guitarist-acoustic — GA67
ETUDE DE PEDAGO STYLE JOHN KNOWLES 30 PAGES DE PARTITIONS Jazz manouche : Joscho Stephan - Masterclass : Michel Haumont & Joël Gombert - Chanso — GA67
ETUDE
DE
PEDAGO STYLE JOHN KNOWLES
30 PAGES DE PARTITIONS Jazz manouche : Joscho Stephan - Masterclass : Michel Haumont & Joël Gombert - Chanson - Blues - Picking
ISSN : 1957-8229
édito de " Guitarist Acoustic #, Pour joindre la rédaction une seule adresse : SoMMAiRE ACOUSTICEDITIONSDV.COM News 4 Autour des guitares Rodrigo y Gabriela 10 L’un des grands événements guitaristiques de cet été sera la nouvelle édition Jesse Cook 12 du spectacle Autour de la Guitare, créé par Jean-Félix Lalanne, après quatre ansde silence radio. Désormais conçue comme un festival sur cinq jours, cette grande fête Autour de la GuitareInterview exclusive de Jean-Félix Lalanne, qui revient 14 de la guitare prouve plus que jamais que notre instrument préféré n’a pas six, mais des sur la genèse et les moments forts de ces fameux All Starsde la guitare. centaines de cordes. Comme le dit le globe-trotter Thibault Cauvin, toujours en quêtede lieux insolites où se produire :excellence" Entretien croisé avec les deux plumes fingerstyle pourMichel Haumont & Joël Gombert 20 L’heure est au crossover, aux cousinades, tant les guitaristes de tous univers . "La guitare est l’instrument de la transversalité par une rencontre au sommet entre picking et chanson. s’affranchissent, se jouent, désormais des répertoires pour communier ensemble.Oui, il se passe beaucoup de choses autour de la guitare, comme ces mélanges de Valérie duchâteauConfidences de la concertiste classique qui dialogue 22 couleurs, ces mariages de blanches et de noires, ces jeux autrefois interdits, comme nous avec Jacques Brel dans sa nouvelle fresque musicale. l’explique la concertiste Valérie Duchâteau qui, élève du CNSM, rêvait néanmoins decourir les concerts de Barbara et de Jacques Brel, auquel elle rend un vibrant hommage Interview de la gâchette fingerstyle.tommy Emmanuel 26 Et oui, bien qu’on nous enseigne à l’école qu’on ne peut pas additionner des grandeursde natures différentes, les grands artistes prouvent qu’ils sont capables de s’accorderdans son nouvel album, La guitare chante Jacques Brel. Oui, la guitare chante. Nouveau tour de chant du guitariste-chanteur à l’occasionSanseverinode son album hommage à Béranger. 28 et de jouer à l’unisson. A chacun ses mathématiques.Si la guitare est un terme général, elle ne sera jamais un générique, puisque comme vous Gwen CahueTour de table avec l’un des nouveaux talents de 30 le verrez, l’entendrez et même le travaillerez via le cahier pédagogique : chaque musiciena sa propre voix, quelle que soit la voie empruntée. Autour ? Non, sur les carrefours des la djangosphère. guitares. La rédaction Accompagnées d’un CD-ROM audio-vidéo, 30 pagesCarnet de notes 32 Avec unede Michel Haumont & Joël Gombertde pédago pour aborder tous les styles à la guitare. étude de style John Knowles, les riffs jazz manouche, une masterclass la version numérique avec ses audios, ses vidéos et ses bonusAccédez gratuitement* sur votre mobile ou votre tablette à*offre réservée aux abonnés ladetoutes les rubriques habituelles. théorie musicaleJoscho Stephan, une nouvelle rubrique consacrée à, une masterclass chanson d’Idhai et Les astuces de Richard Baudry.Questions de lutherie 66 Directeur de la publication :Directrice de la rédaction :Coordination éditoriale : Rédacteurs : Valérie Duchâteau, Jacques Balmat, Olivier Rouquier, Alexis Sénart, Romain Decoret, Benoît Merlin Création et réalisation maquette : Valérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Georges Fonseca Décryptage des légendes qui entourent la légendaireGuitarologie 68 Jean-Pierre Sabouret, Philippe Langlest, Max Robin, Milo Green, Richard Baudry, Youri. Guillaume Lajarige (galerija@wanadoo.fr) Martin D-28 de Hank Williams . Images, prises de son et montage vidéo :Cahier pédagogique :Jean-Baptiste Marino, Idhai, Nicolas Hoch, Joscho Stephan, Michel Haumont & Joël Gombert. Valérie Duchâteau, Eric Gombart, François Sciortino, Chris Lancry, Jimi Drouillard, Bancs d’essaiTests de guitares de luthier et de série. 70 Chef de publicité :Photographe :Photo couverture : Romain Bouet Partitions et tablatures : Give Away Pack Easton 81 RCS Chantilly : 830 643 797 00012Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1 000 euros. Autour de la Guitare © Carole Epinette / Guitare : Rémy Larson, modèle “Arabette” Max Robin & Philippe Cabaret Jean-Philippe Watremez - Conception CD-ROM : Dominique Charpagne Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01 GérantTél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com)Abonnements : : Georges Fonseca - Back Office Presse – Service clients, 12350 Privezac Siège social :. ISSN-1957-8229 / N°67, avril 2019 2, Chemin rural du Moulin à Vent - 60390 Berneuil-en-Bray Retour sur les voyages de Thibault Cauvin.Globe-trotter 88 Tél. 05 65 81 54 86 – e-mail : contact@bopress.frVentes et réassorts (dépositaires uniquement) : L’essentiel des sorties de ces derniers mois.Cd 92 Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication. Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert: 0 800 34 84 20 © 2019 byImpression :La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leurs auteurs. Courriers des lecteurs 96 Origine papier principal de la revue : Allemagne. Taux de fibre recyclé utilisé : 0%. Certification des papier : PEFC. Indicateurs environnementaux P TOT : 0,016 kg/t. La RosaceCentre Impression (43, rue Ettore Bugatti 87280 Limoges).. Distribution : Presstalis Commission paritaire 0410K86315. (Printed in France) Abonnement 97 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine, Club Lecteurs60 lots à gagner ! 98 est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,
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NEWS
30TH BIRTHDAY
MUSICORA
Les 3,4 & 5 mai à la Seine Musicale 30 ans, le bel âge… surtout pour un festival ! Pour souffler les bougies, Give AwAy l’incontournable rendez-vous de la musique et des musiciens posera ses n°66 stands dans le superbe écrin de la Seine Musicale, Boulogne-Billancourt.Une scène à la hauteur et à la taille de cet événement. Toujours pour de la guitare Sigmaest Mr Salvat (44)Le gagnant marquer le coup, Musicora et le trompettiste Ibrahim Maalouf organi- sent une improvisation musicale géante avec plus de 800 musiciens ! Cette jam table XXL se déroulera le samedi 4 mai, de 14h00 à 15h30 dans l'Auditorium de la salle. Pour participer : inscription obligatoire et gratuite (dans la limite des places disponibles), pas de limite d’âge, BREVES pas de niveau requis : Inscription : : www.musicora.com Pour le reste, les organisateurs attendent 15 000 visiteurs et 250 exposants. ne ratez pas la prochaine soiréeconcoctée par Yves Meignant et, Amis d’Acoustic Bazar, Plus de 200 événements gratuits seront proposés durant ces trois jours ! + d’infos : www.musicora.com ses joyeux acolytes du bazaracoustique : le 7 mai, c’est VALÉRIE DUCHATEAU de donner le tempo parmi lesFélix Lalanne qui sera chargé Jean- On tour & tout-terrain ! nombreuses jams.http://www.acoustic-bazar.fr + d’infos : © Thierry BoucherCe printemps et cet été, la concertiste classique prouvera, encore une fois, qu’ellese joue des répertoires comme des frontières. De Bach à Django, en passant par de la 12 cordes sort un nouvelalbum enregistré lors d’une, Michel Gentils, le spécialiste Barbara et ses nouvelles transcriptions de Jacques Brel, sans oublier le pickingcher à Marcel Dadi, Valérie Duchâteau se plongera dans tous ces univers pour tournée des églises et des templesde la Drôme l’été dernier. des spectacles conçus comme des fresques musicales. Le détail des concerts :- Le 27 avril au conservatoire de Laon (02), avec son programme "La guitare Le 21 septembre, le musicien sansfrontières parrainera le lancement chante Barbara et Jacques Brel". d’un nouveau festival de guitare,Douze Cordes - Le- Le 5 mai2 juin à Musicora (75) avec Soïg Siberil, Jean-Félix Lalanne, Jimi Drouillard et Eric Gombartau Mas Riquer (66) : "De Jean-Sébastien Bach à Jacques Brel". de ses anciens stagiaires, Jean-Pierre Goiffon., organisé par l’un - Le 7 juin à Céret (66), avec "La guitare chante Barbara et Jacques Brel". www.michelgentils.com, Grand jeu Challenge #1 - Legramme "De Jean-Sébastien Bach à Django Reinhardt". Le 19, elle animera une masterclass toujours 18 Juin à Clichy-la-Garenne dans le cadre du festival Autour de la Guitare. Elle interprétera son pro- de l’APLG !travaillé de concert pour créer une Huit luthiers ont - Dudans le cadre du festival ADLG. 24 au 29 juin au Festival de Lambesc (13), pour un récital en solo (programme Guitarra latina) puis guitare unique, qui sera tirée ausort le 5 mai sur le stand APLG à en duo avec Liat Cohen sur des chefs-d’œuvre de la guitare classique. Musicora. Pour participer : billetde loterie à 5 euros à acheter sur : - LeGuitarra latina. 5 juillet à Sauveterre-de-Béarn (64) dans le cadre du Festival Guitares en Béarn, avec le programme - Le 17 juillet à Chanteuges (43) dans le cadre du Festival Six Cordes au fil de l’Allier, avec "La guitare ,Baudryhttp://billetweb.fr Le 21 juin (à 11h), et www.aplg.fr chante Barbara et Jacques Brel". un concert-picnic pour la remise organise à son atelier Richard - Le 15 août à Bratislava, en Slovaquie, elle jouera son nouveau spectacle "La guitare chante Jacques Brel". officielle des guitares Signatured’ + d’infos : www.valerieduchateau.com SciortinogroupeEric Gombart Kainos.A noter la présence du et François Sur réservation, avant le 15 mai :richardbaudry@orange.fr pour le concert. LES PRIMITIFS DU FUTUR www.richardbaudry.fr PLEIN POT SUR LE PRÉSENTÇa va guincher ! En ce printemps 2019, Dominique Cravic et sa fine bande de musiciens futuristes - Daniel Colin, Fay Lovsky, Daniel Huck, Mathilde JEU CONCOURSLES PRIMITIFS Febrer, Jean-Philippe Viret, Claire Elzière, Jean-Michel Davisnombreux invités -, reviennent aux affaires pour quelques valses endiablées, et leurs ET VOUS OFFRENTSONT SYMPAS orchestre iconoclaste d'accordéon, guitare, oud, violon, banjo, ukulélé, scie musicale et thérémine (unà contretemps des modes actuelles. Est-il encore besoin de présenter cet COLLECTOR !UN VINYLE étrange boîtier électronique) ? Prenant à contre-pied la world music des années 80/90, les Primitifs duFutur ont choisi de valoriser les terroirs en les enrichissant des couleurs du monde entier. "L'accordéon a Pour cela, envoyez un mail à été balayé par les Yéyés à partir des années 60, et avec lui tout un pan de la culture musicale française, dont le acoustic@editions-dv.com. musette. Nous voulions lui rendre ses lettres de noblesse et le faire passer dans le futur", résume Dominique Le gagnant sera tiré au sort. Cravic, le "cerveau" des Primitifs. Le printemps de velours des "Primdufs" commencera les 24 & 24 avril avec deux concerts exceptionnels à l’Opéra de Lyon (Opéra Underground) avec un invité de marque : Sanseverino. La troupe se produira ensuite le 26 au Festival Jazz en Nord. Pas question de s’arrêter là : Cravic & Co ont © V.Larbrisseau décidé de frapper fort avec la sortie d’un superbe double vinyle, en édition limitée, à l’occasion du Disquaire Day. Un objet collector avec photos inédites, dessins de Robert Crumb et, au verso de la pochette, la liste de toutes les étoiles qui ont rejoint un jour ou l’autre ce All Stars d’un genre explosif. Pour marquer le coup de cette sortie, ils se produiront le 14 juin au Pan Piper. Ne ratez pas la messe de ceux qui n’y vont pas ! De g. à dr : Jo Privat, Dom Cravic et Robert Crumb
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© DR
RÉVÉLATION
GUITARIST ACOUSTIC
2019 Qui sera la prochaine Révélation ? Les sélections pour succéder à Idhai sont toujours ouvertes ! Pour participer, il suffit de nous envoyer une démo de trois titres, quel que soit le style de mu- sique et de guitare acoustique que vous pratiquez. Le ou la lauréate se verra donner un gros coup de pouce pour lancer sa carrière : interview dans le magazine, programmation sur la grande scène du Festival Guitare d’Issoudun, notre événement partenaire, et mise à disposition de nos contacts professionnels. Nouveauté ! Ce tremplin national est sponsorisé cette année par Elixir, qui offrira de nombreux jeux de cordes. Alors, tentez votre chance et envoyez-nous votre démo avant le 28 juin à cette adresse : www.revelationsacoustic.com
DANS L’ŒIL D’ACOUSTIC
GILLES CLÉMENT © Léo Ferré Vous l’avez certainement croisé dans un club de jazz. L’homme est discret, son talent énorme, sa carrière tout-terrain. La preuve : après cinq ans d’études de médecine, Gilles Clément se forme auprès de Pierre Cullaz avant de se lancer sur le circuit du jazz parisien. En 1989, il sort son premier album Bleu Nuit, remarqué par la critique, puis Wes Sides Stories (élu disque de jazz de l'année par Télérama en 1993) et enfin Woody (classé dans les dix meilleurs disques de l’année par la Revue japonaise Jazz Guitar, 1997). Il a croisé le fer avec Philip Catherine et Christian Escoudé, composé des chansons pour Elie Semoun, d’autres à destination du jeune public avec Agnès Chaumié (Mon petit doigt m’a dit, volumes 1 & 2, Prix de l’Académie Charles Cros), mais aussi les B.O. de documentaires et la publication de la méthode intitulée Rythmik jazz (Distingo). Ce guitariste tout- terrain (jazz, musiques brésiliennes et africaines, rock, blues...) ne manque pas de cordes à son arc! Il anime des masterclasses et donne des cours de guitare. Avis aux amateurs : gillesclement75@gmail.com
MICHEL GENTILS &
JUSTIN ST-PIERRE
© Léa Deborde Sur les plus belles guitares du monde Le 3 juillet à l’Institut National des Jeunes Aveugles, Paris Quand un "pourri de talent" québécois ren- contre le spécialiste français de la 12-cordes, cela promet de sacrés voyages dans les ré- pertoires. Justin St-Pierre et Michel Gentils, deux fins mélodistes qu’on ne présente plus, se réunissent pour présenter leur nouveau spectacle Sur les plus belles guitares du monde. Il se déroulera dans la salle André Marchal de l’Institut National des Jeunes Aveugles, où Django composa sa messe. Pas de boogie woogie ni de gypsy jazz avant la prière du soir, mais des jeux de free-world-jazz. A travers ce duo, les virtuoses revisitent cet instrument aux multiples facettes. + d’infos : Institut National des Jeunes Aveugles 56, Boulevard des Invalides 75017 Paris - Résa : 07 58 21 64 45 www.lookandream.com/unmondeapart
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SAVE THE DATE ! FESTIVALS
WELCOME FESTIVALDJANGO
IN TZIGANIE REINHARDTdu 28 juin au 7 juillet en Pays de Fontainebleau 40ème anniversaire ! Pour fêter le bel événement, les organisateurs de la grand-messe dédiée à Django ont vu grand : Parov Stellar, Ibrahim Maalouf, Maravillas de Mali, Jupiter & Okwess International, etc. Du lourd encore côté guitare, DU 26 AU 28 AVRIL 2019 À SEISSAN avecSchmitt, Christian Escoudé, Tom Misch, Tchavolo Né en 2008, cet événement s’est rapidement imposé comme le car- Romane & Le Paris Swing Orchestra, Thomas Dutronc & refour des musiques tziganes et balkaniques. Plus qu’un festival, un Les Esprits Manouches, Steeve Lafont Trio feat. Costel Nitescu, rendez-vous culturel pour briser les clichés sur les Tziganes, Gitans, Django Legacy, Antoine Boyer, Gwen Cahue... Oui, ce festival Roms et les peuples de l’Est. Voilà pourquoi les organisateurs ont est un mastodonte ! A noter que le festival organisera diverses voulu démêler le vrai du faux en promouvant les cultures tziganes, via l’ouverture d’un village culturel, le "chapikiosque". Pour cette 11ème manifestations, dont le fameux Village des luthiers, à Samois- sur-Seine, Samoreau et dans le parc du château de Fontainebleau. édition, qui se déroule dans le magnifique Théâtre de verdure du + d’infos : www.festivaldjangoreinhardt.com Soleil d’or, les Tziganes à l’accent gersois n’ont pas lésiné sur les cordes et les cuivres, avec une programmation qui promet quelques PAUSE GUITARE feux d’artifice : Divanhana, Titi Robin, La Caravane Passe & Erika Du 2 au 7 juillet à Albi Serre, Amsterdam Klezmer Band, Bojan Krstić Orkestar, DJ Click, 23ème édition du ce bel Emir Kusturica & The No Smoking Orchestra... événement créé par l’association + d’infos : www.welcome-in-tziganie.com Arpèges & Trémolos, qui, cette année encore, a concocté une programmation décoiffante qui 30TH BIRTHDAY mêle gâchettes de la six-cordes LES NUITS et artistes tous styles confondus, DE LA GUITARE dont Ben Harper & The DE PATRIMONIO Innocent Criminals, Boulevard du 20 au 27 juillet, des Airs, Hyphen Hyphen, Haute Corse David Myles, Garbage, Johnny 30ème Mafia, Scorpions, M, Shaka édition de ce festival de ma- Ponk, Toto et bien d'autres artistes. Soit une semaine giciens de la six-cordes. Comme de musique non stop pour un événement qui ne fait jamais chaque année, l’équipe de Jean- de pause. + d’infos : www.pauseguitare.net Bernard Gilormini a concocté un plateau décapant, mêlant premières parties 100% guitares et A.D.G.P.A. GUITAR têtes d’affiche internationales, démontrant au fil des ans que les INTERNATIONAL Corses ont plus d’une corde à leurs guitares. A l’affiche : Marcus RENDEZ-VOUS Miller & Selah Sue (21 juillet, seule date française cet été !) ; Juan les 5, 6 & 7 juillet à Pieve Carmona et Kendji Girac (22) ; Yamandu Costa & Vincent Peirani di Soligo et Conegliano puis Thomas Dutronc & Les Esprits Manouches (24) ; soirée Pour leur 26ème édition, nos rock anglais avec Glenn Hughes et les Stranglers (25) ; Trois Cafés amis de l’A.D.G.P.A. italiens Gourmands le 27, en attendant la programmation définitive. (partenaires du Festival Guitare Sa trouvaille ? "L’agent de Hamilton de Holanda m’a conseillé d’écouter Issoudun) n’ont pas lésiné sur les un jeune guitariste, Pedro Martins. Je suis donc parti à sa recherche et suis moyens en réunissant quelques tombé sur la vidéo de l’un de ses concerts au Choro Jazz Festival, où pointures du fingerstyle : Simon il joue avec un jeune bassiste exceptionnel, Michael Pipoquinha. Ils sont Fox, Maneli Jamal, Bernard hallucinants !(https://www.youtube.com/watch?v=TT5QTgbNJ8k). Revel, Friederike Schultz, Ils seront présents le 21 juillet (en quatuor), en première partie de Lorenzo Favero, Alberto Marcus Miller et Selah Sue, dont le duo fonctionne à merveille. Pour Lombardi, Michele Pucci, Odilla Rey, Carmelo Tartamella, fêter les trente ans, nous avons aussi prévu de rajouter un troisième Andrea Valeri, etc. Sans oublier les workshops, le fameux salon artiste certains soirs, comme Luis Salinas lors de la soirée du 24 juillet, de la lutherie et les prix décernés au "Meilleur jeune guitariste" qui affiche déjà Yamandu Costa et Vincent Peirani - deux démons ! - et au "Luthier de l’année", qui gagneront une programmation puis Thomas Dutronc et Rocky Gresset. Que faire de plus ?", confie l’heu- sur la scène d’Issoudun. Ou encore la loterie qui permettra aux reux directeur trentenaire. spectateurs de remporter, entre autres lots, un modèle Lâg signé + d’infos : www.festival-guitare-patrimonio.com par tous les artistes présents. + d’infos : www.adgpa.it
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REPORT
© DR RENCONTRES © DR FESTIVAL
INTERNATIONALES CORDES SENSIBLES
DE LA GUITARE Les 23 et 24 mars Du 27 au 31 mars à Saint-Médard-en-Jalles à Antony Pour cette 16ème édition, les organi- Quel beau festival que ces Rencontres sateurs avaient concocté une program- Internationales de la Guitare d’An- mation éclectique de haut niveau, dans tony ! Ouverture sur le monde, con- une ambiance conviviale. Dès le dé- vivialité, diversité artistique en sont part, Adrien Moignard, accompagné les maîtres mots. Pour sa 27ème édition de Jérémie Arranger à la contrebasse – ce qui en fait l’un des plus anciens et Benji Winterstein, a chauffé la salle festivals de guitare – ce grand rendez-vous a de nouveau conquis le public. avec ses interprétations précises de morceaux de Django et de standards Venus nombreux, les spectateurs ont été très touchés de la soirée en hom- de jazz. Dans un style totalement différent, Serge Lopez, soutenu aux mage à Raul Maldonado. Plus de seize artistes se sont succédé sur le percussions par Pascal Rollando, a régalé le public par ses compositions plateau pour interpréter les compositions du maître argentin. L’émotion et son jeu flamenco. La deuxième soirée a permis au public de découvrir était palpable lorsque ce dernier est apparu sur scène, en duo avec Valérie le concept original de Valérie Duchâteau et Antoine Tatich, "Les guitares Duchâteau, puis seul face à un public qui en redemandait presque après improvisibles", avec un répertoire oscillant entre classique, sud-américain trois heures de concert. et quelques titres de Marcel Dadi. Et pour clore le festival, seul en scène Le lendemain, salle comble pour le trio In Uno et Yamandu Costa. Le avec sa guitare, le charismatique Sanseverino a conquis le public par ses prodige brésilien s’est fait applaudir debout dans une ambiance extra- adaptations de chansons de François Béranger. ordinaire. Après l’Amérique latine, c’était au tour des sonorités des Balkans + d’infos : http://accordsetacordes.saintmedardasso.fr/ d’être à l’honneur pour le concert de clôture. De beaux moments étaient au rendez-vous avec Atanas Ourkouzounov et Mie Ogura. Parallèlement, aux concerts, le concours international a réuni des candidats venus du STAGES D’ÉTÉ monde entier. Une commande avait été passée à Leo Brouwer pour la pièce imposée. C’est le Suisse Damiano Pisanello qui a remporté le premier Stage guitare & ChanSon prix. Il s’est vu remettre 3500 euros et une guitare d’une valeur de 10 000 Joël Favreau animera un stage les 13, 14 & 15 août euros offerte par le luthier japonais Sakurai Kohno. Gérard Verba, fondateur à Boursay (41), destiné à ceux qui, amateurs ou du festival et directeur artistique, peut être fier de ces Rencontres. professionnels, veulent développer les aspectsrythmiques, harmoniques et mélodiques de + d’infos : www.ville-antony.fr/rencontres-internationales-guitare l’accompagnement.Progressivement, les stagiaires aborderont les contre-chants, les arrangements à deux ou plus, l’improvisation et le jazz, GUITARES la composition, l’écriture, le travail de l’interprète,le souffle, le regard, l’énergie, etc. AU BEFFROI A noter que le stage se terminera par une soirée bœuf sur "Le Roi" (Am capo 2). Les 22, 23 et 24 mars Pré-recquis : afin de valider leur présence au stage, il est demandé aux © Jean-Marc Gallet à Montrouge parti-cipants d’envoyer un CD ou un MP3 par mail, sur lequel ils auront enregistré, La 7ème même de façon sommaire, deux chansons de leur choix, voix et guitare. édition de Guitares au Beffroi Inscription : prod@lesourireduchat.com / www.joelfavreau.com a confirmé le succès grandissant de ce festival, qui allie une belle program- mation à un salon de la lutherie haut Première session avec le stageStageS guitar groove "Du Blues au Bluegrass", du 20 au 27 juillet de gamme, devenu, depuis l’an dernier, au Domaine de Meilhac à Hautefage (Corrèze). Comme chaque année, notre le plus grand rassemblement de lu- collaborateur Chris Lancry organise sa fameuse semaine dédiée aux musiques thiers internationaux en France. L’oc- western, en compagnie de Gilles Michel, Percy Copley et Danny Vriet. Tous lestechniques allant du blues au bluegrass seront à l’étude, pour tous niveaux et casion de voir, d’essayer ou d’écouter - une bonne quarantaine de concerts tous instruments dédiés (guitare, harmonica, basse, contrebasse, mandoline, de démonstration étaient proposés - les plus belles guitares du monde. banjo et violon). Deuxième session plus rock avec le stage "Du Rock dans Mais ce sont les concerts en soirée qui ont retenu notre attention, avec l’Blues", du 27 juillet au 3 août 2019, toujours au Domaine de Meilhac, une nuit dédiée à la guitare classique qui a fait salle comble. Présentée par avec nos collaborateurs Jimi Drouillard et Chris Lancry.Inscription : http://guitargroove.com Jean-Jacques Voisin et en collaboration avec la revue Guitare Classique, cette soirée nous a permis d’assister à la finale du concours international StageS atla à Patrimonio Roland Dyens, qui a vu triompher le talent du jeune Taïwanais Fu Ping Du 21 au jeudi 26 juillet, la Dream Team de l’école Atla, dirigée par Antoine Liu. Cassie Martin, la lauréate 2018, a ensuite démontré combien le Tatich, fera chanter les six-cordes en plein maquis, avec Sandrine Luigi(classique), Eric Gombart (picking et guitare tous styles), Pierre Chaze (rock choix du jury était opportun l’an dernier avant d’écouter un Thibault metal fusion), Sylvestre Planchais (jazz par le blues), Jean-Marc Giannelli (basse) Cauvin rayonnant. Au même moment, le guitariste de blues Lucky et un nouvel atelier consacré à l’ukulélé, animé par Eric Tollé. Au programme : Peterson se produisait dans la grande salle Moebius. Cette grande salle, apprentissage de chansons bien connues pour tous niveaux, du débutant au superbe, tout en bois et à l’acoustique fort réussie, a présenté le samedi confirmé, basé sur le rythme et l’accompagnement du jeu au doigt de la maindroite. A la coordination de ce stage, les G.O. Marie-Béatrice et Antoine Tatich. soir un Bill Deraime dont on regrette de ne pas l’entendre plus souvent. Inscription : antoinetatich@gmail.com / www.atla.fr Le dimanche, en conclusion de ces trois journées dédiées à la guitare sous toutes ses formes, un concert inédit sur le répertoire de Django Reinhardt, Stage 6 & 12 CordeS réunissait le soliste Angelo Debarre à l’orchestre de jazz The Amazing Michel Gentilspuis une seconde session du animera une stage de guitare du 22 au 25 août. Ce stage s'adresse à tous les 25 au 28 avril dans la Drôme, Keystone Big Band. Salles combles pour des concerts de grande qualité. guitaristes, 6 ou 12 cordes, tous niveaux et tous styles, et aborde les thèmes Guitares au Beffroi a donc bien atteint son âge de raison, contentant suivants : travail sur le son, le toucher, l’improvisation, fingerstyle, picking... comme ils aiment à l’annoncer "tous ceux qui en pincent pour les cordes". Inscription : www.michelgentils.com + d’infos : www.guitaresaubeffroi.com
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ZOOM
© Richard Ecclestone Rodrigo Y Gabriela
METAL EVOLUTION
Ama t e ur d e p a ra d ox e s , l e d uo me x i ca i n comp os é d e R o d ri g o Sa n ch e z e t G a b ri e l a Qui n t e ro mi x e l e n ue vo f l a me n co e t l e me t a l - rock, l’acoustique et l’électrique, pour créer sa propre xixa music. Rodrigo décrypte ce nouvel et 6 è m e album studio, Mettavolution ( Be ca us e M us i c) .
CETTE FOIS, NOUS AVONS
Quel est le concept de ce nouvel album qui est EXPLORÉ LA "METTA la mélodie et la structure de ce morceau. Nous divisé entre les titres acoustiques et des arrange- BOUDDHISTE" : LA BASE DE le jouons en acoustique, juste nous deux, au con- ments heavy-metal de riffs joués avec d’autres traire du reste de l’album. C’est une longue pièce, musiciens ? CETTE PENSÉE EST L’AMOUR notre interprétation dure 19 minutes et l’on Nous avons commencé à introduire d’autres mu- INCONDITIONNEL POUR TOUS peut introduire d’autres musiciens vers le milieu siciens en studio à partir de notre album, Area du titre. C’est le morceau parfait pour terminer 52. Il fallait continuer dans cette voie pour sou- LES ÊTRES VIVANTS, l’album, qui ne comprend que sept titres. ligner l’évolution de notre musique. Précédem- ment, dans notre album 9 Dead Alive, nous avions LA NATURE ET LE FUTURDE NOTRE ESPÈCE. Quel est le thème du titre "Cumbé" ? évoqué des personnages qui ont fait avancer le C’est une danse, un moment de liberté et d’éveil. monde, qu’ils soient luthiers, neurologues, phi- C’est un lien avec notre premier inspirateur, le losophes ou compositeurs. Cette fois, nous avons poussé l’idée un peu plus loin, "brujo" Tamacun, pour qui nous avons écrit un titre sur notre second album. celui de la "Metta Bouddhiste" : la base de cette pensée est l’amour incondi- Tamacun était une personne qui parlait aux alligators et aux serpents, il com- tionnel pour tous les êtres vivants, la nature et le futur de notre espèce. muniquait avec eux. C’est pourquoi la pochette du CD montrait un œil de saurien. C’était vraiment bizarre, il communiquait avec Est-ce que Gabriela joue sur les titres fortement influ- les animaux par l’amour, mais il suffisait qu’il soit en encés par le heavy-metal ? présence d’un seul témoin sceptique ou non-croyant Elle en est même responsable en grande partie ! Elle pour que rien ne puisse se passer. Nous avons tenu à jouait déjà dans mon premier groupe, Tierra Acida, au rappeler Tamacun sur Mettavolution. La Metta est un Mexique en 1993, et le répertoire était constitué de mouvement bouddhiste Nihayana, qui est le Petit Metallica et Led Zeppelin. Gabriela possède la même Véhicule de pensée, par opposé à Mahayana, le Grand énergie dans son jeu personnel. D’ailleurs, elle s’était Véhicule universel. L’amour inconditionnel pour toute abîmé les doigts de la main droite en 2010 à cause de vie que prône la philosophie Metta est aussi l’avenir son jeu percussif. de l’espèce humaine... Romain Decoret Pourquoi avoir repris "Echoes" de Pink Floyd ? Principalement parce que nous étions très intéressés par En concert à l’Olympia le 25 avril
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© DR
JESSE COOK
23 ans et dix albums au compteur – 1,5 million d’albums vendus et onze nominations aux prix Juno, les Grammy Awards canadiens (dontailleurs. Parfois, c’est l’actualité musicale qui l’illustre, comme dans le cas de Jesse Cook. Malgré une carrière internationale débutée il y a DAMNÉES FRONTIÈRES… L’actualité le vomit chaque jour : nul besoin de barbelés pour s’écorcher ou rester bloqué au pied d’un meilleur, flamenquiste canadien donne son premier concert en France, au Sunset-Sunside !Constat peu glorieux : celui qui joua avec Tommy Emmanuel, à Nashville en 2016, pour un show caliente, qui fit les premières parties deune victoire pour l’album Free Fall en 2011, catégorie "Album de musique du monde") –, il a fallu attendre fin novembre 2018 pour que le n’est pas en odeur de sainteté de ce côté-ci des Pyrénées, mais la musique de Cook brasse bien plus large que les soléas, les bulerias et leB.B. King, Ray Charles et Diana Krall, est quasiment inconnu sous nos latitudes… Comment expliquer un tel trou noir ? Certes, le flamencotoque académique de Jerez de la Frontera. Ce Jesse James de la six-cordes se moque des chapelles et fait des cartons aussi bien dans le flamenco que dans la musique classique, le jazz que la rumba, sans oublier les musiques du monde. Cinquante ans après les événements de de campagne, mais le guitariste globe-trotter lorgne au-delà de la mêlée. Etiqueté nuevo-flamenco, le musicien dépoussière un genre déjàMai 68, il faut croire que l’on craint encore les révolutions. Certes, Cook ne promet pas de grand soir, pas plus qu’il ne verse dans les chants porte bien son nom (bien toiletté en mêlant les compás aux boucles électroniques et aux orchestrations d’instruments à cordes, tout au long de cet album quiBeyond Borders, non sorti en France, mais en vente en import). Nuevo et électro, le flamenco from Toronto.
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COOK & THE KINGS
Né à Paris en 1964 de parents canadiens, Jesse et sa famille s’installent rapidement dans le sud de la France, où le kid Jesse découvre Manitas de Plata, les premières notes de rumba catalane et de flamenco. A l’âge de trois ans, il déménage avec sa mère à Toronto, mais revient régulièrement voir son père, en France, qui vit juste à côté de Nicolas Reyes, le chanteur des Gipsy Kings. "C’est comme si l’univers avait voulu me pousser vers ce genre de musique et, finalement, j’en suis tombé amoureux." Cette passion se con- juguera avec le terme fusion lorsqu’il découvre l’album Friday Night in San Francisco de Paco de Lucía, Al Di Meola et John McLaughlin. Dans la capitale de la province de l'Ontario, il étudie la guitare classique au Conservatoire Royal de Musique, puis à l’Université York, avant de partir à Boston pour étudier le jazz au Berklee College of Music. A l’image de ces deux cités cosmopolites, Jesse Cook va peu à peu affiner sa plume, son univers patchwork, en fouillant et en puisant dans tous les répertoires, pour proposer un melting-notes mariant ses racines flamencas aux sons glanés lors de ses périples, de l’Inde à l’Espagne, en passant par Cuba et l’Amérique latine : "J’aime chercher les points communs qui existent entre différentes traditions musicales, trouver leur point de rencontre, là où des sons modernes et plus anciens peuvent fusionner", résume-t-il. Avec ses traits impressionnistes, Jesse Cook gomme ces frontières bien trop étriquées à ses yeux : sur le titre "Beyond Borders", l’artiste branche sa guitare flamenca sur un delay et une révèrbe, pour élargir le spectre de sa caisse de résonance. Résonance, le maître mot de cet artiste qui trace des perspectives. "Notre vie est remplie de limites, que l’on nous impose ou que l’on s’impose soi-même. Chaque fois que je m’aventure à l’extérieur de ces limites, j’en sors plus grand. J’ai grandi pendant la guerre froide, dans un monde divisé par des murs et des frontières. Mais, peu à peu, la vision des gens a évolué. Les murs sont tombés, l’Europe s’est unie et les gens ont commencé à se perce- voir comme des citoyens du monde. La montée du nationalisme qu’on observe aujourd’hui exploite nos différences plutôt que de les célébrer. On recommence à ériger des murs entre nous, et je ne veux pas faire partie de ça. Si la musique est le langage universel, elle peut sans doute nous enseigner quelque chose, non ?", ouvre-t-il le débat. D’ailleurs, l’homme aime les dialogues : ceux du violoncelle et de la guitare dans la magnifique complainte "Unchosen" ; ceux qu’il ima- gine avec ses maîtres classiques dans "Lost", convoquant Villa-Lobos. Parfois, les discussions s’animent, notamment dans le bien nommé morceau "Double Duch", qui propose des sauts de cordes de guitare et de violon tsigane, rythmés par les palmas et les percussions fiévreuses. Du flamenco pour bosser son cardio. Alors, ce J. Cook ? Un explorateur sonore, flamenquiste sans fanion et cartographe sur partitions, qui n’a rien à envier au célèbre capitaine. Youri Site : www.jessecook.com
A L’AFFICHE
NON, EN PLEIN DEDANS !
Du premier Olympia, le 28 novembre 2000, à la prochaine édition 2019 cet été à Clichy, de Georges Moustaki à Larry Carlton, en passant par les plateaux les plus improbables, du moins sur le papier, Jean-Félix Lalanne, l’initiateur de ces spectacles inédits et cross-over, revient sur la genèse et les moments forts de ces fameux All-Stars de la guitare. A travers ses réflexions et nombre d’anecdotes, le chef d’orchestre revient sur les notions essentielles de partage et de transversalité. Car, si au sein de l’amicale ADLG, on partage la même passion des cordes, on refuse de faire de la scène un ring. Explication. Texte Ben / Photos : Carole Epinette - Archives Jean-Félix Lalanne
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A L’AFFICHE
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Comment est né le concept d’Autour de la Guitare ? MICHAEL JONES Dans ma carrière, je me suis toujours baladé d’un "Pour la première édition, nous étions dans la surprise style à l’autre, du picking au classique, en passant totale : nous arrivions dans un lieu pour une seule par le jazz, le rock etc. Juste avant l’an 2000, j’avais répétition, nous ne savions pas ce que nous allions lancé des soirées ludiques dédiées à la guitare au faire, et Jean-Félix nous disait : "Tu vas jouer ça et Réservoir, une salle parisienne, qu’on avait baptisées ça", avec systématiquement des gui- les "Tournois de Guitare", dans l’esprit des matchs taristes qui venaient d’horizons d’improvisation des comédiens. L’idée était donc différents, des classiques, de décliner ce concept pour notre instrument, mais des jazzmen, des rockers dans un esprit bon enfant, sans compétition, et ce, etc. C’était un challenge à avec des musiciens de styles différents qui ne se LE RATÉ… la fois ludique et très agré- rencontraient jamais. Je réfléchissais donc à des QUI NE L’EST PAS able ! A chaque fois que combinaisons - duos, trios et plus -, d’artistes qui "En 2003, j’ai invité mon professeur de guitare clas- Jean-Félix m’appelle, je sique, Lucien Battaglia. On faisait trois soirs à réponds présent parce que l’Olympia, et nous jouions un morceau pour deux c’est comme une colonie de "Avec ADLG, je tenAis guitares assez compliqué techniquement, "Eternity". vacances : tu fais des rencontres Le dernier soir, j’étais dans un tel état d’épuisement humaines et artistiques très intéres- queLque chose De que j’ai eu un trou noir ! Je m’arrête en plein morceau, santes. Mais tu as affaire à des professionnels, donc mAGique, cAr Les Gens Lucien me regarde interloqué, impossible de me des artistes qui savent comment agir face à ce type rappeler de ma partie ! Je demande à Jean-Marie de défi. Remplir l’Olympia avec un festival de guitares, s’ApercevAient qu’Avec Ecay s’il peut aller chercher les partitions dans la c’était un sacré pari et le mérite en revient à Jean-Félix. Le même instrument, loge, le public est mort de rire ! J’ai la tête qui tourne, On connaît le bonhomme : quand il se lance dans un impossible de lire les notes, de voir quoi que ce soit. projet, il s’y plonge à fond !" on pouvAit voyAGer J’essaie, je m’arrête, puis je demande à Lucien de DAns Des sons et Des jouer son morceau solo. J’ai vécu ce moment de JOËL FAVREAU univers totALement manière tellement décontractée, en surfant sur le C’est ma première fois, je ne sais rire, que tout le monde était persuadé que c’était un pas encore à quelle sauce je Différents." sketch !" vais être guitaristiquement mangé (rire). Quoi qu’il en soit, je vais faire le "chan- se rejoindraient le temps d’un morceau, et en fin ami Jean-Michel Boris, le directeur de l’Olym- teur". Mais c’est vrai que de soirée, j’invitais des chanteurs, réputés ou non, pia à l’époque, pour réserver sa salle un mardi. pour l’instant, je ne suis au à nous rejoindre sur scène. C’étaient des soirées im- Pour la première édition, le 28 novembre 2000, courant de rien, il faudrait probables qui ne se ressemblaient jamais et qui ont j’ai invité Gérald De Palmas, Zazie, Georges que je lui demande, si ce n’est généré un incroyable bouche-à-oreille. Nous nous Moustaki, Maxime Le Forestier, Jean-Marie Ecay, pas trop indiscret… (rire) sommes très vite retrouvés avec de longues files Michel Haumont, Yan Vagh, Solorazaf, Angelo d’attente à l’extérieur. Du coup, j’ai contacté mon Debarre, Manuel Delgado, Abaji, Nawfel qui n’avait ANTOINE BOYER que treize ans, etc. L’Olympia était plein à craquer! "Je ne sais pas comment ça va Pendant cette soirée, j’ai eu un moment de panique: se passer, mais je pense qu’on est-ce que les gens ont bien compris que les artistes va bien s’amuser. Je ne suis qu’ils aiment ne vont jouer qu’une seule chanson, pas spécialement inquiet, et non un concert entier ? J’ai été vite rassuré, car car il m’arrive souvent de je me suis rendu compte que les instrumentaux jouer avec des musiciens étaient plus applaudis que les chansons. Je me suis d’univers différents, dont dit que je tenais là un concept suffisamment original mon compère flamequiste et atypique pour en faire un spectacle grand public. Samuelito ou des musiciens Ce concept s’inscrivait parfaitement dans ma phi- de jazz manouche." losophie de la musique : j’ai toujours été ennuyé par ce dogme selon lequel un guitariste a un public
LE PLATEAU
de guitaristes. Je n’y crois pas une seule seconde ! THIBAULT CAUVIN
LE PLUS IMPROBABLE
"La rencontre entre Emmanuel Rossfelder, Patrick Avec ADLG, je tenais quelque chose de magique, "C’est la première fois que je vais jouer à ADLG, mais Rondat et moi autour des "Noces de Figaro". Quand car les gens s’apercevaient qu’avec le même instru- je connaissais ce festival de nom, qui est une grande ment, on pouvait voyager dans des sons et des uni- fête de la guitare, la célébration de notre instrument je leur ai parlé de cette idée, Patrick et Emmanuel vers totalement différents. sous toutes ses formes. J’adore étaient aussi enthousiastes que sceptiques sur la cette idée de mariages entre les possibilité que je puisse les réunir sur un titre. Cela styles. En tant que guitariste a été l’un de mes plus beaux moments : Patrick Comment conçois-tu chaque spectacle ? classique, je revendique la jouait des traits à la guitare électrique façon clas- Tous les spectacles sont construits comme transversalité entre les sic-metal, Emmanuel les parties plus classiques, et un film : je demande aux musiciens de faire genres, le mélange des mu- moi je jouais une guitare 12 cordes accordée en confiance à mon regard de réalisateur, exac- siques, le fait que toutes les Nashville (6 cordes donc les 3 cordes à l’octave sup tement comme s’il s’agissait de comédiens. Je guitares ne fassent qu’une. d’une guitare 12 cordes) pour créer cet effet d’épi- fais en sorte d’orchestrer l’attention du public Et puis, il y a cette fierté d’être nette et de clavecin. J’ai vraiment eu l’impression de à travers une mise en scène. Ainsi, pour ne pas le le cousin du jazzman, du rocker, créer un pont entre deux mondes si lointains, malgré perdre, je varie les styles musicaux, les couleurs, du manouche… C’est l’une des les interrogations. C’est un challenge que je vais je jongle avec les titres complexes, savants, et les grandes forces de notre instrument ! J’aime demander à Thibault Cauvin et Patrick Rondat de plus fédérateurs… Comme il s’agit de soirées de les expériences et les mises en danger…" relever le 23 juin à Clichy." plus de trois heures, il faut éviter qu’elles se résument
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A L’AFFICHE
ERIC GOMBART de les faire jouer avec des instrumentistes suffisam- "Le programme est très ment polyvalents pour que cet échange puisse avoir chargé, il y a beaucoup de lieu. Nous parlions du rôle de passeur, mais je fais cordes à gérer. C’est une également office de psy, car je reste à l’écoute des nouvelle expérience pour doutes, des craintes, mais aussi de l’ego de chacun, moi, à laquelle je suis ravi pour faire en sorte que la magie puisse opérer. C’est de participer. Ce qui me l’une des grandes difficultés de ce spectacle : faire pourrait me mettre en dan- en sorte que le musicien ait une totale confiance dans ger ? Ce serait de faire du thé- ce qui va se passer pour qu’il puisse s’abandonner. âtre, de devoir jouer le comédien… Il est essentiel que je fasse comprendre à toutes ces A la guitare, je suis plus sûr de moi." (rire) individualités qu’elles font partie d’un collectif.
JO VURCHIO L’ANTI-STAR
"J’ai joué dans les premières "En 2004, j’ai réussi à inviter Henri Salvador après "QUAND ON éditions, y compris lors des des années à me battre pour le programmer. J’étais premiers Tournois de Gui- aux anges ! Pour le présenter au public de l’Olympia, DÉCLOISONNE LA tare au Réservoir. J’ai un comme le mérite ce grand homme, je fais une MUSIQUE, ON S’OUVRE souvenir ému de cette pre- longue introduction, il monte sur scène sous une mière édition à l’Olympia : standing ovation, très classe, avec beaucoup de HUMAINEMENT." j’accompagnais Moustaki, prestance. C’était un moment de grande élégance. alors que nous ne nous étions Et juste au moment où l’on commence à jouer, il me En 2015, tu as passé un cap important en proposant jamais vus. J’étais très ému ; à regarde avec un grand sourire, et me glisse à l’oreille : un véritable feu d’artif ice avec une longue tournée chaque accord, je me demandais quel était "Ça va, petite bite ?!" des Zenith et des stars internationales. C’était un le suivant. (rire) A la fin, Moustaki m’a dit : "On fera pari audacieux… mieux la prochaine fois…" (rire) Je ne me rendais pas Cette prise de risque est arrivée au moment où j’ai compte que nous jouions à l’Olympia, c’était tel- à des suites de numéros s’enchaînant les uns après failli arrêter, je ne voulais pas faire le spectacle de lement énorme !" les autres. Cela demande un vrai travail d’écriture, trop. J’avais déjà expérimenté beaucoup d’idées mu- jusque dans l’orchestration des temps morts, que je sicalement, y compris dans la mise en scène, à travers GAËLLE BUSWEL comble avec un gag, un jeu de lumières, une scé- l’intervention de comédiens, de danseurs… Je me "C’est mon premier ADLG sur scène, car, avant, je nographie particulière, car il est hors de question suis posé la question : qu’est-ce que je peux faire de participais à l’organisation de ce festival, au sein de qu’il y ait des silences durant les changements de plus ? Pourquoi pas une tournée ? Et quitte à partir la structure de Jean-Félix. C’est donc un plateaux. Bref, tout est permis ! en tournée - ce qui implique une logistique impor- honneur d’y être invitée comme mu- tante -, autant le faire avec des guitar-heroes qui sicienne. Ce qui est fabuleux dans Au sujet de ton rôle, tu expliques que tu agis comme nous ont fait rêver ! Je voulais pousser encore plus ce concept ? Ce n’est pas parce que nous ne jouons pas la un passeur, en naviguant d’un monde à l’autre, et que loin cette espèce de triangulaire, selon laquelle le même musique que nous ne tu en prof ites pour faire de la "manipulation artis- public est à la fois dans la salle, mais aussi sur scène. sommes pas capables de la tico-génétique". C’est-à-dire ? En effet, nous autres, musiciens, quand nous sommes jouer ensemble ! Et c’est ce que Ce mot de passeur vient de Gildas Arzel, qui l’évo- sur scène, nous nous écoutons comme si nous étions j’aime dans les projets de Jean- quait en parlant de moi lors d’une interview. J’aime dans la salle, parmi le public. Je crois que les gens Félix : il réunit tous les guitaristes, bien cette idée, car, effectivement, les musiciens me tous les styles de musique, toutes font confiance : je les entraîne d’un monde à l’autre. les chapelles, pour une réunion assez fa- Il s’en dégage une forme de fusion, inédite, du fait buleuse. En coulisses, c’est une grande famille ; ça des ces rencontres, d’où cette idée de manipulation rigole et ça n’arrête jamais de jouer, c’est souvent artistico-génétique. Un exemple : pour la soirée du les retrouvailles de certains musiciens, d’où cette 23 juin prochain à Clichy, j’aimerais faire jouer ambiance très festive. Je commence déjà à avoir la Patrick Rondat et Robben Ford ensemble, deux frousse, car, pour moi, c’est comme intégrer la cour musiciens incroyables aux univers si personnels, des grands. Et puis, avec Jean-Féllix, on peut s’at- mais aux antipodes ! tendre à tout !"
LE FOU RIRE
Au sujet de la première édition, tu avais déclaré dans JACK ADA une interview accordée à Laguitare.com que "En 2002, durant la répétition d’un medley des thèmes "J’ai commencé avec ADLG "marier certains solistes très typés, comme un d’Ennio Morricone. J’avais invité mon ami Curro à l’Olympia en 2003, un su- Savoy, celui qui fait les sifflements dans toutes les per souvenir ! Le fait de guitariste de flamenco ou un guitariste ma- musiques de film de Morricone ! Nous répétions jouer à plusieurs guitares, nouche, avec des artistes de variété peut être un pour le soir même, la première à l’Olympia qui plus en mélangeant, les styles problème, car on ne peut pas demander à quel- est. Je devais faire un signe de tête à Manu Galvin est une belle illustration de qu'un d'être quelqu'un d'autre." Peux-tu dévelop- pour le lancer sur sa partie, car, à ce moment-là, je la notion de partage. Marier les per cette idée ? jouais des harmoniques artificielles et ne pouvais styles n’est pas évident car, par En fait, cela concerne plus certains musiciens que évidemment pas le regarder. Le problème, c’est que définition, tu as un style par guitariste, certains styles. J’ai remarqué que certains artistes, Curro, en coulisses, pensait que ce signe lui était donc il faut le prendre en compte, et plus encore, qui avaient des identités musicales très fortes, avaient adressé. Bref, on s’emmêlait les pinceaux. On voit savoir marier les sons. Jean-Félix a vraiment le talent plus de difficultés à aller vers des artistes de variété à l’image qu’à un moment donné, je suis à deux pour organiser ce type de plateaux, il sait comment que l’inverse. Non par snobisme, mais du fait d’un doigts de péter les plombs, avant de partir dans un créer les tickets qui vont s’accorder et "matcher" choc des planètes ! Je me rappelle avoir invité des fou rire avec Manu Galvin… Et ce, alors que nous ensemble. Je me souviens d’un "Bolero" de Ravel musiciens que je considère comme des génies, mais jouions un morceau super triste !" mémorable avec, entre autres, Michel Haumont, qui craignaient de ne pas être capables de dialoguer Pour visionner la séquence : Galvin, Solorazaf, Bernard Paganotti à la basse." avec d’autres artistes. Dans ce cas-là, je fais en sorte https://www.youtube.com/watch?v=JRgs7-Dv_BA
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LE FEU D’ARTIFICE
régisseur plateau Gilles Hugo qui gérait ça de main de maître, et Manu Guillot, qui est un virtuose de la console ! Nous sommes allés très très loin : quinze artistes sur- des semi-remorques comme à la grande époque des tournées, des murs d’amplis sur scène avec tout le monde qui voulait jouer à fond. J’avais la chance d’avoir mon "En terme de challenge, je ne suis jamais allé aussi loin que la tournée de 2015, avec un nombre considérable de défis et de difficultés à surmonter, une logistique énorme scène, avec des stars internationales, des Zenith, 3h30 de concert chaque soir… Je me levais à 6h du matin pour régler tous les problèmes avant de jouer le soir. Ça restele plus beau souvenir de toute ma carrière, car nous étions dans une aventure humaine incroyable. La solidarité de ces artistes, qui ont mis leur ego de côté face à la complexité de ce montage… S’il avait fallu m’aider à distribuer des flyers, ils l’auraient fait !" © Olivier Girard Lalanne, Norbert Krief, Laurent Roubach, Francis Arnaud, Jack Ada et Dan Ar Braz.De g. à dr. : John Jorgenson, Michael Jones, Christopher Cross, Axel Bauer, Jean-Marie Ecay , Ron Thal , Paul Personne , Kevin Reveyrand, Robben Ford, Larry Carlton, Jean-Félix ressentent ce respect collectif. Quand j’ai appeléPaul Personne pour lui dire que j’avais invité Robben musique, on s’ouvre humainement. Dernier point :j’aimais bien l’idée que, pour une fois, ce soit les quand j’ai réuni Georges Moustaki et Matthieu Ford, j’avais l’impression d’avoir un enfant de douzeans au téléphone ! Idem avec Jean-Marie Ecay chanteurs qui viennent dans un spectacle de mu-siciens pour leur rendre hommage, et non l’inverse. Chedid. Ce que l’on croyait être improbable sur lepapier - demander à Matthieu d’envoyer un blues quand je lui ai dit qu’il allait jouer avec RobbenFord et Larry Carlton : comme j’admire énormément Du coup, à l’image des guitaristes, j’ai convoquédes chanteurs d’univers très différents, par exemple sur un titre de Moustaki ! - a donné naissance à unesuperbe rencontre artistique. Jean-Marie, il était indispensable à mes yeux decréer ce trio. Je voulais le remercier à ma manière. Pour f inir, quelle sera la particularité de cette édition2019? Dès le début, tu as invité des chanteuses et des chan-teurs dans ces soirées marquées guitare. Pourquoi ce Il y a un vrai changement cette année. Je voulaisabsolument résoudre le malentendu qui a parfois choix ?Mon idée était avant tout de me faire plaisir. entouré ce concept : face à la pléthore d’artistes surles affiches, les gens ont parfois pensé qu’il s’agissait Certains ne comprennent pas que j’ai autant debonheur à jouer en duo avec un guitariste qu’avec d’un festival.beau avoir précisé sur les affiches : "Réunis tous en- Ainsi, lors de la tournée de 2015, j’avais une chanteuse comme Lara Fabian par exemple.Encore une fois, ce qui m’importe, c’est le résultat : semble pour 3h30 de spectacle sur scène",me demandaient toujours :Je devenais fou! Quand la ville de Clichy m’a contacté "Alors, ce soir, il y a qui ?" les médias j’adore mettre ma guitare au service d’une voix ma-gnifique. De plus, avec l’Olympia, j’avais la jauge pour cette monter ce spectacle, je me suis dit qu’il nécessaire pour créer le spectacle de mes rêves eninvitant des chanteurs. J’avais aussi envie, sans au- serait intéressant de transformer ces soirées en unvéritable festival, qui nous permettrait de décliner cune prétention, de sortir des ghettos musicaux…Après son premier passage à ADLG, Juliette m’a différentes thématiques : musiques classique, cel-tique, soirée dédiée à Georges Brassens, où l’on met dit :des artistes, avec qui on pense, bêtement, qu’on ne pourra "J’ai adoré ton spectacle, toutes ces rencontres avec en valeur ses mélodies par des arrangements ins-trumentaux.réunion de divers artistes et styles de musique qui Et pour clore le festival, la traditionnelle pas dialoguer, car venant d’horizons différents. Enfait, c’est tout l’inverse !" Quand on décloisonne la a fait le succès d’ADLG.www.jeanfelixlalanne.com
DEMANDEZ LE PROGRAMME !
Le 18 juinavec Valérie Duchâteau (1, au conservatoire Léo Delibes (19h) :ère Autour de la guitare classique Le 22 juin Fu Ping Liu, 1er prix du concours international Roland Dyens / Révélationpartie des élèves du conservatoire de Clichy) et Brassens avec Jean-Félix Lalanne, Joël Favreau, Gwen Cahue, Eric Gombart, , au Théâtre Rutebeuf (20h30) : Autour de la guitare de Georges Guitare classique Frederic Loiseau, Jean-Marie Ecay, K. Reveyrand, P. Reva, N. Dessay, Juliette, à musique ouvert à tous pour jouer un "guitar boogie" avec Jean-Félix Lalanne.Le 19 juin : Autour de vos guitares avec un happening à 18h30 au kiosque J. Jonathan, L. Huissoud et J. Zenatti. Coup de cœur Guitarist Acoustic : Sirius Le 23 juinLalanne Michael Jones, Thibaut Cauvin, Soïg Siberil, Samuelito, Antoine Boyer, Jo avec Robben Ford, Paul Personne, Patrick Rondat, Norbert Krief, , au Parc Salengro (20h30) : Autour de la guitare de Jean-Félix Le 20 juinJean-Félix Lalanne, Dan Ar Braz, Gilles Servat, Soïg Siberil, Gilles Lebigot, Jean-, au Théâtre Rutebeuf (20h30) : Autour de la guitare celtique avec Kevin Reveyrand, Pascal Reva.Marie Ecay, Clarisse Lavanant, Tony McManus, Julia Toaspern, Malo Carvou, Reveyrand et Pascal Reva.McManus, Julia Toaspern, Laura Cox, Gaëlle Buswel, Nolwenn Leroy, Kevin Vurchio, Eric Gombart, Jean-Marie Ecay, Jack Ada, Laurent Roubach, Tony + d’infos : www.autourdelaguitare.com - www.ville-clichy.fr
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INTERVIEW
Michel Haumont Joël © Manfred PollertGombert
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Michel Haumont et Joël Gombert signent ensemblede compositions où la musique semble couler de source, tant les deux hommes sont à l’écoute l’un de l’autre. Interview.Affinités et complicité Kaleidoscope chez Acoustic Music Records, le label de Peter Finger. Un album Comment vous êtes-vous rencontrés ? ne parle pas fort, même si on cherche à avoir de la l’écoute et me donne son avis. Il m’a répondu, onJoël : J’avais envoyé un album à Michel, pour qu’il puissance. Le répertoire de notre album, et donc le sur des pistes, des voies… Et en fait c’est assez na- s’est rencontrés et on ne s’est plus quittés depuis ! répertoire de Joël, est très tendre en fait, très mé- turel, spontané. Après, on affine. Mais les idées im- Je lui ai demandé de travailler avec moi à la réali- lodique… Je trouve qu’il y a une cohérence, une Joël : portantes s’imposent. sation du troisième album de ma femme, Laurence, évidence. au départ. Oui, ça ne passe pas par un travail d’écriture et on a continué comme ça notre parcours… Je n’écris jamais les compositions, on les joue ! C’est vraiment de suite sur l’instrument… Michel :Joël, ce n’est pas seulement sa technique, puisqu’é- La chose qui m’a tout de suite frappé chez Michel :Comment procédez-vous pour élaborer vos parties ? On répète, on cherche ensemble… videmment c’est un excellent guitariste, mais ses Michel : Donc vous ne partez pas d’une partition ? capacités de composition et d’arrangement, tout peut être un problème, Moi, je n’écris jamais rien ! Ce qui d’ailleurs l’univers qu’il avait et qui s’entendait dans ce qu’il Joël : Egalement seul, chacun de votre côté ? Je pense qu’on préfère chercher ensemble… Mais je me suis rendu compte avec le temps qu’en parce que parfois, on oublie… faisait avec Laurence, mais aussi dansses morceaux à lui. Quand j’ai com- fait, quand on oublie, c’est peut-être que ça ne mé-ritait pas d’être retenu ! Parce que les mencé à écouter vraiment ce qu’il faisait,je suis vraiment tombé "fan" de sa trucs auxquels on tient vraiment,les oublie pas, ça revient. En plus, je on ne musique. suis un mauvais lecteur !Comment perçois-tu l’univers musical de Joël ? val de guitare à Méjannes-le-Clap,Michel : D’où la naissance de ce projet ? Joël est à l’initiative d’un festi- Michel : Couleurs Guitare. c’est un très joli mot. C’est une idée L’album s’appelle Kaléidoscope, de commencer à jouer un peu. Et on apris la décision, il y a un an, de faire un Là, on a eu l’occasion qui est venue comme ça, en en parlanttous les deux, et en fait il y a plein de album ensemble, en allant enregistrerchez Peter Finger, en Allemagne, pour sens. Ça vient du grec. C’est à la foisla recherche de la beauté, le mélange… s’isoler et être vraiment concentrés surla musique. C’est cet album qui sort en avec aussi un côté "hasardeux".mot vraiment intéressant. Et l’univers C’est un ce moment. de Joël est "kaléidoscopique ". Il y a dujazz, du classique, plein d’influences. Dans lequel vous ne jouez que des com-positions… Il a un imaginaire à la fois très poétique Michel : Joël : et en même temps très moderne. improvisateur, sauf quand il compose, Paradoxalement, Joël est un mun au départ, c’est que les premiers On a quand même un point com- où là il est assez exigeant… C’est ce que j’aime bienjustement. J’aime les morceaux "aboutis", où l’on En concErt c’étaient ceux demorceaux que j’ai joués sur une guitare, comprend que le compositeur a fait le tour de toutes beaucoup de choses, je suis allé après vers plein de La Guitare à Dadi. Donc j’aime les hypothèses, et qu’il a choisi à dessein cette for-mule, cette marche harmonique, et pas une autre couLEurs GuitarELE 29/09/19 à Michel :chemins, mais mon point de départ, c’est ça. – ce qui n’empêche pas après d’improviser dessus ! et qu’il aime toujours la basse, Le fait que Joël ait été bassiste, par exemple, Je trouve que les compositions sont abouties. C’est (MéjannEs-LE-cLap) Il y a une respiration, un swing, qui n’est pas systé- s’entend dans son jeu. Décrivez-nous un peu le processus… matique chez les guitaristes… c’est qu’il a un œil toujours très aiguisé sur l’aspectJoël : ça qui m’a vraiment plu. Moi, ce que j’apprécie beaucoup chez Michel, "mélodie" des compositions… globale de la composition. Après – et il est très fort Joël : D’abord, Michel a cette écoute et cette vision Quelles guitares avez-vous utilisées ? Michel : là-dessus ! –, il va très vite pour trouver des idées modèle signature de chez Lâg, dont je ne me lasse Michel : En ce qui me concerne, c’est toujours mon Joël :faut aller, et ce qu’il vaut mieux éviter… C’est un garde-fou ! Il sait exactement où il Plutôt une oreille ! (Rires) de deuxième guitare, qui sont vraiment au mêmeplan que la compo. Il est très réactif… J’adore ça !Sur cet album, nos deux univers se mélangent, sans pas… D’ailleurs, je suis très content, parce que jecrois qu’elle se vend très bien. Il faut dire qu’ils ont Il y a tout de même des traits pas faciles à jouer dans être complètement les mêmes… réussi un rapport qualité/prix incroyable ! Comment décrirais-tu celui de Michel ? découverte grâce à Louis Winsberg. Ensuite, j’aiJoël : Moi, j’ai utilisé une guitare nylon Camps, démonstratif, mais il y a forcément quelques traitsMichel : votre musique ! C’est pas du tout un disque "technique", un sens inné de la mélodie. De suite elles sont là,Joël : C’est un mélodiste, un grand compositeur, avec eu la chance d’avoir pour quelques titres une guitareChatelier "long neck", accordée un ton en dessous, est en fait à l’image de la guitare acoustique, c’est-de virtuosité à droite à gauche… L’esprit de l’album elles transpirent, c’est évident ! C’est un "Monsieur" ce qui élargit énormément le spectre. à-dire très intimiste, très directe, parce que pour de la guitare acoustique. Voilà comment je le dé- Michel : moi c’est ça la guitare… crirais… proche. Elle m’avait tapé dans l’oreille, et donc ils Ce n’est pas une baryton, mais on s’en rap- parle", exactement comme dans la conversation.Comme ma "nature", c’est la guitare acoustique, on Ce que j’aime, c’est quand "ça un morceau de Joël,Michel : Tu parles de l’âge ? je me chante ou j’imagine ce que (rires). Quand j’écoute en ont refait une exprès pour notre projet. Norma-lement, nous devons la rendre. On va voir… (rires). j’aimerais entendre ou jouer. Ça t’emmène forcément Max Robin
AC #67 • 21
INTERVIEW
Valérie 22 • AC #67© Carole EpinetteDuchâteau Comment est né ce projet d’album, créé pour le Brus-sels International Guitar Festival d’avril 2018 ? Il s’agit d’une commande du festival pour l’année2018, six mois avant les commémorations des qua- rante ans de la mort de Jacques Brel (octobre). Aufil des ans, j’ai présenté plusieurs projets à ce festi- val ; en 2016, son directeur, Hugues Navez, m’a de-mandé si je pouvais lui créer une œuvre dédiée à Jacques Brel, comme je l’avais fait pour Barbaraguitare chante Barbara, ndlr). J’avais déjà dans l’idée (La de proposer ces arrangements de Brel, mais HuguesNavez n’a pas voulu attendre les commémorations. Cela a été un succès extraordinaire, je ne m’y at-tendais pas du tout ! À la fin du concert, le public s’est levé et a commencé à chanter à tue-tête sur letitre de rappel, "Bruxelles". Cela n’arrive pas souvent dans les récitals de guitare classique, et plus géné-ralement acoustique. J’ai enregistré l’album l’été suivant. Comment as-tu sélectionné les douze titres parmi le Quand une large répertoire de Brel ?Enfant, je balbutiais "Les Bonbons" avant de savoirparler ! Pour débuter ce travail d’arrangement, je grande dame me suis procuré le magnifique ouvrage de PatrickMoulou, un best of de Jacques Brel présentant lesthèmes originaux tels qu’ils ont été déposés à la rencontre le Sacem. Je savais que j’étais dans la genèse de l’œuvre.J’ai pris ma guitare et j’ai joué les titres de Brel pourvoir les tonalités qui sonneraient spontanément. Je les ai travaillés plusieurs semaines d’affilée et, peu Après le succès de son album dédié à Barbara, la concertiste classique s’estgrand JacQues à peu, la sélection s’est affinée. Il faut noter un aspectimportant : contrairement à Barbara, qui était pia- Brelattaqué à un autre monument de la chanson : dansd’une rare délicatesse. Où comment redécouvrir des standards qui, sous le, la musicienne dialogue avec le poète belge à travers douze arrangements La Guitare chante Jacques niste, Jacques Brel composait à la guitare ; sa mu-sique tombait sous les doigts ! Sur Barbara, j’étaisconfrontée à des tonalités invraisemblables, un Plus qu’un travail de transcriptions, il s’agit-là d’une fresque musicale, où lenylon vibre au son des cordes vocales, des trémolos aux suppliques à fleur defiltre de la compositrice, ne le sont définitivement pas. Oui, la guitare chante. casse-tête pour la guitare, avec des barrés, des chro-matismes…. Réarranger les chansons de Brel a été peau, les émotions au diapason. Mieux que des bonbons, Valérie Duchâteaunous a apporté de jolies chansons. d’un confort extraordinaire.tant sur le plan de la composition : dans le répertoirede la guitare classique, nous avons un célèbre com- Deuxième point impor- © Brussels International Guitar Festival / Antonio Caraz
AC #67 • 23
INTERVIEW
positeur brésilien, Heitor Villa-Lobos, qui a com- "Le fait de jouer musicien qui vont emporter l’adhésion : j’expose posé des bijoux pour les guitaristes ; des œuvres des chansons sans le thème, le joue en trémolo puis le propose avec certes difficiles à jouer, mais qui sonnent ! Il en va ces harmoniques qui illustrent ce superbe vers : de même chez Jacques Brel : ses chansons font son- en chanter Les "Moi je t'offrirai des perles de pluie venues d’un pays ner la guitare. Sur certains titres, j’ai donc utilisé paroLes Laisse à où il ne pleut pas". Quelle beauté ! des techniques de composition de Villa-Lobos. Par chacun L’intimité, exemple, sur "Amsterdam", j’ai repris la technique Tu dessines un portrait très personnel de Jacques d’écriture du Prélude n°1 (Valérie prend sa guitare La Liberté de Brel. A travers les silences, les accords retenus, en sus- et joue le passage en question, ndlr). Sur "La Chanson convoquer ses pension, on a l’impression que tu l’aides à s’asseoir, des Vieux Amants", j’ai intégré une partie du souvenirs, comme lui qui avait tant de mal à se poser dans la vie. Prélude n°3. Brel était un artiste ultra expressif. Il maniait par- un parfum…" faitement l’art du silence ; ce qu’il y a de très fort Justement, sur "La chanson des Vieux Amants", tu chez lui, c’est la retenue dans ses phrasés, et c’est là- proposes diverses techniques de jeu qui semblent se la variété était interdite ! A l’époque, au CNSM, des dessus que je me suis basée pour être dans le registre répondre, comme si tu illustrais un dialogue entre ces œuvres comme "Carmen" de Bizet ou "Les Quatre de l’émotion. L’une des difficultés de ce projet était amants. Saisons" de Vivaldi étaient perçues comme des mu- de retranscrire la puissance de sa voix, énorme. Je Cette chanson est l’une de mes préférées. Adoles- siques trop faciles ! me suis dit que je ne pourrais pas le faire à travers cente, j’étais assez mélancolique, ce thème me tou- la guitare seule, et qu’il ne fallait surtout pas que chait profondément, indépendamment des paroles. Qu’est-ce qui te touche tant dans la musique de j’aille sur ce terrain au risque de m’éloigner de la Plus tard, j’ai composé une œuvre qui s’en inspirait Jacques Brel ? vérité. de manière inconsciente. Dans ces albums dédiés L’utilisation du trois temps par exemple, qui devient à Barbara et à Brel, j’ai découvert une chose extra- de plus en plus rare dans la chanson ; je me suis ré- Ce travail d’arrangement t’a-t-il permis de redécou- ordinaire : le fait de jouer des chansons sans en chan- galée sur "La Valse à Mille Temps". J’ai également vrir ces chansons que tu as écoutées mille fois ? ter les paroles laisse à chacun l’intimité, la liberté de adoré travailler "Les Marquises", qui rejoint l’Étude Oui, comme "Amsterdam" par exemple, une chan- convoquer ses souvenirs, comme un parfum… Ne No.5 de Villa-Lobos. A travers certains titres, comme son qu’il n’a jamais enregistrée, car il n’en était pas pas dire, ne pas formuler, c’est ce qui est puissant à "Ne me quitte pas" ou "La Chanson des Vieux content. Il s’en servait souvent comme titre sacrifié, mes yeux. Amants", on sent l’empreinte de son pianiste Gérard ces chansons que les musiciens jouent en début de Jouannest, rappelant là l’importance de l’accordé- concert pour se chauffer. C’est un avis personnel, Sur "Les Bonbons", tu as réussi à retranscrire toute oniste Rolland Romanelli chez Barbara. Ce sont mais je pense qu’il n’en était pas fier, car c’était l’espièglerie de cette chanson, notamment via le thème des musiciens de l’ombre, qui ont posé leur signature une reprise d’une chanson traditionnelle anglaise que tu joues en harmoniques. Comment t’es venue chez ces grands-là. Greensleeves, non une création. Il y a aussi "Les cette idée ? Bonbons", qui apporte un éclairage intéressant sur Il y a là l’idée du manège… Quand je compose ou Au sujet de "Ne me quitte pas", une lettre d’amour l’évolution d’une chanson dans le temps : en 1964, travaille sur une pièce, je le fais en chantant ; j’ai en forme de supplique qui bouleversa la France, tu Brel écrit : "Je vous ai apporté des bonbons / Parce que toujours cette recherche du chant à transmettre au traduis l’émotion de Brel lorsqu’il la chante pour la les fleurs, c'est périssable / Puis les bonbons, c'est tellement niveau de l’instrument. C’est ma façon d’exprimer première fois à Bobino en novembre 1959, notam- bon / Bien que les fleurs soient plus présentables…" les émotions. Je dois également avouer qu’enfant, ment via ces harmoniques qui semblent couler comme En 1967, le couplet a changé : "Je viens rechercher je ne voulais pas devenir concertiste classique. Plus des larmes… mes bonbons / Vois-tu Germaine, j’ai eu trop mal quand tard, à l’âge de seize ans, j’ai souffert du carcan du Pour ce titre, je me suis cantonnée à l’aspect musical, tu m’as fait cette réflexion au sujet de mes cheveux conservatoire ; moi qui adorais "Grease" ! Je n’avais magistral, pour rester dans l’émotion. Face à un tel longs / C’est la rupture bête et brutale / Je viens rechercher qu’une envie, c’était de chanter, d’aller danser en monument, je suis dit qu’il fallait sortir une variation mes bonbons." boîte de nuit, mais mon professeur m’en empêchait, tout aussi magnifique, en utilisant les ingrédients du Ben © Brussels International Guitar Festival / Antonio Caraz
24 • AC #67
INTERVIEW FILLES ET DE MA FEMME"LA PRÉSENCE DE MES
M’AIDE À TENIR ET À NE
DANS UNE CHAMBRESEUL À 4H DU MATINPAS ME RETROUVER
D’HÔTEL EN ME
QUI JE SUIS…"DEMANDANT
TOMMY
26 • AC #67© Zach BevillEMMANUEL
AU CŒUR DES CHANSONS
Le guitariste "certifié" par Chet Atkins est aussi le plus actif, tournant continuellement et animant régulièrement des masterclasses. Son dernier album, enregistré en compagnie de John Knowles, Heart Songs, se concentre sur des mélodies populaires, de Hank Williams aux Hollies, de Don Gibson à West Side Story, mais jouées avec un feeling exceptionnel. Rencontre avec un guitariste, dont la vie en tournée est un véritable tourbillon. Avez-vous tourné avec le nouveau répertoire de ensemble il y a quelques années était "He Ain’t Il y a des classiques country aussi… Heart Songs ? Heavy, He’s My Brother" des Hollies. C’est ce qui "Cold Cold Heart" de Hank Williams est la pre- La tournée vient de se terminer, j’ai apprécié le sou- nous a donné l’idée du projet. Ce morceau a été assez mière chanson country à avoir effectué le cross- tien des spectateurs pour ce projet avec John Knowles. difficile à apprendre avant de bien le jouer. Il en over et entrer dans les charts pop. "I Can’t Stop C’était vraiment la réalisation d’un rêve : tourner avec est de même pour nos autres reprises pop, "How Loving You" de Don Gibson a été repris par des l’un de mes meilleurs amis et jouer ces arrangements Deep is Your Love" des Bee Gees, "Where is Love" artistes venus de tous les domaines aussi. "Wal- de chansons éternelles. Mais, comme on dit, "the du songwriter anglais Lionel Bart et "Lullaby" de king My Baby Back Home" et "I Can’t Make You show must go on" et je pars demain pour la Grande- Billy Joel. Love Me" sont des standards des années 30 et Bretagne et la Hollande avec mon complice JD Simo. 40. Ensuite, John Knowles et JD me rejoindront pour Est-ce qu’il n’y avait pas un risque que cela soit cata- donner des masterclasses durant mon Guitar Camp logué "musique d’ascenseur" ? Vous avez composé un titre chacun… à Vail, au Colorado. Avant cela, je vais tourner chez Tout réside dans le feeling apporté à la chanson, ça John Knowles a composé "After Paris" et j’ai écrit moi, en Australie ce mois-ci avec le "King of Dobro", ne sonne pas comme une tapisserie musicale… Nous "Eva Waits" en pensant à une Allemande de l’Est Jerry Douglas. avons même repris "Africa" de Toto, mais elle n’est dont le mari réside de l’autre côté du mur. Comment faites-vous pour tenir un tel rythme ? La présence de mes filles et de ma femme m’aide à tenir et à ne pas me retrouver seul à 4h du matin dans une chambre d’hôtel en me demandant qui je suis… Et puis, je ne suis pas si vieux que cela ! J’ai toujours un peu d’énergie en réserve dans ma guitare et dans mes mains. Comment avez-vous trouvé ce concept d’enregistrer des mélodies populaires pour Heart Songs ? Après l’album Certified Guitar Player, j’avais ren- contré la plupart de mes amis guitaristes pour jouer des standards instrumentaux du picking. Pour faire quelque chose de différent, j’ai pensé à ce projet que nous avions avec John Knowles : enregistrer principalement des mélodies de toutes les périodes et de tous les styles, et les jouer avec le respect et l’amour que nous avons pour ces chansons qui sont au-delà des modes et ont une signification différente pour chacun des auditeurs. Vous connaissiez John Knowles depuis longtemps ? Oui, c’est un de mes grands amis. Il est l’éditeur du célèbre magazine Fingerstyle Quarterly et membre du Thumb Picker’s Hall of Fame. Il a aussi reçu un Grammy pour son dernier disque solo. Nous sommes tous les deux attirés par ces morceaux connus, mais joués uniquement en instrumental. C’est important. Il reste peu d’artistes qui se concentrent sur l’ins- trumental, alors que c’est une véritable école de prendre des morceaux chantés et ensuite de les re- manier pour les jouer à la guitare. C’était une spé- cialité de Chet Atkins. C’est une école où l’on ne © Zach Bevill peut pas tricher. J’ai vu récemment qu’une étudiante avait été expulsée de Yale parce que ses parents pas sur l’album. Je la joue actuellement avec Andy Quelles guitares jouez-vous ? avaient réussi à la faire inscrire en versant 1,5 million McKee qui va tourner avec moi en Chine, à Taïwan, Mes Maton, notamment le nouveau modèle The de dollars. Ça ne risque pas d’arriver chez les "Certi- à Hong Kong et au Japon au mois de mai. Traditional. J’ai aussi joué sur une Custom dans le fied Guitar Player", c’est un diplôme qui ne peut pas style d’une Martin 00-28. John Knowles a un mo- être acheté, il faut travailler pour le mériter. D’où est venue l’idée de reprendre "Somewhere" de dèle Signature Custom fabriqué par le luthier Kurt West Side Story ? Ciresand. Nous avons tout enregistré en direct, assis Comment avez-vous choisi les chansons ? C’est la mélodie ultime. Dans le film, elle est chantée côte à côte. Etrangement, le premier titre que nous avons joué a cappella, sans accompagnement musical. Romain Decoret
AC #67 • 27
INTERVIEW
© DR
HOMMAGE À
FRANCOIS BÉRANGER
Décédé en 2003, François Béranger occupe une place singulière dans l’univers de Sanseverino. Dans Le Tango des Gens, son tout premier album (sorti en 2001), ce dernier rendait en effet hommage au chanteur libertaire en reprenant "Le Tango de l’ennui", avant de l’inviter sur scène à La Cigale en octobre 2002. Aujourd’hui, c’est un album complet qu’il lui consacre (The BeBer Project Vol. 1), dans la formule dépouillée du "guitare/voix".
28 • AC #67
LE PROJET un peu les accords et en complexifiant le truc, pour "C’est lié à deux trucs que je voulais faire. Un album le rendre libre… Pour moi, dans cet album, la mu- à la gratte acoustique, que je mijotais depuis je ne sicalité s’exprime plutôt avec la main droite, c’est- sais combien de temps. Et un album de reprises de à-dire les variations que je peux y faire, les trucs que Béranger. Tout s’est mélangé, parce qu’avant que j’invente sur le moment, et par le choix des instru- l’album ne sorte, il y a une tournée qui est partie..." ments, pour avoir des sons différents."
CLAMECY D’UN SON À L’AUTRE
"Un jour, je suis contacté par une dame de Clamecy "Sur les javas et "Il y a dix ans", une espèce de swing (endroit mythique pour Béranger, à cause de sa assez simple, l’ALD 12 cases sonne très bien. Sinon, chanson "Pour ma grand-mère") : "Voilà, on aimerait j’ai utilisé aussi un National de 1930 – bien que je faire un concert, et que vous chantiez deux-trois chan- ne sois pas très fort au tube ! –, une Collings et une sons de Béranger". J’ai répondu : "Je ne vais pas en faire Martin 0-17 de 36. Avec ces quatre grattes-là, je deux-trois, je vais faire une heure !" C’était pour moi passais d’un son à l’autre… En concert, je prends une bonne excuse pour démarrer ce projet… Donc tango, vachement de musique d’Amérique du Sud… deux guitares, ma Martin et une Kalamazoo de j’ai fait une heure, me disant que j’allais jouer devant Après, il a rencontré Jean-Pierre Alarcen, grand moindre valeur comme guitare de rechange, ou 100 personnes… Mais il y en avait 400 dans le gym- guitariste de jazz-rock, avec lequel il a fait deux al- bien la Collings. Comme elle a plus de bas, sur les nase ! Pour l’instant, j’ai des dates jusqu’au mois bums (L’Alternative et Le Monde bouge) et plein de morceaux rapides, ça ronfle un peu plus… Avec la d’octobre, et en fait, c’est une vraie tournée. Ce truc- tournées. Dans ces albums, la part est laissée aux Martin, j’arrive à avoir un son qui n’est pas un son là étant parti, je voulais que les gens aient un sou- musiciens pratiquement à 50%. Ça donne de grandes de gratte manouche, mais en tout cas tu peux faire venir, en enregistrant un album vite fait, avec une chansons, comme "Paris Lumière" qui fait 18 mi- la pompe, ça va encore…" pochette carton… Mais quand L’Autre Distribution nutes, une face entière de disque ! (...) Je le voyais a appris ça, on a coproduit l’album ensemble. Voilà comme un mec libre dans son écriture et ses choix "J’AI JOUÉ MES comment c’est né, un peu par hasard, entre deux musicaux." tournées, alors que je pensais vendre ça à quatre
BÉRANGER DEVANT
vieilles pies d’Ardèche !" CONTACT 40 PERSONNES, "Quand j’ai fait mon tout premier album chez Sony,
DES GENS ASSIS SUR
LA DÉCOUVERTE je lui ai écrit parce que je voulais reprendre une de "Je crois que c’est le deuxième disque que j’ai acheté, ses chansons. Il m’a répondu dans une très belle DES CHAISES, SANS le premier étant un disque de Lavilliers. J’avais vu lettre que j’ai gardée chez moi dans un de mes livres, MICRO, SANS RIEN. une émission de télé sur lui, il y a très longtemps, mais je ne sais plus lequel ! (…) Après La Cigale, sur le rock français. Et donc, il y avait un passage je suis allé le voir deux-trois fois chez lui à Sauve,
ÇA RESTE QUAND MÊME
sur Béranger. On le voyait à la fête de l’Huma, avec à l’hôpital de Nîmes. J’ai passé des journées avec LE MEILLEUR CONCERT des grands cheveux, une espèce de blouson de biker lui comme ça, en discutant…" POSSIBLE ! POUR MOI, en jean coupé, par-dessus un truc en cuir… Il avait l’air sévère, pas souriant. Il donnait toute l’image "PARIS LUMIÈRE" IL N’EXISTE PAS de ce qu’il est en vrai, c’est-à-dire un mec tendre ! "J’ai gardé les thèmes un peu bluesy, représentatifs, GRAND-CHOSE Et un jour, j’ai vu un disque chez des copains, je l’ai comme le thème de basse, avec une espèce de des-
DE COMPARABLE."
écouté, c’était le deuxième album de Béranger, cente, un truc un peu "hippie". J’ai pris ça comme La chaise, dans lequel il inclut des chansons folk, un slam en fait, je n’ai gardé que le texte. En concert, d’autres un tout petit peu électriques, des trucs je fais des petites impros, comme je peux, en changeant TOUT ACOUSTIQUE "Pour ce projet, j’ai bientôt des concerts dans des petites salles, tout en acoustique. Le truc rêvé ! Evidemment, on ne fait pas ça dans les stades ! L’autre jour, j’ai joué dans un café, le mec avait fermé les rideaux et gardé 40 clients. Et hop ! J’ai joué mes Béranger devant des gens assis sur des chaises, sans micro, sans rien. Ça reste quand même le meilleur concert possible ! Pour moi, il n’existe pas grand- chose de comparable."
SEPTENNAT/QUINQUENNAT
"J’ai ma chaise, mes deux micros, ma guitare de se- cours, un paquet de textes de Béranger qui finissent tous par terre, parce que je les plie pas dans le bon ordre quand j’ai fini ! Il y a des gens au premier rang qui connaissent toutes les chansons de BeBer par cœur, donc faut pas trop que je les regarde, sinon ça me fait gourer ! Quand je ne suis pas sûr, je de- mande! (…) Il y a une seule phrase qui a vieilli dans toutes ses chansons, c’est qu’à un moment, il parle du septennat, alors que maintenant on en est au quinquennat. Tu vois le désastre: on en est au même point !" ©Philippe Cabaret Max Robin
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INTERVIEW GÉNÉRATION DU JAZZ"LA NOUVELLE
D’ESPRIT DE DJANGO,TOTALEMENT L’ÉTATMANOUCHE REJOINT
ROYALEMENT DESQUI SE MOQUAITFRONTIÈRES."
GWEN
CAHUE
30 • AC #67© DR
MÉMOIRES D’UN JEUNE HOMME
NI RANGÉ NI DÉRANGÉ
Cela fait dix ans que le guitariste breton s’est imposé comme l’un des nouveaux talents de la djangosphère, participant aux divers collectifs de la nouvelle génération du jazz manouche (Selmer#607, Django Club, Rainbow Duet). Autant dire que son premier album était très attendu. Cahue ne se cache pas et grave un premier sillon bluffant : naviguant entre jazz manouche et swing américain, flirtant avec Django Reinhardt, Clifford Brown et Antonio Carlos Jobim, rendant hommage à Michel Petrucciani (disparu il y a vingt ans), ce Memories of Paris (Label Ouest/L’Autre Distribution) restera dans les mémoires. Cela fait longtemps que tu joues sur le circuit jazz A l’image de la nouvelle génération de musiciens disque. Et sur ma pochette du disque, je pose avec manouche. Pourquoi as-tu attendu aussi longtemps de jazz manouche, on sent néanmoins une volonté sa Favino, car je n’avais pas la Selmer ce jour-là pour sortir ton premier album ? de s’éloigner quelque peu du style pour lorgner le swing (rire). Quant à la musique classique : je suis auto- J’avais besoin de prendre le temps, de mûrir mon d’outre-Atlantique. didacte, je n’ai jamais travaillé aux doigts ni joué sur projet… Cela fait plus de dix ans que je me consacre, C’est vrai que nous avons tous comme point com- cordes nylon, mais j’adore les harmonies et les cou- presque exclusivement, à la musique de Django, et mun d’avoir été influencés par Biréli. A mes débuts, leurs classiques. Aujourd’hui, le classique représente durant lesquels j’avais évidemment l’idée de sortir sa musique me parlait beaucoup, car il frayait dans 90% de la musique que j’écoute ; je me fais des ses- un album. Mais avec tous les projets sortis ces der- le style de Django, le jazz américain, dans divers sions par période, par compositeur, Gabriel Fauré nières années, je n’avais pas envie d’en rajouter, de univers… C’était certainement générationnel. Mais, et Chostakovitch dernièrement, Bach, Mozart, proposer l’album de trop. Peut-être me suis-je mis petit à petit, je suis revenu au vocabulaire de Django Debussy, Ravel, etc. trop de pression ? Quoi qu’il en soit, je ne me sentais pas la légitimité de le faire jusqu’ici… Pour ce premier album, j’avais envie de lâcher prise, d’enregistrer un disque simple, spontané, sincère, avec mes copains : Julien Cattiaux à la guitare d’accompagnement et William Brunard à la contrebasse. Quant au réper- toire de ce premier disque, je préférais partir non pas sur des compositions, mais sur des standards, non pour montrer ce que je sais faire, mais plutôt pour proposer une transition entre le travail effectué ces dix dernières années et les compositions à venir. D’où le titre "The Man I Love" de Gershwin, qui a un côté plus pop que swing dans l’arrangement, pour ouvrir la porte vers autre chose. A travers le titre de l’album, tu rends hommage à Michel Petrucciani, dont nous avons fêté les vingt ans de sa disparition le 6 janvier dernier. Pourquoi cet hommage à ce pianiste, dont l’univers n’a rien de commun avec le jazz manouche. © DR A mes yeux, il existe des ponts entre Django et Petrucciani, qui avait notamment joué sur l’île du et je me suis aperçu à quel point certains de ses solos Toi qui as commencé la guitare en reprenant Jimi Berceau de Samois-sur-Seine en 1988. Ce sont étaient modernes. Sur la pièce "Swingtime in Spring- Hendrix, qu’est-ce qui t’a fait basculer du rock au deux artistes qui ont marqué l’histoire du jazz, in- time", la version de 1947 me semble-t-il, il propose jazz, de l’électrique à l’acoustique ? fluencé nombre de musiciens et qui frayaient dans des accents funk dans son solo ; c’était futuriste à J’ai en effet commencé par repiquer tous les plans divers styles sans se soucier des chapelles. Ce titre l’époque ! Bref, sans vouloir créer des guerres de clo- de mes disques de Jimi, mais au bout d’un moment, fait aussi résonance à mon parcours : après avoir vécu cher, je trouve que la nouvelle génération rejoint je commençais à être frustré de ne pas savoir com- à Strasbourg pour apprendre la guitare manouche totalement l’état d’esprit de Django, qui se moquait poser. Comme tous les ados, j’avais envie de jouer (f ief de Biréli Lagrène, Tchavolo Schmitt et Yorgui royalement des frontières. des titres pop-rock, de chanter mes propres chan- Loeffler, ndlr), j’ai résidé quatre-cinq ans à Paris pour sons (rire), du coup je me suis plongé dans l’étude faire mes armes sur le circuit jazz. Pourquoi ce clin d’œil à Daniel Givone dans le titre de l’harmonie. Comme je jouais au pouce à l’époque, "Pour Daniel", dans lequel tu flirtes avec la musique mon père s’était renseigné sur les guitaristes qui Malgré son intitulé, cet album fait le grand écart classique. pourraient m’influencer et m’avait acheté un disque entre la musique de Django et le jazz américain, Je ne viens pas d’une famille de musiciens ; j’ai de Wes Montgomery, puisqu’il jouait lui aussi au notamment via les titres "Here that rainy day" de grandi à Vannes, dans le Morbihan, une région où pouce. Puis, vers l’âge de seize ans, un copain du Jimmy Van Heusen et "Sandu" de Clifford Brown. il y a peu de Manouches. Le premier musicien à lycée m’a fait découvrir Django, et là, ça a été une Pourquoi ce grand écart ? m’avoir aidé est Zeb Heintz, un guitariste de blues. claque ! J’ai toujours été bluffé par la force de ses Je ne parlerais pas de grand écart dans le sens où Le deuxième à me prendre sous son aile, c’est Daniel, mélodies, qui te touchent directement en plein cœur. Biréli Lagrène a ouvert beaucoup de portes en ap- quand je suis arrivé à Nantes, à l’âge de dix-huit ans. Je ne sais pas si j’aurais aimé le jazz manouche si le portant sa propre lecture des standards de jazz amé- Ça a été une vraie rencontre : Daniel est quelqu’un premier disque que j’avais écouté était dans un style ricain. Cela a également été le cas de Django, un de très touchant, d’une grande humanité, il sait trans- de jeu plus vertical, avec beaucoup d’arpèges et, par- maître improvisateur qui s’est plongé dans ce réper- mettre, encourager, créer un rapport de filiation… fois, cet aspect mitraillette (rire). toire, et dans le blues, à un moment de sa vie. D’ailleurs, c’est sa guitare Selmer que je joue sur ce Ben
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SOMMAIRE PÉDAGO
Etude de style 34 John Knowles Par Eric Gombart Théorie 40 Intervalles et accords Par Jimi Drouillard Picking 42 Picking the Rag Par François Sciortino Jazz manouche 45 2 riffs inédits Par Joscho Stephan Acoustic Blues 46 Bluesy Stuff Par Jimi Drouillard Master-Class 50 Maya Par Michel Haumont & Joël Gombert Le coin de la chanson 52 That Last One Par Idhai Blues Story 56 Moutain Blues Par Chris Lancry Flamenco 58 Rumba por Taranta Par Jean-Baptiste Marino Les chefs-d’œuvre classiques 60 Greensleeves / Amsterdam Par Valérie Duchâteau Tracklist 64
VIDÉO
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32 • AC #67
ETUDE DE STYLE
pAr eric gombArt John Knowles 1-6 John Knowles est aussi réputé pour ses(titre honorifique créé par chet Atkins), des cinq "certified guitar players"excellent guitariste et premier 1-5 nous fait toujours entendre de beauxarrangements hors pair. sa musique accords, avec un jeu d'une fluidité le rencontrer plusieurs fois, j'ai été trèsincroyable. Ayant eu la chance detouché par le calme et la sérénité © DR de son jeu, tellement précis. de ses nombreuses techniques de jeu aux doigts. mais n'hésitez pas à allerle découvrir sur la toile ! A écouter également, un album plein d'émotionen toute humilité, j'ai essayé de réunir dans cette leçon quelques-unes en duo avec tommy emmanuel : Heart Songs. AccompAgnement simple 1 et 3. Parfois, on ajoute une note de basse sur le "et" du 2Il s'agit de jouer une basse avec le pouce (p), puis les trois sons d'un accord avec i, m, a main droite. Les basses sont généralement placées sur les tempsème ou du 4ème temps. Les accords se placent toujours sur les temps. 1 & 6 1
34 • AC #67
ETUDE DE STYLE
1 & 6 1 AccompAgnement élAboré Les accords sont joués ici sur les temps avec p, i, m main droite. L'annulaire va rajouter des notes en syncope, comme par exemple au tout début de cet exemple. C'est lui qui joue le Mi 2ème corde case 5 (mesure 1), l'accord étant joué ensuite par p, i, m sur le 1er temps (mesure 2). D'autre part, notez les variations de rythme, comme l’utilisation des triolets de croches. Ces triolets sont parfois composés de notes aiguës (le choix de notes dépend évidemment de la mélodie à accompagner), et parfois de notes de basse (exemple au 4ème temps de la mesure 2). En fait, on essaie de jouer comme un pianiste ! 2 & 6 2
AC #67 • 35
ETUDE DE STYLE
2 & 6 2 Bossa La technique est traditionnelle. On joue une basse sur chaque temps et la mélodie se place en haut des accords tout naturellement. Vous pouvez jouer ce thème très lentement et laisser résonner le plus longtemps possible. John Knowles a un jeu très posé et très "serein", exploitant très largement le jeu des résonances. 3 & 6 3
36 • AC #67
ETUDE DE STYLE
3 & 6 3 Style jazzy Un peu comme pour l’accompagnement élaboré, on essaie ici d'imiter les pianistes. C'est un mélange de plusieurs techniques, comme le jeu des accords avec p, i, m main droite et note de mélodie avec la main droite, mais aussi pas mal de basses alternées (comme en mesure 2). Le tout est d'utiliser des accords enrichis, comme le ferait John. D'autre part, j'ai ajouté ici une mélodie dont les notes sont placées tantôt avant le temps, tantôt en retard, pour apporter un balancement rythmique. L'effet est très efficace. Tout comme pour la bossa, n'accélérez surtout pas le tempo. Essayer plutôt de "traîner" ! Notez les accords de fin du morceau (E7 et A7), qui apportent la touche de blues qu'affectionne particulièrement John. 4 & 6 4
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ETUDE DE STYLE
4 & 6 4 Picking John Knowles n'utilise pas d'onglet de pouce pour jouer le picking "basses alternées". C'est ce qui produit le son plus doux et moins percutant qu'il recherche. J'ai essayé dans cet extrait d'obtenir sa fluidité, en vous proposant un picking traditionnel, où toutes les basses sont jouées sur chaque temps par le pouce main droite. Encore une fois, veillez surtout à ne pas accélérer. 5 & 6 5
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ETUDE DE STYLE
5 & 6 5
AC #67 • 39
THÉORIE
pAr JImI DrouIllArD Intervalles et accords Bonjour à tous, aujourd’hui, une rubrique sur les intervalles et la formation des accords. 7 ("base E" et "base A", suivant la corde sur laquelle on joue la fondamentale la plus grave).Il faut entendre et mémoriser les intervalles pour pouvoir créer et enrichir vos accords.nous allons voir de quels intervalles sont composés deux sortes d’accords FormAtIon DEs AccorDsLa formation d’un accord dit Si la tierce est mineure, l’accord est mineur.On peut rajouter une 7ème (mineure), l’accord est dit 7 parfait est composée de la tonique, la tierce et la quinte (I-III-V). Si la tierce est majeure, l’accord est majeur.ème. ExEmplE En Do Ces accords commencent tous les deux par un power-chord (tonique, quinte, tonique),la base pour le rock, avec un Marshall et une Les Paul!
40 • AC #67
THÉORIE
Ci-dessous-un tableau qui récapitule les différents intervalles, à connaître pour créer et enrichir tous les accords dont vous aurez besoin. J’ai de plus rajouté une chanson pour entendre et retrouver chaque intervalle (ascendant et descendant), ainsi que les accords que vous pouvez fabriquer. 7
INTERVALLE TONS ASCENDANT DESCENDANT ACCORDS
2 b (9b) ½ ton C7/b9 2M (9) 1 ton Sonnerie pompiers Gamme majeure C9 ou Cadd9 3m (9#) 1 ton ½ « Smoke on the Water » « Hey Jude » Cm (ou C-), C7/#9 La 3m sera mieux placée à l’octave. 3M 2 tons Arpège majeur « Summertime » C La 3M sera mieux placée à l’octave. 4 juste (11) 2 tons ½ « La Marseillaise » « Petite musique de nuit » C11 ou C7sus4 4#, 5b (triton) 3 tons « Purple Haze » « Purple Haze » C7/#11 ou C7/b5 5 juste 3 tons ½ « Star Wars » « It don’t Mean a Thing » powerchord 5# (13b) 4 tons « Kashmir » « Kashmir » C5+ 6M (13) 4 ton ½ « Take the A Train » « Il était un petit navire » C6 ou C13 On note C6 si l’accord est sans 7 ème , on note C13 si l’accord contient une 7 ème . 7 (min) 5 tons Octave moins un ton C7 A l’inverse de la tierce, on note juste « 7 » si la 7 ème est mineure. Pour entendre la 7 ème mineure, on part de l’octave et on descend un ton en dessous. 7M 5 tons 1/2 Octave moins un demi-ton Cmaj7 Pour entendre la 7M, on part de l’octave et on descend un ½ ton en dessous. octave 6 tons « Over the Rainbow » C
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AC #67 • 41
STYLE PICKING
PAR FRANÇOIS SCIORTINO
Picking the Rag Son style rythmique, ses accords, son swing, tout est parfaitement dosé !Merle Travis est une de mes plus grandes sources d'inspiration. 8 & 9 On utilise en effet quasiment qu'une seule forme d'accord ! Du coup, profitez-en pour affiner votre swing et donner du punch à votre basse alternée !Voici une pièce dans son style, avec une particularité... Jouez avec le placement de la mélodie et n'hésitez pas à faire vos propres variations. 6 Keep on picking ! www.francois-sciortino.fr - f.sciortino@wanadoo.frFrançois Sciortino
42 • AC #67
STYLE PICKING
8 & 9 6
AC #67 • 43
STYLE PICKING
8 & 9 6
© DR
44 • AC #67
,Jazz manouche
PAR JOSCHO STEPHAN
Deux riffs inédits Je suis très heureux de figurer dans ce nouveau numérode Guitarist Acoustic ! Je vous propose deux riffs inédits extraits de Sol majeur. Bonne guitare !de mon nouvel album, Paris-Berlin, tous les deux en tonalitéJoscho Stephan - www.joscho-stephan.de 10 Photo © Manfred Pollert Le premier motif, inspiré par Tommy Emmanuel, est construit sur des harmoniques naturelles.Veillez à la précision des déplacements et à la clarté des notes. Le second motif propose des lignes chromatiques à jouer sur un accord de G6.Attention, pour la main droite, aux attaques de médiator. Respectez scrupuleusement ce qui est indiqué.
AC #67 • 45
AcouStic BlueS
PAR JIMI DROUILLARD
Bluesy Stuff Bonjour à tous et bienvenue dans cette rubrique Acoustic Blues.Aujourd hui, un blues que j’ai appelé "Bluesy Stuff". "Stuff" 11 & 12 se traduit par "truc" ou "machin" ! C’est un blues en G7, avec une intro sur le VLes deux premiers A constituent le thème principal. On retombe sur l’intro (mesure 29) pour se lancer dans un solo endiablé (mesures 33 à 68).e degré (D7). 7 Mesure 57, le solo ne sera plus en single notes, mais en accords. On finit (mesure 77) par une triple boucle (CUE) et de nouveau sur l’intro.Merci à tous pour l’écoute de ce petit "truc" bluesy. N'hésitez pas pour plus d'infos : jimid@free.frMerci à tous !Jimi D
46 • AC #67
ACOUSTIC BLUES
11 & 12 7
AC #67 • 47
ACOUSTIC BLUES
11 & 12 7
48 • AC #67
ACOUSTIC BLUES
11 & 12 7
AC #67 • 49
MASTERCLASS
13 & 14 8 © Manfred Pollert Par Michel Haumont & Joël Gombert Maya de distinguer le plus clairement possible la mélodie. Nous vous proposons(ici jouée en duo avec Joël Gombert) est très accessible. Il faut essayerEcrite pour bercer ma petite fille Maya, cette petite ballade une adaptation de la première partie (A) de cette mélodie,à retrouver sur notre album, Kaléidoscope. Pour interpréter cette pièce, Joël utilise une guitare (Chatelier Frères) accordée un ton en dessous du diapason, dans la position Ré (avec "basse en inspirées de la tonalité de Sol majeur, et Joël de la tonalité de Ré majeur. Mais en réalité, nous jouons bien dans la tonalité de Do majeur !Ré"), ce qui donne ici donc : C G C F A D. Ma guitare est accordée normalement, avec un capodastre à la 5ème case. Je joue donc avec des positions
50 • AC #67
MASTERCLASS
13 & 14 8
AC #67 • 51
LE COIN DE LA CHANSON
PAR IDHAI
That Last One le dernier titre de notre E.P.Pour cette nouvelle leçon, voici "That Last One",L’on doit s’entraîner, l’on doit travailler… Odao disponible sur soundcloud. Cette chanson dit que l’effort doit être fourni afin de grandir, comme cet 15 & 16 arbre qui se bat chaque jour afin de devenir plus fort, plus massif ! C’est Le morceau est basé tout du long sur une cadence plagale mineure soit nous sommes devenus. Serait-ce le "groove" vital ? Nous sommes tousl’effort de la vie qui nous parcourt tous, c’est ce qui fait de nous ce que I-IVm, ce qui fait appel au mode mixolydien 13b en Bb, issu de la gammemineure mélodique en Eb (= degré V de cette gamme). concernés par l’affranchissement de nos peines qui nous retiennent. Ce des deux accords, j'interviens sur d'autres intervalles : la quarte, la septièmeTandis que l'accompagnement de Romain fera davantage appel aux 9èmes 9 seront mes derniers mots en ce qui concerne notre E.P....gnement).N.B. : Attention au capo à la 6ème case pour la guitare 1 (accompa- et la sixte.Bien qu'il y ait quelques parties distinctes, le morceau ne contient pas Idhai - https://soundcloud.com/idhai de variante notable entre couplet et refrain (toujours la même cadence).Nous avons juste établi une continuité qui nous amène sur le passage Pour cette ballade initialement en Bb majeur, les diagrammes d'accordssont nommés selon leur forme. Ce qui en capo 1 (pour ma part) s'écrirait instrumental en fingerpicking. En revanche, lors de la montée dans lesaigus de la voix de Romain, je vais appuyer un schéma rythmique plus un demi-ton au-dessus, tandis que pour Romain (en capo 6), trois tonsau-dessus. poussé, en jouant sur les croches 1, 3, 5 et 7 de chaque mesure, ce quipeut faire entendre une brève polyrythmie. Nicolas Hoch
THAT LAST ONE
15 & 16 9
52 • AC #67
LE COIN DE LA CHANSON
INTRO DUO
15 & 16 9
GUITARE 1
15 & 16 9
AC #67 • 53
LE COIN DE LA CHANSON
GUITARE 2
15 & 16 9
54 • AC #67
BLUES STORY
par cHrIS Lancry Mountain Blues 17 car c’est une technique employée principalement par les guitaristes de bluegrass.Hello, ce mois-ci un morceau joué au médiator, on devrait dire au "flat",Il s’agit de jouer un thème précis et aéré et d’intercaler des "strums" rythmiques en accords entre les notes de la mélodie. 10 & 11 de toujours "visualiser" sur quel accord on est au moment de telle outelle note de la mélodie. C’est donc un très bon moyen de ne pas seIl convient pour cela de garder à l’esprit le déroulement de la grille et d’accords de base et les gammes avec des cordes à vide, ici la gammeC’est un style essentiellement acoustique, qui emploi les positions perdre quand on joue n’importe quel solo et de toujours jouer des notesadéquates sur les accords. de Sol majeur. Cette technique s’est un peu perdue aujourd’hui, car onconsidère qu’il y a toujours une guitare "solo" et une rythmique assuréepar une autre guitare ou par un autre instrument. La gamme de SoL majeur joue la mélodie ou les accords.C’est la gamme de base jouée en haut du manche avec des cordes à vide chaque fois que c’est possible, ainsi il n’y a pas à faire de « démanché » que l’on La grILLeLe morceau tourne sur deux cycles de 12 mesures. La suite harmonique comporte presque tous les accords de la tonalité de Sol :Sol / Lam / Sim / Do / Ré / Mim. moutaIn BLueS et évidents, il y en a davantage sur l’enregistrement du morceau, mais pour ci est exposé dans les 12 premières mesures. A partir de la mesure 14, les« strums » viennent s’intercaler dans ce même thème.La première mesure est « hors grille » et sert à lancer le thème. Celui- appréhender cette technique quand on ne l’a jamais pratiquée, il convientet à mesure que l’on maîtrise le sujet !de simplifier le plus possible au début. On rajoutera d’autres strums au fur Attention, je n’ai écrit sur la tablature que quelques strums très simples Allez… Keep on Playin’ friends !
56 • AC #67
BLUES STORY
17 10 & 11
AC #67 • 57
LA LEÇON DE FLAMENCO
PAR JEAN-BAPTISTE MARINO
Rumba por Taranta Cher(e)s aficionados de la guitarra, je vous propose d'aborder 18 & 19 une mélodie en arpège et son accompagnement en accords.le rythme de la Rumba Flamenca, avec, pour cette leçon, 12 El Percaillo ou El Gato Perez, qui l'ont incluse et tranformée, devenant ainsi "Rumba Flamenca" ou "Rumba Catalana".D’origine cubaine, la rumba a été importée en Espagne, à Barcelone, dans les années 1950 par, entre autres, Peret,Le rythme est binaire à 4/4. A vos guitares !
58 • AC #67
LA LEÇON DE FLAMENCO
18 & 19 12
AC #67 • 59
LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES
PAr vAlérIE dUCHâTEAU "Greensleeves" © Romain Bouet il y a le célèbre thème de "Greensleeves", que le "Grand Jacques"Parmi les chefs-d’œuvre qui ont traversé les siècles, 20 -23 Cette chanson, le "grand Jacques" n’y croyait pas ou si peu qu’il la place en test en troisième position de son programme lors d’une générale de sona re-baptisé pour en faire le succès que nous connaissons tous : "Amsterdam". 13 -15 spectacle à l’Olympia en 1964. C’est un tel succès, que, bien que les musiciens jouent l’introduction de la chanson suivante, le public reste debout etne cesse d’applaudir, d’acclamer "Amsterdam". C’est ainsi qu’ils sont contraints de rejouer la chanson en boucle. Le concert étant retransmis à la radio,la légende était née ! une chanson populaire connue dans toute"Greensleeves" ("Manches vertes") est qu’elle aurait été composée par le roi HenriVIII pour Anne Boleyn. Depuis, cettel’Europe au XVIe siècle. La légende dit musique a fait le tour du monde et selonles pays, les interprétations, les tonalités, les versions diffèrent. Le nombre de versionsest considérable, voici quelques grands noms qui se sont inspirés de cet air : ElvisPresley, Leonard Cohen, Jeff Beck, Neil Young, Nolwenn Leroy et tant d’autres…
TECHNIQUE
Dans la version que je vous présente, la guitare interprète tant le thèmeTHÈME VARIATION 1 polyphonique que de pouvoir faire "chanter" sa guitare tout en s’accom-que l’accompagnement. C’est une des caractéristiques de notre instrument pas semblé indispensable qu’elle soit publiée Elle s’apparente tant au thème qu’il ne m’a pagnant. ici. 21 14 pour extraire le son de la mélodie, tout en gardant le jeu d’un arpègenormal pour l’accompagnement.Pour cela, et dans le cas présent, nous utiliserons la technique du buté VARIATION 2Le thème est développé dans les basses en référence au prélude #1 11, 13, 14 et 15, qui se jouent soit avec majeur-annulaire, soit avec index-joue avec l’annulaire, sauf pour les doubles croches des mesures 7, 9, 10, La mélodie se distingue par l’écriture des hampes vers le haut, elle se de Heitor Villa-Lobos.La musique de Jacques Brel m’a inspiré ce parallèle. Dans ce cas de majeur. figure, le thème se joue au pouce et en buté, l’écriture se détache avec les avec l’index pour la corde de Sol, avec le majeur pour la corde de Si etPour le jeu de l’arpège, les doigts de la main droite jouent respectivement hampes des notes vers le bas. avec l’annulaire pour la corde de Mi (ceci dans la plupart des cas). en pincé.L’accompagnement, qui, cette fois, est à l’aigu (c’est assez rare), se joue mais c’est une technique de jeu qu’il est important d’acquérir pour donnerdu relief à vos interprétations.Vous rencontrerez des difficultés pour buter et jouer une basse au pouce, Remarque : je dis toujours que l’écriture solfège est la réalité musicalealors que la tablature est la réalité du guitariste.
60 • AC #67
LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES
Thème 20 13
AC #67 • 61
LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES
20 13 Variation 2 22 15
62 • AC #67
LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES
22 15
AC #67 • 63
TRACKLIST PÉDAGO
Etude de style : John Knowles Par Eric Gombart
1. Accompagnement simple
2. Accompagnement élaboré
3. Bossa
4. Style jazzy
5. Picking
6. Explication
Théorie Par Jimi Drouillard
7. Intervalles et accords
Picking Par François Sciortino Etude de style : John Knowles
8. Picking the Rag Par Eric Gombart
9. Explication 1. Accompagnement simple
2. Accompagnement élaboré
Jazz manouche
3. Bossa
4. Style jazzy
Par Joscho Stephan
5. Picking
10. 2 riffs inédits
Picking Acoustic Blues Par François Sciortino Par Jimi Drouillard
6. Picking the Rag
11. Bluesy Stuff
12. Explication
Acoustic Blues Par Jimi Drouillard Masterclass
7. Bluesy Stuff
Par Michel Haumont & Joël Gombert
13. Maya
14. Explication Masterclass
Par Michel Haumont & Joël Gombert Le coin de la chanson
8. Maya
Par Idhai
15. That Last One Le coin de la chanson
16. Explications Par Idhai
9. That Last One
Blues Story Par Chris Lancry Blues Story
17. Moutain Blues Explication Par Chris Lancry
10. Moutain Blues
Flamenco
11. Moutain Blues ralenti
Par Jean-Baptiste Marino
18. Rumba por Taranta Flamenco
19. Explication Par Jean-Baptiste Marino
12. Rumba por Taranta
Les chefs-d’œuvre classiques Par Valérie Duchâteau Les chefs-d’œuvre classiques
20. Greensleeves Par Valérie Duchâteau
21. Variation 1 13. Greensleeves
22. Variation 2 14. Variation 1
23. Explication 15. Variation 2
64 • AC #67
QUESTIONS DE LUTHERIE
COMMENT
CHOISIR
SA GUITARE
ACOUSTIQUE ?
66 • AC #67
Quand on décide d’acquérir une guitare acoustique, que ce soit un premier achat ou que l’on décide de monter un peu en gamme, on se pose toujours beaucoup de questions. Il existe en effet tant de marques, de modèles et de canaux de distribution que l’on peut vite s’y perdre. Nous nous limiterons dans cet article au choix d’une guitare folk (cordes acier). Selon quels critères choisir ? Quels sont les aspects à étudier en priorité ? Nous allons essayer de vous aiguiller en vous donnant quelques astuces afin que votre rêve d’achat ne se transforme pas en regret et en revente d’occasion, ou pire, en abandon de pratique de la guitare (ça s’est déjà vu…). Discussion avec David, propriétaire d’un magasin de musique. Texte & photos : Richard Baudry Richard : Je vois régulièrement forme : il y a quelques dizaines passer à l’atelier des clients in- d’années, la majorité des gui- satisfaits de leur instrument tares folk étaient des dread- (guitare qui frise, fausse, dure noughts. Désormais, et c’est tant à jouer…), et lorsque l’on dis- mieux, on en trouve de tous les cute avec eux, on se rend vite formats et de tous les gabarits, compte qu’ils se sont mal ren- jusqu’aux petites guitares type seignés ou qu’ils ont été mal 00 ou 000, qui marchent beau- orientés dans leur achat. coup en ce moment. Essayez David : Oui, d’autant plus donc les guitares qui vous atti- quand l’achat a été effectué sur rent, quels que soient le modèle internet… J’aurais tendance à et le gabarit. La taille de la gui- dire qu’il ne faut pas acheter tare doit vous correspondre : ailleurs que dans un magasin même si on a déjà vu des gens de musique. Je ne comprends petits jouer sur de grosses gui- pas comment on peut acheter tares, il faut en général prendre un instrument sans l’avoir es- en compte sa morphologie et sayé! Je vois même des clients celle de l’instrument. venir se plaindre en magasin Je remarque que ma clientèle d’un achat effectué sur le net. plus âgée a tendance à partir sur Ça me fait bondir ! des formats plus petits comme Richard : C’est la même chose ma "JumboKe" ou le nouveau pour les instruments vendus modèle "Artist", moins sollici- dans la grande distribution. J’ai tant pour les épaules. A vérifier même vu des offres chez les aussi, le confort du profil de hard-discounters! A moins d’a- manche. Par contre, ne vous fiez cheter un jouet d’éveil pour un pas au réglage de la hauteur des enfant de deux ans, surtout Table massive cordes, car les guitares de série fuyez ce genre d’offre ! sont souvent mal réglées à la David : J’aurais tendance à dire qu’en dessous de sortie d’usine. Il vous faudra, une fois l’instrument 150 euros, on ne trouve pas d’instrument correct. acheté, aller la faire vérifier, voire régler par quel- Le problème avec ce genre de guitares, c’est qu’elles qu’un de compétent, c’est-à-dire un luthier. sont "inréglables" et difficiles à jouer. Elles ne tien- David : Autre point à discuter : guitare acous- nent pas l’accord, elles frisent, elles ne sont pas tique ou électro-acoustique ? confortables et ne durent pas dans le temps. Sans Richard : Tout dépend de l’usage. Si tu joues de parler du son... la guitare juste à la maison, il vaut mieux investir Richard : Pour ma part, je conseille toujours son budget dans une guitare non amplifiée, quitte d’acheter une guitare avec une table massive. On à la faire amplifier par la suite. Cela permet de en trouve aux alentours des 200/300 euros. Pour choisir son système d’amplification, selon ce que distinguer une table massive d’une table en multi- l’on souhaite. Les guitares électro-acoustiques sont plis, il faut regarder au niveau de l’épaisseur de la plus chères, les systèmes proposés assez standards rosace, car on y voit bien la superposition des bois et pas toujours terribles. Parfois, ils mutilent l'ins- et la différence de teintes. Dans le cas du massif, trument (trou dans l’éclisse), et lorsqu’ils tombent on voit le veinage du bois qui traverse perpendi- en panne, les pièces détachées ne sont souvent plus culairement toute l’épaisseur de la table. Parfois, Table multiplis disponibles, les modèles ayant évolué. certains fabricants teintent le bord de rosace en Pour conclure, j’aurais tendance à dire : faites-vous noir ou y collent un filet blanc afin de cacher le qui n’ont rien à envier aux grandes. Je conseille de confiance. Avec ces quelques conseils, vous êtes multiplis, et là, il faut se méfier. Normalement, privilégier les marques de fabricants à celles qui déjà bien averti. De toute façon, il y a de grandes une guitare doit toujours avoir une table massive, distribuent, mais font fabriquer ailleurs. En géné- chances pour que vous ayez plusieurs guitares dans c’est mieux pour la restitution du son. Et le timbre ral, les "fabricants" sont moins chers, ils se distri- votre vie et que vous deveniez, au fil des années, de de la guitare se bonifiera avec le temps. buent eux-mêmes et ont moins d’intermédiaires. plus en plus précis dans vos décisions d’achat. David : Il existe des marques très connues dans Richard : Ensuite vient le moment de choisir son le monde de la guitare et d’autres moins célèbres. modèle. C’est d’abord l’œil qui entre en jeu, puisque S’il est vrai que les grosses marques ne sont pas là le client flashera sur l’esthétique de la guitare, la Cette rubrique est la vôtre ! par hasard, n’hésitez pas à essayer aussi celles que forme, les bois... Là aussi, il y a plusieurs choses Posez toutes vos questions à : vous connaissez moins. Les gammes se sont étof- à savoir. Nous n’allons pas parler ici des bois, qui fées et on a vu l’apparition de nouvelles marques fera l’objet d’un prochain article. Au sujet de la acoustic@editions-dv.com
AC #67 • 67
GUITAROLOGIE
© DR
MARTIND-28
Utilisée neuve par le légendaire Hank Williams dans lesannées 40, léguée à son fils Hank Jr, utilisée depuis trenteDE HANK WILLIAMS peuvent se vanter d’avoir été maniées par autant de mainsans par Neil Young, prêtée à Bob Dylan… Peu de guitarescélèbres, et cette "herringbone" de 1941 a de quoi raconter, tellement son histoire est belle. Trop belle ? Christian Séguret
68 • AC #67
Neil Young possède de nombreusesl’instar de son collègue Stephen Stills, des droits incessants que son œuvre générait. Oncomprend donc qu’il ait pu se laisser aller à certaines Il l’a utilisée pendant deux mois." A Martin antiques.sa collection une D-18 d’avant-guerre, On trouve ainsi dans manies, parmi lesquelles les collections d’armes à tueux le déranger trop longtemps, ce qui ne fut Dylan n’a probablement pas laissé ce passé ver- une D-45 construite lors de la première année deréédition, en 1968, qu’il a utilisée sur tous ses en- feu et d’instruments rares. La légende voudraitdonc que Hank Jr. ait un jour troqué une guitareMartin D-28 de son père, datant de 1941, pour pas le cas de beaucoup d’amateurs qui purentapprocher la guitare et qui ne comprenaient pas (Crosby, Stills, Nash et lui-même commandèrentregistrements mythiques, comme Heart of Gold deux fusils antiques. La guitare changea ensuite comment on pouvait poser ses doigts sur une telle chacun une D-45 à l’époque de la sortie du modèle; de mains à plusieurs reprises et finit par atterrir relique :d’être en présence avec quelque chose qu’Hank Wil- "Les gens sont pratiquement effrayés à l’idée leurs exemplaires sont dotés de numéros de sériequi se succèdent). Mais la guitare qui nous inté- au début des années 70 dans la boutique de TutTaylor. Ce dernier était un musicien très original, liams ait pu toucher, comme si ça allait les élever vers resse aujourd’hui est une Martin D-28, qualifiée basé à Nashville, qui faisait commerce d’instru- un autre niveau (…) Moi, je m’en sers en permanence, de "herringbone" par les collectionneurs, du fait ments à ses heures perdues (il fut le premier associé ce n’est pas une guitare de musée."son album Prairie Winds, Neil Young n’utilise qu’une C’est ainsi que sur de sa marqueterie de bord de caisse en "filet de ha- de Georges Gruhn à Nashville). Il semble mêmes’être fait une spécialité des guitares "seconde main" acoustique : sa "Hank" bichonnée par son techni- en 1941, durant l’âge d’or de la compagnie.reng", et construite par la célèbre firme de Nazareth des chanteurs illustres puisque la D-45 utilisée par cien Larry Cragg, fidèle au poste depuis 1976. Aujourd’hui, une guitare de ce millésime en bon Marty Stuart et par Johnny Cash était également qu’elle a inspirée à Young ("This Old Guitar")L’histoire de la guitare ainsi que la chanson état, mais parfaitement anonyme, pourrait facile-ment s’échanger aux alentours de 70 000 euros. passée entre ses mains. Taylor s’appuya sur le li-gnage prestigieux de sa guitare pour attiser les con- peuvent être entendues dans le filmHeart of Gold, dans lequel Young s’attarde encore Neil Young : Mais vu son pedigree,intéressons ferait certainement tomber quelques l’exemplaire auquel nous nous voitises. Prévenu par un de ses amis (Grant Boat-wright) de la présence de cet instrument mythiquedans l’échoppe de Music City, Neil Young, en route à rappeler la fameuse connexion à Hank Senior…Cette obstination à rattacher la Martin au pion- records si elle se retrouvait sur le marché. Voicison histoire. pour les séances dedécouvrit la guitare chez Taylor. Le deal fut rapi- Harvest à Nashville en 1971, nier de la country tourne d’ailleurs parfois à l’ob-session chez Young. Mais nous allons jouer ici lesrabat-joies et soulever quelques questions légitimes que Hank Jr. ait un jourLa légende voudrait Martin D-28 de son père,datant de 1941, contretroqué une guitare deux fusils antiques. concernant l’origine de cette guitare, reproduite àlongueur d’articles sans plus de questionnement. Hank Williams a certainement possédé plusieurs © DR Martin, et la D-28 qu’on le voit utiliser le plussouvent sur les photos est un modèle postérieur, Hank Williams fut une des personnalités les plusHANK ET BOCEPHUS dement conclut. Neil Young tomba vite amoureux datant de 1944 (portant le numéro de série #87422,facilement reconnaissable du fait des caractéris- marquantes de la scène musicale de l’après-guerre,tous genres confondus. Précurseur du rock’n’roll, de cette merveille de Dreadnought au Rio incom-parable. Sa guitare faisait partie du mythique tiques du modèle à cette époque), légué par lafamille au Hank Williams Jr. Family Tradition compositeur de génie, il vécut trop vite et trop fort, contingent d’herringbones d’avant-guerre, au bar- Museum, à Nashville. Même en observant les cli-chés de près, il est difficile de prouver la présenced’une herringbone de 1941 sur les nombreuses jour de l’an 1953.retrouvé mort sur le siège arrière de sa Cadillac au secoué par la maladie, l’alcool et les pilules, et fut rage avancé, parés des magnifiques repères en flo-con. Il l’emporta donc, la joua, la chérit et fantasma photos de Hank Williams Senior dans les années teur country, s’accompagnait à la guitare ; il a d'ail- Williams, comme tout bon chan- jour et nuit sur son pedigree prestigieux. 40. D’autre part, il est permis de se demander leurs toujours été capté par les photographes avecune Martin en main. Un examen attentif des cli- Pendant longtemps,en tournée. La guitare restait sagement à la mai-THIS OLD GUITAR Neil Young n’utilisa pas "Hank" pourquoi Hank Jr., richissime héritier, a bien puavoir besoin de brader une des guitares mythiques chés de l’époque prouve qu’il a utilisé plusieurs ins-truments, le plus souvent des D-28, le son du son, où le chanteur l’utilisait pour composer et de son père pour s’offrir deux pétoires, quand safortune immense lui permettait de se payer tous palissandre procurant la largeur et le volume néces-saires en ces temps de sonorisations souffreteuses. profiter au maximum du son acoustique fabuleux.Il la prêta néanmoins un beau jour à Bob Dylan. les arsenaux de la planète. Rien d’étonnant donc que son fils, né en 1949, et Comme ce dernier ne possédait pas de tour bus, prodigieux, qui a été jouée par Bob Dylan et Neil Bref, cette guitare, magnifique s’il en est, au son qui entama une carrière de chanteur au milieu des Neil Young lui proposa d’utiliser le sien pendant Young, a-t-elle vraiment croisé Hank Williamssenior dans sa vie ? Au risque de décevoir tous les Jr., que son paternel baptisait "Bocephus", profitaannées 60, ait hérité des guitares de son père. Hank quelque temps ; il lui laissa le véhicule avec lafameuse guitare alanguie sur un canapé, comme amateurs de belles histoires et de legs légendaires, également de l’immense fortune de son géniteur et une courtisane :un petit mot précisant que c’était la guitare de Hank. "J’ai laissé la guitare sur le lit avec nous dirons prudemment que tout cela reste àprouver.
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ALAIN MAZAUD
de la Selmer 503 de Django exposée au Musée de la Musique à La Villette. Heureuse initiative si l’on s’en réfère au succèsPour les 25 ans de la création de son atelier (inauguré en septembre 1993), Alain Mazaud a lancé le modèle Strada, copie fidèlePLUS PRÈS DE LA LÉGENDE Modèle Strada recueilli, puisque les commandes ne cessent d’affluer depuis qu’Alain a inclus ce modèle à son catalogue. Max Robin La Strada d’Alain Mazaud ne diffère de la Selmer503 de Django que sur trois points, "concessions"SELMERMACCAFERRI REVISITED mineures accordées par le luthier à la modernité,proposant en réalité une amélioration technique par rapport à la facture initiale : une tige de réglagedouble action pour le manche (à la place des lames d’aluminium utilisées à l’origine) – afin de résisteraux caprices de l’hygrométrie ; une compensation sur le chevalet pour la justesse de la corde de Si(non pratiquée à l’époque) ; et un ajustement des barres diagonales sous la table (positionnées àl’origine pour les modèles grande bouche), afin de mieux soutenir la longévité de cette dernière.Hormis ces trois modifications, la copie d’Alain www.mazaud-luthier.fr
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Mazaud fait l’objet d’une grande rigueur, issue de IMPÉRATIFS CATÉGORIQUES DENSITÉ ET ÉQUILIBRE l’observation et de mesures scrupuleuses glanées Evidemment, ce souci de fidélité et d’optimisation Qu’en est-il en réalité, passé le moment de la dé- au contact de la guitare de Django, qu’il a eue à dans le traitement de la facture s’accompagne d’une couverte de cette guitare de belle facture, dont la trois reprises entre les mains. Par rapport au plan recherche de qualité dans le choix des matériaux cohérence esthétique rend pleinement hommage actuellement en circulation, la Selmer 503 diffère et de l’accastillage. Ainsi de l’épicéa des Alpes de à la tradition initiée par Selmer-Maccaferri? Cons- des répliques courantes au moins par deux éléments la table, sélectionné sur place en Italie – le nom truite dans les règles de l’art, séduisant aussi bien déterminants pour la sonorité de l’instrument (in- du modèle, "Strada", étant lui-même un clin d’œil par l’élégance discrète de son dos (aux lignes croi- tégrés l’un et l’autre par Mazaud) : l’absence de à l’origine italienne de cette lutherie –, bénéficiant sées) que par le maillage de sa table, la belle se dis- cinquième barre transversale (vraisemblablement de 10 à 12 ans de séchage. Ainsi du palissandre tingue par sa légèreté (très bon signe!), alliée à une à la demande de Django, afin de libérer certaines des Indes (multiplis) du dos et des éclisses, judi- exceptionnelle pureté de son. Il suffit de plaquer fréquences graves), ainsi que la cote exacte des bar- cieusement disposé en chevron ; des mécaniques un simple accord de Ré majeur, avec les cordes à rages de la table d’harmonie. Autre caractéristique Miller (à engrenage Schaller), fluides et précises, vide, pour tomber sous le charme. On comprend emblématique respectée par le luthier, le pli de la patinées par oxydation dans un bain d’acide (tout pourquoi Django, évoquant la largeur de la réso- table derrière le chevalet (qui accroît la réverbe comme le cordier Maurice Dupont) ; de la fileterie nance de ce type de guitare, parlait de "piano"… interne de la guitare). A la différence des tables soignée, en palissandre et en érable (double sur la A la fois brillante et profonde, la Strada de Mazaud "arquées" (qu’il propose sur ses autres modèles), table, plus fine sur les éclisses), calquée sur celle frappe par sa densité, sa clarté, son équilibre, dé- l’avantage de la table "pliée" ("posée" ainsi sur la des Selmer. Ainsi de l’ébène de la touche, enfin, ployant de superbes ressources dès qu’on la sollicite. caisse, après avoir été travaillée à cet effet) est de également requis pour le placage de tête et la plaque Si elle "ronronne" volontiers en rythmique, poussée réduire au minimum les contraintes et de libérer du cordier. Ajoutons qu’afin de mettre en valeur dans ses retranchements, elle sait au besoin cracher la sonorité, en dégageant plus de souplesse. Quant toutes ces essences et ne pas brider la vibration, le feu, révélant alors l’amplitude de son tempéra- à l’aspect notablement esthétique, la forme de la Alain a opté pour un vernis gomme-laque au tam- ment. Servi par une ductilité sonore et une capacité rosace, un peu plus "oblongue" qu’à l’accoutumée, pon, "à l’ancienne". Sobriété de la mise et valori- de tenues stupéfiantes, le rendu en accords se montre se révèle ici tout simplement conforme à l’originale sation de la sonorité semblent donc s’imposer ici à lui seul carrément bluffant ! de la 503 ! comme les "impératifs catégoriques" suivis par le luthier, avec la volonté de reproduire le timbre et Avec ce modèle, Alain Mazaud entre dans la le caractère si particuliers de la guitare Selmer, dotée cour des grands, en ménageant un tarif qui, au vu à la fois de graves "venant du fond de la caisse" et des qualités sonores constatées, reste mesuré : 4400 d’aigus très chantants, magnifiés par celui qui a fait euros (guitare livrée en étui rigide). Compliments ! entrer cet instrument dans la légende. www.mazaud-luthier.fr
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American Acoustasonic Series TelecasterFENDER www.fender.com Au fil des décennies, la "Telecoustic" va et vient au sein du catalogue Fender au gré des évolutions et des déclinaisons de cetteétonnante référence, au nom variable selon les éditions. Quoi de neuf pour 2019 ? C’est tout l’objet de cet essai, en long, enUNE TELE AUX PROGRAMMES TRÈS VARIÉS large, en travers et surtout en musique. Jacques Balmat e fut l’une des nouveautés majeures pré- C sentées par Fender lors du dernier Namm Assis ou debout, l’agrément de jeu se révèle extra-
STANDARD
tare" de cette édition 2019. La marque américainesemble fonder de gros espoirs dans ce modèle etShow, et même l’une des attractions "gui- ordinaire.un accès aux aigus totalement ouvert et une ergo- Outre le poids plume, il est plaisant d’avoir espère donner à cette guitare hybride ses lettresde noblesse. La guitare, labellisée "made in USA", nomie de jeu exemplaire en tous points.possède les cotes de celui d’une Tele 2019, avec Le manche est livrée dans une housse deluxe. Tele en main,un premier constat s’impose : la grande légèreté de son galbe moderne "Deep C" très plaisant à pra-tiquer et une largeur standard chez Fender (42,8 l’instrument. L’écran de notre balance affiche enmodeste 2094 grammes ! Cela s’explique par les mm au sillet). Il est réalisé en acajou, ce qui n’estpas la plus courante des caractéristiques en la ma- choix techniques et la fabrication mise en œuvre. tière, et muni d’une touche en ébène aux effetsmarbrés magnifiques. Les six mécaniques à bain creuse et très étroite. La rosace, qui n’est pas uni-quement là pour faire jolie, inscrit le modèle toutCe modèle est en effet doté d’une véritable caisse, d’huile chromées nous la jouent sans risque, as-sociées à un chevalet en ébène équipé de six che- autant dans l’univers de la folk électro que de l’élec-trique, ses lignes rappelant tout autant que sa dé- nomination la création originale de Leo Fender.Cette rosace permet la projection d’une véritable sonorité acoustique. et la richesse du potentiel sonore.On aime : l’incroyable ergonomie de jeuOn regrette : le prix ne la place pas vraiment villes folk standard. Le corps est donc creux etpermet, grâce au concept développé, de pratiquerl’instrument sans branchement, en acceptant une à la portée de tout le monde. sonorité à la puissance modeste, mais qui n’a riende gadget. La table est rapportée, et un barragetransversal sous la forme d’un procédé technique
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Prix : 1999 euros, prix public conseillé Style : hybride acoustique/électro/électrique d’un son électrique, qu’on retrouve à part entière Table : épicéa massif lutz lorsque le sélecteur est tout en bas, position 1. On Fond et éclisses : acajou a alors deux options sonores : celui donnant à jouer Manche : acajou un son Fender Tele assez caractéristique du micro Touche : ébène Largeur au sillet de tête : 42,8 mm chevalet (voicing A) et une sonorité plus étoffée Largeur à la 12ème case : 51 mm en voicing B. Notez que le potentiomètre qui sert Mécaniques : bain d’huile chromées à passer d’une voix à l’autre n’est pas un simple Electronique : préampli Fishman Matrix, micro Fender N4 Noiseless & micro acoustique Z-Axis "gauche/droite", mais possède une trajectoire linéaire Etui/housse : housse Fender deluxe et qu’il permet donc une infinité de nuances tout Version gaucher : non au long de la course entre les points A et B. En Production : États-Unis l’absence de sorties séparées, l’ajout d’une A/B box Site : www.fender.com s’avère indispensable pour qui veut envoyer les deux signaux sur des systèmes d’amplification dif- Lutherie : 9 férents. Le son électro sur un ampli dédié ou direc- Confort de jeu : 10 tement sur une console ; le son électrique sur un Son acoustique : 6 combo pour guitares idoine. Le choix du tirant de Son électro : 9 cordes, mais plus encore du type de cordes (folk ou Son électrique : 8 Rapport qualité/prix : 8 spécial, dénommé "SIRS", accentue les capacités vibratoires de la caisse pour interagir au mieux en usage acoustique et électro sans nuire à l’usage électrique.
GUITARE À DEUX FACES
Une notice "Quick Start Guide" accompagne l’ins- trument ; elle est fournie dans une pochette qui comporte un certificat d’authenticité, un mode d’emploi, les habituelles clés de réglage et un long câble USB de 2,50 mètres tout de même ! Tiens, tiens, qu’est-ce donc ? La lecture du petit ouvrage nous apprend que ce fil sert à recharger la batterie embarquée par le biais du petit connecteur USB intégré à la cuvette du jack femelle. Tiens, tiens, pourquoi donc? L’Acoustasonic Telecaster est équi- pée d’une électronique spécifique, en partie confiée aux bons soins du Fishman Acoustic Engine, dé- veloppé pour l’occasion par les deux sociétés en collaboration. Ce système consiste en plusieurs voies sources. Branchée, cette Fender possède deux fa- cettes distinctes, mais qu’il est possible de mélanger pour accéder à plus de sonorités encore. Utilisée en version folk, l’Acoustasonic présente six sonorités différentes, accessibles par le sélecteur à cinq po- sitions et le potentiomètre du bas, point attribué à la tonalité pour ce modèle. Il sert à basculer d’un voicing à un autre. Les options sonores sont classées par type de caisses (Dreadnought, Auditorium, Small Body) et par type de bois simulés (palissandre, acajou). Fender propose même des distinctions de électrique) devra également faire l’objet d’attention tables, avec choix de l’épicéa (Sitka, Engelman, selon l’usage principal de l’instrument, les attentes Alpin) ! sonores n’étant pas toujours compatibles et conci- liables entre pratiques électro-acoustiques et élec- A/B BOX triques. A l’usage, au-delà des allégations du fabricant, les Tout cela à un prix, et il est élevé. Certes, il demeure différences sont notables, et selon la technique de moins imposant que l’addition d’une bonne folk jeu mise en œuvre, on prend vite l’habitude de pas- électro et d’une électrique itou, mais l’investisse- ser d’un programme à un autre pour conserver un ment n’en reste pas moins de taille. Cette Fender maximum de réalisme musical. La position 4-B American Acoustasonic Series Telecaster est une par exemple, fait merveille dans le jeu aux doigts concurrente majeure et de choix pour la Taylor T5 tandis qu’on se calera avec enthousiasme sur la qui fait la course en tête du genre depuis bientôt position 5-A pour des rythmiques à la fois charnues deux décennies. Un choix de cinq coloris, tous et dynamiques. Les options de la position 3 sont aussi séduisants les uns que les autres, est proposé. propices aux percussions sur la table. En choisissant Voilà une très bonne guitare "à tout faire", de la la position 2B, le son "acoustique" est agrémenté maison à la scène, du studio à la plage.
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MARTIN
TOUT UN PAN DE L’HISTOIRE D-18 E Retro Martin décline désormais la D-18 en plusieurs versions, et il n’est pas toujours aisé de s’yDE LA FOLK DANS LES MAINS perdre. Les prix aident dans un premier temps à opérer une sélection, qui peut s’avérer sévère.Au-delà de l’aspect pécuniaire, ce sont les caractéristiques techniques et physiques qui différen-retrouver dans les appellations. Entre Standard, Vintage, Retro, Authentic… Il y a de quoi s’y cient les modèles proposés labellisés D-18. En revue, la D-18 E Retro 2019. Jacques Balmat www.martinguitar.com
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il y a un monde ! Fort de l’expérience développéepour la création du manche des Performing Artist Series, et plus récemment des Grand Performance, Dénomination D-18 oblige,
TOUTE LA VIE
la maison de Nazareth a repris le concept pour d’une caisse épicéa/acajou bien évidemment. Les le modèle est constitué simplement l’adapter à la D-18. La prise en mainde ce modèle devient beaucoup plus naturelle et bois sont de grande qualité, le traitement brillantest comme il se doit réalisé par un vernis nitro- intuitive, point besoin de chercher ses marques etd’envisager une technique de jeu appropriée. Sur cellulosique.sobriété du modèle, précepte original oblige. Point L’attrait esthétique est celui de la grande cette Retro, le manche se joue selon les habitudesde chacun. on évite ainsi le contresens historique. La guitared’incrustations nacrées, point de filets "herringbone", tout bonnement d’un galbe standard parfaitementdans les canons actuels des marques qui visent un Le galbe est de type "oval léger" ; il s’agit est vue comme un "outil", non comme un support large public, et donc évitent les profils par tropatypiques. "14-Fret", donc une jonction à hauteur de la 14accès aux aigus inoubliables de facilité, il estème case avec la caisse. Sans procurer un tout de même possible de taquiner assez haut latouche. Jouer les extrêmes aigus n’est pas vraiment le propossonore de la D-18. Guitare "à grosse voix", elleBOOM BOOM es passionnés de guitare western le savent adore qu’on lui soumette un discours musical avecforce cordes à vide. Le bluegrass est l’un de sesdomaines de prédilection, c’est inscrit dans son savoureux, une expérience délicieuse. L’éclat deL pertinemment : ouvrir l’étui d’une Martinréférencée D-18 est toujours un moment ADN. Avec des basses énormes et inégalables en l’instrument, le parfum vanillé qui s’en dégage etenfin la question rituelle et sous-jacente : "Alors, matière de "boomy", cette D-18 ne trahit pas sonillustre ancêtre. Aux doigts comme au médiator, la comment va-t-elle sonner celle-là ?" Avec la D-16et la D-28, la D-18 constitue le trio emblématique version 2019 possède la patte sonore qu’on attendde ce modèle. C’est puissant, légèrement "flasque" de la marque américaine et le plus convoité depuisl’avènement de la guitare western. Lors de la pré- dans l’attaque de la corde, avec une brillance mo-dérée et une dynamique générale peu compressée. sentation d’un nouveau modèle, il s’agit alors pourMartin de ne pas décevoir les attentes de ses fans Il manque encore la patine qui fera entrer ce mo-dèle dans la cour des grandes, c’est une histoire les plus exigeants tout en répondant à la demandedes guitaristes modernes. de temps, la maturité ne manquera pas d’habillerla sonorité d’une ampleur plus conséquente encore.Définitivement inscrite dans les usages modernes, cette D-18 E Retro est fort logiquement munie Quoi de neuf pour la version 2019 ? Martin a es-sentiellement redessiné le manche pour en faireMODERNE d’un préampli. Martin a choisi le très discretFishman Aura VT, qui ne trahit ni la lutherie ni la une pièce de jeu totalement conforme aux attentesdes guitaristes d’aujourd’hui afin de présenter un sonorité acoustique naturelle. Le système présenteen effet un joli rendu qui échappe aux médiums profil agréable à aborder et facile à pratiquer.tivement comparé au manche en "V" de l’originale, Effec- trop raides. Il permet d’entendre une sonorité am-plifiée cohérente et réaliste au regard du son origi-nal. On aime : On regrette : le son. le prix. Lutherie : 8 Confort de jeu : 9 Son acoustique : 10rapport qualité/prix : 8 Prix : 3099 euros, prix public conseillé posé, on se contente sans se plaindre de la sobriétéd’expression artistique. Avec le potentiel sonore pro- Style : dreadnought, électrotable : épicéa de sitka massifFond et éclisses : acajou massif – historique et légendaire - du modèle. Avec ce manche : hardwood modèle, la D-18 est enfin à la portée de toutes les touche : ébène mains,en banque. Jouer cette guitare est une expérience à défaut de l’être de celles de tous les comptes Largeur au sillet de tête : 44,4 mm Largeur à la 12mécaniques : grover ouvertes nickeléesème case : 54 mm unique, qui pourra s’avérer inoubliable pour lesguitaristes novices en la matière. Le tarif va tou- Préampli : Fishman aura Vtetui/housse : étui martin tefois écarter d’emblée beaucoup de passionnés debelles folks. C’est le seul inconvénient d’un modèle Version gaucher : ouiProduction : États-UnisSite : www.martinguitar.com à ranger dans la catégorie des "guitares-de-toute-une-vie". Le prix alors est à considérer avec plus d’attention.
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à l’autre extrémité de l’instrument. La tête de la COLE CLARKLady LL2E-BB guitare est magnifique et présente un très beaudesign. Contours chantournés et bords arrondis,têtes de mécanique insérées dans le bois, liserés d’agréments esthétiques et une jonction remarquablede bon goût et d’originalité avec la pièce maîtresse ça… On a testé et on a été surpris !La Little lady propose le son Cole Clark en petit format. enfin, pas aussi petit queCOMME UNE GRANDE Alexi Senart du manche, élaboré dans un érable du Queensland.Bravo ! La touche en Blackwood est munie defines barrettes plates et peu hautes. L’intonation ne manque cependant pas d’à-propos ni de justesse.Avec son dos plutôt plat, sa fine épaisseur et sa lar- geur moyenne, le manche procure des sensationsspécifiques, qu’il a fallu apprivoiser pour décider de réaliser les premiers titres de mon live avec cettepetite Lady. L’autre grande découverte du modèle fut la qualitéremarquable du son électro.DE DÉCOUVERTE EN DÉCOUVERTE sur une console de mixage via un pédalier préam-pli/effets TC Electronic G-Natural, la Cole Clark Raccordée directement Little Lady LL2E-BB a immédiatement conquis Messieurs Cole et Clark ont équipé ce modèle dupréampli à deux voies de la maison. Ce systèmeles musiciens et techniciens présents sur le plateau. est constitué d’un piézo et d’un sensor. L’égalisa-tion à trois bandes est parfaitement ciblée, avec des fréquences de travail aussi efficaces que confortables.La réponse électro est d’une crédibilité totale. La sonorité se révèle riche, pleine et généreuse. D’unmorceau à l’autre, les réglages initiaux, les nuances de jeu permettentd’avoir toujours la bonne dynamique, le bon relief, il n’est pas nécessaire de retoucher n transporteur vient stationner devant le système réagissant magnifiquement aux inten-tions de l’instrumentiste. U notre demeure alors que nous nous ap- surprise à l’ouverture du beau gig-bag : un format vous, Monsieur Senart."prêtions à partir en concert. paraît tout en rondeur et un brin disproportionnée.peu conventionnel, c’est un euphémisme. La guitare à la maison, j’attrape la housse matelassée pour la Pas le temps de la rentrer "Un colis pour Je constate immédiatement que le manche 14 cases Jouer longuement cette guitare en version électroON ADHÈRE ranger dans le fourgon avec le reste du matériel.Quelques heures plus tard, c’est le moment de la hors caisse présente un diapason court, une caisselégèrement rétrécie, avec un chevalet positionné dans le cadre d’un concert, puis d’une séance detravail en mode acoustique pur m’a permis d’ap- balance. Je décide de procéder aux premiers testssonores avec cette fameuse Cole Clark. Première de manière spécifique. L’esthétique est conformeaux pratiques habituelles de la maison australienne:c’est naturel, précier pleinement la qualité générale de la LittleLady LL2E-BB. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est un On aime : que diminué par rapport à la Fat Lady standard, sans fioriture, un peu brut même! Bien "grand" modèle, dans tous les sens du terme. Le On regrette : le son électro, époustouflant ! le format "Little" est tout relatif et l’appellationdoit être considérée au regard de l’originale, cette et la qualité reste. Si votre budget vous le permet, prix pourra faire tousser, mais il s’oublie rapidement le look. guitare est nettement plus cossue qu’une baby ne vous laissez pas influencer par son look passa- par exemple. La prise en mains s’en ressent très fa- Taylor blement perturbant, courez l’essayer, vos oreilles Lutherie : 8 Confort de jeu : 8Son acoustique : 8 vorablement, sans aucun inconfort. vous remercieront. Son électro : 10rapport qualité/prix : 9 La table massive en bunya présente des cernes très
BELLE TÊTE
Prix : 2149 euros, prix public conseilléStyle : dérivé dreadnought, électro-acoustique larges. Un simple filet de caisse ainsi qu’une rosaceassortie à doubles filets viennent agrémenter l’ou- table : bunya d’australie massifFond et éclisses : Blackwood d’australie massifmanche : érable du Queensland vrage, la sobriété est poussée à son paroxysme. Lefond, en trois parties, est réalisé dans une essence touche : blackwoodLargeur au sillet de tête : 44,3 mm massive de blackwood. La fabrication est entière-ment constituée de bois locaux et protégés d’untraitement satiné ultra fin par application d’un vernis boutons Largeur à la 12mécaniques : bain d’huile grover dorées à minième case : 53 mm nitrocellulosique. çonné dans une pièce de Blackbean embarque le Très ergonomique, le chevalet fa- traditionnel système à chevilles et un sillet Graph Préampli : Cole Clark System 2 etui/housse : housse matelassée Cole Clark DeluxeVersion gaucher : nonProduction : australieSite : www.coleclarkguitars.com tech en Tusq.à petits boutons qui assurent le maintien et l’accord Ce sont des mécaniques dorées Grover
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YAMAHAA3RBL
La nouvelle a3 est proposée dans une superbe finition noir brillant. Du chic et duchoc, avec un pickguard blanc qui vient nous rappeler la Black CJ, une jumbo remar-SUPER PRO des collectionneurs. Une revue de détail de la a3r BL ? C’est ici !quable proposée par la marque japonaise il y a quelques décennies et qui fait le bonheur Jacques Balmat a taille de caisse est apparentée dread- les situations avec beaucoup de classe. D’un délicat dard. La guitare ne pourra donc pas trouver saL nought, mais les hanches sont néanmoinsplus larges qu’un format dreadnought stan- arpège en accordage ouvert avec moult cordes àvide à un jeu rythmique saccadé rempli d’accords place dans un étui conventionnel, mais pas de pa-nique, Yamaha livre la guitare dans un étui semi- en barré, la guitare assure son rôle sans présenterde déficience. L’effet "rebond" des registres graves rigide aussi protecteur qu’agréable à transporter. et bas médiums procure beaucoup de soutien auxautres notes, souvent à la limite du trop, mais sansfranchir le Rubicon. On apprend bien vite à user La fabrication de cette édition limitée est réaliséeautour des fondamentaux de la série A3. NousEN NOIR ET BLANC de cet effet, notamment lors du jeu avec "bassesdétachées", c’est redoutablement efficace. Les avons ici un modèle "tout massif ", conjugué surle duo épicéa/palissandre, association royale s’il harmonies de chaque note sont bien définies etperceptibles, ce qui est plutôt rare pour une guitare en est pour la qualité des prestations sonores. Leslignes de la caisse sont magnifiquement mises en de ce prix. Ça mérite d’être souligné. valeur par le surlignage de la table noir brillantpar les filets de caisse et le contre-filet en acajou, surligné d’un trait fin argenté. Le dos de caisses’avère plus sobre, mais néanmoins très séduisant barrés les plus compliqués, y compris le légendaireet haïssable Si bémol en case 1, ne feront pas par la qualité du travail effectué. La rosace possède,elle aussi, un véritable charme. perdre le sourire aux guitaristes parfois malhabileset anxieux. Sous l’effet du généreux pan coupé et magnifiquement réalisé, mais aussi très cohérentavec les autres prestations proposées par ce modèle. Tout cela est beau, du talon ergonomique, les 21 cases sont peu ouprou toutes exploitables. La surface de la touche Finalement, seule la plaque de protection blanchepourra susciter quelques remarques moins favo- s’apparente à une patinoire dont la glace auraitbénéficié d’un surfaçage parfait. Entre la qualité rables, son hétérogénéité n’en fait pas l’élément leplus consensuel du tableau. de l’ébène sélectionné et des barrettes utilisées, cen’est que douceur et vélocité. Luxueuse et originale,attirante et séduisante, l’AR3R BL (en édition limitée) fait honneur à la marque. Yamaha réussit La caisse produit une sonorité majestueuse. C’estpuissant mais pas brouillon, dynamique mais pasEXEMPLAIRE à proposer une guitare charmeuse tout autant surle plan esthétique que sur le plan sonore. Le prix, agressif, présent mais pas criard. La guitare estencore bien jeune pour proposer un son "posé" Ce modèle est équipé de l’un des tout derniersBIEN SOURCÉ lui, est cohérent et plutôt intéressant au vu de lasomme des qualités de cette guitare. et à l’expressivité marquée, mais le potentiel estimpressionnant, surtout au regard du prix reven- systèmes électro en date créés par la maison ja-ponaise. Il consiste en effet deux capteurs, un On aime : diqué par Yamaha. L’A3R BL se sort de toutes piézo et deux pastilles, pour mélanger les deuxsources selon les souhaits du guitariste, la premièrevoix apportant la précision ; la seconde, la chaleur On regrette :à l’utilisateur la pose ou non du pickguard. c’est une réussite totale, bravo ! il conviendrait de laisser générale et l’assise des basses et des bas médiums.On se perd un peu au début avec deux des boutons, ces commandes présentant une seconde fonctionen appuyant sur la molette faisant office de bouton Lutherie : 10 Confort de jeu : 9Son acoustique : 9rapport qualité/prix : 10 de potentiomètre. Ces commandes annexes con-cernent d’une part le choix du micro parmi deux options (ruban ou condensateur) et l’activation del’AFR, un anti-feedback astucieux et très efficace. A ce sujet, Yamaha a la riche idée de fournir un Prix : 1218 euros, prix public conseillé bouchon de rosace avec la guitare ! Style : Yamaha Western, pan coupé, électro table : épicéa massif torréfié Fond et éclisses : palissandre massifmanche : acajoutouche : palissandre On en oublierait de se poser des questions auÇA PATINE Largeur au sillet de tête : 43 mm sujet du manche… Ce dernier présente un galbe Largeur à la 12mécaniques : bain d’huile très moderne (Taylor est passé par là il y a trente Préampli : Yamaha System 71ème case : 53,2 mm ans !), qui rend la pratique souple et agréable. Les etui/housse : étui semi-rigide Version gaucher : nonProduction : ChineSite : https://fr.yamaha.com/fr
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www.prodipeguitars.com
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PRODIPESoloist 900 après avoir intégré les guitares Jm Forest dans son catalogue et poursuivi leur pro-duction sous l’appellation Prodipe guitars, la maison française développe désormaisEPOUSTOUFLANTE ! des modèles 100% originaux. Des instruments conçus en France et en espagne avecdes maîtres luthiers réputés, mais également en collaboration avec des guitaristes reconnus sur la scène internationale, puis fabriqués en asie afin de permettre à toutun chacun de faire sienne une guitare "qui-fait-plus-que-son-prix". C’est Pierre Lelièvre qui a apporté sa contribution à la création de cette guitare "tout massif", une premièrepour la marque française ! Jean-Marie Raynaud armi le vaste choix de guitares classiques de l’acajou, mais aux spécificités qui associent cer- Rappelons qu’une fabrication massive désigne leP proposé par Prodipe, il y avait néanmoinsun manque : une guitare 100% massive. taines des caractéristiques de l’acajou original etdu palissandre. Le résultat sonore ne manque pas type de matériaux employés. Un bois massif estconstitué d’une seule et même essence d’épaisseur de charme. Les guitaristes ayant pratiqué une folkcèdre/acajou ou cèdre/palissandre connaissent le variable selon l’usage qui en est fait. A défaut de moelleux et la chaleur du son produit. La Soloist900 produit cette fameuse voix, avec des basses aux fameux contreplaqués). En association avec leconcertiste Pierre Lelièvre,massif, il s’agit de bois lamellés ou multiplis (pensez soutenues et légèrement diffuses, et des aigus ve-loutés. L’attaque n’est pas brillante et est dépourvue et créé une guitare haut de gamme, ou apparentée,mettant en œuvre des matériaux nobles. Prodipe a donc imaginé de l’éclat engendré par l’épicéa. Ici, nous sommesen présence d’une voix suave, mais non dénuée deprécision. Réalisée en Chine, la fabrication de cette guitaremet en œuvre les habituelles pratiques du genre,INTERNATIONALE dans un esprit "lutherie espagnole". Epaisseur dela table, barrages, jonction du manche, ce sont les usages ibériques qui prévalent ici. Les accessoiressont de qualité, avec des mécaniques de beau stan- ding, sûres et efficaces. Le vernis brillant inscrit lemodèle dans la tradition. Le fini est suffisamment Prodipe propose un modèle excellent, qui rivaliseavec des concurrentes espagnoles ou asiatiques épais pour protéger les bois et fin pour assurer unphénomène vibratoire optimal. aux tarifs nettement plus inamicaux pour les comptesen banque. Le millier d’euros nécessaire pour jouerla Soloist 900 n’est pas un budget à la portée de tous, mais il est néanmoins parfaitement justifié. Le cœur balance bien souvent entre épicéa ou cèdrepour constituer la table d’une guitare classique,CHARMEUSE En somme, voilà une guitare promise à un très belavenir. chacun des bois favorisant certaines spécificitéssonores. Le cèdre possède en outre la réputation de proposer très rapidement un bel agrément sonore,tandis que l’épicéa a besoin de plus de temps pour Au-delà du répertoire classique conventionnel, laUN ORCHESTRE SOUS LES DOIGTS On aime : On regrette :gamme de prix. un modèle époustouflant dans cette exprimer au mieux le discours musical du musicien. Soloist 900 incite aux escapades dans les registres et celle d’une version électro/pan coupé. l’absence d’une housse ou d’un étui, Prodipe a tranché en faveur du cèdre, et plus pré-cisément d’une essence canadienne, sélectionnée, modernes comme la bossa, la world music et lesdérivés au sein desquels la guitare à cordes nylon excusez du peu, chez la maison espagnole Maderas jouit d’une place au soleil. Dans le domaine de la Barber. Elle est appairée à de l’ovangkol, cousin chanson, c’est une accompagnatrice très efficacequi sait poser de manière orchestrale les fondamen- Lutherie : 10Confort de jeu : 9Son acoustique : 10rapport qualité/prix : 10 tales des accords et les harmonies. Avec le temps,les matériaux vont s’ouvrir et vieillir pour offrir plus de maturité sonore encore. Le manche est repré-sentatif du monde de l’instrument classique, il en possède la largeur moyenne, l’épaisseur et le profil. Prix : 1099 euros, prix public conseillé Ces canons ont toutefois été travaillés dans un souci Style : classique de confort de jeu. Certes, il faudra quelques séances table : cèdre massif du Canada aux guitaristes novices en la matière pour s’appro- Fond et éclisses : ovangkolmanche : cedro d’espagnetouche : ébène prier pleinement la pièce de bois, mais c’est un Largeur au sillet de tête : 52 mm Largeur à la 12 moindre mal. Les guitaristes habitués à pratiquer mécaniques : classique de luxe doréesème ce type de guitares seront en revanche à la fête. Préampli : non case : 62,6 mm Pour un peu plus de 1000 euros, la marque française etui/housse : non Version gaucher : nonProduction : ChineSite : www.prodipeguitars.com
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BANC D’ESSAI
CORTGold P 6B NAT C’est désormais une série complète de guitaresCort qui prend forme sous l’appellation Gold.UN BEAU PARLOR Une plateforme commune, liée aux matériauxutilisés, établit la base de chaque modèle qui Prix : 775 euros, prix public conseillé étoffe au fil des ans une gamme aujourd’huitrès complète. Le Parlor P6B est le dernier né Style : parlorTable : épicéa de sitka massif torréfié de cette famille en or. Jacques Balmat Fond et éclisses : acajou massifManche : acajou Touche : ébène Macassar Largeur au sillet de tête : 44,5 mm D’inspiration traditionnelle sinon rétro, ce Parlor12 CASES Largeur à la 12 Mécaniques : type Waverly rétro ouvertes doréesPréampli : non ème case : 54,5 mm propose néanmoins à jouer un manche modernequi n’a plus rien à voir avec la pièce qu’on a en Etui/housse : housse deluxeVersion gaucher : non mains lorsqu’on joue un parlor d’antan, ou sa copieconforme. Ici, pas de profil surdimensionné en V, Production : ChineSite : www.cortguitars.com mais une surface travaillée "deluxe" pour offrir untrès agréable agrément de jeu. Plutôt arrondi au au moment de la projection sonore, procurant une niveau de sillet, le dos du manche va en présentantun aplat et un léger "C", tout autant propice à une dynamique exemplaire, et le fameux pincementsonore, notamment dans le registre médium, qui technique apparentée guitare classique qu’à une ap-proche nettement moins académique, donne tout son caractère au format parlor.basses profondes, ses médiums puissants et doux, Avec ses sur la tranche. De type 12 cases, le P6B ne permetpas d’aller très haut dans l’aigu, on se heurte bien avec le pouce et ses aigus chantants, le parlor Gold a tout dufidèle compagnon. vite à la caisse. Les frettes hautes et rondes pro- instrument de ce type est moins marquée que sur La typicité sonore attendue d’un duisent une bonne intonation. Afin d’assurer unetrès bonne stabilité, Cort a inséré deux renforts en d’autres modèles, cela en fait une guitare plus fa-cilement utilisable dans tous les styles. Il est dom- noyer dans l’acajou avant collage de l’ébène Macas-sar qui forme la touche. En complément du truss- mage que ce parlor très performant ne soit paséquipé d’origine pour une utilisation branchée. Il rod, voilà un gage de confiance. est à parier que le modèle saurait briller égalementdans ce domaine. On ne peut alors que conseiller Ce parlor est plaisant à jouer et à entendre. Il dé-UN AIR PINCÉ l’ajout d’un système optionnel, pour transformerce Gold en bête de scène. Belle fabrication, belle gage une sonorité puissante et chaleureuse. Leformat de caisse produit une très légère compression sonorité, pour un modèle dont le prix, situé dansle segment milieu de gamme, en fait une offre in-téressante et fort équilibrée. Parlor est né de l’association du duo acajou’est fort logiquement que ce séduisant L’épicéa a subi préalablement à sa mise en œuvreun traitement en four spécial pour une torréfactionC et épicéa, sous forme d’essences massives. visant à stabiliser le bois en accélérant le processusnaturel. Cela engendre une teinte légèrement cui- vrée ou marron selon les cas, fort agréable pour lavue. La finition brillante assure un fini impeccable et un aspect luxueux à la caisse, joliment mise enbeauté par la rosace en abalone, tandis que le manche reçoit un fini satiné. Le chevalet est un sillet en os et de chevilles en ébène, tout cela estbien troussé.petit rectangle aux bords pyramidaux, munis d’un sonore, et encore…On aime : la grande qualité générale.On regrette : un petit manque de personnalité Lutherie : 9 Confort de jeu : 8Son acoustique : 9Rapport qualité/prix : 8
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TANGLEWOODUnion TWU DCE Tanglewood parvient à réunir au sein d’une même guitare l’art et la manière de créer desL’UNION FAIT LA FORCE à débourser possède quelque chose de réjouissant quand on la découvre en même temps que lacomme le pire. L’Union DCE n’est pas une guitare à "quatre chiffres sur l’étiquette", et la somme modèles sympathiques dans des catégories de prix très bas, où se côtoient tout autant le meilleur guitare. Jacques Balmat sant,voire douçâtre. Les harmonies ne sonnent de ma- avec un grain médium/aigu plutôt chaleureux, nière exemplaire, mais le discours musical proposén’en demeure pas moins séduisant. Pratiquée avec plus de douceur par le biais du jeu aux doigts, cetteTanglewood conforte notre opinion quant à son efficacité sonore : sans être douée d’une extrêmeprécision, du son se révèle très bonne, la tenue des notes ap-par le velouté de sa voix. En arpèges, l’homogénéité elle parvient à charmer son instrumentiste préciable. Equipé d’un préampli, ce modèle permet d’étendrePLUS FORT Profil fin, semi-arrondi à hauteur de sillet pours’aplatir, le dos de la pièce en acajou propose unC’EST BIEN FAIT POUR ELLE son usage aux situations branchées. Le préampliTW-EX4 signé Tanglewood intègre une égalisa- profil fort avenant et consensuel, qui conviendraaux guitaristes aguerris comme aux pratiquants tion à trois bandes secondées d’un contrôle de pré-sence. En tâtonnant un peu, on finit par adopter novices. Assurément, les instrumentistes issus dela guitare électrique se sentiront comme à la mai- une courbe caractéristique légèrement en "V" fa-vorisant un son électro piézo point trop droit et son, tandis que les pratiquants acoustiques devronts’habituer à l’espace nettement plus restreint ; on claquant. L’accordeur embarqué est précis, rapide,et son afficheur fort agréable. Le petit bouton de ne passe pas d’un loft à un studio sans consentir àune période d’adaptation ! Grâce au pan coupé, la mise en service n’est pas placé au meilleur endroit,on a tendance à l’activer par inadvertance… A 249euros, c’est en jouant "pouce au-dessus" qu’il sera possiblecase 18 pourra être ciblée sans contorsion. Ensuite, d’aucune réserve. C’est un juste prix pour une gui- Tanglewood présente une offre qui ne souffre d’aller taquiner les dernières notes.ultra fine donne la sensation de jouer un bois brut, La finition mate tare de bonne qualité à la personnalité sonoreagréable et séduisante. Le préampli est un atout s’impose : la taille dreadnought ne trompeace à ce modèle, un premier constat de base poncé et poli, mais totalement "nu". Les petitesbarrettes rondes produisent l’intonation demandée indéniable,face à ses concurrentes directes. qui lui permet de gagner quelques points trument, et mieux vaut ne pas être de taille tropmenue pour éviter que le bras droit ne soit à la peine.F pas, la position de jeu est imposée par l’ins- sans marquer le bout des doigts ni les bordures de L’inconfort potentiel ne sera toutefois pas insur-montable, la qualité de jeu proposé par le manche la main gauche,cette gamme de prix, en ce qui concerne l’extrémitéde barrettes. Conforme aux normes actuelles, y grâce à une finition exemplaire pour esthétiques.On aime : la jolie et douce personnalité sonore.On regrette : quelques petites imperfections permettant de compenser côté gauche ce qui pourraêtre déficient sur le bord droit. compris dans les petits prix, la tête accueille desmécaniques bain d’huile, et les chevilles à l’autre extrémité confirment à l’inverse que nous sommesbien dans un tarif très bas Lutherie : 7 Confort de jeu : 9Son acoustique : 8Son électro : 8Rapport qualité/prix : 8 L’Union DCE est un modèle de type "tout acajou".Essence massive pour la table, lamellé pour lesDU VELOUTÉ Prix : 249 euros, prix public conseillé Style : dreadnought, pan coupé, électro éclisses et le fond, la fabrication est précise, maisprésente ici et là quelques menues imperfections Table : acajou massifFond et éclisses : acajouManche : acajou de finitions, imperfections excusées par le prix, qui Touche : Eboncore incite en effet à une certaine clémence. Une clé-mence confortée par l’agrément sonore proposé par Largeur au sillet de tête : 43 mmLargeur à la 12Mécaniques : bain d’huile chroméesPréampli : Tanglewood TW-EX4ème case : 53 mm la guitare. Sa sonorité est en effet assez douce, avecune projection modérément puissante, Le strumming s’avère bien supporté par l’Union. mais diffuse. Etui/housse : non Le rendu des accords plaqués est efficace et sédui- Version gaucher : nonProduction : ChineSite : www.tanglewoodguitars.co.uk
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BANC D’ESSAI
ORTEGAPrisme RUPR-TQB Heureux présage, voilà un charmant instrument arrivé entre nos mains le jour du printemps !PULQUE, MEZCAL, TEQUILA… Y ORTEGA ! soleil permanent. Ce petit instrument présente tous les gages d’un partenaire très avenant pourSous l’effet de la finition "Tequila Burst Fade", son esthétique donne l’illusion d’un coucher deaccompagner fidèlement son instrumentiste au gré des soirées "calientes". Alexis Senart Concert, ou plus encore, Soprano. Avec ce Ténor,tout paraît si tranquille, homogène et aisé ! Les bien au contraire. Ce ukulélé délivre une sonorité doigts trouvent immédiatement leur place sansaller squatter, faute d’espace habitable suffisant, très dynamique, brillante et homogène. Il s’avèreredoutable en rythmiques, c’est un régal ! Les ras- les cordes voisines. Les barrés relèvent de la mêmeergonomie. Voilà donc un modèle exemplaire guedos et autres motifs rythmiques complexes dela main droite sont particulièrement bien appréciés en terme de pratique technique. Exemplarité en-core au sujet de la justesse. Instrument ô combien par ce modèle. En mélodies comme en arpèges,la puissance porte fort bien, et plutôt loin. Enfin, sensible à toute approximation de fabrication, ceukulélé ne souffre pas d’une quelconque imprécision autre qualité et non des moindres, l’ensemble de latouche est exploitable, de la première à la dernière de son intonation, ce ténor possède un vrai talenten la matière. Outre son diapason parfaitement case ; ce uké produit une vraie note, on échappeaux "clangs",servis en proximité de rosace par nombre de mo- "clings" ou autres "clongs" généralement défini et son tempérament satisfaisant, il est équipéd’excellentes mécaniques, très belles en plus d’être dèles concurrents. très efficaces et stables. Que de belles lettres denoblesse, me direz-vous ! Juste sous la barre des 200 euros, le Prisme ténorON TRINQUE ! De l’érable flammé pour la caisse et de l’érable com-Le Prisme est entièrement constitué d’érable. d’Ortega est une vraie réussite de la maison alle-mande. Il se joue avec beaucoup de facilité, propose mun pour le manche, dont la touche, égalementen érable, est rapportée. Tout cela est très joli et une sonorité très pertinente et est très juste…Soient les trois caractéristiques essentielles d’unukulélé digne d’être rangé dans la catégorie "Vrais instruments", non dans celle des "Souvenirs de l’usage confortablement vautré sur le ca-aillé pour la route tout autant que pour magnifié par la finition "Tequila Burst Fade" (àla vôtre). Un petit regret cependant : à ce prix, vacances de Tata Rita", voire celle estampillée Tdans une housse matelassée de très bonne qualité.napé du salon, ce ukulélé Ortega est vendu une table massive aurait été appréciée, valorisanttrès sensiblement la lutherie, et au final, l’argument "Jouets" (on en reçoit de temps en temps, ne riezpas !). La housse fait alors figure de bonus tant lereste nous a convaincus depuis un moment. un diapason de 29 cm, une largeur au sillet de 35,8C’est un modèle ténor, 18 cases dont 14 hors caisses, sonore. Ce dernier n’est toutefois point déplaisant, mm. Au-delà des chiffres, autant dire que sonmanche se pratique avec beaucoup de facilité et de plaisir, et qu’il n’est de commune mesure dansl’agrément de jeu, avec la pratique d’un format version électro.On aime : la facilité de jeu et la dynamique sonore.On regrette : le prix un peu élevé l’abscence d’une Lutherie : 8 Confort de jeu : 9Son acoustique : 9Rapport qualité/prix : 8 Prix : 199,90 euros, prix public conseillé Style : ténorTable : érable flamméFond et éclisses : érable flammé Manche : érableTouche : érableLargeur au sillet de tête : 35,8 mm Mécaniques : ouvertes deluxe doréesPréampli : non Etui/housse : housse deluxe www.lazonedumusicien.comVersion gaucher : nonProduction : ChineSites : www.ortegaguitars.com
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Photos non contractuelles
UN PACK
ACOUSTIQUE
EASTONE / X-TONE
d’une valeur de 520 €TTC
COMPRENANT
• Une guitare Eastone
DR260-NAT
• Une housse X-Tone Deluxe Leather Dreadnought • Une sangle X-Tone XG 3154 Plus • Un stand Hercules • Un Accordeur X-Tone
EASTONE
DR260 NATURAL
# Guitare Folk # Style Dreadnought # Table Epicéa massif # Cordes acier/bronze # Fabriquée en Chine Pour participer, rendez-vous sur : http://acousticmag.fr/ acousticmag/giveaway.html Clôture du jeu le 15 juin 2019. Concours par tirage au sort. Règlement sur simple demande.
BANC D’ESSAI
HUGHES www.hughes-and-kettner.com & KETTNEREra 2 de la scène au studio pour évaluer la pertinence de ce combo, ses qualités et ses éventuels défauts.Il y a dix-huit mois, nous avions testé le modèle Era 1. Apparu quelques mois plus tard, ce fut au tour du Era 2 de nous accompagnerUN DES MUSTS DU GENRE Jacques Balmat akamine électro/nylon, folk 12 cordes de tout ! L’ergonomie a été bien pensée et fait lade l’Era original. précédemment avec l’Era 1 fut donc de sortie pourT Taylor et Maton Keith Urban…écurie de guitares identiques à celle utilisée Une même part belle à une vraie logique d’implantation quiPlus de watts, plus de canaux, plus Les deux sections essentielles intègrent un panelRESPECT mettre en activité cet ampli, appareil cossu, mais va s’avérer très efficace et pratique sur scène. C’est trées sont doubles et permettent de brancher XLRcomplet de contrôles et de fonctionnalités. Les en- un avantage indéniable. Un peu plus de 14 kilos,point encombrant ni difficile à transporter, cela est un ampli "4 canaux". Certes, cette caractéristiquemajeure ne se discute pas, mais il apparaît clairement ou jack. Une alimentation fantôme peut venir ali-menter un micro. Canaux 1 et 2 disposent de la pour un gabarit façon "gros parallélépipède". CetEra 2 est une version "poussée", et même très poussée, que le combo possède deux tranches principales etmajeures, doublées de deux autres sections moinsrichement dotées. même gamme de contrôles, séparés et totalementindépendants, atouts évidents de cet ampli. Lesentrées sont équipées d’un adaptateur de niveau,
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EXIGENCE
L’Era 2 est livré dans une housse matelassée pro- tectrice. Un véritable gig-bag, a minima proposé en option, serait un atout non négligeable pour faciliter les déplacements… Un footswitch est en revanche proposé en option (H&K FS-2) et des- tiné à enclencher un "Mute" pour couper tout si- gnal en sortie et également à activer le processeur d’effets interne. Le prix est élevé, l’Era 2 est même à ranger dans la catégorie des amplis électro les plus onéreux du marché. C’est la catégorie haut de gamme, pour tout guitariste avide de perfection sonore. Ce combo Hughes & Kettner conjugue cette qualité sur le mode de l’efficacité, de poly- valence et de la puissance. Si vous avez une très bonne guitare électro à amplifier, autant choisir un ampli qui servira au mieux la qualité de l’instru- ment. L’Era 2 répondra parfaitement à cette exi- gence. Prix : 1473 euros, prix public conseillé Puissance : 400 watts HP : 2x8’’, tweeter dôme 1’’ Canaux : 4 Contrôles : EQ 3 bandes, DPS effets … en complément de la commande de gain. Il est Canal Auxiliaire, jack standard pour la 4ème section, Effets : DPS 16 programmes Boucle d’effets : oui ainsi possible d’affiner avec beaucoup de précision qui peut aussi faire office de boucle d’effets grâce Dimensions : 35x47,5x 29 cm le niveau d’entrée afin d’obtenir beaucoup de dy- à la sortie idoine qui équipe ce 4ème canal. Un seul Poids : 14,5 kg namique tout en conservant un grain très naturel. contrôle, pour le volume, est attaché à ces deux Footswitch : 2 fonctions, non fourni Un "Shape" et un "Mute" parachèvent cette entrée sections. Sorties DI, Line, casque, accordeur, sortie Divers : livré avec housse de protection, fabriqué en Allemagne en la matière. On arrive alors ensuite aux égalisa- optique, ça foisonne du côté de la connectique de Site : www.hughes-and-kettner.com tions : trois bandes remarquablement définies au sortie, c’est royal au bar ! niveau de fréquences ciblées et accompagnées en sus d’une fonction "Mode" afin d’optimiser le trai- tement selon le type de cordes, nylon ou acier, de la guitare raccordée. Cela fonctionne aussi avec un micro voix et toute autre source sonore. Posé au sol, incliné à l’aide du pied fourni, ou bien encore placé sur un stand, l’Era 2 permet plusieurs types de positionnement. Nous avons testé les trois pos- sibilités, avec une préférence pour l’installation sur stand en raison de la remarquable projection sonore pour l’auditoire. Nous en sommes venus à regretter de ne pas avoir un second élément pour tester le système en stéréo, à la manière d’une so- norisation avec une paire d’enceintes ultra-portable. La puissance est généreuse et nécessite un bon positionnement du duo guitariste/ampli pour pou- voir être pleinement exploitée sans effet larsen.
EFFETS ET PLUS
Un processeur d’effets numériques, indépendants pour chacun des deux canaux principaux, propose seize programmes de traitements parmi un choix judicieux de réverbes, delays et modulations. Certains présentent des effets unitaires, d’autres une combinaison. Pour chaque programme, le pa- ramètre le plus "important" est modifiable pour ajuster au mieux le traitement, notamment en terme de temps de délais, de vitesse de modulation et de profondeur de réverbe. Les canaux 3 et 4 sont plus modestement dotés, c’est le moins qu’on puisse dire. Leur équipement se limite en effet à leur entrée respective, mini jack pour la tranche "3" labélisée
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GLOBETROTTER
THIBAULT
CAUVIN
Cities guide Texte : Ben /Photos : Franck Loriou - Archives personnelles de Thibault Cauvin
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de chiffres ? Ceux, hallucinants, quihibault Cauvin serait-il un homme tine… Ce sont des artistes de la vie, des hommes de "Le Magic Tour s’inscrivait dans une quête de records (36 prix obtenus dans des concoursT pourraient figurer au Guinness des panache" internationaux avant l’âge de vingt ans, palma- dans ce qu’il surnomme sa À l’âge de vingt ans, Thibault Cauvin se lance, évoque-t-il, des étoiles dans les yeux. communion avec le public, l’envie de créer un plus de mille concerts dans 120 pays, traversant de "tournée sans fin", soit spectacle exceptionnel, plus large qu’un simplerécital. Rien qu’en pénétrant ces lieux chargés rès inégalé aujourd’hui) ; ceux des milliers dekilomètres parcourus au fil de ses nombreuses long en large ce globe trop minuscule pour lui, de d’histoire, le spectateur se trouve de facto dans le tournées autour du monde, qui donneraient la Chine au Mozambique, du Carnegie Hall aux domaine du rêve. Certaines dates ont été de vrais des sueurs froides à n’importe quel douanier stades africains. Une tournée ? Non, un marathon défis, il a fallu jongler avec les problèmes acous- tatillon. La preuve avec son gig-bag entière- qui prouve, si besoin était, que le concertiste n’a tiques, les autorisations, mais toute mon équipe ment recouvert des tampons des quatre coins rien de classique et ne manque pas de coffre. Les s’est prise au jeu. Un exemple : pour le concert à du monde, pire qu’un album Panini. Les chif- voyages forment la jeunesse dit-on,véritablement la sienne durant ces périples musi- Cauvin découvre la Banque de France, il fallait préalablementenregistrer chaque spectateur pour que les auto- fres, les record et les additions, ThibaultCauvin s’en moque comme de son premier caux, lui qui a passé son enfance à travailler l’ins- rités puissent mener des recherches, conformément coupon de vol, lui vole de concours en concert trumentbeaucoup, j’ai bu mon premier verre d’alcool à l’âge "à la manière d’un sportif. Je ne sortais pas aux protocoles de sécurité. Compliqué… Lors duconcert à la Tour Eiffel, j’ai été confronté à des sans se retourner sur ses statistiques Wiki-pédia. de 26 ans ! Du coup, j’ai fait ma crise d’adolescencelors de ces tournées au bout du monde", s’amuse-t-il, problèmes techniques, car la tour comporte à sonsomment une antenne surpuissante. Du coup, monmicro HF ne captait rien" aujourd’hui, comme quand il évoque les cou-pures d’électricité durant son récital dans la, rigole-t-il encore palmeraie de Marrakech. © Rocher Palmer reusement quand il évoque sa passiontive"Point de break. Ses yeux pétillent dange- du surf, qu’il pratique depuis son enfance "addic- "Nous autres, guitaristes classiques, sommes le fruit de l’ouverture, de l’universalité, de la transversalité." bordelaise. En tournée, il s’arrange toujourspour se libérer quelques heures pour filer taquiner les vagues de Bali, de la Californie,du Maroc - l’un de ses spots préférés -, du Brésil, du Sri Lanka ou de Tahiti. Un hommede tubes, qu’il soit sur la ou les planches. Si aujourd’hui, le concertiste empile les milesà la vitesse de ses trémolos, adolescent, il cou- en évoquant une période où les nuits étaient courtes, porte quel tour opérateur et quelques suéesSon Instagram donnerait le tournis à n’im- rait les concours dans le break Volvo rouge deson père, allergique à l’avion. parfois blanches, et les lendemains cotonneux. Pas versé l’Europe, de Londres à Lisbonne, dans cette "Nous avons tra- de programme d’entraînement spécifique pour tenirla distance à la manière d’un Johnny Hallyday ni froides à son tourneur (Mad Minute Music).Notamment lorsque Thibault fut invité à jouer voiture. C’était une sorte de char de musique de règles d’hygiène particulières, l’artiste s’en remet à Port Harcourt, au Nigéria, une région répu- (rire)je travaillais la guitare, en utilisant le cash du : mon père conduisait et moi, à l’arrière, aux micro-siestes et rejoint les bras de Morphée tée pour ses enlèvements. me chercher à l’aéroport puis m’ont escorté danslaires avec bérets noirs et mitraillettes sont venus "Des soldats patibu- dans n’importe quelle situation, dans l’avion comme frein à main comme repose-pied. J’ai adoré cetteépoque, ce contexte à la fois naïf et ludique. On a dans le taxi. Quand on vit ses rêves, on dort dusommeil du juste. trois 4x4 noirs jusqu’au lieu du concert ; ce n’étaitguère rassurant… J’ai un côté petit garçon qui eu notre lot de pannes, de problèmes mécaniques,de galères, comme le fait de ne pas savoir où nous Cauvin, ne voit pas le danger, donc ça s’est bien passé. Etsurtout, je revendique le fait de jouer des notes allions dormir en débarquant le soir dans des petitesvilles…" Dans la carrière d’un musicien, certaines datesle cauchemar des tourneurs ? pour tous ceux qui veulent bien les entendre." rock’n’roll, mais à deux et le long de circuit Premières tournées façon tour-bus font date. Durant cette "tournée sans fin", l’icono- Jusqu’ici, le musicien n’a refusé qu’un seul classique. claste Cauvin met sur pied son "Magic Tour", unesérie de concerts donnés dans des lieux symbo- concert, en Corée du Nord :craignais une forme de récupération politique et "J’ai hésité, car je vin :Le voyage est inscrit dans l’ADN des Cau- liques et insolites : la Tour Eiffel, la Cité Interdite le fait de cautionner une dictature. Si j’avais eu sion pour le pilotage de petits coucous. A l’âge "Mon grand-père, garagiste, avait une pas- de Pékin, les ruines de Quito en Equateur, l'Acro- la certitude de jouer pour le peuple, j’y serais allé, de six ans, je le voyais décoller en avion à la con- polium de Carthage, le Palais de la Paix à La Haye,la Galerie Dorée de la Banque de France, la plage mais en l’occurrence, c’était organisé par les offi-ciels et ça tournait à la représentation, j’ai donc quête du ciel, je le prenais pour Saint-Exupéry !Mon oncle, lui, est parti en 2CV en Afrique et de Royan devant 40 000 spectateurs… Cauvinserait-il le cauchemar des tourneurs ? Disons qu’il préféré décliner." faut aimer les challenges, à l’image de cet artiste, professeurs, la musique classique peut se jouer Contrairement à ce que lui rabâchaient ses en Amérique latine ; il a créé une imprimerie àOuagadougou, ouvert un restaurant en Argen- qui, s’il rêve tout éveillé, n’a rien d’un doux rêveur : ailleurs que sous les moulures des théâtres etpeut être tout-terrain, lui dont la plus grande
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GLOBETROTTER
fierté est de "pouvoir se produire un jour au tique et Ballaké Sissoko, lui, ne lit rien ! (rire) J’ai adoré en l’air, je chantais, j’étais acteur de ce moment." Carnegie Hall de New York, et trois jours plus cette mise en danger à travers ce projet qui pousse à Très tôt, il sut que lui aussi monterait sur scène, tard dans un village du fin fond de l'Éthiopie." son paroxysme le concept de cross-over." travaillant son instrument comme un forçat Et nul besoin de partir aux antipodes pour Voir au-delà. Thibault Cauvin ne jure que par la sans pour autant jouer les premiers de la classe. voir du pays et causer du tracas à son téméraire transversalité de la musique, notamment à la gui- "Au CNSM de Paris, au bout de trois absences tourneur : en France, Thibault a joué à la pri- tare. Contrairement à beaucoup de ses confrères qui non justifiées, tu es viré. Comme je donnais déjà son de Reims dans le cadre des Flâneries et a regrettent que cet instrument soit passé de mode beaucoup de concerts, j’ai dû bricoler pour les jus- enregistré son album Albéniz dans le chai du et qu’il prenne la poussière dans les conservatoires, tif ier… Deux ans après ma sortie du conserva- Château Lafite-Rothschild, en 2014. "Une lui croit en l’âge d’or actuel de la guitare classique. toire, lors d’une visite amicale, j’ai croisé le chef acoustique superbe" pour un cru à écouter sans Il le revendique : la guitare nylon vit une petite des études qui m’a demandé de le rejoindre dans modération. révolution depuis que les concertistes ont décidé son bureau, avec plus de sympathie qu’auparavant de lorgner d’autres univers, en s’affranchissant des il faut avouer. Et là, il me dit en sortant la fiche Thibault ou le théorème codes et des lieux communs. "Nous autres, guitaristes de mes absences : "Tu en as 73, tu détiens le record de la transversalité classiques, n’avons pas un patrimoine aussi riche que du CNSM !" (rire) Toutes ces escales, ces épopées musicales, celui des pianistes ou des autres instrumentistes rois, En attendant de jouer au Stade de France, Thibault Cauvin les a compilées dans Cities mais du coup, nous ne sommes pas écrasés par un réper- autre rêve d’enfant ("le lieu fédérateur par excel- I (2012) et Cities II (2018), deux albums de toire. Nous avons vécu les arrivées de Jimi Hendrix, lence"), Thibault Cauvin découvrira cet hiver le souvenirs de ses périples à Buenos Aires, Cal- Django Reinhardt, Paco de Lucia, de tous ces cousins Bangladesh, avant de s’attaquer, le 3 décembre, cutta, Kyoto, Moscou, Séville, New York etc., géniaux qui ont inspiré des compositeurs pour guitare à une nouvelle cathédrale : le Palace de Paris. dans lesquels la six-cordes se met à l’heure classique. Finalement, nous sommes le fruit de l’ouver- Une destination pas franchement exotique ? locale en se prenant pour un sitar, un oud ou ture, de l’universalité, de la transversalité." "Pour l’album Cities II, enregistré au Château un koto. Dans le second volet, le concertiste Ces grands écarts requièrent un minimum de d’Hérouville, un lieu mythique, j’ai joué au Thé- croise le nylon avec Ballaké Sissoko (Bamako), souplesse, non uniquement tactile. Chez les Cauvin âtre de la Ville et à la Salle Gaveau. Pour coller Matthieu Chedid (Cap Ferret), Erik Truffaz père et fils, le cœur a toujours balancé entre musiques à l’esprit de ce disque, j’avais envie de me produire (Agadès) et le compositeur de musique élec- savantes et fièvres rock."Enfant, je naviguais de la dans une salle atypique, à la croisée des genres tronique et saxophoniste Thylacine. "Cet album musique classique, avec son côté élitiste, intellectuel, comme j’essaie de l’illustrer dans ma musique. J’ai est important à mes yeux, car il est à la croisée des qui me plaisait, aux musiques actuelles. J’étais impres- donc choisi le Palace, un théâtre à l’italienne chargé alphabets : les musiciens de jazz improvisent, les sionné, émerveillé, quand j’assistais à un récital de d’histoire, une ancienne salle de concert devenue classiques lisent le solf ège, Matthieu Chedid les quatuor à cordes, mais j’avais parfois l’impression boîte de nuit délirante (racheté en 1978 par tablatures, Thylacine utilise un langage informa- d’aller au musée… Dans un concert de rock, je sautais Fabrice Emaer, le lieu deviendra rapidement le fief de la new wave et du post disco, faisant écho au Studio 54 de New York, ndlr). C’est là que Gainsbourg a enregistré un live en 1980, que Prince a joué la première fois à Paris (le 3 juin 1981, le Kid de Minneapolis fit le plein de commentaires, à défaut de billetterie, ndlr). C’est définitivement un lieu magique." L’un de ces sommets que Thibault Cauvin aime grimper à la transversale. En concert le 3 décembre 2019 au Palace, Paris
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Surf session à Lacanau Chateau d'Hérouville Micro-sieste à Marrakech Sur les toits de Tanger Duo au Cameroun Répétition Palais de la Paix à La Haye, Pays-Bas Plage de Royan Avec Matthieu Chedid au Cap Ferret Surf session au Maroc
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CHRONIQUES
loCo Cello (Universal Music) Cela fait dix ans qu’ils méditaient le GeorGe Benson projet dans un coin de leur tête. Dé- wAlking to finitivement bien faites, à l’écoute de new orleAns ces pièces captivantes. Les deux cer- (Provogue) veaux en question sont ceux du guita- Totalement inattendu, ce nouvel album riste Samuel Strouk et du violoncelliste de George Benson est consacré célèbres François Salque, qui se sont adjoints rockeurs de La Nouvelle-Orléans, avec les précieux services du guitariste un swing étonnant. Fats Domino est à Adrien Moignard et du contrebassiste l’honneur, Benson promenant son Ibanez Jérémie Arranger. A ma gauche donc, Signature et sa voix roots dans les mé- une approche de la musique de chambre ; à ma droite, deux plumes du gypsy jazz, pour andres de "Ain’t That a Shame" et "Blue Monday". Preuve de son bon goût musical, un quatuor à cordes de dingos. L’originalité de cet album éponyme et bien nommé il aborde même "I Hear You Knocking" de Smiley Lewis. Mieux encore, il met en réside dans la mise en avant, le "jaillissement", du violoncelle, instrument à cordes valeur les influences louisianaises incontestables de Chuck Berry dans "Nadine", frottée qui le dispute aux trois instruments à cordes pincées (deux guitares, une "You Can’t Catch Me", "Memphis Tennessee" et "Havana Moon". Une entreprise contrebasse jouée aux doigts). Comme le dit Samuel Strouk : "Quand tu verses une que George Benson avait évidemment à cœur et il s’en sort musicalement avec goutte d’huile dans un verre d’eau, celle-ci ne se diluera pas dans le liquide." Un peu de les honneurs. Il faut aussi saluer un certain courage de sa part d’aborder ce physique élémentaire pour un disque physique, qui prend aux tripes. Tout au long des répertoire avec authenticité dans le contexte actuel. Romain Decoret délicates complaintes ("Lhassa") ou des folles cavalcades (le sublime "Rythme futur" de Django, avec un cello un rien outlaw, puissant et délicieusement inquiétant), l’archet met dans le mille, magnifié par les accompagnements et les ornementations eaGles des compères cordistes. Résolument sensibles, organiques, ces cordes lacèrent, lé- legAcy zardent, griffent, mais aussi lovent, caressent et consolent. Les virtuoses s’effacent, (Warner) les magiciens osent. Au final, des sauts de cordes qui sautent allègrement les frontières Présenté dans un sobre et classieux cof- et les époques, passant de Django à Mendelssohn, du jazz à la musique de chambre, fret, cette anthologie des Eagles regroupe du tango à la musique yiddish. Coup de cœur. Ben douze CD, soit la totalité de l’œuvre de la formation californienne avec : sept al- bums studio, trois enregistrements live, une compilation de singles et de b-sides ainsi qu’un DVD. Véritable institution aux Marty Brown États-Unis, le groupe mélange dans son répertoire influences country, racines AmericAn HigHwAy bluegrass et sonorités rock. Incarné au début des années 70 par un quatuor de (Plowboy Records) choc, constitué de très bons musiciens - Randy Meismer (chant/basse), Bernie Marty Brown est un songwriter du Kentucky, re- Leadon (chant/guitare), Don Henley (chant/batterie) et Glenn Frey (chant/guitare), nommé à Nashville pour les tubes country qu’il a et où les harmonies vocales tiennent une place de choix. Ce qui ne laisse pas écrits pour Tracy Byrd, Brooks & Dunn, Trace indifférent le producteur anglais Glyn Johns (The Rolling Stones) qui, en 1972, Adkins, ou tout simplement enregistrés sous son leur fait enregistrer leur premier album en Angleterre. Dans leur répertoire, le nom. Après un break de plusieurs années, il revient morceau "Take it Easy", coécrit par Glenn Frey et Jackson Browne, leur ouvrira aux affaires avec un nouvel album produit par John en grand les portes du succès. Un succès qui se transformera en triomphe quatre Tiven (B.B. King, Waylon Jennings, Wilson Pickett) ans plus tard avec la sortie de l’album Hotel California (plus de 26 millions de en mixant blues, country, gospel, rockabilly en compagnie de son fils, Marty Brown Jr. copies vendues à ce jour), ou l’on remarque l’arrivée des guitaristes Don Felder Superbes nouvelles compositions avec "I’m on a Roll", "Casino Winnebago" ou "Mona Lisa et Joe Walsch. 2019. Toujours aussi populaires en Amérique, les membres des Smiles" qu’il qualifie comme "sa période Rembrandt". Sa performance de "Make You Feel Eagles envisageraient une nouvelle reformation, malgré le décès le 18 janvier My Love" de Bob Dylan a généré onze millions de vues sur YouTube ! Prochaine tournée 2016 du cofondateur Glenn Frey. A suivre. Philippe Langlest en vue avec Vince Gill, Hank Williams JR et Randy Travis. R.D. Duke roBillarD Gwen Cahue eAr worms memories of PAris (Stony Plain) (Label Ouest/L’Autre Distribution) Ce nouveau disque de Duke Robillard Guitariste de la nouvelle génération djangologiste, était attendu depuis quelques années. le Breton Gwen Cahue est passé par toutes les Toujours à la recherche de thèmes d’al- étapes nécessaires : débuts sous influence hendri- bums inhabituels, le guitariste de Rhodes xienne, découverte de l’œuvre de Django Reinhardt, Island est allé chercher celui des "ear- ce qui le pousse à s’installer à Strasbourg pour cô- worms", ces vers d’oreille dont vous en- toyer Biréli Lagrène, Tchavolo Schmitt et Yorgui tendez la mélodie dans votre tête, soit Loeffler. Retour à Paris dans les clubs et participa- parce que vous l’aimez, soit parce qu’elle vous hante comme un mauvais rêve. tions aux albums Selmer 607, Django Club, Rainbow Duet avec Rocky Gresset, Adrien On retrouve donc ici des chansons qui trottent dans la tête, comme "Everyday Moignard, Noé Reinhardt, etc. Pour son premier album solo, Gwen Cahue s’est attaché à I Have to Cry Some" d’Arthur Alexander, "Sweet Nothing" de Ronnie Self pour réunir la tradition du gypsy swing et les influences du jazz américain. En trio avec le Brenda Lee, "Rawhide" de Link Wray ou l’éternel "You Belong to Me". Touche contrebassiste William Brunard et Julien Cattiaux à la guitare rythmique, il réarrange d’humour de Duke avec sa composition "Don’t Bother Trying to Steal Her Love" une idée de Django sous le titre de "Django’s Blues Riff", reprend "Sandu" du saxophoniste qui ressemble comme deux gouttes d’eau à "I Knew the Bride (When She Used Clifford Brown et "Memories of Paris" que Michel Petrucciani composa pour un concert to Rock’n’Roll" de Nick Lowe. Magistral et plein d’humour. R.D. à Samois. Un excellent premier album ! R.D.
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Terry rob Confessin’ My Blues (Niasounds) Les fans de picking apprécieront ce guita- riste acoustique venu de l’Oregon, comme le légendaire John Fahey. Terry Rob en est à son 15ème album solo, et il sait mixer dans son jeu le country-blues et le ragtime avec des éléments venus de Coltrane ou de Jimi Hendrix. "Now Vestapol" est une merveille de primitivisme américain, dans lequel il cite musicalement John Fahey et Robert Wilkins. "Butch Holler Stomp" est un exercice de ragtime exemplaire, alors que "Death of Blind Arthur" évoque le jeu de Blind Blake, mais en le réactualisant, ce qui est difficile. Les compositions personnelles sont à la hauteur avec le slide de "High Desert Everywhere" ou la clarté de "Keep Your Judgment". Un toucher d’une précision extraordinaire, cela au moment où le prix du meilleur livre de fiction peut être attribué à l’indicateur des horaires de chemin de fer… R.D. CisCo HerzHafT son of a WatChMaker (Blues N’ Trad/Socadisc) Retour du baroudeur blues bordelais, auto- proclamé "rambler, une valise à la main, toujours prêt à partir", qui trace un nouveau sillon dans les déserts ocres de la note bleue. Qu’il joue en fingerpicking ou en slide, ce fils d’horloger propose un nou- veau vagabondage sans se soucier de la montre, mais aux shuffles calés comme un coucou suisse. Adeptes des tempos bourbeux, le bluesman à la voix bourbonneuse ne révolutionne pas le genre, mais se la joue authentique, comme dirait son compère rappeur, Rockin’ Squat, ex- leader du groupe Assassin, qui pose son flow sur le dobro de Cisco ("I’m a Blues Vet"). Vétéran lui-même, héritier des dinosaures du genre, ceux qui ne faisaient pas de manières, mais qui mettaient leurs tripes à l’air en arpégeant leur misère ou en regardant passer les trains (l’hypnotique "Old Black Train"), Cisco le hobo des temps modernes peint une fresque aussi subtile que poussiéreuse d’une mu- sique riche en gueules cassées, en desperados moisis et en freak brothers ("Indian Trail Blues"). Le long de cette bande-son de l’Underground Railroad, on croise également un BeatBoxer (MicFlow), une artiste belge (Geneviève Dartevelle) et un pianiste de boogie woogie (Fabrice Eulry). Et pas mal de fantômes qui ont écrit la grande saga du blues, dont fait résolument partie Cisco Herzhaft. Youri reverend PeyTon’s big damn band Poor until Day (Family Owned Records) Natif de l’Indiana, le Reverend Peyton’s Big Damn Band se compose de Rev Peyton (chant/guitare), Breezy Peyton (son épouse au washboard) et Max Senteny (batterie). En activité depuis douze ans, le trio propose un répertoire situé, à cheval, entre le blues, la country et le gospel. Servis par un son brut et sauvage, leurs nouveaux morceaux semblent tout droit sortis des écuries Chess ou Sun Records. Aux commandes de la locomotive, Rev Peyton défriche sur sa guitare le maquis sonore du Delta du Mississippi à La Nouvelle-Orléans, le tout porté par une technique de manche et des descentes de slide vertigineuses ("Dirty Swerve"). Robuste et rurale, leur musique arpente fièrement les terres de Charley Patton et Muddy Waters. A l’heure de l’électro-pop guimauve, le neuvième chapitre de Reverend Peyton’s Big Damn Band affiche ici clairement un bel acte de résistance. P.L.
CHRONIQUES
Keith richards Talk is CheaP (BMG/Warner) Au moment où l’on apprend que Mick John Mayall Jagger va être opéré d’une valve car- noBody Told me diaque, voici la réédition du premier (40 Below Records/Bertus) album solo de Keith Richards, sorti Il est vrai que personne n’a rien à ap- en 1988. Bien que la coïncidence soit prendre à John Mayall. Service militaire regrettable, le coffret est remar- en Corée au début des années 50, pion- quable pour les six titres bonus iné- nier éclairé du british blues, le sang du dits enregistrés avec JJ Johnson, blues coule dans ses veines. Capable pianiste de Chuck Berry. Ces titres comme sur son récent album Three For font l’objet d’un CD à part. "Blues Jam" est un instrumental, "My Babe" de Willie Dixon the Road de jouer seul - avec une section est traité à la manière de Jimmy Reed, "Slim" est un autre instrumental (onze minutes rythmique exceptionnelle, il est vrai - à la fois la guitare, l’orgue et l’harmonica, de jungle groove), "Big Town Playboy" d’Eddie Boyd est un peu embrouillé au niveau il est aussi capable d’évoquer le mojo dans les meilleures conditions avec des des paroles alors que "Mark On Me" et "Brute Force" sont funky et favorisent plutôt invités. C’est le cas de ce nouveau disque qui est une tuerie blues-funk invrai- Waddy Wachtel des X-Pensive Winos et les invités comme Bernie Worrell. L’album semblable, une incantation presque irraisonnable si l’on considère son âge. original contient des perles comme "I Could Have Stood You Up" avec une rythmique Mais cela n’a-t-il jamais gêné Muddy Waters, Homesick James ou Howlin’ Wolf ? Chuck Berry et JJ Johnson, mais aussi "You Don’t Move Me" et "Take it So Hard" en La section rythmique est New Orleans avec Greg Rzab et Jay Davenport - ils compagnie d’invités tels que Mick Taylor, Maceo Parker et Bootsy Collins. Le coffret accompagnent Mayall depuis des années et sont les meilleurs, difficile d’en offre la totale, avec les deux albums CD et vinyle remasterisés, l’original et les titres analyser la cause académiquement. La voix de John Mayall reste étonnamment bonus, mais aussi deux singles, un livret de 80 pages et des artefacts. Un double jeune et pour la mettre en valeur, il fait intervenir en plus de son piano, de grands CD plus abordable réunit le disque remastérisé et le disque des bonus. Collector ! guitaristes de blues : Larry McCray joue sur "The Hurt Inside" de Gary Moore. Romain Decoret Joe Bonamassa dynamite "What Have I Done Wrong" de Magic Sam Maghett. Première surprise : Alex Lifeson du groupe Rush joue le blues sur "Evil and Here to Stay" de Jeff Healey. Seconde surprise : Todd Rundgren explose dans "That’s Van Morrison What Love Will Make You Do" de Little Milton. Steven Van Zandt délaisse ses The healing game Disciples of Soul pour être le Bluesbreaker de service sur "It’s So Tough". Enfin (Sony Legacy) la Texane Carolyn Wonderland, une favorite de Bob Dylan et Ray Benson (Asleep Cette réédition en coffret trois CD de l’un des at the Wheel), illumine pas moins de trois compositions de John Mayall, dont le meilleurs albums du poète irlandais est superbe- superbe "Nobody Told Me". Un album étonnant. R.D. ment complète. Sorti en 1997, l’album est dédié aux chanteurs des rues de Belfast, une tradition en voie de disparition. Accompagné de musiciens sly Johnson de haut niveau (Paddy Moloney des Chieftains, le silvère pianiste Phil Coulter, Georgie Fame à l’orgue, Pee (Just Looking Production/Foniogramme) Wee Ellis et Leo Green aux saxophones), "Van The Man" revisite la poésie de W.B. Yeats et Silvère s’est mis à nu. Dans ce 3ème album les docks d’où partaient les bateaux pour les Indes. Le second CD comporte une séance captivant, l’ex-membre du Saïan Supa avec Carl Perkins sur "Boppin’ the Blues", "Matchbox", "Sitting on Top of the World", l’inédit Crew (Silvère de son vrai prénom), tombe "My Angel", ainsi qu’une apparition de Lonnie Donegan, le roi du skiffle lui-même. Le 3ème encore un peu plus le masque, à l’image CD est un live à Montreux. Alors que chaque génération produit des nains qui se tiennent des superbes photos de l’artwork réali- sur les épaules des géants, qui les ont précédés, pas besoin de lunettes stéréoscopiques sées par son producteur et manageur pour comprendre à quelle caté-gorie appartient Van Morrison. R.D. Alexandre Lacombe : "Je me sens prêt à afficher, non plus seulement l’artiste, mais l’être humain que je suis, en narrant les aventures et les mésaventures que j’ai traversées", concède l’inclassable artiste Joscho stephan trio (auteur, compositeur, chanteur, instrumentiste, beatboxeur et rappeur). Silvère Paris-Berlin ouvre le bal avec "New Day", une ode à la renaissance illustrée d’un hip hop old (MGL Musik Produktion/www.joscho-stephan.de) school sur basses groovy à souhait, dans laquelle Sly/Sylvère dresse "un constat Joscho Stephan est un virtuose superlatif de l’ins- social comme un peintre réaliserait un tableau." trument, un véritable "artificier" de la guitare, qui, Juste après, les beats bastonnent et frappent le cerveau comme des coups de sous ses doigts, embrase la moindre mélodie. Pour marteau ("Sale"), avant un retour dare dare au flow de funambule et aux nappes cet album, notre homme relève un challenge re- électro sur le caustique "Tué ma Vibe". Dans "Skin", Sly s’attaque au racisme latent doutable, en ayant exclusivement recours à la tech- en célébrant la mémoire de Saartjie Baartman (la Vénus hottentote) et convoque nique "direct to disc". Pas le droit à l’erreur donc. Trayvon Martin, un jeune Afro-Américain tué par un policier en Floride sur Aucun "re-re", pas de correction ni de retouche. Tout la complainte éthylique "Babylone". Et de-ci de-là les subtiles mélopées soul ce qui est joué reste gravé dans le marbre ! Esthétiquement, on navigue ici dans l’orbite ("Congo Girl") pour alterner les claques et les caresses. Sly style. Composé et du Django "années 30" (pour être précis, surtout 1934-36), dont Joscho reprend "Are you réalisé avec son compère multi-instrumentiste Ben Molinaro, Sylvère lorgne in the Mood ?", agrémenté de quelques pièces emblématiques ("Songe d’Automne", "Vous d’étranges frontières, à mi-chemin entre la froideur des machines et la chaleur et moi") et de deux compos originales ("Train to Paris" et "Valse de la Mer"). Voilà pour des cordes vocales (et, en concert, les guitares des excellents Anthony Jambon "Paris", premier volet de cet opus. Le second, "Berlin", fait entendre des mélodies signées et Ralph Lavital), entre les valses de tempos et les beats hypnotiques. Les joies Max Raabe ou Theo Mackbene, dont Joscho revisite le "Bei dir war es immer so schön" et les peines d’un poète urbain, souffleur de vers. Mise à nu enfin avec l’émouvant immortalisé par Reinhardt et repris autrefois par Lagrène. Pour finir, clin d’œil à un autre hommage à sa mère disparue en 2007, "Oh ! Mother", une déclaration d’amour as de la six-cordes (Wes Montgomery, dont l’unique tournée européenne, en 1965, passa a capella sur les samples de la voix maternelle. Un dialogue extra-terrestre pour par Berlin), avec "Wes Berlin", troisième original du leader. Brillante technique et jeu une chanson composée au creux de l’épaule. Superbe. Ben flamboyant. De la très belle guitare ! Max Robin
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PhiliPPe Mouratoglou ferNaNdo Sor (Vision Fugitive/L’Autre Distribution) Il n’est jamais à où on l’attend. Après deux captivants albums, Legends of the Fall et Univers-Solitude, frayant dans les musiques actuelles, Philippe Mouratoglou revient avec une variation a priori plus classique des pièces de Fernando Sor, l’un des com- positeurs les plus familiers, les plus accessibles des guitaristes classiques. Comme à son habitude, le concertiste cherche la porte dérobée, il fouille et met en lumière les subtilités cachées du compositeur catalan. On l’a souvent dit : chez Sor, notam- ment dans ses études, l’exceptionnel côtoie le conventionnel, mais ne se départ jamais de la musicalité, le Sor-cier catalan, passionné de bel canto, cherchant à effacer la technique au profit du propos mélodique. C’est pourquoi Philippe Mouratoglou n’a pas sélectionné les pièces les plus originales ou les moins connues, mais simplement ses préférées, en s’inspirant non pas des grands interprètes de la six-cordes, mais des pianistes. De même, il ne les interprète pas sur une guitare romantique, mais sur un instrument moderne, rappelant ainsi que l’œuvre de Sor est intemporelle. A noter la présence d’un superbe livret de 40 pages, avec force lithographies. Youri Concert de lancement le 16 mai à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, à Paris. Joël Favreau Neuf (Le Sourire du Chat) Ceux qui connaissent Joël Favreau comme légendaire compagnon de route de Georges Brassens ignorent parfois ses talents d’au- teur-compositeur-interprète. En matière discographique, voilà bientôt quinze ans que Joël ne nous avait pas fait signe, et plus encore si l’on s’attache aux albums consa- crés à son propre répertoire. S’il ne peut s’empêcher de décocher un clin d’œil malicieux à son illustre mentor ("Cadenas d’amour"), le guitariste-chanteur déploie depuis longtemps sa façon bien à lui de servir son art, illustrée ici avec bonheur. De touches brésiliennes ("Le marché a su réagir") en pulses discrètement swinguées ("Annie"), en passant par l’incontournable guitare/voix, où il excelle ("La souris a peur du chat"), Favreau fait mouche. Les guitaristes ne pourront rester insensibles aux paroles de "Sous mes doigts" (très belle chanson consacrée à la guitare) et se réjouiront avec tous à l’écoute de "Lâcher tout", réussite absolue. On prend ! M.R. Cotton Belly’s MiSSi (L’Autre Distribution) En matière de western (film et musique), rien ne vaut un bon classique. Chez les Cot- ton Belly’s, pas de blabla, on pratique le blues authentique, le code 12-bars ! Quand on s’appelle les "Ventres de Coton", on fraye plus volontiers dans le blues rural que celui de salon. D’ailleurs, dès l’intitulé de l’album, les quatre qui détonnent - Mick Ravassat (guitare, banjo), Yann Malek (chant, harmonica, lapsteel, guitare, banjo), Aurélie Simenel (batterie, percussions), Christophe Etienne (basse, contrebasse) - esquissent les grandes lignes de leur périple dans le Delta du Mississippi et la musique des cotonneux de la note bleue. Au carrefour du blues, du rock et de la folk, sautant de Leadbelly aux Allman Brothers, les bluesmen franciliens ne révolutionnent pas le genre, mais le dynamitent à grands coups de riffs de guitares à résonateur et de sirènes de slide. Chez ce Missi au fort caractère, il y a un poil de ragtime ("Jaïs"), un soupçon de funk ("Roadie"), des pi- ments louisianais et, de manière générale, du blues subtilement poussiéreux, avec harmonica et banjo style Morricone. Du bon, du brut, tout sauf des truands ! Y.
COURRIER DES LECTEURS
Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : acoustic@editions-dv.com
LA GUITARE TOUT-TERRAIN MARK… AU FLEUR !
Bonjour à toute l’équipe Bonjour à tous Un grand bravo pour le dernier numéro dont le sommaire est très riche ! Je me Abonné de longue date, je suis resté sur ma faim suite à la lecture de votre suis régalé à la lecture des interviews de tous ces formidables musiciens : les dernier numéro consacré à Mark Knopfler. En effet, vous nous le "vendez" en valeurs sûres, Christian Escoudé, Raphaël Faÿs et Mark Knopfler, les plus couverture alors qu’il n’y a qu’un sujet de deux pages à l’intérieur, et même pas jeunes, comme David Reinhard, Idhai et Leyla McCalla, bref un beau mariage en interview. Je sais bien qu’il faut des pointures pour vendre du papier, mais de styles et de générations. J’avoue avoir été intrigué par ce jeune musicien, c’est un peu léger, vous ne trouvez pas ? Samuel Strouk que j’ai découvert grâce à vous, et dont je suis bluffé par le Robert, Massy (91) talent ! La guitare a de beaux jours devant elle, comme vous nous le faites régu- Cher Robert lièrement découvrir. Merci à vous ! Paul, Guesnain (59) Certes, nous n’avons consacré que deux pages au sujet dédié à Mark Knopfler puisque l’artiste n’accordant aucune interview (autre que sa conférence de presse qui nous Cher Paul a permis de recueillir ses impressions), nous ne voulions justement pas "gonfler" la Un grand merci pour ce message fort sympathique, qui prouve que vous avez par- note ni "tirer à la ligne". Pourquoi nous le reprocher ? Surtout, êtes-vous sûr d’avoir faitement cerné notre ligne éditoriale et qui nous conforte dans ce traitement tout- lu tout le magazine ? Car, si vous consultez à nouveau le sommaire, vous verrez que terrain de l’actualité de la guitare. A très vite pour de nouvelles surprises ! nous avons publié une grande étude de style du jeu du "Sultan du swing", de cinq pages. Vous avouerez qu’il y a là quelque matière à mettre en couverture (partagée) ce grand artiste.
GLOBE-TROTTER MAGAZINE
Hello la team Guitarist Acoustic Passionné de jazz, je lis le magazine à l’occasion selon les couvertures et les sommaires. J’avoue ne pas être fan de picking, voilà pourquoi je ne me suis pas encore abonné à votre revue. Mais je dois admettre que le dernier numéro m’a LA TROUVAILLE TABLANOTE tapé dans l’œil, notamment le sujet Globe-trotter consacré à Jean-Christophe Bonjour à vous Maillard. Là, les bras m’en sont tombés, galère pour un guitariste :-) Il faut Professeur de guitare depuis 40 ans, je suis l'inventeur de la Tabla- le dire : on ne parle pas assez de cet incroyable guitariste, à l’univers artistique note EmaB. Je vous joins un pdf qui parlera de lui-même. Cette aussi riche qu’inclassable. La presse se contente de suivre les grosses locomo- trouvaille de tablature fait des miracles pour bien débuter la guitare. tives de l’industrie musicale, les artistes mainstream, au détriment des talents Je vous propose de produire un cours, en tablanote, dans votre maga- différents. Bref, félicitation pour ce portrait hors des sentiers battus ! zine, pour voir comment le public reçoit ce format. David, Colombes (92) Cordialement Cher David Emmanuel Bousquet, dit EmaB Ce retour nous va droit au cœur, car nous tenons plus que tout à ce rôle de transmet- Site avec les tutoriels pour guitare : www.tablanote.com teur, à cette mission qui consiste à mettre à l’honneur tous les artistes, en nous souciant uniquement de leur talent, non des ventes d’albums. Oui, malgré sa riche carrière, Cher Emmanuel pour le moins éclectique, sa virtuosité et ses nombreux projets, Jean-Christophe Mail- Votre système d’écriture de tablatures est en effet très intéressant, nous lard ne trouve pas l’écho qu’il mérite dans la presse nationale, même si nos collègues allons réfléchir à votre proposition. En attendant de vous répondre, nous suivent et relaient à l’occasion ses nouveaux projets. Quoi qu’il en soit, vous le re- nous permettons de publier votre courrier afin que les lecteurs intéressés trouverez dans ces colonnes. puissent tester votre trouvaille.
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