈs du gÈnÈral Prim, auteur díun coup sillonnant avec ivresse líAndalousie dont il síimprËgne des rythmes et d'…tat qui conduira ‡ líÈtablissement ÈphÈmËre díune rÈpublique. La des couleurs : Grenade, Malaga, SÈville, Cordoue, jusquí‡ Cadix o˘ il carriËre dí¡ngel AlbÈniz sera donc liÈe aux vicissitudes de la vie politique. embarque pour ne pas Ítre repris par son pËre, une fois encore alertÈ Ainsi, quelques mois aprËs la naissance díIsaac, la famille síinstalle ‡ par la presse. Barcelone ; gr‚ce ‡ líintervention de Prim, ¡ngel AlbÈniz est nommÈ au Novembre 1872, le vapeur EspaÒa lËve líancre vers le Nouveau Monde. centre des impÙts de la capitale catalane. Jamais AlbÈniz níoubliera le ¿ son bord, le jeune pianiste clandestin enchante les passagers. Leur village qui lía vu naÓtre et o˘, fragile nourrisson, il aurait d˚ perdre la gÈnÈrositÈ pour prix de ses concerts permettrait de payer le voyage, vie. Tout au long de son existence, il Èvoquera son mais, lÈgaliste, le capitaine le dÈbarque ‡ la premiËre Camprodon blotti entre ces montagnes quíil viendra escale, Buenos Aires. Líerrance devient une redou- rÈguliËrement arpenter avec ses amis ; jamais il ne table Èpreuve, jamais cependant le chÈtif ÈmigrÈ de reverra la nourrice qui lui avait permis de survivre, 13 ans ne perdra foi en son destin. Pendant de nom- quíil tentait de retrouver ‡ chacune de ses visites. breux mois, ses concerts sont apprÈciÈs en Argentine, Isaac est le dernier nÈ et le seul garÁon des quatre en Uruguay et au BrÈsil. Mais ce si jeune homme, enfants du couple. Ses súurs ont toutes une grande seul et sans papiers, dont parle la presse ne peut pas sensibilitÈ artistique : Clementina, líinstrument du laisser les services de police indiffÈrents. destin, Enriqueta, la littÈraire et Blanca, qui se rÍve Il retrouve líEspagne en septembre 1873, en pleine cantatrice. La mËre et ses trois filles síÈmerveilleront guerre civile, quíil parcourt cependant du nord au des dons de líadorable bambin. Il passe des heures sud, jouant indiffÈremment pour líun et líautre camp. devant son piano. Pragmatique, le pËre voit le parti Au printemps 1875, il repart pour Porto Rico et quíil peut tirer des dons de son fils. Le tout Barcelone Cuba. ArrÍtÈ ‡ líissue díun concert triomphal ‡ dÈcouvre alors au thÈ‚tre Romea un tel prodige que Santiago de Cuba, il est transfÈrÈ ‡ La Havane o˘ líon croit díabord ‡ une supercherie. Le destin díIsaac il est remis aux mains de líinspecteur gÈnÈral des est scellÈ : il a 4 ans, il se consacrera exclusivement douanes AlbÈniz, son pËre, nommÈ l‡ par la toute ‡ la musique et dÈveloppera ses dons sous la conduite jeune RÈpublique
! de Narciso Carreras, son premier professeur. Pour La force de conviction et de caractËre de líado- le reste, cíest en voyant son nom sur les affiches an- lescent m˚ri par les Èpreuves fera flÈchir la volontÈ nonÁant ses concerts quíil apprendra ‡ lire. paternelle : « Tu veux ta liberté ? Eh bien, je te la donne. » Isaac AlbÈniz ‡ 13 ans, en 1873. #68 Guitare classique • 23
SAGA
Enfin son propre maÓtre, Isaac AlbÈniz part chercher ArbÛs, AlbÈniz et Rubio ‡ Bruxelles, vers 1878. CHANTS DíESPAGNE fortune en AmÈrique du Nord ; ce sera la pÈriode Dans le foisonnement des compositions, il faut síar- díerrance la plus redoutable ‡ affronter, indispen- rÍter aux recueils ÈditÈs vers 1886, qui contiennent sable sans doute pour que líadolescent prenne des piËces Ècrites souvent antÈrieurement. Prenant conscience quíil Ètait arrivÈ au bout de ses dÈcou- conscience du caractËre Èminemment espagnol de vertes, quíil Ètait temps de prÈparer líavenir et de son inspiration, AlbÈniz donne ‡ ses úuvres le nom traduire en musique tout ce quíil portait en lui. Dans de villes ou de provinces, de danses ou de fÍtes de les beuglants du port, il lui faut multiplier les jon- son pays. La ´ Suite espagnole no 1 ª est certainement gleries pour satisfaire le fruste public Yankee. Jouant líune de ses plus grandes rÈussites. Dans les huit dos au clavier, le jeune pianiste virtuose devait se piËces du recueil, cíest líEspagne profonde quíil sentir bien humiliÈ de ces pitreries, qui lui permet- chante : une transcription stylisÈe du flamenco dans tent cependant díassurer le quotidien. Granada, Sevilla, Cádiz et mÍme Asturias, la jota díAragon, ou, hommage ‡ sa province natale, la sar- PIANISTE DE LA REINE DíESPAGNE dane de Cataluña. Enfin, la danse indolente et lascive En juin 1877, il revient en Espagne, fatiguÈ de courir qui avait vivement impressionnÈ le jeune fugueur, le le monde et de se produire sur scËne. Il nía plus capricho de Cuba. Bien souvent, par le rythme et les quíune idÈe : composer, mettre en musique le monde En juin 1877, il revient effets sonores, cíest le chant de la guitare que líon quíil porte en lui. TrËs vite, il sait síen donner les en Espagne et nía plus croit entendre, au point mÍme de penser quíil síagit moyens : dËs son retour des …tats-Unis, il se rend quíune idÈe : composer, díune transcription pour piano. Cíest sans doute quelques mois ‡ Leipzig pour Ètudier la composition Asturias qui en offre líexemple le plus accompli ; auprËs des maÓtres de líÈpoque, Jadassohn et Reineke. mettre en musique le díun bout ‡ líautre, cíest la guitare qui parle. On Mais il lui faut líindÈpendance matÈrielle, alors il monde quíil porte en lui retrouve Asturias sous le nom de ´ Leyenda ª dans níhÈsite pas ‡ se prÈsenter au comte Morphy, secrÈ- le recueil de la mÍme annÈe : ´ Souvenirs de taire particulier du roi Alphonse XII, et obtient une pension qui lui per- voyage ª, et vers 1893 ce sera le Prélude du recueil ´ Chants díEspagne ª. mettra díentrer au Conservatoire de Bruxelles. ¿ 18 ans, celui qui nía Ce changement de titre signifierait-il trois publications diffÈrentes ? Cíest jusquí‡ prÈsent connu que líÈcole de la vie doit se plier aux normes díune peut-Ítre l‡ une revanche díAlbÈniz sur des Èditeurs qui ont si souvent formation disciplinÈe et rÈguliËre. Il níest certes pas inculte, lecteur avide, sous-estimÈ la valeur de ses compositions. Et cette remarque síapplique maÓtrisant cinq langues, sensible ‡ toutes les formes díart. Le prix brillam- ‡ trois autres titres de ce recueil. ment obtenu, AlbÈniz va voler de succËs en succËs, comme interprËte La maison …rard [un fabricant d’instruments de musique] saura tirer et comme compositeur. Une úuvre immense, variÈe, insaisissable dans avantage de la cÈlÈbritÈ díAlbÈniz pour líExposition universelle de 1889. sa totalitÈ va naÓtre dans un tourbillon de couleurs, de sensations, de Il donnera une sÈrie de concerts ‡ Paris presque exclusivement composÈs sentiments ressentis au cours díincessants voyages. de ses propres úuvres, jouant seul ou avec líorchestre Colonne. Pour les …bloui par un rÈcital de Liszt ‡ Bruxelles, le jeune AlbÈniz entreprend musiciens franÁais, Ravel, FaurÈ, Dukas, Debussy, cíest une rÈvÈlation díemblÈe le voyage ‡ la rencontre du maÓtre hongrois : Prague, Vienne, dÈcisive et, dËs lors, líEspagne díAlbÈniz, avec ses rythmes, ses couleurs Budapest enfin o˘ a lieu la rencontre, le 15 ou le 18 ao˚t, selon les bio- et sa magie, va síimposer au monde musical. graphes. Au compositeur qui avait magnifiÈ les thËmes de la musique Plus encore que du Concerto fantastique, la rÈvÈlation viendra de Torre populaire de son pays dans ses Rhapsodies hongroises, le jeune AlbÈniz Bermeja, piËce qui exprime de nouveau la fascination que Grenade, ce joua sans doute ses premiËres compositions pour piano, piËces quíil exÈ- haut lieu de líhispanisme, a toujours exercÈe sur AlbÈniz, qui assura : cutait en bis de ses programmes, Ècrites ou improvisÈes : des airs de zar- « Rien ne m’intéresse autant que ce soleil qui chauffe à blanc les rues étroites de zuelas (opÈrettes espagnoles), ses Catalanes de gracia, des caprices andalous Grenade. Si on pouvait en faire une musique, comme ce serait beau ». Et la mu- ou cubainsÖ AuprËs du maÓtre, le jeune Espagnol trouve confirmation sique inspirÈe par la tour Vermeille de líenceinte de la citadelle grenadine de sa mission díartiste. rÈvËlera aux musiciens franÁais des rÈsonances de guitare absolument Confirmation confortÈe par sa rencontre ‡ Barcelone avec Felipe neuves dans le domaine du clavier. Cíest ‡ líAlhambra quíAlbÈniz se lia Pedrell, le musicologue catalan, artisan infatigable du renouveau de líart díamitiÈ avec Antonio Barrios, nÈgociant, peintre amateur et guitariste, populaire espagnol. …bloui par les dons exceptionnels du jeune pianiste, qui avait fait de sa maison un bastion du flamenco. Cíest de lui et de la puissance et líoriginalitÈ de ses compositions, il sait quíil vient de dÈ- líÈmotion quíil ressentait en líentendant jouer que le pianiste apprendra couvrir le gÈnie musical dont líEspagne avait besoin : « Agreste et fine, sen- le cante jondo ; on peut dire que son úuvre en a ÈtÈ la premiËre graphie suelle et mélancolique, ardente et délicate, triste et passionnée, sa musique résume dans des compositions dites savantes. Il est certain par ailleurs que le trio la sensibilité de la race », Ècrira le vieux maÓtre ‡ la mort díAlbÈniz. formÈ par Barrios avec un mandoliniste et un luthiste a ÈtÈ le premier Il níy a dÈsormais plus díobstacles pour le bouillonnant compositeur. ‡ transcrire pour cordes des piËces dí´ Iberia ª, jouÈes ‡ Grenade et Saint- Barcelone líacclame, il síy marie avec la douce Rosina Jordana le 23 SÈbastien vers 1906. juin 1883. Elle saura líÈpauler avec vigilance, gÈrer les surprises et les difficultÈs díune carriËre incandescente et Èlever leurs trois enfants : IBERIA Alfonso, nÈ en 1885, dont la descendante est fort connue en France, Conquis par líaccueil de la France, Isaac AlbÈniz y reviendra síinstaller. Enriqueta en 1889 et Laura en 1890. Du voyage de noces, qui corres- Auparavant, un sÈjour de trois annÈes ‡ Londres, de 1890 ‡ 1893, en pond avec une tournÈe en Galice et au pays basque, ‡ líinstallation dÈfi- fait vite une cÈlÈbritÈ. Il Ècrit dËs son arrivÈe, dans la permanence de nitive en France vingt ans plus tard, jamais ne cessera le tourbillon des son inspiration ibÈrique, sa Serenata española, Mallorca et Zambra grana- compositions, des concerts et des voyages en Espagne et au cúur de dina. Cíest ‡ cette Èpoque quíil fonde avec le violoniste Enrique Fern·ndez líEurope du ´ pianiste de la reine díEspagne ª ñ titre dÈcernÈ en 1884 ArbÛs un duo, un trio (avec AgustÌn Rubio au violoncelle) et le Quintette ñ et de sa famille. AlbÈniz (avec JosÈ Agudo, clarinette et Rafael Galvez, contrebasse) pour 24 • Guitare classique #68 tourner dans toute líEurope. Il signe aussi, ‡ titre personnel, un contrat qui lui assurera la sÈcuritÈ financiËre, mais qui lui fera perdre sa libertÈ crÈatrice. Pour une rente annuelle de 25 000 livres, il síengage ‡ mettre en musique les livrets díopÈra ou poËmes Ècrits par Money-Coutts, le riche ´ banquier des rois ª. Mais la France reste au cúur de la famille AlbÈniz et, ‡ la fin de líannÈe 1894, aprËs quelques mois passÈs ‡ Madrid, Rosina convainc son Èpoux de síinstaller ‡ Paris, centre de
la vie musicale europÈenne. Tout en poursuivant sa carriËre ‡ travers toute líEurope, AlbÈniz síintËgre aisÈment et avec bon- heur ‡ la vie musicale et artistique parisienne. Sa gÈnÈrositÈ fait merveille, et pas seulement auprËs de la communautÈ espagnole quíil aide de ses conseils, souvent de ses deniers, de ses relations aussi ; pour Pablo Casals et Manuel de Falla, des bourses obtenues du roi díEspagne, pour díautres des concerts. MÍme attitude pour les artistes franÁais. AlbÈniz ignorait les jalousies professionnelles et se fera ambassadeur de líart franÁais ‡ Madrid ou Barcelone en organisant des concerts pour Vincent díIndy, Gabriel FaurÈ, Paul DukasÖ Son ouverture díesprit, sa bonhomie communicative lui ou- vrent tous les salons parisiens, quíil enchante par ses improvisations. Mais bientÙt les premiers signes de la maladie qui líemportera se mani- festent. AlbÈniz va alors concentrer toute son Ènergie ‡ la composition de son chef-díúuvre, son testament musical dont le dÈdicataire sera JoaquÌn Malats. Il sait que seul ce pianiste díexception sera ca- pable de rÈsoudre toutes les difficultÈs techniques. « Cette Iberia de mes péchés, je ne l’écris que pour toi », lui souffle-t-il. ComposÈe de douze piËces en quatre cahiers, cette suite síenracine dans la tradition gitano-mauresque. Une syn- AlbÈniz au piano ‡ Nice en 1907, ` thËse rÈussie de la fougue derriËre lui se trouve DÈodat de SÈverac. primitive de la musique po- pulaire et du raffinement de la musique savante qui donne ‡ líEspagne sa voix spÈcifique dans le monde musical. Malats joue le premier cahier dí´ Iberia ª en Espagne dËs 1903. Il faudra attendre 1906 pour que Blanche Selva le joue salle Pleyel. Le dernier cahier sera donnÈ en premiËre audition en 1909, trois mois avant le dÈcËs díAlbÈniz. « Jamais l’écriture du clavier n’a été poussée aussi loin », affirmait Olivier Messiaen ‡ propos dí´ Iberia ª. DËs 1903, AlbÈniz avait recherchÈ des cieux plus clÈments pour adoucir les maux contre lesquels il luttait de plus en plus difficilement ; il avait alors louÈ prËs de Nice. L‡ venaient le rejoindre ses amis parisiens : SÈverac, Dukas, FaurÈÖ et la maison retentissait alors díaccords et de rythmes es- pagnols. Au printemps 1909, accablÈ par la nÈphrite, il voulut se rapprocher de sa chËre Espagne et síinstalla ‡ Cambo-les-Bains, dans une maison basque entourÈe de rosiers. Il ne les verra pas fleurir et síÈteindra le 18 mai, laissant ´ Iberia ª inachevÈe. DÈodat de SÈverac complËtera les 24 derniËres mesures de Navarra, Enrique Granados terminera Azulejos. Sa vie fut en mouvement perpÈtuel dËs líenfance. Son dernier voyage le conduira ‡ Barcelone, la ville de ses dÈbuts, de ses premiers succËs, de ses amours ; il repose au cimetiËre de MontjuÔc, dominant la mer. Remerciements au musée de Camprodon pour le prêt de sa collection de photos.
SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES
☛ Kalfa Jacqueline, Isaac AlbÈniz, la vocation de líEspagne, SÈguier, 2000. ☛ Laplane Gabriel, AlbÈniz, 1860-1909, …ditions du Milieu du Monde, 1956. #68 Guitare classique • 25
LUTHERIE
TEXTE ET PHOTOS : CLÉMENT FOLLAIN
DOMINIQUE FIELD
Maestro l’excellence et la recherche plutôt que la quantité. L’ambition artistique, la beauté et la singularité de ses guitaresPilier de « l’école française » contemporaine, Dominique Field, né en 1954, a toujours privilégié dans sa lutheriele placent directement dans la lignée de Robert Bouchet et Daniel Friederich. En interview, son esprit d’analyse et sa précision d’élocution sont frappants. Rencontre avec un luthier hors norme. Comment votre démarchede luthier s’est-elle élaborée Cette démarche, qui consis- au fil du temps ?Quand j’étais jeune, j’ai tout te à se remettre en questionde d’abord essayé de compren- n’est-elle pas incompatible manière permanente, dre les qualités que je n’ai-mais pas dans les guitares en avec les contraintes écono-miques du métier ? général ;temps. Ensuite, j’ai mis des ça m’a pris du Bien sûr. Il existe un risqueéconomique mots là-dessus ; je pouvais produis peu d’instrumentscolossal. Je dire :que… » « Je n’aime pas parce par an, donc quand j’essaiequelque temps, j’ai été capable de dire. Dans un troisième avoir confirmation de mes chose, c’est pour ce que j’aimais. Enfin, j’ai pu idées.modifiant un paramètre, un Mais, parfois, en partir de ce moment-là, oncommence à être dans unedire : « J’aime parce que… ». À couplage se produit et ungros lutherie extrêmement volon- plan, apparaît. Cela défaut, sur un autre taire, car on dispose des élé- rendre la vente de l’instru- peut ments pour faire des choix etdire comment on veut que ment difficile. Pour ne pasavoir notre guitare soit. Il s’agit économiques, trop de onproblèmes ensuite de distinguer quels tout intérêt à ne pas faire de a donc sont les éléments techniquesqui existent déjà ou qu’il va recherche. falloirfaire les exigences qu’on s’est inventer pour satis- Comment imposées. C’est la démarche « L’œil, et non la main, peut réaliser «l’école française » à laquelle définiriez-vous du luthier. C’est très difficile de grands progrès » on vous associe ?C’est compliqué parce qu’il et ça prend des années. existe plusieurs écoles fran- Comment expliqueriez-vous ce processus de recherche sur le plan vrait être précisée ainsi : « l’école française de lutherie espagnole artis- çaises. Cette expression de- acoustique ?Il y a un premier équilibre à atteindre, celui existant entre les basses, les tique ». C’est le prolongement d’une lutherie espagnole de très bongoût, où l’objet fabriqué était le prétexte, en plus du résultat acoustique, médiums et les aigus. Puis il y a un deuxième équilibre que le luthier éla-bore, par différents procédés, pour donner au son fondamental la place d’Esteso ou Simplicio. Cette lutherie a d’ailleurs disparu d’Espagne àà une expression artistique. Ce qu’on voit facilement dans les guitares qu’il désire et aux harmoniques, qui vont s’ajouter à ce son fondamen-tal, l’importance qui lui paraît bonne. Ce processus est très complexe, industrielle, au milieu des années 1950.cause de l’influence négative de l’école madrilène, de conception semi- c’est l’œuvre d’une vie. Mais c’est très compliqué de dire :Il faut être modeste, on se rend compte des choses a posteriori. « Je vais créer ». Vous parlez de bon goût. Comment le définiriez-vous ?C’est une notion subjective, il faut être honnête. Pour moi, c’est la disci- Qu’est-ce qui vous conduit, depuis plus de 35 ans, à faire toujoursévoluer votre instrument ? pline qui consiste à essayer de faire beau en s’arrêtant avant qu’on puissedéterminer la raison pour laquelle c’est beau. La capacité que l’on a à améliorer son sens de l’observation. L’œil, et nonla main, peut réaliser de grands progrès. Quand je revois des guitares un Le point où l’artifice prend le dessus. peu anciennes que j’ai faites, j’ai honte de moi ! Dès qu’on est capable devoir, on modifie les choses. La volonté n’y est pour rien, c’est plutôt une Oui. Il faut savoir s’arrêter à temps. conséquence ; un jour, on est capable de se rendre compte. Robert Bouchet recommandait Daniel Friederich, lequel vous a recom-mandé. Et vous, aujourd’hui, quels luthiers recommandez-vous ? 26 • Guitare classique #68
INTERVIEW
Bouchet recommandait sonores, voire criards. C’est malheureux. De fait, la jeune génération a Friederich parce qu’il se tendance à renoncer au travail de recherche qui a été fait sur la table. Or, sentait en accord avec sa sans ce travail, on ne peut rien créer dans la subtilité. C’est comme la démarche, il voyait en lui cuisine : à un moment il faut se creuser la tête pour passer d’une brasse- quelqu’un qui était dans rie sympathique à un restaurant avec une certaine sophistication, jus- le même effort pour es- qu’au moment où on appelle ça de l’art gastronomique. Les clients met- sayer de prolonger une tent aujourd’hui une telle pression que de jeunes luthiers vont malheu- histoire. Bouchet n’a ja- reusement rester au niveau brasserie. mais voulu l’influencer, Friederich n’a jamais Comment percevez-vous le rapport qu’entretiennent les guitaristes voulu m’influencer. Ce avec leur instrument ? qui leur faisait plaisir, La lutherie guitare appartient à une culture collective qui, sur le rapport c’est qu’un nouveau à l’instrument, a une opinion strictement à l’opposé de la lutherie du qua- maillon de cette histoire tuor. Le violoniste pense que l’âge d’or de son instrument se situe dans le émerge. Pour moi, c’est passé. Le guitariste pense exactement le contraire. Les deux sont dans pareil avec Jean-Noël l’erreur, le problème est plus complexe. Certains instruments du passé Rohé. Je me dis que le mouvement continue, c’est bien. Il n’y a pas de sont toujours compétitifs par rapport aux meilleurs instruments actuels. hiérarchie, c’est une suite. Il y a Vincent Dubès aussi. Et Bertrand Ligier On observe que les nouvelles générations de guitaristes ne jouent jamais commence très fort, il a un goût extraordinaire et de la virtuosité. les guitares de leurs aînés, la totalité des guitares du passé est donc délais- sée. D’où la nécessité de faire des guitares qui ont un côté artistique suffi- Que pensez-vous des guitares de fabrication australienne et du barrage sant pour que ces instruments aient une seconde vie et acquièrent une « lattice » ? certaine forme d’éternité, parce qu’ils avaient en eux cette capacité à élar- C’est un système qui va plus loin que le barrage du piano, constitué de gir la base de leurs consommateurs. La guitare est un objet complet. lattes en bois transversales au fil de la table. Greg Smallman a doublé ce principe, ce qui lui a permis de quasiment supprimer l’épaisseur du bois. Le barrage du piano, à la différence du clavecin, a été créé ainsi puisque l’homogénéité du son était ce qui était recherché. Sur des guitares tra- ditionnelles, avec un barrage dit en éventail, la même note jouée sur une corde à vide ne sonne pas avec le même timbre sur la corde voisine, et encore moins sur la suivante. Segovia concevait les couleurs sonores par le jeu de la main droite et poursuivait ce travail par les doigtés de la main gauche. Il utilisait donc un défaut structurel de la guitare – son manque d’homogénéité – pour un bénéfice musical incomparable ; c’est tout l’ap- port de Segovia ou Bream. Sur une guitare « lattice », il n’y a pas une si grande différence de nature de son entre un mi à vide et le même mi sur la 2e corde. Ne restent que les couleurs de contraste – l’opposition entre jouer ponticello et sul tasto –, chose qu’on fait très bien sur une guitare d’étu- de. C’est bien ennuyeux parce qu’une des caractéristiques de la guitare, très peu partagée dans le monde de la musique, est sa capacité à faire des couleurs. C’est-à-dire la capacité, par une micro-inflexion du doigt, de créer un son qui a été franchement modifié et qui peut s’entendre par tout le monde. Vous n’avez donc jamais songé à expérimenter quelque chose dans ce sens ? Je fonctionne avant toute chose au ressenti émotionnel. Or, jusqu’à présent, je n’ai jamais ressenti la moindre émotion musicale à l’écoute de ce type de guitare, sans exception. Pour cette raison, le désir ne m’est jamais venu de fouiller cette voie. Que diriez-vous à des jeunes gens qui se lancent dans l’aventure de la lutherie ? La lutherie est un métier totalement libre. Selon moi, l’erreur à ne pas commettre est de se dire que le son est le plus important. C’est totale- ment faux, tout est prioritaire. Il est prioritaire que l’instrument soit impeccablement fait sur le plan de l’artisanat – l’intérieur, l’extérieur – et il est fondamental que le style soit esthétiquement homogène, et non un patchwork qui n’a aucun sens. Mais la pression exercée sur les jeunes luthiers pour faire des instruments qui crient est aujourd’hui phénomé- nale. Un jeune luthier qui voudrait travailler franchement l’expressivité, « La pression exercée sur les jeunes la beauté du son avec un volume acceptable, part avec un handicap tel- lement plus important que celui qu’on avait quand j’étais jeune que, par luthiers pour faire des instruments qui un instinct de survie, il va renoncer à cette démarche et se lancer dès le crient est aujourd’hui phénoménale » début dans l’utilisation de procédés qui font des instruments très #68 Guitare classique • 27
LUTHERIE
TEXTE ET PHOTOS : CLÉMENT FOLLAIN
DANS L’ATELIER DE
DOMINIQUE
FIELD
Secrets de fabrication internationale. Dès les années 1990, il a su imposer l’excellence de sa lutherie traditionnelle mais unique, hyper-exigeantemais libre. Le prestigieux facteur de guitares classiques nous a ouvert les portes de son atelier, dans le 18Fort d’une brillante carrière, longue de plus de 35 ans, Dominique Field compte parmi les luthiers majeurs de la scène de Paris, et a accepté de nous livrer quelques explications sur la construction de ses instruments. e arrondissement TUDIANT en guitare dans un conservatoire d’arrondissement pari- avec Robert Bouchet et Daniel Friederich, dont il admire le travail, luiLes nombreux conseils qu’il reçut de Guy Derat, puis ses rencontres partir de 1974, il commence à s’intéresser davantage à l’objet. Après desÉsien, le jeune Dominique Field commence la pratique de l’instru-ment en 1968 et envisage d’abord de devenir guitariste. Mais, à permettront d’affiner progressivement sa pratique de la lutherie. Son études de droit, à 22 ans, il se construit sa propre guitare avec l’aide duluthier Pierre Jaffré, alors récemment installé à Paris. Il réitère l’expé- travail, dans la continuité de « l’école française », se démarque par sa sin-gularité, sa virtuosité, sa cohérence esthétique et la beauté de sa sonorité. rience, jusqu’à vendre sa première guitare, la onzième qu’il a fabriquée.e Dès la fin des années 1990, la demande explose, notamment au Japon, en est encore établi – rue Lécuyer, aujourd’hui.En 1978, il installe son atelier dans le 18 arrondissement de Paris, où il Amérique du Sud, puis aux États-Unis. Aujourd’hui, Dominique Fieldest un modèle de réussite pour ses pairs et un des rares luthiers français à jouir d’une importante réputation internationale. Lestrop les alourdir. éclisses sont renforcées de barres de cedro, afin de rigidifier leur structure sans toutefois atténuer certaines odeurs, notamment celles qui émanent des colles animales.qué. Le volume de l’atelier étant réduit, Dominique Field fait souvent brûler une bougie pourLa table et les éclisses sont ici assemblées et maintenues dans un moule en bois contrepla- La face interne des éclisses est vernie à la gomme-laque incolore Astra, à l’aide d’un pinceau. « Quand on touche aux éclisses, on touche à la structure même du son. J’ai observé que le bar-rage vertical des éclisses rajoutait un éclat musical à la sonorité, sans basculement du timbre de la guitare, c’est-à-dire sans déséquilibre entre le son fondamental et les harmoniques. La est également acoustique. Je ne vernis que les éclisses, et pas le fond, car cela produiraittrop de réverbération. Pour qu’un son soit harmonieux, il faut que l’instrument ait une certainecapacité d’absorption, sinon le son est légèrement détimbré. J’ai déjà verni complètement« J’aime quand le travail est propre à l’intérieur. Mais la raison pour laquelle je vernis l’intérieur membrane de la table se distend dans le temps, ce qui engendre une perte de la pureté har-monique et un son un peu plus lourd. Il me semblait donc bon de faire un instrument qui avaitinitialement de l’éclat dans le son. Il faut toujours penser à ce que va devenir l’instrument dans l’intérieur de la guitare, la moitié suffit. Si les surfaces internes sont trop imperméabilisées,l’absorption est limitée ; je ne trouve pas que cela produise des timbres très musicaux. » quinze ou vingt ans. Sur les éclisses, ma recherche a été de déterminer la quantité de bois queje mettais : simplement trente petites barrettes de cedro de chaque côté. Ce qui correspond àune masse cumulée de seulement 60 grammes, soit beaucoup moins que le système desdoubles éclisses qui, lui, peut sculpter le son vers des harmoniques très aigus, voire stridents. » 28 • Guitare classique #68 Le barrage, asymétrique, à cinq brins d’éventail et son large renfort de chevalet. La barre d’harmonie qui plonge du côté des aigus est ici nettement visible. « La recherche sur le barrage est essentielle. J’ai longtemps hésité entre un barrage qui favorisait une grande flexibilité longitudinale, donc un barrage type Hauser, et l’approche de la lutherie de Lacote ou Fleta, avec une barre en diagonale qui crée cette dissymétrie et fabrique cette différence de flexibilité d’une manière très régu- lière. Pour des raisons d’équilibre entre les basses, le médium et le suraigu, j’ai sélectionné le barrage avec barre en diagonale, qui me paraît extrêmement simple, et je l’ai allégé. Ma barre d’harmonie descend avec un angle assez marqué, ce qui m’a permis de conserver cinq brins. C’est en gros une simplification du barrage de Fleta. Ce type de barrage favorise un bon éclat de l’aigu. » Guitare Dominique Field, 2006. Épicéa et palissandre. « Ce n’est pas évident de trouver une belle forme de guitare. J’ai mis des années avant de trouver la mienne, j’ai étudié beaucoup d’instruments. Il faut que le patron soit fait à main levée dans une ligne ininterrompue. » – Un lobe central et ses contreforts, de part et d’autre, dessinent la forme de la tête, aux lignes par- ticulièrement fluides. Mécaniques Rodgers. « Jusqu’à la guitare no 56, j’ai fait une tête à la Torres. À partir de la guitare no 57, j’ai fait une tête avec une petite arche centrale et des contreforts, un peu sur le modèle de Fleta. Au début, je me suis dit que ça ressemblait au travail de Friederich, alors je suis allé lui rendre visite avec un manche ébau- ché pour lui demander si ça ressemblait vraiment à son travail. Il m’a dit que ce n’était pas le cas ; ça Dominique Field nettoie ici, barre après barre, le fond d’une guitare avant assemblage m’a rassuré parce qu’on s’inspire toujours de quelque chose... En fait, c’est une interprétation de la définitif. Le fond est renforcé de cinq barres latérales et de deux barres longitudinales tête de Fleta. Lequel avait interprété le travail de Torres. On interprète toujours quelque chose. » qui s’entrecroisent, assurant une rigidité optimale. – La rosace est un modèle de raffinement esthétique et de virtuosité. De l’acajou, du sycomore, de « La recherche sur le fond permet d’augmenter la projection du son et sa portée l’amarante et du palissandre des Indes composent l’ouvrage. De fins demi-épis ornent les filets qui sans rien changer, dans mon travail, au timbre de la guitare. Le fond, de ce point de ceignent le motif central. vue, se comporte de manière totalement neutre. Grâce à cela, on conserve un son traditionnel : un timbre de guitare. J’ai fait mon premier essai à la guitare no 126, en « Je construis mes rosaces directement dans la table de la guitare, en commençant par réaliser la 1998. Plusieurs années après, j’ai refait la même expérience sur la guitare no 142, mosaïque centrale, que j’incruste. J’obtiens satisfaction avec des teintes naturelles. Esthétiquement, celle de Catherine Liolios, ma femme, qui aimait venir travailler la guitare à l’atelier. une bonne idée doit se marier avec ce qu’il y a autour. Certains luthiers établissent une rosace défi- J’ai donc pu entendre cette guitare pendant deux ou trois ans. Quand j’ai eu la certi- nitivement ; ce n’est pas mon cas. Mes rosaces vivent dix ou quinze guitares, puis je passe à autre tude que ce procédé n’apportait que des bénéfices – augmenter la puissance en chose. Des fois, j’essaye de faire dans le minuscule, d’autres fois, je réalise quelque chose de plus conservant un son traditionnel – et aucun effet pervers – pas d’aberrations sonores –, « gros », de plus lisible ; je n’ai pas d’idée stabilisée. Ce qui est définitivement établi, c’est la forme je l’ai introduit dans mon modèle normal, vers 2004. » de la guitare, le style de la tête et l’esprit de la rosace. » #68 Guitare classique • 29
GUITARE DE LÉGENDE
PAR BRUNO MARLAT – brunomarlat@hotmail.com
PHOTOS : CLÉMENT FOLLAIN
30 • Guitare classique #68
UNE GUITARE TOUTE SIMPLE
Guitare Giovanni Battista Fabricatore Naples, 1801 Une guitare simple, comme chacune de ses six cordes. Ce qui pourrait surprendre si cet instrument de 1801 n’était pas napolitain. Car c’est à Naples que les luthiers ont, semble-t-il les premiers, fabriqué des guitares à six cordes simples. LA FINtervient une double transformation du XVIIIe siècle, on le sait, in- Seuls le dos du manche et les fleurons depart et d’autre du chevalet montrent ici l’ha- l’évolution des sensibilités et du goût musical.Fabriquée jusqu’alors pour recevoir cinq rangsÀ de la guitare pour répondre à bileté du luthier. Habileté incontestable sil’on écoute cette guitare volubile qui a gardé de cordes, c’est-à-dire des cordes doublées,elle l’est ensuite pour six cordes simples. Une toute sa clarté et sa vivacité après plus dedeux-cents ans. corde basse est ajoutée, ce qui augmentel’étendue sonore de l’instrument mais aussi sa résonance générale. C’est l’accord toujoursutilisé aujourd’hui. Sur trois lignes encadrées d’une frise, le luthier indique guitares pour ce nouvel accord dès 1790 etÀ Naples, les luthiers construisent leurs son nom, la ville où il exerce – Naples –, l’année defabrication – 1801 – et l’adresse de son atelier. l’on peut penser que les musiciens napolitainsqui quittent leur ville natale pour des capitales européennes en ont été les ambassadeurs :Mauro Giuliani, par exemple, qui s’établit à Vienne en 1807 ou Ferdinando Carulli quiarrive à Paris en 1808. Un troisième guitariste, Federico Moretti, après avoir publié à Naplesen 1794 un traité pour la guitare à six cordes simples, part pour Madrid. En Espagne, ce-pendant, les cordes doublées resteront en usage plus longtemps, elles passeront d’abordde cinq à six rangs. trument de Fabricatore, dont on connaît pour-Simple également la décoration de cet ins- et de filets d’os ou d’ivoire alternés est caractéristiqueSur le dos du manche, ce placage de bandes d’ébène de la guitare, porte six chevilles en ébène. Sur le côté, La tête, dont la forme en huit reprend celle du corps des guitares napolitaines de cette période. tant des mandolines et des guitares richementornées de nacre, d’écaille et d’entrelacs d’ébène. une agrafe métallique permet d’accrocher un rubanpour tenir la guitare lorsque l’on joue debout. #68 Guitare classique • 31
BANC D’ESSAI
PAR CLÉMENT FOLLAIN PHOTOS : OLIVIER DUCRUIX
IVAN DEGTIAREV
La guitare franco-russe qui fabrique des guitares classiques, folks et jazz. Né dans le sud de la Russie,dans la région de Krasnodar, ce Franco-Russe de 54 ans consacre aujourd’huiInstallé en France depuis 2002, dans le Limousin, Ivan Degtiarev est un luthier l’essentiel de son activité au développement et à la fabrication de son modèle deguitare classique. De l’Est à l’OuestParallèlement à des études de piano, d’abord en Russie puis au Kazakhstan, Ivan Degtiarev fa-brique dès ses 15 ans son premier instrument, une copie de guitare électrique Rickenbacker,avec l’aide d’un facteur de balalaïkas et de guitares classiques d’Alma-Ata (Kazakhstan). Après avoirtravaillé plusieurs années dans une manufacture de guitares et basses électriques à Maïkop(Russie), le luthier originaire du village russe Ryazanskaya émigre en France et ouvre finale-ment un atelier de fabrication et de réparation d’instruments de musique à Limoges, en 2002.Il fabrique alors des guitares de différents types : Ivan Degtiarevet sa guitare. jazz, folks et classiques ; il acquiert en 2004 lanationalité française. En 2006, Ivan Degtiarev étudie spécifiquementla fabrication de guitares clas- siques, grâced’Agustín Enriquez, un lu- au concours thier de Paracho, ville em-blème de la lutherie au Barrage suspenduD’une masse inférieure à 1 500 grammes, le mo- dèle d’Ivan Degtiarev est une guitare en palis-sandre – des Indes – plutôt légère. La hauteur plusieurs générations. Il ap-mandoline ont investie voilà de facteurs de guitare et deMexique que des cohortes d’éclisses n’est pas très conséquente (8,5 cm au petit lobe), ce qui en fait un instrument assez fin faire, tel le vernis au tampon, etprend alors de nouveaux savoir-développe son modèle en at- et peu volumineux, qu’on tient près du corps. Latable, en épicéa européen aux irisations médul- tachant une importanceparticulière au travail sur laires très marquées, abrite un barrage qui faitl’objet d’une réflexion singulière. le barrage. En 2008, il travaillé sur différents systèmes de barrage, j’ai élaboré « Après avoir déménage son atelierà Palais-sur-Vienne, dans la banlieue deLimoges, FICHE TECHNIQUE exerce à ce jour. Lamajeure partie de où il • Table : épicéa européen• Fond et éclisses : palissandre des Indes• Manche : cedro du Brésil avec renfort d’hui constituée detionsa petite produc- est aujour- • Touche : ébène• Diapason : 650 mmen ébène pas Ivan Degtiarevce qui n’empêche guitares classiques, • Masse : environ 1 450 grammes• Largeur au sillet de tête : 51 mm• Largeur à la 12e case : 62 mm • Mécaniques : Rubner, boutons snakewood• Prix : 5 000 euros « fretless ».une guitare folk ou jazz quer de temps à autrede continuer à fabri- • Livrée avec étui Crossrock• Site Web : www.ivan-degtiarev.com CRA 800 CWB 32 • Guitare classique #68 Vitaminée Malgré un réglage d’origine des cordes assez haut, aucune difficulté de jeu ne se fait ressentir. Le manche, assemblé en trois parties, présente un profil en C fin, et ce sur toute sa longueur. À noter qu’une baguette de renfort en ébène est incrustée sur le dos du manche, en cedro du Brésil. Dès l’attaque des cordes à vide, la guitare montre un caractère sombre et une voix grave, ce qui n’est pas sans laisser insensible le plexus de son gui- tariste – c’est une des joies des ins- truments légers. Les basses produi- sent ainsi une sorte de grondement, tout en jouissant d’une émission de Les mécaniques de la marque allemande son nerveuse. Les aigus ne manquent Rubner sont équipées de boutons pas de réactivité et l’homogénéité de en snakewood. la chanterelle est très honorable mon propre système, soutient le facteur (malgré un la qui a un peu tendance franco-russe. Mais le processus de créa- tion n’est pas arrêté », complète-t-il. Sept barres assez fines composent ainsi une structure en éventail qui présente l’originalité d’être « suspen- due » : les quatre barres extérieures du barrage se prolongent sur toute la longueur de la table, la barre d’harmonie étant évidée aux points Le chevalet, recouvert d’un placage d’érable de passage des brins d’éventail – on marbré sur le cordier, est muni de doubles trous pour le montage des cordes. retrouve ce procédé chez de nom- breux facteurs historiques, notam- à « tourner »), d’ailleurs sa réponse ment Manuel Ramírez au début du n’est pas en reste. Revers de la mé- XXe siècle. L’architecture de la daille, le timbre révèle une certaine construction interne est relativement acidité dans les nuances de jeu les complexe, mais il s’en dégage tout plus fortes. Le registre médium-aigu de même un certain degré d’épure. est certes un peu figé et manque en- Ainsi, on ne trouve pas de renfort core de malléabilité, mais la corde de de chevalet sous la table. sol assure un bon relais entre les Sur le plan décoratif, on remar- cordes de ré et de si, ce qui participe quera l’utilisation d’érable marbré à la clarté générale du registre mé- sur le placage de tête, repris sur le dium. Une caractéristique qui fait cordier du chevalet muni de doubles souvent la différence lors d’écoutes trous pour l’attache des cordes. La comparées d’instruments. plupart des pièces sont vernies au Légère et réactive, la guitare d’Ivan tampon gomme-laque, tandis que Degtiarev est vendue 5 000 euros le chevalet reçoit un vernis polyuré- avec étui. Pour un essai, direction la thane dont l’épaisseur et la qualité Haute-Vienne, dans la commune du du brillant produisent, hélas, une Palais-sur-Vienne. dissonance esthétique pas très heu- reuse sur la table d’harmonie. Une baguette d’ébène renforce le manche en cedro, assemblé en trois parties. #68 Guitare classique • 33
BANC D’ESSAI
PAR BENOÎT NAVARRET
MIGUEL J. ALMERÍA
10-CFEQ PREMIUM
Élégante électro Chine selon des procédés de fabrication relativement fidèles à la tradition de la guitare classique espagnole. Le modèle10-CFEQ, une électroacoustique à cordes nylon, pan coupé et éclisses étroites, est toutefois éclectique.Le catalogue d’Almería regroupe un ensemble de guitares industrielles d’entrée et de milieu de gamme fabriquées en souffre ni d’un surcroît de bas-médium ni denotes aigües trop claquantes ou aigres. Les qua- lités de réponse dynamique et de sensibilité auxnuances de jeu sont également satisfaisantes. Une fois branchée, on retrouve avec plus oumoins de bonheur la sonorité habituelle du son « piézo », mais avec des possibilités de contrôlequi donnent un peu de latitude et offrent des alternatives sonores intéressantes. Simple et fonc-tionnel, le préampli jouit d’un bruit résiduel De l’allure garantit un bon appui pour le pouce. Le talon, légèrement affiné, relativement faible et d’une bonne réserve deniveau. Premier constat, la réalisation est de bien bellefacture. Le sceau de la tradition est bien présent : tare au bon rapport qualité-prix, qui pourra éven-La Miguel J. Almería 10-CFEQ est une gui- table massive en red cedar, fond et éclisses en sa-pelli, manche en acajou, touche et chevalet en tuellement se substituer à une guitare classiquepurement acoustique, mais qui est conçue avant palissandre. La filèterie en érable et palissandreest classieuse et très proprement assemblée. Une tout pour le jeu amplifié. échancrure florentine très élégante favorise l’accèsaux aigus. Le talon, légèrement affiné, est d’ailleurs façonné en ce sens tout en garantissantun bon appui pour le pouce. des éclisses (70 mm) permet de ressentir l’ins-trument plus proche de soi. On s’étonne cepen-Le manche est confortable et la faible hauteur dant qu’il ne soit pas possible d’attacher la guitareen bandoulière, puisqu’il n’y a pas d’attache- courroie sur l’éclisse. Cet instrument estdonc plutôt destiné au jeu amplifié en po- sition assise, à moins de faire poser unbouton. Le préamplificateur Fishman offre toutes les fonctionnalités de base Le préamplificateur Fishman propose une égalisation (graves, aigus), contrôleur de phase quinécessaires : égalisation à deux bandes à deux bandes, un contrôleur de phase, un volumeet un accordeur chromatique. (plus ou moins de basses), volume et ac-modifie l’équilibre spectral de l’instrumentcordeur chromatique, utilisable même FICHE TECHNIQUE sans câble jack branché. • Table : red cedar Conçue pourl’amplification • Fond et éclisses : sapelli contreplaqué• Manche : acajou En acoustique, toutes les notessonnent avec clarté et définition. • Touche : palissandre• Vernis : brillant• Largeur au sillet de tête : 52 mm étroite. Néanmoins, l’ensembleépaisses puisque la caisse est Les basses sont un peu moins • Mécaniques : dorées• Diapason : 650 mm• Largeur à la 12e case : 63 mm tenu de cette sonorité globale.paraît très homogène compte • Préampli : Fishman Clásica IIavec accordeur trèsl’équilibre sonore entre les cordes est La tenue des notes est bonne ;convenable. L’instrument ne • Prix : 457 euros• Site Web : www.gewamusic.com 34 • Guitare classique #68 En kiosque !
DOSSIER
Les Ècoles du son Alberto Ponce, Alexandre Lagoya, Abel Carlevaro pour chefs deQuelles sont les caractÈristiques sonores des grandes Ècoles de la guitarece dossier spÈcial, nous avons rÈcoltÈ les tÈmoignages de trois spÈcialistes, file Alberto Ponce, Alexandre Lagoya ou Abel Carlevaro ? Dans ayant vent Èquivoque.qui nous apportent leur Èclairage sur cette question ‡ la rÈponse restÈe bien sou- Alberto Ponce, la guitare de lí‚me PAR MARYLISE FLORID D Èvident de noter líempreinte laissÈe parAlberto Ponce, de par son aura musi-ans la guitare du XXe siËcle, il semble Ponce en 1983. Si effectivement ilgauche ªcÙtÈ gauche ou droit des doigts ª [le premier contact de la corde au moment, assurait Alberto attaque ´ ‡ NÈ ‡ Madrid en 1935, cíest auprËs de son pËrequíil dÈbute enfant la guitare. Mais cíest ado-cale et sa passion pour la pÈdagogie. de líattaque se place sur le cÙtÈ gauche du doigt]serait rÈducteur de dÈseule caractÈristique,tariste en quÍte díun son exprimant une ‚me ‡ mettre au service de la musique, díun discours car il est surtout un gui- lescent quíil rencontre celui qui sera et demeure finir son jeu par cette, il son maÓtre : Emilio Pujol. Ce grand homme,quíil vÈnËrera toute sa vie, compte sans nul jalonnÈ sa vie de musicien. Le guitariste espa-doute pour une grande part dans la construc-tion, la direction et les choix musicaux qui ont jouer vite quand il le faut, oui ; mais il faut jouer en musical : ´musicien, toujours ! Il faut jouer sans se tromper, oui ; il faut ´ Ce qui mía frappÈ le plus chez lui, cíest díabord saJusquí‡ labontÈ, sa patience et cet amour envers la musique.gnol Èvoquera ainsi son admiration pour Pujol : musicale que Ponce cherche ‡ dÈvelopper dansCíest donc díabord la notion díesthÈtique ª cela avec la mÍme foi ª fin de sa vie, il a continuÈ ‡ communiquer © DR sa musique et dans sa pÈdagogie ; cíest une vraie suit son maÓtre ‡ Sienne et ‡ Lisbonne. En 1962, lors díun dÈpla-cement ‡ ses cÙtÈs, Pujol lui prÈsente Alfred Cortot, directeur deAprËs ses Ètudes au conservatoire de Barcelone, Alberto Ponce*. rÈpertoire tout aussi traditionnel que novateur (son travail pour la Alberto Ponce philosophie musicale, un chemin de vie quíil musique de Maurice Ohana en est un exemple), le son síadapte audessine sous les pas de ses ÈlËves. ¿ travers un lí…cole normale de musique de Paris, qui lui propose de reprendrela classe de guitare de son institution, crÈÈe par Pujol. Cíest ainsiquí‡ 27 ans, lui qui jusque-l‡ ne connaissait que la vie de concertiste, discours, au style de la piËce pour exprimer au plus juste líintentionmusicale. Il dÈveloppe une technique trËs poussÈe du toucher, du ´ Bien que mon pËre soit peintre, cíest Alberto qui mía appris les couleurs ªpour le phrasÈ, la dynamique, les timbres, les couleurs et les contrastes. poids de chaque doigt pour la main droite. Sans oublier le vibrato, commence ‡ enseigner et ‡ transmettre Èperdument ‡ son tour sapassion pour la musique et la guitare ‡ travers líhÈritage de sonmaÓtre, comme Pujol líavait fait avant lui dans la lignÈe de son propre tÈmoigna Roland Dyens en 2000.mais aussi la fluiditÈ du geste pour la main gaucheÖ et la respiration, maÓtre, Francisco T·rrega.sique, ‡ Paris. PÈdagogue trËs actif, il tient aussi diffÈrentes classes dans des conservatoires díŒle-de-France et sera nommÈ, par la suite,Il enseigne tout au long de sa carriËre ‡ lí…cole normale de mu- tique que líÈcoute de son jeu magnison ne doit pas Ítre le mÍme pour tous les styles de musique. On ne peut pas Rien ne sera plus explicite pour comprendre sa dÈmarche artis- trouver une sonoritÈ si líon nía pas díabord líidÈe et le besoin de cette sono-fique et celui de ses ÈlËves. ´ Le vouement et exigence, chaleur et sensibilitÈ, crÈant pierre ‡ pierreÈcole ?au Conservatoire national supÈrieur de musique de Paris. Cíest ‡travers ces lieux quíil forme des gÈnÈrations de guitaristes avec dÈ-ce que certains appellent ´ líÈcole Ponce ª. Comment dÈ líattaque ‡ gauche ! ´ Je ne suis ‡ la tÍte díaucune Ècole qui ne serait caractÈrisÈe que par [Ö] La musicalitÈ et líart ne sont pas le privilËge dufinir cette reste certainement lade Miguel Llobet), enregistrÈ sur son disque ´ Charmes de la gui-tareritÈ ª , expliquait Alberto Ponce. Une de ses interprÈtations magistralesª (Arion). On y retrouve son toucher veloutÈ mais aussi sa violence, Maja de Goya díEnrique Granados (transcription un discours pur, toujours pointant au plus prËs líhumeur de la lignemÈlodique, la conduite et la respiration de chaque phrasÈ comme 36 • Guitare classique #68 la guitare un aspect trËs sensuel, par le seul contact charnel du doigt avec lacorde : je suis trËs attachÈ ‡ cet aspect de líinstrument. Sentir le sonÖ ouun danseur allant au bout de son geste : ´ Il y a dans le fait de jouer de comme on dit en Espagne ìtocar la guitarraî, toucher la guitareÖ ªVient ensuite líenvie de dÈcouvrir ce qui pourrait síapparenter ‡. disque ´ Citrons doux ª (GHA).ï Roland Dyens : Torija ¿ …COUTER de Federico Moreno Torroba, extrait du en gÈnÈration, de T·rrega ‡ Pujol, de Pujol ‡ Ponce, de Ponce ‡ sesquíil a tracÈ. Ce chemin est multiple et sansune Ècole, il faut donc aller chercher ‡ Ècouter ailleurs le chemin fin car, de gÈnÈration ï Quatuor Opera Nova (Giorgio Albiani, FranÁois Laurent, MonicaPaolini, Walter Zanetti) :Brouwer, extrait du disque ´ Images ª. Cuban Landscape wih Rain de Leo díen dessiner un contour prÈcis, mais pourtant lorsquíon líentend,fl ÈlËves, et maintenant de ses ÈlËves ‡ de nouvelles gÈnÈrations, leambeau de cette guitare de lí‚me se transmet. Il est donc impossible ï Guitalian Quartet (Guido Fichtner, Claudio Marcotulli, Maurizio notre cúur vibre. Pour conclure ce texte, je vous propose donc Norrito, Stefano Palamidessi) :extrait de líalbum ´ Guitalian Quartet Live ª (Oidi Records). Seguidilla de la ´ Carmen Suite ª, points de suspension, laissant place ‡ la suite de cette transmissionune histoire de la guitare qui síÈcrit encore chaque jourÖquelques propositions díÈcoutes ñ non exhaustives ñ et quelques ï ´ LíintÈgrale ª díEmilio Pujol :65 disciples díAlberto Ponce lui ont rendu hommage. Líoccasion sous líimpulsion díArnaud Sans, mettons aux ÈlËves et chacun díeux la personnalisera. ª´ Chaque professeur a sa sonoritÈ. Cette esthÈtique sonore, nous la trans- aussi la musique de Pujol, quíAlberto Ponce aime tant et ‡ proposde dÈcouvrir les signatures sonores de nombre díentre eux, mais * Les citations díAlberto Ponce sont extraites des Cahiers de la guitare no 7, 3e trimestre 1983. Pujol, ne serait-ce que pour comprendre ce quíest la difde laquelle il dit malicieusement : ´ Ce níest pas mal de pouvoir jouerficile facilitÈ. ª Líattaque ‡ droite ou líarchet invisible PAR LAURENT BLANQUART plutÙtsens, cette maniËre díutiliser la main comme un archet ou a principale caractÈristique de líattaque ‡ droite est, ‡ mon síabandonnerbras la possibilitÈ ´ díÈcouter ª votre respiration et de la suivre, a piacere [avec plaisir] sur la corde, tout en offrant au comme si vous dansiez avec elle. Il est temps de vous dire combien, nous Èclairer un peu.L droite díun contrebassiste ou díun Marcus Miller vont ici de travailler la corde ‡ la maniËre de líarchet. La main Je pense ‡ Minoru Inagaki qui jouait merveilleusement les deux at-au fond, le geste est une histoire personnelle et un long cheminement. maximum díappui sur la corde, la main est trËs ÈquilibrÈe, caressantecomme tenant un archet invisible. Voil‡ une ´ prise en main ª deLe poignet est assez haut et totalement rel‚chÈ pour avoir un Finalement, cet exemple en forme díhommage níest pas innocent.taques et qui, ‡ lui seul, pourrait rendre nos rÈflexions stÈrilesÖ líattaque ‡ droite qui sollicite líÈpaule comme le reste du corps pouren accompagner la moindre subtilitÈ. Tout est presque dit, tant ce Le Japon et les traditions asiatiques se penchent davantage surlíÈcoute globale du corps ; et Minoru avait trouvÈ son centre. geste est basÈ sur le rel‚chement et se travaille avec líensemble ducorps.
¿ la maniËre des adeptes díarts martiaux, il faut ´ centrer ª va devenir le point de dÈpart de líattaque ‡ droite. Il attribut líin-¿ la fin du XIXe siËcle, Francisco T·rrega pose les bases de ce qui le corps, se concentrerÖ Le geste est global et part díun centre pourarriver jusquíau bout des doigts. La respiration participe Èvidemment vention de lípouce trËs appuyÈ pour passer au-dessus desapoyando [le butÈ] aux guitaristes de ‡ cette impulsion qui part de loin, de vous. En rËgle gÈnÈrale, jíobserve infl uenÁa leur jeu de main droite au point quíils adaptËrent cette taconeos fl et autresamenco. Leur palmas dans cette attaque une posture assez droite, favorisant les appuis ausol (bien ancrÈs), comme si le son vous technique aux autres doigts. Juli·n Arcas fut, avant T·rrega, líundes premiers guitaristes classiques ‡ utiliser cette technique. LíidÈe traversait de bas en haut, ou líinverse se-lon líÈnergie du moment. LíidÈe fausse díune attaque perpendiculaire ‡ la cordefaisait son chemin. Il ne restait plus quí‡ qui consiste ‡ rÈduire le geste ‡ la mainne vous mËnera pas loin. Certes, les ap- adoucir une attaque frontale, en choisis-sant de glisser sur líun ou líautre cÙtÈ de puis sont nÈcessaires, la technique, la ges-tion des angles ‡ la faÁon díun skieur ñ líongle. Jadis, les grands guitaristes Ètaientsouvent autodidactes. AndrÈs Segovia oui, je dÈfends líidÈe que tout est sensa- ou Alexandre Lagoya ont tout naturel- ñ, sont des passages obligÈs, mais le tou-tion et que tous les domaines se rejoignent lement cherchÈ, puis choisi leur attaqueen fonction díun environnement culturel, cher vient díune prise de conscience glo-bale du corps. díune Èducation musicale, de leur mor-phologieÖ Alexandre Lagoya, qui a lar- de la musique :trois mots, dont deux soulignent leEmpruntons ‡ Debussy sa dÈ ´ couleur et temps rythmÈs ªfinition gement contribuÈ ‡ la diffusion de líat- ; taque ‡ droite, a vu son enfance bercÈepar une multitude de sonoritÈs orientales vue, líessence de la musique est avantrythmeÖ Si vous partagez mon point de et a dÈveloppÈ une passion pour le son.La guitare se devait de síouvrir et de faire tout rythmique. Líattaque ‡ droite favo-rise líappui sur la corde, la tenue du dos, une synthËse entre líOrient et líOccident.Líattaque ‡ droite lui a offert líÈventail une plus grande variÈtÈ díangle et doncune diction rythmique trËs claire. En des couleurs dont il rÍvait, líongle deve-nant tour ‡ tour archet, plectre ou pin- outre, cette tenue du dos permet de © DR Alexandre Lagoya ceauÖ Facile, me direz-vous, pour unartiste qui choisit son nom, ´ Lagoya ª, #68 Guitare classique • 37
DOSSIER
en hommage au peintre Francisco Goya ‡ qui il vouait unegrande admiration. vous que cíest votre tableau qui compte ! En la matiËre, permet-tez-moi de míappuyer sur Pablo Picasso qui semble nous direPour conclure, quel que soit le coup de pinceau choisi, dites- quíavec lí‚ge, on se rel‚che au point que líattaque ‡ droite sembleinÈluctableÖ Jíaurai pris un peu díavance, et surtout beaucoup de plaisir avec elle. P.-S.ou le contraireÖ Alors si comme moi vous en pincez pour les cordes : jíaurais rÍvÈ de voir Paganini passer du violon ‡ la guitare, © DR et de joie. Et si vous prÈfÈrez vous frotter ‡ la rÈfÈrence en matiËredíattaque ‡ droite, alors Ècoutez Ida Presti! Líoreille vous aiderafrottÈes, Ècoutez le Trio ‡ líArchiduc de Beethoven, gorgÈ díattaques la rÈsultante díun ensemble´ Le simple níest que dans votre quÍte et dites-vous que vous níÍtes pas seul ‡ chercherÖ complexe intelligemmentcombinÈ ª La guitare classiquesud-amÈricaine, Abel Carlevaro Abel Carlevaro et ´ líÈcole raisonnÈe Voici les quelques principes fondateurs du travail technique,selon Abel Carlevaro : de la guitare ª PAR CRISTINA AZUMA ï La fixation ou la relaxation physique :conscient et sÈlectif des fixations (la non-mobilitÈ volontaire et mo- ´ Gr‚ce ‡ líemploi qui a cherchÈ ‡ rationaliser la technique de la guitarebel Carlevaro (1916-2001) est un guitariste uruguayen pas), le travail passe du doigt ‡ la main, au poignet et au bras, enÈvitant le travail isolÈ des doigts.mentanÈe qui permet la dÈcontraction des muscles qui níagissent zaines díannÈes, en particulier au festival de Porto Alegre (sudA Carlevaro a distillÈ son enseignement pendant des di-en ayant toujours pour but premier líexpression musicale. responsable du surmenage musculaire. ª Carlevaro trouve ici le principal ï La concentration :les courtes pÈriodes et avec un maximum de concentration men- la vÈritable Ètude est ´ celle quíon rÈalise sur Pierri, ont remportÈ le concours du festival de Radio-Franceen Europe. Ses ÈlËves directs, Eduardo Fern·ndez et ¡lvaro toute líAmÈrique latine. Son indu BrÈsil), qui rÈunissait des guitaristes, professeurs et ÈlËves defluence síest exercÈe Ègalement et Abel Carlevaro est venu rÈguliËrement en Europe, en par- attitude face ‡ líinstrument (thÈorie) avec un apprentissage digito-mÈcanique correct (technique).tale ª. Elle doit combiner ´ une idÈe concrËte et consciente de son ª ticulier en France gr‚ce ‡ Robert Vidal.mentaleIl Èdite vers 1979, que nous avons la chance de trouver en franÁais gr‚ce Lí…cole de la guitare, exposÈ de la thÈorie instru- ï LíexÈcution du mouvement :crÈe avec le temps une mÈmoire musculaire parallËle ‡ ce mÍme ´ La rÈpÈtition díun mouvement aux Èditions Henry Lemoine. Cette publication est le complÈ-ment thÈorique de ses quatre cahiers de technique, ÈditÈssÈparÈment. On trouve ici toute la base de sa rÈ retrouve pleinement les enseignements que jíai moi-mÍmeflexion et jíy pensÈe consciente pour devenir un mouvement conditionnÈ ‡par se passer de líintervention directe de líintelligence et de lamouvement [Ö] et cela de telle maniËre quíil finira petit ‡ petit suivis, bien quíil níait jamais ÈtÈ mon professeur. Voici sonrÈsumÈ en quelques points, agrÈmentÈ de quelques citations une mÈmoire et qui rÈgira nos actions futuresse rÈvÈler positive ou nÈgative selon la bonne ou mauvaise rÈa- : mÈmoire qui pourra de son auteur : lisation des mouvements. ªtomatisme hypertrophiÈ, que leur vÈlocitÈ) devient alors la rÈsultante de tous les principes ´ la libertÈ des mouvements (de mÍme Il faut veiller ‡ Èviter et Èliminer líau- ET POSITION DU CORPS AVEC LíAIDE1. MISE EN PLACE DE LA GUITARE envisagÈs plus haut. ª La guitare síadapte au corps, et non líinverse. La guitare estDU REPOSE-PIED ï La relaxation mentale :cÈdent et au suivant de maniËre cohÈrente sous le contrÙle direct ´ Chaque mouvement est reliÈ au prÈ- Carlevaro insiste sur une unitÈ strictement identique pour lafemme et pour líhomme.stable au service díune libertÈ et díune ductilitÈ de mouvements. de la pensÈe. La technique est en dÈfinitive une sÈrie díassociationsmentales. La fiabilitÈ de cet entraÓnement de líesprit, de cette maÓ- trise ‡ notre grÈ de la technique, conduit ‡ un Ètat de relaxation Le guitariste uruguayen analyse le point díappui et la localisation2. PLACEMENT DE LA MAIN DROITE penser le manque de connaissances pour bien apprÈhender etblement se mettre dans un Ètat de tension psychique, afin de com-mentale. ª Dans le cas contraire, il faudra au guitariste ´ inÈvita- de la main et des doigts pour permettre une attaque perpen-diculaire aux cordes. Líindex, le majeur et líannulaire adoptentune attitude de repos, sans aucune crispation. De cette faÁon, pourra pas exister ª.assimiler líúuvre, et en consÈquence la relaxation mentale ne les doigts pourront Ítre utilisÈs de maniËre ‡ servir les trois pa-ramËtres suivants : intensitÈ, timbre et prÈcision rythmique. 38 • Guitare classique #68
3. FORMATION INT…GRALE DU GUITARISTE
´ La technique au service de líart. [Ö] Deux problËmes se posent ‡ líin- terprËte : líun concerne líaspect purement mÈcanique díune úuvre musicale, líautre la maniËre dont on doit exprimer cette úuvre. Or, cíest par ce dernier aspect quíil conviendra toujours de commencer. DËs le premier instant, il faut pÈnÈtrer le domaine de líart, car comment nous mettre ‡ travailler une úuvre si nous ne savons pas ce quíil faut exprimer ? [Ö] Líart appartient au domaine spirituel ; la technique se rattache ‡ la raison. De la fusion de ces deux ÈlÈments jaillira la manifestation ar- tistique, vÈritable symbiose crÈÈe par líhomme. ª
4. LA MAIN DROITE
´ Cíest la main droite (‡ de rares exceptions prËs) qui est gÈnÈratrice du son. ª Carlevaro prÈsente le travail de chaque doigt, de maniËre isolÈe mais Ègalement pris dans son aspect díensemble, tout en prÈcisant certains principes : ´ On doit díabord dÈvelopper consciem- ment une aptitude fonctionnelle de la main en rapport avec la force et la vÈlocitÈ, pour pouvoir ensuite accÈder ‡ une maÓtrise de la forme díat- taque. Puisque le son doit Ítre intimement liÈ ‡ líidÈe musicale, il ne saurait Ítre une chose rigide et immuable. Cíest pourquoi il faut avoir recours aux diffÈrents types díattaque pour obtenir la sonoritÈ dÈsirÈe. Pour obtenir une sonoritÈ obÈissant aux plus fines nuances, il faut ab- solument une Èducation auditive, qui naÓt prÈcisÈment de la nÈcessitÈ de síÈcouter soi-mÍme. Par consÈquent, en plus de la maÓtrise technique síimpose un travail constant et attentif díÈducation de líouÔe. Les dÈtails, qui sont aussi nombreux que les notes de la musique ‡ interprÈter, se mettront ‡ vivre pleinement lorsquíils se trouveront incorporÈs ‡ líúuvre mÍme, comme autant díÈlÈments consciemment ÈtudiÈs. ª Il síensuit alors líÈtude du pouce, puis celle de líindex, du majeur et de lían- nulaire avec les diffÈrences de jeu en fonction des diffÈrentes fixa- tions des articulations des doigts et de la main. Enfin, il met en lumiËre la diffÈrence entre líaction groupÈe des doigts et celle de líindividualisation des voix en fonction des besoins de la musique.
5. LA MAIN GAUCHE
´ Celle-ci doit avoir pour point de dÈpart líaction du bras. Loin de travailler isolÈment, les doigts constituent par leur action une unitÈ avec la main et le bras [Ö] Il est absolument nÈcessaire díÈviter les efforts incontrÙlÈs et excessifs. Quand un doigt suspend son action, il doit cesser tout effort. ª Carlevaro insiste sur líattitude neutre du pouce et conclut par une Ètude des dÈplacements longitudinaux de la main, les changements de position, gr‚ce ‡ une coopÈration Ètroite entre le poignet et le bras. Líouvrage se poursuit avec des explications prÈcises sur le travail proposÈ dans ses quatre cahiers de technique. Il finit par un dernier chapitre o˘ il applique ses prÈceptes ‡ plusieurs exemples musicaux. Tous les points prÈsentÈs par Carlevaro sont cohÈrents et servent de base de rÈflexion et de travail pour líinterprËte, mais chacun possËde aussi des solutions propres, fruit díun travail de maturation et díappropriation adaptÈ ‡ ses propres conceptions et ‡ sa morphologie. Cíest ce qui fait toute la richesse de líinstrument et toute la diversitÈ du travail díinterprËte. Pour finir, jíaimerais citer une de ses devises prÈfÈrÈes pour le jeu de la guitare, qui se trouve Ítre aussi la mienne : ´ Le maxi- mum de rÈsultats avec le minimum díefforts ª, qui doit guider toute rÈflexion technique, didactique ou personnelle afin de viser une Èconomie et une maÓtrise díÈnergie dans líeffort, pour la concen- trer au maximum au service de la musique, le jeu de la guitare pouvant servir ainsi ‡ une ´ pure expression ª. #68 Guitare classique • 39
GUITARE ACADEMY
PAR FLORENT PASSAMONTI
L’ÉCOLE MUNICIPALE DE MUSIQUE DE
APPEL À CANDIDATURE
• Vous êtes professeur de guitare NOGENT-LE ROTROU (EURE-ET-LOIR) et souhaitez faire participer votre classe à la « Guitare Academy » ? Direction la région Centre, pour cette nouvelle Guitare Academy. Contactez-nous par e-mail Nous y avons rencontré Michaël Godinho Da Costa, jeune professeur de 27 ans. à l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com À bientôt !
INTERVIEW DE MICHAËL GODINHO DA COSTA
Quel est ton parcours de musicien ? Marc Le Gars, un arrangement de la Cantate, J’ai commencé la musique dans une petite école, BWV 147, de Bach, un andante de Carulli ou à Lucé, tout près de Chartres, où j’ai fait quatre encore un menuet de Robert de Visée. ans de piano avant de me diriger conjointement vers la guitare. Je suis ensuite allé dans un lycée Quelle place accordes-tu à la musique d’en- avec option musique avant de poursuivre des semble ? études de musicologie jusqu’en master à la Je dirige un ensemble qui fonctionne de mieux Sorbonne, à Paris. J’ai arrêté le piano après en mieux. Les élèves commencent à bien avoir atteint un niveau de 3e cycle, pour me s’écouter et à être en place de façon autonome. consacrer entièrement à la guitare et aller Ceux qui ont des difficultés rythmiques tirent jusqu’au bout du cursus. Étant donné qu’il n’y pleinement parti de cette pratique collective. avait pas de cycle supérieur là où j’étais, j’ai Il y a une certaine émulation et c’est très plai- tenté le concours d’entrée au conservatoire sant. On joue un peu de tout : du classique mais d’Aubervilliers, sans succès. Peu de temps aussi des musiques de film comme Harry Potter, avant, j’avais participé au stage Musique en Pearl Harbor ou Titanic. Et j’essaie parfois d’in- Côte de Nacre avec Gabriel Bianco, qui m’avait tégrer d’autres instruments comme le violon, ouvert les yeux sur mes problèmes de jeu. J’ai la flûte ou la voix. ensuite suivi des cours particuliers avec lui pen- dant deux ans et participé au stage de Ligoure Quelle attitude adoptes-tu lorsqu’un élève avec Eleftheria Kotzia, Olivier Pelmoine et semble se désintéresser de l’instrument après Vladislav Bláha. Dans la foulée, je suis entré plusieurs années ? au conservatoire de Chartres, sans réussir à in- C’est une question compliquée ! [Rires.] Tout tégrer le cycle spécialisé suite à un problème dépend du profil. Par exemple, dans ma classe, de stress, mais en étant accepté en pré-cycle À partir de quel moment commences-tu à j’ai le cas assez particulier d’un élève qui n’a spécialisé. Malheureusement, j’ai à nouveau proposer des pièces du répertoire à tes élèves ? vraiment pas envie de jouer de la guitare – mais échoué l’année suivante. J’ai refait un stage avec Dès que je sens que les bases sont suffisamment qui continue parce que les parents insistent –, Gabriel l’année dernière qui m’a permis de solides, mais ce n’est jamais évident de sentir à tel point que, parfois, je ne sais plus comment reprendre un peu plus confiance en moi. À ce le bon moment. Parfois, j’essaye et je vois si ça m’y prendre. Quant à ceux qui connaissent une jour, j’ai un master en musicologie et un di- passe ou non, si les connaissances et la technique baisse de régime passagère, je leur propose une plôme de 3e cycle de guitare classique. sont suffisantes… Pour les élèves les plus avan- nouvelle pièce, sans abandonner la précédente. cés, il arrive que je m’adapte au répertoire qu’ils Les jeunes élèves traversent aussi des périodes Peux-tu nous présenter brièvement ta classe ? souhaitent jouer. plus ou moins fastes, ils ont par moments beau- J’ai une vingtaine d’élèves de 1er et 2e cycles, et coup de devoirs scolaires. quelques adultes. Dans une structure comme D’après toi, quels sont les acquis nécessaires celle-là, je n’ai pas vraiment d’étudiants de haut à un élève de fin de 1er cycle ? Parmi les plus grands, tes élèves lisent-ils niveau. En plus des cours que je donne à Les critères diffèrent souvent d’un conservatoire Guitare classique ? Nogent-le-Rotrou, j’occupe depuis cette année à un autre. Pour ma part, je travaille dans un Je pense que mon élève le plus avancé connaît un poste à temps plein dans un collège en tant «petit » établissement. J’attends néanmoins que le magazine, ainsi que certains adultes. Après, que professeur de musique. les élèves donnent le meilleur d’eux-mêmes. est-ce qu’ils l’achètent ? Je ne pense pas. Techniquement et musicalement, en fin de D’ailleurs, je devrais les inciter à le faire ! [Rires.] Quelle méthode de guitare utilises-tu pour 1er cycle, ils doivent savoir jouer une pièce Quant à moi, je suis un fidèle lecteur. les plus jeunes ? polyphonique avec une certaine aisance tout en Je navigue entre plusieurs méthodes. J’aime respectant les nuances. Ils doivent aussi connaître Quelle est ton actualité ? bien Six Cordes… une guitare, de Jean-Maurice quelques formules d’arpèges. Comme pièces J’ai un concert prévu le 27 mars à Nogent-le- Mourat. J’utilise aussi celle d’Yvon Rivoal, que d’examen, j’ai déjà imposé, entre autres, La cole- Rotrou avec mon ami violoniste Nicolas Bourrier. je trouve bien faite pour les élèves de première giala de Thierry Tisserand [extrait du recueil « Je Ensemble, nous formons le duo Dans les cordes. et deuxième années. deviens guitariste, volume II »], Les Sept Îles de www.duodanslescordes.com 40 • Guitare classique #68 Écoutez les enregistrements des élèves sur le siteNOUVEAU ! INTERVIEWS DES ÉLÈVES www.guitareclassique.net/-Guitare-Academy-
JULIEN RIGUET
1er cycle, 2e année – 12 ans Joue La colegiala, traditionnel colombien THOMAS THIROUARD (arrangement de Thierry Tisserand) 1 er cycle, 3e année – 14 ans Joue Les Sept Îles, de Marc Le Gars « J’aime le son de la guitare et les musiques qu’on peut « J’aime jouer, parfois même jouer avec. À la maison, je devant ma famille. J’ai pas mal fais d’abord mes devoirs de de temps à consacrer à la guitare l’école avant de réviser mes car mes devoirs à l’école sont morceaux. J’ai commencé à faits assez rapidement. Ça doit travailler le morceau que j’ai faire environ trois semaines que enregistré pour le magazine je travaille Les Sept îles de Marc il y a environ un mois. J’ai Le Gars. C’est surtout la surtout eu du mal avec les deuxième partie qui m’a posé doigtés. problème car les enchaînements « Mes cours de solfège me étaient un peu compliqués… servent à apprendre les notes, Finalement, c’est venu progres- afin que je déchiffre les partitions plus facilement en cours de guitare. « En ce moment, en cours de solfège, nous faisons les mêmes rythmessivement. J’écoute un peu de toutes les musiques mais je n’aime pas trop la mu- que ceux qu’on fait en cours de guitare. À la maison, j’écoute du rap et du sique classique et le rock. Je préfère la pop ou le rap. » RnB. Il m’est souvent arrivé d’aller sur YouTube pour découvrir un morceau. Il n’y a pas très longtemps, je suis allé écouter Billie Jean de Michael Jackson ALEXANDRE ROGOJAN et j’ai essayé de le jouer. À la guitare, je connais les accords de 1er cycle, 4e ré majeur, etc. » mi, sol, la et année – 11 ans Joue Caracois, de Bruno Viard « J’aime le contact avec les cordes, le fait de les tou- TANGUY GRÉGOIRE2e cycle, 2e année – 12 ans cher et de les faire vibrer Joue Romance anonyme grâce aux doigts. Après, (arrangement de Narciso Yepes) « J’aime la guitare classique car c’est sûr que cela entraîne on n’a pas besoin d’ampli. Dans que j’ai en- des petits bobos, des am- la Romance anonyme poules… À l’inverse, au registrée, j’ai surtout eu du mal violon ou à la contrebasse, avec les barrés. Au bout de deux on n’a pas ce contact-là car mois, c’est venu. J’aime les cours on utilise un archet. À la d’ensemble car ça me change des Si on se maison, j’essaye de faire cours individuels. environ deux heures de trompe, il y a toujours quelqu’un travaillé guitare le week-end. J’ai pour rattraper le coup. Et si plus monter un Caracois pendant quelques semaines et, avec mon professeur, tard je souhaite on a décidé de passer à autre chose. C’est une pièce que je maîtrise groupe, j’aurai déjà appris à me depuis environ un an. coordonner avec les autres. « Au conservatoire, nous faisons de la musique d’ensemble. J’aime beaucoup cela car on s’entraide entre camarades, sur le plan rythmique par exemple. En cours de solfège, on apprend le rythme et les notes, « Je n’arrive pas toujours à faire le lien entre les cours de solfège et ceux de ce qui est très important car ça m’aide beaucoup, principalement du guitare, tout dépend du morceau. Concernant le rythme, je me débrouille point de vue rythmique. Sinon, j’écoute de tout, ce qui passe à la bien ; pour les notes, c’est surtout avec mon professeur de guitare que je m’en- [Rires.] À la guitare, radio, sur Jazz Radio ou bien Cherry FM par exemple. » traîne. Sinon, il y a d’autres choses qu’on apprend en cours de solfège, comme septième, fa mineur, mi mineur, etc. » les tonalités, etc. Chez moi, j’écoute plutôt des chansons ! do majeur, la je connais les accords de
LE CONSERVATOIRE EN QUELQUES MOTS
- Direction : Bernard Hervot. - Nombre de classes de guitare classique : 1. - Nombre d’élèves guitaristes : 19. - Signes particuliers : stage de jazz organisé tous les ans par Éric Pailhé (prochain stage prévu les 21 et 22 mars), classes d’orgue et de MAO (musique assistée par ordinateur). #68Guitare classique • 41
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Thibault Cauvin © DR Écrite à l’origine pour piano par Isaac Albéniz en 1886, Sevilla, deuxième pièce de la « Suite espagnole no 1», op. 47, est devenue, depuis sa transcription pour guitare à la fin du XIXe siècle, l’une des pièces les plus connues du répertoire. Pour cette écoute à l’aveugle, nous avons invité Thibault Cauvin, dont le dernier disque, « Le Voyage d’Albéniz » (Sony), est consacré au compositeur catalan. La première interprétation est due à John est assez allante, assez rythmique, mais avec un peu moins de prises de Williams et date de 1981 (extrait de « Echoes of risques. C’est un peu l’inverse de la version précédente qui, pour le coup, Spain », Sony). était presque trop libre ; celle-là ne l’est peut-être pas assez. À mon sens, « Une très belle version pleine d’énergie. Le il manque un peu de couleur et de fougue, et la partie lente nécessite- rythme intérieur de la partie rapide est vraiment rait plus de rubato et de calme. On aime que cette partie soit profonde, prenant et entraînant. Le son de l’enregistre- parfois torturée, pour faire contraste avec la partie rapide qui est belle, ment me plaît aussi : beaucoup de présence, avec pleine d’enthousiasme et de vie. Ici, pour moi, l’ensemble est peut-être un un jeu fort engagé que j’aime. Il y a là le parti pris d’exploiter une ver- peu monocorde, bien que ce soit joliment réalisé. » sion très guitaristique. C’est un choix tout à fait sensé et joliment réa- Les mots-clés sur www.deezer.com : sevilla, saladin, cote. lisé mais, à mon goût, les rasgueados et accords arpégés répétés alour- dissent quelque peu le discours. J’ai aussi beaucoup aimé la partie centrale, La dernière version, datant de 1992, est due posée, élégante. La construction de la pièce en général fait grand sens, les à Pepe Romero (extrait de « Guitar Solos », choix et rapports sont justes, le son très beau, l’arrangement riche, le jeu Universal Music). puissant. Je trouve cette version vraiment très belle. » « Voilà une version bien différente de la précé- Les mots-clés sur www.deezer.com : sevilla, williams, spain. dente, fougueuse, pleine de brio. J’aime en géné- ral les enregistrements avec une grande présence, La deuxième version a été enregistrée en 1999 or, là, comme dans bon nombre de disques de par Petar Jankovic (extrait de « Romantico », guitare, le parti pris est contraire : les micros semblent positionnés loin The Orchard). de l’instrument. On pourrait penser que la prise de son a été réalisée « J’ai beaucoup aimé la partie lente, pleine d’émo- dans une église. Cela donne un joli ensemble mais, à mon sens, cela réduit tion, de “feeling”, une profondeur presque fla- considérablement les contrastes. C’est dommage car le guitariste a un menca alliée à un beau son de guitare classique. jeu très dynamique, cette prise lointaine a tendance à aplanir son inter- La partie rapide est aboutie aussi, mais le choix prétation énergique. Sinon, il a fait le choix de proposer la partie lente à du rubato me séduit moins et, là encore, je trouve qu’il y a trop de ras- un tempo rapide, avec des phrases saillantes, droites. Ce n’est pas forcé- gueados et d’accords arpégés, ce qui ne donne pas à ces passages le plus ment ce que je préfère, mais c’est bien fait et abouti. Les parties rapides grand raffinement. Le rythme est tiré au maximum, peut-être parfois sont allantes et enjouées avec beaucoup d’énergie, un grand ressenti du un peu trop. Autant cela marche magnifiquement bien dans la partie lente, rythme et, ici, les rasgueados flamboyants et les nombreux accords arpé- autant dans la partie rapide on aurait, je crois, besoin de plus de rigueur, gés ne me déplaisent pas. L’interprétation est personnelle, assumée gui- rythmique tout au moins, pour des moments plus dansants et joyeux. tare ; bien que peut-être un peu “old-fashioned”, cela me plaît… » Enfin, le son de l’enregistrement et celui du guitariste me plaisent beau- Les mots-clés sur www.deezer.com : sevilla, romero, solos. coup. Encore une bien belle interprétation, ici. » Les mots-clés sur www.deezer.com : sevilla, jankovic. POUR CONCLURE Le troisième enregistrement, d’Alejandro « Difficile de faire un classement, toutes ces versions me Saladin Cote, date de 2008 (extrait de « Guitar séduisent pour différentes raisons. Chacune est de grande Recital », Artek). qualité. J’ai peut-être un faible pour les deux premières, mais « C’est très bien joué, tout est très bien réalisé, c’est personnel, sans jugement. Ce petit jeu fut fort agréable, peut-être un peu moins engagé et un peu moins merci de m’avoir demandé mon avis. » personnel que les versions précédentes. Peut- être un peu moins de risques pris… En ce qui concerne le son, je trouve que les basses et les médiums étaient un peu Thibault Cauvin, « Le Voyage d’Albéniz » fermés, un peu étouffés, qu’il y a un manque de brillance. La partie (Sony), déjà disponible. lente est, elle aussi, bien réalisée mais, personnellement, elle me donne www.thibaultcauvin.com moins de frissons que dans les versions précédentes. La partie rapide 42 • Guitare classique #68
SOMMAIRE PÉDAGO
LA PARTITION QUE VOUS RÊVEZDE JOUER N’EXISTE PAS ENCORE ?
Guitare classiquede la pièce de votre choix et de la publier (chansonse propose de réaliser l’arrangement traditionnelle, air d’opéra, etc.). N’hésitez pas à nousenvoyer vos suggestions musicales par e-mail à . Cahier pédagogique l’adresse suivante : guitareclassique@editions-dv.com LES PIÈCES DE CE NUMÉRO Débutant 46 • Danses montférines 1 & 2 – Luigi Castellacci • Caprice en la mineur – Johann Anton Logy • Étude no 1, op. 38 – Napoléon Coste Intermédiaire 54 • Glocken Polka – Joseph Küffner • Bolero – Julián Arcas • Romance – anonyme Confirmé 64 • Valse posthume, op. 69, no 2 – Frédéric Chopin • Marche turque – Wolfgang Amadeus Mozart Master class de Jean-Marie Raymond 74 • Alman – Robert Johnson • Canción o tocata – Santiago de Murcia La partition inédite 78 • Valse pour Camille – Mathias Duplessy Acoustic corner 82 • Amérique latine (Amos Coulanges) • Flamenco (Samuelito) • Picking (Éric Gombart) • Blues (Valérie Duchâteau)
LECTURE DU CD AUDIO-VIDÉO
VIDÉO
Sous Windows® jusqu'au système d'exploitation XP : le CD démarre tout seul.Sous Windows 7® ou si l'autorun ne fonctionne pas : lancer «Sous Mac® : lancer « GuitareClassique_68.swf ». GuitareClassique_68.exe ». CONFIGURATION MINIMALE REQUISEPour les PC : Intel Pentium® ou AMD®, 128 Mo de mémoire vive, lecteur de CD-ROM AUDIO Microsoft® Windows 98, XP. × 4, – Pour les PC, ouvrez votre lecteur audio (Windows Media Player®, iTunes® ou autres)et les pistes apparaissent à l'écran. Ouverture de la vidéo sur Windows Media Player® ou Power DVD®.Pour les Mac : 128 Mo de mémoire vive, lecteur de CD-ROM × 4, Mac OS® 9.2.2 ou 10. – Pour les Mac, cliquez sur « CD Audio » et les pistes apparaissent à l'écran.Il est bien sûr possible d’écouter les pistes audio sur n’importe quel lecteur de CD Ouverture de la vidéo sur QuickTime®. Ouverture des pistes audio sur iTunes®.Microsoft Media Player® est une marque déposée Microsoft® Corp. (salon, autoradio, baladeur). Power DVD® est une marque déposée Cyberlink®. QuickTime Player® et iTunes®sont des marques déposées Apple Inc. #68 Guitare classique • 43
SOMMAIRE PÉDAGO
Les pièces de ce numéro Débutant Danses montférines 1 & 2Luigi Castellacci (1797-1845) p. 46 ticularité, comme Jean-Baptiste Lully, de concevoir ses ouvertures avecLogy composa principalement des suites de danses. Il avait la par- Par Estelle BertrandOriginaire de Pise, en Italie, le virtuose Luigi Castellacci s’illustra à Paris trois sous-parties typiques du style baroque français. à partir de 1835 avec ses compositions pour guitare, mandoline, ainsique des romances. Au cours de sa vie, il composa un peu plus d’une cen- Étude no taine d’opus et rédigea sa Napoléon Coste (1805-1883) 1, op. 38 p. 52 (1845), que les historiens considèrent comme sa dernière œuvre. Méthode progressive et complète pour la guitare Par Estelle BertrandNapoléon Coste fut l’un des plus bril- vous proposons ne contiennent pas de grandes difficultés, si ce n’est lesappogiatures à effectuer sans alourdir le discours.Écrites pour deux harpes, à 6 / 8, ces Danses montférines que nous lants élèves de Fernando Sor. Originairedu Doubs, il s’installe dans la capitalefrançaise à 24 ans, où il fait la rencontre CapriceExtrait de la « Partita en la mineur » p. 50 d’Aguado, Carulli et Carcassi. Sa carrièrede concertiste bat son plein jusqu’à la fin Johann Anton Logy (1650-1721)Par Estelle Bertrand des années 1830, époque où l’instrument Johann Anton Logy est un luthiste et guitariste tchèque, célèbre pour fin brutalement en 1863, à la suite d’une chute entraînant l’immobili- tombe en désuétude. Sa carrière prend ses talents d’instrumentiste et de compositeur, à qui l’on doit de nom-breuses tablatures pour luth et guitare. En outre, il est connu pour être sation temporaire de son bras. Sa passion pour la guitare intacte, ilcontinue alors à composer tout en travaillant pour le compte de l’État. Silvius Leopold Weiss.le dédicataire du célèbre Tombeau sur la mort de M. Comte de Logy, de composée, comporte des audaces harmoniques étonnantes pour la gui- Cette étude de forme ABA, l’une des plus belles qu’il ait jamais tare, vraisemblablement issues de la littérature pour piano. Intermédiaire Glocken PolkaJoseph Küffner (1776-1856) p. 54 et participa au développement de la lutherie en échangeant à maintesreprises avec Antonio de Torres. On doit à Arcas une cinquantaine Par Estelle BertrandContrairement à ce qu’on pourrait ima- d’œuvres originales et une trentaine de transcriptions. giner, Joseph Küffner n’était pas guita- tempo modéré. En la mineur, ce boléro est une pièce de caractère qui se joue à un riste de formation mais violoniste. On Romance d’innombrables pièces de musique de chambre. Sa contribution àlui doit, entre autres, sept symphonies et Anonyme p. 62 l’élargissement du répertoire pour guitare est l’une des plus consé-quentes pour un musicien non guitariste. Par Valérie Duchâteauwww.valerieduchateau.com extraite d’un recueil de danses compilées par Küffner. La forme est laEn la majeur, cette polka ne porte pas de numéro d’opus mais est C’est à partir du texte musical de la suivante : ABA-trio-ABA, avant de laisser place à la coda. ciso Yepes) que nous vous proposons uneétude sur le trémolo. En amont, dans leRomance anonyme (popularisée par Nar- BoleroJulián Arcas (1832-1882) p. 57 cahier pédagogique, vous trouverez unesérie d’exercices afin d’appréhender au Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.comJulián Arcas est l’un des guitaristes les plus importants de la fin du fectue sur un rythme de croches, doit dégager une sonorité particuliè-mieux cette technique. Ce geste, qui s’ef- XIX(lequel aurait amplement plagié son maître quelques années plus tard)e siècle. Il fut notamment le professeur du jeune Francisco Tárrega rement homogène. Et rappelez-vous que la vitesse s’acquiert en tra-vaillant d’abord dans la lenteur. Confirmé Valse posthume, op. 69, nFrédéric Chopin (1810-1849) o 2 p. 64 partie des pièces le plus souvent jouées par les jeunes pianistes. Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.comComposée en 1929, la Valse posthume, op. 69, no Son caractère mélancolique et rêveur s’exprime à travers une écriture le nom de « Valse mélancolique », fut l’une des premières valses de2, aussi connue sous fluide. Comme de nombreuses valses composées par Chopin, sastructure en trois parties donne l’occasion d’une modulation au ton Frédéric Chopin. De par sa relative simplicité d’exécution, elle fait homonyme majorisé (ici, on passe de la mineur à la majeur). 44 • Guitare classique #68 Confirmé Marche turqueExtrait de la « Sonate n o Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)11 », K. 331 p. 68 Par Valérie Duchâteauwww.valerieduchateau.com Extraite de la « Sonate no et dernier mouvement. Elle est égale-cette Marche turque en est le troisième
11 », K. 331,
ment le témoignage d’une époque oùl’influence de l’Empire ottoman eut tale autrichienne. L’œuvre de Mozart contient d’ailleurs d’autrestraces de pastiches, comme sonun retentissement jusque dans la capi- Concerto pour violon no la tentative d’enlèvement, par son fiancé, d’une jeune femme retenuele « Concerto turc », ou son opéra L’Enlèvement au sérail5, qui raconte, surnommé prisonnière dans un palais turc. Master Class L’art de la transcriptionPar Jean-Marie Raymond http://jean-marie.raymond.imPour cette master class, Jean-Marie Raymond a choisi d’illustrer ses proposavec deux pièces de la Renaissance. Dans ce cours magistral, le compositeur-guitariste variées que la transposition, l’harmo-nie, les choix d’octaviation, etc. aborde des notions aussi AlmanRobert Johnson (v. 1583-v. 1634) p. 74 À ne pas confondre avec son homonyme écossais Robert Johnson beth I(v. 1500-v. 1560), l’Anglais Robert Johnson, luthiste à la cour d’Élisa-On lui doit également de nombreux ballets de cour, très en vogue àre, travailla en étroite collaboration avec William Shakespeare. l’époque. Son œuvre peut être classée en deux grands groupes : desmélodies accompagnées préfigurant l’époque baroque (comme cette Alman– fantaisies, pavanes, etc. On considère Johnson comme l’un des meil-) ou des pièces à la polyphonie et à la structure plus complexes leurs compositeurs de chansons anglaises de sa génération. Canción o tocataSantiago de Murcia (1673-1739) p. 76 Jadis, Santiago de Murcia occupa leposte de « maître de guitare » auprès de la reine espagnole María Luisa Ga-briela de Savoy. Murcia fut également un des rares musiciens à transmettrela musique pour guitare antérieure à sonfrançaise époque, qu’elle ou italienne, sans soit espagnole, blement originaires d’Afrique. L’œuvre de Santiago de Murcia estquelques danses populaires oublierproba- l’une des plus complètes de la guitare baroque de la fin du Siècled’or espagnol. #68 Guitare classique • 45
DÉBUTANT
Danses montférines AUDIO1 1 & 2 Luigi Castellacci (1757-1845) Par Estelle Bertrand
DANSE 1 – GUITARE 1
46 • Guitare classique #68
DÉBUTANT
DANSE 1 – GUITARE 2
#68 Guitare classique • 47
DÉBUTANT
DANSE 2 – GUITARE 1
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DÉBUTANT
DANSE 2 – GUITARE 2
#68 Guitare classique • 49
DÉBUTANT
Caprice, AUDIO2 « Partita en la mineur » Johann Anton Logy (1650-1721) Par Estelle Bertrand 50 • Guitare classique #68
DÉBUTANT
#68 Guitare classique • 51
DÉBUTANT
o Étude n 1, op. 38 AUDIO3 Napoléon Coste (1805-1883) Par Estelle Bertrand 52 • Guitare classique #68
DÉBUTANT
#68 Guitare classique • 53
INTERMÉDIAIRE
Glocken Polka AUDIO4 Joseph Küffner (1776-1856) Par Estelle Bertrand 54 • Guitare classique #68
INTERMÉDIAIRE
#68 Guitare classique • 55
INTERMÉDIAIRE
56 • Guitare classique #68
INTERMÉDIAIRE
Bolero AUDIO5 Julián Arcas (1832-1882) www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau #68 Guitare classique • 57
INTERMÉDIAIRE
58 • Guitare classique #68
INTERMÉDIAIRE
#68 Guitare classique • 59
TRÉMOLO
L’art du trémolo Petit guide pratique Par Valérie Duchâteau – www.valerieduchateau.com C’est à partir du texte musical de la « Romance anonyme » (popularisée par Narciso Yepes) que nous vous proposons une étude sur le trémolo. En amont, vous trouverez une série d’exercices afin d’appréhender au mieux cette technique. Et rappelez-vous que la vitesse s’acquiert en travaillant d’abord dans la lenteur. 1 – EXERCICE DE TRÉMOLO SUR NOTES RÉPÉTÉES ET SUR UNE MÊME CORDERépétez cet exercice lentement plusieurs fois, en tenant compte de l’équilibre sonore des quatre doubles-croches sur chacun des temps. Puis accélérez progressivement. N. B. : Lorsque vous entendez comme « un galop de cheval », arrêtez-vous et reprenez les exercices dans la lenteur. Vous êtes sur la bonne voie tantque les sons sont réguliers et équilibrés.Répétez cet exercice sur les 2e, 3e, 4e, 5e et 6e cordes, d’abord lentement puis en accélérant progressivement le tempo. 2 – EXERCICES DE TRÉMOLO SUR CORDES À VIDEL’entraînement au trémolo s’effectue sur quatre croches au rythme et au son particulièrement réguliers. avec les doigtsLe doigté de main droite traditionnel est a-m-i étant les mêmes. Les trois sons à l’unisson forment généralement la mélodie. p-a-m-i (pouce, annulaire, majeur, index) ; p pour la première note de basse, les trois autres notes jouées temps suivants.Le doigtéL’entraînement commence dans la lenteur, avec enchaînement régulier des quatre sons, enclavés de façon régulière également pour chacun des Essayez de jouer l’exercice des basses vers l’aigu. p-i-m-a est une variante qui contrarie le doigté initial. Il est intéressant de le développer également. 60 • Guitare classique #68
INTERMÉDIAIRE
#68 Guitare classique • 61
INTERMÉDIAIRE
Romance AUDIO6 VIDÉO Anonyme www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 62 • Guitare classique #68
INTERMÉDIAIRE
#68 Guitare classique • 63
CONFIRMÉ
Valse posthume, AUDIO7 op. 69, no 2 Transcription de Valérie Duchâteau Frédéric Chopin (1810-1849) www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau 64 • Guitare classique #68
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#68 Guitare classique • 69
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70 • Guitare classique #68
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#68 Guitare classique • 71
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DICO D’ACCORDS
Dictionnaire d’accords #68 Guitare classique • 73
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Les frËres Assad, Roberto Aussel, ValÈrie Duch‚teau, Roland Dyens, Los Angeles Guitar Quartet, etc. BON DE COMMANDE LES CHEFSaccompagnÈ de votre rËglement en euros, ‡ líordre de BLUE MUSIC-DíåUVRE - BACK OFFICECoupon ‡ complÈter et ‡ renvoyer ‡ PRESS - 12350 PRIVEZAC ´ Chefs-díúuvre de la guitare classique ª pour seulement 32 euros (fraisOui, je dÈsire profiter de cette offre exceptionnelle et recevoir les 5 numÈros des de port compris). Je souhaite ne recevoir que . . . . . exemplaire(s) du numÈroJe souhaite ne recevoir que . . . . . exemplaire(s) du numÈro , au prix de 8 euros chacun., au prix de 8 euros chacun. Je souhaite ne recevoir que . . . . . exemplaire(s) du numÈroJe souhaite ne recevoir que . . . . . exemplaire(s) du numÈroJe souhaite ne recevoir que . . . . . exemplaire(s) du numÈro , au prix de 8 euros chacun., au prix de 8 euros chacun., au prix de 8 euros chacun. Carte de crÈdit : remplissez le coupon ci-dessous NOM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . PR…NOM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . No |__|__|__|__| |__|__|__|__| |__|__|__|__| |__|__|__|__| ADRESSE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Date díexpiration : ____ /____ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Montant : |__|__|__| , |__|__| Ä Cryptogramme : |__|__|__| CODE POSTAL |__|__|__|__|__| VILLE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Signature obligatoire :
PAYSAGE D’AMÉRIQUE LATINE
Yoyo AUDIO11 VIDÉO Thème populaire haïtien Par Amos Coulanges Yoyos’apparente à une sorte de meringué. Du point de vue formel, la pièce fait entendre le thème,est un thème populaire, très célèbre dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, dont le rythme puis un refrain bâti sur une marche harmonique. L’introduction, ajoutée par Amos Coulanges, reprend le rythme de danseet fait office de ritournelle en encadrant les différences parties. 82 • Guitare classique #68
PAYSAGE D’AMÉRIQUE LATINE
#68 Guitare classique • 83
FLAMENCO
Tientos por rondeña AUDIO12 VIDÉO www.samuelitoflamenco.comPar Samuelito Cette pièce reprend des mélodies des letras traditionnelles des tientos. Veillez à bien mettre en valeur la mélodie à la voix supérieure. La partie au pouce, écrite dans le style de Paco de Lucía, demande une certaine vélocité. Travaillez donc ce passage d’abord très lentement, puis accélérez progressivement. J’espère que les harmonies de cette rondeña vous charmeront. Je vous donne rendez-vous au prochain numéro pour une soleá. 84 • Guitare classique #68
FLAMENCO
#68 Guitare classique • 85
FLAMENCO
86 • Guitare classique #68 En vente chez votre marchand de journaux
PICKING
Old Rhythm AUDIO13 WWW.GUITARECLASSIQUE.NETBONUS VIDÉOSUR LE SITE Par Éric Gombart Comme dans tous les morceaux de picking traditionnel, le pouce de la main droite joue chacune des basses situées sur les temps. Attention cependant car, parfois, celles-là sont absentes (temps 2 et 4 de l’intro). À la mesure 3, répétez le mi aigu avec l’annulaire de la main droite. Mesure 28, utilisez dans l’ordre m, i, p, i, p. Apprenez aussi à poser tous les doigts de la main gauche en même temps. Les positions sont simples et habituelles sauf peut-être à la mesure 41 pour l’accord E9, où il faudra veiller à bien bloquer la vibration des cordes, même si on ne joue pas la 5e corde. Mesure 4, soignez les rolls (arpèges avec des cordes à vide pour un effet «harpe») en commençant lentement avec p-i-m-a avant d’accélérer le tempo. Bon picking ! 88 • Guitare classique #68
PICKING
#68 Guitare classique • 89
BLUES
Blues for Papy AUDIO14 www.valerieduchateau.comPar Valérie Duchâteau Après une introduction d’une mesure faisant entendre le rythme de shuffle (et une anacrouse), ce blues en mi s’étale sur deux grilles. Si l’écriture de Blues for Papy peut paraître complexe visuellement en raison des voix qui se superposent, son exécution est en fait assez simple. Veillez à bien faire rebondir le rythme « noire - croche », qui est au cœur de la musique afro-américaine. Pour ce qui est de la main droite, pensez à ne pas trop alourdir les basses, qui ressortiront naturellement, en privilégiant la clarté de la ligne supérieure. Mesures 14 et 16, quelques appogiatures se sont glissées dans la partition. 90 • Guitare classique #68
BLUES
#68 Guitare classique • 91
CHRONIQUES CD
JÉRÉMY JOUVE
PABLO MÁRQUEZ Cavalcade El cuchi bien temperado Absilone ECM Pablo Márquez est de ces musiciens qui passent d’un monde à un autre avec aisance et spontanéité. Des œuvres contem- poraines aux musiques populaires, défricheur de nouveaux répertoires, l’interprète démontre chaque fois une pro- fonde compréhension du style. Il nous ouvre aujourd’hui les portes de cette autre Argentine traditionnelle, celle qui existe en dehors du tango, de Buenos Aires et de Piazzolla. Originaire de Salta, ville située à 1 500 km au nord-ouest de la capitale, épicentre de la musique traditionnelle ar- gentine, le talentueux guitariste rend ainsi hommage à ce patrimoine populaire avec un travail discographique dédié à Gustavo Leguizamón, dit « el Cuchi ». « El Cuchi » Leguizamón (1917-2000) était un poète, Consacré à la musique du compositeur et multi-ins- pianiste, guitariste et compositeur, originaire lui aussi de Salta, célèbre représentant d’une lignée trumentiste Mathias Duplessy, ce nouveau projet de musiciens argentins tels Dino Saluzzi ou Eduardo Falú. Auteur de nombreuses zambas (forme de discographique de Jérémy Jouve tranche avec la plu- musique populaire caractéristique de la région), il a également contribué à rénover le genre en ap- portant une liberté harmonique inspirée des compositeurs du XXe part des productions actuelles par sa singularité. siècle (Debussy, Ravel, Schoenberg…). L’univers musical se veut le fruit d’un riche melting- Les choix de répertoire effectués par Pablo Márquez dans cet album font en conséquence appa- pot culturel sur fond d’influence ravélienne. En raître un grand nombre de zambas, huit au total, alternées avec neuf thèmes aux rythmes et carac- somme, de la musique à l’image, sans étiquette au- tères variés. Clin d’œil au Clavier bien tempéré de J.-S. Bach, l’interprète a réalisé ces arrangements cune. Le disque s’ouvre par le titre éponyme de l’al- avec beaucoup de finesse et de consistance, de façon à couvrir l’ensemble des 24 tonalités majeures bum, Cavalcade, avant de laisser place à une valse au et mineures. L’interaction entre chaque thème, chaque tonalité et les potentialités de la guitare nom pour le moins évocateur, Valse de Lucia. Le sont pesées, pensées, optimisées. Une attention toute particulière a été portée à la densité des tex- jeu de Jérémy Jouve y est musicalement et techni- tures, des timbres (Zamba del carnaval), des contrepoints et des plans sonores (Zamba de Lozano), quement irréprochable, et le son enjolivé d’une ré- démontrant une connaissance profonde et intime de l’instrument. verbération parfaitement dosée. Dispatchés au long Pablo Márquez délivre de ces arrangements une interprétation engagée et authentique. Sa virtuo- du disque, trois Nocturnes faits de douceur et de mé- sité n’est jamais ostentatoire, mais toujours destinée à appuyer une expressivité tantôt incandes- lancolie sont proposés. En outre, le guitariste par- cente (Chacarera del expediente), tantôt nostalgique (El silbador). La tradition guitaristique argentine, tage l’affiche avec la flûtiste Virginie Reibel déjà peuplée de célèbres figures telles qu’Abel Fleury, Atahualpa Yupanqui ou Eduardo Falú, (Appalaches) et le compositeur en personne qui em- trouve ici un ambassadeur de choc. Un album incontournable ! Fabienne Bouvet poigne une guitare (Petite Pluie). Pour un résultat absolument envoûtant. Florent Passamonti
DUO BENSA-CARDINOT GILBERT ET AURÉLIEN ANGELO GILARDINO
Doïna CLAMENS Concertos pour guitare Les Disques Rouges – www.guitaresenbois.com Duende Brilliant Classics Quantum Classics Après un premier disque, « Récital : de Dowland à Né en 1941, Angelo Gilardino est un compositeur Piazzolla », où de nombreux styles se côtoyaient, Évoquant tour à tour la tauromachie, le flamenco, particulièrement prolifique pour la guitare ; pensons le duo Bensa-Cardinot (Olivier Bensa et Cécile ou encore la Teoría del duende développée par l’écri- à ses célèbres études par exemple. Cet album re- Cardinot) revient avec un opus dont l’unité théma- vain Federico García Lorca, le duende est un concept groupe trois concertos pour guitare, remarquable- tique puise son inspiration dans la musique popu- difficile à définir… Il désigne un état d’inspiration ment servis par les interprètes solistes : le Concertino laire : tsigane, espagnole, brésilienne, argentine, etc. intense qui permet à l’artiste de s’installer dans des di Hykkara est interprété par Angelo Marchese ; le Le disque s’ouvre par un arrangement de Verano dispositions proches de la transe pour interpréter Concertino del falco, par Alberto Mesirca ; et le Porteño d’Astor Piazzolla, où le duo livre une inter- son art, entre douleur exaltée et allégresse ensoleillée. Concerto di Oliena, par Cristiano Porqueddu. Le prétation des plus sincères. Les guitares, à la so- Avec deux guitares virtuoses aux sonorités chaleu- compositeur, qui se penche sur la difficile écriture norité très naturelle, y sont enrobées d’une douce reuses, le duo formé par Gilbert et Aurélien Clamens pour guitare et orchestre, utilise ici toutes les po- réverbération. Dès la deuxième plage, l’auditeur est avant tout une histoire de famille : les deux mu- tentialités de l’instrument, pour lequel il prouve une entre dans le cœur du sujet avec la pièce Doïna, une siciens sont en effet père et fils. Ils démontrent ici fois de plus sa parfaite connaissance. Omniprésence composition d’Olivier Bensa d’inspiration roumaine. une belle connivence et une affinité profonde avec des bois et motifs obsessionnels transportent l’au- L’écriture y est précise et originale. Mentionnons la culture ibérique. De Granados à Albéniz en pas- diteur dans un univers onirique où la masse orches- également les pièces pour chant et guitare, où Cécile sant par Carmen de Bizet et la non moins célèbre trale n’étouffe jamais une guitare qui ne cesse de Cardinot fait entendre une superbe voix dans des Danse du feu de Manuel de Falla, tantôt en duo, tan- dialoguer : les trois instrumentistes ont en effet en pièces de Falla (Asturiana et Chanson du feu follet), tôt en solo, les deux interprètes délivrent un jeu pas- commun une virtuosité et une puissance bien adap- Jobim (Águas de Março et Ipanema) et Bonfá (Manhã sionné, sincère et authentique… que tiene duende ! tées à ce répertoire. Un album très homogène à de carnaval), pour un résultat très personnel. Un album à découvrir. découvrir. Mathieu Parpaing Gaëlle Renou G. R. 92 • Guitare classique #68
CD / PARTITIONS
SÉBASTIEN LLINARES NICOLA JAPPELLI SCOTT TENNANT
Soliloque Carulli : Solo Guitar Music Ecos de Sefarad Paraty Brilliant Classics GHA Masters Après un premier disque solo consacré à Joaquín Nicola Jappelli, qui a déjà enregistré deux albums Après un premier disque très réussi sorti en 1996 Turina et un autre avec le duo Mélisande sur les dédiés aux musiques de Sor, Castro et Moretti sur (« Entre los olivares »), ce second volet de l’intégrale Variations Goldberg, nous retrouvons Sébastien guitare romantique, n’en est pas à son coup d’es- de la musique pour guitare seule de Rodrigo par Llinares dans un répertoire inexploré et quasi in- sai. Spécialisé dans l’interprétation de la musique Scott Tennant vient compléter une contribution connu de nombreux mélomanes. Au programme, romantique sur instruments anciens, il se penche déjà fort utile : si certaines œuvres du compositeur les œuvres pour guitare de compositeurs français aujourd’hui sur les œuvres de Carulli. Les premières ancrés dans la première moitié du XXe siècle : Henri notes du Solo, op. 76 no sont plus que célèbres et ont été maintes fois en- 1, laissent tout de suite en- registrées (Trois Pièces espagnoles), d’autres, restées Sauguet, Pierre Wissmer, Francis Poulenc et Albert tendre une maîtrise du phrasé très aboutie et une confidentielles (¡ Qué buen caminito !), trouvent ici Roussel. La musique y est parfois exigeante – sans excellente compréhension du langage romantique : un ambassadeur de choc. Outre une maîtrise du être austère – mais toujours enrobée d’un soupçon l’interprétation est ici pensée et construite dans sa phrasé impeccable et une virtuosité incontestable, de poésie, avec des harmonies enchanteresses et des globalité avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Scott Tennant dévoile une sonorité puissante et co- phrasés délicatement menés. La guitare de Sébastien Le toucher sur le manche est d’une aisance aérienne lorée, très adaptée à ce répertoire. Tantôt mystérieux, Llinares y côtoie également celle de Nicolas très appréciable. La sonorité douce, intime et légère tantôt ensoleillé, toujours expressif, l’interprète Lestoquoy le temps de deux pièces de Pierre du guitariste sait aussi se parer d’humour (Trois dépeint une Espagne empreinte d’influences di- Wissmer : Prestilagoyana et Ritratto del poeta. Fruit Menuets et Trois Valses, op. 84), de brillance (Les Folies verses, et transporte l’auditeur des sonorités de la d’un travail parfaitement abouti, « Soliloque » est un d’Espagne, op. 75), de timbres variés et de virtuosité vihuela de Luys Milán (Zarabanda lejana) aux cou- disque d’une belle unité, lyrique et riche en (Les Sons harmoniques, op. 111). Un interprète que leurs du cante jondo andalou teinté de couleurs séfa- contrastes, qui s’écoute et s’apprécie à sa juste valeur l’on a hâte d’entendre à nouveau. À découvrir ! rades (Ecos de Sefarad). Un album incontournable ! les yeux fermés. F. P. F. B. F. B.
CYRIL MICHAUD
FRÉDÉRIC ZIGANTE Nebula chroma 1, 2 et 3 Œuvres françaises du XXe siècle pour guitare Gérard Billaudot Max Eschig « Les Français n’aiment pas la musique française ! » disait-on. Même si c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui qu’il y a quelques an- nées, il reste encore un fond de vérité dans cette idée reçue. Ce recueil de musique française pour guitare, édité par le talentueux et efficace Frédéric Zigante, présente un bouquet de petits bi- joux issus de notre terroir. Aussi rares sur scène que méconnues des musiciens, ces pièces présentent le point commun d’avoir été écrites par des compositeurs non guitaristes. Bien qu’inspirés en partie par la « vague Andrés Segovia », ces musiciens français se détachent souvent du style en vigueur à l’époque, et ouvrent des voies jusqu’alors inédites dans le langage guitaristique. On y trouve des compositeurs de premier plan tels que Poulenc, Jolivet, Ohana, Sauguet, Roussel, Auric, et d’autres moins fré- Présentées par ordre croissant de difficulté (facile, quentés mais tout aussi intéressants, comme Françaix, Tomasi, intermédiaire et avancé), ces Nebula chroma cor- Belaubre, Samazeuilh ou Ancelin. La plupart de ces compositeurs (Tansman et Ohana mis à part) respondent à trois versions d’une même œuvre, la ont laissé chacun une petite production – parfois même une pièce unique – dont la qualité compense version la plus complexe ayant servi de point de dé- largement la rareté. Et ce, tant sur le plan de la composition que sur celui de la variété et de la ri- part. Brume sonore tantôt énergique, tantôt hyp- chesse d’inspiration. La Sarabande de Poulenc, le Segovia de Roussel, le Tombeau de Robert de Visée notique, dont l’harmonie est construite à partir de Jolivet, le Tiento d’Ohana sont les chefs-d’œuvre les plus connus. L’intégrale de l’œuvre du mu- des dissonances de l’intervalle de seconde (mineure sicien et poète Henri Sauguet est à découvrir ! Une musique subtile, parfaitement idiomatique et et majeure), cette pièce fait également appel à des pourtant totalement originale. L’Hommage à Debussy de Georges Migot est peut-être l’un des couleurs tonales et modales. D’une écriture à la fois sommets du répertoire. Bream était à deux doigts de le mettre au programme de son dernier réci- exigeante et accessible, confirmant une connaissance tal, au Wigmore Hall de Londres. S’il l’avait fait, cette pièce connaîtrait sûrement un engouement irréprochable de l’instrument, Cyril Michaud plus important aujourd’hui. La Sérénade de Samazeuilh est d’un charme irrésistible, une danse propose une œuvre à la dimension pédagogique légère et mélancolique, puis un cri d’Espagne qui jaillit, immédiatement coupé par des accords appréciable, où l’importance des résonances conduit saccadés aux harmonies debussystes. Les influences sont multiples, la Renaissance chez Poulenc et l’interprète à une grande qualité d’écoute. Ces trois Auric, les Andes chez Tomasi, le jazz chez Ferroud, l’Espagne, bien sûr et encore, chez Roussel, pièces sont une excellente occasion d’aborder le geste Ohana, Ancelin, et partout l’ombre bienveillante de Debussy et du grand siècle français. musical : chaque technique (tambora, glissés, per- Chers guitaristes, emparez-vous de cette superbe musique, à la fois légère et profonde, foisonnante cussions) est associée à une intention expressive. et directe, étonnante sans avoir peur des clichés, enracinée et multiculturelle, bref… française ! Une œuvre pédagogique qui ne sacrifie pas la qua- Sébastien Llinares lité artistique. À découvrir ! F. B. #68 Guitare classique • 93
PARTITIONS
MICHEL DALLE AVE LOUIS DAVALLE CHRISTOPHE LEU
Vague à l’âme Le Jeune Guitariste Prélude et Shuffle Danse Productions d’Oz L’empreinte mélodique Productions d’Oz Guitariste autodidacte, Michel Dalle Ave est un Ce premier recueil d’une collection consacrée aux Harmonica et guitare. Voilà une formation peu cou- musicien élevé au son des guitares folks dont le arrangements et transcriptions de Louis Davalle re- rante pour ce diptyque dû à Christophe Leu, dont répertoire touche aujourd’hui davantage le registre groupe une dizaine d’œuvres baroques, classiques, la partie d’harmonica pourra également être jouée «classique» inspiré de divers horizons : musique sud- romantiques et traditionnelles adaptées à la fin du par un autre instrument mélodique. Dans le Prélude, américaine, baroque, fingerstyle avec des accents 1er cycle et au début du 2e. Outre leurs qualités pé- après une partie en arpège sur une suite harmonique jazzy, etc. Sa composition Vague à l’âme est une pièce dagogiques indéniables (style, connaissance du simple (en mi mineur) à la couleur douce, la guitare méditative construite à partir d’une succession de manche, etc.), ces pièces représentent également un s’anime en accords répétés sur une figure de basse croches. La main gauche effectue des accords aux hommage au travail d’un grand maître de la guitare : plus chromatique avec une fin plus ample. À l’har- couleurs parfois exotiques, tandis que la main droite célèbre figure de l’école marseillaise du XXe siècle, monica, la mélodie fait appel à quelques blue notes égrène les cordes selon la formule consacrée p-i- Louis Davalle a en effet formé toute une généra- et mêle, à côté des figures longues, sextolets, trio- m-a. Quelques difficultés techniques viennent sur- tion de guitaristes et œuvré sa vie entière à hisser lets, doubles-croches et syncopes pour donner une prendre ici et là lors du déchiffrage, mais une fois l’instrument au plus haut. La Sarabande de Jacques impression d’improvisation. Dans la Shuffle Danse, passé la première surprise, tout rentre dans l’ordre. de Saint-Luc, oAh ! vous dirai-je, maman de Mozart deux fois plus animée, l’harmonica déroule de Il en est de même pour certaines harmonies qui peu- ou le Prélude n 7 de Chopin sont ici l’occasion, pour longues séquences en triolets avec des traits jazzy, vent venir titiller l’oreille. Destinée aux élèves pos- les apprentis guitaristes, de jouer des arrangements alors que la guitare, après des accords espacés façon sédant de bonnes connaissances de base, Vague à l’âme très bien pensés, tout en s’inscrivant dans une filia- blues, développe un arpège shuffle. Une fusion réus- est une pièce nostalgique, parfois tourmentée. Son tion entre les générations. Un bout d’histoire… qui sie entre formules classiques et éléments du jazz qui caractère envoûtant séduira les âmes mélancoliques. joint l’utile à l’agréable ! ne présente, en plus, aucune difficulté réelle. M. P. F. B. François Nicolas
LA MÉTHODE SENSORIELLE – TROIS SOLEILS L’ÂME DES FEUILLAGES
TROISIÈME ANNÉE : LECTURE Jérôme Combier Anthony Girard Laurence Peltier Henry Lemoine Gérard Billaudot Productions d’Oz Voilà que la Méthode sensorielle de Laurence Peltier Jérôme Combier, né en 1971, fait partie de la nou- Anthony Girard est un compositeur né à New York s’enrichit d’un troisième volume. Complément in- velle génération de compositeurs qui ont totalement en 1959. Très prolifique, ayant écrit pour tout type dispensable des volets précédents, ce volume est dé- intégré la guitare dans leur instrumentarium de pré- de formation – de l’orchestre symphonique au petit dié à l’étude des notes. Les deux premières parties dilection. Lui-même guitariste, il sait exploiter dans ensemble instrumental en passant par la voix et les de l’ouvrage – initiation et lecture – font découvrir ses compositions toutes les couleurs de la guitare instruments seuls –, son catalogue donne le vertige! progressivement à l’élève les différents signes utili- classique ou électrique, qu’il mêle souvent avec l’élec- Sa musique est d’une grande richesse poétique, il sés (notes, rythmes, nuances). Vient ensuite le temps tronique, l’intégrant éventuellement dans tous types revendique un langage tonal et modal, libre et sans où il dessine sur les portées vierges prévues à cet d’ensemble de musique de chambre. Il travaille aussi étiquette, « exempt de toute nostalgie », peut-on lire sur effet, puis celui de la mise en pratique, en lisant le en étroite collaboration avec l’excellente guitariste son site. Au sein de sa production, la guitare occupe rythme, en comptant les temps et en jouant sur l’ins- Christelle Séry au sein de l’Ensemble Cairn, dé- une place de choix. Cette Âme des feuillages est super- trument une chanson extrêmement simple dont dié notamment à créer sa propre musique. Élève de bement écrite et les ressources de la guitare sont fine- les paroles scandent le rythme. Séparée en deux Michaël Lévinas, la musique de Combier est tra- ment exploitées.Trémolos entrecoupés d’harmoniques, volumes distincts (livre du professeur et de l’élève), versée par l’influence de la musique orientale, par- polyphonie savamment registrée, harmonies riches et cette méthode présente la grande particularité d’être ticulièrement japonaise. Ces Trois Soleils sont trois colorées, le tout traversé par un puissant lyrisme, voilà conçue pour être pratiquée selon le principe de l’imi- pièces épurées, atonales et imagées, où chaque geste un grand connaisseur de l’instrument ! Girard par- tation prof-élève. Des exercices ludiques permettent doit être extrêmement soigné et précis. Une très vient à renouveler les recettes « typiques» pour créer également de s’assurer progressivement des acquis belle musique d’aujourd’hui, d’un niveau technique un langage très personnel, luxuriant, exigeant, mais de l’élève. Un ouvrage remarquablement pensé et vite accessible. À découvrir sans hésiter. généreux. Un compositeur à suivre. réalisé. F. N. S. L. S. L. 94 • Guitare classique #68
COLLECTION
SI VOUS AVEZ MANQUÉ LES DERNIERS NUMÉROS !
SOMMAIRES DES ANCIENS NUMÉROS
GUITARE CLASSIQUE #48 GUITARE CLASSIQUE #49 GUITARE CLASSIQUE #50 GUITARE CLASSIQUE #51
JInterviews :ÉRÉMY J Légende :Bancs d’essai : Alexandre Lagoya Rolf Lislevand, etc. OUVE & JUDICAËL PERROY AInterviews :RNAUD D Berta Rojas, etc.UMOND & VINCENT LE GALL LInterviews :OS ANGELES Pavel Steidl, Éric Pénicaud, etc. GUITAR QUARTET PInterviews :ABLO MÁRQUEZ Andalucia, Amalio Burguet 3M Gaëlle Roffler, Castelluccia modèle Légende :Bancs d’essai : René Lacote Guitare de légende : Pepe Romero, etc. Jean-Noël Lebreton, Alhambra 4P, Manuel Jean-Yves Alquier modèle Juliette, Légende :Lutherie : ôme Casanova Le collage des barres du fond,Emilio Pujol Lutherie : par Maurice Dupont La fabrication de la rosace, Robert Bouchet (1963) Lutherie :par Gaëlle Roffler La fabrication de la tête de la guitare, Rodriguez modèle CDossier : Les bons conseils pour s’enregistrer par JérBancs d’essai :Victor Bédikian, Esteve 8C Jean-Marie Fouilleul modèle Arche, Cordoba modèle C5 / B Limited edition, Bancs d’essai :Raimundo modèle 128, Perez 650 CETB1 Alain Raifort, Bastien Burlot, différences ? ÉPUISÉ Interviews :
GUITARE CLASSIQUE #52 GUITARE CLASSIQUE #53 GUITARE CLASSIQUE #54 GUITARE CLASSIQUE #55
NInterviews :ARCISO Y Interviews :ILOŠ G Vladimir Mikulka Nigel North, Duo Palissandre, EPES M Manuel Barrueco, Yamandu Costa, etc. Interviews :ÉRARD A Thierry Tisserand, René Bartoli, etc.BITON XInterviews :UEFEI YANG Lutherie : Lutherie :Bancs d’essai : Antoine et Stéphane Pappalardo Greg Smallman, Bertrand Ligier, Saga :Lutherie : Julian Bream la fabrication du manche, Duo McClelland-Cousté, etc. Légende :par Jean-Noël Rohé La réalisation du barrage, Légende :Lutherie :par Alain Raifort La fabrication et la pose des filets,Abel Carlevaro Bancs d’essai :Yamaha CG192C, Prudencio Saez PS28 Narciso Yepes David J. Pace, Vincent Dubès, Hugo Cuvilliez, Almansa 401, Alvaro 410Bancs d’essai : Jean-Pierre Sardin, Vicente Quiles C3 et Pack CordobaDossier : Bien choisir son étui par Vincent DubèsBancs d’essai : Höfner HZ28 Pascal Quinson, Daniel Stark, Dossier : Red cedar et épicéa, quelles différences ? Dossier :l’éclairage de la recherche Red cedar et épicéa (suite) Dossier :euros Dix bonnes guitares à moins de 500
ÉPUISÉ
GUITARE CLASSIQUE #56 GUITARE CLASSIQUE #57 GUITARE CLASSIQUE #58 GUITARE CLASSIQUE #59
FInterviews :RANCIS K Saga : Nicolas Alfonso Frédéric Zigante, Alvaro Pierri, etc. LEYNJANS RInterviews :AÚL MALDONADO Sharon Isbin, José-Luis Narváez EInterviews :MMANUEL GAËLLE Saga : Olivier Pelmoine, Duo Chomet-Cazé ROSSFELDER Interviews :SOLAL Lutherie :numérique, par Hugo Cuvilliez L’utilisation de la commande Saga :Bancs d’essai : Alirio Díaz Bancs d’essai :Antonio Lauro Thomas Viloteau, Duo Melis Sanchis 2F, etc. Kim Lissarrague, Régis Sala, 130e anniversaire, etc. Bernhard Kresse, Ramirez Saga :Évènement : Miguel Llobet À la rencontre de Greg Smallman Rémi Larson modèle Erachi, Cordoba C7,Bancs d’essai : Cornelia Traudt modèle Special 15, par Wolfgang FrühLutherie : la fabrication de la caisse du luth, par Sylvain BalestrieriLutherie : la réalisation du barrage « lattice », Bancs d’essai :Dossier : La discothèque idéale Luigi Locatto, Olivier Pozzo, etc. Esteve GR05Dossier : Les mécaniques Dossier : Les cordes de A à Z Dossier : Mes premiers pas dans l’enregistrement
GUITARE CLASSIQUE #60 GUITARE CLASSIQUE #61 GUITARE CLASSIQUE #62 GUITARE CLASSIQUE #63
RInterviews :OLF LISLEVAND HISTOIREA THIBAULT Saga : María Luisa Anido Lazhar Cherouana, J.-B. Marino
U CŒUR DE LA GUITARE ESPAGNOLE
INTERPRÈTES, TRADITION,
: Interviews : Manuel María Ponce CGallardo del Rey, Claire AntoniniAUVIN JInterviews :ULIAN BREAM Bancs d’essai :Alhambra 9P Carsten Kobs, Fabien Ballon, Interviews : Jérémy Jouve, Laurine Phélut, LUTHERIE Saga : Bancs d’essai : Claire Sananikone, Benjamin Valette Correa Marín, Ibanez GM500CE-NT, Höfner HF-14 Martin Blackwell, Juan Antonio Bancs d’essai :Angel Lopez Eresma Olivier Planchon, Kremona FS, Dossier :Lutherie : l’histoire du tango Joël Laplane « Grand Concert », Lâg Occitania 300Bancs d’essai : Yvan Jordan « Grand Concert », Dossier :Lutherie : Monter ses cordes et s’accorder Dossier :Lutherie : Les intégrales pour guitare par Koen Leys La fabrication de la touche flottante, Lutherie :par Dominique Delarue La fabrication du chevalet, La manufacture d’Amalio Burguet Gabriel Fleta
GUITARE CLASSIQUE #64A GUITARE CLASSIQUE #67
Interviews :Eleftheria KotziaNA VIDOVIC`
GUITARE CLASSIQUE #65
Los Angeles Guitar Quartet, etc.MILOŠ KARADAGLIC
GUITARE CLASSIQUE #66R
Saga : Hommage : Interviews :OLAND DLiat Cohen, Shin-ichi FukudaYENS Bancs d’essai :Paco de Lucía Laurent Boutros, Bancs d’essai : Turíbio Santos Hopkinson Smith, Marcin Dylla, Interviews : ` Saga : É Cardinal C400, Traveler Escape ClassicalBancs d’essai : Regino Sáinz de la Maza Sébastien LlinaresInterviews :Saga :RIC La guitaromanieFRANCERIES Nelly Decamp, Katona Twins, Lutherie :par Régis SalaYamaha CG12S, La Patrie Concert La fabrication de l’enture en V, Romuald Provost, par Jérôme CasanovaCórdoba CP100Lutherie : Doigter ses partitions Restauration et fac-similé, Gabriel Martin, Yamaha CG142S BL, par Jéan-Noël RohéLutherie :Espagne auGuitares classique et flamenca en Le vernis au tampon, Dieter Hopf, Rémy Larson, Pablo Benoit Zeidler, Cuenca 50-R, Valencia CG-50Bancs d’essai : Dossier : par Bertrand LigierLutherie :Dossier : La pose d’ongles artificiels La réalisation de la rosace, Cornelia Traudt « Artist Special », Dossier : XIXe siècle CAHIER PÉDAGOGIQUEAlbéniz MolinaroMozzaniMurcia Fantasia quintaFeste Lariane GC #66GC #53 Anonyme Skip to My LouTango, op. 165, nMallorca o 2 GC #54 Folies d’Espagne GC #49 GC #57 GigueAllegro TECHNIQUE : Les conseils de...Éric Franceries Alexandre Bernoud GC #50 Señor Comisario GC #60GC #51 Nazareth Odeon GC #52GC #53 Negro spiritualOffenbach BarcarolleGo Down, Moses GC #63 Romance, op. 35 Thibault CauvinThomas Viloteau
GC #51
Hugues Navez GC #52GC #53 Bach Bourrée II, BWV 1009Mi favorita Gigue, BWV 1004 Bourrée et Double, BWV 1002 GC #66
GC #54
GC #59
GC #55 PaganiniPernambuco Recordando Nazareth GC #49
GC #57GC #67
RameauRossini Sagreras Se inclinassi a prender moglieMenuet GC #52GC #67 Vincea McClellandMaud Laforest GC #54 Jérémy Jouve GC #58
GC #57
Allemande, BWV 1004Sicilienne, BWV1031 GC #59 Musette, BWV 126 GC #64
GC #62
Barrios Don Perez Freire 3 GC #65 SambaSanz Morenita do BrasilEstilos criollos, op. 11 GC #52 CanariosRujero y canzione GC #49
GC #65GC #67
Sonate, K. 208Danza de las hachas Scarlatti GC #60GC #66 MASTER CLASSNatalia Lipniskaya : « Grave », BWV 1003, de J.-S. BachGérard Abiton : Eric Franceries :Sonate, K. 555, de Domenico Scarlatti
GC #50
Beethoven Étude nLettre à Éliseo
GC #51
Brahms Valse, op. 49 GC #51GC #67 Wiegenlied, op. 9 n Schubert Lob der Tränen Nacht und Träume, D. 827Trio no 2, op. 100 Campion GC #52GC #53 Judicaël Perroy :Sérénade espagnole Cano Prélude o 4 GC #54 Carulli El delirio
GC #49GC #62
CharpentierChopin Te DeumSiziliana GC #62 Liat Cohen : Alborada Sarabande, BWV 826, de J.-S. Bach de Joaquín Malats (traditionnel)
GC #53GC #52
GC #51
os
GC #59
SchumannSciortino Monaco Danses allemandes nRêverie, op. 15, n 7 1 & 10, D. 420 GC #67 GC #65 Raúl Maldonado :Emmanuel Rossfelder :Zamba de Vargas de Francisco TárregaAve Maria (traditionnel) GC #54 Valse posthume, op. 69, n
GC #58GC #57
Valse blancheCeltic Study o GC #53 Mazurka, op. 67, nPrélude, op. 28, noo 2 o 1
GC #52GC #51
Mazurka, op. 63 no 4
GC #58GC #49GC #63
Smetana La MoldauLégende, op. 201 Valse de la rentrée GC #58 GC #57 Mirta Álvarez :Eleftheria Kotzia :El choclo Shand P. Mouratoglou et P. Soler : Las dos hermanitas de Ángel VilloldoRumores de la caleta de Francisco Tárrega Gaëlle Solal : « Chaconne »Gabriel Bianco : de S. L. Weiss d’Isaac Albéniz
GC #60GC #59
Duo Mélisande : « Variation 5 », BWV 988, de J.-S. BachChôro da saudade de la Suite n°10
GC #63GC #62
GC #61GC #61
GC #54GC #62
Chôro brésilienCouperin Tico-Tico 3 GC #66 De Visée MenuetLes Barricades mystérieuses
GC #62
Delibes CoppéliaSarabande et Bourrée
GC #50GC #62
Sor Étude en si GC #50GC #62 d’Agustín Barrios GC #52 Strauss J. Le Beau Danube bleuLeçon no 18 Benjamin Valette : « Andante », BWV 1003, de J.-S. BachRoland Dyens :Thibault Cauvin :Alba neraSonate, K. 213 – Domenico Scarlatti de Roland Dyens – Agustín Barrios Tárrega Tango GC #48GC #59 GC #64GC #63 Dowland Valse nÉtude en mi mineuro 1 GC #50GC #51 FauréFerrer Y Esteve Ejercicio nPavane, op. 50Lachrimae Pavano 9 GC #58GC #52
GC #62
Fimbel Vol au-dessus d’un nid de cigognesCharme de la nuit, op. 36 GC #53 GC #49 Danza mora GC #53 Nelly Decamp :Ana Vidovic : « Allegro Solemne », La catedral
GC #65
Lágrima Torre Bermeja – Isaac Albéniz GC #66GC #65 Tchaïkovski Étude no Pó de micoLe Lac des cygnes
16 GC #66GC #65
GC #61
FrescolbaldiGardel La Frescobalda GC #52 Teixeira GuimarãesTraditionnel GC #64 Sambé léléBella ciao
GC #57 PARTITION INÉDITE
GC #57
Olivier Mayran de Chamisso – Valse enchanteresse Giuliani-GuglielmiGranados Adiós muchachosPrélude no 2, op.46 (arr. Roland Dyens) GC #58
GC #67
Grieg La maja de Goyao 1 GC #50 GC #59 Amazing Grace El cóndor pasa GC #62 GC #61 Martin Ackerman – Milonga pour Pierre
GC #54
Jean-Marie Lemarchand – Le Vol de ThaïsAlain Vérité – Yannick’s Song GC #58GC #57 GuillemHaendel Esquisse nVariations sur une danse norvégienne GC #49 La donna è mobileBoogie-Woogie GC #64 Roberto Rossi – Dietro la nebbiaJean-Pierre Grau – Canción de cuna GC #60
GC #59
Iparraguirre Ombra mai fùNardoDalia GC #63
GC #51
Johnson GC #52 GC #51 VerdiVivaldi L’Hiver
GC #65
« Allegro » du Concerto en ré GC #54GC #51 Arnaud Sans – Première ValseÉric Pénicaud – Improvisation sur la Sarabande de Poulenc GC #62GC #61 JoplinLecocq Original RagCourante en la mineurCrossroads GC #50 LegnaniLlobet Caprice nEl mestreo 6, op. 20 GC #49 GC #64 WeyrauchWeiss « Largo » du Concerto en réAdieu ! GC #62 GC #61 Érik Marchelie – Parenthèse Alain Selhorst – Nostalgia
GC #64GC #63
GC #54 OuvertureTombeau sur la mort GC #60GC #53 Boutros Laurent – Vals del caminanteJean-Marie Lemarchand – Callisto GC #66GC #65 Manjon Capricho criollo GC #60GC #61 Yradier La palomade M. Comte de Logy GC #60GC #64
GC #67
BON DE COMMANDE GC #68
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45 – Vends guitare classique Walden neuve, année 2013, cause double emploi. Table red cedar, fond 91 – Achète guitare Antonio Ruiz Lopez, modèle et éclisses en palissandre. Valeur neuve 730 Ä, Grand Concert, années 1970 à 1980. Fond et vendue 460 Ä avec étui rigide. éclisses palissandre de Rio, table en épicéa. Tél. : 06 21 30 90 86 Tél. : 06 63 66 94 19 E-mail : jacques.chesnais@yahoo.fr 45 et 75 – Vends guitare Giannis Paleodimopoulos (Grèce), année 2013. Table red cedar, très belle ro- sace unique nacrée, son puissant et chaleureux. CONTACT Valeur 7 500 Ä, vendue 4 000 Ä + Vends guitare Marco d’Annibale (Italie), année 2010. Table épicéa, 16 – Femme habitant Angoulême (Charente), guitare légère et facile à jouer, son raffiné. Valeur débutant et autodidacte, cherche guitariste 3 000 Ä, vendue 1 800 Ä. Guitares visibles à Paris classique pour s’entraîner à jouer des morceaux ou Orléans sur rendez-vous. en solo et en duo dans le but de progresser, et pour E-mail : contact@gerardabiton.com le plaisir de jouer ensemble. Tél. : 06 15 64 13 53 67 – Vends guitare de concert 8-cordes Maurice E-mail : bry_martine@yahoo.fr Dupont. Corps en palissandre de Madagascar, table en épicéa, manche en acajou, touche en ébène, placage de tête et chevalet en palissandre indien. Excellent état et belle projection sonore. Prix : 3 500 Ä avec étui. Tél. : 06 26 49 67 10 E-mail : desmets@unistra.fr 8 Merci de nous retourner ce coupon à : Editions DV – «Guitare classique», service des petites annonces, GC #6 9, rue Francisco-Ferrer, 93100 Montreuil Par e-mail : guitareclassique@editions-dv.com (en précisant votre département) REMPLISSEZ SOIGNEUSEMENT CETTE GRILLE EN SÉPARANT CHAQUE MOT PAR UNE ESPACE À RAISON D’UNE LETTRE PAR CASE Précisez la rubrique où vous désirez voir figurer votre annonce. Guitares Amplis Effets Home studio Nom :. ........................................................................................................................................................... Prénom :. ............................................................................................................................................................. Emplois Adresse :................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................ Contacts ............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... Cours/stages .............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................. Divers Code postal :. ................................................................................... Ville :. .................................................................................................................... Pays :. ..................................................................................................... Tél. :.......................................................................................................................... E-mail :. .................................................................................................................................... @ ........................................................................................ 98 • Guitare classique #68