guitarist-acoustic — GA66
ETUDE DE STYLE MARK KNOPFLER 30 PAGES DE PARTITIONS Théorie - Amérique latine - Chanson Idhai - Blues - Jazz manouche - Picking - Classique ISS — GA66
ETUDE
DE
STYLE MARK KNOPFLER
30 PAGES DE PARTITIONS Théorie - Amérique latine - Chanson Idhai - Blues - Jazz manouche - Picking - Classique
ISSN : 1957-8229
édito de " Guitarist Acoustic #, Pour joindre la rédaction une seule adresse : SoMMAiRE ACOUSTICEDITIONSDV.COM News 4 2019, année guitaristique Les actus de la team Acoustic 8 Cinquante après après le sulfureux tube de Jane Birkin et Serge Gainsbourg, "69 annéeérotique", cette nouvelle année annonce d’autres types de contorsions… Vu la riche Décryptage du nouvel album du sultan du swing.Mark Knopfler 14 actualité des guitaristes, nul doute que 2019 sera l’année des cordes sexy, parfois lascives,toujours sensibles. Comme vous le verrez en feuilletant ces pages, ce premier numéro de Dans son nouvel album, Christian Escoudé rassembleson expérience pour aborder des thèmes peu fréquentésChristian Escoudé 14 l’année est dense et propose une large palette de couleurs, dans tous les styles et toutes de Django, ou jamais enregistrés à la guitare. les positions… de mains.De Mark Knopfler à Christan Escoudé et Raphaël Faÿs, qui ne cessent de se réinventerau fil de leurs captivants albums ; de David Reinhard, qui conjugue swing manouche et Entretien avec la musicienne de La Nouvelle-Orléans, quiLeyla McCallaévoque ses nouveaux chants créoles et anti-capitalistes. 20 foi évangélique, à Leyla McCalla, qui verse dans le blues anti-capitaliste ; de Tété àTamino, les pépites folk-rock actuelles, c’est peu dire qu’il y en aura pour tous les goûts. david ReinhardtConfidences du petit-fils de Django, engagé dans un 22 Des actus chaudes encore, voire brûlantes, avec la Team Acoustic qui propose en ce mois cheminement spirituel. La religion à l’ère du swing de janvier un tir groupé et pour le moins "caliente" : François Sciortino, Jimi Drouillardet Chris Lancry sont à l’affiche dans ces colonnes, et ça taquine sévère de l’onglet et du Raphaël FaÿsTour d’horizon des nouvelles escales musicales du virtuose 26 médiator ! du jazz manouche et du flamenco. Jeux de mains, jeux de bassin. Tel pourrait perte le credo du cahier pédagogique, qui, làencore, ne lésine pas sur les partitions affriolantes, à travers une étude de style sur le Rencontre avec la révélation folk-rock.tamino 28 swing du sultan Mark Knopfler et de nouvelles rubriques : Théorie musicale de ChrisLancry, Chanson pour le moins groove d’Idhai, notre Révélation Guitarist Acoustic, etAmérique latine de Norberto Pedreira. En somme, des plages musicales qui vont faire Discussion avec un chanteur engagé contre le "fauthentique".tété 30 monter le mercure. En 2019, vous n’aurez pas froid aux doigts…. La rédaction Rencontre avec le compositeur tout sauf classiqueSamuel Strouket adepte du jazz atmosphérique. 32 la version numérique avec ses audios, ses vidéos et ses bonusAccédez gratuitement* sur votre mobile ou votre tablette à Accompagnées d’un CD-ROM audio-vidéo, 28 pagesCarnet de notes 34 *offre réservée aux abonnés Avec unerubrique consacrée à lade pédago pour aborder tous les styles à la guitare. étude de style Mark Knopfler, , une leçon de théorie musicale une nouvelle Directeur de la publication : masterclass chanson d’Idhaià l’Amérique latine et toutes les rubriques rumba blues, et une autre une Directrice de la rédaction : habituelles. Coordination éditoriale :Création et réalisation maquette : Benoît Merlin Valérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Georges Fonseca Rédacteurs :Romain Decoret, Jean-Pierre Sabouret, Max Robin, Milo Green, Richard Baudry, Youri.Cahier pédagogique : Valérie Duchâteau, Jacques Balmat, Olivier Rouquier, Alexis Sénart, Jacques Carbonneaux, Guillaume Lajarige (galerija@wanadoo.fr) Les astuces de Richard Baudry.Questions de lutherie 68 Images, prises de son et montage vidéo :Clément Reboul, Florent Passamonti, Norberto Pedreira, Idhai. Bancs d’essai Prises de vues vidéo : Partitions et tablatures : Valérie Duchâteau, Eric Gombart, François Sciortino, Chris Lancry, Jimi Drouillard, Jean-Philippe Watremez Tests de guitares de luthier et de série. 70 Photographe :Photo couverture : Romain Bouet Mark Knopfler © Universal - Chistian Escoudé (©) Jean-Baptiste Millot - Leyla McCalla © Greg Miles Benoît Merlin Max Robin & Philippe Cabaret - Conception CD-ROM : Dominique Charpagne Give Away Sigma 75 RCS Chantilly : 830 643 797 00012 Chef de publicité :Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1 000 euros. Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01 GérantTél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com) Retour sur les voyages de Jean-Christophe Maillard.Globe-trotter 88 Abonnements : : Georges Fonseca - Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) : Back Office Presse – Service clients, 12350 Privezac Siège social :. ISSN-1957-8229 / N°66, janvier 2019 2, Chemin rural du Moulin à Vent - 60390 Berneuil-en-Bray Tél. 05 65 81 54 86 – e-mail : contact@bopress.frMercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert: 0 800 34 84 20 La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leurs auteurs. L’essentiel des sorties de ces derniers mois.Cd 92 Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication.© 2019 byImpression : Courriers des lecteurs 96 Origine papier principal de la revue : Allemagne. Taux de fibre recyclé utilisé : 0%. Certification des papier : PEFC. Indicateurs environnementaux P TOT : 0,016 kg/t. La RosaceCentre Impression (43, rue Ettore Bugatti 87280 Limoges).. Distribution : Presstalis Commission paritaire 0410K86315. (Printed in France) Abonnement 97 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine, Club Lecteurs60 lots à gagner ! 98 est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,
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NEWS
RévélaTions GuiTaRisT Give AwAy n°64 aCousTiC 2019 Le gagnant de la guitare Alvarez Qui sera la prochaine Révélation ? Les sélections est M.Collier, habitant pour succéder à Idhai sont ouvertes ! Pour participer à Chalons-en-Champagne (51) et convaincre notre jury de professionnels, il suffitde nous envoyer une démo de trois titres sur un lien dédié, quel que soit le style de musique et de guitare acoustique que vous pratiquez. Le ou la lauréate se © DR verra donner un gros coup de pouce pour lancer sa carrière : interview dans le magazine, programmation sur la grande scène du Festival Guitare d’Issoudun, notre événement partenaire, et mise à disposition de nos contacts professionnels. Alors, tentez votre chance et envoyez-nous votre démo avant le 30 mai ̈l Rapon à cette adresse : www.revelationsacoustic.com © Gae Confessin’ The Blues L’hommage des Stones au blues Ce double album compilé par les Stones contient les grands classiques de Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Big Bill Broozny, Robert Johnson et Magic Sam, mais aussi des raretés comme "Boy Blue" (Roland Hayes), un "field recording" enregistré en 1959 par Alan Lomax. Sans oublier Jimmy Reed avec Eddie Taylor, Little Walter, Reverend Robert Wilkins, soit 42 pépites. A travers ce double album, les Stones rendent hommage à des artistes qui ont un impact énorme sur leur carrière. Comme le révèle Ron Wood : "C’est par le blues que Mick et Keith se sont approchés pour la première fois dans le train du retour de l’Université. Ils ont découvert avec admiration la collection de disques de l’un et l’autre et ce fut : "Hey, tu as du Muddy Waters, tu dois être un bon gars… Allez, formons un groupe !". Les Stones et BMG ont décidé que 10% des ventes seraient reversés à la Blues Heaven Foundation de Willie Dixon. A noter que la pochette du coffret a été peinte par Ron Wood himself. Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, pas de boogie-woogie, mais du blues ce soir !
© DR
© Dan Monick © Universal
2019, L’ANNÉE DES SHOWS ET DES CORDES !
- Les 3, 5, 6, 12 et 13 février, Joan Baez s'installe à l'Olympia. Elle - Bob is back ! Bob Dylan donnera trois concerts exceptionnels au sera à Strasbourg le 15 février, le 13 juillet à St Julien-en-Genevois, Grand Rex Paris, les 11, 12 & 13 avril. et enfin le 15 à Carcassonne - 6 mai : début de la tournée de Mark Knopfler à Bordeaux. Il se - Le 8 février, Matthieu Chedid lance une tournée conséquente de produira le 7 mai à Toulouse, le 12 à Strasbourg, le 17 juin à Bercy, 72 dates au Cirque d'Hiver Bouglione à Paris (jusqu’au 22 février), le 19 à Lyon et le 14 juillet à St Julien-en-Genevois. avant deux Bercy, les 18 et 19 décembre. - Les 24, 25 et 26 mai, Ed Sheeran pose son gig-bag à Lyon, le 29 - Le 2 mars, Hugues Aufray se produira à Bergerac, avant d’enchaîner à Bordeaux. douze dates jusqu’au dernier concert le 25 mai à Wousviller. - 27 juin : les Beach Boys surfent sur l'Olympia, avant d’aller dérouler - Le 2 avril, Rufus Wainwright débarquera à Arras. Le 4 avril à leurs tubes à Monaco le 13 juillet. Mérignac et le 5 à l'Olympia. - Le 28 juin, Ben Harper sera à Marmande, le 29 à Ruoms, le - Le 5 avril, Francis Cabrel jouera à Dammarie-les-Lys, puis le 6 4 juillet à Albi, le 6 à Beauregard, le 7 à Arras et le 20 juillet à au Blanc-Mesnil, le 12 à Aix-les-Bains, le 13 à Montélimar, le 14 Carhaix. à La Grande Motte.
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BREVES
LES ZICALES MENSUELLES
$ Valérie Duchâteau se DE LA ROCHELLE produira le 23 mars au Festival des Cordes Sensibles de La nouvelle scène de la guitare St Médard-en-Jalles, en duo Nouvellement installée à la Rochelle, l’association ECLADES et son avec Antoine Tatich dans le fondateur Eric Tollet proposent les Zicales Mensuelles de La Rochelle, cadre du duo " Les Guitares un événement autour de la guitare de tous styles, se déroulant sur Improvisibles" et en premièrepartie de Sanseverino. deux jours et dont le parrain est notre collaborateur Eric Gombart. $ Avec son récent album, Le concept ? Consacrer un jeudi et un vendredi par mois à la six-cordes If You Really Want, enregistré avec, le jeudi, un atelier-masterclasse du parrain, suivi en soirée d’une avec le Metropole Orkest dirigé scène ouverte, pour laquelle les candidats guitaristes, guitaristes/chan- vient d’obtenir une nominationpar Vince Mendoza, Raul Midon teurs ou groupes, peuvent s’inscrire pour jouer deux titres sans audition aux Grammy Awards. (et récompensés par le cocktail du mois). La soirée sera également Le guitariste sera en tournée agrémentée par la présentation de l’instrument du luthier du mois, française du 28 mars au 9 avril. ainsi que par un petit set du ou des invités, choisis parmi les grands $ Watermelon Slim est de retour en ce mois de janvier avec noms de l’instrument, et qui se produiront pour un grand concert le un nouvel album intitulé Church of lendemain sur le magnifique bateau l’Espérance 1, amarré dans le vieux port de la Rochelle. La programmation the Blues. Sept titres originaux et est prometteuse d’un beau succès avec les 24 et 25 janvier, Eric Gombart & Jean-Félix Lalanne pour leur sept hommages à Muddy Watersou Fred McDowell. Le musicien concert Pick & Jazz ; les 14 et 15 février, Valérie Duchâteau, qui fera chanter merveilleusement la guitare aux californien s’est entouré de ses chansons de Barbara et de Jacques Brel. Les 14 et 15 mars, Michel Haumont et Joël Gombert viendront guitaristes préférés : Bob Margolin présenter l’intégrale de leur nouvel album enregistré courant janvier. Les événements se poursuivront tous les (avec Muddy Waters de 1973 mois avec de nouveaux grands artistes et une trêve estivale de juin à septembre. à 80), Joe Louis Walker, JohnNemeth et Sherman Holmes + d’infos : www.eclades.fr / eclades.contact@gmail.com des Holmes Brothers. $ Walter Trout (guitariste de Canned Heat, John Mayall, ROMA EXPO GUITARS Joe Tex et John Lee Hooker) revient avec Survivor Blues, un Pas si classique que ça album qui fait allusion à sa greffe Placer la guitare à cordes nylon au cœur du Colisée, telle est la volonté de du foie il y a quelques années. Chitarra in Association, qui organise les 15, 16 et 17 mars prochains une Il sera à la Cigale le 26 mai,en compagnie de Jonny Lang et exposition dédiée à la guitare classique de belle facture. Au programme, un Kris Barras. salon réunissant les meilleurs luthiers italiens, des conférences (Lorenzo $ Le mandoliniste/chanteur Frignani, Mario Grimaldi, Gabriele Lodi), des concerts (Thu Le le 15, de bluegrass Ricky Skaggs a été Marco Tamayo le 16) et une série d’invités prestigieux (Luigi Attademo, introduit au Country Music Hallof Fame de Nashville à la fin de Bruno Giuffredi, Pablo Marquez, Anabel Montesinos). Non, ils ne sont l’année. Une récompense méritée pas fous, les Romains ! pour ce pilier de la musique + d’infos : www.romaexpoguitars.com bluegrass.
SORTIES & RÉÉDITIONS
DAVID BOWIE Glastonbury 2000 En 2 CD + 1 DVD, ce coffret revisite le passage de Bowie à Glastonbury, ELVIS PRESLEY Le come-back special 68 de "Life on Mars" et "Starman" à "Ziggy Stardust", "All the Young Cette édition du 50ème anniversaire du show TV qui annonça le retour Dudes" et "China Girl", "Heroes" ou "Let’s Dance". du King à la scène se présente sous forme de 5 CD + 2 Blu-Ray, avec un livre de 80 pages expliquant les détails de ce qui devait être, selon KIM MYRH Pressing Clouds Passing Crowds le Colonel, un "Christmas show", mais qui devint une explosion Ce guitariste spécialiste de la 12 cordes s’est associé au quatuor canadien rock’n’roll qui brisa, temporairement hélas, les chaînes qui enserraient des Bozzini pour un album de musique contemporaine inspirée par Elvis. l’œuvre de Robert Ashley. Original et sophistiqué. MANDOLIN ORANGE Tides of a Teardrops MIKKEL NORDSO QUINTET Out There Ce duo acoustique de Caroline du Nord réunit Andrew Martin et Emily Mikkel Nordso est un guitariste de jazz qui mixe l’univers de John Frantz pour des chansons chaleureuses au son americana plutôt que Coltrane à celui de Jimi Hendrix, un peu comme le faisait Pat Metheny. deep country. Le son est très intéressant.
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SAVE THE DATE
d’un hommage à François Béranger. Le reste de la programmation NUITS DE LA GUITARE montre l’éclectisme recherché par le festival : du flamenco avec Serge Le 26 janvier Lopez en duo guitare-percussions, du jazz manouche avec Adrien à la Tranche-sur-Mer (85) Moignard Trio et le duo Valérie Duchâteau-Antoine Tatich dans Pour la 9ème édition, les organisateurs "Les Guitares Improvisibles", où se mêlent des pièces de classique, jazz, de ce rendez-vous qui s’est rapidement country, musique sud-américaine, avec une belle part laissée à l’im- imposé sur la carte de la guitare ont provisation. Une masterclasse et une exposition de lutherie gratuites concocté un sacré plateau d’artistes, et sont prévues le 23 mars. ce dans tous les styles blues-rock et + d’infos sur le site http://accordsetacordes.saintmedardasso.fr country-soul : Clive Barnes, Eric ou au 06 07 57 37 56 Blakely, Beauty & The Beast (nos Révélations Guitarist Acoustic 2017), The Triple Cask et The House Band. Les concerts débutent à 20h30 au Pôle culturel Les Floralies. LA JOURNÉE + d’infos : www.latranchesurmer.fr DE LA GUITARE Les 16 & 17 mars à Mutzig (67) 5 ÈME RENCONTRE Contrairement à ce qu’indique son AUTOUR DE LA nom, ce festival se déroule bel et bien GUITARE sur deux jours. Face au succès des deux Le 2 mars à Poncin (01) précédentes éditions, il a en effet fallu Organisé par l’association Styl Guitar’ rallonger la programmation, qui compte et situé au foyer rural de la ville, cet cette année 17 artistes venus de toute événement joue la carte de la sobriété l’Europe. Ouverture du bal avec le par- heureuse, chère à Pierre Rabhi. Pas de rain du festival, Hughes Aufray, le sa- pléthore d’artistes sur des scènes dé- medi 16 mars au Dôme de Mutzig. mesurées, mais une journée sous le Le lendemain, place à l’inauguration du Salon Guitare, à partir 10h, signe de la convivialité avec des scènes qui se tient dans un espace de 1000 m2. Toujours le dimanche, les ouvertes, une exposition de luthiers concerts débuteront dès 10h50 avec, au fil de la journée, Sylvestre toute la journée et un concert gratuit Planchais, Gaëdic Chambrier, Arnaud Dumond & Pedro Sierra, le soir ! Cette année, Jérôme Sousa Mundo Swing, Yvan Guillevic & Anne Sorgues, Marcin Patrzalek, proposera un feu d’artifice pop-rock. Yaouen Le Marin, Jérémy Bares etc. Expositions, concerts, master- + d’infos : http://styl-guitar.e-monsite.com classes, scènes ouvertes... Cette Journée de 48h ne lésine pas sur les moyens pour mettre la six-cordes à l’honneur. A noter la masterclasse de nos amis Neck Bros le dimanche de 13h20 à 14h et celle de BLUES AUTOUR Sylvestre Planchais (de 17h30 à 18h). DU ZINC + d’infos : https://www.jdlg.eu Du 15 au 23 mars à Beauvais (60) La 24ème édition de ce grand raout du GUITARE AU BEFFROI blues-rock promet cette année encore Du 22 au 24 mars une affiche de choix, avec Yarol (15), à Montrouge (92) Laura Cox et Gaëlle Buswel (16) et 7ème édition du festival ouvert à "tous Bâton Bleu, entre autres, pour une ceux qui en pincent pour les cordes", soit plongée dans toutes les esthétiques du trois jours de concerts en soirée et un blues (folk, americana, rock, soul, bluegrass, country, etc.). Au total, salon international de la guitare en plus de 50 concerts (programmation en cours), dont une grande partie journée. Avec ses 90 exposants, ses se déroule dans les bars et restaurants de la ville. deux salles d’exposition de 1000 m2 + d’infos : www.zincblues.com (acoustiques, électriques et amplis) et 300 m (guitare classique), ses studios d’essais isolés et sa cinquantaine de FESTIVAL DES concerts-démos gratuits, le Salon de CORDES SENSIBLES la Belle Guitare est aujourd’hui devenu un rendez-vous incontournable. Les 22 & 23 mars à Côté concerts, l’équipe de Jean-Michel Proust, le directeur du festival, Saint-Médard-en-Jalles (33) ne mégote pas : Lucky Peterson + une affiche dédiée à la guitare Les Cordes Sensibles s’inscrivent dans classique le 22 (avec la finale du Concours International Roland la durée avec cette 16ème édition, qui Dyens/Révélations Guitare Classique, suivie des concerts de Cassie reste axée autour de la guitare acoustique, Martin (Révélation Guitare Classique 2018) et Thibault Cauvin) ; avec une programmation mélangeant Bill Deraime le 23, puis en clôture de festival, Angelo Debarre dans différents styles musicaux. La chanson le cadre du projet Amazing Keystone Big Band (une première pour sera également à l’honneur avec le dy- "Django Extended") le 24. Cette année encore, le Beffroi va mettre namique Sanseverino, cette fois seul les pendules à l’heure de la six-cordes ! en scène avec sa guitare, dans le cadre + d’infos : www.guitaresaubeffroi.com
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A L’AFFICHE
L’Actu de LA 2019 débute sur les chapeaux de roues avec la sortie des albums de trois de nos intervenants pédagogiques : Jimi Drouillard,Chris Lancry et François Sciortino. De la valse musette au bluegrass, des strings bands du début du XXTeam acousTic seventies de Frank Zappa, la team Acoustic n’a pas chômé pendant les fêtes !Texte : Ben e siècle au prog-rock Jimi DrouillarD S’attaquer à Zappa, il fallait oser ; Jimi l’a fait !Révolution Zappatesque L’Autre Distribution), le divin droitier rendDans son nouvel album, Zappa’s Songs (Le Triton/ un musicien hors norme dont j’admire l’inspiration,l’intelligence, la vision politique, l’humour, bref lahommage à l’une de ses idoles : "Frank Zappa est vision de la vie. Avec Thierry Eliez, que je connaisdepuis trente ans, nous nous sommes toujours dit qu’il fallait enregistrer un tribute, mais avec notre Seize interprétations audacieuses des patchworkspsyché-prog-rock de l’icône iconoclaste.son, nos propres couleurs", résume-t-il. Résultat ? ce big band à géométrie variable, mais toujoursd’humeur égale, composé de ses enfants (LauraPour cela, Jimi a convoqué la "Drouille Brigade", aux chœurs et le regretté Rémi à la guitare solodans "I’m the Slime", Félix et Satie Eliez aux chœurs sur "Yo Mama") et de ses compères deconcerts survoltés : Thierry Eliez aux claviers, Laurent Vernerey à la basse, Francis Arnaud àla batterie et, en guest cerise sur le "spy cake", Franck Tortiller au vibraphone et au marimba.La bande à Jimi attaque pied aux plancher avec le medley "Camarillo Brillo/Peaches in Regalia",à l’intro rock héroïque et au solo finement ciselé. Phrasés prog et psyché-rock, tout autant ellip-tiques que mélodiques, déluge de disto, nappes de synthés hypnotiques, tempos à la taurine, cetalbum produit par Jacques Vivante et capté au © Eric Barbara
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A L’AFFICHE
Triton en juillet 2018 -les "repisses" de piano dans la batterie, la guitare ou la "Nous avons enregistré avec basse etc., bref "à l’ancienne", avec les instruments quise répondent en live, sans le côté aseptisé des productions actuelles"bertaires des années 70. L’imagination, la création, explique Jimi - est une ode aux slogans li- et même la folie douce au pouvoir. Drouillard a rai-son : Zappa for President ! De la voluptueuse ballade "Sofa" au volcanique "Po-Zappanorama YerboutiSensationJama People", des pièces funk de l’album, en passant par la jubilatoire divagation au rock fessu et burlesque du disque Over-Nite Sheik © Juien Vivante éthylique "You are what you is", Jimi ressuscite leGrand Wazoo au fil d’une extravagante aventure que n’aurait pas renié ce dernier. That Question", qui esquisse la vision humaniste A travers les choix de titres - notamment "Eat phrase de Zappa :fessionnel, c’est ok. Si tu ne veux pas, c’est ok aussi", "Si tu veux devenir musicien pro- été qualifié d’artiste ésotérique, c’est un cliché ! C’étaitun compositeur énorme, adepte des mélodies accrocheuses. "Zappa a souvent d’un artiste avant-gardiste, pas aussi allumé qu’on résume parfaitement ma philosophie, j’adore ce point Personnellement, j’ai une préférence pour la période où sans maquillage du farouche opposant à l’establish- voudrait nous le faire croire -, Jimi brosse un portrait de vue à la fois absurde et nihiliste", conclut Jimi il joue avec le pianiste-claviériste Georges Duke, au ment et aux codes en tous genres. Ici, on monte le Drouillard, la main sur le cœur et les doigts sur les sein de The Mothers Of Invention, de 1970 à 78 en- son et on explique, en substance, que les fous ne sont potards. viron. Un musicien fabuleux, qui apportait une touchejazz et funk, alors que les premiers albums de Zappa pas toujours ceux que l’on montre du doigt. Unexemple avec la reprise "Dancin’ étaient, avouons-le, un peu plus pétés du casque…" charge disco de Zappa contre les flambeurs de dance- Fool", la caustique puis le 23 mai au Jazz Café MontparnasseRelease party le 5 avril au Triton, floors aux chemises ouvertes sur la moquette. "Cette http://jimidrouillard.com(ex-Petit Journal ) Chris Lancry & The Meilhac STring Band Attention, les gâchettes de la western music sontde retour et en forme olympique ! Ce quintet, quiSymphonies de string bands Meilhac (lors des fameux stages d’été de GuitarGroove) et sur la scène de l’Utopia, à Paris, propose s’est formé au fil des rencontres dans les plaines de dans son album éponyme une virée dans le far wes-tern. Quelle épopée ! Les cinq cigales proposent une véritable immersion dans le répertoire du deep southblues et du bluegrass, en passant par la musique Ol’ Time. Plus qu’un road-trip aux États-Unis, un vé-ritable voyage dans le temps des string bands du siècle dernier. Composé de vétérans du folk et dublues français, remontés comme des pendules, le Meilhac String Band propose un album enregistrélive, purement acoustique et inspiré par le style et le son des orchestres à cordes, tels les MississippiSheiks. Enregistré au célèbre studio Marcadet, cet album ne triche pas et ne se cache pas derrière les acoustique, naturel, sans traficotage de studio, et c’est cere-re et les effets de maquillage : "C’est un album 100% ©Guitar Groove que j’aime dans cette "vieille musique" comme la qualifient
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A L’AFFICHE
certains. Dans ce répertoire, tu es sans filet, il fautfaire passer l’émotion dans ta manière de jouer et est composé de Chris Lancry (guitare/harmonica), dans ton propos"donc huit titres, compositions et adaptations de, observe Chris Lancry. Voilà Percy Copley (mandoline), Gilles Michel (basseacoustique), Danny Vriet (violon) et Jeff LeGuil- morceaux traditionnels, qui fleurent bon lesfièvres populaires. Ce gang, qui n’a rien de postiche, cher (clawhammer banjo). Ces pionniers françaisdu grand songbook américain ont écumé depuis lesannées 70 les festivals de blues et de folk en com- pagnie de Big Joe Williams, Blind Gary Davis, BillMonroe, Alexis Korner, Stephen Stills, Eric Bibb et Charlie McCoy excusez du peu.ils ont clairement décidé de faire sauter la banque En ce début 2019, avec des bâtons de dynamite. Du Reverend Gary Davis ©Guitar Groove Chris & Co jouent le "Deep River Blues",sauce Doc Watson, pour non pas des duels, maisà Rory Gallagher ! un picking Belgique avec mon trio d’alors. Comme Premier prix, des dialogues à bâtons rompus.jubilatoires à l’image de la superbe work song "Didn’t Voire des ping-pongs nous avons remporté une programmation dans le plusgrand festival local, à Pielzen, en première partie de it Rain", popularisée par Henry Thacker Burleigh.Des goodies encore avec une ballade dans les tor- Blind Gary Davis, suivi de Rory Gallagher ! Ce derniervenait de quitter son groupe Taste et tournait en trio peurs sudistes sur "Let the Deal Goes Down", dé-licieusement lascive, et la "fiddle tune" "Angelina avec le bassiste Gerry McAvoy. Nous avons passé unepartie de l’après-midi ensemble, il m’a joué ce titre qui Baker" (également connue sous le nom de "Angelinethe Baker"), est en fait un morceau du bluesman Blind Boy Fuller. Christy's Minstrels en 1850. Sans oublier la fameuse écrite par Stephen Foster pour le groupe Une journée mémorable !" les rappeurs, une plongée sans bouteille mais aveccousins québécois, Alors, cet album? De la " bonne tune" diraient nos farce "I like Bananas" de Chris Yacich, populariséepar Billy Cotton & His Band, que les cinq compères du "son authentique" répondraient dégustent avec gourmandise sur les chemins dubluegrass buissonnier. autre Amérique que celle vendue par la Trump fa-ivresse dans l’âge d’or de la Prohibition et des "DryStates". Au final, ces ethno-musiciens racontent une tolero irlandais Rory Gallagher, à travers la repriseCertains pourraient s’étonner du clin d’œil au pis- mily. Tout sauf fake et gorgé de jolies news, ce ré-cit ! ©Guitar Groove de "Pistol Slapper Blues".à l’âge de vingt ans, j’ai remporté un blues contest en "J’ai une anecdote : en 1971, Album disponible sur le site https://guitargroove.com François Sciortino Souvenirs Sciortino est un livre de souvenirs, qui s’écoutePlus qu’un album, ce d’un Saltimbanque Saltimbanque de François et se feuillette au coin de ces feux qui réchauffentles âmes. les tours d’adresse. On le sait, le maître pickerest un magicien de la six-cordes comme des jeux Par définition, le saltimbanque pratique harmoniques.public, j'aime cette idée de divertir le public avec "Le saltimbanque est un amuseur ceux qui pensent que les artistes sont des paresseux,en réponse au côté parfois péjoratif de ce mot, à tousma musique. Et puis, il y a aussi une touche d'ironie alors que derrière tout ça, il y a beaucoup de tra- du banc", et il y a quelques couleurs italiennes dansmes compositions"vail ! Saltimbanque vient de l’italien "Qui saute pratique les sauts de cordes comme de répertoires,Comme à son habitude, François Sciortino , résume-t-il au gré de ses humeurs bucoliques,ou festives. Il se pique de musette sur "Parfum mélancoliques Pomme", dédiée à sa femme (le musette, c’est important pour moi de garder unede musette" et l’émouvante "Valse pour une Petite"J’adore la valse et identité musicale française"), verse dans le tango © Pierre Thouvenot
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éthylique sur "Tango pour un gnôlu" ("Quand l’alcool aurait aimé dire au revoir une dernière fois". Ou sur a eu raison de lui, le gnôlu descend au village et dans le le "Blues de Vache", un picking blues aux accents tango", écrit-il dans le livret de l’album), fait un grand jazz dédié à Alain Giroux, récemment disparu. "J’ai écart entre la musique classique et le folklore italien commencé la guitare avec les méthodes d’Alain. Il était sur "Ballerina", lorgne les rivages de la Sicile et de bienveillant et d’une grande gentillesse avec moi. Un la Sardaigne chers à son cœur sur "Saltimbanque", jour, il m'appelle : "Salut François, j’ai acheté le dernier les fièvres calypso des "îles lait de coco" sur "Djingo", numéro de Guitarist Acoustic, je bosse ton boogie et ou les grands espaces canadiens dans "Je me souviens", je m’éclate !" C’est particulier d'avoir un compliment une photo souvenir d’un voyage au pays des caribous, d'un artiste que tu as admiré et qui t’a influencé. Ça te lui qui aime tant les chats et les poneys. motive et valide tes choix de musicien." Le jazz toujours avec une reprise de "Caravan", Pianissimo Sciortino ? façon caravansérail qui s’emballe : "C'est un arran- Il se fait plus tendre et mélancolique sur l’émouvante gement construit sur plusieurs années. J’avais l'idée de ballade "Milimélodie", sur les titres "Sous mon aile" départ, ce riff syncopé de l'introduction, puis j'ai découvert et "Une dernière fois", dédié à "tous ceux à qui on que je pouvais jouer le thème de "Caravan" sur ce groove. J'ai développé les deux parties et j'ai rajouté un pont plus oriental". On ne change pas une équipe qui gagne, François ayant travaillé avec Pierre Thouvenot, "un maître du son, mais aussi de l'image, qui a un studio à Dunkerque", et joué son modèle Thomas Féjoz OM Madagascar Custom. A noter quelques invités prestigieux, dont Michael Fix sur "Un parfum de Musette", Steve Louvat au banjo sur "Premier Printemps", l’harmo- niciste Christophe Dupeux sur le "Blues de Vache" et le violoniste Richard Rosefort sur "Je me Souviens". © Pierre Thouvenot Tranquillou, le chat François ? Non, mais il semble s’être posé pour feuilleter le livre des souvenirs, pas- sant des chapitres consacrés aux voyages à ceux dé- parfois en peu de mots. Il a beau courir les scènes diés aux êtres proches, parfois disparus. "Les voyages, en solo, le saltimbanque Sciortino n’est jamais seul. oui, mais aussi des preuves d'amour et d'amitié à travers des notes", admet-il. Sciortino fend l’armure, se livre Album disponible sur le site un peu plus, il baisse le tempo comme on s’épanche www.francois-sciortino.fr
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Sparky Clairement, ils font des étincelles. En 2016, leur premier E.P. (blues "Take away my love") promettait déjà quelques incendies un peu partout sous les nuages, que l’on soit plutôt à cheminerdans les forêts folk ou à végéter dans un honky-tonk, de l’autre côté du Delta. Mariage de blues qui crachote ses vieux poumons,in the CloudsThere's a Way to Make Things Brighter, incluant la pépite groovy- de rythmiques funk et de ballades folk gaéliques, d’épices indiennes et de piments africains, esthétique flower power et guitarBryony et Miranda Perkins, rend en effet les choses plus lumineuses. Aux shuffles blues des guitares de Mathias répondent lespowder… Le trio franco-anglais, composé du guitariste Matthias Castagné (ex-membre de la Crevette d’Acier) et des hippies sisters, mélopées hypnotiques des sœurs Perkins, élevées sur les falaises du Devon par des parents musiciens (père joueur de guitare,mandoline et sitar ; mère chanteuse de folk songs gaéliques). nouvelles fresques impressionnistes privilégient les clairs-obscurs du folk irlandais aux ocres du blues, à l’image du titre tellu-rique "Haytor Star", que n’aurait pas renié un Jimmy Page, époque cheval, épée et gilet en laine de mouton.d’Hayor était l’un de nos terrains de jeux lorsque nous étions enfants, Bryony et moi. Un endroit magique, une terre puissante, avecIls auraient pu continuer à suivre ce sillon, mais ces trois-là ne comptaient pas réutiliser les mêmes pinceaux musicaux. Leurs la violence de la mer et les bourrasques de vent qui fouettent les rochers… Ça nettoie !"tu pars d’un point sans savoir où il va te mener, sans connaître les épreuves que tu vas traverser. Un peu comme cet album.cieuse : , se rappelle Miranda. Bryony ajoute, mali- "Le site des rochers Parfois, je me sens comme un hobbit qui s’expatrie loin de la maison…" (rire général) "J.R.R. Tolkien, l’auteur du Seigneur des Anneaux, vient lui aussi de cet endroit. C’est un lieu propice à l’aventure, quand
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Folk & Fairy tales En somme, du british folk et des fairy tales ? Oui, d’où la propension à jouer des open tunings, façon Nick Drake, le colosse à l’âme d’argile, et des mélopées mélancoliques dans la veine d’Elliott Smith (qui se serait suicider de coups de poignard dans la poitrine), même si Matthias rejette toute étiquette de "musique dépressive", chez Sparky comme chez les deux étoiles filantes : "Nous procédons par des touches de lumière, par des choses suspendues, un climat d’attente avec une tension." Et non, car la musique de Sparky lorgne tout autant les jungles indiennes (traits de sitar sur "The Storm") que les rives africaines, à l’image du picking malien de la chanson "Kings & Queens", qui porte l’estampille Piers Faccini, leur producteur. Une manière d’inviter Ali Farka Traoré et Boubacar Traoré à la table des rois et des reines. Il y a donc des danses tribales et des transes, Bryony (ex-danseuse) et Miranda (professeur de yoga entre deux gigs) se revendiquant de la génération rave party. Pas question de l’afficher, de le scander de manière frontale, c’est inscrit en fili- grane, ça repose sur le fil de cette folk de funambules : "Avec Piers, nous avons choisi une méthode d’enregistrement à la fois simple et inconfortable : ne pas ficeler les morceaux, ne pas arriver avec des titres trop préparés, répétés, des structures contraignantes… Nous voulions que les prises de risques et l’improvisation créent des ouvertures et de la magie. Que la technique s’efface pour ne pas rogner les moments de vérité", concluent-ils, quasiment à l’unisson. Disons-le clairement: en matière de musique comme de pyrotechnie, il y a ceux qui grattent toute la boîte d’allumettes pour accoucher d’un pétard mouillé et ceux qui font des étincelles du premier coup. Sparky porte bien son nom. Ben Kings & Queens (Zamora Productions)
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à Floirac, lE 7 à toulousE,En concErt lE 6 mailE 12 à strasbourg,lE 17 juin à Paris (accorHotEls arEna),lE 19 à lyon Mark Knopfler porte quand). Le précédent,en cette année 2019 pourrait bien être la dernière, Mark Knopfler, 69 ans, n’a pas lésiné sur les moyens avec plus de trente datesprévues entre avril, mai et juin de l’année du sanglier selon l’horoscope chinois.Down the roaD whereverPour son 9ème album solo, l’ex-leader de Dire Straits a choisi le titre de Tracker, était sorti en 2015. Bien qu’il ait laissé entendre que la méga-tournée mondiale qu’il annonce Down The Road Wherever (Quelque part sur la route, n’im-
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au stade d’anfield Roadde la foRteResse d’alamoL’album s’ouvre sur "Trapper Man", l’histoire d’un writing, ou comment créer une chanson à partir dedemi-caisse. Avec Waylon Jennings aussi pour le song- volontaire du Tennessee qui finira par défendre laforteresse texane d’Alamo. Mark Knopfler est un spécialement chez les guitaristes. Un jour, tu es Yngwiepresque rien. J’ai eu la chance de pouvoir réaliser trèstôt que la célébrité n’est rien, c’est le travail qui compte, habitué de ces contes épiques qui ont contribué àla formation des États-Unis. On se souviendra de Malmsteen ou Blues Saraceno ; le lendemain, tu n’ar- son précédent "Mason & Dixon", dans lequel ilrevenait sur les explorateurs qui ont défriché la rives même pas à te faire arrêter par la police (sic). Il fautavoir un but, que tu n’atteins jamais vraiment, mais Louisiane et le sud des États-Unis.continue avec "Good on You, "Just a Boy Away From Home" conte l’histoire d’un Son" et "Drover’s Road". Ce thème épique il faut le poursuivre assidûment…"Route toRtueuse fan du Liverpool FC marchant dans les rues deNewcastle à minuit, après un match. "My Bacon Roll" Sur cet album, Mark Knopfler est accompagné parun groupe de rêve comprenant ses musiciens de& cul-de-sac our chaque concert, la liste des chansons © DR de Dire Straits : "Romeo & Juliet", "Sultans ofP est sujette à des changements, mais il yaura, assurément, les titres incontournables Swing", "Telegraph Road", sans oublier "Brothersin Arms" et "So Far Away". Pour ce qui est des œuvres solo de Mark, on peut compter sur "Sailingto Philadelphia" et "Hill Farmer Blues". Le reste des titres sera tiré du nouvel album solo avec"Trapper Man", "Back on the Dance Floor", "Just a Boy Away From Home", "One Song at a Time"et "Good on You, Son". dans les studios British Grove que Mark a créés àLondres, l’album sortant sur son label du mêmeLes titres de ce nouveau disque ont été enregistrés nom.Knopfler se considère comme un musicien de Nash- Quant à son jeu de guitare, rapelons que Mark ville depuis longtemps. "Mes deux influences primordiales sont The Shadows,le seul groupe instrumental dont tous les membres ontnashville KnopfleR est Témoin de Jéhovah. Mon autre grande influenceest Chet Atkins.été anoblis, sauf Hank Marvin qui a refusé parce qu’il ligne de ma chanson "One Song at a Time" que j’aiécrite pour Chet. Je me rappelle qu’il m’avait dit avoir Down the Road Wherever est une commencé dans la plus grande pauvreté, sur les routes,pour f inalement arriver au sommet, chanson après "EcrirE dEs chansonspEut êtrE unE routE longue date : le bassiste Glen Worf, le batteur Ian"Ianto" Thomas et le percussionniste Danny chanson. Je me suis toujours souvenu de cette conver-sation que nous avions eue quand nous avons enregistré pour lE moins Cummings. Aux guitares : Richard Bennett etRobbie McIntosh (ex-Pretenders). Le fidèle Guy l’albumL’influence de Chet Atkins est profonde chez Neck and Neck. Elle m’a inspiré." tortuEusE. cE n’Est loniste est John McCusker, le flûtiste Mike McFletcher est aux claviers ainsi que Jim Cox. Le vio- Mark Knopfler, qui connaît toutes les variantes du pas unE autoroutE Goldrick, sans oublier une section de cuivres com- laboration récente surjeu du guitariste nashvillien. Un exemple est sa col- toutE droitE, posée de Tom Walsh et Trevor Mires aux trompettes bum de duos de Tommy Emmanuel. Mark avait Accomplice One, le récent al- on pEut finir et trombones. Aux chœurs : Imelda May, Beverley composé spécialement pour eux deux "You Don’t occasionnEllEmEnt Skeete et Katy Kissoon, ainsi que Lance Ellingtonet Kris Drever. de Chester & Lester (Chet Atkins & Les Paul ).qui rappelait très intelligemment les duos mythiques Want to Get You One of Those", un morceau jazzy est une métaphore venue du country-blues, un peudans un cul-dE-sac." déclare :et réaliser un disque peut être une route pour le moinsDes séances de "Ecrire des chansons, les présenter aux musiciens Down The Road Wherever, Mark à mon actif. Le titre de ce nouvel album est approprié,"J’arrive à l’âge où j’ai un solide catalogue de chansons comme "Hoochie Coochie Man", mais dans le stylede Knopfler. Enfin, "Back on the Dance Floor" est tortueuse. Ce n’est pas une autoroute toute droite, on parce que c’est ce que j’ai toujours fait. J’ai toujours une pop song avec les accroches de "Twisting by peut finir occasionnellement dans un cul-de-sac. Il faut essayé, sur chacun de mes disques, de garder ma propre the Pool" de Dire Straits. alors effectuer un virage à 180° en seize points - les sons. Ma géographie, c’est le Delta du Mississippi quigéographie personnelle en filigrane à travers les chan- "Avec l’expérience, je joue de plus en plus sobrement.J’ai commencé à apprendre cela en travaillant avec Bob verse aussi discrètement que possible. Cela fait partieroutiers me comprendront - et repartir dans le sens in- je suis né."rejoint la rivière Tyne dans la région de Newcastle, où Dylan, cherchant les notes qui comptent, celles qu’il fautjouer, le reste est du bavardage. J’ai aussi beaucoup du métier. J’ai écrit une chanson inspirée par ces mo-ments, elle est intitulée "Slow Learner", car il faut du appris de Tony Joe White, à qui j’ai offert une Gibson temps pour apprendre, rester calme et repartir…"Romain Decoret
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© Jean-Baptiste Millot Christian 16 • AC #66Escoudé Tu es retourné t’installer dans ta région d’origine, lesCharentes. Qu’est-ce que ça a changé dans ton rapport à la musique ?L’ambiance parisienne n’est plus aussi excitante de jazz qui fonctionnaient tard dans la soirée. Cette"nuit parisienne" a donc changé, j’y voyais moinsqu’elle l’a été, telle que je l’ai connue, avec des clubs d’intérêt. Je vis maintenant au calme dans unegrande maison, style maison charentaise, et avec le TGV, je peux faire des allers-retours à Paris ou ail-leurs assez rapidement, quand j’en ai besoin. Une partie importante de ce nouvel album est consa-crée à Django Reinhardt. Au point où tu en es de ton parcours, que représente pour toi quelqu’un commeDjango ? J’ai envie de dire qu’il représente pour moi ce qu’ila toujours représenté ! Pas vraiment plus aujourd’hui qu’à l’époque où j’étais jeune et où j’ai commencéla guitare. à la maison déjà, avec mon père, qui était guitariste. Parce que j’écoutais des disques de Django La musique de Django continue de te nourrir ?Il est tellement inventif que sa musique est intem- porelle. Donc elle me parle encore aujourd’hui, maisj’essaie - enfin, c’est ce que j’ai essayé de faire dans l’album! - de combiner cela avec les autres influencesque j’ai eues. Pour moi, les deux "grands" guitaristes restent quand même Django et Wes Montgomery.Mais d’autres influences harmoniques me viennent des années 60, quand on a commencé à écouter lamusique de jazz telle que l’avait fait évoluer John Coltrane, par exemple. Donc la musique de Djangome parle encore, mais à travers ces influences pos- térieures dans le temps. sont en quelque sorte dans la "reproduction" de l’uni-vers de Django, évidemment fascinant. Mais ce quiBeaucoup de guitaristes qui s’intéressent à cet univers caractérise ton travail, de longue date, c’est cette ap-proche "non f igurative". On est plutôt dans une sorte d’évocation. Et là, tu as choisi d’intégrer la voix.Pourquoi ? J’ai eu l’idée d’intégrer une vocaliste, parce qu’audépart, j’avais décidé d’adapter la Messe de Django. Et pour une messe, on pense inévitablement à lavoix, comme lui certainement l’a pensé aussi quand il a composé cette pièce.teuse que de l’organiste, vient de là, de cette Messe. Le choix, autant de la chan- Django, via Coltrane Dans son nouvel album,Records/Sony Music), Christian Escoudé rassemble son expérience (de compositeur, Django, les inédits (à paraître le 22 février chez Cristal d’arrangeur et d’instrumentiste) pour aborder des thèmes peu fréquentés de Django, oujamais enregistrés à la guitare (la Messe). Pas un coup de médiator de trop, rien que l’es- sentiel dans ce recueil savamment architecturé, que Christian déploie en convoquant laguitare bien sûr (la sienne et celle de Jean-Baptiste Laya), mais aussi l’orgue et la voix de la chanteuse Stéphy Haïk.
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Ce qui nous reste de la Messe de Django, c’est un quand on compose ou qu’on arrange de la musique. extrait assez court, une page d’écriture en tout. "Il y a toujours Tout d’un coup, ce n’est plus à trois temps, ça devient Comment as-tu abordé ça et quel travail as-tu un quatre temps, et puis la tonalité change aussi, fait là-dessus ? eu chez moI ces deux avec une réharmonisation. J’ai gardé la mélodie, A partir de la partition que j’avais, j’ai com- choses : l’InstInct mais j’ai mis d’autres accords en dessous. mencé à jouer ces notes de Django. Et à partir bIen sûr, puIsque de là, je me suis mis à harmoniser, un peu d’une C’est un album de compositeur, mais c’est aussi un autre façon, et à développer. Je dirais que c’est je suIs gItan, maIs album où la guitare a toute sa place, puisque tu as un prolongement de la partition de Django, aussI la conscIence tenu à ce qu’il y ait une deuxième guitare… avec une partie où l’on improvise, puis une re- C’est une évidence si on pense à la musique de prise. Ça reste sous la forme d’un thème de jazz. que la musIque est Django, et à cette période où il jouait presque tou- une matIère quI jours avec d’autres guitaristes. La partie d’accompa- Sur plusieurs de ces thèmes, il y a des paroles. s’étudIe, et dans gnement - mais pas uniquement - de Jean-Baptiste Comment as-tu collaboré avec la chanteuse ? Laya, qui collabore avec moi dans plusieurs de mes C’est elle qui a écrit les paroles, parce qu’elle le laquelle on peut albums et aussi sur scène, rappelle cette présence- fait couramment (elle est aussi auteure). La soI-même là. Finalement, les choses ont évolué petit à petit, musique que je lui ai proposée (la Messe, "Cho- progresser." pour arriver à cette orchestration. C’est toujours ti", "Improvisation N°2"…) l’a inspirée. Là, je cette couleur particulière qui nous influence, celle ne suis pas intervenu. Je lui ai laissé toute liberté du Quintette du Hot Club de France. pour ses textes. été composé. Donc c’est un peu ça le processus, il me semble. C’est comme ça que ça s’est passé. En même temps, il y a cette extension, avec l’orgue, Parle-nous de cette "Improvisation N°2". Pour- tenu par Antoine Hervier, qui effectue d’ailleurs un quoi l’as-tu choisie ? Tu aimes bien cette valse, "Choti", que tu avais déjà très beau travail sur cet album… C’est une des belles - elles sont toutes belles ! - enregistrée, et dont tu proposes ici une nouvelle ver- Quand je suis revenu dans la région, j’ai pris contact improvisations de Django. Mais j’aime beau- sion… avec ces musiciens-là (Antoine Hervier, le contre- coup celle-ci. Quand on commence à travailler J’ai joué toute la première partie, avec le piano… bassiste Guillaume Souriau…), qui sont vraiment comme ça, sur un thème, soit sur la Messe, soit de bons musiciens. Tout ça part un peu du petit sur l’"Improvisation N°2", ça nous amène, en Comme d’ailleurs sur la version de référence dont on cercle de musiciens qui étaient dans le coin, qui ont tant qu’improvisateurs, musiciens de jazz, à dé- dispose (avec probablement Django à la guitare, sans pris des cours ou étudié soit avec Maurice Vander, velopper ça d’une manière plus ou moins cons- qu’on en soit absolument certain). qui habitait dans le Poitou, soit avec Eddy Louiss, ciente. C’est peut-être un peu une "seconde na- Voilà, c’est ça ! J’ai gardé l’idée, c’est-à-dire guitare qui était également par là. Charles Bellonzi habite ture", qui fait qu’on improvise naturellement, et piano, et ensuite, ça m’a amené à deux change- près de chez moi, et Johnny Griffin s’était aussi ins- à partir de quelque chose qui existe, qui a déjà ments - parce qu’on tâtonne toujours, c’est normal tallé dans la région…
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Autour de ce noyau, de choses souvent peu fréquentées de Django (comme la Messe), tu as aggloméré tes compositions. Ce rapport à la composition est éga- lement une des constantes de ton travail. Depuis de nombreuses années… Je crois que ça vient de l’époque de mon adolescence, des années soixante, où - je citerai encore une fois Coltrane - tous les musiciens de cette époque ont fait évoluer leurs interprétations des standards pour composer eux-mêmes. Dans les années soixante et soixante- dix, dans les clubs de jazz, on jouait surtout des compositions. Chacun essayait d’apporter sa pierre à "l’édifice révolutionnaire" de ces années-là. Donc j’ai eu cette influence. Et puis, il y a quelques années, avant mon départ de la région parisienne, j’ai étudié pendant un an avec un élève du CNSM. Je suis allé prendre des cours de composition et d’arrangement, parce que je voulais approfondir, "percer le mystère"… Il y a toujours eu chez moi ces deux choses : l’instinct, bien sûr, puisque je suis gitan et que j’ai commencé la musique comme ça, comme ça se fait chez nous. Mais aussi la conscience que la musique est quelque chose d’un peu "scientifique", une matière qui s’étudie, et dans laquelle on peut soi-même progresser. Ce disque apparaît très construit. Combien de temps y as-tu travaillé ? C’est un travail de plusieurs mois, tel que je le pratique à la maison. D’abord avec mon papier, ma gomme et mon crayon (pour corriger, gommer, re- commencer…), puis avec cet outil formidable qu’est l’informatique, pour rentrer ça ensuite dans l’ordinateur. La guitare intervient dans ce processus ? Oui, bien sûr. Je cherche, j’essaie avec la guitare. Un petit peu aussi avec le piano pour mes voicings, bien que je ne sois pas pianiste. Donc beaucoup la guitare (une Gibson 175D, ndlr) et un peu le piano. Finissons sur la guitare. Quel rapport entretiens-tu encore aujourd’hui avec cet instrument ? C’est un ensemble. Je travaille la guitare parce que je travaille les choses que je vais avoir à jouer sur scène ou à enregistrer en studio. Mais il y a une chose que je travaille assez régulièrement et de manière plutôt intensive ces derniers temps, c’est le jeu en accords. Exposer les thèmes en accords, harmoniser… C’est mon travail sur la guitare en ce moment ! Max Robin © Philippe Lacoeuille
INTERVIEW
© Greg Miles LEYLA McCALLA L aa ve c ch a n t e us e e t a comme n cé un e ca rri è re s ol o e n s ’ a ccomp a g n a n t à l a g ui t a re , a u b a n j o e t a u vi ol on ce l l e . R e n con t re a ve c un e a rt i s t e h ors l e s C a rol i n a e t i n s t rume n t i s t e C h ocol a t e D rop s s ortANTI-CAPITALIST BLUES - a ve cs on t roi s i è me qui e l l e j oua i t a l b um d u s ol o, vi ol on ce l l e Th e Ca pit a lis t - , L e y l a B lue s M cC a l l a ( J a z z s ’ e s t Vi l l a g e / P I AS) . i n s t a l l é e à L a D ’ a b ord N ouve l l e - Orl é a n s re ma rqué e d u commun .
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Musicalement, cet album propose un mélange de sons l’université de New York, où j’ai appris le violon- zydeco, New Orleans et haïtien, dont le "rara". Pou- celle et la musique de chambre. Comme je m’in- vez-vous nous parler de ce style de musique téressais de plus en plus au folk, au blues et au zy- C’est une forme musicale haïtienne, une musique deco, je suis partie à La Nouvelle-Orléans, où j’ai festive jouée pendant le carnaval, avec un rythme appris ces musiques en jouant dans la rue, comme de transe. Sur l’album, j’ai joué ce titre avec le col- beaucoup d’autres musiciens en Louisiane. Il y a lectif Lalou Mizik de Port-au-Prince. toujours eu d’importantes connexions entre Haïti et La Nouvelle-Orléans, une culture créole com- Quels sont les autres invités de cet album ? mune. Corey Ledet est un accordéoniste zydeco, un héritier musical de Clifton Chenier, Johnny Allan et Jo-El Pourquoi avez-vous quitté les Carolina Chocolate Sonnier. J’ai aussi eu la chance de trouver le batteur Drops, qui avaient beaucoup de succès ? qu’il me fallait en la personne de Shannon Powell, Après quelques années, chacun de nous prenait une un batteur de jazz qui connaît le secret des rythmes direction différente. Dom Flemons jouait le blues des Loas de Congo Square. L’album a été produit du Piedmont et de Brownie McGhee. Justin Robin- par Jimmy Horn et réamise par l’ingénieur du son son et Rhiannon Giddens étaient plus dans l’ame- Leyla, pouvez-vous nous présenter ce nouvel album ? "Goat" Gilchrist, dans le studio House of 1000 hz, ricana ou le skiffle. De mon côté, j’avais depuis long- Il est né d’une longue période d’écriture des chan- à La Nouvelle-Orléans. temps le projet de mettre en musique les poèmes sons. Mon premier disque, Vari-Colored Songs (2014) de Langston Hughes, et j’ai trouvé sur Internet le était inspiré par l’écrivain afro-américain Langston Quels instruments avez-vous utilisés ? financement pour le faire. D’ailleurs, les Chocolate Hughes, je portais cela en moi depuis le lycée. Le Ma guitare est une hollow-body custom, un modèle Drops ont joué sur mon album Vari-Colored Songs. second, A Day For the Hunter, A Day For the Prey M-336, que j’utilise sur scène. J’ai également un Aujourd’hui, nous sommes toujours en contact. (2016), était une collection de morceaux folk, haï- banjo très ancien, qui a exactement le son que je tiens, blues et zydeco. Pour The Capitalist Blues, les recherche. Mon violoncelle est un instrument clas- Allez-vous tourner en solo sur scène ou avec un groupe chansons ont défini la direction de l’album et ensuite sique acheté à New York quand j’étudiais la musique d’accompagnement ? le titre. de chambre à l’université. J’ai un quartette avec moi sur scène : un guitariste électrique, un batteur et un multi-instrumentiste. C’est un album très politisé, est-ce une nouvelle direc- Quel est votre parcours, Leyla ? C’est important pour retranscrire toutes les nuances tion pour vous ? Je suis née à New York City, de parents haïtiens du nouvel album. J’aurais aimé pouvoir engager le En réalité, tout dépend de l’auditeur et de ses opi- et j’ai été élevée dans le New Jersey. Mes parents collectif Lalou Mizik de Port-au-Prince, mais c’est nions personnelles. Je reste objective, sans être uni- m’ont emmenée en Afrique durant deux ans, quand impossible pour l’instant. Je vais commencer à tourner latérale. Il n’y a pas que les grandes compagnies oc- j’étais encore une adolescente. En revenant à New aux États-Unis et reviendrai à Paris le 27 mars 2019 cidentales qui sont coupables. Par exemple, j’ai vécu York, je me suis inscrite au Smith College, puis à à la Cigale. Romain Decoret quelque temps en Afrique, où j’ai vu arriver les ba- teaux transportant l’aide alimentaire des États- Unis. Le président du pays et sa famille montaient et choisissaient pour eux ce qu’il y avait de mieux, vêtements et autres, puis les ministres arrivaient, suivis des militaires, chacun se servait… Après leur passage, il ne restait pour le peuple que des sacs de riz et du lait en poudre. C’est le thème des titres "Money is King" et "The Capitalist Blues". Ce n’est pas le seul thème du disque, vous abordez aussi le bonheur et le fait de vivre à La Nouvelle- Orléans. "Settle Down" est la première chanson que j’ai écrite et parle de ma vie actuelle : je me suis installée à La Nouvelle-Orléans avec mon mari Daniel Tremblay et mes trois jeunes enfants, d’où les autres titres "Me & My Baby" et "Oh My Love". Quel est le thème des morceaux que vous chantez en créole ? "Mize Pa Dous" traite de la misère que connaissent les Haïtiens et "Lavi Vye Neg" de la bonne humeur naturelle qui aide à combattre cette misère. Mais je chante aussi en espagnol, notamment le mor- ceau "Penha" qui évoque la peine, la même misère. Il existe une grande communauté hispanique à La Nouvelle-Orléans. Comment écrivez-vous ? Généralement, j’écris d’abord les textes, puis je com- pose les titres à la guitare acoustique ou au banjo pour la mélodie, parfois au violoncelle. © Greg Miles
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david reinhardt & le ColleCtif Vie et Lumière la religion à l’ère du swingEngagé dans un cheminement spirituel depuis sept ans, le petit-fils de Django adécidé de rendre hommage à un aspect méconnu de la guitare manouche, celle qui se pratique lors des cérémonies religieuses, dans le cadre des conventions évangé-liques. En rassemblant le Collectif Vie et Lumière (du nom de la mission évangélique tive éclaire d’un jour nouveau un pan souvent ignoré de l’histoire de cette musique.tsigane fondée en 1954), constitué de jeunes guitaristes dont certains se sont déjàillustrés dans le circuit (Chriss Campion, Mundine Garcia, Swan Berger…), cette initia- L’éveil spirituel des Tsiganes de France connaîtun tournant à la fin des années 40, suite à laUn brin d’histoire Comment se fait la connexion entre ce mouvementFaçon swing "informelle", sous la houlette de Clément Leconversion d’une famille dans la région deLisieux. Après quelques années de propagation années 50,tout juste disparu ? spirituel et religieux et la musique de Django, alors Cossec (pasteur breton,Vie et Lumière) et Mandz Duville (premier David,Django, trois frères, trois musiciens de la famille et parmi eux, tout de suite après la mort de ndlr), des jeunes se convertissent "A cette époque (le milieu des pasteur tsigane), ce mouvement se structure et fondateur de la Mission , explique étend son aire géographique, au gré des péré-grinations des gens du voyage, en France et àl’étranger (de l’Ouest – Normandie, Bretagne sage à Thonon-les-Bains pendant la guerre".Hoffman, violoniste et guitariste, devient alorspasteur et chef d’orchestre de la Mission Vie etHoffman, avec qui Django avait joué lors de son pas- Gagar –, il touche Paris, Bordeaux, puis l’Alsace,l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, et parvientmême jusqu’en Inde à la fin des années 70). Lumière, composant un grand nombre de can-tiques. D’autres suivent : contrebasses, violons,violoncelles, et beaucoup de guitares, bien sûr !"Quand ils se convertissent, Comment t’est venue l’idée de célébrer ce patrimoine© DR Pour l’anecdote, madame Django Reinhardt(Naguine ou "la Guigne") se convertit elle-mêmeen 1958, prennent les hymnes que Clément Le Cossec avait ap-portés, en les rejouant comme ils savaient le faire, reprend David, ils re- à travers ce projet ?Ça fait quelques années que ça me trotte dans la à Noisy-le-Sec. dans la première église Vie et Lumière, façon "swing". Et ensuite, ils se sont mis à la compo- tête. 75% des Tsiganes de France sont d’obédience 22 • AC #66 sition." ou sympathisants évangéliques. Mais dans ma fa-mille, à part quelques cas isolés (dont ma grand-mère), en règle générale, on ne fréquentait pas vrai- ment ce milieu. En me convertissant, j’ai découvert chose et rendre hommage… Et il y a ce verset de suisse, dont le fils, Danny Bittle, est également gui- cette œuvre, au milieu des Tsiganes, tout ce réper- la Bible, dans les Psaumes : "Louez-le (l’Eternel) avec tariste. Puis Charles Welty, surnommé Tarzan, tou- toire, et aussi plein de garçons qui avaient du talent les instruments à cordes". Et ça, ça nous connaît ! jours vivant, qui a joué tout jeune. C’était un fana- et qu’on ne connaissait pas. Et d’autres, comme tique de Django, il adore ça ! En se convertissant, Swan ou Chriss, qu’on n’avait pas entendus depuis Présente-nous les différents compositeurs auxquels il est devenu prédicateur, puis enseignant à l’Ecole longtemps. Donc, j’avais déjà le concept. De beaux vous avez choisi de rendre hommage. Biblique. Il s’est vraiment consacré à l’étude de la talents, un beau répertoire, il fallait faire quelque Il y a d’abord May Bittle, un guitariste et pasteur Parole. Du coup, la guitare a été reléguée au second
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INTERVIEW
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plan. Mais il avait un potentiel, et on le sent "Dans les années 70, jeune (25 ans), de Mulhouse, possède une grosse bien dans ses compositions. Wasso Ferret, dit technique, avec des phrases intéressantes, plutôt Bâlo, pasteur, est également enseignant à Piton ReinhaRDt, "modernes". Il est beaucoup influencé par Biréli. l’Ecole Biblique. On l’aperçoit dans un do- GaGaR hoffman A un moment, il a fait un truc en harmoniques, cumentaire de Michel Lefort, où il joue une et le violoniste j’étais "cuit" ! A la Biréli, mais super ! Israël Dauher composition de Gagar Hoffman. On a d’ail- (38-39 ans), de Bergerac, a vraiment quelque chose, leurs repris plusieurs compositions de Gagar, vivian villeRstein beaucoup de musicalité, de sensibilité, un très beau qui a accompagné Django à Thonon-les- jouaient PouR son, et de bons choix esthétiques. Un vrai musicien ! Bains, dans le fameux Savoy Bar… On en joue Quant à Swany Voisin, d’Angers, il est pasteur et aussi une de Piton Reinhardt, père de Samson. les missions c’est notre copain. Il joue plutôt l’archtop. Il aime Piton a connu Django, c’était un cousin. La évanGéliques, bien mon père, il aime bien Elek Bacsik, et tous les rumeur dit qu’il a joué avec lui, aux caravanes. sous les chaPiteaux. guitaristes bop américains bop qu’on aime bien. Dans les années 70, Piton, Gagar et le violoniste Vivian Villerstein jouaient pour les missions c’est GRâce à eux Avec Ghali Hadef i (à la contrebasse), tu assures la évangéliques, sous les chapiteaux. C’est grâce que tchavolo, rythmique sur la totalité des titres, parfois avec à eux, notamment via Piton, que Tchavolo, manDino et DoRaDo Dawson Reinhardt (f ils de Noé). Sur quelle guitare Mandino et Dorado ont connu la musique joues-tu ? de Django. Car, à cette époque-là, en Alsace, ont connu la C’est une Echo d’Artistes qu’on m’a prêtée. Esthé- on ne jouait pas de jazz ; on jouait les valses musique De DjanGo." tiquement, elle est magnifique ! Et en sonorité, c’est autrichiennes, les romances hongroises, le sympa, surtout en accompagnement. Là, c’est vrai- vieux répertoire des Manouches avant le jazz. ment "guitare manouche" ! Pour l’accompagnement, Mundine (Garcia), ça fait longtemps que je le je trouvais ça très rond, bien grave… Pour jouer de- Parle-nous des guitaristes qui composent ce connais ! C’est le neveu de Ninine, et le petit-fils vant, j’aime bien quand je la joue en solo (cf. "Si tu collectif. de Mondine. Ça fait des années qu’il fait le métier. savais", première plage de l’album, ndlr). Quand on Il a une certaine expérience, un beau jeu, qui res- la joue doucement, qu’on n’attaque pas trop, c’est semble un peu à sa personnalité, très discrète. J’aime impeccable. Pour mon jeu à moi, c’était vraiment bien le personnage. Swan (Berger), je l’ai connu l’idéal ! Les trois comme tout le monde quand il était petit. Après, il a arrêté la guitare pendant un bon moment. Il a Max Robin écoLes fait sa "crise d’adolescent", s’est mis à faire du sport. Bien que David n’ait retenu que des repré- sentants de l’école "jazz" pour ce projet, d’autres Il a repris la guitare quand il s’est converti en fait, L’album du Collectif Vie et Lumière façons de pratiquer la guitare coexistent au sein parce que le lien entre nous tous, c’est ça. En se est disponible sur le site : de la mission évangélique, et plus largement convertissant et en allant aux réunions, il s’est remis www.difymusic.com/le-collectif-vie-et-lumiere dans le milieu tsigane. Après cette première à la guitare, via les cantiques. Il voit beaucoup Chriss vague "swing", qui émerge au milieu des années et ils travaillent ensemble. Et il a des doigts ! Chriss 50, l’apport de Ninine Garcia (qui, après sa (Campion) a des doigts aussi, c’est pas un secret ! conversion, a composé beaucoup de cantiques) A l’époque, quand on avait quinze-seize ans, je ne a conduit à une ouverture vers un style plus croyais pas du tout qu’il allait jouer comme ça. C’était "pop", intégrant les rythmiques binaires. Cette quand même très "barbare" (rires). Mais après sa influence du rock et de la pop a débouché dans maladie, et en se convertissant, il a découvert une les années 2000 sur la création d’un courant autre façon de faire la musique, et ça lui a ouvert "folk", aujourd’hui représenté par quelques des perspectives. Ça l’a un peu apaisé dans son jeu. instrumentistes talentueux. Parallèlement, en C’est un très bon musicien, avec de très bons doigts! marge de ces écoles "jazz" et "folk", subsiste une Les autres, je les ai connus dans le cadre des missions école "classique" (jeu aux doigts, cordes nylon), et des conventions. Nicky Elfrick, de Nantes, a influencée notamment par Baden Powell et la beaucoup appris avec Wasso. Il joue avec les Nantais musique brésilienne. (Daniel Givone, Gwen Cahue, Tchavolo). C’est un excellent guitariste ! Divén Reinhardt, un peu plus © DR
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© Stephane Kerrad Raphaël Faÿs De paRis à sévilleAprès le succès du spectacleRaphaël Faÿs a gravé sur disque le captivant Digital), ses escales musicales entre la musique de Django Reinhardt et celle de Paco de Lucía. A travers ce voyage au cœur desmondes gitans, le compositeur, définitivement hors cadres, au-delà des cordes, retrace son parcours artistique à la croisée du Paris-Séville, lancé en février 2018 à l’Européen puis rejoué à l’Alhambra en novembre dernier, Paris Séville - Bois de Guitare/Madera de Guitarra (Frémeaux & Associés/Believe 26 • AC #66 swing et du toque. vivre cette musique à travers un voyage entre Paris On évoque souvent votre technique particulière de "La guitare, avec et l’Andalousie, en passant par la Camargue. Depuis médiator à la main droite pour jouer le flamenco. toutes ses paLettes l’époque où je les ai étudiées, ces deux musiques sont Comment est née cette technique originale ? sorties de leurs territoires, elles se sont beaucoup Originale, pas tant que ça, car quand vous regardez de couLeurs, ouvertes au monde, non seulement du fait des mu- jouer un flamenquiste, vous voyez qu’il utilise l’ongle est un exceLLent siciens, mais aussi du public. de son pouce. Ce jeu au médiator consiste simple- instrument ment à reproduire cette attaque du pouce. En ce qui Tout au long de ce voyage, qui évoque l’âge d’or de concerne le piqué, c’est autre chose, le médiator in- de communion la Chope des Puces, à Paris, ou encore le quartier de duit de jouer les gammes différemment. Finalement, et de partage, Triana de Séville, aviez-vous des escales chères à c’est quasiment la même chose, la principale diffé- votre cœur? rence résidant dans le travail du son, de sa projection: idéaL pour ériger La Camargue était une escale importante à mes par exemple, si vous jouez un rasgueado très fort au des ponts entre yeux, car quand j’étais gamin, on entendait le "Galop médiator, cela sonnera de manière vulgaire. C’est là, Les musiques de paco de Camargue" de Manitas de Plata à la radio ou à tout l’art du toucher. Au sujet de ma technique de la télé. Plus tard, dans les années 70, on a vu débarquer plectre, Paco m’avait dit : "Puisque ça sonne, pourquoi et de django." Paco de Lucía dans les émissions télé. J’ai voulu re- pas ?!" D’ailleurs, je n’ai jamais reçu de reproches faire sortir ces premiers sons et images de ces gui- de la part des puristes ou des gardiens du temple, taristes qui m’ont profondément marqué. Le "Galop mais il faut dire qu’à partir du moment où vous res- de Camargue" est un phare, le morceau fétiche de pectez l’esprit de cette musique et que vous jouez beaucoup de Camarguais, notamment des éleveurs dans le compás, que vous respectez certains codes quand vous jouez des bulerias ou des alegrias, il n’y a aucune raison de s’attirer leurs foudres. D’autant que le flamenco est une musique de liberté et d’ex- pression. © Stephane Kerrad Vous dites souvent qu’à l’image de Bizet qui a com- posé Carmen, vous créez votre propre musique espa- gnole. C’est-à-dire ? Bizet était un compositeur français. Or, quand j’ai commencé à aller jouer en Espagne, je me suis aperçu qu’on entendait les principales pièces de cet opéra-comique dans énormément de bars et de restaurants. Finalement, Carmen fait partie du pa- trimoine musical espagnol, au même titre que les œuvres d’Albeniz, Granados, Tarrega ou Falla. Bref, un peu comme Bizet qui a traversé les fron- tières, j’ai créé ma propre image de la musique es- pagnole. de chevaux et de taureaux qu’on appelle les Gardiens. Il est assez simple à jouer, c’est un tanguillo de Cadix Sur quelles guitares avez-vous joué durant le spec- (variante populaire du tango, ndlr). Au fil du temps, tacle et sur l’album ? j’ai créé ma propre musique espagnole, en tant que Je joue sur une guitare flamenca à pan coupé de compositeur. Evidemment, j’ai étudié cette musique Maurice Dupont, qui me permet de m’exprimer avant de trouver ma propre technique de médiator dans les deux musiques, jazz manouche et flamenco, à la main droite. J’ai voulu créer quelque chose d’ori- de passer de l’une à l’autre sans changer d’instruments. ginal, mon propre style, ma musique, tout en étant Mes amis me disent souvent : "C’est étonnant ! On Quelle était l’idée de ce spectacle Paris Séville, qui influencé par Paco, que je considère comme mon a l’impression que tu joues le flamenco sur une guitare raconte en f iligrane l’histoire de votre vie, votre pas- maître, mais aussi Vicente Amigo et Manolo San- manouche et la musique de Django sur une guitare fla- sion pour Django et Paco ? lúcar que j’ai beaucoup écouté. Tout cela a contribué menca !" Les cordes nylon apportent beaucoup de Oui, ce sont là mes deux grandes passions musicales. à créer cette couleur qui m’est propre. Concernant saveur et de douceur au son quand tu joues du Dès mon plus jeune âge, j’ai été initié à la musique la musique de Django, les morceaux de l’album sont Django. Enfin, j’utilise les médiators de Stefano de Django par mon père (Louis Faÿs, accompagnateur vraiment joués dans le style, avec le phrasé de Django. Tommasi, dont le son se rapproche de celui d’un des accordéonistes, dont André Verchuren, ndlr) et la D’ailleurs, en matière de jazz, je ne sais rien jouer ongle, avec un son cristallin. guitare classique que j’ai étudiée. Puis, adolescent, d’autre que la musique de Django. Il suffit d’écouter dans une académie de guitare, j’ai rencontré des fla- le solo de mon titre "Promenade dans le soir" pour Pour f inir, quels sont vos projets ? menquistes, des jazzmen, des artistes qui jouaient s’en rendre compte. Je vais continuer à jouer ce spectacle Paris Séville différents styles, c’était une période enrichissante, cette année, c’est un projet qui commence seulement passionnante ! On m’a évidemment prévenu que Qu’est-ce qui vous a inspiré cet émouvant Nocturne à se développer, ça prend du temps, car il y a beau- tous ces répertoires pouvaient se télescoper, que j’allais "Larmes éternelles" ? coup de gens qui travaillent dessus. J’ai de nombreux peut-être me heurter aux goûts des uns et des autres, Ce titre a été inspiré par la disparition de ma chienne, autres projets, je suis en train de composer de nou- mais à mes yeux, la guitare, avec toutes ses palettes décédée en 2015, et raconte, en filigrane, tout ce que velles pièces, toujours dans les répertoires jazz et de couleurs, est un excellent instrument de com- peut apporter un animal à l’homme dans la vie. Je flamenco ; je travaille sur de nouveaux arrangements, munion, de partage, idéal pour ériger des ponts entre suis un grand défenseur de la cause et de la protection sur de la musique populaire… L’année 2019 est ces diverses esthétiques. Dans ce spectacle, je voulais des animaux. Quand elle est morte, ça a été un grand déjà bien remplie ! réunir les deux styles, manouche et gitan, pour faire choc, je me suis senti bien seul… Ben
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INTERVIEW En concErt à la cigalE lE 6 mars 2019 © Zorlu Tamino Il a suffi d’une chanson pour qu’on le couronne nouveau prince de la scène pop-folk. Depuis la sortie de sa complainte "Habibi",le compositeur anversois de 22 ans, d’origine égyptienne, vit une véritable success-story : adulé par la critique, titres tournant enboucle sur les radios, invité des plus grands festivals de cet été (Rock Werchter, Pukkelpop, Rock-en-Seine, etc.), le brun téné-Le diamant fLamand breux, que l’on compare volontiers à Jeff Buckley, n’a pas atterri depuis deux ans. A son sujet, un verbe revient en boucle : envoûter.Sa formule magique ? Des arpèges acoustiques et une voix de falsetto, un mariage des instruments acoustiques (guitare, oud)et des programmations électroniques, une musique pop-folk en apesanteur teintée d’influences orientales. Une noirceur lumi- neuse, à l’image des pépites de son premier album, Amir (Communion/Caroline International), qui dessine une fresque en clair- 28 • AC #66 obscur. Anvers est définitivement la capitale du diamant. Comment as-tu vécu le raz-de-marée "Habibi" ? C’est une image que l’on retrouve également chez le artistes résonnent encore dans le cœur des gens, Ce titre a définitivement changé ma vie. Il y a deux poète Khalil Gibran que tu affectionnes tant, notam- elles sont éternelles. Musicalement, je suis touché ans, quand j’enregistrais les chansons de mon pre- ment dans son poème "Vos enfants ne sont pas vos par la mélancolie de leurs chants, il y a une forme mier E.P. (Habibi, ndlr), je ne m’attendais pas du enfants" ("Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme de tristesse, de douleur, mais sans misérabilisme. tout à un tel tsunami ! Tout a commencé avec le des flèches vivantes, sont projetés."), extrait du Pro- Dans leurs complaintes, ces artistes ne sont pas bri- tremplin de la radio Studio Brussel (radio publique phète. sées, elles sont fières et majestueuses ! de la communauté flamande de Belgique, ndlr) que Oui, je suis en train de le relire. Je suis particuliè- j’ai gagné grâce à cette chanson - nous ne pouvions rement touché par sa façon de décrire la grandeur Toi qui as commencé la musique avec le piano clas- jouer qu’un seul titre. Le 1er prix de ce concours de l’homme, de la mettre en exergue pour lutter sique, comment as-tu découvert la guitare ? Jouais-tu consistait à programmer ta chanson sur la playlist contre l’indifférence, une rébellion en douceur, mais avec ton grand-père, Moharam Fouad (un musicien de la radio, du coup "Habibi" a déferlé sur les ondes sans compromis. La poésie de Khalil Gibran n’est et acteur très connu en Égypte. Surnommé le "Son du locales, puis tout s’est enchaîné : je suis passé de la pas superficielle, comme ces canevas de jolis mots Nil", l’artiste aux 900 chansons, dont le tube "Rimsh vie d’étudiant la journée (cursus de pop music au un peu mièvres, assemblés ensemble pour accoucher Enoh", s’est éteint en 2002, ndlr) ? conservatoire d’Amsterdam, ndlr) et musicien inconnu d’une romance à l’eau de rose. Dans sa poésie, Khalil Quand j’ai commencé le piano à l’âge de dix ans, des cafés et des clubs le soir, à celui d’artiste qui Gibran dessine une fresque de l’humanité d’une j’ai réalisé au bout de deux ans que ce n’était pas fait le buzz. Cela est allé très vite : d’habitude, tu douce violence. Il questionne l’être humain et tente instrument pour moi, car je n’avais ni la patience construis ta carrière dans ton propre pays avant de le magnifier. ni l’envie d’écrire des chansons. A mes yeux, la mu- d’attaquer progressivement l’international ; "Habibi" sique était, et reste aujourd’hui, un moyen d’exprimer a explosé les frontières très rapidement. J’ai eu beau- "Dans sa poésie, des sentiments. Comme ces derniers changent sou- coup de chance, mais j’avoue que c’est parfois dé- vent, la manière de les exprimer évolue tout aussi routant, car face à un tel succès, tu dois répondre à Khalil Gibran rapidement, ce qui m’a incité à trouver une voie mille sollicitations, être partout et en même temps Dessine une fresque plus libre, moins cloisonnée que la musique clas- finalement. Or, cela est humainement impossible, sique, pour composer. Et ce, même si j’aime toujours à moins de se dédoubler (sourire). Cela fait deux De l’humanité D’une autant écouter de la musique classique. J’ai découvert ans que je tourne sans arrêt, je rêve juste de prendre Douce violence." la guitare en tombant sur l’une des guitares de mon un petit mois de vacances pour composer, jouer grand-père, à l’âge de quatorze ans, dans son ap- juste pour moi, sans but précis, et finir ce pavé ! En matière d’influences musicales, tu évoques sou- partement du Caire. Elle prenait la poussière dans (Tamino relit Le Prophète de Gibran Khalil Gibran, vent la diva égyptienne Oum Kalthoum et la chan- un placard. Je l’ai ramenée chez moi en Belgique, un ouvrage qui ne le quitte jamais, ndlr) teuse libanaise Fairouz, des stars au Moyen-Orient, l’ai réparée et appris à jouer dessus. Aujourd’hui, je mais peu connues sous nos latitudes. Et pas franche- la joue régulièrement sur scène. J’ai une anecdote : Tout au long de ce premier album, tu joues la carte ment dans ta veine pop-folk… un an avant la Révolution égyptienne, en 2011, de la dualité entre les instruments acoustiques et les As-tu vu les images des funérailles d’Oum Kalthoum j’étais en Égypte pour rendre visite à ma famille. touches électroniques, entre les couleurs de la musique au Caire ? C’est démentiel ! Il y a des centaines de Sur place, je suis tombé sur l’une des guitares de folk occidentale et celles du Moyen-Orient. Serais-tu milliers de gens dans les rues de la ville (on évoque mon grand-père. En jouant dessus, j’avais l’impres- un adepte des grands écarts ? le chiffre de deux millions de personnes !, ndlr), qui sion d’être avec lui. Enfant, je baignais dans sa mu- Non pas spécialement. Je n’avais pas de cahier des portent le cercueil jusqu’au cimetière d’El Bassatine, sique, j’aimais ses chansons, mais c’était étrange de charges ni de fil rouge quand j’ai écrit ces chansons, c’est une véritable marée humaine qui rend un der- connaître l’homme qui était tant adulé, ça réduisait elles ont jailli telles quelles, nourries de mes différentes nier hommage à son héroïne. Les voix de ces deux la distance et cassait un peu le mystère. influences, de la musique occidentale (pop, folk, rock et musique classique) à mes origines égyptiennes. D’ailleurs, c’est ce que je trouve intéressant dans le travail en studio : après une journée d’enregistrement, quand tu écoutes les bandes, tu découvres parfois des directions surprenantes, des sons que tu n’avais pas analysés de cette manière, tu découvres des fa- cettes insoupçonnées, comme si tu dessinais sans le savoir ton propre portrait. Et dans mon cas, je suis clairement attiré par les contrastes et la dualité. On pourrait même parler d’un décalage temporel entre ton penchant pour les orchestres orientaux des années 50 et 60 et ton goût des musiques actuelles. Comme si tu proposais des voyages dans le temps… Il y a en effet une dualité entre les répertoires mu- sicaux, les époques, mais aussi dans les paroles des chansons. A première vue, on pourrait penser que c’est un peu casse-gueule, que ces univers ne peuvent pas fonctionner ensemble, mais cela m’est assez na- turel. J’aime beaucoup la métaphore de l’arc et des flèches chère à Nietzsche : l’arc doit se tendre au maximum pour que les flèches aillent loin. Or, qu’est-ce qu’un arc ? Une corde tendue entre les deux extrémités d’un bâton de bois, lui-même tendu par la corde. Bref, tout s’interconnecte pour viser la même cible. © Andrew Smith
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© Jérôme JuvBauer à L’ÉLysÉE-MontMartrEEn concErtLE 27 Mars TéTé Le nouvel album de Tété,Vrai chanteur engagé Fauthentique, pose la question du vrai et du faux dans le monde qui nous entoure, et nous rappelle les 30 • AC #66 distorsions de la réalité qui font désormais partie de notre quotidien. Ton album est un coup de gueule contre le monde d’aujourd’hui : la société de consommation, la poli- tique, l’hyper-connexion. Tout ça t’a inspiré le mot "Fauthentique". © Jérôme JuvBauer Plutôt que de parler d’un coup de gueule, je dirais que l’album dresse un constat et pose presque plus de questions qu’il n’apporte de réponses. "Fauthen- tique", c’est le faux certifié vrai. C’est la fête du toc, un mélange d’illusion et de fake news. Le mensonge a toujours existé, mais là, on vit une époque où il arrive qu’on fabrique des informations scientifiques de toute pièce et qu’on filtre les informations qui nous arrivent pour ne garder que celles qui vont dans le sens de ce qu’on pense déjà. C’est une réalité à deux vitesses. Lorsque le gouvernement lance un site pour attester de la véracité de telle ou telle in- formation, on a le sentiment de vivre à l’intérieur d’une espèce de matrice. On ne sait plus vraiment ce qui fait partie du décor imaginé et ce qui relève des faits. Certains artistes dénoncent les problèmes de la société à travers leur musique. C’est comme ça que tu vois ton rôle? L’artiste a une place à part, c’est un peu le fou dans les dîners de famille, le cousin un peu bizarre qu’on invite quand même, celui qui se permet de dire des choses que personne n’a envie d’entendre. Finale- ment, c’est le seul qui peut dire ces choses-là, car (Rires) Aujourd’hui, la musique se fait avec des or- ans, j’utilisais l’open de Ré. Et puis j’ai arrêté, car le vu qu’il est fou, on ne lui en tient pas rigueur. Et dinateurs. Tout ce qui est sur l’album est "faux" - à jeu en open nécessite d’avoir plusieurs guitares en puis, comme il est fou, ce qu’il dit n’est pas tout à part la voix et la guitare -, c’est-à-dire que de nom- concert. C’était compliqué à gérer. Je m’y suis remis fait vrai (rires). L’autre prérogative de l’artiste, c’est breuses pistes ont a été programmées comme la il y a dix ans après avoir tourné en Australie. Là- qu’il résume son temps. Si je regarde une photo ou batterie et la basse. Les parties de claviers ont été bas, j’ai rencontré la musique de John Butler, ou une vidéo, je vais immédiatement savoir, à dix ou jouées live, mais les sons proviennent d’émulations. Jeff Lang, faite d’influences blues celtique et qui se quinze ans près, à quelle époque on se situe par On a aussi doublé les parties de violon programmées joue avec des accordages type DAGDAD. J’ai tourné rapport au grain de l’image ou au stylisme des gens. avec quatre guitares : une en Ré majeur ou mineur, L’œuvre d’art est une signalétique de son temps, et une en Mi majeur ou mineur, une en Sol majeur je crois que le "faux" est un des marqueurs de notre "L’artiste a une pLace ou mineur et une en accordage traditionnel. Si tu époque. à part, c’est un peu as une guitare avec un accordage majeur, un mineur et l’équivalent du DAGDAD, tu peux avoir trois Dans le dossier de presse, il est écrit sur un ton humo- Le fou dans Les couleurs complètement différentes à partir d’une ristique que Marcus Miller à la basse et Steve Vai à dîners de famiLLe, même note. J’adore aussi abaisser la corde de Mi la guitare devaient participer à l’enregistrement du aiguë en Ré. Ce n’est pas vraiment un open-tuning, disque. Finalement, tu les aurais congédiés car ils Le cousin un peu mais ça permet de redécouvrir certains accords très étaient "trop brouillons". bizarre qu’on invite simples en créant une résonance sur la chanterelle. quand même, ceLui D’ailleurs, Vianney utilise cette technique. qui se permet de dire C’est lui qui me l’a montrée ! (rires) des choses que T’es-tu déjà senti prisonnier de certaines chansons ? © Jérôme JuvBauer personne n’a envie Je pense à "A la faveur de l’automne" qui est ton gros d’entendre." tube. Ça a dû m’arriver une ou deux fois en vingt ans, avec un vrai violon. Tout ça va dans le sens du propos mais j’ai essayé de regagner rapidement en discer- du disque. Avant, tu sortais un album tous les trois nement. Je vis de la musique et c’est un privilège ans, en restant dans ta zone de confort avec cin- rare statistiquement. J’ai eu la chance que cette quante personnes sur le projet. Aujourd’hui, l’ube- chanson m’arrive dans la vie et qu’elle m’ouvre plein risation de la musique a changé la donne à jamais, de portes. Par exemple, l’année où j’ai rencontré ma rendant certaines choses impossibles. L’artiste, qui femme, eh bien la deuxième chanson de l’album aujourd’hui se forme sur un logiciel, le fait pour qu’on écoutait en boucle à l’époque restera toujours continuer à créer, mais avec moins de moyens. "notre chanson" (rires). Pourquoi ? Parce que des émotions se sont figées dessus et que c’est la chanson Tu utilises souvent des open-tunings à la guitare. que je veux entendre en concert. C’est pareil pour Lesquels sont tes préférés ? le public qui vient me voir. Sur mon premier album, sorti il y a environ vingt Florent Passamonti
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INTERVIEW
© Philip Ducap au café dE la dansEEn concErtlE 20 mai Samuel Strouk etiquette-moi Si tu peux !Classique, Samuel Strouk ? Certainement pas. Après avoir étudié la guitare classique (C.N.R. de Paris) et la musique de chambre(C.N.R Montpellier), le musicien a monté divers projets allant du jazz manouche (Caravan Quartet et, en avril prochain, Loco Cello avec Adrien Moignard), en passant par la musique cubaine (nominé aux Cubadisco 2007, les Victoires de la musique cubainepour l’album2017), le compositeur a multiplié les casquettes, écrit nombre de concertos pour guitare et orchestre à cordes, et créé l’adapta- lectures"), dans lesquelles Bernstein disserte sur les liens entre musique et langage. Vous l’aurez compris : malgré des étudestion musicale deer décembre au Studio 104 de la Maison de la Radio), ce célèbre cycle de six conférences données à Harvard en 1973 ("Norton Car Habana Question sans réponse, sorti sur le célèbre label Egrem !). S’il n’a sorti qu’un seul album solo (l’atmosphérique de Leonard Bernstein (avec l’Orchestre National de France et Lambert Wilson, jouée le Silent Walk en au conservatoire et une étiquette "classique" bien trop vite collée, cet artiste éclectique, au parcours atypique, n’a vraiment rien1 32 • AC #66 d’académique. Drôle de parcours : tu as étudié la guitare classique et comme la musique classique et le jazz, au swing Bernstein était un homme brillant, avec une capacité la musique de chambre, mais tu t’es vite plongé dans manouche. Dans ce répertoire, tu tournes toujours intellectuelle hors du commun. Dans ses 17 ou 18 l’univers de Django et les musiques du monde. Tu autour d’une rythmique stable et d’un soliste, et heures de conférences (réduites à deux dans notre sentais-tu à l’étroit dans le monde classique et le car- quand tu improvises, c’est sur une grille bien définie. spectacle !), il te parle de l’histoire de la musique à can du conservatoire ? Nous ne reprenons pas ce schéma thème-chorus- travers un arc dramatique captivant, en te reliant J’ai débuté la musique avec la guitare classique en thème ; tout est mélangé, les structures comme le par exemple l’évolution de la musique à l’effondre- voulant jouer du rock, j’adorais Guns N’ Roses ! rôle de chacun. De manière générale, ce qui m’a plus ment progressif du XXe siècle, la musique contem- Comme je viens d’une famille qui n’avait pas beau- dans le jazz manouche, c’est le lyrisme des thèmes et poraine à la Seconde Guerre mondiale, la mort de coup d’argent, mes parents m’ont dit : "Ok pour la des harmonies de Django, associé à son swing. Gustav Mahler qui préfigure les atrocités du siècle guitare, mais au conservatoire !", puisque c’était public, dernier… Et tout cela via l’analyse spectrale du son avec de petits frais d’inscription. J’ai donc étudié la Malgré tous tes projets, tu n’as sorti qu’un seul album et la linguistique, sans oublier sa touche humoristique. guitare classique, mais pour ma chance, je suis tombé solo sous ton nom, Silent Walk (Crescendo, 2017), Bref, des conférences hallucinantes ! Il a fallu que sur un super professeur, Yann Ipser, qui relevait tous qui propose une musique atmosphérique et impres- je me place dans le peau d’un dramaturge musical. les titres de Jimi Hendrix. J’ai tout de suite accroché! sionniste, à la croisée du jazz, du classique, du tango C’était passionnant et une grande première pour J’ai suivi tout le cursus classique, mais j’ai vite ressenti et parfois du klezmer, à l’image du titre "Green B". moi. que j’allais me destiner à un parcours de soliste, c’est- Cet album est un OVNI ! à-dire à une vie de moine ! Tu passes six mois à tra- C’est un peu le problème de ce disque : on l’a placé Pour f inir, peux-tu nous parler du premier album vailler les pièces seul dans ta chambre, tu pars seul dans le bac "jazz" à défaut de pouvoir lui coller une éponyme de ta nouvelle formation, Loco Cello (sortie sur la route, tu joues seul devant le public, puis tu étiquette (sourire). Je m’en fiche, je n’ai pas cherché le 12 avril sur le label Crescendo, distribué par Caro- rentres chez toi, toujours tout seul... Moi, j’aimais à être original, mais juste à suivre mes inspirations line/Universal) ? faire de la musique au sein d’un collectif, c’était avant du moment, à mélanger une approche musique de Le groupe comprend François Salque au violoncelle, tout un partage, même quand je jouais dans la rue… Adrien Moignard et moi aux guitares, et Jérémie "J’ai suivi tout le Arranger à la contrebasse. L’idée est de proposer la Tu as joué dans la rue ? rencontre de deux duos : François et moi qui venons Oui, environ cinq ans, à Montpellier, sur la Côté cursus classique, plutôt de l’univers classique ; Adrien et Jérémie du d’Azur l’été puis à Paris, à la Place des Vosges no- mais J’ai vite jazz manouche. Nous développons une musique mé- tamment. Je le faisais pour payer mes études, car ma ressenti que J’allais tissée, avec d’un côté l’approche de la musique de bourse ne couvrait pas tous mes frais. C’est à la fois chambre, son exigence, sa virtuosité, et de l’autre une super école et un moyen de rencontrer des gens me destiner à un une musique à tempo, plus légère dans son approche, intéressants. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai croisé, parcours de soliste, rythmiquement enlevée. Le titre du groupe Loco sur la Côte d’Azur, l’accordéoniste Vincent Peirani Cello vient du fait que mes compositions sont cen- qui est devenu un ami et mon acolyte de musique. c’est-à-dire à une vie trées sur le jaillissement du violoncelle. Sur le plan Bref, je n’avais pas envie d’une vie solitaire. D’autant de moine !" instrumental, quand tu as trois instruments à cordes que dans les récitals classiques, le répertoire guitare est assez limité, il s’agit d’environ cinquante morceaux si tu veux avoir de l’audience, car mieux vaut éviter la musique contemporaine. J’avais 19 ans et je ne © Solong’s me voyais pas mener cette carrière. J’ai donc rapide- ment lorgné d’autres univers. Comme la musique cubaine, à l’image de l’album Car Habana du Caravan Quartet, sorti sur le célèbre label Egrem et nominé aux victoires de la musique Cubaine 2007. Cet album propose un mariage assez inédit du jazz cubain et du jazz manouche. Comment est née cette aventure ? L’idée de ce projet était de créer une sorte de jazz non pas manouche, mais plus généralement à cordes, qui rejoindrait la rythmique cubaine et le jazz local. Car les Cubains ont une triple culture énorme : ils ont concentré la culture classique russe, via le com- munisme, la musique noire via l’esclavagisme, qui a donné le Son cubain par exemple, et enfin le rapport avec Dizzy Gillespie et le jazz américain. chambre à un côté rythmique venant du jazz (une pincées (deux guitares, une contrebasse jouée aux Tu as lancé Caravan Quartet en 2000, une formation sorte de "jazz chambriste"), avec un aspect émotion- doigts), et que là-dessus se greffe un instrument à de gypsy jazz qui fait le lien entre la rigueur de la nel hérité des musiques traditionnelles. Il y a dans cordes frottées (violoncelle), ce dernier va forcément musique classique et l’oralité du swing manouche. ces répertoires "trad" un pouvoir émotionnel que prendre une place prédominante. Comme quand tu Quelle était ton idée ? tu ne retrouves nulle part ailleurs ! Ce sont des mu- verses une goutte d’huile dans un verre d’eau : celle- A l’époque, notre idée avec Robin (Ensima, guitare), siques qui chantent la vie, la joie, la tristesse etc. ci ne se diluera pas dans le liquide. Au milieu des Mathias (Levy, violon) et Olivier (Lorang, contre- cordes pincées, l’archet prend naturellement une basse) était simplement de jouer des morceaux de Quelle était l’idée de départ de ce concert-f iction, forme de "lead". Il fallait donc jouer avec cette idée Django, mais comme je n’avais pas vraiment la tech- l’adaptation musicale du cycle Question sans ré- et jongler avec les dynamiques. Oui, c’est un peu nique de jeu au médiator manouche, on a commencé ponse du compositeur Leonard
Bernstein. Là encore, loco ! à dévier rapidement du style et à mêler nos univers, c’est un projet d’extraterrestre ! Ben
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SOMMAIRE PÉDAGO
etude de style 36 mark Knopfler Par eric gombart Picking 41 Country Blues Par françois sciortino théorie 44 les intervalles de sixte Par Chris lancry Acoustic Blues 46 "rumba Jim" Par Jimi Drouillard Jazz manouche 50 A la manière de "topsy" Par Clément reboul le coin de la chanson 54 "Odao" Par Idhai Blues story 58 "Billy Blue" Par Chris lancry Amérique latine 62 le carnavalito Par norberto Pedreira les chefs-d’œuvre classiques 64 etude en arpège de Dionisio Aguado Par Valérie Duchâteau tracklist 67
VIDÉO
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ETUDE DE STYLE
PaR eRic GombaRt Mark Knopfler Pour bien commencer l’année, 1-8 coup de chapeau à l’un des plus grandsstylistes de la six-cordes en activité ! 1-7 Rythme 1 droite jouent ensemble les doubles notes du temps 2 (deux croches), endescendant, puis en montant (aller/retour). Il faut utiliser ce même principeRegardez bien le mouvement de la main droite. Index et majeur main descendant, puis en montant. A la dernière croche de la 2à la 2temps), utilisez le pouce, puis au 1ème croche du temps 3, puis au temps 4 (trois croches), en montant,er temps de la 3ème mesure, jouez avecème mesure (4ème index et majeur, en pinçant. naturellement aux bons endroits.Respectez bien toutes les indications et les accents se placeront tout © DR 1 1
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ETUDE DE STYLE
Rythme 2 cordes 3 et 4 (avec majeur et index), puis jouez avec l’index la 2ème double Concentrez-vous pour bien repérer chacun des temps. Placez un effet de croche du temps 2 au moment de quitter les cordes. Les basses (cordes 5 percussion sur les temps 2 et 4, en "atterrissant énergiquement" sur les et 6) se jouent toujours avec le pouce. 2 2 Rythme 3 Comme dans le rythme 2, il s’agit de placer la percussion au temps 2, puis sur la 2ème croche du temps 3. Attention, il n’est pas évident de s’automatiser ! 3 3
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ETUDE DE STYLE
Rythmique stReaming sont jouées par le majeur dans le sens de la descente et l’index dans le sens Les basses sont jouées au pouce et parfois doublées. Les cordes aiguës de la montée. Tout est indiqué dans la mesure 1. 4 4 Licks à jouer les notes de la 1ère corde avec l’annulaire. Dans le 6ème lick, il s’agit Pour gagner en rapidité, on n’utilise jamais le même doigt main droite d’un roll qu’on répète (toujours p,i,m, en intercalant une note liée après pour jouer deux notes consécutives. Le doigté main droite est indiqué en l’attaque du pouce). Placez les pull-off comme indiqué sur la partition 1ère mesure pour les quatre premiers licks (ceux-ci sont identiques pour la pour le 7ème lick. Mon conseil : jouez-les tous au ralenti pour commencer, main droite). Respectez le même principe pour le 5ème lick. L’astuce consiste en contrôlant la synchro main gauche/main droite. 5-6 5
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ETUDE DE STYLE
5-6 5 Blues Les trois notes des premiers temps de chaque mesure se jouent avec p, i, m Pensez juste à régler la balance entre ces notes et les autres, on doit tout main droite. Les doubles notes répétées successivement (croches) se jouent entendre. Le travail des licks de la séquence précédente vous aidera pour avec un aller-retour i, m main droite. Regardez la vidéo, c’est simple ! jouer les riffs à la fin de cet exemple. 7 6
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ETUDE DE STYLE
Morceau d’application Cet exemple regroupe les différentes techniques vues précédemment. A vous de jouer ! 8 7
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STYLE PICKING
Par François sCiortino Country Blues Pas question de rater une leçon ! C'est dans un état second que je sors de mon lit, où la grippe m'avaitcloué depuis deux jours. Je concentre mes quelques forces pour un petit "country blues" picking ! On retrouve la structure du blues en Do avec les accords habituels(Do7, Fa7, Sol7), mais aussi quelques enrichissements plus jazzy, les maîtres (Blind Blake, Big Bill Broonzy, Reverend Gary Davis, 10-11 avec des accords de 13Le boom chick devra être franc et précis! Toujours bien "coller"ème. Merle Travis...).Keep on picking boys ! au manche pour minimiser les mouvements. Et n'oubliez pas d'écouter www.francois-sciortino.fr - f.sciortino@wanadoo.frFrançois Sciortino 8
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THÉORIE
Par chris lancry Les intervalles de sixtes Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, 9 sur un intervalle fréquemment employé,dans de nombreux styles de musiques.jetons un coup de projecteur Un intervalle de sixte se joue sur deux cordes non adjacentes. C’est un intervalle de tierce(qui lui se joue sur deux cordes adjacentes), renversé. corde et la note de Mi sur la première corde à vide. Si l’on renverse cet intervalle, la noteLa tierce majeure de Do est Mi, on peut jouer la note Do à la première case sur la 2ème 1de Mi se retrouve sur la 4gamme harmonisée : le Do, le Fa et le Sol sont majeurs ; le Ré, le Mi, le La et le Si sontère case. Les intervalles de sixtes sont donc des "bouts" d’accords. Ils suivent les règles de laème corde à la 2ème case, la note de Do restant sur la 2ème corde à la mineurs. en tonalité de Do et sur la première corde en tonalité de Sol. On monte toute la gammemajeure en intervalles de sixtes, en respectant l’ordre des majeurs et des mineurs.Dans les diagrammes ci-contre, on considère que la tonique est sur la deuxième corde ExEmPlE 1Dans le style d’Yves Duteil, en tonalité de Sol. ExEmPlE 2Dans le style de B.B. King, en tonalité de Mi. L’exemple est écrit sur les accords de Mi et de La. On pourrait continuer sur l’accord de Si en montant de deux cases la position de La, mais à la différence des accords de Mi et de La, on n’aurait plus la basse pour ce nouvel accord. ExEmPlE 3 : BluEs En intErvallEs dE sixtEsC’est la "pompe" classique du blues, harmonisée en intervalles de sixtes. Brownie McGhee, qui en fit un usage intensif et groovy, influença tous les l’exemple précédent, on abandonne les intervalles de sixte sur l’accord de Si, car on n’a plus de corde à vide pour la basse de l’accord.guitaristes des sixties. On peut bien sûr étendre ces positions tout au long du manche. Dans une technique purement acoustique, et comme dans
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THÉORIE
9 ExEmplE 4 : Passage de Sol à Ré ExEmplE 5 : Intervalles de sixtes en tonalité de Do
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ACOUSTIC BLUES
PAR Jimi DRouillARD Rumba Jim Pour ce nouveau numéro, un petit morceau qui tourne autour d’un rythme rumba.Bonjour à tous et bienvenue dans cette super rubrique, Acoustic Blues. 12-13 Je me suis permis de l’appeler "Rumba Jim" (comme ça, on ne sera pas embêté !). 9 Nous sommes en La et la première intro installe en fait le rythme debase de la rumba. N'hésitez pas pour plus d'infos : jimid@free.frMerci à tous ! d’accords : A, G, D (soit les degrés I, IV et V). Le A fait seize mesures(mesures 17 à 28, 29 à 43, 53 à 68).L’intro 2 est constituée d’une pédale de basse en La et d’une suite Jimi D On retrouve l’intro 2 avant le final. PS : Je sais qu’il faut que je fasse un petit cours sur la main droite. Vousêtes nombreux à me le demander. Je pense à vous !
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JAzz mAnouche pAr ClémenT reBoul A la manière de "Topsy" : la gamme pentatonique avec la grille d’accords et une transcription simplifiée du thème. A cette occasion, je vous parleraiBonjour à tous ! Dans cette nouvelle leçon, vous trouverez une version du morceau "Topsy", 14-15 de la gamme pentatonique, qui vous permettra d’apporter une touche bluesy à vos improvisations. 10-11 Vous pourrez utiliser la gamme pentatonique pour enrichir le thème etimproviser comme je le fais dans mon interprétation du morceau. Voustrouverez également en tablature quelques plans construits autour de cette sûr, à la guitare électrique, de 1947, et celle de Charlie Christian ("Swingto Bop", Live at Minton’s Playhouse), de 1941. je vous le montre dans la vidéo.gamme. Apprenez-les et essayez de construire vos propres phrases, commeA écouter, deux versions de référence de "Topsy" : celle de Django bien me contacter pour me poser des questions, vous pouvez le faire via monsite internet :Si vous souhaitez en apprendre plus sur la guitare jazz manouche ou www.apprendre-le-jazz-manouche.com
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JAZZ MANOUCHE
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LE COIN DE LA CHANSON
Par IdhaI Odao voici une chanson extraite de notre dernier E.P. "Odao" illustre le principe du Lien.Comme une forme de mantra qui se chante dans la joie et appelle à l'union.Pour cette rubrique désormais régulière, 16-18 déjà planté des graines ? Abandonnons-nous à la dévotion de ce qui nousentoure ! Voilà ce qu'expriment les paroles de cette chanson, composée àIl est temps pour nous de danser l'harmonie qui nous lie. Avons-nous en palm mute avec les triades. J'accompagne les couplets d'une contre-mélodieSur le refrain, je rejoins la mélodie du chant en la doublant notamment deux, dans l'union justement. Une chanson qui se veut fédératrice. Par-tageons ce que nous avons de plus cher : l'amour ! une montée de degrés aboutissant sur le relatif majeur de chaque accord.enrichie de quelques voicings. Sur le 2ème couplet, je procède notamment à 12 NB : Attention, capo à la 2ème case pour la guitare 1 (accompagnement).Idhai - https://soundcloud.com/idhai chaque temps puis en légato les croches, alors que sur le deuxième pont,je reste sur un pattern tout en jouant les relatifs majeurs de chaque accord,Le premier pont se construit sur les triades des accords, en jouant staccato cipalement d'une cadence complète en F#m, avec le 4Ce morceau pop/folk est écrit en 6/8, sur un tempo de 90. Il s'agit prin- ainsi que les cordes de B et E à vide. Enfin, sur le refrain final, je faisentendre une sorte de "skank" en croche pointée, afin d'émettre une poly- 5ème (C#m). ème degré (Bm) et le rythmie et de conclure sur un final plus percussif. Nicolas Hoch OdaO 16 12
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BLUES STORY
paR CHRis lanCRy Billy Blue Hello à tous, ce mois-ci, un morceau en Mi qui mélange blues et rockabilly. 19-20 C’est un petit peu dans le style de Jerry Reed, mais très simplifié. aussi appeler ça un Mi 13Le côté "rockab’" est donné par la sixte sur l’accord de Mi 7. On pourraitvient pas tout le temps. Même chose pour l’accord de La à la 5ème, mais je l’ai noté Mi 7, car la sixte ne scrupuleusement pour avoir toujours les notes justes d’un accord au 13 que j’ai pu noter La 7 ou La 9 selon qu’on laisse ou non la corde deème case, cas où un doigt déraperait sur une corde non voulue. En respectant Si à vide. ce qui est écrit !ces positions, ce sera toujours juste même si on ne joue pas exactement positions d’accords de Mi7/#9 et La7 à la 5Dans la deuxième partie du morceau, à partir de la mesure 18, lesème case sont à respecter Keep on groovin’ brothers & sisters !Chris
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BLUES STORY
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BLUES STORY
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SOPHIE
FOLGOAS
Directrice de clientèle Tél. : + 33 (0)1 41 58 52 51 Mobile : + 33 (0)6 62 32 75 01 e-mail : sophie.folgoas@guitarpartmag.com
AMÉRIQUE LATINE
PAR NoRbeRto PedReiRA Le carnavalito 21-23 à travers un exemple inspiré d’un des morceaux les plus connus dans le genre. Pour cette première leçon, je vous propose d’aborder le rythme du carnavalito ginaire de la région de Jujuy, dans le nord de l’Argentine, où se trouvela Quebrada de Humahuaca.Cette pièce inspirée d’un des carnavalitos les plus populaires est ori- libertés sur les plans harmonique et mélodique par rapport à la versionAfin d’enrichir le jeu de la guitare, cet arrangement prend quelques au Pérou, en Bolivie occidentale et dans le nord du Chili. Aux instru-Musique et danse préhispanique, le carnavalito est également joué originale. ments traditionnels tels que la quena, le sikus, les percussions et lecharango, vient s’ajouter la guitare. Vous pouvez visionner la vidéo du morceau en consultant mon site :http://norbertopedreira.fr Norberto Pedreira
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AMÉRIQUE LATINE
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LES CHEFS5D’ŒUVRE CLASSIQUES
PAr vALérie DuchâteAu Travail de la © Romain Bouet main droite 24 -25 Etude en arpège de Dionisio Aguado(Madrid, 1784-1849) 14 L’un madrilène, l’autre catalan, ils se retrouvent à Paris, où ils fondent un duo. Le célèbre duo "Les deux amis",Dionisio Aguado est un des fondateurs de la technique de la guitare classique espagnole, avec Fernando Sor. c’est que l’un joue avec des ongles (Dionisio), et l’autre sans (Fernando). Aguado est également un précurseurcomposé par Fernando Sor, immortalise l’histoire de leur amitié. Mais ce qui différencie nos deux amis,dans l’art de la pédagogie : sa "Método de Guitarra" est un ouvrage toujours d’actualité. Afin d’acquérir l’aisance du jeu en arpège, je vous conseille de pratiquerrégulièrement. décontracté, en vous écoutant.tante que la fréquence. Pratiquez en étant bien installé, en veillant à jouerIdéalement, entre 5 et 10 minutes par jour, la durée étant moins impor- puissiez veiller à l’homogénéité sonore. La vitesse n’a aucune importance.Variez les formules, de une à onze (soit à peu près une par semaine !), etIl est primordial que vous soyez votre propre auditeur et que vous réservez-vous un jour de temps à autre pour revoir l’ensemble. En fonction des formules,en corde de Si graves, Mi, La et Ré, l’annulaire en corde de Mi l’index sera toujours en corde de Sol . et le pouce sur les cordes , le majeur Si l’étude vous paraît trop longue, vous pouvez vous entraîner sur les deuxpremières mesures, mais je vous recommande toujours la régularité. N’hésitez pas à me demander conseil si nécessaire, en écrivant sur l’adressemail du magazine : acoustic@editions-dv.com Voici quelques études d’arpèges célèbres en référence : © DR --- Etude 1 et 2Etude en MimEtude VI de Léo Brouwer de Heitor Villa-Lobos -- Prélude en Dom de Francisco Tarrega Prélude en Rém BWV 999Prélude de la suite vénézuélienne d’Augustin Barrios doigts de cette main émettent le son et transmettent l’expression du musi-cien. Il y a deux pratiques de jeux à la main droite : le buté et le pincé.Le jeu de la main droite est ce qui caractérise le style d’un guitariste. Les -- Etude 11 opus 6 de Fernando Sor de Jean-Sébastien Bach d’Antonio Lauro Lesur tout ce qui est en accord. buté est réservé aux phrases, aux thèmes, tandis que le pincé est basé Bonne guitare, Valérie Duchâteau
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TRACKLIST PÉDAGO
Etude de style Mark Knopfler Par Eric Gombart
1. Rythme 1
2. Rythme 2
3. Rythme 3
4. Rythmique streaming
5. Licks
6. Licks ralenti
7. Blues
8. Morceau d’application
Théorie Par Chris Lancry
9. Les intervalles de sixte
Picking Par François Sciortino
10. Country Blues Etude de style Mark Knopfler
11. Explications Par Eric Gombart
1. Rythme 1
Acoustic Blues 2. Rythme 2 Par Jimi Drouillard 3. Rythme 3
4. Rythmique streaming
12. "Rumba Jim"
5. Licks
13. Explications
6. Blues
7. Morceau d’application
Jazz manouche Par Clément Reboul Picking
14. A la manière de "Topsy" Par François Sciortino
15. La gamme pentatonique
8. Country Blues
Le coin de la chanson Acoustic Blues Par Idhai Par Jimi Drouillard
16. "Odao"
9. "Rumba Jim"
17. Explications guitare 1
18. Explications guitare 2
Jazz manouche Blues Story Par Clément Reboul Par Chris Lancry 10. A la manière de "Topsy"
11. Play-back
19. "Billy Blue"
20. Explications
Le coin de la chanson Amérique latine Par Idhai Par Norberto Pedreira 12. "Odao"
21. Présentation : le carnavalito
22. Le rythme Blues Story
23. L’harmonie Par Chris Lancry
13. "Billy Blue"
Les chefs-d’œuvre classiques Par Valérie Duchâteau Les chefs-d’œuvre classiques
24. Etude en arpège de Dionisio Aguado Par Valérie Duchâteau
25. Explications 14. Etude en arpège de Dionisio Aguado
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QUESTIONS DE LUTHERIE
LES RÈGLES
D’ENTRETIEN
DE LA GUITARE
En tant que luthier, je me rends compte que pas mal de clients n’ont pas les bons gestes en matière d’entretien de leurguitare. Exemple avec Sam, guitariste et habitué de l’atelier, qui n’a pas toujours les bons gestes et qui ne sait pas faire la distinction entre le vrai et le faux dans les dédales des forums internet dédiés. Texte & photos : Richard Baudry
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Richard, en général, c’est toi qui prof ites d’un réglage d’origine : le fast-fret. Il est très efficace pour net- Et quand il fait très sec ou très humide ? pour nettoyer ma guitare. Mais comment faire à la toyer la touche et les frettes, mais ce n’est en aucun L’air sec est le plus embêtant et il faut faire très maison pour qu’elle reste impeccable ? cas un nettoyant pour les cordes ! Ce produit va attention à l’hygrométrie. Surtout en hiver quand Sam, la première chose à faire fait souvent sourire, venir incruster la saleté dans tes cordes et elles la température descend en dessous de 0°. L’année mais c’est le réflexe numéro 1 : lave-toi les mains seront fichues. Ça s’appelle fast-fret, pas fast- dernière, j’ai vu passer à l’atelier beaucoup de gui- avant de jouer ! Tu n’as pas idée à quel point les string ! Pour les cordes, c’est chiffon doux après tares acoustiques de série avec des table fissurées cordes et la touche peuvent s’encrasser à cause de chaque usage et changement de cordes régulier ! à cause de la sécheresse. Le premier symptôme ça. Ensuite, après chaque utilisation de la guitare, d’une guitare dans un environnement trop sec, c’est tu peux passer un chiffon doux en coton ou micro- lorsqu’on sent anormalement les frettes en bord fibre au-dessus et en dessous des cordes. Tu peux de touche, car celle-ci se rétracte... Le deuxième également le passer sur la caisse pour enlever les symptôme, ce sont les cordes qui ont tendance à traces de doigts. "descendre", car la table elle-même descend en se rétractant. Le troisième, ce sont les fissures qui Puis-je utiliser un produit si les traces sont persis- apparaissent, et là, c’est déjà tard. tantes ? Il faut faire attention au type de vernis utilisé sur Alors, que faire ? ton instrument. A bannir d’office les produits D’abord, maintenir une hygrométrie au-dessus de pour meubles, car ils sont souvent fabriqués à base 40 %. On peut la vérifier en achetant un hygro- de silicone et empêchent les retouches de vernis Changement de cordes mètre si on veut être sûr. S’il fait très sec, j’ai un que l’on pourrait avoir à faire. Attention aussi aux copain qui fait sécher son linge dans la pièce où produits à base d’alcool puisque certains vernis se Justement, le montage des cordes fait aussi partie de il a ses guitares, c’est un premier bon réflexe. On dissolvent à l’alcool, c’est le cas des vieux instru- l’entretien. Comment bien monter les cordes ? peut aussi acheter un humidificateur si on a pos- ments ou des guitares type Gibson. Là, le résultat Pour cela, tu as une vidéo-tuto très bien faite sur sède plusieurs guitares, mais cela a bien entendu serait catastrophique ! L’idéal, si tu as des doutes Laguitare.com avec le luthier Didier Duboscq. Tout un coût et demande de l’espace. Si on voit que la sur le vernis, c’est d’utiliser de l’eau chaude légè- y est très bien expliqué. Il faut comprendre que le guitare commence à réagir à la sécheresse, il faut rement savonneuse (liquide vaisselle) dans un montage des cordes est essentiel pour la tenue de l’enfermer dans l’étui à plat et mettre un sac plas- pulvérisateur. Toujours pulvériser sur le chiffon, l’accord. Très peu de guitaristes savent les monter tique dans le fond de la guitare par la rosace avec jamais directement sur l’instrument. correctement. Les clients qui passent à l’atelier pour une éponge humide posée dessus (le plastique sert un problème d’accordage ont généralement les à isoler l’éponge de la caisse de la guitare). Après, Je te vois utiliser à l’atelier du produit pour vitres, cordes mal montées. si tu as attendu trop longtemps et que des fissures d’autres préf èrent des produits vendus en magasin apparaissent, cours chez un bon luthier qui saura de musique. Ça marche aussi ? intervenir rapidement pour limiter la casse ! Je connais les vernis sur les guitares et je n’utilise ce produit que sur les instruments pour lesquels "Réflexe numéro 1 : je sais qu’il n’y aura aucune réaction, la grande majorité en fait. Pour les produits spécialisés en lave-toi les mains magasin de musique, cela a un coût, mais on peut tout à fait les utiliser. avant de jouer !" Ok pour le corps de la guitare, mais c’est souvent la touche qui est encrassée. Comment la nettoyer ? Profite d’un changement de cordes pour la nettoyer Il faut les changer à quelle fréquence ? systématiquement. Je déconseille de nettoyer une Ça dépend de la façon dont tu joues, du temps touche quand les cordes sont montées. Pour net- passé sur l’instrument, des cordes elles-mêmes, de toyer la crasse, tu peux utiliser de l’essence C ou la propreté de tes mains, du stockage de l’instru- de l’essence F qu’on trouve facilement dans les ment... Si tes cordes ont perdu de leur brillance, commerces de bricolage et qui sont compatibles de leur timbre, il faut les changer. avec tous les vernis en cas de coulures sur le manche quand tu nettoies. Tu imbibes bien un chiffon et Tu parles de stockage. Un jour, j’avais posé mon étui tu nettoies entre les frettes ; tu répètes l’opération à la verticale contre un mur de ton atelier, et tu m’avais jusqu’à ce que ton chiffon soit net. Tu seras sur- dit : "Merci, tu vas faire travailler les luthiers !". pris par la saleté ! Pourquoi ça ? La majorité des têtes cassées que je répare vient Et la laine d’acier ? du fait que l’étui, avec la guitare dedans, est tombé! Pour les touches vraiment sales, oui. Mais atten- Même si on ne s’en est pas rendu compte parce que tion : seulement de la laine d’acier (et non de la c’est un de ses enfants qui l’a fait tomber et qu’il n’a paille d’acier !) 000 ou 0000, sous sa forme la plus rien dit... Un étui, c’est fait pour transporter, pas fine ! Et protège bien les bords de touche avec du pour stocker! L’idéal, c’est d’installer la guitare dans papier cache pour ne pas rayer le vernis du manche une pièce où elle respire (c’est un matériau vivant), si tu débordes de la touche. Passe au chiffon en- idéalement accrochée au mur ou sur un pied (stable suite, jusqu’à ce qu’il soit propre, pour bien retirer de préférence, sinon, boum !) dans un endroit où Humidificateur pour guitare acoustique la crasse décrochée. Et surtout, après nettoyage l’on écoute de la musique. L’instrument va ainsi de la touche, il faut la huiler. Pour cela, tu peux prendre du son et s’ouvrir. Si on n’utilise pas la gui- Cette rubrique est la vôtre ! utiliser de l’huile de lin, c’est ce que je fais, ou de tare pendant un long moment, six mois ou plus, je Posez toutes vos questions à : l’huile de citron. J’en profite pour parler d’un pro- conseille aussi de détendre les cordes pour ne pas acoustic@editions-dv.com duit que l’on a détourné à grand tort de son emploi fatiguer inutilement la table.
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www.philippe-cattiaux.com
PHILIPPE
CATTIAUXModèle Swing Chorus Rétro Cassiopée pas exclusivement des modèles manouches, ceux-ci constituent aujourd’hui une bonne partie de sa production. Concoctée à laInstallé à Couze-et-Saint-Front en Dordogne, Philippe Cattiaux se consacre pleinement à la lutherie depuis 2012. S’il ne fabriqueEN DESCENDANT DE LA VERDINE… demande d’un client libanais, cette déclinaison particulière de son modèle Swing Chorus Rétro (inspiré du modèle Chorus de DiMauro) fait l’objet d’un impressionnant travail d’incrustation. Max Robin
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Si les modèles manouches "à ouïes" inspirés de lamaison Di Mauro ont plutôt le vent en poupe cesSTYLISÉE dernières années (on en aperçoit de plus en plussur les stands des luthiers), le travail de "person- nalisation" accompli par Philippe force le respect,à commencer bien entendu par le magnifique ou- vrage d’incrustation sur la touche qui orne ce spé-cimen unique, qui a réclamé à lui seul plus de 80 heures d’assiduité. Verdine, guitare, nature, mon-tagnes, ciel, etc. alimentent cet "arbre de vie" sin- gulier, figurant le monde du voyage, façonné àl’aide de pas moins de cinq nacres différentes et de bois précieux. La très belle fileterie (tour de caisse,tour de tête), les incrustations en bois stylisées autour des ouïes (en Rio), tout comme le placagearrière de la tête (toujours en Rio), constituent oté d’une solide formation en lutherie, autant d’indices qui signalent d’autre part l’exigenceporté à la réalisation. On pourrait poursuivre l’in-ainsi que l’extrême soin ap- de Maître Supérieur en ébénisterie spécialiséeD acquise notamment dans l’atelier deMaurice Dupont, titulaire d’un Brevet de la "patte" du luthier,ventaire et s’arrêter par exemple sur le motif en Voyons donc comment la belle se comporte aumoment de la prise en mains. Si un simple accordQUAND LE CŒUR BALANCE… (restauration) et marqueterie, Philippe mène defront professionnellement ébénisterie et lutherie relief sculpté sur le talon, le bout de touche asy-métrique ou le dessin de la plaque du cordier, pour plaqué dégage déjà de très plaisantes résonances(largeur, sustain, clarté…), les enchaînements qui à partir de 2009, avant de céder définitivement àsa passion pour la guitare, qui le titille depuis l’âge bien se persuader qu’aucun détail n’a été laissé auhasard par le maître d’œuvre ! suivent – y compris les plus sophistiqués – em-portent rapidement l’adhésion. Cohérence et réac- de dix-douze ans. La fréquentation du festival Mais, pour soigner et ciseler l’apparence de chacunCARTE BLANCHE tivité sont bien au rendez-vous. Entre la richessedes médiums, la précision nerveuse des graves et de ses bijoux, Philippe n’en délaisse pas pour autantl’essentiel : conception globale, sélection des bois l’ampleur réverbérée des aigus, le cœur balance etl’on y retourne sans se faire prier ! En accords aussibien qu’en single line, dévoile assurément de belles capacités d’expression,garantissant un fort potentiel et une véritable per- la guitare de Philippe Cattiaux sonnalité en situation de jeu. Django Reinhardt de Samois-sur-Seine, puis deFontainebleau, le conduit à affiner ses propositions en matière de guitares manouches, en élaborantun modèle Swing Chorus Rétro, qui distingue désormais sa production. et esthétique sonore font en effet l’objet d’un trai-tement tout aussi attentif et minutieux. leurs préciser d’emblée que, pour s’inspirer de la"carrosserie" de la Di Mauro, le luthier n’en a pas Il faut d’ail- Quelques chiffres pour finir. Dotée d’un diapasonde 670 mm, avec 44,5 mm au sillet et 56 mm à la moins mis au point son propre "moteur", puisqu’enl’occurrence il a créé son propre barrage sur ce mo- jonction à la 14du manche (négociable bien entendu avec le lu-ème case pour ce qui est de la largeur dèle (déterminant pour le rendu sonore), et fait lechoix du "tout massif " pour ce qui est de la caisse thier), la Rétro Chorus se pratique en tout confort.Equipés d’un micro Mi-Si et livrés en étui Hiscox, (Palissandre de Rio très joliment "figuré" pour cettecommande spéciale : le luthier avait carte blanche!). les modèles Swing Chorus Rétro sont disponiblesà partir de 3620 euros dans leur version de base Les essences retenues (outre le palissandre de Rio :adirondack torréfié pour la table – favorisant la (options,incluses bien sûr). Du très sérieux ! incrustations et finitions particulières non profondeur,– privilégiant le sustain) se combinent d’ailleurs à acajou cubain une pièce pour le manche un emploi différencié des vernis selon la destina-tion : gomme laque/cire pour la table (afin de la brider le moins possible), aspect satiné/ciré pourle manche, finition high-gloss pour le fond et les éclisses, comme sur toute la gamme Rétro. L’as-semblage de tous ces éléments répond comme on le voit à une intention sonore : développer la largeuret la polyvalence, en évitant un rendu trop "typé". Site : www.philippe-cattiaux.com
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www.taylorguitars.com TAYLORGrand Pacific 717e Builder’s Edition NOUVELLE SONORITÉ,NOUVEAU FORMAT, Une nouvelle Taylor est toujours un événement en soi. Lorsque c’est un format jusqu’alors inédit chez le Californien, cela l’estencore plus ! Grand Pacific ou l’arrivée d’une dreadnought de tradition chez le plus moderne des fabricants américains.UN COUP DE MAÎTRE ! Jacques Balmat
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erpétuellement animé par le souci du pondent au mieux aux besoins et aux désirs desP "encore mieux", associé au désir constantde présenter des modèles inédits qui ré- futurs pratiquants, Andy Powers, le designer enchef des nouvelles Taylor, a réussi à concocter un instrument qui se démarque nettement des guitaresjusqu’alors proposées dans l’imposant catalogue de la maison. La Grand Pacific est marquée par un format decaisse jusqu’alors absent de l’offre de la maison.ON CHANGE TOUT Cette taille répond à des exigences et souhaits desonorités différentes et complémentaires de ce que
GRAND PACIFIC 717
• Un format de caisse dreadnoughtLES POINTS CLÉS E • Une table en épicéa torréfié• Un chanfrein tout autour de la caisseRound Shoulder • Un barrage V-Class• Un manche au profil compensé • Un coloris Wild Honey Burst l’on peut déjà obtenir avec les guitares proposéespar la marque. C’est un retour vers un passé plus ou moins lointain qui nous est suggéré par les formes.Certains y verront, à juste titre, quelques rémi- niscences (un euphémisme) des fameuses "RoundShoulder" les plus célèbres. C’est à partir de ces lignes de caisse qu’Andy Powers a totalement re-pensé la lutherie de ce nouveau modèle. Des bar- rages de table et fond V-Class, au galbe du manche"compound carve neck profile", en passant par le nouveau chevalet, profilé et redessiné, le luthierest reparti des fondamentaux de Robert Taylor pour faire émerger de nouvelles caractéristiques. Oucomment opérer un profond bouleversement en restant malgré tout inscrit dans l’esprit Taylor. Comme cela devient désormais une tradition dansla maison, c’est d’abord une série limitée qui béné-DÉJÀ UN COLLECTOR ficie de cette nouvelle taille Grand Pacific. LaBuilder’s Edition pose les fondements des Grand Pacific et introduit cette nouvelle caisse, d’abordproposée dans les séries 500 et 700, pour des fa- brications acajou/épicéa et palissandre/épicéa,synthétiser les choses, étendre l’offre ! La Builder’s Edition est donc un une 317e viendra rapidement pour instrument collector, cette version étant en effetdotée de spécificités uniques qu’on ne retrouvera pas dans les versions des séries standards qui sui-vront. On aime : On regrette :les sonorités. la lutherie "haut de gamme", le manche et pardon ? Lutherie : 10 Confort de jeu : 10Son acoustique : 10 Son électro : 10rapport qualité/prix : 9
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C’EST COMPENSÉ
Exemplaires et références de la guitare folk, les manches Taylor font l’unanimité quand il est ques- tion d’agrément et de confort de jeu. Taylor a même réussi à changer les pratiques des autres fabricants au fil des décennies en prouvant, voilà plus de trente ans, qu’un manche de folk rustre et dur n’était pas une fatalité. Pour la Grand Pacific, le profil a été retravaillé et adopte en outre un procédé "com- Prix : Modèle testé (finition wild honey burst) : pensé" : la surface du dos démarre du sillet par un 4079 euros - Autres versions : Acoustique finition léger "V" pour aller progressivement vers un "C" naturelle : 3599 euros - Finition wild honey burst : médium. C’est vraiment très agréable à pratiquer, 3839 euros / Electro-acoustique finition naturelle : le manche procure des sensations naturelles et 3839 euros. Tous prix publics conseillésStyle : Grand Pacific, électro faciles, avec l’impression d’un peu plus de matière Table : épicéa de Sitka massif torréfié AAAA en main qu’un manche Taylor standard, et un ar- Fond et éclisses : palissandre massif rondi légèrement plus palpable. Le travail des Manche : acajouTouche : ébène frettes a été lui aussi revu. Pour la Grand Pacific, Largeur au sillet de tête : 44,70 un nouveau process offre un surfaçage et polissage Largeur à la 12ème case : 54,75 des extrémités encore plus fin et doux. Il est rai- Mécaniques : bain d’huile sonnable de penser que les autres modèles Taylor Préampli : Taylor ES2. Volume, basses, aiguësDivers : disponible en versions acoustique et électro, bénéficieront à terme du même traitement. Par proposée en coloris naturel et Wild Honey Burst volonté de s’inscrire dans une certaine tradition Etui/housse : étui Taylor Special Western Deluxe esthétique, la caisse ne possède pas de pan coupé, Version gaucher : ouiInfos produit : www.taylorguitars.com mais l’accès aux aigus reste possible jusqu’à des FAITES LE 17 hauteurs étonnantes. Le superbe épicéa de sitka La taille Grand Pacific sera assurément déclinée est torréfié pour assurer des caractéristiques acous- chaud. Les basses et bas médiums sont imposants, dans toutes les gammes, de la série 300 à la tiques très efficientes. Il repose sur un palissandre sans toutefois trop envahir le son d’ensemble, qui grandiose "Presentation". On attend aussi avec des Indes de grande qualité. Les angles de la caisse reste bien défini, on est chez Taylor tout de même! impatience la version qui viendra prendre place possèdent tous un chanfrein pour casser les angles Il s’agit d’un son typique de la tradition Taylor. dans la renommée série "800" aux côtés de vifs et les arrondir, assurant là aussi un grand con- L’esprit originel n’est pas trahi par l’usage électro- l’incontournable 814. Dans l’immédiat, outre fort de contact, notamment pour l’avant-bras droit. acoustique. Le système ES2 et son rendu naturel la 717e longuement testée, il est également Recouverts d’un vernis satiné extrêmement fin, font montre d’une efficacité et d’un réalisme exem- possible de poser doigts et oreilles sur une caisse et manche jouissent d’une capacité de ré- plaires. Grand Pacific en allant jouer une version sonance importante. Builder’s Edition 517e et une 317e standard. SOYONS PACIFIC DES VAGUES DU PACIFIC Gageons que le format Grand Pacific et les nom- CHOISIR LE BON NUMÉRO Autre tour de force : proposer une sonorité qui se breuses déclinaisons qui s’annoncent sauront trouver La 517 est composée d’une caisse en acajou et démarque du son Taylor habituel et caractéristique, un très large public et convaincre les guitaristes jus- d’une table en épicéa de sitka torréfié. Elle est tout en conservant l’esprit de la maison ! La GP qu’alors peu enclins à se laisser séduire par le son disponible en version acoustique (3599 euros* propose un grain moins moderne, mais au contraire Taylor. La Grand Pacific possède tous les argu- en finition naturelle) et électro-acoustique plus tourné vers les canons de la western américaine ments pour réunir les amoureux de belles sonorités (3599 euros*), on ajoutera 289 euros pour la typique, façon J45 par exemple. Comparée aux de tous bords : ceux inscrits dans la grande tradition très belle teinte Wild Honey Burst. modèles Grand Auditorium Taylor, la GP révèle de la guitare western comme les amoureux de Taylor, Plus abordable, la Grand Pacific proposée une présence/brillance atténuée, moins de précision qui trouveront ici matière à entretenir la flamme dans la famille "300" et baptisée 317 est com- dans le piqué de notes et un son globalement plus passionnelle pour la marque californienne. posée d’une caisse en sapelé et d’une table en sitka, tous bois massifs. Malgré une finition et des choix matériaux moins luxuriants, le format prouve ici encore sa pertinence, la puissance et la rondeur sonore sont au rendez vous. Il faudra débourser 2399 euros* pour jouer électro, 2159* pour la version acoustique pure. Vous l’aurez compris, la numérotation "17" désigne désormais ce format de caisse dans le référencement Taylor, tout comme le "14", chiffre magique de la maison californienne par lequel tout débuta il y a près de quarante ans, désigne la fameuse taille Grand Auditorium. Au-delà de l’esthétique, les trois modèles pro- posent des choix sonores différents, mais tous très séduisants. Après avoir jouer ce trio en avant-première et exclusivité pendant deux mois, il est bien difficile d’émettre une préférence objective. * prix public conseillé
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Phot os non cont ract uelles
UNE GUITARE ACOUSTIQUE
SIGMA
SG LMSG-00
d’une valeur de 649 €TTC ## # Table : Epicéa Sit ka # Fond/Manche : AcajouEclisses : Acajou ## Touche : Micart a # Finish : Brillant # Const ruct ion acoust ique : Table massiveLargeur du sillet : 44,5 mm ## Mécaniques : OInsert sillet et chevalet : OChevalet : Micart a s Nickel avec bout ons ivoroid pen Back ## Têt e : Black ## Syst ème de préampli :Rosace : 3 anneaux IvoroidBinding : Ivory ## Fishman Sonit oneCont rôles/Micro : Fishman Sonit one # Volume, bass, médiums, aigus réglages : Coloris : Sunburst (Top only) Pour participer, rendez-vous sur : Clôture du jeu le 15 avril 2019.acousticmag/giveaway.html http://acousticmag.fr/ Règlement sur simple demande.Concours par tirage au sort. GAU # 66
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MAESTRORaffles Purple Heart CSB www.maestroguitars.com Distribuée en exclusivité par le custom Guitar Shop de Saint-brieuc, issue de la sériePrivate collection, ligne d’excellence (custom Shop haut de gamme) de Maestro,UNE SIXCORDES D’ÉLECTION cette folk de type mini Jumbo 14 cases à pan coupé se présente comme une guitared’exception. Jimi Drouillard, qui passait par là et n’a pas manqué de profiter de l’oc- casion pourtout guitariste "tirer quelques notes" "normalement constitué", s’en est trouvé littéralement emballé, à l’instar de ! Max Robin des Adirondacks de la table, négocié auprès de lamaison Boucher, au Québec. En l’occurrence, la pièce ne laisse planer aucun doute : les grosses veines gurent le meilleur ! Du reste,à la main à Singapour en impose d’emblée, tant paret le maillage très visible qui la caractérisent au- cette guitare fabriquée la remarquable qualité de sa facture que par sonéclat. Si la splendeur de la table ne passe pas ina- perçue, l’arbre de vie (en perle blanche) qui ornela touche (ébène) frappe en effet dès le premier coup d’œil, tandis qu’un certain nombre d’élémentsagrémentant avantageusement l’ensemble (repose- bras, rosace d’éclisse, mécaniques Grover doréesà bouton ébène…) convergent vers un imparable diagnostic : nous sommes bien dans le (très) hautde gamme ! La rosace faite à la main (en amarante et multiplis de bois), le tour de caisse en érable, lafileterie additionnelle (table, fond, touche) et l’har- monie générale due à l’amarante ("Purple Heart"- requis pour la caisse et le placage de tête) com- plètent le tableau,assorti d’un équilibre classieux sur toute la ligne : fastueux et diablement séduisant, le privilège des grandes ! Le charme continue d’opérer lors de la prise enSAISISSANTE accords plaqués en disent plus long en la matièreque bien des attributs. mains. Légèreté (c’est très bon signe !), maniabilité, aux doigts (blues, walking bass, bossa…) ou au Magistral ! Qu’on la pratique cette Maestro rassemble décidément toutes lesqualités que l’on peut attendre d’une six-cordes médiator (streaming, impros jazzy…), la Maestrose montre en tous points réactive, dégageant un d’élection. Il suffit d’étrenner le manche (en acajouKhaya, renforcé par deux tiges d’ébène et une tige rendu sonore d’une richesse et d’une ampleur quialimentent constamment le plaisir de jouer. Quant de carbone) pour prolonger le plaisir : la finitionsatinée et le profil ultra-confortable invitent iné- à la teneur des arpèges, elle se révèle carrémentinouïe. vitablement à engager la conversation. La "mise taque, jeu en accords (pleins, denses, larges…) ou On en reste saisi! Quel que soit l’angle d’at- au diapason" se fait d’ailleurs avec la plus grandefacilité, grâce à des mécaniques d’une douceur ex- en note à note (beauté du perlé),la bonne distance (c’est quasi immédiat !), afin de on trouve très vite trême et d’une grande précision. En terme de con-fort, l’ajustement du bras droit (favorisé par l’arm- profiter, sans jamais s’en lasser, du caractère et dela personnalité exceptionnelle de cet instrument. rest) le dispute à la saisie main gauche : tout est faitpour nous mettre à l’aise, Une grande guitare ! Il est temps de succomber ! Dès le premier accord,les vibrations et le ressenti confinent à l’impres- sans se poser de questions. "toutes affaires cessantes", même si pour ce modèleAu total, une lutherie évidemment à découvrir sionnant. Ampleur, profondeur, richesse, le tout à très haut de gamme,à un coût : 3895 euros* si l’on veut acquérir cette l’excellence (comme pour tout) Construites en très peu de pièces, de façon sai-sonnière, avec une grande minutie et une attentionCOLLECTION PRIVÉE l’aune d’une projection sonore sensible aussi bienen façade qu’en position de jeu (via le soundport). "Raffles Purple Heart". Ça les vaut ! extrême portée aux détails, les guitares de la série La précision des basses (pour autant pas moinsprofondes ni amples !), l’étonnante ductilité des * prix public conseillé "boutique". Ainsi du choix des bois, par exemple,de ce qu’on pourrait appeler les instruments de typePrivate Collection de Maestro incarnent le meilleur médiums (un ravissement pour sculpter la note),la densité, la plénitude et l’épaisseur des aigus font Livrée en étui Premium (Hardcase) rigoureusement triés sur le volet, à l’image de l’épicéa merveille, quelle que soit la zone du manche où Site : DiStribution excLuSive :www.custom-guitar-shop.fr www.maestroguitars.com l’on évolue. Ne parlons pas du sustain, quelques
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www.fr.yamaha.com
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On aime : On regrette : manche/tête.riches. une lutherie de qualité, des sonorités YAMAHACSF3M l’esthétique de la jonction Lutherie : 9Confort de jeu : 8 Format réduit, certes, mais c’est bien la seule chose qui l’est sur ce "petit" modèleUN TEMPÉRAMENT MARQUÉ Son acoustique : 9Son électro : 8 qui a tout d’un grand ! Jacques Balmat rapport qualité/prix : 9 se révèle excellent, la prise en bras ne déclencheaucune mauvaise sensation : l’avant-bras n’a pas Prix : 684 euros, prix public conseillé d’efforts à produire pour embrasser la caisse. Cette Style : apparenté Parlor table : épicé de sitka massif Fond et éclisses : acajou massif dernière présente des dimensions réduites, maisla profondeur de caisse reste, à quelques encablures près. peu ou prou, standard, manche : natotouche : palissandre Largeur au sillet de tête : 43,2 mm Largeur à la 12mécaniques : bain d’huile mini chroméesPréampli : capteur Yamaha Srt Piézoème case : 54,3 mm Comme à son habitude, Yamaha nous présenteun instrument à la fabrication sérieuse et soignée.SANS HEURTS etui/housse : étui semi-rigideVersion gaucher : nonSite : www.fr.yamaha.com Seul le dos de la jonction de la tête et du manchesuscite quelques réserves, l’esthétique ne semble tique, rien n’est apparent. Et pour cause ! Il n’est pas avoir été le souci majeur lors du design de laCFS3M. Mais elle l’est rarement chez la plupart constitué que d’un piézo,(donc de batterie) et uniquement associé, bien sûr, dépourvu de tout contrôle des fabricants réalisant ce type de manche en troisparties, talon-pièce maîtresse-tête. L’unité visuelle à l’incontournable sortie jack femelle en guised’attache-courroie. pour obtenir un rendu homogène n’est pas encoreune exigence inscrite dans les cahiers des charges. Voilà une très sympathique guitare. En modèleUN INVESTISSEMENT SÛR Version couleurVintage Natural Cela reste néanmoins le seul point faible de laguitare qui nous occupe.La finition brillante sunburst donne belle allure principal comme en instrument de vagabond, laCSF3M est douée de multiples talents et sait se à la guitare. Si l’aspect rétro marque l’esthétique,le manche présente une ergonomie moderne sous fondre avec brio dans tous les styles et répondrefavorablement à tous les types d’usages, les plus l’effet d’un profil à l’excellente préhension : c’estplutôt facile et sympa à jouer. Le radius, ni trop habituels comme les plus iconoclastes. Sa fabri-cation "tout massif " permet en outre d’envisager prononcé ni trop plat, touche à la perfection ; ilse révèle sans inconfort, que l’on joue des accords une vraie et belle bonification. Arrivée à pleinematurité,sera tout bonnement remarquable. il est raisonnable de penser que la sonorité en barré vers le sillet ou en mélodies ou en solodans les notes aiguës. Il contentera moult styles de guitaristes. Le chevalet offre des courbes déli-cieuses, avec de belles rondeurs et des lignes ori- ginales. Aucun angle n’est saillant, un chanfreinadoucit tout ce qui pourrait heurter la main et la douceur de contact avec la pièce en palissandre quireçoit les six traditionnelles chevilles. de belle esthétique sauront vite remplacer lespièces d’origine par des éléments en bois afin de Les amateurs gagner en pureté. La sonorité est généreuse. Résultante du rapportTRANSPARENT a CSF3 M se présente fort bien. La guitare taille/profondeur, la caisse dégage un grain épaiset riche, avec de multiples harmoniques. La puis- Lsemi-rigide. A chacun son appellation, l’essentiel,nous arrive dans une très belle housse, qued’aucuns ne manqueront de qualifier d’étui sance disponible est très favorable et surprend.L’assise du grave en impose. Perlés, les aigus pos- c’est que cet accessoire, qui ne l’est pas du tout,protège bien l’instrument tout en se révélant très sèdent beaucoup de vigueur et se dégagent sansdifficulté du son d’ensemble pour illuminer les léger et d’un portage facile et ergonomique, qu’ilsoit effectué "à la main" ou sur le dos, grâce aux harmonies. Côté médium, ça chante sans agresserl’oreille, c’est très agréable à entendre comme à larges sangles très bien rembourrées.l’instrument, c’est de toute façon chose aisée. Le Vu le poids de jouer. Voilà un son qui se rapproche plus d’un sonde folk standard que d’un parlor. C’est une sonorité format s’avère séduisant, il rappelle la L00 de Gib- qui diffère également d’une "000" par l’ampleurdu registre bas. Le modèle est équipé du système apparentée mini dreadnought. L’agrément de jeuson, pas tout à fait "Parlor", pas tout à fait folk électro "Zero Impact" de la marque. Comme sonnom le suggère, il n’entraîne aucune disgrâce esthé-
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www.laboitenoiredumusicien.com Prix : 1299 euros, prix public conseillé Style : dreadnought, pan coupé, électro Table : cèdre massif Fond et éclisses : sapelé massif - sapelé Manche : acajou Touche : palissandre Largeur au sillet de tête : 45,3 mm Largeur à la 12ème case : 56 mm Mécaniques : bain d’huile chromées, boutons imitation ambre Préampli : Takamine CT-4BII Etui/housse : étui Version gaucher : non Site : www.laboitenoiredumusicien.com
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On aime : On regrette :tout le monde… le caractère sonore. le profil du manche ne peut plaire à Lutherie : 8 Confort de jeu : 6 Son acoustique : 8Son électro : 8rapport qualité/prix : 8
TAKAMINE
revendeurs français de la marque japonaise ! L’occasion était trop belle de tester la version 2019 de cette guitare western deL’une des guitares folk 12 cordes les plus emblématiques revient dans nos échoppes, uniquement et exclusivement chez lesRETOUR GAGNANT Natural EN10C-12 référence. Jacques Balmat a série Natural appartient aux grandes heures Le galbe et la largeur du manche font rapidement L de la maison japonaise.des premières à proposer des finitions sati- Cette gamme - une entendre raison pour aborder le jeu avec souplesse Quoiqu’encore très "jeune", la caisse dégage la so-
UN SON CONNU ET RECONNU
nées naturelles - fut l’une des plus prisées des années80. Sa pérennité ne lui permit pas de passer le cap Les accords de Sib et Fa barré première case de-et doigté, et surtout ne pas tenter de passer en force. norité attendue d’une western 12 cordes. Si le son du nouveau millénaire, Takamine stoppant la fa- mandent un certain savoir-faire pour que chacune manque à l’évidence de maturité, il présente de brication à l’aube des années 2000. Mais sous l’im- de la douzaine de cordes puisse vibrer et résonner belles promesses qu’on peut déceler dans le grain. pulsion de l’importateur -distributeur français de façon correcte. Toutefois, la pose d’un jeu de La puissance se révèle satisfaisante, la perception historique de la marque -, la maison japonaise a cordes de tirant plus souple pourra faciliter la chose. du double jeu de cordes conforme aux canons du relancé la production de cette série mythique il y On remarque le pan coupé : dans le cas d’une 12 genre sous l’effet du barrage spécifique : un registre a quelques mois, exclusivement réservée au marché cordes, cette caractéristique paraît présenter peu sonore typique d’une 12 cordes,profondes et sans rondeur ni chaleur prononcées, avec des basses peu français. d’intérêt, mais qui peut le plus, peut le moins! Etgageons que certains guitaristes y trouveront uneaire de jeu favorable à l’expression de leur créativité. des médiums légèrement compressés et des aiguschantants. Un léger effet "chorus" est perceptible, On retrouve donc les Natural et leurs différentesRETOUR EN FAMILLE sans toutefois conférer un air de fausseté au son. déclinaisons en plusieurs séries, dont celle estam- ELLE N’ARRIVE PAS Le strumming lui va à merveille, la EN10C-12 pillée du numéro "10" reste la plus représentativede toutes, historique best-seller Takamine. On y La table et le fond de la caisse sont en bois massif.AUX CHEVILLES ! déroule un véritable tapis de notes. L’arpège pro-cure aussi de belles saveurs auditives, avec, là encore, un son typique et inimitable entendu sur trouve notamment les fameuses jumbos, dread- L’acajou original pour les éclisses et le fond a cédéla place au sapelé, modèle que nous avons choisi de tester et de com-noughts, électro-nylon et 12 cordes. C’est ce dernier La présence d’un chevalet sans cheville est toujours essence proche de l’acajou africain. des centaines de morceaux des albums de ces troisdernières décennies. Cette version électro em- parer avec un exemplaire de 1996. une aubaine. Dans le cas d’une 12 cordes, c’est une barque le préampli CT-4BII afin de profiter plei- bénédiction ! Le sillet est composé de deux partiesafin d’optimiser la justesse ; ils sont taillés dans nement de l’instrument dans une large diversitéd’usages. c’est le même tableau qui s’étale devant nos yeux.Soignée, IL FAUT EN PINCER FORT sobre et simple, l’esthétique n’a pas changé, de l’os véritable. Takamine propose un retour aux sources intéressantUNIQUEMENT DE PASSAGE ? Notre modèle d’époque a seulement pris une patine,la teinte s’étant assombrie sous l’effet du temps. et séduisant. Cette Natural trouve sa place dans lecatalogue de la maison nipponne aux portes de la Le poids est toujours aussi léger, voilà qui augured’une bonne propagation du phénomène vibratoire. large gamme "Professionnal". L’histoire ne dit paspendant combien de temps ces Natural seront ginal, il ne se laisse pas oublier dans la main ; laLe profil de manche est la copie conforme de l’ori- disponibles, alors mieux vaut ne pas trop tarder sil’aventure vous tente. L’effort financier à consen- notion de confort de jeu est toute relative, assezlointaine des impressions digitales les plus douces. tir sera récompensé à la hauteur des exigences etattentes. C’est la 12 cordes de toute une vie, uneréférence quasiment incontournable du genre.
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Prix : 459 euros, prix public conseillé
LÂG
Style : auditorium, pan coupé, électro Tramontane T118 table : épicéa engelman massifFond et éclisses : khayamanche : khaya touche : brownwoodLargeur au sillet de tête : 42 mm Largeur à la 12 bandes, phase, mute, accordeur UN NOUVEAU SOUFFLE mécaniques : bain d’huile noir satin à boutons tulipePréampli : Shadow StudioLâg HD. Volume, eQ 3ème case : 54 mm reprend des couleurs, la tramontane venant à nouveau souffler sur le monde de laaprès quelques changements institutionnels et des turbulences il y a 24 mois, Lâg DE TRAMONTANE dreadnoughtetui/housse : nonVersion gaucher : uniquement disponible en format guitare folk. C’est désormais sous la direction de maurice Dupont que la marquefrançaise reprend son essor. entre nos mains et oreilles, l’un des premiers modèles Site : www.laboitenoiredumusicien.com disponibles de l’épisode "Lâg, an 2". Jacques Balmat la 118 produit une sonorité au spectre resserré.Typique du format et des choix de matériaux, a 118 ACE est l’un des premiers modèles Point de basses profondes,de clavecin ou de cristal, L disponibles issus de l’atelier asiatique de par la largeur et la finesse de la pièce d’acajou quivient se loger spontanément dans le creux de la saveurs agréables et plutôt douces, nos oreilles entendent des point d’aigus synonymes luthier français Maurice Dupont. La premièrela marque, sous la supervision du maître main, suggérant une position de main gauche qui et ne vient déposer des aspérités dans nos conduits rien ne "dépasse" impression est très favorable. Une inspection mi- n’aura plus rien à voir avec l’exigence académiquejusqu’alors mise en œuvre. auditifs.du caractère. Ce tempérament légèrement effacéest fort probant pour le jeu aux doigts, arpèges C’est doux et sympathique, à défaut d’avoir comme picking, la guitare produit la finesse sonoredont on peut avoir besoin pour faire ressortir telle ligne mélodique ou tel trait spécifique.tant certaines fréquences médiums, le timbre d’en- Bien qu’exal- semble se révèle donc séduisant, le piqué de notesfaisant partie des belles qualités du modèle. Seul le registre grave pourra être critiqué pour son manquede rondeur et de profondeur. Mais cela fait partie de la personnalité de cette référence, aux caracté-ristiques acoustiques et sonores voulues comme telles, eu égard à la taille de la caisse et au barrageconstitué. Pour des basses plus généreuses, il faut tout simplement se tourner vers la version dread-nought. Cette toute nouvelle Lâg est équipée du StudioLâg, dans une version revisitée labellisée "HD"RETOUR GAGNANT pour en optimiser ses spécificités. Travaillé avecl’un des spécialistes mondiaux du genre, Shadow, ce préampli produit une sonorité électro l’Allemand nutieuse, y compris avec notre miroir spécial, to-talement indiscret pour ausculter l’intérieur de la La caisse de taille Auditorium s’accommode fortSÉRIEUSE chaleureuse, autant que faire se peut pour un sys-tème piézo. Il est facile à maîtriser pour retrans- caisse, confirme l’impression initiale ; mieux, ellela renforce. L’esprit originel de la série Tramontane bien de l’esthétique. Une esthétique soignée, reflet mettre une sonorité la plus réaliste possible et en et du talent de son génial créateur,a été non seulement conservé, mais surtout opti- Michel Chavarria, gements cosmétiques accompagnent cette Tramon-d’une réalisation précise et sérieuse. Quelques chan- une sonorité particulière. harmonie avec la guitare ou, au contraire, en puiser calées autour des fréquences judicieusement cer- Les égalisations sont bien misé. Il est toujours profitable qu’un regard exté-rieur et expert vienne apporter sa touche pour tane nouvelle ère, mais qui conserve son charmehistorique.Un vernis ultra brillant recouvre l’ensemble de la Le pan coupé est joliment proportionné. et rapide, deux qualités majeures pour l’usage ennées et "utiles". Il est équipé d’un accordeur précis peaufiner la chose, fut-elle très bien troussée denaissance. C’est d’ailleurs ce qui se passe chez le caisse et apporte la noblesse qu’un fini satiné ne concert, domaine dans lequel la 118 va exceller. géant Taylor, où Andy Powers a rajeuni toute la pourra jamais égaler. Un placage de palissandre de n’affecte en rien le rapport qualité/prix. C’est un La guitare est vendue sans housse ni étui, mais cela gamme de la marque californienne en allant plus 2 mm (tout de même !) habille la tête, signe d’unecréation de qualité et fruit d’un souci esthétique très bel instrument, idéal pour débuter dans les et l’innovation.loin encore que son créateur original dans l’exigence évident. Tout cela témoigne d’un certain respect meilleures conditions ou s’équiper en guitare électro vis-à-vis du guitariste.table massive en épicéa, d’un fond et d’éclisses en La caisse est constituée d’une à coût pas encore trop onéreux, tout en bénéficiantde l’expertise d’une grande marque avec un instru- khaya, parent "exotique" plus ou moins proche de qui tombe dans la main, un profil "doux", aisé,On retrouve ce profil de manche typique et génial PEU ACADÉMIQUE l’acajou. ment sérieux. C’est donc ce qui est convenu d’ap-peler un retour gagnant ! facile à jouer, qui contentera tout autant les gui- On aime : On regrette : la qualité générale du modèle. le parti pris sonore en acoustique pure. Lutherie : 9 taristes électriques que les folkeux conventionnels.Seuls les instrumentistes classiques pourront être Confort de jeu : 10Son acoustique : 9 déroutés lors des premières heures de pratique, Son électro : 7rapport qualité/prix : 9
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IBANEZAW84CE-BK www.ibanez.com
LA GUITARE FOLK
caisse et son manche lui donnent une allure très originale. C’est l’un de ses attraitsC’est l’une des dernières nées de la famille Artwood. Les choix esthétiques pour saEN VERSION NOIR & BLANC majeurs. Serait-ce le seul ? Jacques Balmat On AiME : On REgRETTE :esthétique. le manche, la personnalité physique et rien de bien notable à ce prix. L’AW84 est diablement agréable à jouer. Elle està la fois très légère et équipée d’un manche fin,AISÉ Lutherie : 8Confort de jeu : 10Son acoustique : 8 étroit, peu épais, l’esprit du galbe étant bien plusproche de celui d’une guitare électrique que de Son électro : 7Rapport qualité/prix : 9 celui d’une collègue western. Voilà qui contenterales amateurs de sensations douces, cordes d’un autre type et d’un tirant plus fort pourra ses origines musicales. Ce sentiment de grande fa-cilité de jeu est accentué par le jeu de cordes monté quelles que soient sensiblement modifier cet aspect sonore général. en atelier,pour les doigts, à l’évidence un tirant très souple et amical Cette guitare qui vibre de tout son corps lorsqu’onORIGINALE y viendrons.Comme à son habitude, Ibanez a muni ce modèle un peu moins pour la sonorité, nous la joue, émet une sonorité plaisante, personnelle,qui, à défaut d’être puissante, confère un tempé- de son chevalet traditionnel, ici réalisé dans unepièce d’okoumé, en assortiment avec la touche et rament agréable à la musique jouée. Elle possèdesa propre signature sonore. On pourra lui faire ses très fines barrettes. Les chevilles sont en plas-tique noir, connaître des situations de jeu un peu plus engagéesen la raccordant à une amplification électro. Le les cordes sont maintenues et mises en ton par desmécaniques chromées à bain d’huile convention- plus efficaces que jolies. A leur extrémité, préampli Ibanez AEQ-TP2 est associé au capteurFishman Sonicore. Cet ensemble délivre un son nelles. Il n’y a donc aucune surprise dans l’équi-pement, nous sommes dans les canons de la folk "piézo" typique,de (re)travailler, l’EQ embarquée ne permettant qu’une égalisation externe permettra et dans les pratiques habituelles d’Ibanez. A moins de 300 euros, l’Artwood 84 CE présented’intervenir que dans des proportions très limitées. La sonorité dégagée par la caisse se révèle peu creu-TOUT DOUX un rapport qualité/prix très favorable. C’est uneguitare attrayante, qui séduit par sa personnalité sée. L’étendue des registres ne semble pas d’unelargeur exemplaire, c’est un son compact et moyen- physique, puis par son joli brin de voix, mais avanttout, par sa grande facilité de jeu pour la main nement homogène qui nous parvient aux oreilles.Il est cependant agréable et musical, gauche. Elle se démarque favorablement des mo- chantant attrayant, à défaut d’être porté par une avec un caractère dèles concurrents de même gamme. Nous avonseu un vrai coup de cœur pour cette guitare plutôt grosse puissance de projection. C’est efficace pourla pratique de rythmiques d’accompagnement de originale ! chansons,point nuit à l’ensemble. Les aigus dégagent une bien qu’un petit surplus de graves n’aurait brillance moyenne, c’est peu étincelant, légèrementmat. Le tempérament des médiums est assez simi- laire,agressivité. Mais il fait peu de doute qu’un jeu de avec un rendu douçâtre et dépourvu de toute L personnalité, esthétique en premier lieu.’Artwood 84 est une dreadnought à forte Prix : 299 euros, prix public conseillé qui émerge lors de la découverte qui précède laprise en main de la guitare. La finition est plutôtC’est en tout cas la première impression Style : dreadnought, pan coupé, électro Table : okoumé massifFond et éclisses : okouméManche : nyatoh originale et peu pratiquée par les fabricants. Elleest entièrement noire, fin,entre teinte délavée et surface patinée. est de type "pores ouverts". satinée, à l’aspect à mi-chemin Le sentiment d’avoir Le fini, ultra Touche : ovangkol Largeur au sillet de tête : 43 mmLargeur à la 12 accordeur, sorties jack et XLR Mécaniques : bain d’huile chroméesPréampli : AEQ-SP2. Volume, EQ 3 bandes,ème case : 54,3 mm un bois presque brut en certains points ne plaît pasà tous les guitaristes, mais c’est ici très bien fait et Etui/housse : non très cohérent au regard des coloris. Version gaucher : nonSite : www.ibanez.com
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2019, L’ANNÉE SANS FIL !
Prix : 237 euros, prix public conseillé Système : 2,4 gHz iSm Portée : 20 mètres fréquences 20 Hz – 20 kHz, rapport signal/bruit :Latence : 5msautonomie : 5 heuresalimentation : batterie rechargeable au lithium 110 dB, Switch mute sur l’émetteur, interrupteur Divers : 6 canaux commutables, réponse en sur le récepteurrapport qualité/prix : 9 On aime : On regrette :d’usage. le format, la simplicité et la polyvalence batterie rechargeable et l’absence de possibilitéd’alimentation fantôme. l’alimentation exclusivement par www.xviveaudio.com des systèmes de marques réputées en la matière, etbien plus onéreux. La qualité sonore est largement XVIVEHF U3 La partie émettrice se fixe directement et astucieu-POUR UNE VOIX SANS FIL à la hauteur des espérances pour cette gamme desystème, et la latence est infime. IN THE POCKETLa qualité du design très étudié ne se limite pas sement sur le micro, en lieu et place du câble. Lerécepteur sera inséré sur l’entrée de la console, de Grâce au petit sélecteur fixé sur l’émetteur, il estTOUJOURS LÀ EN CAS DE BESOIN au seul attrait esthétique. En effet, il donne éga-lement à utiliser un accessoire pratique et ergo- l’ampli ou de l’enregistreur. La dynamique s’avèreexcellente, le rapport signal/bruit ne souffre pas possible de choisir le type de signal, entre micro etline. Grâce à un adaptateur jack/XLR, il est pos- nomique, aussi agréable à utiliser qu’à transporter.Le système se compose bien évidemment de deux d’inconfort rédhibitoire, malgré un léger souffledans la combinaison de certains micros testés. La sible d’utiliser ce HF Xvive avec différents typesde sources et ainsi n’être pas limité aux seuls micros éléments, indissociables bien qu’aucun fil ne lesrelie, puisque c’est l’objectif ! La jonction des deux bande passante est légèrement grignotée à ses ex-trémités, mais cela se compense facilement avec voix. Notons d’ailleurs qu’en l’absence d’une ali-mentation fantôme, cela exclut d’office l’usage avec éléments est quasiment instantanée, c’est une opé-ration qui prend quelques secondes. Il est loin le les EQ d’une console, par exemple. La portée devingt mètres (hors obstacle) est largement suffi- des micros à condensateur, ces derniers nécessitantune alimentation idoine.tème est qu’il s’adapte à tout micro dynamique, on L’intérêt majeur de ce sys- temps où un scanner moulinait pour appairer lesfréquences. sante pour couvrir les besoins "amateurs", auxquelsce produit est destiné. Un produit grand public,qui ne fait pas pâle figure lorsqu’on le compare à peut donc utiliser son micro habituel en le trans-formant en HF selon les besoins !
BOSS
REDOUTABLE COUPEUR DE FILWL50Boss a mis du temps à investir l’univers du sans fil, www.boss.info/ c’est le moins qu’on puisse dire ! Mais la maison nefait pas les choses à moitié avec sa gamme naissante cordes et classique électro n’ont pas été trahies :le grain original issu d’une liaison câblée ne subit WL. Le WL50 a retenu toute notre attention parl’ingéniosité du système qui réunit les trois qualités pas de transformation notable, c’est très proche,voire similaire. majeures recherchées par les guitaristes amateursne bénéficiant pas d’une prestation "back line" digne Très discret, l’émetteur se branche directement surIL EMBALLE de ce nom pour bénéficier d’un module HF pro : sonore.le format mini, la facilité d’usage et la transparence la sortie jack femelle de la guitare. La compatibilitén’est pas assurée à 100% avec tous les systèmes électro actifs, mieux vaut procéder à un essai préa- Avec le Boss WL50, il est possible de couper leCOPIECONFORME lable, il pourra être nécessaire d’inverser le câblageau niveau du jack femelle de l’instrument. L’auto- fil entre guitare électro et amplification tout enbénéficiant d’une sonorité à l’intégrité préservée. nomie annoncée de la batterie est de douze heures,batterie qui se recharge en la plaçant sur le dock Ce modèle est destiné aux utilisateurs de pedal- du récepteur. Ce dernier peut être alimenté par Prix : 199 euros, prix public conseillé qu’il va alimenter en transmettant le signal sonoreboard. Il se place sur le plateau en début de chaîne, l’adaptateur PSA-S de la maison (non fourni) oupar deux piles AA. L’autre tour de force de ce sys- Système : 2,4 gHz iSmPortée : 20 mètres à la première pédale du lot. En fin de chaîne, le si- tème sans fil, c’est son prix. A 199 euros, il n’y apas de quoi se priver ! Latence : 2,3ms récepteur : piles ou adaptateur secteur autonomie : 12 heuresalimentation : émetteur : batterie rechargeable, Le WL50 redonne sa liberté de mouvement auxguitaristes ! A la question aussi incontournable quegnal sera envoyé par câble à l’ampli ou à la console. cruciale "Comment ça sonne?", nous répondrons :"Très bien". Les sonorités de nos guitares folk, 12 On aime : On regrette :9 volts du récepteur pour alimenter d’autres pédales. la qualité sonore, le format et la sortie fréquences 20 Hz – 20 kHz, rapport signal/bruit :110 dB, Switch mute sur l’émetteur, interrupteurDivers : apparairement automatique, réponse en à ce prix, vraiment rien ! sur le récepteur, simulation de son câble à troispositionsrapport qualité/prix : 10
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T REXSoulMate Acoustic
UNE NOUVELLE
Le SoulMate vit d’abord le jour comme multi-effets pour guitares électriques. Cepédalier fut d’abord commercialisé en version limitée au sein des magasins de laRÉFÉRENCE DU GENRE chaîne Guitar Cente, aux États-Unis. Il fut ensuite proposé à tous et prit une place à et longtemps attendue, la version "acoustique" est enfin disponible chez les revendeurs.Nous l’avons testé pendant un mois. Le verdict, c’est ici et maintenant !part entière dans le catalogue de la maison danoise. Annoncée il y a près de 24 mois Jacques Balmat qu’un inverseur de phase complète ce premier étage.En sortie, c’est "tenue de soirée" ! Jacks et XLR, a version acoustique possède une ergono- deux paires de connecteurs stéréo sont à disposition,utilisables simultanément si besoin, ce qui ouvre L mie et une interface similaires à celles de rentrera pas ! Nous avons testé le SoulMate dans de vastes horizons pour la scène notamment. Le panneau arrière intègre également une entrée pour de traitements internes diffèrent, certains gran-pourvue en potards et autres contrôles. Les circuits son frère aîné, quoique nettement moins de nombreuses situations (scène, studio, maison),associé selon les cas à trois guitares électro très dif-férentes : 12 cordes Taylor, classique électro Taka- raccorder une pédale d’expression afin de commander dement, pour coller parfaitement aux exigencesde transparence et de dynamique des instruments mine et folk Maton Nashville. Cela nous a permisd’évaluer et apprécier au mieux les caractéristiques au pied le volume du signal de l’instrument, sansaffecter la queue d’une réverbe, les répétitions du électro-acoustiques. et qualités de la machine, et d’établir un bilan finalobjectif. delay ou encore la boucle du looper en cours delecture. Une autre prise pour pédale d’expression Son format idéal (40x615 cm) offre une parfaiteMême habillage, avec le solide boîtier en métal. accueillera une seconde pédale d’expression affectée pas trop l’équipement à transporter (2 kg). Certes,stabilité au sol lors de l’usage, tout en n’alourdissant La connectique a été très bien conçue.
C’EST LE PIED QUI COMMANDE
oubliez totalement l’éventualité de pouvoir le glisser trument dispose d’un adaptateur de niveau d’entrée L’entrée ins- à la fonction "shimmer" de la réverbe,d’agir dessus en temps réel. Enfin, deux autres po- qui permettra dans la poche du gig-bag, il n’y a rien à faire, ça ne et d’un niveau de gain ajustable sous l’effet d’un tentiomètres rétractables sont également situés sur potentiomètre rétractable (ultra pratique !), tandis ce panneau fort bien loti, et destinés à régler leniveau de boost et le volume général de sortie.
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Prix : 599 euros, prix public conseillé Type : préampli/multi-effets pour instrument électro-acoustique Effets : compresseur, modulation, delay, réverbe hall, boost, looper Divers : anti-feedback auto, looper 5,8 mm, Alimentation : adaptateur secteur fourni Site : www.t-rex-effects.com Traitements sonores : 9 Rapport qualité/prix : 8 ON AiME : la qualité générale. ON REgRETTE : aucune possibilité de sauvegarde et l’absence de volume pour le looper. www.t-rex-effects.com Re-recording, undo, effacement provisoire ou dé- finitif… Son fonctionnement est simple et intuitif. dépourvu de tout gadget qui serait initié par le On a regretté cependant que le volume de la boucle service marketing de la maison. Les sonorités sont ne puisse être ajusté indépendamment. En l’état, de grande qualité, la transparence des circuits in- le niveau de la boucle sera strictement similaire discutable! La sensation auditive est proche de celle à celui de la guitare en entrée au moment de l’en- ressentie avec des effets placés en parallèle, et non registrement. Le boost vient heureusement apporter en série. Le signal original est très bien préservé, une solution pour qui souhaite, par exemple, faire avec une dynamique exemplaire. une ligne mélodique ou un solo sur une séquence d’accords ainsi bouclée. Enfin, le pédalier est bien DANS LES CLOUS évidemment équipé d’un accordeur, dont la mise Le prix peut paraître élevé, et il l’est. Mais si on en marche coupe la sortie générale, c’est pratique considère la qualité générale, l’aspect pratique et même si on n’utilise pas l’accordeur ! En cas de les traitements internes, on relativise l’ampleur du trouble sonore lié au feedback engendré par la tarif, pour une machine estampillée "made in Den- caisse de la guitare, l’enclenchement du Switch mark". D’autre part, si on additionne le prix de Killer Feedback résoudra le problème dans la plupart pédales comparables achetées à l’unité, on se dit AVEC OU SANS, des cas, évitant bien souvent d’obstruer la rosace que l’achat du SoulMate s’avère somme toute un C’EST VOUS QUI JOUEZ d’un bouchon dédié. investissement correct. C’est une machine pour Au menu des effets, dont chacun possède une les puristes, mais pas que, et qui saura satisfaire activation au pied, et par ordre dans la chaîne in- POINT DE MÉMOIRE beaucoup de demandes et d’exigences. Le prix est tégrée, le SoulMate propose un compresseur, une Le SoulMate permet les réglages usuels de chaque bien en rapport avec la qualité générale du produit modulation, une réverbe hall et un delay avec tap- effet, mais on est loin d’une "édition" complète et et des traitements sonores, et l’excellence de ler- tempo. D’autres types de traitements complètent puissante. Ce pédalier est à appréhender comme gonomie et de l’agrément d’usage. C’est un "tout- l’offre : un boost, un looper et une EQ. Cette der- une association de pédales d’excellente qualité, et en-un" dont on a beaucoup de difficultés à se passer nière est à trois bandes, paramétriques. Elle est non comme un multi-effets numérique. A ce titre, quand on y a goûté. toujours active et n’est pas accompagnée d’un quel- il ne comporte aucun emplacement mémoires pour conque by-pass. Elle sert en effet à définir au mieux préparer et sauvegarder des programmes et autres la sonorité électro de la guitare avant tout ajout combinaisons d’effets, c’est une machine à accès et
EFFETS SOUS CONTRÔLES
• Compresseur : taux et niveau d’effets dans la section préampli (FET) du T Rex, usages directs, c’est très facile à utiliser. Constitué • Modulation : profondeur et taux comme on pourrait le faire sur une tranche de d’effets qui font consensus chez les guitaristes • Réverbe : mix, delay, shimmer console ou sur l’EQ d’un ampli. Redoutablement électro, le SoulMate Acoustic propose une solution • Delay : mix, feedback, time, footswitch tap-tempo efficace, on (re)trouve grâce à elle la couleur sonore de choix aux besoins du guitariste branché. Il com- • EQ : 3 bandes paramétriques • Boost : niveau souhaitée avec une grande exactitude. Comman- porte l’essentiel, travaillé en mode "sérieux & pro", dable au pied, et à niveau réglable, le boost est situé en toute fin de chaîne d’effets. C’est égale- ment dans cette section finale qu’est implanté le circuit du looper. Ce qui veut dire qu’on peut en- registrer avec ou sans effet, c’est vous qui voyez, selon l’état du SoulMate au moment de la création de la boucle. Simple, mais efficace et transparent, capable de cinq minutes de mémorisation, il est associé à deux commandes pédestres pour gérer toutes les fonctions sans bien sûr lâcher le manche.
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GLOBETROTTER
Jean-Christophe Maillard Les coups de Grand BâtonPortrait d’un musicien aux multiples facettes, à travers ses escales musicales. 88 • AC #66© Kati Greaney arfois, les boussoles s’affolent. Un le charme du guitariste et l’invite à sa carte Maillard, lui, n’est pas du style à suivre uneP esprit cartésien pesterait qu’elle netourne pas rond ; Jean-Christophe blanche en clôture de la manifestation. Jean-Christophe y croisera le fer et le nylon avec aiguille pour ne pas perdre le Nord. Peut-onêtre désorienté lorsqu’on est un homme de car- Philip Catherine, pour un duo sans filet entreun diable rouge et un blanc pas encore à dread- refour ? Telle pourrait être la réponse de cetartiste atypique, qui enjambe allègrement les locks. Le guitariste antillais en profite pourtester son projet naissant : le mariage de la répertoires quand d’autres se claquent lesadducteurs à s’essayer au grand écart. Voilà guitare nylon et du tambour ka. Subjugués,les organisateurs le programment aussitôt pour pourquoi ce portrait globe-trotter ne proposerapas un inventaire des pays visités - l’homme fuit l’édition suivante.retour à Paris, il se rend à la Guitarreria pourL’homme a de la K Suite dans les idées. De les étiquettes,tampons de douane -, mais un autre type de nous n’allions pas lui réclamer ses acheter un modèle cordes nylon digne de ce voyage,billets d’avion du monde. musical, sa discographie valant tous les © Christina Alonso nom. Sérgio Assad passe par là, il remarquele guitariste essayer les belles en bois et, bluffé jeune Maillard passe une partie de sa jeunesse,Première destination : la Guadeloupe, où le par ce qu’il entend, passe la journée à lui don-ner des conseils sur le matériel. Décidément, à Saint-Claude, sur les pentes du volcan de laSoufrière. La proximité du cracheur de feu "Disons-le clairement : cegravé ! Il faut préciser qu’à l’époque, le ticket K captive alors qu’il n’est même pas encore explique sans doute son goût des musiquestelluriques, rock, jazz et gwoka. A huit ans, la France n’est pasun pays du rock ! nylon-percussions est surtout l’affaire du fla-menco - Jean-Christophe ne participe pas le jeune JC s’amourache de la guitare à cordesnylon qui traîne chez ses parents, mais ne trou- Et définitivement pas encore à l’aventure Jaléo. Il défriche :suis aperçu qu’il était plus difficile de marier la "Je me vant pas de professeur - il aurait de trop petitsdoigts, lui dit-on -, il débute le piano classique. ouverte aux expériences guitare au tambour ka qu’au cajón, car ce dernier Quelques années plus tard, il taquine enfin la différentes autour du rock." laisse toute la place aux sons médiums par exemple.La six-cordes et le ka ont sensiblement le même six-cordes, électrique, au sein de l’orchestre del’église locale. Dans ce big band paroissial, il spectre sonore", explique-t-il. copine avec Jean-Paul, infirmier de profes-sion, "Bensonophile" à foison, qui lui montre "Mbutu" (de "boutou" qui signifie "bâton" en créole)semble toute tracée. les bases du swing et du groove. Les répéti-tions finissent en jams endiablées, le souffle puis intègre le CIM, où il suit des cours d’orches-A 15 ans, l’adolescent rejoint Paris, passe le bac © Kati Greaney chaud de Miles Davis sur les cantiques freejazz. Le missel de Maillard verse déjà dans le tration avec Yvan Julien. L’étudiant apprend vite ;dès la deuxième année, il devient professeur assis- syncrétisme : à la maison, il écoute de la mu-sique classique - premier coup de cœur pour le tant puis enseigne le solfège aux niveaux avancés.La vie estudiantine ne durera pas longtemps : le la métropole sautent du disco au hard-rock,Lac des cygnes de Tchaïkovski. Ses cousins de grand public découvre le jeune virtuose aux côtésde Michel Fugain, sur les plateaux télé ou sur les Maillard emmagasine :disques sur K7, sans classement de styles. Aujour- "Je copiais tous leurs grandes scènes hexagonales, dont l’Olympia en1990. Commence alors le propre big bazar d’un il y a la musique antillaise, le gwoka et lesd’hui encore, je passe du coq à l’âne". Et puis, musicien sans frontières ni œillères.lance sa carrière en accompagnant les stars fran- Jean-Christophe premières vibrations des tambours locaux. Descordes et des peaux, pincées, frottées, caressées çaises, de Michel Jonasz à Maurane, ou en prenantpart à la déferlante zouk avec Patrick Saint-Eloi ou frappées, la route de celui qu’on surnomme de Kassav. Dans le milieu du jazz hexagonal, on nele présente plus : habitué du Baiser Salé, Maillardtisse sa toile et tourne avec toutes les pointures du jazz, il est de tous les combats free ou autres, deDaniel Mille à Jaléo. Son CV est plus long qu’une © J.C. Maillardpartition de Bach et sa propension à se fondre danstous les répertoires donnerait la migraine à un tionne le monde :En écrivant ses partitions, l’artiste ques- caméléon adulte. Dans le jazz fusion, JCM, c’estCQFD ! conscience d’une certaine division du monde dela musique qui m’a déplu, de deux pôles qui ne "En faisant K Suite, j’ai pris Le Ka Maillard se sont jamais rencontrés : d’un côté, la musique grand coup en sortant son premier album solo,En 1996, Jean-Christophe Maillard frappe un traditionnelle, transmise oralement, c’est-à-dire Suite. Un projet fou, un pari ambitieux, une drôle K une musique du ressenti ; de l’autre, la musiqueharmonique, plus élaborée, analytique, contempo- d’histoire. On rembobine. Avec Patrick Saint-Eloi, avec qui il dépoussière le zouk en le jouant raine. Cet album était une sorte de pont."Christophe lorgne les transes caribéennes, Jean- notamment à l’acoustique, Mbutu est invité aufestival Carrefour Mondial de la Guitare, qui se creuse son sujet sans trop l’intellectualiser, maisen cherchant avant tout les résonances :yeux, quand tu rentres profondément dans une "A mes déroule tous les deux ans en Martinique. Lors d’unepromo télé pour lancer l’événement, le directeur culture, un répertoire, et que tu le fouilles vérita- artistique, Leo Brouwer, tombe littéralement sous blement, la musique devient un sentiment plusqu’une science."
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GLOBETROTTER
Rock the… Gwoka ! Ne lui parlez pas de ces fameuses "musiques métisses", le métissage est "un état de fait", une droite. Or, les musiciens disent exactement le con- peau plus qu’un logo. Lui, le "sang mêlé" gua- traire : en dépoussiérant les répertoires tradition- deloupéen a fui les cases parisiennes pour les nels, en les adaptant au présent, ils les inscrivent brownstones de Washington Heights, quartier dans le temps." à dominante dominicaine situé à quelques pas Lui se moque des chapelles, tant qu’il y a de Harlem. Certes, la "Renaissance de Har- des peaux et des cordes. Le guitariste est tombé lem" et les vibrations du free jazz ont quelque amoureux du sazbass, une variante du saz turc peu foutu le camp, mais le guitariste a quand à huit cordes, depuis l’aventure Jaléo avec le même ses bonnes adresses, dont le Nu Blue, compère Louis Winsberg : "Le sazbass me don- tenu par un musicien stambouliote, "un club nait la possibilité de jouer à la fois les basses et les très hétéroclite, qui va du jazz aux DJs." lignes mélodiques, c’est un orchestre à lui tout seul S’il a beaucoup couru les clubs downtown avec une palette sonore énorme !" C’est toujours Manhattan - une vidéo captée au Zinc Bar le avec cet étrange instrument que Jean-Chris- montre même en train de jouer des percus- tophe s’attaque au Book of Beriah, le chapitre sions avec Mino Cinelu à la guitare Godin, © Kati Greaney final du projet pharaonique Masada de John oui, c’est la bonne formule ! -, c’est avant tout Zorn, en duo avec la chanteuse Sofia Rei pour pour défendre son groupe Grand Bâton qu’il "En dépoussiérant les l’album Keter (sorti l’an dernier). Il fallait oser, a rejoint la Grosse Pomme : "Je suis parti au Maillard l’a fait. moment de la sortie de l’album éponyme de Grand répertoires traditionnels, Pas simple de le suivre, il le concède : "C’est Bâton, en 2008. Je l’avais mis en ligne et je me en les adaptant au présent, le revers de la médaille d’un parcours éclectique : suis vite rendu compte que les retours venaient pour faire carrière, il est important de pouvoir surtout des États-Unis. Disons-le clairement : la les musiciens les inscrivent retrouver son public, de ne pas le perdre avec des France n’est pas un pays du rock ! Et définitive- dans le temps." projets trop éloignés les uns des autres, bref entre- ment pas ouverte aux expériences différentes au- tenir le lien. Or, j’ai toujours à eu du mal à rester tour du rock, à l’image de ce projet", regrette-t-il. ces festivals de world music qui ne me programmaient cantonné au même type de musique, je pars toujours Ce fameux projet ? Un duo guitare-batterie pas, car je ne faisais pas assez "couleur locale". Certains dans de nouvelles aventures musicales…" avec Thierry Arpino (et, à l’occasion, Aidan organisateurs invitent des musiciens africains en espé- Aventure, le mot n’est pas trop fort. Au fil Caroll à la contrebasse) pour une fusion à rant qu’ils débarquent en boubou !" Pas de dress code de ses tournées partout dans le monde, il a chaud de rock et de gwoka. "Rock ethnique" chez Jean-Christophe, qui dans le deuxième album rapporté nombre d’anecdotes croustillantes et disent certains, bien trop world pour les adeptes de Grand Bâton, Carnal Carnival, fouille cette fois- enrichissantes. Ses meilleurs souvenirs ? Les des riffs binaires. "Il y a aussi une raison plus ci le lien entre gwoka, dubstep et musique électro ! spots intimistes plutôt que les salles légendaires, politique à mon départ : je voyais que la France, Jeux de mains, jeux de bassin. voire le nec plus ultra, les déserts culturels, "ces à travers son système d’intermittence et de sub- endroits où les gens ont très peu accès à la musique. ventions à la culture, plafonnait. Je ne veux pas Les mantras de Maillard Je me rappelle d’un concert avec Daniel Mille à dénigrer ce système, car il fait vivre la culture, Du flamenco au gwoka, ils sont nombreux les Soweto, au début des années 2000, qui résume bien mais il a un mauvais côté : il annihile la prise de gardiens du temple qui ont eu dans leur viseur cet ma philosophie sur ce sujet, car c’est la première risque pour privilégier la sécurité et le confort des infatigable empêcheur de jouer en rond. En dé- fois que j’ai vu des gens risquer leur vie pour assister artistes." poussiérant les partitions, en cherchant l’énergie à un concert! C’est l’un des endroits les plus dan- Ses rebellions sont musicales, elles consti- originelle pour sortir les musiques des musées, Mail- gereux du monde. Or, bien que notre musique tuent même le pont entre ces musiques enga- lard questionne le monde qui l’entoure : "Il y a des n’était pas vraiment mainstream (formation ac- gées, qui bastonnent chacune de leur côté ou gens qui refusent que la musique évolue, notamment cordéon, guitare acoustique et percussions), les au- se rejoignent parfois dans des mariages trop lorsqu’elle porte en elle des aspects identitaires. Ils s’ac- diteurs sont restés toute la soirée. Quelle meilleure arrangés : "Je n’aime pas les collages. Quand j’en- crochent à un répertoire traditionnel, car ils ont peur preuve d’amour?" Ses pires expériences ? "Dans tends du tambour ka, je ressens l’énergie du rock. de perdre leurs repères, de voir partir en fumée leurs certaines salles françaises, quand tu mouilles la Quand je vais écouter les musiciens jouer sur la traditions et leurs socles de vie, comme nous le vendent chemise, mais qu’il n’y a aucune réaction en face." place du marché, à Pointe-à-Pitre, les samedis les discours du Front national et des partis d’extrême De Tbilissi à Hawaii, en passant par Pékin après-midis - c’est une tradition -, j’entends cette et la Guadeloupe, du Baiser Salé à l’Olympia, énergie, comme quand j’écoute John Bonham Jean-Christophe Maillard a dessiné sa propre jouer de la batterie. La seule différence réside au mappemonde, qui rendrait fou n’importe quel niveau du timbre. C’est le cas en matière de gui- cartographe. Peu de lignes droites, beaucoup tare.D’ailleurs, je dis souvent aux jeunes guita- de détours. Pourtant, il existe bien un fil rouge ristes qui se mettent à l’électrique : "Attention ! entre tous ces voyages, physiques comme inté- La distorsion gomme toutes les dynamiques rieurs : "Je suis quelqu’un de très contemplatif, un de l’instrument". Je leur fais remarquer qu’il y amoureux de la nature et de la spiritualité. Une en a dix fois plus dans une guitare flamenca que partie de mes goûts va vers les musiques médita- dans une électrique." tives, lentes et épurées ; de l’autre côté, je cherche JC l’iconoclaste. Le terme revient parfois les transes, l’énergie rock, le chaos... Cela n’a rien quand on évoque le cas Maillard. Parfois, les d’antinomique, la transe se développe sur la lon- coups de Grand Bâton se sont transformés en gueur, le lâcher-prise et rejoint f inalement la coups de bambou. "A l’époque de Ka Suite, je contemplation." Grand Bâton a parlé, écoutez me suis heurté à certains discours rétrogrades, du ses vibrations. type : "Tu fais de la musique black, mais tu n’es Ben pas noir !" Ça m’a parfois joué des tours, comme http://jcmaillard.com © Christina Alonso
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Hawaii Tbilissi © Christina Alonso © Kati Greaney Pekin
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CHRONIQUES
MARYLISE FLORID
& SYLVAIN LUC
LE TRIO JOUBRAN D’UNE RIVE À L’AUTRE
THE LONG MARCH (Editions Jade/Universal Music) (Randana/Cooking Vinyl/Sony Music) Unis à la ville et désormais à la scène, + Marylise Florid et Sylvain Luc célè- TRIO ABOZEKRYS brent leur union à travers la guitare, DON’T REPLACE ME BY aussi bien que leur vocation et passion A MACHINE respectives, qui les a conduits l’un et (Molpe Music/L’Autre Distribution) l’autre à choisir la musique. Cet art Ancêtre et cousin de la guitare, porté par continue de les nourrir et de les porter une jeune génération d’instrumentistes (aujourd’hui ensemble), tout en les virtuoses, l’oud revitalise les musiques "déportant" (l’un vers l’autre). Avec une immense bienveillance et un respect du silence traditionnelles et les tentatives de fusion. et de la note qui en dit long sur leur complicité, Sylvain et Marylise, déployant tout Influencés notamment par les flamen- leur talent et leur savoir, renoncent en effet à leur "zone de confort", pour instaurer quistes et le trio McLaughlin-Di Meola- ici l’espace du dialogue : entre écriture et improvisation, interprétation et libération, De Lucía, ces jeunes oudistes s’aventu- l’un avec l’autre ou l’un pour l’autre, ils explorent et s’abandonnent à toutes les pistes rent sur de nouveaux terrains, de plus et promesses de résonances. Leurs relectures des classiques (Rodrigo, Barrios- en plus à découvert. Issu du fonds clas- Mangore, Bach ou Tarrega) sonnent juste, tout comme leurs propres créations, im- sique oriental, le Trio Joubran est un des promptues ou plus concertées. C’est qu’ici (comme elle le devrait toujours), dégagée premiers à avoir ouvert la voie. Adoubé des "petits arrangements avec les notes", la musique va au-delà de la musique, disant par Roger Waters, le nouvel album des toujours plus et autre chose qu’elle-même. "Une véritable médecine musicale pour guérir Palestiniens façonne un nouvel univers. nos maux de l’âme", affirme Richard Galliano. Avec raison ! A paraître le 22 février. La richesse thématique toujours aussi subtile des Joubran s’allie cette fois à de Concert le samedi 15 juin à St-Aubin d’Aubigné/Festival 6ème sens. Max Robin discrets habillages électro, et s’élargit sur scène avec la présence du violoncelle et celle de deux percussionnistes (Youssef Hbeisch et Habib Meftah). A ne pas manquer, le 1er avril, à la salle Pleyel (Paris). Après avoir flirté avec le jazz puis revisité la tradition égyptienne dans son WILLIE NELSON dernier album solo (Karkadé, 2016), Mohammed Abozekry collabore ici avec son MY WAY frère (Abdallah Abozekry – saz) pour un véritable duo "cordes à cordes" (saz et (Sony) oud), soutenu par la batterie de Nicolas Thé. L’écriture très rythmique et la vir- Il semble que dans leur 3ème ou 4ème âge, les stars tuosité des deux frères fait merveille, tissant d’étonnantes textures croisées, se tournent plus facilement vers le répertoire de explosant parfois en de véritables feux d’artifice sonores. Passionnant ! M.R. Frank Sinatra. Loin de se moquer, Iggy Pop et Bob Dylan l’ont fait, ce dernier sur trois disques, dont un triple album. Willie Nelson est un Texan, il s’in- IDHAI téresse principalement à la musique, et son album ODAO sonne superbement jazzy sous la direction de Buddy (https://soundcloud.com/idhai) Cannon et Matt Rollings, avec contrebasse, guitare jazz et arrangements de cordes et de Idhai ne manque pas d’idées, et c’est peu cuivres. Sans doute parce que Willie Nelson a des précédents avec ses albums Stardust et dire. Après un premier album riche en Sumertime : Willie Nelson Sings Gershwin (2016). Grandes interprétations de "Fly Me to the pépites folk-rock, Highway to Pray (sorti Moon", "Summer Wind", "Night & Day", "A Foggy Day", "Blue Moon" et "One for My Baby (and en 2017), le jeune artiste, lauréat de nos one more for the road)". Comme le dit Willie : "J’ai beaucoup appris en écoutant Frank, Révélations Guitarist Acoustic 2018, re- il ne s’inquiète pas d’être devant ou derrière le rythme, il chante quoi qu’il arrive et c’est cela vient avec un E.P., Odao, qui souffle un qu’il faut rechercher". Mission accomplie, Willie ! Romain Decoret vent frais sur les sons actuels. L’an der- nier (cf. n°60 de janvier 2018), nous écrivions que "chez cet artiste talentueux, la musique est avant tout affaire de résonances. Celles de ses guitares, celles plus CHRISTOPHE ASTOLFI intérieures d’un homme au carrefour d’une carrière prometteuse. Groove funky, JOUE LES INÉDITS transes folk hypnotiques, ballades souterraines, Romain Bouet, alias Idhai, a couru DE PIERRE "BARO" FERRÉ le monde (Thaïlande, Australie, Inde) et les répertoires lointains en quête de ces fa- (www.christopheastolfi.com) meuses résonances qui font sens." Le compositeur n’a pas changé de direction et Spécialisé dans l’art de la valse, auquel il a déjà continue de cheminer loin des sentiers battus. Toujours accompagné de son consacré un album et une méthode, aperçu aux compère Nicolas Hoch à la guitare jazz archtop et, à l’occasion, de Thomas côtés des frères Ferré, avec lesquels il a enregistré Carbonneaux au cajón, le Siddhartha du bois de Vincennes démontre une fois et partagé la scène pendant quelques années, Chris- de plus que le temps ne fait rien à l’affaire en ce qui concerne le talent et le tophe Astolfi rend aujourd’hui hommage à Baro, charisme. Lui ne manque ni de l’un ni de l’autre. Pour preuves, les nouvelles l’aîné des Ferré première génération, accompagna- odes d’Odao : des rythmiques "catchy" à la guitare, un sens de la mélodie (à teur du grand Django et créateur d’un univers unique voué à la célébration quasi exclusive l’image de l’entêtant hymne folk "Odao") et des mélopées soul, alternant subti- du "3 temps". Dans le droit fil des "Valses d’aujourd’hui" de Baro, dont il reprend une partie lement graves et voix de tête. Ses cris cathartiques. Mais aussi : voix de velours de l’instrumentation (notamment cette géniale trouvaille que constitue l’alliage improbable et riddim chaloupé sur le reggae "High Five" ; jeux de cocottes et de syncopes entre l’orgue Hammond B3 et la guitare manouche), Christophe aligne treize compositions sur le funky "He’s Insane" ; ballade soul-blues un rien tantrique sur "The Last du maître, dont une grand partie d’inédits. Concocté avec amour, porté par un quartet One"… Odao danse dans le cerveau. Musique mantra à mille lieues des cantiques soudé (Florent Gac – orgue, Samuel Hubert – contrebasse, Stéphane Chandelier – batterie), et des chapelles, chants rebelles (une aubaine en ces temps de jaunisse aiguë) ce recueil salue de belle manière l’inventeur du "be-bop à trois temps". Si l’on devait n’en vantant l’impermanence des choses, l’amour inconditionnel et la "joie de l’être choisir qu’une, retenons par exemple "Mam’zelle Nicole", dont l’interprétation rubato jette en soi", Idhai le yogi est définitivement un artiste atypique, à l’univers riche en un éclairage inhabituel sur l’étonnante et singulière personnalité du compositeur. Précieux! fresques humanistes et en fièvres groove. Ben M.R.
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CHATELIER GUITARS
THE PLAYER’S
COLLECTION
(www.chatelierfreres.com) Voici un album d’un nouveau genre ! On connaissait les enregistrements consacrés à des guitares de collection, jouées par des as de la six-cordes (Masterpiece Guitars, où Steve Howe et Martin Taylor honoraient les bijoux réunis par Scott Chinery), mais celui-ci rend hommage à l’atelier des frères Chatelier (Gérard et Philippe), à l’oc- casion des dix ans du modèle dessiné par le second. L’initiative en revient au guitariste italien Giovanni Ferro, qui a rassemblé une quinzaine de ses confrères (tous heureux possesseurs d’une Chatelier), afin de célébrer l’excellence de cette lutherie. Il y a à n’en pas douter du (très) beau linge parmi ces artistes originaires de France (Michel Haumont, Sylvain Luc, François Sciortino, Jean-Luc Thievent, Angelo Guarino, Nicolas Blampain, Michel Mallory…), d’Italie (Giovanni Ferro, Massimo Varini, Walter Lupi…) ou des États-Unis (Van Larkins). L’intérêt est évi- demment double : apprécier la variété et la spécificité du talent des interprètes (crédités chacun d’une pièce en solo), mais aussi comparer la sonorité des guitares (avec bien sûr toutes les combinaisons possibles au niveau des essences de bois, consignées dans la tracklist). Cerise sur le gâteau, Philippe et Gérard mettent eux-mêmes "la main à la pâte" en se fendant d’un medley "old time" sur instruments de leur cru (guitare et banjo) en fin de galette. Heureuse concrétisation d’une belle idée, ce projet pourrait bien inspirer d’autres collègues ! M.R.
ARETHA FRANKLIN
THE QUEEN OF SOUL
(Atlantic/Rhino) Rétrospective en deux CD du répertoire de la chanteuse disparue, avec des versions originales, mais aussi orchestrales de ses hits. Le CD 1 est de loin le plus attractif avec les originaux de "Respect", "Think", "Chains of Fools", "I Say a Little Prayer" ou "Son of a Preacher Man". Le connaisseur regrettera l’absence du blues "Good to Me As I Am to You" avec guitare obligato et solo d’Eric Clapton, paru en 1968 sur l’album Lady Soul. Le second CD est enregistré avec le Royal Philharmonic Orchestra, ce qui est une autre démarche pas forcément moins intéressante. Deux inédits sont présents : Aretha seule au piano sur l’hymne "Silent Night" et "Think" en duo avec la chanteuse Beverley Knight. Un recueil in- dispensable pour ceux qui n’ont pas déjà l’intégralité Atlantic de la meilleure chanteuse de soul music. R.D.
THE JIMI HENDRIX
EXPERIENCE
ELECTRIC LADYLAND
(Sony Legacy/Experience Hendrix) Pour célébrer les 50 ans de cet album my- thique, voici un coffret 3 CD + 1 DVD. La volonté de Janie Hendrix est de rendre si- non la totale, du moins la majorité du travail de Jimi. Eddie Kramer et John McDermott ont œuvré en ce sens. Le premier CD est consacré à l’album proprement dit, avec ses compositions sci-fi prophétiques ("1983"), funk ("House Burning Down"), étourdissantes ("Gypsy Eyes") ou jazz ("Rainy Day, Dream Away"). Le second est consacré aux maquettes, dont une inédite de "Angel Caterina", et expose les changements auxquels Jimi soumettait ses morceaux. Le 3ème CD comprend le Live at the Hollywood Bowl du 14 septembre 68, en pleine période Electric Ladyland. Pourtant, un seul titre évoque ce disque : "Voodoo Chile (Slight Return)". Le souci de vérité a empêché Eddie Kramer de réunir les autres versions scéniques captées au fil du temps, comme "Come On" d’Earl King ou "All Along the Watchtower". Le DVD en 5.1 est le document de la série Classic Albums, mais boosté avec des interviews supplémentaires. Incontournable ! R.D.
CHRONIQUES
BOOKS
l’encyclopédie de la Guitare - tome 1 : Fender. Guitares, Basses, amplis, 1945-1975 Bâton Bleu CHRISTIAN SÉGURET WEIRD (Editions Ex aequo.com) & WONDERFUL TALES Les lecteurs de ce magazine (et de (DixieFrog) tous les magazines de guitare de notre Cheminant des déserts américains aux step- groupe) connaissent bien Christian pes mongoles, en faisant escale par l’Afrique Séguret, qui nous fait partager depuis et la Méditerranée, le duo rennais composé trente ans sa passion pour la guitare de Maria Laurent et Gautier Degandt dynamite vintage au fil de ses nombreux articles. le blues, un genre que l’on croyait coulé dans Il a relevé le pari audacieux d’un éditeur le marbre des musées. Le leur, primitif et hors (Ex æquo) de publier une encyclopédie format, teinte la note bleue des ocres du monde entier. Disons le clairement : Bâton sur la guitare de collection en six tomes ! Ce premier tome, consacré aux my- Bleu est un OMNI (objet musical non identifié) dans la longue et poussiéreuse dis- thiques guitares Fender, passe en revue tous les modèles créés par Leo Fender cographie du blues. Son premier album, Weird & Wonderful Tales, marie le banjo au entre 1945 et 1975. Telecaster, Precision, Stratocaster, Jazzmaster, Jazz Bass, luth mongol (tovshuur) pour des sauts de cordes comme de frontières. Blues hypno- Musicmaster, Duo-sonic, amplis, lap steel, acoustiques, tout y passe dans ce tique qui lorgne plus la transe que les shuffles, déroulé aux cordes acoustiques et à guide de plus de 340 pages conclu par un glossaire, une méthode de datation, l’harmonica-basse sur la voix dans l’hallucinant titre "Yourgo". Maria et Gauthier ont un index et une bibliographie très complète. Les photos remarquables, fournies sorti d’étranges instruments de leur coffre à merveilles, comme en témoigne la reprise pour une grande partie le dealer Elderly, sont joliment mises en page par roots et épurée de "Ring of Fire" de Johnny Cash & June Carter, jouée au morin khuur Annabel Peyrard, qui assurait la réalisation graphique du défunt magazine (ou vielle à tête de cheval de tradition mongole). Chaque titre est conçu comme Guitare Vintage, dont Christian était le rédacteur en chef. http://editions-exaequo.com le décor d’un western joyeusement décalé à la Tarantino ou d’un road-trip initiatique La rédaction vers des terres réellement inconnues, le duo préférant parler "de mise en scène sonore que de mixage". A travers une attention portée sur les silences, le duo calme la course du temps et cherche l’espace. C’est peu dire que ces contes sont étranges et merveilleux. En concert au Festival Blues Autour du Zinc les 21, 22 et 23 mars 2019. Youri le Blues en 150 FiGures
PHILIPPE THIEYRE
tedeschi trucks (Editions du Layeur) Band Des chroniques de disque et des pochettes SIGNS illustrent chacun les 150 bluesmen/women (Universal) rassemblés dans ce livre de taille respectable, Pour leur 4ème album, Susan Tedeschi et Derek qui s’avère être un passionnat Who’s Who du Trucks ont enregistré onze titres originaux blues. Les six chapitres abordent les premiers dans leur home-studio en Floride, avec au to- enregistrements de blues des années 20 et 30, tal douze musiciens. Les invités sont Warren les shouters et le jump-blues, le blues moderne des années 50, le british blues, les Haynes et Doyle Bramhall II. Les titres vont variations sur le thème du blues incluant Captain Beefheart, Dr John et Eric Bibb, et du hard-blues de "Signs High Times" au funk le blues français. Evidemment, ne sélectionner que 150 artistes implique des choix de "Hard Case" et au blues-rock de "They Don’t Shine", sans oublier les ballades soul cornéliens et l’on ne peut que regretter l’absence de Earl King, Guitar Slim, Junior "I’m Gonna Be There" et acoustique de "Love the World". Des chansons qui pourront Parker ou Mighty Joe Young, mais la plupart des grands sont présents. Philippe Thieyre être interprétées sur scène lors de leur passage à l’Olympia le 2 avril prochain. R.D. est l’auteur d’ouvrages pointus sur le rock psychédélique californien. Sans être un "A à Z", ce nouveau livre sera un excellent guide pour l’amateur de blues. R.D. ruth Wyand TRIBE OF ONE Which one is pink ? (Blues Foundation) ALEXANDRE HIGOUNET Les choses changent, Jupiter 1er devient un (Le Mot Et Le Reste) histrion manipulateur sorti du Satiricon de Plutôt qu’une autre hagiographie somnifère, Petrone tandis qu’une jeune femme des Ca- ce livre étudie la musique de Pink Floyd, le rolines s’attaque au rôle traditionnel du "one son, les changements de style, de la pop psy- man band", jusqu’alors réservé à des bluesmen chédélique au rock grand public, la chanson comme Seasick Steve ou les créateurs du style, folk et le rock atmosphérique. C’est aussi une Dr Ross, Joe Hill Louis et Jessie Fuller. Ruth analyse détaillée des apports de chaque mu- Wyand ne va pas jusqu’à jouer de l’orgue-basse avec le pied comme Jessie Fuller, ni sicien, en commençant par Syd Barrett, afin de l’harmonica ou de la trompette comme Joe Hill Louis, mais elle a enregistré son de comprendre les mécanismes et l’essence album avec guitare, ampli et footkick batterie. Ses compositions sont excellentes, de leur musique, dont les évolutions répon- notamment "Bad Mojo", "100 Proof" et "Broken Woman". Du blues authentique, mais dent à une logique précise, même si elle est aussi des reprises bien choisies : "Blind Willie McTell" de Bob Dylan, "Mint Julep" parfois hasardeuse. La batterie de Nick Mason, d’Etta Baker et "Little Wing" de Jimi Hendrix. J’ai vu beaucoup de "one-person bands" les textures de clavier de Rick Wright, son interaction avec David Gilmour… Chaque dans ma vie, et Ruth Wyand est la meilleure ! Espérons la voir en France, pour donner musicien apporte sa pierre à l’édifice floydien, au-delà de la traditionnelle opposition envie à toutes les jeunes filles qui aiment le "vrai blues" de se lancer en solo. R.D. Roger Waters/David Gilmour. Une analyse musicale intéressante et originale. R.D.
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BOOK
LES EXTRAVAGANTES
AVENTURE
DE FRANK ZAPPA
CHRISTOPHE
DELBROUCK
(Castor Astral) Cette chronologie au quotidien de Frank Zappa s’appuie à la fois sur les mémoires du Grand Wazoo et sur l’interprétation ins- tinctive de Christophe Delbrouck. Le livre est un premier acte de la vie de Zappa, cou- vrant ses années de jeunesse, son appren- tissage de musicien, la création des Mothers of Invention et la scène américaine des six- ties. Des témoignages et extraits d’inter- views appuient chaque événement, depuis l’enfance pas si tendre que cela de Francis Vincent Zappa à sa découverte "pataphysiquement" marquante de la musique d’Edgar Varese, ses premiers groupes style pachuco-rock, sa première rencontre avec Don Van Vliet (Captain Beefheart) puis le succès et les différences d’opinion ("Les Beatles sentaient le plastique dès 1965") et, bien sûr, la pression de l’industrie du disque. L’histoire d’une vision artistique musicale vouée à l’impossible. A la fois drôle et tragique. R.D. DVD
JOHN LENNON
IMAGINE /
GIMME SOME TRUTH
(Eagle Vision/Universal) John Winston Lennon a connu un nombre invraisemblable d’incarnations dans sa car- rière : Johnny des Quarrymen et Moondogs, Long John Silver, Beatle John, Nowhere Man, The Egg Man (d’après le tableau de Hyero- nymus Bosch), The Working Class Hero, Dr Winston O’Boogie… Il est filmé, ici, pendant l’enregistrement de l’album Imagine, avec Phil Spector, George Harrison, Klaus Voor- man et Nicky Hopkins au piano. Bien que John considère le disque comme "adouci avec un nappage de chocolat pour que le public l’écoute" (ce qui n’avait pas été le cas avec le précédent et bien supérieur Primal Scream), les compositions sont toutes exceptionnelles : "Imagine", le hillbilly "Crippled Inside", le rock-blues "It’s so Hard", l’introspection de "Jealous Guy" et l’anti-militariste "I Don’t Want to Be a Soldier, Mama". Evidemment, le Lennon que nous entendons ici est John "Ono" Lennon. La mise en scène de Mama Yoko est difficile à supporter. Adepte paresseuse de l’art directionnel plutôt que des surréalistes, ses idées sont souvent pompeuses : les scènes pastorales ou la vidéo bien connue, dans laquelle elle ouvre une à une les fenêtres de Tittenhurst, amenant la lumière sur John et le piano blanc. Escroc dans l’âme - avant John, elle compte déjà LaMonte Young et John Cage parmi ses victimes aussi bien financières qu’artistiques -, Yoko n’hésite pas à donner des leçons à Phil Spector sur l’enre- gistrement ni à conseiller Nicky Hopkins sur la manière de doubler une partie de piano, à tel point que John lui demande de sortir du studio. Heureusement, le second film, Gimme Some Truth, donne plus de place aux musiciens. Deux films qui correspondent à la meilleure période musicale de John Lennon, mais aussi à sa pire parenthèse personnelle. La version audio sort également, déclinée en plu- sieurs formats, coffret, édition Deluxe, double vinyle. Attention, danger d’empoi- sonnement ! Alvin Jackson
COURRIER DES LECTEURS
couP de gueuLe Bonjour à toute l’équipe de Guitarist Acoustic. Coups de cœur Désolé, mais pour ma part, ce sera un "coup de gueule". Après avoir acheté votre magazine ou coups de gueule, et lu l'article de la guitare Furch Red GC SR, je trouve que M. Jacques Balmat doit cette rubrique est la vôtre ! avoir des intérêts avec la société Furch. Je suis tout à fait d'accord qu'elle est belle, mais Alors, n’hésitez pas à ce prix, c'est un minimum. A savoir que le salaire minimum en République tchèque à nous contacter est de 468,87 euros par mois ! Voilà une double page qui a dû rapporter gros, une pour à l’adresse suivante : la photo et une deuxième où il n'y a rien de nouveau, M.Balmat nous a fait un copié- acoustic@editions-dv.com collé incroyable. Depuis des années, vous utilisez les mêmes mots qui ne veulent rien dire! "Barrage spécial", spécial quoi? "Ce modèle comblera une grande majorité de guitaristes". A 3000 euros la guitare, vous pensez que beaucoup de personnes vont mettre ce prix dans une guitare ? Vous vous moquez des smicards ! Il faut trois mois sans manger, ni boire, ni rien acheter pour se la payer. Elle ne devrait pas dépasser les 500 euros, sachant le coût de la vie en République tchèque, et cette guitare, une fois sur le marché de l'occa- sion, sera bradée, il suffit de regarder sur le Boncoin.fr (….) Rubrique pédago : elle est où la pédagogie ? Alors, j'adore François Sciortino et Chris Lancry, mais combien de fois allez-vous nous mettre les bases du blues ? Sur le net, il y a des milliers de vidéos Bouchon sur le sujet ! Idem pour "The Water is Wide" : plusieurs parutions dans divers magasines de rosace de guitare, il serait bien de vous concerter ! Je regrette Patrick Verbeke et son slide au Bonjour, dobro et bottleneck. De même, la bossa-nova a-t-elle disparu ? Je finirai en remerciant Tout d’abord, bravo pour ce beau magazine que j’attends avec impa- François Sciortino pour les deux morceaux de fingerpicking du compositeur Claude Bol- tience à chaque parution. L’article sur le choix d’un système d’ampli- ling "les Brigades du Tigre" et le superbe arrangement de "Borsalino" dans le n°63. Merci, fication est très intéressant, mais j’aimerais y apporter une précision. du pur bonheur ! Voilà, merci de m'avoir lu et, svp, arrêtez de mettre dans le courrier des Vous dites "qu’avec le micro magnétique, il est impossible de venir mettre lecteurs que des courriers positifs ! Osez poster des commentaires de mécontentement. un bouchon de rosace…" Il y a bien une astuce pour remédier à cela et Cordialement, Michel éviter les problèmes de larsen, c’est de découper au cutter un bouchon de rosace standard de façon à ce qu’il occupe l’espace laissé par le Cher Michel micro. Cela fonctionne très bien. Amitiés musicales Francis Si vous avez le droit de contester certaines informations publiées dans ces colonnes, tout comme le fait de pousser ce coup de gueule, rien ne vous autorise à mettre en doute non seulement l’hon- Cher Francis nête intellectuelle de notre journaliste Jacques Balmat, mais aussi la probité de la rédaction. Merci pour cette astuce simple et futée ! Non, nous n’avons aucun intérêt dans la société Furch (nous avons testé un seul modèle Furch sur les six derniers numéros, avouez que nous sommes loin d’être un "Furch magazine" !), ni chez les autres importateurs d’ailleurs. Non, cette double page ne nous a pas rapporté gros (aucun espace publicitaire n’a été vendu), mais, au contraire, coûté de l’argent (impression, pige du journaliste, etc.). Non, nous ne nous moquons pas des smicards, mais permettez-nous de souligner qu’en matière de lutherie, il y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, et toutes les bourses. Que fait-on ? Nous ne parlons pas des modèles à plus de 468,87 euros ? Nous zap- pons donc les belles guitares de série (Martin, Taylor, Gibson etc.), nous passons sous silence les créations exceptionnelles des luthiers ? Oui, 3000 euros, c’est une somme - dix fois plus que le prix de la Prodipe Student, en test dans le même numéro -, mais vous remarquerez que les modèles "haut de gamme" sont ceux qui se vendent le plus actuellement (peut-être pas en Répu- Pierre Le Bras blique tchèque, nous mènerons l’enquête), et il est courant de voir les prix monter jusqu’à cinq sur oLd Picker zéros dans certains cas. C’est la réalité du marché de la guitare, et ce n’est pas de notre fait. Bonjour, Quant au copié-collé supposé de notre journaliste, il a son style d’écriture, avec évidemment Suite au message reçu de la part de Madame Duchâteau, sur le fait ses tics de langage, certaines formules qui reviennent au fil des mois, comme n’importe quelle que cette présentation serait prise en compte, je me permets de vous personne qui écrit. En l’accusant de copier-coller ses articles, bref de paresse intellectuelle, vous présenter un excellent guitariste et ami, qui arrange et interprète lui faites, tout autant qu’à nos éditions, un mauvais procès. Vu la passion que nous mettons à depuis des décennies principalement le répertoire de John Renbourn, faire ce magazine, dans un contexte toujours plus compliqué (piratage de la presse papier, ère Bert Jansch, le groupe Pentangle et autres anciens joueurs de folk, de la gratuité vendue par le net et les réseaux sociaux), voilà une pilule dure à avaler. picking et blues. A ce jour, très peu d’interprètes jouent leurs créa- Au sujet de la pédagogie : selon notre enquête lecteurs de cet été, le blues est le style le plus tions avec un tel niveau de qualité et de fidélité. Son nom est Pierre réclamé par les lecteurs. Voilà pourquoi nous avons deux spécialistes du blues (Chris Lancry et Le Bras (résidant à Rians, dans le Var). J’héberge son site créé fin Jimi Drouillard, excusez du peu), plébiscités par notre lectorat. Décrypter les bases du blues n’est 2015 : Old Picker sur YouTube . Plus de 200 vidéos d'arrangements jamais vain, les jouer aussi bien qu’eux n’a rien d’un jeu d’enfant. Les temps changent, l’équipe et d’interprétations des répertoires de ces deux références sont dis- évolue sans que cela remette en cause notre amitié pour Patrick Verbeke et notre riche collabo- ponibles sur le site. A ce jour, près de 530 abonnés suivent le site. ration passée. J’espère que vous serez intéressés par ce site et cet interprète hors du Au sujet de "Water is Wide" : oui c’est un incontournable, mais cela a dû vous échapper, il s’agit commun, et qu'un article, même très petit, sera publié dans votre là d’une version inédite, un travail de composition et d’écriture fait sur mesure pour notre revue. Dans l'attente de vous lire. lectorat par Valérie Duchâteau pour les lecteurs du magazine. Vous ne trouverez cet arrangement Cordialement C. Audisio nulle part ailleurs, et certainement pas sur le net, qui, malheureusement, publie des partitions sans se soucier de régler les droits d’auteurs et dans la grande majorité des cas sans réflexion Cher C. Audisio pédagogique. Le web, en matière de "tuto" guitare, c’est la cour des miracles. Nous Nous connaissons en effet le talent de Pierre Le Bras et ne manquerons préférons nous reposer sur l’expertise de musiciens professionnels et professeurs reconnus... Et pas, selon son actualité, de publier un article sur cet excellent guitariste. les payer pour leur travail. Contrairement, là encore, au tout gratuit qu’instaure le net. Bravo à vous pour votre très beau site, votre passion et votre dévouement Musicien, c’est un métier, malheureusement de plus en plus rémunéré comme un smicard. Pas pour défendre les artistes ! chez Guitarist Acoustic.
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