guitarist-acoustic — GA68
ETUDE DE STYLE GEORGES BRASSENSL’ART DE L’ACCOMPAGNEMENT PAR JOËL FAVREAU 30 PAGES DE PARTITIONS Picking - Jazz manouche Blues - Chanson - Amér — GA68
ETUDE
DE
STYLE GEORGES BRASSENSL’ART DE L’ACCOMPAGNEMENT PAR JOËL FAVREAU
30 PAGES DE PARTITIONS Picking - Jazz manouche Blues - Chanson - Amérique latine
ISSN : 1957-8229
édito de " Guitarist Acoustic #, Pour joindre la rédaction une seule adresse : SoMMAiRE ACOUSTICEDITIONSDV.COM News 4 Cordes & canicule Rolling thunder Revue Bob dylan 10 Les premières chaleurs étouffantes de juin nous l’ont violemment rappelé : le bois, ça Report Festival FGMAt 12 brûle. Les guitaristes n’ont pas attendu le réchauffement climatique pour prendre leproblème très au sérieux, soucieux de préserver tout autant la planète que les stocks de Invenvtaire des jeunes révélations qui vont jouerLes surdoués passent les bacsles tubes de l’été 2019. 14 palissandre. Déjà que les forêts partent en fumée, si en plus les gig-bags finissent encendres, voilà un été qui s’annonce tout aussi moisi que moite.Le feu, les musiciens le mettent autrement, sur les scènes des festivals, en stages ou en A l’occasion de ses 50 ans de carrière et de la sortie de sonMaxime Le Forestiernouvel album, interview avec le songwriter français. 18 jam-tongs sessions près de la tente ou sur la plage. La lecture des pages de ce numéroestival le confirmera : qu’il s’agisse du grand retour de Maxime Le Forestier, toujoursaussi vert même loin de sa maison bleue du haut de ses 50 ans de carrière, ou des jeunes Rickie Lee JonesConfidences de la "Duchesse du Cool". 22 surdoués qui passent les bacs avec leur premier album cet été, le mercure va grimperdangereusement sur la météo des plages musicales. Du show encore avec quelques révélations sur la dernière séance studio de Django Reinhardt et de Stéphane Grappelli, Entretien avec le virtuose écossais, de retour au sein dusuper-groupe The Great Guitars.Martin taylor 24 à Rome en 1949. Les guitaristes globe-trotters, eux, pourront replier leur mappemondeet lorgner les mondes méditerranéens de Titi Robin. Bob Dylan, Marin Taylor et Rickie Lee Jones complètent ce magazine qui fleure bon le flower power et la guitar powder. Retour à Rome en 1949, lors de la toute dernière séanceSaga django & Grappellid’enregistrement de ces deux pionniers des orchestres à 26 Oui. Il y aura de la poudre à chansons dans l’imposant cahier pédagogique avec un cordes. étude de style sur Georges Brassens de Joël Favreau, son célèbre accompagnateur, et leswing main droite de Sanseverino. Accompagnées d’un CD-ROM audio-vidéo, 30 pagesCarnet de notes 30 Justement, pour éviter de se brûler les doigts, Jimi Drouillard vous a concocté un cahierde vacances ludique pour réviser vos gammes de manière récréative. Soldats du feu Avec unel’accompagnement de Georges Brassensde pédago pour aborder tous les styles à la guitare. masterclass de Joël Favreau sur l’art de musical, cet été, grattez les cordes, pas les allumettes ! de Sanseverino sur les techniques de la main droiteune nouvelle rubrique consacrée à la , une masterclass La rédaction une leçon sur le Huayno d’Amérique latine théorie musicale , rubriques habituelles. et toutes les , + Un cahier de vacances de 32 pages pour ne pas perdre la version numérique avec ses audios, ses vidéos et ses bonus Accédez gratuitement* sur votre mobile ou votre tablette à la main cet été ! *offre réservée aux abonnés Les astuces de Richard Baudry.Questions de lutherie 64 Directeur de la publication :Directrice de la rédaction : Décryptage des légendes qui entourent la légendaireMartin D-45 de Stephen Stills.Guitarologie 66 Coordination éditoriale :Création et réalisation maquette : Benoît Merlin Valérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Georges Fonseca Rédacteurs :Philippe Langlest, Max Robin, Milo Green, Richard Baudry, Youri. Bancs d’essai Cahier pédagogique : Valérie Duchâteau, Jacques Balmat, Olivier Rouquier, Alexis Sénart, Romain Decoret, Guillaume Lajarige Tests de guitares de luthier et de série. 68 Idhai, Nicolas Hoch, Norberto Pedreira, Joël Favreau, Sanseverino. Valérie Duchâteau, Eric Gombart, François Sciortino, Chris Lancry, Jimi Drouillard, Images, prises de son et montage vidéo : Give Away micro iK Multimedia 85 Photographe :Photo couverture : Romain Bouet Partitions et tablatures : Maxime Le Forestier © Yann Orhan Max Robin & Philippe Cabaret Jean-Philippe Watremez - Conception CD-ROM : Dominique Charpagne Retour sur le tsunami hawaiien de 1993.iz tribute 86 RCS Chantilly : 830 643 797 00012 Chef de publicité :Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1 000 euros. Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01 GérantTél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com) Retour sur les mondes méditerranéens de Titi Robin.Globe-trotter 88 Abonnements : Guitarist Acoustic Unplugged Magazine / : Georges Fonseca - Siège social :. ISSN-1957-8229 / N°68, juillet 2019 2, Chemin rural du Moulin à Vent - 60390 Berneuil-en-Bray Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) : L’essentiel des sorties de ces derniers mois.Cd 92 Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication. Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert: 0 800 34 84 20 La Rosace, 9, rue Francisco Ferrer - 93100 Montreuil © 2019 byLa rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leurs auteurs.Impression : Courriers des lecteurs 96 Origine papier principal de la revue : Allemagne. Taux de fibre recyclé utilisé : 0%. Certification des papier : PEFC. Indicateurs environnementaux P TOT : 0,016 kg/t. La RosaceCentre Impression (43, rue Ettore Bugatti 87280 Limoges).. Distribution : Presstalis Commission paritaire 0410K86315. (Printed in France) Abonnement 97 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine, 51 lots à gagner !Club Lecteurs 98 est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,
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NEWS
HUGUES AUFRAY
Dans les pas du troubadour "Un dimanche de février 1943, je marche avec mes frères dans le violent vent Give AwAy d’antan, sur la route gelée qui conduit de Sorèze à Revel. Un nouveau film de n°67 Marcel Carné est à l’affiche : Les Visiteurs d’un soir. Mon cœur d’adolescent Le gagnant va être marqué à vie ! Lorsqu’en 1948, je débarque à Paris dans l’espoir d’entrer du pack Eastone est aux Beaux Arts, le destin me conduira f inalement sur le chemin de Gilles, le Mr Decaillon (86) troubadour du film, magnifiquement incarné par le grand comédien Alain Cuny." A partir de cette rencontre, Hugues deviendra ce troubadour qui sillonne les villes, guitare en bandoulière, pour faire entendre ses refrains. Tel est le BREVES pitch du concert exceptionnel que le songwriter donnera le 18 octobre pro- chain à la salle Pleyel. Le temps d’un soir, l’artiste se racontera et retracera " Sheryl Crow sort au mois son parcours, avec force anecdotes, sans oublier les nombreuses rencontres d’août un nouvel album, Threads qui ont jalonné sa riche carrière. Save the date ! (Mercury), dans lequel la diva rend hommage au artistes qui l’ont inspirée, dont Eric Clapton, Retour vers le futur Sting, Johnny Cash, les Rolling "Le film documentaire de Michael Wadleigh Stones, Joe Walsh… (récompensé aux Oscars, ndlr) raconte " Devendra Banhart sort son 3ème album, Ma, le 13 septembre une histoire de Woodstock, mais il ne raconte chez Nonesuch Records. pas l’Histoire. Cette édition 50ème anniver- Sa thématique : la nature saire - qui propose près de la totalité de inconditionnelle de l’amour maternel. l’audio du festival en temps quasi réel - " Holy Bones sort son raconte une autre histoire. Si le f ilm de premier album, Silent Scream, Wadleigh peut se comparer à une comédie musicale psychédélique de Busby une traversée dans l’indie-folk Berkeley, alors Back to the Garden est un documentaire en audio-vérité…" et l’americana, avec escales psychédéliques. A suivre. Explication de texte du producteur Andy Zax dans le livret du coffret " Réédition en double vinyle Woodstock - Back to the Garden - 50th Anniversary Expérience (Rhino/Warner). bleu translucide de l’album Contenant 162 titres sur 10 CD, ce coffret permet, pour la première fois, The Division Bell de Pink Floyd d’écouter le festival tel qu’il s’est déroulé, en temps réel ! On connaît l’histoire : (1994), qui marquait défini- tivement la séparation entre entre le 15 et le 18 août 1969, plus de 400 000 personnes ont convergé vers David Gilmour et Roger Waters. la ferme de 600 hectares de Max Yasgur, dans l’État de New York, pour se N°1 mondial pour l’album et rendre au festival de Woodstock et admirer les 32 artistes qui s’y sont produits. Grammy Award pour le titre "Marooned". Pour ce flash-back audio, il a fallu mettre le nez dans les archives - en recher- " La 21ème édition du festival chant notamment les 60 bandes multipistes enregistrées par Eddie Kramer et de Boogie Woogie de Lee Osborne - et en restaurer quelques-unes sans les dénaturer : "La seule Laroquebrou (Cantal) se bande existante du concert de Ravi Shankar à Woodstock est une bande mono de déroulera du 8 au 11 août. Cette année sur scène : Alabama qualité sonore très moyenne. Le processus de "de-mixing" inventé par James Slim, Jack Carpenter, Clarke à Abbey Road nous a permis d’isoler et d’extraire chaque instrument et The Harmonica Brothers et un de créer un nouveau mix stéréo", explique Zax. Une somme et un (Wood)stock big band de 17 musiciens. www.boogie-laroquebrou.com d’anthologie sur le rock psychédélique.
34 GUITARES DE LÉGENDE © DR
en taille réelle Conçue et pensée par deux passionnés de gui- tares - Albert Martinez et le photographe Max Ruiz -, cette œuvre de poids (4 kg) est destinée aux vrais aficionados des six et douze cordes, électriques et acoustiques. Prise en photos sous toutes ses coutures, chaque guitare se montre de face et de dos, le tout à taille réelle. Au verso de chaque photo d’instrument, plié avec soin comme une affiche collector de cinéma, Julien Bitoun nous raconte l’histoire de chaque modèle. 34 guitares se partagent l’affiche. MANU CHAO De la Gibson Les Paul Custom de 1959 à la Rickenbacker 335 Capri de 1960, en Un Clandestino en mode uké passant par des pièces rarissimes comme la Martin OM-28 de 1930, la Selmer Ti.Po.tA, kezako ? C’est le nom du nouveau duo de Manu "petite bouche" de 1951 ou encore la Gibson Dove millésimée 1964, il y en pour Chao avec la chanteuse grecque Klelia Renesi, mais aussi tous les goûts ! Imprimés en Espagne dans des conditions optimales (trame aléatoire l’acronyme de "Transe Indie Progressiv Organik Trash de haute résolution sur des papiers certifiés), les 34 cahiers non reliés sont consultables Amor". Douze ans après son dernier album studio, La séparément dans un coffret Radiolina, l'ancien leader de la Mano Negra s’est mis à la au titre doré à chaud. plongée version ukulélé subaquatique, si l’on en croit les P.L. images du clip du single "Moonlight Avenue" (téléchar- geable gratuitement sur son site). Au programme : uké, 34 guitares de légende accordéon et bidouilles électro. Il faudra attendre la sortie en taille réelle de l’album, courant de la rentrée, pour se faire une idée sur (Camino Verde) cet amour-trash-organique…
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© Quentin Ferjou
RÉVÉLATIONS
GUITARIST ACOUSTIC 2019
Et le grand gagnant est… Sirius ! Basé aux Sables-d’Olonne, ce duo acoustique composé d’Angélina et Adrien verse dans les influences heavy metal et latines, au premier rang desquelles Rodrigo Y Gabriela. Pour l'anecdote, c'est suite à un concert de ces derniers qu’Angélina a eu une véritable révélation qui a débouché sur un travail soutenu en autodidacte s'inspirant des techniques de Gabriela. Après une soixantaine de concerts, le duo a sorti, en décembre dernier, son premier album autoproduit, enregistré au Studio Adjololo par Antoine Livenais. Vous les retrouverez en interview dans les colonnes de Guitarist Acoustic dans le prochain numéro et sur la scène du festival guitares d’Issoudun cet automne ! + d’infos : www.facebook.com/sirius.duo
BLUES ÉCOLO
Keb’ Mo’ s’engage contre la plastique Le célèbre bluesman américain a sorti la mandoline pour s’at- taquer à la pollution de la pla- nète par les déchets en plastique. Il vient de poster un clip de son single "Don’t Throw it Away" (avec Taj Mahal en invité !), tiré de son dernier album Oklahoma (sorti le 15 juin sur Concord Re- cords), dans lequel il explique pourquoi il est urgent de ne plus jeter de bouteilles et autres objets plastifiés dans la nature. Pour faire passer le massage bioéthique, l’artiste n’hésite pas à faire amende honorable : "J’en ai souvent utilisé (du plastique), je le confesse, mais si je faisais un peu plus attention, je pourrais m’en passer facilement." A noter que cette initiative s’inscrit dans une large mobilisation de l’industrie de la musique contre la pollution liée à l’utilisation des mastières plastiques : outre les festivals qui multiplient les actions de sensibilisation, de nombreux artistes s’attaquent au plastique, à l’image de Maroon 5, Dawes, Jackson Browne et Ben Harper, qui ont réduit leur propre consommation en tournée. Non, le plastique, ce n’est pas fantastique.
© DR
UNE RENTRÉE DANS LES CORDES
FESTIVAL DOUCES CORDES
COULEURS le 21 septembre GUITARE à Oullins (69) du 26 au Un nouveau festival qui voit le jour, 29 septembre c’est toujours un événement surtout à Méjannes-le-Clap (30) quand il a été pensé par des amoureux 4ème édition de ce festival pour de la guitare, de la musique et du son. le moins bigarré qui continue A deux pas de Lyon, accessible en métro de surprendre à chaque édi- et en bus, Douces Cordes s’installe dans tion, avec sa riche palette de le magnifique parc de Chabrière, au couleurs musicales. Ouverture cœur même de la ville d’Oullins. "Nous du bal le 26 sous les chaleurs voudrions faire ressentir la joie et les sen- brésiliennes avec Natacha sations des vibrations de chaque instru- SantosTrio puis la concertiste ment, sans trop d’amplification ni d’ar- classique Nelly Decamp. Le tifice, distiller une musique que l’on peut lendemain, une soirée en cordes écouter les yeux fermés, comme une musique bio et ressourçante", confient les or- sensibles avec un duo guitare-harpe constitué de Valérie Duchâteau ganisateurs. Pour cette première édition, la programmation sera locale, na- et Nathalie Chatelain, suivies d’un duo franco-brésilien Philippe tionale et internationale. Michel Gentils et sa légendaire douze cordes, Lafon et Rosivaldo Cordeiro, avant le passage au gypsy jazz buis- Justin Saint-Pierre, compositeur et guitariste canadien qui fait partie du sonnier des Doigts de l’Homme. Le samedi, moment de grâce avec mouvement fingerstyle, mais aussi une vieille connaissance du magazine, la somptueuse fresque de la chanson de Valérie Duchâteau qui Angelo Guarino et Gaspard Dhumes, spécialiste de la musique ancienne, interprétera son dernier spectacle, "De Göttingen à Bruxelles, la complètent le tableau des invités de cette première édition. A noter : les 19 guitare chante Barbara et Jacques Brel", puis du jazz-rock fusion et 20 septembre, Michel Gentils animera un stage sur la guitare "douze avec Renaud-Louis Servais et du blues qui décoiffe avec Manu cordes" et des conférences animeront la journée, dès 9h30. Une exposition Lanvin. Clôture le dimanche, avec le duo de pickers Michel de lutherie est également prévue. Haumont & Joël Gombert, suivis de la bestiole du tapping, Vitaly + d’infos : www.douces-cordes.com - doucescordes@gmail.com Makukin. www.festival-couleurs-guitare.com
FESTIVAL TOURCOING
TOCCATA JAZZ FESTIVAL
les 11, 12 & 13 octobre du 12 au 19 octobre à Châtillon (92) Amen ! 33ème édition du Tourcoing Jazz Face au succès de la première édi- Festival, considéré comme le plus gros évé- tion, le festival né de l’association nement de jazz des Hauts-de-France, qui de la mairie de Châtillon et nos accueille cette année quelques stars (Stanley amis de la Paris Guitar Foundation Clarke, Rhoda Scott, Bojan Z, Youn Sun remet les cordes et le couvert cet Nah, l’Amazing Keystone Big Band - clin automne. Le principe : toutes les d’œil aux Keystone Cops des films muets salles et infrastructures de la ville de Mack Sennett), mais aussi les pointures accueillent des concerts, dans tous de la scène française, dont Manu Dibango, les styles, même si la première édi- Eric Legnini, Baptiste Trotignon, Chas- tion lorgnait la guitare classique. sol, Anne Paceo, Jean-Philippe Viret, Alfa Soit une grande fête de la guitare à travers des concerts, mais aussi Mist, etc. Incontournable ! des ateliers, démonstrations, conférences et expositions (notamment www.tourcoing-jazz_festival.com sur Django et sur le rock, sur la base des archives de la SACEM). Pour cette seconde édition, à chaque soir sa thématique : le festival INTERNATIONALES Toccata ouvrira ses portes le 11 octobre (20h30 au Conservatoire) DE LA GUITARE avec un récital pour guitare et orchestre du soliste Ivan Petricevic, du 14 septembre au 12 avant le passage du "Petit Prince de la six-cordes", Thibault Cauvin. octobre dans le Grand Sud Le samedi, carte blanche à la classe guitare du conservatoire (16h Les IG s’agrandissent : si la majorité des à la Médiathèque), avant un récital de guitare baroque, théorbe et concerts se déroule toujours à Montpellier, archiluth de Gabriele Natilla (17h30 à l’église Saint-Philippe certains d’entre eux seront accueillis dans Saint-Jacques), suivi des concerts du "picker-tapper" canadien dix-neuf communes du Grand Sud. La 24ème Antoine Dufour (20h30 au Théâtre) puis du Malafede Trio (jazz édition des IG promet des soirées "caliente" fusion). Dimanche, place au groupe groupe African Variations à la rentrée. A l’affiche : Rodrigo Y Gabriela, (17h au Théâtre), la réunion de Sébastien Giniaux et du joueur de El Juste, Christophe, Olivia Ruiz, Charlélie kora Chérif Soumano, avant le passage du duo à ma ville comme Couture, Sanseverino, un trio de jazz ma- à la scène de Marylise Florid et Sylvain Luc, pour une rencontre nouche composé de Stochelo Rosenberg, amoureuse entre jazz, classique et impros. A noter que tout au Thomas Dutronc & Rocky Gresset, Talisco, Angelo Debarre, Les Doigts long de ces trois jours, la Paris Guitar Foundation organise un con- de l’Homme, Dom La Nena, un clin d’œil aux petits avec Henri Dès… cours international, sans limites d’âge. Inscription au concours : N’en jetez plus ! Sans oublier les fameuses 24H Démentes, un parcours insolite www.parisguitarfoundation.com de dix concerts dans des lieux atypiques et qui dure… 24h ! www.ville-chatillon.fr www.les-ig.com
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DRÔME DE GUITARES
du 23 au 27 octobre © Karo Cottier à Valence (26) Ce festival, entièrement géré par des bénévoles, réunira pour sa 4ème édition tous les passionnés de la guitare acoustique pendant une partie des vacances scolaires de la Toussaint. Plutôt dédié à la musique classique, il s’ouvre à d’autres styles avec une soirée grand public samedi 26 octobre en invitant Les Doigts de l’Homme, avec en 1ère partie, le groupe "musiques de l’Est" valentinois qui monte : Belzaii. A l’affiche cette 3 questions à année : Elena Papandreou et Thibault Cauvin THIERRY COJAN le 23 octobre ; Rémy Patel (lauréat du concours 2018) et Judicaël Perroy Ex-volleyeur professionnel le 24 ; soirée manouche avec Belzaii et Les Doigts de l’Homme le 26, et devenu guitariste-chanteur, enfin, Alexandre Bernoud et la création de Dusan Bogdanovic jouée par ayant joué avec Noé Rein- l’orchestre Drôme de Guitares, le 27. A noter les nombreuses masterclasses, hardt sur l’album hommage à Léo Ferré (Léo Ferré, éternel, le concours international pour jeunes guitaristes amateurs avec cette année 2018) et fait les premières parties de Thomas Dutronc et un prix de composition en plus des trois prix d’interprétation, un salon des Patrick Bruel, le songwriter parisien sort son 3ème album luthiers et deux conférences. Un drôle de festival ce Drôme des Guitares ! éponyme, mêlant textes ciselés et caresses de guitares, www.dromedeguitares.org lézardes de slide et orchestrations à cordes, esthétiques chanson française, blues et pop-rock. À ses côtés, le guitariste Yan Péchin (réalisateur de cet album) et les musiciens de FESTIVAL GUITARE Bashung, Higelin et Thiéfaine, excusez du peu! La filiation ISSOUDUN avec ces grands noms de la chanson à texte et des charges du 31 octobre au 2 novembre blues-rock est toute tracée. Explications de texte. Nouveaux trentenaires (si, si !), Alex Costanzo, Gérard Sadois et la joyeuse équipe d’Issoudun Quelle était ton envie de départ pour ce nouvel album ? n’ont pas décidé de baisser le rythme pour la Il n’y a pas de fil rouge, si ce n’est l’envie de coller aux émotions. 31ème édition de cette grand-messe de la guitare. De manière générale, j’aime les musiques cinématographiques. Ce pari fou lancé par Marcel Dadi et mené Je compose guitare-voix, à l’acoustique. Yan - l’ex-guitariste avec passion par les irréductibles d’Issoudun d’Alain Bashung notamment, que j’ai rencontré via mon attachée a été remporté haut la main, tant l’événement de presse Betsy - a posé ses touches de guitare électrique, de s’est imposé comme le carrefour des amoureux slide et réalisé les orchestrations des cordes, c’est un créateur de la six-cordes, tous styles confondus. La preuve d’ambiances! Comme j’étais entouré de très bons musiciens, avec la nouvelle affiche : le 31 octobre, début l’écueil à éviter était de ne pas surcharger le discours, de ne pas des joutes avec Kaïnos, Jean-Baptiste Hardy Trio, Michel Gentils puis trop en mettre, au risque de dénaturer la mélodie et le propos. François Sciortino. Le lendemain, place à Max & les Ferrailleuses, suivis Par exemple, sur le titre "Croiser le fer", on a rajouté du vio- de Thibault Cauvin et du duo Bernardo Sandoval & Serge Lopez. Enfin, loncelle (joué par Jeff Assy) pour souligner le texte, renforcer le samedi, Christian Séguret donnera une leçon de mandoline, avant un l’aspect tragique. J’avais dans l’idée la superbe chanson de passage rock’n’roll de Michel Fraisse & Co, puis du blues avec Awek et du Bashung, "La nuit je mens". rock qui décoiffe avec Ana Popovic ! Comme chaque année, Issoudun pro- posera pour trois jours de concerts, expositions de luthiers, stages, masterclasses Quelles sont tes principales influences musicales ? et jams en tous genres. Trois jours de champagne et de swing cherry ! Mon univers, c’est vraiment la chanson française, à texte, avec www.issoudun-guitare.com pour principales influences Bashung, Gainsbourg, Ferré, Brassens. Serge Gainsbourg, c’est le précurseur, l’artiste qui ose jouer "La Marseillaise" en reggae, qui part en Jamaïque chanter en FESTI’STAGE français, qui joue avec les onomatopées, le parler-chanter… INTERNATIONAL DE Bref, même sans avoir une voix qui a trois octaves, tu peux faire GUITARE ROLAND DYENS des mélodies qui restent en tête ! A ce titre, "La Javanaise" est du 26 octobre au 1er novembre la plus belle chanson du patrimoine. Je citerai également Gérald à Narbonne (11) De Palmas, surtout son premier album, fantastique ! 6ème édition de cet événement dédié aux cordes acoustiques, avec une prédilection pour la gui- Comment as-tu découvert la guitare ? tare classique, le flamenco et tous les satellites Gamin, j’ai fait dix ans de guitare classique au conservatoire de du jazz. Dédié au regretté Roland Dyens et Châtellerault. J’ai bien aimé ces études, c’est l’école de la rigueur, à son célèbre goût de l’éclectisme, ce rendez- mais j’ai un peu mis la guitare de côté quand je me suis plongé vous propose un mélange de plaisir et de dans le volleyball. J’ai été volleyeur professionnel de 18 à 26 travail, de concerts et de masterclasses, cours ans au Stade Poitevin. J’ai toujours joué de la guitare durant collectifs et individuels, préparation aux concours, musique de chambre et cette période, mais c’est vrai que le volley, ce n’est pas conseillé jam session. A l’affiche : la concertiste grecque Elena Papandreou le 26 quand tu veux jouer de la guitare (rire). octobre (en masterclasse le lendemain), Antoine Boyer & Samuelito pour Propos recueillis par Ben un mariage gypsy jazz-flamenco le 27 (masterclasse du 28 au 31), et un Album sorti le 14 juin et disponible concert de clôture le 31 avec les stagiaires d’Antoine et Samuel. sur les plateformes de téléchargement. www.rolanddyensstageinternational.site www.thierrycojan.com
8 • AC #68
DÉCRYPTAGE
Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story by Martin Scorsese. Disponible Sur Netflix BoB Rolling Thunder RevueDylan Lblanc, un magicien recouvre d’un voile une femme assise sur une chaise… etla fait disparaître. Cette métaphore résume bien Bob Dylan. On le voit,coffret 14 CD sort en même temps que le documentaire de MartinScorsese sur Netflix. Dès les premières images muettes en noir ete titre alternatif pourrait être "The Greatest Show on Earth". Le il disparaît, puis il revient… Aucun autre chanteur n’a été aussi discrètementélusif ni aussi soudain dans ses changements d’attitude. Avec le recul, cetterevue Rolling Thunder était un projet multiple et de grande ampleur : réunir des artistes de tous bords - de Roger Mc Guinn à Mick Ronson - pour uneméga-tournée allant des petites salles aux arènes, tout en enregistrant et fil- Bob & Joan Baez mant les concerts. Tout cela en tournant un film à l’intérieur du film, uneœuvre ésotérique de cinq heures, intituléerencontré l’adhésion ni la compréhension du public, Dylan se gardant biend’expliquer quoi que ce soit. Le coffret réunit la soi-disant intégralité de la Renaldo & Clara, qui n’a jamais tournée qui débute dans des petites villes, parfois pour moins d’une centainede spectateurs. Puis, grâce à l’effet boule de neige, de grands noms rejoignent Mitchell, Gordon Lightfoot, Patti Smith, Ronnee Blakley, Sam Shepard,la troupe et les grandes villes ouvrent leurs stades de base-ball. Joan Baez, (Columbia) Allen Ginsberg, Scarlet Rivera, Ramblin’ Jack Elliott, Roger McGuinn des Byrds, Joni La troupe de Dylan fait l’événement partout où elle passe. T.Bone Burnett, Bette Midler, Phil Ochs, Bob Neuwirth… 10 • AC #68 Bob Dylan - Rolling Thunder Revue La troupe de la Rolling Thunder Revue Martin & BoB, retours gagnants Quatorze ans après le film No Direction Home, consacré aux débuts de Bob Dylan, compilant images d’archives et confessions face caméra, Martin Scorsese plonge dans l’univers dylanesque avec toujours autant de maestria, pour un portrait façon Striptease de la célèbre Rolling Thunder Revue. Plus que Dylan, c’est bien cette colonie de vacances pour rock stars qui est le sujet du documentaire. Le réalisateur des Affranchis propose un étrange jeu de miroir pour un autre retour aux affaires réussi : celui de Dylan sur scène. L’année 1974 marque le grand retour de Bob l’épongé après huit années d’absence scénique, dans le cadre de la sortie de son album Planet Waves. Scorsese est déjà dans les parages pour filmer les retrouvailles de Dylan et de son public (The Last Waltz). Dylan veut renouer avec les salles intimistes qui ont fait son succès, retourner au sources, lui qui vit de De la première date à Plymouth, Massachussetts, jusqu’au Canada, puis plus en plus mal sa notoriété et son étiquette de porte-parole des petites gens. à travers tous les États-Unis, c’est un cirque ambulant jamais revu depuis. Pas de commentaire, Martin Scorsese réunit les images d’archives des coulisses La tournée est supposée supporter le nouvel album Blood on the Tracks, mais de cette tournée façon bohème et laisse la parole aux seuls protagonistes de cette revue pour le moins baroque. Il réussit même à faire témoigner Dylan les Basement Tapes sont également sorties cette année-là, et Dylan joue avec la himself, qui, malheureusement, ne se rappelle plus de grand-chose, si ce n’est chronologie comme les Men in Black utilisent un neurolaser flash pour que le qu’il "manquait de masques sur cette tournée". Quoi qu’il en soit, nous ne sommes public ne se souvienne de rien. Une toute jeune Sharon Stone est invitée back- pas chez les loups de Wall Street, mais parmi une bande de stars qui lâchent les chevaux et s’amusent comme des gamins dans un bazar permanent. Avec, au stage parce qu’elle porte un t-shirt de Kiss, et Dylan utilise un maquillage blanc volant du bus, un Bob fantasque et attachant, loin des mines patibulaires qu’on sur scène pour évoquer, dit-il, "Kiss ou les acteurs de Marcel Carné dans Les Enfants lui connaît. Si ce documentaire exceptionnel diffusé sur Netflix devait évoquer du Paradis". A un moment Dylan vient voir Sharon Stone et lui dit qu’il a écrit un autre grand succès de la filmographie US, ce serait plutôt : Y a-t-il un pilote une chanson pour elle. Il lui joue "Just Like a Woman", elle pleure d’émotion. dans le tour-bus ? Ben Puis T.Bone Burnett lui explique que la chanson date de 1966 ! Quant à Mick Ronson des Spiders From Mars de David Bowie, on lui demande ce qu’il pense de Dylan et il répond : "Je ne sais pas, il ne m’a jamais parlé". Tous ces shows sont en continuité sur les 14 CD d’un coffret exceptionnel qui existe aussi en version réduite. Texte : Romain Decoret - Photos © Reagan/Sony/Netflix Bob et Allen Ginsberg sur la tombe de Jack Kerouac Le Bob bus
AC #68 • 11
REPORT
FESTIVAL
DES GUITARES
DU MONDE (F.G.M.A.T.)
DU 25 MAI AU 1ER JUIN À ROUYN-NORANDA
Vue d’avion, la province d’Abitibi-Témiscamingue, au nord-ouest de Montréal, rappelle la Louisiane : même bras de rivières multiples irriguant les bayous, même végétation, mais avec une faune différente. Orignal, caribou (ce n’est pas tout à fait la même espèce), coy ot e , l oup e t ours , p l ut ôt qu’ a l l i g a t or. L a vi l l e d e R ouy n - N ora n d a re s s e mb l e un p e u à N a s h vi l l e , ma i s e s t s i t ué e a u vra i N ord d u con t i n e n t a mé ri ca i n . L a t ra d i t i on e s t ce l l e d e s mi n e urs d u Va l d ’ Or, d e s b ûch e ron s ou d e s t ra p p e urs . Tout commence le samedi avec Christie Lenée. Dans un Agora des Arts rempli, cette championne canadienne de fingerstyle folk montre une maîtrise totale du jeu en harmonique, en tapping, avec des textures délicates sur ses compositions originales qu’elle chante aussi. Le soir, Jean Royal, président du festival, présente lui-même le show des Great Guitars. Martin Taylor, Frank Vignola, Vinny Raniolo et Laurence Juber électrifient le Centre des Congrès et font lever le public pour deux rappels. Le lendemain, les jeunes gui- taristes des écoles se produisent à l’Agora pour le Concert de la Relève. Le très populaire auteur- interprète canadien Richard Des- jardin joue ensuite au Centre des Congrès, accompagné par un or- chestre symphonique devant une salle comble. La surprise de la soi- rée est le duo Opal Ocean. Deux guitaristes électro-acoustiques néo- zélandais dont l’un est né en France. Alex Champ et Nadav Tabak, mixent le metal-rock et le flamenco, The Great Guitars sous influence Rodrigo y Gabriela,avec une utilisation des racks d’ef- GUITARVILLE fets qui leur donne un mur du son La ville compte 40 000 habitants environ, qui raffolent de la musique, et épique et unique. Ils vont bientôt particulièrement de la guitare. Rien que dans le quartier du festival, on jouer à Paris. compte pas moins de quatre Christie Lenée théâtres qui vont du Cabaret de la Dernière Chance à l’Ago- ra des Arts (une ancienne église), la scène Glencore et le Centre des Congrès. Une scène exté- rieure en plein air accueille des artistes chaque jour. Parallèle- ment au festival, la ville organise des tournées dans les écoles, dans les centres de retraités, ainsi que de nombreux ateliers et concerts impromptus. Ce qui révèle l’importance qu’occupe l’art de la guitare dans les vil- lages excentrés, une autre tra- dition d’un passé pas si lointain de pionniers. C’est un événe- ment majeur dans l’agenda cul- turel du Québec. Kéma Baliardo Sylvain Poirier Marcus King
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International Guitar Night Théâ tre Regal
SAGA CANADIENNE
J’assiste au show rock’n’roll de Théâtre Regal avec Felix Desfossés et le guitariste Danny Twist. Ils racontent en plusieurs tableaux l’esprit des hôtels des années 50, qui étaient les seuls endroits où pouvait être entendu le rock américain de Johnny Cash ou Elvis Presley. Une saga typiquement canadienne à découvrir. Le temps de changer de salle et c’est le show de Kéma Baliardo. L’ex-Gypsy King a un jeu absolument éblouissant de vitesse et de mélodie qu’il tient à la fois de Paco de Lucía et de son grand-père, Manitas De Plata. Autre découverte avec Remi Boucher, un guitariste classique de Témisca- mingue qui a une technique de jeu complète, utilisant tous les doigts de ses deux mains, avec des hammer-on joués entre l’annulaire et l’auriculaire. Essayez, cela n’a rien de facile ! Nathalie McMaster et Donnell Leahy sont deux des meilleurs violonistes celtiques de la planète. Le temps de voir et entendre le bluesman Matt Andersen et c’est le show du Marcus King Band. L’un des très grands succès du festival. Pour la clôture, c’est l’International Guitar Night, un quartette mené par l’incroyable musicien avant-gardiste Luca Stricagnoli, avec les Français Antoine Boyer et Samuelito pour le côté flamenco et le guitariste turc Cenk Erdogan, qui joue uniquement en acoustique fretless. Le festival se termine au stand des guitares Godin, où le jeune Fred Godin nous annonce pour bientôt une basse et un ampli Godin. Une 15ème édition qui a tenu toutes ses promesses. Scoop : Le président Jean Royal en a déjà tiré ses conclusions et pense à une organisation planétaire en liaison avec les festivals de Patrimonio et Montpellier ! Texte : Romain Decoret / Photos : Christian Leduc http://fgmat.com Jean Royal
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DÉCOUVERTES
Qu’ils jouent du folk, de l’americana ou du rock, ces jeunes étalons ont tapé dans l’œil des grandes écuries et sont surveillés commele lait sur le feu. Le feu, clairement, ils vont le mettre sur les plages musicales de cet été avec leurs nouveaux albums.pAssent les bAcs Texte : Ben jade jackson pas cru en Jade et en son potentiel. C'est une âme à l'an-Qui a déclaré : "Je n'aurais pas fait ce disque si je n'avais miss Americana cienne, et ça se ressent dans son écriture, son interpré-tation. Elle est vraiment unique" du groupe Social Distorsion, producteur et émi-nence grise de la scène rock californienne. Excusez ? Mike Ness, leader du peu. Bluffé par la jeune compositrice, le lordNess a donc produit son premier album, (sorti fin juin chez Epitaph Records/Anti-Records).Depuis ses premières scènes dans les cafés de Santa Wilderness Margarita, sa ville natale, Jade n’a cessé de faireparler d’elle. On la compare aux divas de la country Lucinda Williams et Emmylou Harris, avec latouche blues-folk de Johnny Cash et le sens des mélodies pop-rock de The Smith. Sans oublier sespenchants pour les pogos punk. © Xina Hamari Ness on lui en donnerait une bonne louche en rab tantla demoiselle fait preuve de bouteille dans ses com-Elle a beau n’avoir que vingt ans et des poussières, positions, mariant avec brio les arrangements mo-dernes et les touches vintage. Les cadors ne s’y sont dépression, j’étAis"A cAuse de mA pas trompés, la pépite Jade ayant déjà partagé lascène avec Merle Haggard, Rosie Flores et Dwight incApAble d’Apprécier Yoakam. Comme l’a justement écrit le magazineUncut l’introspection en mode mineur, ses chansons portent ce, cette JJ Cale au féminin est "une maîtresse de quoi que ce soit genre de poids émotionnel souvent associé à ces vétéranséraflés par leurs anciennes batailles." et encore moins lot de cicatrices. Deux après son 20 Elle aussi a son quelqu’un puisse d’imAginer que des médecins est alarmiste, aucun ne se prononceJade chute lors d’une session d’escalade. ème Le diagnosticanniversaire, © Xina Hamari Ness sur sa capacité à pouvoir remarcher un jour. Au fil Aimer mA musique..."jAde jAckson
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© Emma Schmidt des traitements, elle sombre dans la dépression etdevient accroc aux antidépresseurs. Elle plonge, de Vancouver et de Londres, a glané bon nombre pense au suicide, mais choisit la musique comme d’awards (lauréat de tremplins de guitare outre- un tantinet rauque, et son groove sans esbroufe es- thérapie : Atlantique). quissant un subtil Moonwalk mid-tempo. Evidem- d’apprécier quoi que ce soit et encore moins d’imaginerque quelqu’un puisse aimer ma musique…" "A cause de ma dépression, j’étais incapable à High River en Alberta, Calum a commencé laNé en Colombie-Britannique (Canada) et élevé ment, les morceaux masterclasses ne manquent pasdans son dernier album, Thread of Creation (Calum celle qui compose depuis ses treize ans. Comme elle, se rappelle guitare à l’âge de treize ans. Six ans plus tard, il par- Graham Music, dans les bacs européens cet au- le chante, no more "painkillers" et autres pilules ex- ticipe au Canadian Guitar Festival et remporte le tomne), produit sur son propre label après trois plosives, la belle brune de Santa Margarita verse premier prix lors de la compétition de fingerstyle, opus signés dans la célèbre écurie Candyrat Records. désormais dans des cocktails moins toxiques. un exploit qu’aucun autre adolescent n’a accompli Cordes tirées, frappées, slappées, pincées, dentelles que soient les parois, elle sait désormais quels som- Quelles dans l’histoire du festival. Voilà pour le CV plus d’harmoniques, fessées de percussions et autres mets lorgner, comme elle le raconte, en filigrane, noirci qu’une partition de Jeff Beck, Andrés Segovia effets pyrotechniques, reprises sur le fil des singles dans ou Julian Bream, ces légendes de la guitare qui l’ont "The Scientist" et "Yellow" de Coldplay, utilisation dans lequel je me sens en tant que musicienne, ce mélange Wilderness : "Ce titre illustre l’état d’entre-deux influencé. sonnante mais pas trébuchante de la baritone d’inconnu - comme quand, en tournée, vous ne savez pas américaines, Calum tape sur du palissandre et ça Comme beaucoup de bestioles nord- où vous allez jouer ni dormir le soir -, et la certitude que (joué aux doigts donc, mais avec les dix), un funam- Calum est une virtuose de la guitare fingerstyle ("Farewell")… je suis sur le bon chemin. bule des sauts de cordes et des techniques de jeu lui va bien. mais je suivrai cette route, quels que soient les carrefours Je ne sais pas où cela va me mener, percussives. Influencé par Don Ross, Leo Kottke, Calum Graham - Thread of Creation que je serai amenée à traverser" Michael Hedges et Tommy Emmanuel, frère (Calum Graham Music) (Epitaph Records/ANTI-Records)Jade Jackson - Wilderness, promet-elle. d’armes d’Andy McKee et d’Antoine Dufour, l’éta-lon d’Alberta aurait pu céder aux mitrailles de noteset aux doigtés diaboliques. Jeux de mains, jeux de Canadiens, dit-on souvent. Pas question d’endosserun smoking de prestidigitateur, il a choisi les habits Calum Graham du musicien-compositeur. On le sait, au Canada, la guitare est le sport nationalle Roi de l’érable, pas en sirop en bois, il faut que ça larsène. Pas du style Canadair Chez ce Graham-là, les guitares ont beau être numéro 1, n’en déplaise aux taquineurs de crosse.Pas question de gratter trois accords comme des à décibels, mais kid à la cool adepte des douces mé-lodies et des digressions en tous genres. Calum n’al-lume pas, il illustre. Une gâchette qui ne flingue pas à tout-va, "pourri de talent" comme disent nos cousins aca-donne à voir. La preuve avec Calum Graham, un "niaiseux", la musique s’écoute tout autant qu’elle pagnons du bourrage papier à musique. Ok, il re- contrairement à beaucoup de ses com- diens, qui du haut de ses 27 balais, vient de sortirun 6ème album, s’est produit aux Jeux Olympiques prend "Billie Jean" à la guitare-harpe, instrumentde torture s’il en est, mais chez lui, les jeux de cordesmagnifient le gimmick du roi de la pop, sa voix feutrée, ©Mark Maryanovich
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DÉCOUVERTES
"Dans la musique, © Micky Clément je suis Dans le registre De la poésie, mon côté un peu plus sombre ; Dans le stanD-up, je m'inscris Dans l’humour, l’explosion. cela n’a rien D’antinomique. pourquoi vouloir toujours tout séparer ? limiter sa palette D’émotions ?" tom leeb à l’aise dans leurs baskets quels que soient les artsappliqués. Pour Tom, il était hors de question de se cacher derrière un nom de scène, de taire ce pèredont il est quant royalement des chapelles, faisant le grandTom le touche-à-tout écume les scènes en se mo- "fier". Chez les Leeb, on juge sur pièces. écart entre sketchs hilarants et ballades mélanco- tom leeb mélodique et populaire dans la lignée de son idole musique, je suis dans le registre de la poésie, mon côtéliques, traits d’esprit et tripes en dehors. "Dans la Il n’a pas trente ans, court les scènes comme lesstand-up Folk club John Mayer, dontaux tripes" l’incita à composer ses propres hymnes. "la musique universelle, qui prend un peu plus sombre ; dans le stand-up, je m'inscris dans planches, jonglant avec les casquettes d’acteur, decomique et désormais de compositeur, A l’instar du "womanizer" à la Stratocaster, Tomaime les couplets chantants et les refrains entêtants l’humour, l’explosion. Cela n’a rien d’antinomique.Pourquoi vouloir toujours tout séparer, diviser ? Limiter cuper des qu’en-dira-t-on. Pas de cases chez cetoncle Tom-là. Il a beau être un homme de ce siècle sans se préoc- ("Ashes", Running", "The Game of Love"), plutôtmelody maker que bad boy brûleur de riffs. Pas sa palette d’émotions ?" Tom Leeb - Recollection numérique, il a décidé de ralentir le tempo dans un question de prendre la pose : "Je ne suis pas un rockeur (Roy Music) il se livre sans faux-semblants. Sa musique est or-premier album, Recollection (Roy Music), dans lequel pur jus, j’aime le côté propre et esthétique des productions,à l’image des musiques de film dont je suis un grand ganique, chauffée aux cordes sensibles des guitaresacoustiques et des six-cordes saturées, à mille lieues fan."mier projet, le storyteller a opté pour la mise à nu Pas d’orchestration grandiloquente sur ce pre- bailen des bidouilles et des modes électro.dans le blues-rock léché qui tire vers la pop, aux ar- Tom Leeb verse en mettant sa voix joliment éraillée au premier plan,sans filtre ni mélopées forcées. N’en déplaise aux Avec son album Thrilled to be Here Folk family ce trio new-yorkais est une révélation dans son uti- (Fantasy Records), rangements de cordes et de synthés sobres. Un rock pyromanes de la pentatonique, le rock se joue aussisur du velours. La preuve avec sa reprise sur le filde "Wicked Games" de Chris Isaak, un crescendo lisation des harmonies vocales avec un son basé surles guitares rock. Il est rare de voir une famille musicale fiévreux pour des jeux délicieusement pervers. que ça groove. Sur les chansons "Are we too late","Can’t say no" et "Sun", l’humeur est à la syncopeChez Tom, quels que soient les tempos, il faut et aux cocktails de cordes frappées. Comme le"bluesonaute" anglais Fink qu’il admire, Tom fuit les pendules et leurs implacables mécaniques. Il nejure que par les élans du cœur, évoque au chapitre des influences les Ben Howard, Bon Iver, MattCorby - ces songwriters pratiquant les plongées in- térieures et se réchauffant au coin des bois -, maisaussi quelques jazzmen (Frank Sinatra, Jamie Cullum), lorgnant la côte Est américaine,dans le sillon de son père, Michel, féru de la blue Gene Harris, note. L’un au swing, l’autre au groove. Ces deux-là © Boby se ressemblent, deux frenchies vagabonds, toujours © Shervin Lainez
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© Shervin Lainez entière rester ensemble, surtout si elle vient de New York et non du sud des États-Unis. C’est pourtant le cas des Bailen. Daniel Bailen (27 ans) est à la basse et au chant, David à la batterie. Ils sont jumeaux et accompagnés de leur jeune sœur, Julia (22 ans), à la guitare et au chant. Leurs harmonies vocales rappellent les Beach Boys. Ils sont managés par leurs parents, Eliot Bailen et Suzan Rotholz, qui étaient professeurs de musique à la Manhattan School of Music. Propos recueillis par Romain Decoret Quand et comment avez-vous commencé ? David : Dès l’âge de cinq ans, nous avons écrit une chanson, "Fire in the Kitchen", un truc speed inspiré par les Ramones. Un peu plus tard, nous avons monté un groupe punk, The Gemini Kids, puisque nous étions ju- meaux. Daniel : Je me souviens qu’à l’âge de cinq ans, un ami de notre âge était venu nous voir avec ses parents. Quand ils ont voulu aller aux toilettes, il y avait un violoniste en train de répéter dans la salle de bain, véridique ! Le punk-rock est-il votre première influence ? Daniel : Non, les premiers disques que nous avons écoutés étaient ceux de nos parents : Joni Mitchell, Simon & Garfunkel, les Beatles, Paul McCartney. On a aussi chanté professionnellement au Metropolitan Opera de New York, quand on avait douze ans. Le chant classique, il fallait travailler dur, tous les jours. David : Je suis aussi allé à Londres pour chanter dans une comédie musicale, cela fait partie de nos influences. Notre petite sœur, Julia, est plus cool que nous, musicalement. Julia, comment as-tu appris la guitare ? Julia : C’est mon père qui me l’a enseignée. J’ai étudié la folk music des Appalaches, Chet Atkins et la guitare classique en même temps. Daniel : New York est notre influence principale. En ajoutant la musique des Appalaches, la musique classique et les harmonies à trois voix, on obtient ce son qui est le nôtre. Bailen - Thrilled to be Here (Fantasy Records)
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A L’AFFICHE
"Quand on sort du magasin avec sa première guitare, on a l’impression Que les gens nous regardent autrement. on est un artiste, même si on n’a jamais mis ses mains sur le manche !"
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MaxiMe Le Forestier 70 ans et toutes ses cordes superbe album où la guitare acoustique est spécialement à l’honneur, entre lesmains d’Arthur, son fils, et de Manu Galvin, partenaire et ami de longue date.Septuagénaire cette année, Maxime Le Forestier publieTexte : Max Robin / Photos : Magda Lates Paraître ou ne pas être, Dans "Date limite", première chanson de l’album, quiévoque l’enfance, vous parlez des "premiers accords"qu’on gratte sur une guitare. Pour vous, la musique vraiment poussé à faire ce disque. C’est ce qui a est liée à l’enfance ?Oui ! J’ai commencé le violon à l’âge de cinq ans.Toute mon enfance, j’ai entendu ma sœur Anne d’Arthur, soit celle de Manu, soit la mienne… Maisje préfère vraiment le jeu d’Arthur au mien !donné le ton guitaristique de cet album.maquettes étaient faites avec une guitare, soit celle Toutes les pratiquer le piano, à tel point que j’adore entendreun pianiste faire des exercices, ça me transporte. Lamusique est vraiment liée à l’enfance. La musique, La quatrième chanson, "Avec une guitare", retiendra pas la chanson… La chanson, c’est l’adolescence !Votre rapport à la musique est toujours lié à cette fraî- évidemment l’attention des guitaristes…C’est difficile pour un guitariste de ne pas avoirconnu cette sensation : quand on sort du magasin cheur de la découverte ?J’espère, oui ! On est toujours en train de découvrirquelque chose quand on fait de la musique. Ou avec sa première guitare, on a l’impression que lesgens nous regardent autrement. On est un artiste,même si on n’a jamais mis ses mains sur le manche ! alors on s’emmerde!Guglielmi m’avait montré, deux choses m’avaientséduit : le titre, déjà, très parlant, et cette phrase : (Rires) Dans ce texte que Bruno C’est le regard des autres qui change…Dans votre cas… "L’enfance est un jardin qu’on visite un peu tôt"suis dit : ça, ça mérite d’être chanté ! . Je me C’était le magasin Paul Beuscher,J’avais acheté une guitare qui n’était pas très bonne,c’est une litote! Et puis quatre partitions de Brassens, place de la Bastille. Dans ces cas-là, vous prenez la guitare? ça tout le monde le sait… comme ça. Et après seulement, on revient à la gui-mon idée commence à devenir précise,avec des sons pourris, de faux Fender ou des chosesNon, ça fait des années que je ne compose plus à laguitare. C’est d’abord la tête, le cerveau. Et quand Ensuite ça s’est arrangé, parce que vous avez connu je programme et Michel Haumont, que son envie s’est déclenchée.On peut dire : qui joue ! les luthiers… Arthur, qui devait avoir douze ans, a appelé Manu,sur la tournée Plutôt guitare (Rires), avec Jean-Félix, Manu Je pense que c’est La deuxième, c’était Favino. Non, c’était une guitareclassique que j’avais achetée aux Puces, qui n’était tare…que j’aurais tendance à labourer un sillon que j’aidéjà labouré cent fois. On connaît tous ça, les gui- Sinon, ma tendance naturelle à la flemme fait qui a eu l’immense générosité d’accepter de lui en-seigner la guitare, et pas seulement l’instrument pas terrible non plus. Mais je l’avais achetée centballes, donc pas très cher ! Et puis 1967, j’avais 18ans, là j’ai osé pousser la porte de Jacques Favino et taristes, les réflexes, des choses qu’on aime bien etqu’on ne remet pas en cause facilement. d’ailleurs. Il lui a enseigné la musique et une bonnepartie de son humour ! Après, il est allé voir MichelHaumont aussi, pour des choses plus techniques, lui commander une 12 cordes, que j’ai toujours.Après l’atelier Favino, Quéguiner… La troisième chanson, "Les Filles amoureuses ", estune musique de votre f ils, qui joue de la guitare jus-tement… la lecture…qui s’adorent…Après, il a commencé à écrire des chansons. Il m’a Il y avait un "jeu" entre Manu et Michel, Cette dualité lui a été très profitable. Il m’a fait deux jumelles. Du même bois, du mêmearbre, faites par le même homme à neuf ans d’écart.Et c’est vrai que sur scène, qu’on me passe l’une oul’autre, je ne sais pas faire la différence… si je ne laregarde pas ! Parce qu’il y a une petite différence,
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A L’AFFICHE
L’autre Henri, c’est Salvador. Quand je devais avoir 17-18 ans, et que je commençais à maîtriser vague- ment le picking, Salvador m’invitait le jeudi après- midi dans le petit studio de son appartement, place Vendôme, pour que je lui joue du picking, parce qu’il ne savait pas faire ça ! (Rires) La musique de cette chanson est de Manu Galvin, un des guitaristes avec lesquels vous avez une relation privilégiée… C’est un ami. Manu a une idée extrêmement précise de ce qu’il veut entendre avec moi. A tel point que j’ai l’impression quelquefois que quand quelqu’un d’autre m’accompagne, ça le gêne ! (Rires) C’est un des grands médiators de notre pays et de notre époque. La première fois que j’ai joué avec lui, c’était il y a presque trente ans, pour l’anniversaire de l’in- dépendance de l’Île Maurice. Il m’avait demandé de venir chanter. C’était dans un stade, et je crois que c’est Guy Delacroix qui me l’a présenté. On ne s’est jamais vraiment lâchés depuis. C’est un musicien qui vous touche particulièrement… Ouais, une belle âme ! Et ça s’entend. C’est un ma- gnifique soliste, mais quand il accompagne, il ac- compagn ! Il ne cherche pas à briller particulière- ment, il cherche à faire briller la chanson, et ça c’est précieux ! Il n’y a jamais de démonstration de tech- nique, "d’esprit sportif", comme disait Patrice Tison en parlant de la virtuosité. C’est au service de la
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chanson, toujours ! Quels sont les autres guitaristes qui ont compté pour vous ? Il y a Michel Haumont… Un technicien de folie ! Mais ce que je préfère chez lui, ce sont ses compo- ce sont les larmes, qui marquent les repères sur "Rostaing m’a sitions pour une guitare. Ça, c’est terrassant, c’est le manche. Elles sont dans un sens sur la première, beau, plein d’humour, à son image. Un homme dé- et dans l’autre sens sur la deuxième. Raconté que cRolla licieux… Bon évidemment, une tournée avec lui, était allé à algeR on prend vingt kilos! Il a une mémoire de l’hôtellerie Dans cette même chanson, vous citez les guita- ristes qui incarnent pour vous la légende de l’ins- dans un buReau de et de la restauration magnifique, et comme il tourne un peu partout dans le monde, je pense que cette trument… Alors évidemment, Django ! poste, en se faisait mémoire est même mondiale ! Un autre guitariste Django, il n’y en a qu’un, c’est le génie à l’état passeR pouR un qui a beaucoup compté, c’est Le Douarin. pur. J’en avais beaucoup entendu parler par Hubert Rostaing, le premier orchestrateur avec impoRtateuR de Riz, Parlez-nous de ce personnage, qu’on connaît peut- qui j’ai travaillé, qui était le clarinettiste de pouR envoyeR un être un peu moins aujourd’hui… Django. Django était un peu comme une star, télégRamme à pékin A un moment, Le Douarin a arrêté de jouer de la une rock star… Il pouvait rater un concert parce guitare. Après sa mort, sa femme m’a dit : "Si je qu’il était allé acheter un cheval à Vaugirard ! en chinois !" (RiRes) n’avais pas vu des films de toi avec lui, je n’aurais jamais Jimmy, c’est Jimi Hendrix, parce que là aussi, su qu’il était guitariste !" C’était un fils d’ouvrier im- pur génie, gaucher (comme quoi c’était pos- peu oubliée, et c’est dommage... En plus, les femmes primeur, qui est rentré naturellement dans l’impri- sible !). Et puis la guitare électrique magnifiée, solistes n’étaient pas si fréquentes à cette époque- merie, le syndicat du livre et tout ça. Orphelin assez poussée là aussi à l’extrême, les jeux sur le son, là. Et ça m’était indispensable qu’il y ait une femme jeune, il a hérité de son père une petite somme, il les larsens, guitar-hero ! Après, il y a Ida Presti, dans ces guitaristes… "Henri", il y en a deux ! Henri s’est acheté une voiture et une guitare, et il est allé que je préférais beaucoup à Alexandre Lagoya. Crolla, là c’était Django qui arrivait à l’heure au voir le patron : "Bon maintenant, je ne suis plus im- Je les voyais à la télé. Ça a fait partie de mon studio ! Moustaki a eu la photo de Crolla au-dessus primeur, je suis guitariste !" Mais il ne savait pas jouer ! désir de jouer de la guitare. de son lit jusqu’à sa mort… Rostaing m’a raconté Et il s’est mis à bosser… Il habitait une masure près que Crolla était allé à Alger dans un bureau de poste, de Melun, dans le fond du jardin d’une maison ha- Qu’est-ce qui vous séduisait chez Ida Presti ? en se faisait passer pour un importateur de riz, pour bitée par Michel Roques, Patrice Caratini et d’autres, La finesse ! Et la discrétion. Elle ne se mettait envoyer un télégramme à Pékin en chinois ! (Rires) et il apprenait avec eux. Quand j’ai eu mon premier pas en avant. C’est Lagoya qui avait la classe de J’ai retrouvé cet état d’esprit-là chez Le Douarin. engagement en 1972, au théâtre Toursky de Mar- guitare au Conservatoire, mais je me suis laissé Ce sont des mecs qui sont capables de se faire marrer seille, j’avais suffisamment d’argent pour payer deux dire que c’est souvent Ida Presti qui donnait les tout seul. En plus, c’est un guitariste très sensible, musiciens, donc j’ai appelé Caratini, qui était libre, cours ! (Rires) Et puis je trouve qu’elle est un qui a beaucoup accompagné Montand, Trénet… et avant de raccrocher, je lui demande : "Tu ne connais
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pas un guitariste ? - Si, mon voisin !"que ça a commencé. On a travaillé presque dix ans C’est comme ça tourné avant à deux guitares.de creux, je n’avais que deux billets d’avion et deux J’étais dans un moment ensemble. A un moment, chaque fois qu’il prenaitla guitare, Le Douarin avait une crampe sur la chambres d’hôtel. Lui avait besoin de s’écarter un paume. Alors il est allé voir un psychanalyste, et ila compris que comme compositeur, il écrivait des peu de l’influence de son frère, et pour moi c’étaitidéal, parce qu’il connaissait mes chansons par choses qu’il était incapable de jouer comme guita-riste. Donc il est devenu compositeur ! Il s’est mis cœur… C’est un "couteau suisse", il est capable dejouer n’importe quoi. Je lui ai fait faire des trucs ! au piano, et il a fait énormément de musiques defilms, de télé, même de pub. Il a gardé son humour Comme "La Danse" de Nougaro, avec la partie depiano de Maurice Vander… Et il y a eu un autre jusqu’à la fin. Quinze jours avant sa mort (il avaitune tumeur au cerveau), il m’a dit : guitariste, Bob Stanley, un Québécois, Canadienanglais mais de Montréal, à l’hôpital, ils ne m’ont pas gardé, ils avaient pas de "De toute façon, coup. C’est le premier qui a mis de la guitare élec- un mec que j’aimais beau- preuve !" (Rires) trique sur mes chansons. Au moment de jouer, aulieu de dire :de musiciens américains, comme j’étais Français et "Fuck the Dog", comme disent beaucoup Dans la période Plutôt guitare, il y a aussi le dernierdu trio, Jean-Félix Lalanne… qu’il voulait m’honorer, il disait : "Fourre le chien !" Oui, bien sûr. Mais avec Jean-Félix, on avait beaucoup (Rires). Mais il jouait vraiment bien !http://maximeleforestier.net Le Forestier, vu des coulisses © Carole Epinette "Maxime est tout simplement le meilleurchanteur-guitariste acoustique que je con- naisse, et si sa notoriété n’était pas liée à l’au-teur-compositeur-chanteur incontournable © DR qu’il est, il serait tout simplement un extraor- © Manfred Pollert "Après une première tournée très réussie "Je collabore avec Maxime depuis 1991 et je dinaire guitariste sans autre qualificatif. Il est dois dire que c’est toujours pour moi un grand précis, d’une assise sans faille et aussi, et ceci eu l’occasion de collaborer à nouveau avec(Plutôt Guitare) au début des années 2000, j'ai plaisir et un immense honneur. Un plaisir, car est vraiment sa caractéristique, capable d’une Maxime Le Forestier : chaque fois, c'est un il est un artiste complet et d’une grande finesse, polyrythmie assez incroyable. Ces qualités de grand plaisir ! Exigeant avec lui-même, mais tant pour l’écriture des textes que pour la com- guitariste m’ont permis de le considérer comme toujours très ouvert aux propositions que les position.de me confier certains de ses textes pour que je C’est un honneur qu’il accepte parfois un instrumentiste du groupe à part entièredans la conception des arrangements des titres musiciens peuvent suggérer,(et mélomane très averti), il écrit et compose excellent guitariste les mette en musique,le cas pour deux morceaux sur cet album. comme cela a encore été pour la tournéela mesure ou un chanteur est capable déjà de Plutôt guitare. Pour moi, dans des bijoux de chansons depuis un petit mo-ment... Bref, que des bons moments partagés Maxime souhaitait un album très acoustique jouer deux fois de suite la même partie sans avec lui. Son dernier album signale un retour et nous sommes tous très heureux du résultat. accrocher, ralentir ou presser le tempo, en res-pectant le phrasé et le débit d’une chanson, il aux sources dans le dépouillement des arran-gements confiés à chacun des participants, un Je dois d’ailleurs reconnaître que Denis Cari-baux, qui s’est occupé de la prise de son, nous rentre dans la famille exigeante des instrumen- vrai bonheur !" a particulièrement gâtés. La tournée est prévue tistes et, croyez-moi, ceux qui sont capables defaire ça en France sont à compter sur la main Michel Haumont pour la rentrée ; nous avons tous hâte !"Manu Galvin gauche de Django Reinhardt !"Jean-Félix Lalanne
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INTERVIEW
Rickie Lee Jones © Z.Smith
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© DR
Rickie Lee Jones sort un nouvel album, intituléRecord ! La Duchesse Du cooL Kicks, en référence aux chansons qu’elle écoutait à la radio durant son enfance. Depuis quelques années, vous vivez entre le Canadaou La Nouvelle-Orléans. Pourquoi ça ? des jam-sessions avec des amis. Certaines vont bien La Nouvelle-Orléans est une vraie ville musicale plus loin que cela. "Bad Company" de Paul Rodgers premier album, dont j’aime toutes les chansons. et beaucoup d’artistes excellents vivent au Canada. et Simon Kirke m’a marquée la première fois que "Lonely People" d’America me rappelait Neil D’où mes nombreux allers-retours entre ces deux je l’ai entendue, en 1974. C’est la première que j’ai Young ; "Houston" écrit par Lee Hazelwood était spots. enregistrée pour cet album. Je l’ai jouée pendant chanté par Dean Martin, mais c’est Hazelwood qui au président Trump… Cela me permet aussi de vivre sans trop penser toutes ces années, sur scène et entre amis. Ce ne m’intéressait. Enfin, j’ai toujours aimé Steve Miller sont pas des copies, j’aime changer les chansons, et son "Quicksilver Girl". La f ille beatnik au béret, surnommée la "Duchesse duCool", est-elle devenue une cow-girl ? en les "jazzifiant", en les transformant en balladesou, au contraire, en les accélérant. Vous avez entendu certaines de ces chansons à laradio ? Nonde ce que j’écoutais dans mon enfance, et cela se (rire). Mais j’aime explorer toutes les facettes D’où viennent les autres titres ? Lorsque nous vivions dans l’Arizona, ma sœur et passait en Arizona ou à Tacoma… "My Father Gun" d’Elton John est tirée de son tout moi écoutions les stations KRUS et KRID. On leurtéléphonait pour leur demander de repasser des mor- ceaux. C’est sur ces ondes que j’ai entendu "End of Où et comment a été enregistré ce nouvel album ?Dans les studios Belvedere à La Nouvelle-Orléans the World" de la chanteuse country Skeeter Davisen 1962. Mais c’était plus une pop song qu’un hit C’est Michael Napolitano qui l’a coproduit.a travaillé avec Ani DiFranco et sait ce qu’il faut Michael Casey, mais c’est la version de Ray Charles que jecountry. A la même période, il y avait "Cry" de Ruth pour aider une artiste créative. Mike Dillion, le vi-braphoniste de mon groupe de scène, a également connaissais.Le titre "Mack The Knife", je l’ai en-tendu par Bobby Darin et aussi "Satchmo", mais été important au niveau de la coproduction et desarrangements. Beaucoup de ces titres étaient déjà c’est la version du Three Penny Opera de Kurt Weilqui a retenu plus tard mon attention. "Nagasaki" joués sur scène depuis des années, mon groupe lesconnaissait parfaitement. est une chanson des Ipana Troubadours de 1928,rien à voir avec la bombe atomique ! Je l’ai décou-verte par les Mills Brothers, un groupe vocal afro- Vous avez fait appel à des musiciens extérieurs pourles séances ? américain qui a influencé tout le monde, de Sinatraet Dean Martin, en passant par Elvis Presley. C’est La Nouvelle-Orleans, il y a toujours beaucoupde musiciens qui viennent voir ce qui se passe ! Le Quelles guitares avez-vous utilisées ? noyau musical était mon groupe de scène, maison a fait appel à des percussionnistes et des cho- Mes Taylor. J’avais un modèle Custom fait spécia-lement pour moi, mais United Airlines me l’a cassé ristes fantastiques. Il y a toujours une ambiance detravail incroyable dans cette ville, les idées fusent en le transportant en soute. Je ne sais pas commentils ont fait, l’étui était renforcé avec du métal ! Je de partout ! joue aussi sur des Nash, un luthier d’Olympia quiles fabrique pour moi. Une autre acoustique qui Vous jouiez déjà tous ces morceaux à la guitare…C’est un bon moyen de travailler pour se perfec- © DR m’est chère est une Epiphone ¾ de 1961 ou 62.Cette guitare m’inspire beaucoup pour écrire des "Pendant quelque temPs, chansons, je l’adore ! Il m’arrive aussi de jouer une de substitution que je joue presque exclusivementtionner. C’est comme cela que j’ai appris les accords j’ai essayé les oPen comme un ukelélé.guitare style cigar-box à quatre cordes, qui s’accorde qui sonnent plus folk que jazz. Pendant quelquetemps, j’ai essayé les open tunings, mais je me suissur mes Taylor. J’utilise rarement les accords naturels tunings, mais je me suisrendue comPte qu’ils Vous avez été très active ces deux dernières années… rendue compte qu’ils portaient la griffe de JoniMitchell et David Crosby, que j’aime beaucoup, Portaient la griffe Oui, j’ai écrit mon autobiographie, simplement in-titulée mais je ne peux pas me plier au style de quelqu’un de joni mitchell père Peg Leg Jones, un artiste de vaudeville qui Rickie Lee, dans laquelle j’évoque mon grand- d’autre, je dois suivre le mien. et david crosby, Vous avez déjà enregistré deux albums de reprises. que j’aime beaucouP, mais dant que j’enregistrais mon album précédent, de filmchantait et jouait de l’ukelélé. Gail Harvey a réalisé un documentaire pen- En outre, la réalisatrice D’où vient l’idée deCe sont des chansons que je jouais sur scène ou Kicks ? me Plier au style deje ne Peux Pas Arquette y font quelques apparitions. Le film a étéOther Side of Desire. David Crosby et Rosanna The chez moi quand je pratique la guitare, voire dans quelqu’un d’autre." présenté au Sundance Film Festival.Romain Decoret
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INTERVIEW
Martin Taylor © Allen Clark
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Membre de l’Empire britannique, ce qui est rare pour un artiste écossais, Martin Taylor était en vedette lors de la soirée d’inaugurationdu festival FGMAT de Rouyn-Noranda, Canada, avec son groupe The Great Guitars, en compagnie de Frank Vignola, Vinny Raniolo etFibonacci… Laurence Juber. Un succès éclatant et une interview post-concert, avec des précisions sur sa nouvelle guitare, une Fibonacci. Vous vous êtes associé à Frank Vignola,et Laurence Juber sous le nom de The Great Guitars, Vinny Raniolo Quelle est votre orientation musicale actuellement ? pédagogiques. un quartette qui réunit les meilleurs guitaristes acous- J’ai collaboré avec les meilleurs,Alan Barnes, Steve Howe, David Grisman, et mes Tommy Emmanuel, beaucoup plus difficilement que les générations La raison principale est que j’ai appris tiques de votre génération. Comment est né ce groupe?Nous nous connaissons tous depuis assez longtemps, albums en solo sont constamment réédités. Même suivantes. Django, que faisait-il et comment ? Il afallu que je connaisse des gens qui avaient été mais le premier que j’ai connu est Laurence Juber,parce qu’il vient de Londres. si j’ai connu des succès, je ne crois pas qu’un énorme proches de lui, comme Stéphane Grappelli ou IkeIsaacs, pour comprendre son jeu. Aujourd’hui, c’est avec Ike Isaacs, qui est mon influence principale. Il a appris l’instrument tube puisse libérer au point de pouvoir faire toutce que je veux, comme George Benson ou John Plus tard, Williams. Barney Kessel a pris un jour le temps de beaucoup plus facile avec le net : j’enregistre dio : Laurence est un sessionman qui joue dans tous nous nous sommes vus sur scène et en stu- m’expliquer que le succès signifie que tu ne peux plus constamment des leçons pour que les jeunes gui- les styles, un guitariste venu du classique, mais qui jouer ce que tu veux parce que tu as pris certaines taristes puissent apprendre de visu. Le risque estque cela peut les rendre paresseux ou démotivés… joue surtout du jazz en fingerstyle. Il est égalementguitariste électrique et a fait partie pendant plusieurs Ce qui est facilement acquis on line n’est pas for-cément attachant ou attirant. années de Wings avec Paul McCartney.trumentiste complet qui correspond bien à ce que Bref, un ins- Quelles sont vos influences musicales ? je voulais faire avecmais rapprochés par une certaine versatilité. The Great Guitars : tous différents Je joue avec les doigts de la main droite, mais aussiavec un médiator ou parfois un onglet. Dans mesinfluences, il y a Django, bien sûr, mais aussi Merle Frank Vignola est très proche de vous…Frank est un partenaire de choix, Travis, qui a beaucoup compté. Puis Chet Atkins sons et jouons ensemble depuis longtemps. Il est nous nous connais- et dans un autre ordre d’idée Ted Greene, KennyBurrell, Joe Pass, Wes Montgomery… Le jeu des aussi passionné de Django que moi.est un jazzman de Long Island et du New Jersey, A la base, Frank pianistes a été une importante source d’inspiration,Fats Waller, Bud Powell, et particulièrement Art une école qui a une longue tradition, de GeorgeVan Eps et Tal Farlow à John Pizzarelli et son père Tatum, à qui j’ai consacré un album,Tribute to Art Tatum. Sketches : A Bucky. Nous avons enregistré ensemble un disque, ville, David Grisman. Frank et moi avons un pointFirst Time Together, avec le mandoliniste de Nash- Comment conciliez-vous des styles aussi différents ?Je les travaille et je ne les oublie pas ! Evidemment commun important : nous avons tous deux com- j’ai des phrasés clés, un vocabulaire musical autour continents différents. Nos pères étaient tous deuxmencé la guitare très tôt, à l’âge de cinq ans, sur des duquel je peux changer. Entre 40% et 90% de ceque je joue est improvisé en me laissant guider par musiciens et la première musique qui nous a inspirésétait le Quintette du Hot Club de France. ce vocabulaire principal. Mais je ne joue pas autantque pourrait le croire l’auditeur, une bonne partiede cela est du domaine de la suggestion. Les bases Un mot sur Vinny Raniolo, le partenaire idéal pourFrank et vous ? consistent à jouer deux ou trois parties différentes,basse, rythme et mélodie. C’est la coordination qui Il est le "homeboy" de Frank Vignola, ils ont en-registré plusieurs albums ensemble. Quand Frank est difficile. Après la coordination vient le feeling,qui suggère une section rythmique de jazz jouant a eu un terrible accident de voiture l’année dernière,Vinny s’est occupé de lui et l’a coaché pour reprendre © Allen Clark derrière moi. C’est comme apprendre à lire, d’aborddes mots, puis des phrases entières. Quand je joue, sa guitare après sa convalescence. Vinny est le gui-tariste indispensable dans un quartette de musiciens "BarneyKessel pas réellement, ou plutôt dès que je commence uneje pense en terme de phrases entières, et je n’y pense gypsy style, c’est lui qui joue la pompe, mais il vabien au-delà d’un simple guitariste rythmique. m’aexpliquéquele phrase, je pense déjà à la suivante. C’est un gimmickque j’ai appris chez les pianistes… succèssignifieque Allez-vous enregistrer un disque ensemble ?Nous sommes un groupe de scène. The Great tunepeuxplusjouerce Quelle guitare jouez-vous ?Des Fibonacci que j’ai dessinées moi-même. Le Guitars est très demandé, mais nous sommes tous quetuveuxparcequetu nom vient de la suite de Fibonaccinombres dans laquelle chacun est la somme des deux (Une suite de registrer, nous sommes tous bien établis dans le bu-occupés chacun de notre côté. Pour ce qui est d’en- aspriscertaines nombres qui la précèdent : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, siness et il est difficile de trouver des arrangementsentre nos différents agents et managers, même si décisions artistiques. L’idée d’être constamment audécisionsartistiques." 34, 55, etc, ndlr)plusieurs luthiers talentueux plutôt qu’un seul. Avec. La raison de ce nom est que j’utilise nous avons d’excellents concerts enregistrés. Nous sommet de la vague et d’y rester, ce n’est pas la réalité, Mike Vanden, le luthier écossais qui fabriquait mes une version de "Cherokee", mais il faudrait d’autresavons aussi enregistré, dans un studio du New Jersey, pour personne. Du moment que je progresse un guitares, le prix oscillait entre 40 et 50 000 dollars. morceaux. Artistiquement, il n’y a aucun problème petit peu chaque fois, ça me va, et il en a toujoursété ainsi. Maintenant que j’ai atteint la soixantaine, Désormais, un top-luthier se limite au manche,tandis que d’autres s’occupent de la tête, des méca- entre nous. Il suffit de nous asseoir ensemble avecnos guitares et les morceaux coulent d’eux-mêmes. je pense surtout à montrer ce que je fais et commentje le fais. Cela passe notamment par des DVD niques, de la table et du chevalet. Ce qui ramène leprix total à 5000 dollars. Romain Decoret
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LÉGENDE
CURIEUSEMENT, DJANGO SE RETROUVE UN PEU "EN DEHORS DU COUP"
AU TOUT DÉBUT DE L’AVENTURE ITALIENNE. EST-CE PARCE QU’IL PRÉFÈRE
S’ADONNER À LA PEINTURE ? OU BIEN QU’IL NE TROUVE PAS L’AFFAIRE
SUFFISAMMENT "JUTEUSE" ?
© Collection Alain Antonietto
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DJANGO
REINHARDT
STÉPHANE
GRAPPELLI
Janvier-févrierretrouverontoccasion un de ses plus éblouissants récitals. La réédition chez Label Ouest de l’intégralité de ces faces (63 titres réunis en un coffret jamais 1949 plus: le guitariste derrièreLA DERNIÈRE SÉANCE unet lemicro. violoniste C’est 3 CD, entièrement remasterisés) permet d’évoquer une nouvelle fois la collaboration de ces deux musiciens de légende. graventaussi la leurs dernière dernières fois que faces Django ensemble enregistre à Rome, à la dans guitare les studiosacoustique, de la livrant RAI. Ils Reiner Thomas à necette se France, soit la seconde moitié des années 30, spé-cialement les années 1937-39, qui marquent l’apo-A croisent plus aussi souvent qu’à l’époqueglorieuse du Quintette du Hot Club de près-guerre, Django et Stéphane ne se gée de leur collaboration. La séparation due à laguerre (Stéphane restera à Londres) et l’intérêt deDjango pour la "nouvelle musique" (le be-bop, incarné par Charlie Parker et Dizzy Gillespie, queDjango rencontrera à l’Apollo de Harlem en jan-vier 1947 et qu’il reverra à Paris l’année suivante) les éloignera quelque peu. Ils se retrouvent tout de 1946), des concerts (à Pleyel en 47, à l’ABC en 48)ou des tournées. Avant l’ultime épopée italiennede fin 48-début 49, la dernière en date remonte aumême pour des séances d’enregistrement fameuses("La Marseillaise", rebaptisée "Echos de France", en Scandinavie (mai).printemps, les deux hommes s’étant produits suc-cessivement en Grande-Bretagne (mars-avril), puis © DRClub Astoria, Milan, dans les années 50 AC #68 • 27
LÉGENDE
de Django, accompagné, pour l’anecdote, par son premier fils à la guitare rythmique, Henri "Lousson" Baumgartner, alors âgé d’à peine vingt ans.
MILAN
Curieusement, Django se retrouve un peu "en de- hors du coup" au tout début de l’aventure italienne. Est-ce parce qu’il préfère s’adonner à la peinture ? Ou bien qu’il ne trouve pas l’affaire suffisamment "juteuse" ? Ou que son engagement à Bruxelles l’ait empêché d’honorer les premières dates avec Sté- phane ? Toujours est-il que c’est son frère Joseph qui officie avec le violoniste à Milan début décem- bre, pour un engagement au Ciro’s (un club un peu "snob") et un concert au Teatro Nuovo. En fin d’an- née (à partir du 26, jour de la Saint-Stéphane !), Grappelli a négocié un nouvel engagement de deux mois à l’Astoria, un autre club de la ville, où il doit jouer cette fois avec Django, qui arrive sur place la veille de Noël, "après un voyage long et fatigant" (selon le témoignage de Roberto Nicolosi, musicien et observateur avisé de cette séquence).
L’ASTORIA
Contre toute attente, c’est Django qui, l’après-midi du 25, fait répéter l’orchestre, au sein duquel se trouve Franco Cerri, un des meilleurs guitaristes de jazz italiens. Ici, le témoignage de Nicolosi bat en brèche les clichés circulant fréquemment sur le génial Manouche, trop souvent accusé de "dilet- tantisme" : "Inutile de dire qu’il nous a tous complè- tement convaincus. Technique parfaite, style mélodique classique avec nette influence des "reboppers", et en plus un esprit et une capacité à communiquer stupéfiants. Même le propriétaire et les serveurs de l’Astoria, qui à cette heure nettoyaient le local, ouvraient grand les yeux et les oreilles en les écoutant." Cerri conf irme : "En concert, Django prenait des solos incroyables et après il me disait : "Vas-y toi maintenant !". Mais en fait, © Collection Joseph Oldenhove Reinhardt & Grappelli à Stockholm, mai 1948
WEBSTER
Fin novembre-début décembre, Django joue à Bruxelles en compagnie du clarinet- tiste Hubert Rostaing. Il y achète un ma- gnétophone Webster, appareil alors com- plètement nouveau. Cela provoque en lui un tel engouement qu’il intitulera ainsi ("Webster") l’un de ses nouveaux thèmes, seule compo- sition originale inédite enregistrée quelques semaines plus tard à Rome avec Stéphane (en dehors de "Troublant Boléro", déjà capté à Bruxelles au Théâtre des Galeries, et de l’"Im- provisation N°4", pièce pour guitare seule). "Nous passions les après-midis à nous amuser avec cet appareil, explique Rostaing. Ainsi, nous en- registrions tous les bruits possibles d’animaux afin d’amuser son fils (Babik, ndr). Et c’est avec l’ap- pareil de Django qu’on enregistrait là-bas le concert dont on a fait un disque." En dehors de quelques séances radiodiffusées et rares extraits de concerts, Bruxelles 1948 est en effet le seul album "live"
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ce qu’il faisait était si extraordinaire qu’après l’avoir "EN CONCERT, DJANGO de ce séjour à Rome et de cette ultime aventure mu- entendu jouer si bien, je ne savais plus quoi faire…" PRENAIT DES SOLOS sicale commune ourdie avec son illustre partenaire. Malheureusement, l’enthousiasme ne sera que de
INCROYABLES ET APRÈS
C’est aussi la première fois que le violoniste vient courte durée. Cerri nous en explique la raison : jouer en Italie (bien qu’il ait visiter ce pays à plusieurs "Le local était fréquenté par des "Commenda" (Com- IL ME DISAIT : "VAS-Y TOI reprises depuis l’avant-guerre, afin de rencontrer sa mandeurs de la Légion d’Honneur, ndr), accompa- MAINTENANT !". famille). Quant à Django, il est de bonne humeur. gnés de leurs femmes. Notre répertoire était jazz, un L’orchestre commence à être rodé, la musique tourne style qui n’était pas toujours apprécié. Je me souviens
MAIS EN FAIT, CE QU’IL
et les amateurs sont au rendez-vous ! A qui devra- qu’un couple de clients s’était approché de l’estrade de FAISAIT ÉTAIT SI t-on cette proposition d’enregistrement, qui leur l’orchestre pour demander de jouer "La Vie en Rose", EXTRAORDINAIRE permettra de surcroît de graver sur place près de 70 sans nous en prier d’ailleurs. Ainsi Django le joua, mais titres avant la fin de leur engagement (dont quelques- à sa manière, en style jazz bien sûr. Peu de temps après, QU’APRÈS L’AVOIR uns malheureusement sont perdus faute de support ce couple revint nous demander "La Vie en Rose". ENTENDU JOUER SI BIEN, suffisamment fiable) ? A Livorness encore ? Une Ils ne s’étaient pas rendu compte que nous venions de
JE NE SAVAIS PLUS
chose est sûre, cela ne s’est pas fait en un jour ! Mais le jouer. Ils allèrent se plaindre au gérant du local, qui l’homme a le bras long. Un accord est passé avec la pour toute réponse décida de nous licencier." Engagés QUOI FAIRE…" radio italienne, qui met à disposition ses studios en initialement pour deux mois, Django et Stéphane échange de quelques radiodiffusions. Django et se retrouvent donc désœuvrés au bout de quinze Stéphane en profitent pour égrener leurs succès jours. Qu’à cela ne tienne… d’avant-guerre ("I Saw Stars", "After You’ve Gone", sans Grappelli, pour jouer dans un autre club, l’Open "Night and Day"…), passer en revue une série de LA RUPE TARPEA Gate), notre guitariste, au lieu de profiter de la leurs compositions ("Djangology", "Daphné", A quel contact le violoniste et le guitariste doivent- luxueuse chambre de l’hôtel Alexandra qui lui était "Minor Swing", "Nuages"…), non sans lorgner au ils le nouvel engagement de longue durée qui s’offre réservée, préférait aller dormir dans les roulottes passage (le mal du pays ?) vers la chanson française, à eux à Rome ? Est-ce à l’intervention de Christian d’un cirque gitan installé Piazzale Clodio? "Je ne peux qu’ils ont d’ailleurs fréquentée l’un et l’autre en leur Livorness, amateur éclairé et agent à ses heures, ou pas m’endormir si je ne sens pas le vent me siffler dans temps ("Ménilmontant", "La Mer", "Pigalle"…), à celle du contrebassiste et membre du Hot Club les oreilles", aurait déclaré Django. Possible. tout en se lançant dans les succès du jour et le de Rome Carlo Loffredo, qui se joindra parfois à répertoire plus moderne ("Nature Boy", "All the la section rythmique durant leur séjour ? Les deux EN STUDIO Things You Are", "It Might as Well Be Spring"…). influences se sont peut-être "combinées" pour En tout cas, guitare et violon aidant, nos deux Pour autant, ils ne sacrifient à aucun "revivalisme", convaincre leur interlocuteur, en l’occurrence le pa- hommes passent du bon temps ensemble. Stéphane s’exprimant l’un et l’autre avec une constante fraî- tron de la Rupe Tarpea, un établissement prestigieux, conservera d’ailleurs toujours un souvenir heureux cheur tout au long des 63 plages conservées – qui accueille nos artistes au Jicky Club. Django, en particulier, offrant là le der- Entre-temps (avant ? ou après ?), les nier état de sa pensée sur l’instrument deux hommes se produisent, probable- acoustique (d’où le caractère éminem- ment en duo (Stéphane accompagnant ment précieux de ce document sonore). souvent Django au piano), dans un "gi- Entre eux, en tout cas, la complicité gantesque cinéma" (dixit Grappelli), le semble être à son comble, comme si sur Metropolitan de Naples, alors fraîche- leur musique, surgissement permanent, ment inauguré. Mais à Rome, nos deux le temps n’avait pas de prise. protagonistes reçoivent le soutien d’une rythmique locale, emmenée par le pia- Quatre ans plus tard, le temps va p niste Gianni Safred, auquel s’adjoignent ourtant rattraper Django, laissant son le contrebassiste Carlo Pecori et le bat- partenaire définitivement orphelin. C’est teur Aurelio de Carolis. C’est donc bien à Rome, où il se trouve retenu par un un quintette, mais distinct de la célèbre engagement, que Stéphane apprendra formule du quintette à cordes, qu’aura le décès de l’étonnant duettiste de sa l’occasion d’entendre le public du club jeunesse. Sur le carnet de cette année- pendant ces quelques semaines. "La là, où il a pris l’habitude de noter tout Rupe Tarpea, précise Livorness, est un ce qui lui arrive, à la date fatidique, cabaret assez chic de Rome ; il se divise en le violoniste a écrit le prénom de son deux parties. Dans l’une, c’est le restaurant, ami en gros caractères, flanqué d’une où un orchestre joue pendant le dîner et où croix. l’on présente toutes sortes d’attractions. Mais laissons à Roberto Nicolosi (dont L’autre partie est réservée au dancing, le témoignage, passionnant à plus d’un qu’animent deux orchestres. Le Quintette titre, est reproduit en intégralité dans le faisait danser dans le cabaret et passait en livret du coffret Label Ouest) le mot de attraction, pendant une pause, dans la salle la fin, qui éclaire d’un jour nouveau cette du restaurant." Fort heureusement, ni musique saisie sur le vif il y a tout juste les danseurs ni les dîneurs n’empêche- 70 ans : "Ce qui m’a le plus émerveillé ront Django et Stéphane d’y recueillir chez Django, justement en l’écoutant long- "beaucoup de succès", selon les propres temps, c’est la continuité de son rendement, termes de Livorness. Mais doit-on le niveau toujours élevé de son inspiration, croire tout à fait Loffredo lorsqu’il pré- l’esprit toujours en éveil avec lequel il se tend que cette année-là (car Django re- jette dans les chorus, en deux mots son viendra à Rome l’année suivante, mais © Collection Cristina Safred absolue sincérité !" Gianni Safred
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SOMMAIRE PÉDAGO
Saisissez le code AC68summer pour télécharger les playbacks et vidéos pédagogiques de ce numéro sur : www.guitaristmag.fr/pedago Master-class 32 L’art de l’accompagnement Par Joël Favreau Théorie 38 Les II-V-I Par Eric Gombart Picking 40 Ragtime Blues Par François Sciortino Jazz manouche 44 A la manière de Swing 42 Par Clément Reboul Acoustic Blues 48 Natural Minor Mood Par Jimi Drouillard Master-class 52 Le travail main droite Par Sanseverino Le coin de la chanson 56 The Thing is Gold Par Idhai Amérique Latine 59 Ojos Azules Par Norberto Pedreira Tracklist 62
VIDÉO
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MASTERCLASS
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© DR
Joël Favreau L’art de l’accompagnement baigne dans ses chansons, y compris en les chantant moi-même, ce qui m’a donné un regard un peu différent.dont j’ai été l’accompagnateur, en faisant pour lui la deuxième guitare. Ça fait donc quelques années que jeBonjour à tous. J’ai "blanchi sous le harnais" au contact de Georges Brassens, Là, je voudrais vous parler de ce que je fais quand je suis tout seul à la guitare. Comme il jouait avec un contrebassiste, Brassens se limitait le plus souvent aux accords de "base". Quand on se retrouve seul à la guitare, on peutessayer de "développer" un peu plus. Mais n’oublions pas que le principal, c’est de chanter. La guitare reste un outil, qui doit nous aider à fournir un groove pour nous appuyer dessus, sans perdre de vue l’essentiel. On peut parfois ne pas faire la "pompe Brassens" dans toute son intégralité, pour alléger un peu, de temps en temps.Ensuite, il faut essayer si possible de trouver des jeux de basses.ExEmplE 1 : Le ParaPLuie
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MASTERCLASS
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MASTERCLASS
ExEmplE 2 : Le Mouton de Panurge Là aussi, remarquez le petit jeu de basse. Je cherche toujours le ton qui me convient le mieux pour la voix. D’où l’utilité du capodastre, n’en déplaise à Auguste Zurfluh ! 1
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ExEmplE 3 : lE GorillE Voici un exemple de pompe ternaire, avec un peu plus que deux accords, si on veut ! 1 © Joël Favreau
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ExEmplE 4 : PénéloPe Celle-ci, essayez de la faire à votre façon ! Au cours de mes voyages, j’ai pu me rendre compte à quel point Brassens était universel, dans le temps et dans l’espace. Il nous a livré un terrain de jeux, un cadeau que chaque musicien peut développer à sa façon, en apportant son propre éclairage. On n’en finit pas de faire des découvertes ! 1
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THÉORIE
Par erIc gombart Les II-V-I La cadence II-V-I est une suite de trois accords très fréquente dans la musique tonale. Pour retrouver ces degrés, il suffit d’empiler des notes espacées d’intervalles de tierce et de les jouer ensemble.C’est comme ça qu’on fabrique des accords. Par exemple : do, mi, sol, si nous donnent le 1elle est constituée des trois degrés II, V et I. 2 majeur (C7M). Puis on fait de même en partant de chacune des notes de la gamme de Do. On obtient ainsi lessept degrés de la tonalité de Do majeur. D’où ce II-V-I en Do majeur : Dm7-G7-C7M. er degré (I) en Do La gamme De Do majeur accorDs à 4 sons en Do majeur PosItIons Des accorDs à 4 sons (Do majeur) II-V-I en Do majeur On peut faire la même chose dans toutes les tonalités. A laguitare, il est important de savoir retrouver ces cadences en au long du manche.Do et en Sol pour commencer à avoir une bonne vision tout
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THÉORIE
lEs 7 dEgrés En sol majEur 2 II-V-I En sol majEur ExEmplE dE II-V-I mInEur (En do) Je vous invite à chercher d’autres combinaisons de II-V-I sur votre guitare et dans d’autres tonalités. Ci-dessous, quelques exemples de base. Il est important d’entendre le chemin harmonique des notes aiguës dans cette cadence. On appelle cela des voicings. Il en existe une multitude, et c’est sur ce point qu’il faut vous pencher. Cherchez, écoutez, inventez… c’est un travail qui peut prendre du temps, mais qui est passionnant. Les résultats se feront vite entendre dans votre jeu d’accompagnement, mais pas seulement. A vous de jouer ! ExEmplEs dE II-V-I
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STYLE PICKING
pAr FrAnçOiS SCiOrTinO Ragtime Blues Ce "ragtime blues" fait écho au style de Stefan Grossman et de tous les bluesmen qui l'ontinfluencé... On y retrouve aussi la patte de Merle Travis, Marcel Dadi et Chet Atkins. 3-4 Basses alternées, bends, slides, arpèges style "ragtime", voilà de quoi vous immerger dans le ragtime blues ! Cette pièce sonnera à tempo rapide, mais aussi plus lent, suivant le caractère que vous voudrez lui donner. Un seul mot d'ordre, le swing ! 28 Keep on picking ! www.francois-sciortino.fr - f.sciortino@wanadoo.frFrançois Sciortino
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JAZZ MANOUCHE
PAR Clément ReBoul L’Anatole Bonjour à tous. Dans cette leçon, je vais vous donner quelques astuces sur une cadencetypique du jazz manouche : l’Anatole. Pour illustrer mes explications, vous pourrez 5-7 vous entraîner sur le morceau "Swing 42" de Django Reinhardt. 29-30 thème et une improvisation.La version enregistrée en vidéo contient une petite intro en accords, le de ce morceau.A écouter, bien entendu, les différentes versions enregistrées par Django la transcription intégrale de cette version en notes et tablatures.en Do majeur et le B est un Anatole en Mi majeur. Vous pouvez retrouverLa structure de ce morceau correspond à AABA. Les A sont des Anatoles me contacter pour me poser des questions, vous pouvez le faire via monsite internet :Si vous souhaitez en apprendre plus sur la guitare jazz manouche ou www.apprendre-le-jazz-manouche.com
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JAZZ MANOUCHE
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,JAZZ MANOUCHE
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ACOUSTIC BLUES
pAr JIMI DrouIllArD Natural Minor Mood 8-9 Bonjour à tous et bienvenue dans cette rubrique Acoustic Blues. Aujourd’hui, je vous ai concocté un petitmorceau basé sur une harmonie mineure naturelle. Il se nomme "Natural Minor Mood". J’ai sorti la nylon, qui va bien dans ce style un peu ballade. 31 A/C#. On pourrait rajouter des 7Nous sommes en Ré mineur (relatif : Fa majeur), et la suite harmonique est simple :Dm, Em7/b5, F, Gm, Am, Bb, C(7), Dm.J’ai remplacé le Em7/b5 par un accord que j’adore, C/E (C avec sa tierce à la basse). On rencontrera aussi d’autres accords du même type : F/A,èmes à ces accords. Bonne écoute pour ce "Minor Mood". Merci à tous !N'hésitez pas pour plus d'infos : jimid@free.fr Jimi D.
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MASTERCLASS
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Par Sanseverino Le travail main droite Je vais vous montrer quelques trucs qui concernent l’importance de la main droite,surtout quand on s’accompagne en chantant ou qu’on joue tout seul de la guitare. En l’absence de batteur, la main droite sert de "batterie". ExEmplE 1 :En fait, l’idée est simple, si je suis tout seul et que j’ai envie que ça chauffe plus, il s’agit juste "d’exagérer" la main droite de temps en temps. Par stylE folk exemple en frappant la guitare et la caisse en même temps. Ça donne plus de bas et il y a un effet de percussion.
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MASTERCLASS
10 ExEmplE 2 : stylE mixtE On peut également mélanger les styles (swing, folk, blues) pour varier les plans rythmiques. ExEmplE 3 : stylE swing Avec une grille un peu plus "swing", je laisse traîner du son pour "remplir", en utilisant par exemple la "moulinette", pour rester en contact avec les cordes (cf. vidéo).
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MASTERCLASS
10 © Philippe Cabaret ExEmplE 4 : stylE bluEs Pour ce style-là, je tape de plus en plus sur la guitare !
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MASTERCLASS
10 ExEmplE 5 : stylE valsE J’ai décidé de la faire un peu "crade". Regardez bien la vidéo pour choper la gestuelle ! Ici, le médiator ne lâche quasiment jamais les cordes. En conclusion : la main droite, c’est la batterie !
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LE COIN DE LA CHANSON
PaR idhai The Thing is Gold Voici un titre qui est un hommage à la lumière, à notre soleil, notre seul Œil... (incluant basse, batterie, clavier et guitare électrique), sous le nom : "idhaï Õm"Ce morceau est également disponible dans une version avec notre groupe(lien vidéo sur le Cd-Rom). https://www.facebook.com/idhaï-Õm 11-12 Mais cela n’est possible que grâce à la lumière, ce Blanc Doré... Même la nuit, nous en avons, cela se reflète sur la lune!Et si tout était inscrit dans la lumière ?Se pourrait-il que cela, telle notre "âme" ou notre "amour", n’appartienne pas à notre corps, mais à l’extérieur ? Car oui, l’on voit les couleurs, la matière ! 32 "The Thing is gold"
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LE COIN DE LA CHANSON
Guitare 1 Attention, pour ma partie (guitare d’accompagnement), notez bien que j’utilise un capodastre placé à la 2ème case. Idhai 11-12 32 Mises en place Guitare 1 + Guitare 2 Guitare 2 Nous sommes ici en présence d'un morceau ska à 122 bpm en Do# mineur, dernier cycle. à deux accords par mesure : F#m/C#m - B/C#m, soit IV/I - VII/I, le Le riff du couplet reprend le motif du thème, plus funky, épuré de cer- VII (B) remplaçant le V (G#m), par substitution diatonique, car deux taines notes et muni de plusieurs ghost notes, toutefois une octave plus notes en commun (Si et Ré#), ce qui correspond à une variante de la grave et en palm-mute pour mieux s'insérer dans le mix. Apparition des cadence complète : IV/I - V/I. mises en place en double-stops - écarts de sixte - créant une césure ryth- Le thème se construit sur la gamme de C#m, en ciblant les fondamen- mique, reprise plus tard sur le pont (voir fin de la démo). tales des accords ou également la quinte, notamment en fin de phrase, Sur le refrain, dans la version électrique, une pédale de delay est employée afin de relancer un nouveau cycle, en finissant sur la tonique pour le tout à la croche pointée afin de simuler un jeu en doubles croches. En effet,
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LE COIN DE LA CHANSON
chaque note précédant celle en cours est répétée un quart de temps plus descendantes, toujours en C#m, ce qui donne une coloration lydienne sur tard. Concrètement, je joue seulement les croches en intervalles de tierces l'accord A et mixolydienne sur B (cf. vidéo). Nicolas Hoch 11-12 32
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AMÉRIQUE LATINE
PAR NORbeRtO PedReiRA Le Huayno Je vous présente ici un arrangement de "Ojos Azules",l’une des compositions les plus connues de Huayno. Cette version prend quelques libertés sur le plan harmonique, afin de l’enrichir. 13-15 Le Huayno est une danse d’origine préhispanique et un important de "Ojos Azules" et la manière de jouer le rythme du Huayno à laSur la vidéo, vous trouverez des explications sur la ré-harmonisation musique très caractéristique du sud du Pérou, du centre-sud de laVariant en fonction des traditions locales ou régionales, c’est une genre musical, toujours très présent parmi les peuples des Andes. guitare. 33 Bolivie, du nord de l’Argentine et du nord du Chili. http://norbertopedreira.fr Avec l’aimable autorisation de IMD Editions (Recueil de pièces sud-américaines, éditions I.M.D., diffusion Arpèges, Referencias IMD 929)
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AMÉRIQUE LATINE
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TRACKLIST PÉDAGO
6. Exemple 6
7. Exemple 7
8. Exemple 8
master-class 9. Exemple 9 Par Joël Favreau 10. Exemple 10
1. L’art de l’accompagnement 11. Exemple 11
Théorie Harmonie à 4 sons Par Eric Gombart 12. Exemple 12
2. Les II-V-I 13. Exemple 1314. Exemple 14
Picking Harmonie mineure naturelle Par François Sciortino 15. Exemple 15
3. Ragtime Blues 16. Exemple 16
4. Explications 17. Exemple 17
18. Exemple 18
Jazz manouche Par Clément reboul Harmonie mineure harmonique
5. A la manière de Swing 42 19. Exemple 19
6. Play-back 20. Exemple 20
7. Explications 21. Exemple 21
Harmonie mineure mélodique acoustic Blues 22. Exemple 22 Par Jimi Drouillard
8. Natural Minor Mood mineur mix
9. Explications 23. Exemple 23
24. Exemple 24
master-class Par Sanseverino Blues
10. Le travail main droite 25. Exemple 2526. Exemple 26
27. Exemple 27
le coin de la chanson Par idhai
11. The Thing is Gold
12. Explications
Picking amérique latine Par François Sciortino Par Norberto Pedreira 28. Ragtime Blues
13. Ojos Azules
14. L’harmonie Jazz manouche
15. Le rythme Par Clément reboul
29. A la manière de Swing 42
30. Play-Back
acoustic Blues Cahier de vacances Par Jimi Drouillard Par Jimi DrouillarD 31. Natural Minor Mood Formation des accords le coin de la chanson
1. Exemple 1
2. Exemple 2 Par idhai
3. Exemple 3 32. The thing is gold
Harmonie à 3 sons amérique latine
4. Exemple 4 Par Norberto Pedreira
5. Exemple 5 33. Ojos Azules
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QUESTIONS DE LUTHERIE
TÊTES CASSÉES
STÉRÉO
& GARANTIE LUTHIER
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Avant de partir en vacances, je vous propose de répondre à quelques questions que nos articles précédents ont soulevées. Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à contacter directement la rédaction du journal (acoustic@editions-dv.com) ou adressez-vous à votre luthier. Texte & photos : Richard Baudry Mon f ils a fait tomber ma guitare et la tête est cas- d’années et qui ait déjà réalisé plusieurs instruments. sée. Est-ce réparable ou ma guitare est-elle f ichue ? Discutez avec lui de son parcours. Comment a- (Photos 1 & 2) t-il appris le métier ? Pendant combien de temps ? Quentin Evitez des luthiers assez débutants avec des tarifs Les luthiers voient beaucoup de guitares à tête de fabrication exorbitants. Le prix ne veut rien dire, cassée défiler dans leur atelier. Souvent, le client car le luthier fixe lui-même ses tarifs. est en panique, mais c’est bien souvent plus im- Photo 1 Ce qui vous attirera sans doute chez tel ou tel pressionnant que grave. Premier réflexe, adressez- fabricant, c’est l’esthétique de ses instruments. Cela vous à un luthier. N’essayez surtout pas de faire la doit vous correspondre. Ensuite, il y a l’acoustique, réparation vous-même. Il existe des techniques mais pour cela, difficile de conseiller, le son étant particulières de recollage, il faut s’y connaître. Si un facteur très subjectif et un choix personnel. la cassure est nette et que c’est bien réparé, la tête D’une manière générale, il est important de vous de l’instrument sera plus solide qu’avant et en cas rendre dans son atelier, même s’il habite loin de de rechute, la cassure se produira ailleurs. Le plus chez vous, afin de vous faire une idée de son travail. cher et le plus compliqué en cas de tête cassée, ce La relation entre le client et le luthier est basée n’est pas le recollage, mais les finitions esthétiques avant tout sur la confiance. Regardez ses fabrica- comme les retouches de vernis. Le luthier doit vous Photo 2 tions de près : observez les détails comme les jonc- donner la possibilité de recoller avec ou sans re- tions de filets, c’est un bon moyen de se rendre touche de vernis, selon votre budget et la valeur de Depuis quelques années, j’ai envie d’acquérir une compte de la qualité du travail. L’intérieur de la la guitare, car les tarifs peuvent varier du simple au guitare de luthier, car je souhaite un instrument guitare aussi est un gage de qualité : celui de la triple, et il n’est pas toujours judicieux de dépenser complètement adapté à mes besoins et qui regroupe- caisse doit être propre. Si le luthier est conscien- 300 euros de réparation pour une guitare qui en rait les qualités des trois autres guitares de série avec cieux, la lutherie doit être aussi parfaite à l’intérieur vaut tout autant. lesquelles je joue. Mais je n’ose pas franchir le pas. qu’à l’extérieur ! J’ai peur de me tromper et de regretter mon investis- Est-ce que si je fais équiper ma guitare de deux cap- sement. Comment choisir son luthier et être certain Existe-t-il une garantie sur les guitares de luthier teurs, je pourrais avoir une pseudo stéréo ? Je cherche de la qualité de ses fabrications ? et que couvre-t-elle ? en effet à avoir deux signaux différents pour les traiter Philibert Anthony avec des effets différents. Je souhaite également faire Merci, Philibert, pour cette démarche. Il est vrai Autant nous sommes au courant des garanties des des percussions sur la caisse de la guitare. Que me que le nombre croissant de luthiers en France per- guitares de série, autant chez un luthier, on peut conseillez-vous comme système? Merci d’avance pour met une offre plus large en matière de lutherie, se demander quel recours on a en cas de problème. vos conseils. (Photo 3) mais du coup, il n’est pas facile de choisir celui qui Rassurez-vous : les garanties fonctionnent géné- Kévin vous correspondra le mieux. Primo, il est impor- ralement mieux chez un artisan indépendant qu’au- Le système K&K PowerMix Pure XT est le seul tant de choisir un luthier qui a pignon sur rue, qui près d’un service après-vente de grosse marque, système que je connais qui propose une sortie jack soit installé à son compte depuis un certain nombre difficilement accessible. Vous pouvez vous rensei- en stéréo. Le PowerMix XT présente trois capteurs gner sur les garanties lors du choix de votre luthier. piézo sous le chevalet et une barrette piézo sous Je ne peux pas parler au nom des autres artisans, le sillet. Vous pourrez donc faire des percussions mais pour ma part, les instruments que je fabrique sur la guitare avec ce système. Sinon, il vous faudra sont garantis à vie contre tout vice de fabrication. installer deux systèmes différents sur l’instrument, Je me souviens qu’un de mes clients était amusé ce qui génère deux entrées jack. Cela peut être que je lui précise que mes manches étaient garantis mutilant pour la guitare et gênant si vous décidez à vie. Personne ne le lui avait dit. Et pourtant, en plus tard de changer de système d’amplification. faisant cela, je rassure le client quant à la qualité Dans tous les cas, nous vous conseillons de bien de mes fabrications et à mon assurance vis-à-vis vous renseigner par rapport à ce que vous souhaitez de mon travail. Le luthier doit travailler avec des obtenir comme son et de vous rapprocher d’un fournitures stabilisées qui bougeront le moins pos- luthier expérimenté pour la pose de systèmes d’am- sible avec le temps. De même, la qualité du travail plification, toujours délicats à réaliser. du luthier (collage, assemblage) assure la longévité de la guitare. Renseignez-vous donc sur son pro- Est-il exact que selon la marque et la longueur du fil, son parcours et sa réputation. Bien entendu, la câble, cela peut avoir une incidence, voire changer le garantie ne fonctionne que si l’instrument est cor- son électro de la guitare ? rectement utilisé et stocké. Je rappelle que les Tiffanie bonnes conditions de stockage en cas de variations Ne négligez pas la qualité des accessoires même d’hygrométrie sont extrêmement importantes. si c’est plus cher ! En effet, la qualité du câble aura Faites aussi attention au soleil direct et à la cha- une incidence sur la qualité du son de votre ins- leur (guitares dans le coffre de la voiture). Bref, trument une fois branché. Privilégiez des câbles faites preuve de bon sens. de grosse section (plus il est gros, plus il y a de couches et de blindage). Faites attention aussi à la qualité du jack (prise mâle). En ce qui concerne la Cette rubrique est la vôtre ! longueur du câble, ne dépassez pas des longueurs Posez toutes vos questions à : de 6 mètres, sinon le son transporté par le câble commence à subir des dégradations. Photo 3 acoustic@editions-dv.com
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GUITAROLOGIE
© DR
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STEPHEN STILLS
MARTIN
Coquillages et opiacéesStephen Stills mérite sa statue à Nazareth, Pennsylvanie. Ambassadeur volontaire etD-45 infatigable de la marque Martin, collectionneur insatiable, il a probablement fait centre d’une campagne un peu douteuse contre les collectionneurs japonais. Retoursur cette affaire.vendre plus de ces guitares que quiconque. Son modèle D-45 de prédilection a été au Christian Séguret absolu des vieilles guitares construitestephen Stills a toujours été un fan Springfield ("Bluebird"), puis avec Crosby, Stills S par Martin dans les années 20 et 30. & Nash ("Suite : Judy Blue Eyes") furent exécutéssur cet instrument. Mais il lui fallait mieux 28 de 1940, et ses premiers solos avec BuffaloDès qu’il le put, il s’offrit une vieille D- encore : il rêvait d’une D-45 d’avant-guerre, latête de pont de la marque, construite dans un Rio
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sélectionné, et parée de ces bordures de nacre sur ramage à la hauteur de son prix, et ils déployèrent faite." Et Stills de renchérir : "Ils l’ont déjà fait, l’ont toutes les faces, et dont les cotes planent à des vite des trésors d'énergie dans ce sens. Vers la fin remonté et ont prétendu qu’elle sonnait pareil altitudes irrespirables (aujourd’hui plus de 150 000 des années 30, les D-45 devinrent exception- après !"… De là à conclure que le concurrent avait euros pour un modèle en bon état, cher pour quel- nelles. Dès que Crosby, Stills & Nash signèrent l’intention de cannibaliser la guitare et de la ques morceaux de coquillage !). Stills contribua leur premier contrat, Stills utilisa l’avance pour réduire en bois de chauffage, il n’y avait qu’un pas plus que tout autre à faire grimper les prix de ces s’offrir sa première D-45, un modèle de 1939 que la légende urbaine s’est empressée de franchir. guitares, puisqu’avant même d’avoir pu s’en offrir (numéro de série 72741), qu’il baptisa "May- Ce genre de petits commentaires était hélas mon- une lui-même, il vanta leurs mérites à longueur belle". naie courante dans le petit monde de la guitare d’interviews. vintage, où les collectionneurs japonais étaient PEARL À REBOURS souvent présentés comme des barbares. L’ironie STRADIVARIUS NACRÉS Quelque temps plus tard, en 1975, il s’en offrit veut que depuis cette époque, un collectionneur "Ce sont les Stradivarius américains. Les meilleures une seconde, datant de 1942 (80743), qu’il bap- japonais, Mac Yasuda, a accumulé quatorze des Martin que j’ai entendues, avec un palissandre de tisera "Darling", après une bataille d’enchères quatre-vingt-onze D-45 construites avant la Rio très dense, une table au grain croisé, les barrages mémorable avec un collectionneur japonais, dont guerre. Inutile de dire qu’il s’est bien gardé de les affinés", déclare alors le guitariste. Malgré les quel- Stills prétendit, avec un brin de mauvaise foi, qu’il saucissonner. Yasuda a écrit articles et livres sur ques défauts inhérents à ces guitares, comme l’ab- avait l’intention de l’ouvrir en deux pour en exa- ses instruments de prédilection, et prévoit d’ouvrir sence de barre de réglage ou le placement aléatoire miner les entrailles. C’est en tout cas ainsi que un musée voué à leur culte. On est loin du chromo du sillet et du chevalet, qui altèrent légèrement la l’histoire est rapportée dans le livre Martin Gui- du barbare kamikaze, le front ceint d’un bandeau finesse de l’accord, Stills était dithyrambique : "On tars de Jim Washburn et Richard Johnson (pré- cerclé de rouge, fomentant le pillage en règle de peut sentir le passé dans ces guitares. A travers la facé par Stills lui-même). Une recherche rapide la planète à coup de yen conquérant, que les allu- construction à la main, on peut sentir l’amour que ces permet de tordre le cou à cette version des faits, sions condescendantes de Stills et de son affidé gars ont mis dans ces guitares". Des propos qui fleu- nettement déformée par les années, et ce senti- laissaient imaginer… rent la nostalgie conservatrice. Paradoxal et amu- ment diffus de rage revancharde ("Remember sant quand on sait l’environnement libéral et les Pearl Harbor") partagé par de nombreux ama- CHÈRE, CHÈRE, LA REISSUE fumées hallucinogènes dans lesquels Stills et ses teurs vintage voyant partir de si belles pièces vers Stills poussa loin sa passion pour les D-45 et les Martin en général. Il s’offrit une troisième D-45, qu’il baptisa "Young", et des dizaines de vieilleries vintage qu’il distribua avec largesse (Eric Clapton, Chris Hillman ou Véronique Samson furent les heureux bénéficiaires de sa générosité). Il réussit à convaincre son ami Jimi Hendrix de s’offrir une "Je ne peux pas supporter l’idée d’un gars ramenant une Martin de quarante ans d’âge chez lui pour la mettre en pièce et voir comment elle était faite." Un collectionneur nippon à propos de Stills.
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collègues naviguaient à l’époque. Pourtant, très le Japon honni. En effet, dans le numéro de jan- Reissue gaucher de D-45. En 1998, la firme ren- vite, dans cette quête du Graal, il allait se rendre vier 1976 du magazine Guitar Player, Stills pré- dit hommage à Stills, son meilleur ambassadeur, compte que toutes ces guitares ne sonnaient pas sente sa collection. Son bras droit chargé de en créant un modèle D 45 SS basé sur la fameuse de façon identique, "beaucoup d’entre elles n’étaient l’entretien de ses guitares, Guillermo Giachetti, "Maybelle". A en croire Stills, il rendit fous les pas si extraordinaires, elles avaient des manches interrogé au sujet de "Darling", raconte comment responsables de Martin en les obligeant à renouer épais, et elles avaient été construites avant tout pour les enchères sont rapidement montées entre Stills avec la rigueur des ateliers de l’époque. On lui satisfaire l’ego de scène des chanteurs cowboys (…) et ce collectionneur nippon, jusqu’à atteindre attribua les meilleurs bois : de l’épicéa tyrolien avec beaucoup d’incrustations d’abalone." Elles étaient 8000 dollars, un prix insensé à l’époque. Stills pour la table, un rare palissandre de Rio de pre- belles, mais ne sonnaient pas toutes si bien que ça…" remporta la bataille, et Giachetti eut son com- mière main pour les éclisses et le dos. Le modèle Mais d’après Stills, très rapidement les luthiers de mentaire : "Je ne peux pas supporter l’idée d’un gars ne fut tiré qu’à quatre-vingt-onze exemplaires, chez Martin décidèrent que tant qu’à faire, le haut ramenant une Martin de quarante ans d’âge chez lui comme les modèles originaux, dont trois reposent de gamme de leur compagnie devait avoir un pour la mettre en pièce et voir comment elle était chez Stills et un bon quart… au Japon.
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BANC D’ESSAI
www.atelierguitaresetcie.fr
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ANTOINE
JOURDANModèle M Indigène PCE S’il a officiellement ouvert son atelier en 2018 à Hennebont (56), Antoine JourdanLA VERTU DES BOIS DE PAYS folk, il nous offre ici un modèle de type OM à pan coupé en bois de pays.n’est pourtant pas un débutant en matière de lutherie. Spécialisé dans les guitares Max Robin EN PASSANT Pour ce modèle de forme "intermédiaire" répondantEPICÉA ET NOYER le conduit assez tôt à s’intéresser à la lutherie. IlL’attirance d’Antoine pour la guitare et le bricolage CHEZ MAURICE DUPONT à une commande, le luthier se positionne dans une fréquentera d’abord l’Itemm du Mans, tout entravaillant dans l’atelier Guitare et Lutherie à "entrée de gamme" en matière de finitions (propresmais simples, avec fileterie mais sans bord de Rouen, où il se forme auprès de Serge Hérault.CAP de réparateur d’instruments en poche, un de touche), en n’ayant en outre recours qu’à des boisfrançais (à la différence de ses modèles standards ses formateurs le recommande à Maurice Dupont,chez qui il restera six ans (de 2006 à 2012), période – en bois exotiques, ou "supérieurs" – en bois exo-tiques rares). Pourvue d’une table en épicéa des durant laquelle il fabriquera des guitares classiques(entrée et moyen de gamme), des jazz nylon, plus Vosges, d’un corps en noyer ondé (tout commepour la touche, le chevalet et le placage de tête) et quelques folks et électriques. En 2012, il décidede bouger pour s’installer en Bretagne. Après avoir d’un manche trois parties en merisier,PCE se distingue par le dessin original de son pan cette Indigène lui-même aménagé son espace et accessoirementappris à construire des voiliers (!), Antoine ouvre coupé, qui suit ici le profil du talon (influence desSelmer ? – mais déclinée en l’occurrence avec un finalement l’atelier Guitares & Compagnie en2018. diapason de 650 mm), le tout garanti par des as-semblages et une facture de bon aloi. Au chapitrede la "simplicité", on relève aussi le vernis satiné, Suivant ses goûts et son ressenti, sa productionVOUS AVEZ DIT FOLK ? de style (dessin de tête asymétrique, répondant à et à celui de la discrétion, une petite "coquetterie" s’organise pour le moment autour de modèles folkde différentes tailles : G (pour "grand modèle"), celui du bout de touche – "inversé" – repris éga-lement à la pointe du talon), par quoi le luthier M (pour "moyen", format de type OM) et P (pour"parlor", en cours d’élaboration). Il dessine d’ail- imprime sa griffe et distille son caractère. Martin"leurs ses propres formes (afin d’éviter de), attentif à la richesse du registre aigu ( "faire des En matière sonore, il est connu que le noyer
SENSIBLE
basses se développent avec le temps, les aigus jamais""les favorise le registre bas médium. D’où la volonté via le jack, avec capteur sous le sillet (barrette ainsi qu’à la sensibilité et à l’équilibre de ses guitares. ), du luthier de veiller à éclaircir au maximum la L.R. Baggs) et molettes de réglage dans la rosace. Préférant, palette de cette guitare à vocation polyvalente, Notons que l’Indigène se comporte déjà très bien sous la main des guitares à faire essayer, Antoine dans cette phase de développement, avoir amenée à être jouée aussi bien aux doigts qu’au en usage purement acoustique, avec une "fenêtre se met à construire, les modèles s’affinant au fur et médiator. Pour ce qui est du système électro, de sensibilité" des plus larges (idéal pour s’expri- à mesure. a opté pour le système Mi-Si sans pile,Antoine tient à être "le moins invasif " mer), un équilibre rassurant, de beaux aigus, des rechargeable possible. Il graves fermes, un rendu remarquable sur les cordesà vide et un confort de jeu à toute épreuve. Si onla compare à sa grande sœur, la M Standard (corps palissandre, manche acajou, touche et chevaletébène), la Standard l’emportera légèrement sur l’Indigène en termes de spectre et de halo sonore(palissandre oblige), mais l’Indigène sera moins perméable au larsen en version branchée. A chacunde choisir son camp ! là une lutherie de premier plan, avec une décli-naison de modèles particulièrement séduisante etToujours est-il qu’Antoine Jourdan nous livre opérationnelle. Compter 2200 euros pour le mo-dèle de base, 2500 pour cette pan coupé électro (PCE), et 2900 pour la M Standard. A suivre detrès près ! Site : www.atelierguitaresetcie.fr
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www.martinguitar.com DX Woodstock 50MARTINth Anniversary moderne que Martin a choisi de rendre hommage avec cette guitare très spéciale : le festival de Woodstock.Après la Californie et le fameux modèle California Prop 64 proposé l’an dernier, c’est à un véritable mythe de la musique
UN DRÔLE D’OISEAU, CETTE MARTIN !
Jacques Balmat n ce 50ème anniversaire, la marque de Pen- E nsylvanie n’a pas raté l’occasion de faire loppement durable" de la marque. Grâce au profilissu de la série moderne Performing Artist et aux EllE jouE à lA MAIsoN qu’aucun autre acteur du secteur n’ait eu l’idéesien cet événement - on s’étonne d’ailleurs petites frettes vintage, l’agrément de jeu de la main La maison connaît son sujet en matière de folk gauche s’avère excellent. Les mécaniques griffées dreadnought. Cette DX présente des registres oiseau et des droits dérivés fût trop disproportion-né ? Toujours est-il que Martin nous met dans lesd’exploiter ce créneau, à moins que l’achat du petit Martin sont à bain d’huile,faciles à manipuler. Elles sont supportées par une dotées de petits boutons graves et bas médiums remarquables dans cettecatégorie de prix. Les basses assurent avec beaucoup mains un charmant modèle, tête rapportée habillée d’un luxueux placage de d’efficacité leur rôle de fondation pour les accords importe présentement. et c’est tout ce qui nous palissandre.assure à l’autre extrémité la double fonction de Le chevalet "Modern Belly" de Martin et les chord-melodies. Le strumming est exalté,et, sans une certaine retenue côté main droite, le maintien des cordes et de transmission de vibra- son peut devenir envahissant. Les nuances de jeu La table de la guitare expose donc les célèbresPEAcE, MusIc & lovE tions. Pas terribles, ces chevilles en plastique, mais ne sont cependant pas trop gommées, la guitare graphismes de la grand-messe de 1969. C’est bien au tarif pratiqué, c’est acceptable. suit assez bien les changements d’intensité et lesornements d’interprétation. Le barrage allégé en évidemment ce qui constitue la saveur principaledu modèle, estampillé "série limitée" et fabriqué X joue assurément un rôle important dans cetteefficience sonore. Peu marqués, les aigus sont doux dans les ateliers mexicains de la marque. Le motifest imprimé sur un support plastique de très faible Ce registre trouve une place naturelle et homogèneet modérément brillants, en tout cas dépourvusdu côté clavecin caractéristique de certaines Martin. mellée et composée du matériau "HPL" (pourHigh-Pressure Laminate), une technologie grifféeépaisseur, puis collé par sur la table, une table la- dans le discours musical, sans dominer l’ensemble,leur puissance concourant à l’équilibre général du Martin. Ce matériau est composé de quatre plis,recouverts d’une dernière couche décorative ultra- son. fine en bois de palissandre pour le fond et les éclisses,qui laisse donc place au motif Woodstock en ce La Woodstock est équipée électro par les servicesTRès bRANchéE qui concerne la table. La solidité est importante,mais en cas de casse, toute réparation peut s’avérer du système Sonitone de Fishman.mais point minimaliste, très compliquée, si ce n’est impossible… Les filets à molette situés en pourtour de rosace permettent puisque des potentiomètres Un système mini de caisse sont biseautés, ce qui, outre le confortengendré pour l’avant-bras droit, ajoute quelques le contrôle du volume et de la tonalité. La sonoritéde base est typiquement "électro piézo", une petite degrés supplémentaires à l’originalité du modèle. égalisation paramétrique externe aura vite fait deconformer la sonorité aux exigences du guitariste. La caisse et le dos du manche reçoivent la tradi-tionnelle finition satinée de la série DX. Son tou-ModERNE nobles…Point fort : une sacrée série limitée, tout de même !Point faible : les matériaux ne sont pas vraiment La sortie jack n’est pas intégrée au bouton d’attache L’originalité : le graphisme spécifiquePour qui ? Les musiciens nostalgiquesRapport qualité/prix : 8 de la sangle, mais déportée sur le mini boîtier pileencastré un peu plus bas. les guitaristes peu habitués à ce type de traitement.Standard et habituelle, la jonction est faite à lacher s’avère agréable, mais déroutera sans doute 14cases très aiguës, mais sans plus. Le manche estème case, ce qui permet d’aller visiter quelques réalisé en "Stratabond", un matériau "maison" Prix : 849 euros, prix public conseilléStyle : dreadnought électroTable : matériau multiplis Ni étui ni housse pour cette guitare anniversaire, souvENIR, souvENIR multiplis, très solide, fort rigide et aux qualités Fond et éclisses : composite livrée dans un simple carton… Mais là n’est pas vibratoires avérées. L’esthétique particulière n’en- Manche : boulot multiplisTouche : richlite l’essentiel, la marque n’est pas la seule à se livrer àce genre de pratique dans ces gammes de prix. gendre pas un attrait exemplaire - tout le monde C’est d’abord une guitare-souvenir, plaisir de l’es- ne va pas franchement aimer -, mais dans cette Largeur au sillet de tête : 43 mm époque où l’écologiquement correct est de mise, Largeur à la 12Mécaniques : bain d’huile chroméesPréampli : Fishman Sonitoneème case : 53,3 mm thétique pour un petit collector assurément. Maisc’est également une western intéressante sur le plan considérons qu’il participe à la démarche "déve- sonore et diablement agréable à pratiquer. Au Etui/housse : nonVersion gaucher : ouiSite: www.martinguitars.com moment du bilan final, tout cela constitue un beauplaidoyer en faveur de cette guitare Woodstock 50Anniversary très attachante ! th
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https://customacoustics.alhambrasl.com/0 ALHAMBRAModèle AD-SR E9 Spécialiste de la guitare à cordes nylon (classique, flamenca ou cross-over), Alhambra a décidé de proposer de nouveauxADOPTÉE ! espagnol.modèles acoustiques à cordes acier. Cette belle dreadnought 14 cases équipée électro illustre avec brio l’initiative du fabricant Max Robin
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asymétrique, tout comme le chevalet joliment ou- sonore qui se concrétise, entre autres, par un re- vragé, à cordes traversantes (sans chenilles), doté marquable sustain. Douce, réactive, à la fois ample d’un décrochage au sillet pour les cordes de si et et fluide, forte d’un large potentiel, cette Alhambra de mi, contribuent à façonner la personnalité de s’avère très plaisante et emballe son client aux la belle, qui se distingue par ailleurs par la qualité premières notes jouées. Une fois branchée, le ver- de sa finition (binding en sycomore, vernis brillant) sant électro se montre quant à lui tout à fait à la et de son équipement : les mécaniques Ratio (douces, hauteur (on n’en attendait pas moins de Fishman !), efficaces et bien proportionnées) et le système électro avec une marge de manœuvre très conséquente Fishman Flex Blend. (volume, tonalité, blender, tuner intégré et inversion de phase actionnables par pression). On a de quoi VERDICT faire, pour officier dans tous les contextes, en solo, TECHNOLOGIE ET TRADITION Dès la prise en main, le contact se révèle agréable, en groupe, sur scène, en studio ou à la maison. Après quatre années de travail, en étroite collabo- avec un profil de manche (en C) confortable. Carac- ration avec des guitaristes et des spécialistes de la térisée par une fermeté et une rondeur de bon aloi, La firme espagnole marque là un point décisif, question, Alhambra a mis au point ses nouveaux la sonorité acoustique a tôt fait de séduire. Egale qui, pour des guitares fabriquées à la main avec modèles à cordes acier, présentés cette année au et homogène, l’AD-SR E9 réagit à toutes les sti- un indéniable savoir-faire, tout en veillant à en- Musikmesse de Francfort. Outre le savoir-faire mulations, réservant de belles nuances d’attaque cadrer rigoureusement les prix, devrait lui ouvrir Alhambra en matière de facture, acquis au long selon la position main droite, et de très joyeuses une jolie part de marché ! d’une expérience de près de 55 ans (depuis 1965), sensations lorsqu’on "lâche les lions" (en single cette série bénéficie d’un protocole de personnali- lines aussi bien qu’en accords). En toutes situations, sation en ligne grâce au configurateur disponible les vibrations de la table alimentent une plénitude Site : https://customacoustics.alhambrasl.com sur le site (https://customacoustics.alhambrasl.com). De la forme (jumbo, dreadnouhgt, 00 ou audito- rium) à l’équipement électro, en passant par le choix des bois (sitka, spruce, cèdre ou adirondack pour la table ; sipo, palissandre indien ou érable pour le fond et les éclisses ; sipo ou érable pour le manche), la forme de la tête, la finition (mate ou brillante), le choix de la rosace et du pickguard ou le type de barrage (nouveau barrage "NS", plus "versatile", favorisant la dynamique et l’équilibre dans le cas de cette AD-SR E9), tous les para- mètres sont donc "personnalisables", afin de faire de chaque instrument une pièce unique, conforme à vos désirs. En outre, en dehors de la formule standard (comprise dans le prix, incluant méca- niques Ratio, jeu de cordes D’Addario, housse et sangle au logo Alhambra), deux autres options sont proposées en matière d’accessoires et de packaging : Gold (mécaniques Schaller, cordes Elixir, sangle en liège) et Luxe (mécaniques Gotoh, cordes Elixir, sangle en cuir, housse renforcée). Un bon point en passant à la clarté et l’efficacité de l’in- terface (le prix s’affichant au fur et à mesure des options sélectionnées) : à la fin du parcours, il ne reste plus qu’à finaliser votre commande ! A ré- ception, chaque instrument est muni d’une "carte d’identité" indiquant les spécifications et la pro- venance des bois.
JOLI SPÉCIMEN
Dans le cas présent, le fabricant nous a concocté une guitare d’une valeur de 1574 euros (HT), avec table en épicéa, corps en palissandre indien (massif ) et manche en sipo (parfois appelé "acajou d’Afrique"). Le packaging standard (inclus dans le tarif ) inspire d’emblée confiance, aussi bien au vu de la housse, solide et stylée (forme, coloris, renfort de protection pour le manche), qu’à celui de la sangle, façon daim (de belle épaisseur, équipée de straplock). Par sa facture soignée et l’élégance de ses lignes, l’instrument lui-même n’est pas en reste, dégageant immédiatement une bonne im- pression. Le maillage de la table, légèrement che- nillée, dont la finesse des veines va s’élargissant sur les bords, augure même le meilleur ! La tête
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ALVAREZ
haut de gamme. Une esthétique joliment définie, une fabrication soignée, un agrément de jeu grand standing… L’AG70WARC’est l’une des dernières nouveautés de la marque américaine, qui bénéficie de spécificités jusqu’alors réservées aux modèlesGRAND AUDITORIUM GRAND CONFORT AG70WAR semble présenter un beau potentiel. Qu’en est-il ? Jacques Balmat ’est effectivement l’une des qui répond remarquablement bienaux contraintes mécaniques et vi- bénéficie des récentes spécificités queC dernières livrées 2019 de lamarque. Du coup, ce modèle bratoires. Il est doté d’un sillet en la maison a d’abord mises en œuvresur les modèles haut de gamme, os, ainsi que le sillet situé au niveaude la tête. Réalisé en matériau la- clinant peu à peu ces caractéristiquessur les séries plus abordables financiè- et dé- mellé, le reste de la caisse présenteun bel intérêt esthétique et un at- rement. L’AG70 appartient à la sérieArtist, milieu de gamme du catalogue trait sonore avéré,nous l’ont donné à entendre. comme nos essais Alvarez, bénéficiant de ces nouveauxatouts, et best-seller du genre. L’ensemble est protégé d’un fin ver-nis brillant très fin, alors que le dosdu manche reçoit un traitement satiné qui favorise la fluidité des L’AG70 présente une caisse GrandAuditorium, une taille popularisée àSANS AGRESSIVITÉ déplacements. La main gauchetrouve rapidement sa place grâce l’aube des années 80 par Robert Taylor,sous les traits de la désormais légen- au profil moderne, facile et agréableà appréhender. La touche de l’ex- daire 814. Aujourd’hui pratiqué parbeaucoup de fabricants, ce format emplaire testé est en laurier, ellepourra être également en pao ferro conjugue beaucoup d’avantages et zérodéfaut objectif. Cette Alvarez béné- selon les productions nous indiquele fabricant. Même type de frettes ficie de la sonorité caractéristique dece type de caisse. On entend des aigus sur tous les exemplaires par contre,avec des barrettes médiums, plutôt puissants et chantants, plus perlés quecristallins. Leur tenue est satisfaisante rondes, et en tout cas très agréablesà pratiquer ! tout à long du diapason, sans effetnotable d’écrasement lorsqu’on fran- chit la 10L’intonation est séduisante,ème Oui, l’Alvarez Artist Grand Audi-
FUTUR NOBLE
case et les suivantes. diums de profiter d’une certaine dou- et les mé- torium est une belle et bonne gui-tare. Elle constitue un excellent ceur,La corde de Sol trouve naturellement leur grain n’agressant pas l’oreille. Bien fabriquée et assortie d’un fini remarquable,outil pour l’interprétation d’un trèslarge répertoire de styles musicaux. sa place dans le registre sonore qui estle sien, sans la désagréable sensation elle est proposée à un prix en parfaite adéquation souvent ressentie sur des concurrentes,de faire "son à part" avec un grain par avec le potentiel sonore de l’instrument. A n’enpas douter, au fil des ans, la guitare va assurément trop hétérogène. En descendant versles graves, les basses apportent une encore gagner en séduction sonore, pour acquérirses lettres de noblesse musicale les plus séduisantes. bonne réponse aux besoins d’assisesharmoniques. La puissance est au rendez-vous, Elle n’est pas livrée en housse ni en étui, c’est bien la précision aussi. Les matériaux ont assurément veloutée et racée,homogènes. Le jeu aux doigts se révèle particuliè- très orchestrale, avec des fréquences notre seul regret. Mais il ne concerne en rien lesqualités intrinsèques du modèle. besoin d’acquérir un peu de maturité, mais lesgraves possèdent déjà une vraie chaleur, et même rement efficient sur cette guitare. un effet "boomy" lorsqu’on appuie un peu l’attaquede jeu de la main droite. Le jeu en arpèges dégage La caisse est dotée d’un "Armrest", ce fameux panDU 5 ÉTOILES également une belle saveur, avec une sonorité supérieur incliné qui fait fi de la cassure habituelle Prix : 762 euros, prix public conseillé en cet endroit,droit. Ici, le membre profite d’un appui beaucoup source d’inconfort pour l’avant-bras Style : Grand Auditorium plus naturel et aisé,séance sans jamais ne ressentir une quelconque on peut ainsi pratiquer de longue table : épicéa massif On Aime : On ReGRette :tout de même élevé… la remarquable ergonomie de jeu. l’absence de gig bag/étui, le prix, Fond et éclisses : noyermanche : acajou touche : pau ferro Lutherie : 8Confort de jeu : 10 fatigue ou un point douloureux à l’avant-bras. La Largeur au sillet de tête : 43 mm Largeur à la 12mécaniques : Grover chromées à bain d’huile Rapport qualité/prix : 9 etui/housse : nonème case : 53,4 mm Son acoustique : 8 table est constituée d’une très belle essence d’épicéamassif, aux cernes resserrés et très réguliers, c’est magnifique. Y repose un chevalet, en l’occurrencele fameux chevalet profilé à deux niveaux Alvarez, Version gaucher : sur commande spécialeProduction : ChineSites : www.alvarezguitars.com www.htd.fr
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YAMAHAFG3
EllE sonnE délicieuses senteurs d’autrefois. Vous aurezLa "nouvelle"série FG Red Label dégage de"gros-commE-ça" ! remarqué les guillemets au qualificatif : ils’agit en effet d’une renaissance plus qu’une savoureux témoignages.naissance, comme la FG3 nous en a donné de Jacques Balmat
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ès la guitare en main, on remarque l’éti- mières folks marquées du sceau "Nippon gakki".D quette "Red Label" collée à l’intérieur dela caisse, qui rappelle les fameuses pre- Plus qu’un retour façon copie-conforme, Yamahaa eu la très bonne idée de mettre aux goûts et exi- gences d’aujourd’hui cette série exemplaire. Entreancien et moderne, c’est parti pour un tour complet du propriétaire. La gamme 2019 est constituée de deux séries,chacune composée de deux types de caisse et deLE RETOUR DU RED LABEL leur déclinaison électro. La série 5 est issue d’unatelier custom shop japonais, tandis que la série 3 nous provient d’une unité de fabrication chinoise.Les niveaux de gamme sont différents en terme de qualité, ils le sont également sur le plan des tarifs.Dans tous les cas, le design et les lignes de la tête des séries Red Label 2019 sont semblables à ceuxde la première série de 1966. Comme les trois dia- pasons et le cache d’accès au truss-rod, ou encorel’étiquette rouge qui évoque directement les pre- mières productions de guitares folks japonaises.Séquence histoire : Nippon Gakki, Co. Ltd a été fondé par Torakusu Yamaha en 1987 avant de luidonner son nom. pas le moindre des bénéfices apportés au modèle.Au chapitre des évolutions,ÇA NE BAIGNE PAS DANS L’HUILE le profil du manche n’est La prise en main s’avère facile et le confort de jeuapparaît immédiatement pour un vrai plaisir à pratiquer ce modèle. Peu épais, plutôt plat et fin,il n’est sans aucun traumatisme pour la main gauche, qui trouve, ici, un allié de poids pour développerle meilleur jeu possible. Bien proportionnées, les frettes facilitent les liaisons sans pour autant nuireà la douceur du toucher. brutalement freinées,la case 15 et voisines : malgré un talon peu proé- voire stoppées, Les ardeurs seront toutefois aux abords de les conditions de température et d’humidité afin minent, l’absence de pan coupé fermera la voie àla plupart des tentatives d’ascension sommitale, un chevalet en acajou, il est tristement doté dechevilles en plastique (il faut passer aux modèles d’obtenir des caractéristiques acoustiques idéales.Il s’agit d’un procédé naturel qui ne fait appel à sauf à jouer sur la table. Cette dernière accueille japonais pour profiter de chevilles en ébène). aucun produit chimique. A l’écoute de cette FG3,il est vrai qu’on entend un son déjà mature, avec On aime : On regrette : la richesse du son. Gotoh roule ses mécaniques sur le mode vintage, une puissante assise des graves et une tenue exem-plaire du son. Les médiums ne sont pas agressifs même… l’esthétique un peu terne tout de avec les fameuses "Open Gear" qui font, sans sou-ci, chevalet sont en os, matériau choisi par la marque oublier les bains d’huile. Les sillets de tête et de et se fondent dans la richesse des basses pour le basmédium, dans l’aigu pour les hauts médiums. Ces Lutherie : 7 aux trois diapasons pour favoriser au mieux la transmission de l’énergie entre les différents élé- trop brillants, avec de belles harmoniques et peu de aigus se révèlent puissants, mais pas criards ni point Confort de jeu : 9 Son acoustique : 10rapport qualité/prix : 9 ments comme le manche et la caisse, et au bénéficed’une meilleure projection. dissonances. Prix : 906 euros, prix public conseillé La table est massive est sculptée dans une très belleL’A.R.E. ET LA MANIÈRE un sacré vécu derrière elle, on n’oublie rapidementCette Yamaha donne la sensation d’avoir déjà Style : Westerntable : épicéa de Sitka massif, traité a.r.e. qu’elle a été sortie de son carton via son très bel Fond et éclisses : acajou massif étui semi-rigide, quelques minutes seulement au-paravant ! Avec une telle sonorité dès sa sortie de manche : acajou essence de Sitka. Comme les éclisses et le fond en touche : ébène acajou, elle reçoit le fameux traitement A.R.E. de l’atelier, la Yamaha FG3 est promise à un très bel Largeur au sillet de tête : 44 mm avenir dans les mains de ses pratiquants. Elle est Largeur à la 12mécaniques : gotoh vintage ouvertes, chroméesème la maison. L’A.R.E (pour Acoustic Resonance case : 53 mm Enhancement) est un procédé original de vieillis- très agréable et facile à jouer, aux doigts comme Préampli : non (sur modèle FgX3, 1108 euros) sement artificiel du bois exclusif à Yamaha. Cette au médiator, dans une très large gamme de styles etui/housse : étui semi-rigide deluxe technologie produit une richesse tonale comparable musicaux. Du songwriter au joueur de bluegrass, Version gaucher : non à celle que l’on trouve sur des instruments déjà Production : ChineSite : https://fr.yamaha.com/fr "mûrs", joués des années durant. La technologieA.R.E. repose sur la transformation de la structuremoléculaire du bois par une action très précise sur du chanteur de rock unplugged au super picker,elle va séduire un grand éventail de guitaristes enquête du son. Bravo !
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JAMES NELIGANCask Punchcoal Vacances obligent, détente, farniente et musique sont au programme. Voilà donc un drôle d’instrument qui pourrait bien ajouterla petite note supplémentaire qui transformera toute session de musique en délicieux instants. Originale et performante, maisL’INSTRUMENT DE L’ÉTÉ ! également amusante et attachante, la cigar box James neligan est l’incontournable de l’été 2019. Jacques Balmat usage slide au bottleneck oblige ou presque. Lesaccordages Mi, La, Ré, Sol et Ré, Sol, Si, Mi peu- vent être également d’excellents points de départpour le guitariste hésitant. Prix : 277 euros, prix public conseillé Style : cigar box table : sapelé Fond et éclisses : sapelé Le Punchcoal bénéficie d’une lutherie bien menée,TOUT EST NORMAL ? manche : acajou touche : noyer c’est propre, précis et soigné. Cela donne à jouerun vrai instrument, fonctionnel et assez juste, qui Largeur au sillet de tête : 36,25 mm Largeur à la 12 Préampli : micro magnétique P90 passif etui/housse : housseème case : 50 mm n’a rien à voir avec un objet exotique vite remisésur l’étagère la plus haute du salon. La finition noir Version gaucher : réversible satin, pores ouverts, procure une esthétique trèsattrayante, Production : Chine Site : www.jnguitars.com Ensemble au centre duquel trône le petit disquemétallique. donnant un aspect très réussi à l’ensemble. univers parallèles très intéressants. Avec le Cask 1,150 kg -,un diapason de 59,5 mm . Ce manche pourra pa- il présente un manche de 41,8 mm pour Très léger - la balance affiche un petit Punchcoal, les portes du rock vous sont grandesouvertes ! Il prend sa place dans le mix d’un groupe raître disproportionné par rapport au corps, mais qu’en mode électrique.sans difficulté, aussi bien en son électro-acoustique il n’y a là rien d’anormal, c’est le genre qui veut ça !Le jeu s’y déroule sereinement. L’action du modèle Très facilement transportable, la cigar box NeliganTOUS POUR LUI testé, fort haute, ne facilite pas la réalisation d’ac-cords à plusieurs doigts, et il faut un peu batailler vous suivra partout et déclenchera bien souvent pour "serrer tout ça". Par contre, on gagne sérieu-sement en qualité de jeu lors de la pratique slide. un grand courant de sympathie, avant même queson instrumentiste de propriétaire n’y ait pratiqué oilà un instrument craquant ! C’est James Dans le genre, c’est vraiment l’autoroute ! ses premières notes. A ce prix, on aurait tort depasser à côté de cet instrument totalement irrésis- à défaut d’une seconde jeunesse, à ce drôle d’ins-V Neligan qui, dans une version plutôt bientroussée, vient donner un second souffle, Blues, country, folk, voilà le trio de musiques quiPORTES OUVERTES tible. Point besoin d’être un guitar-hero pour s’ymettre, bien au contraire. C’est tout autant l’ins- trument. On est ici loin des objets artisanaux, et nous vient à l’esprit lorsqu’on commence à "com- trument de Monsieur et Madame Tout-le-Monde la vision nettement plus moderne que rétro que le pagnonner" avec une cigar box. Le son acoustique que celui d’un premier prix de Speed Metal ! fabricant propose réussit l’exploit de ne pas trahirl’esprit du genre. pur s’avère attrayant. Malgré une puissance mo-deste, la cigar box se fait sérieusement entendre,et cela grâce au registre moyennement étendu, aux fréquences très présentes et dynamiques. Ledisque en aluminium n’est pas là uniquement pour mais à plusieurs instruments : ukulélé, banjo, guitare,Cette drôle de réalisation à cordes hybrides emprunte D’ACCORD AVEC TOUT LE MONDE faire joli, il produit un timbre caractéristique, et c’est un peu de tout cela réuni qui donne naissanceà la cigar box. Si l’accordage en Sol est le plus cou- pour cause : il est la face visible du résonateur in-tégré au modèle. Look et sonorité sont donc au rant (certains aiment à le pratiquer en Sol7, no-tamment pour le blues et ses dérivés), il n’y a pas rendez-vous !Grâce au micro intégré et aux deux contrôles, lesusages branchés donnent une autre dimension au convient le mieux, étant établi ce qu’est tout demême en open tuning que l’instrument se joue,de règle établie, c’est à chacun de choisir ce qui lui Punchcoal.un son chaud et légèrement mordant,naturel efficace, qui trouve bien sa place dans la Raccordé sur un ampli électro, avec un grain il produit On aime : les sons, acoustiques On regrette : de devoir le rendre !et électro/électrique. musique malgré sa sonorité particulière. Utilisésur un ampli pour guitare électrique avec un trèsléger crunch, on bascule dans un autre univers etune ambiance qui rappelle fortement celle d’une Lutherie : 7 Confort de jeu : Son acoustique : 8 guitare slide ou encore un résonateur amplifié. Legrain est généreux, Son électro/électrique : 9 du cône en aluminium. Les contrôles de volume et avec l’attaque métallique typique rapport qualité/prix : 9 de tonalité apportent la souplesse d’usage attenduepour l’utiliser au mieux dans le cadre d’un groupe ;l’électronique,quelques effets, et nous voilà transportés dans des simple, fonctionne fort bien. Ajoutons
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L’ukulélé est un instrument craquant, à la fois chaleureux et rafraîchissant. avec leKala Solid acacia, le quatuor de cordes est doublé. Le plaisir aussi ?Tenor SA 8 LA DOUBLE DOSE Jacques Balmat Les cordes sont enroulées autour de mécaniquesen ligne identiques à celles d’une guitare classique, sauf qu’ici, elles sont disposées en 4-4. Jolimentparées de doré et montées sur une tête magnifi- www.kalabrand.com quement travaillée, elles apportent une indéniabletouche de luxe au modèle. L’accordage n’est pasune partie de plaisir, la séance demande autant de précision et de doigté que de patience. Les joueursde mandoline connaissent l’affaire, on est ici dans le même ordre d’idée. Le manche est un 19 cases,dont 14 hors caisse, pour un diapason d’une lon- gueur de 43,18 mm. C’est un modèle délicieux à jouer : passer d’unSoprano à ce Ténor Kala dégage la même sensationMULTITIMBRES que celle qu’on ressent lorsqu’on quitte son studiode 25m2 pour habituer un trois-pièces. respirent ! La justesse est bonne, et toutes les casessont exploitables. On pourra ainsi tenter des ac- Ici, les doigts cordages plus atypiques pour un ukulélé, commecelui d’une mandoline par exemple (Ré, Sol, La, Mi). Ce Kala occupe une place de choix dans l’es-pace sonore, armi les instruments que nous recevons conserver une place centrale dans le mix, sans tou-tefois se montrer trop envahissant. et, entouré d’autres instruments, il sait possède une empreinte sonore moins typée qu’un Un modèle Ténor effet en effet un modèle très bien né et qui jouitP chaque mois, le Kala Solid Acacia T8 s’estsingulièrement détaché du lot. C’est en Concert ou, a fortiori, qu’un soprano, deux types d’un beau potentiel. Il s’agit d’un ukulélé ténorentièrement réalisé en bois massifs, et doté d’un d’ukulélés perchés dans le haut médium et l’aigu.Avec un Ténor huit cordes, on a à la fois la tessiture double registre de 4 cordes ! et la puissance ! Joué en mode solo, par exemplepour accompagner une voix, le SA 8 fait le travailavec un à-propros qui vient directement concur- Peu courant,saveur sonore délicieuse. Ils procurent la sensationDEUXENUN les ukulélés huit cordes possèdent une rencer,fréquentiels et la projection sonore ne sont pas sur peu ou prou, une guitare. Certes, les registres d’entendre peu ou prou deux ukés. Les quatrepaires de cordes répondent à une règle précise, un le même plan, mais l’intérêt de l’ukulélé soutientla comparaison avec réalisme. peu comme sur une folk 12 cordes : les cordes deSol et Do sont doublées à des octaves différentes, Avec tant de bonnes choses à se mettre sous lesdoigts et dans les oreilles, il est maintenant temps alors que celles de Mi et de La sont à l’unisson. de jeter un coup d’œil au tarif. A plus de 600 euros,l’ordonnance est un peu sévère, avec des duos de cordes différents, et le Sol gravePour les Sol et Do, l’instrument est donc monté reste et que le prix s’oublie, sur l’instant, on tousse et même si la qualité du Kala est ainsi filé, non fait d’un nylon plein. un peu, l’absence d’étui ou housse n’aidant pas…Mais voilà tout de même un modèle vraiment très séduisant, une vraie réussite, dont les qualités so-nores iront en se bonifiant au fil du temps, ce qui laisse envisager un potentiel croissant des plus Prix : 631 euros, pris public conseillé Style : ténor, 8 cordestable : acacia massif attractifs. Fond et éclisses : acacia massif manche : acajoutouche : noyer Largeur au sillet de tête : 38 mm Largeur à la 12mécaniques : type classiques, doréesPréampli : non ème case : 46,5 mm On aime : On regrette :un brin irritant… la sonorité caractéristique. à ce prix, l’absence d’étui/housse est etui/housse : nonVersion gaucher : modèle réversibleProduction : ChineSite : www.kalabrand.com Lutherie : 8Confort de jeu : 9Son acoustique : 9rapport qualité/prix : 8
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ZOOM
mais également d’un delay (Tape Echo ou AnalogDelay). Pour chaque effet, l’AC-3 propose troisAC-3 paramètres modifiables, facilement, à l’aide detrois potentiomètres dédiés. Certains programmes présentent des combinaisons d’effets plutôt judi-cieusement réalisées. Pratique pour les parties lead et autres solos, unfootswitch affecté à un boost donne la possibilitéTOUJOURS D’ACCORD d’ajouter subitement jusqu’à 9 dB au signal desortie. Transparente, cette option ne modifie pas le grain initial, et on ne note aucune accentuationparticulière des fréquences hauts médiums et aigus, comme c’est parfois le cas avec de type de circuit.Lors d’activation de ce boost, notamment pour éviter les soucis de gestion des niveaux en live, ilsera judicieux d’activer l’Anti-Feedback proposé. Automatique, il procède à une analyse rapide afinde déterminer la gamme de fréquences sensible, et intervenir sur cette dernière. Très intéressante ACOUSTIQUEMENT idée, l’Anti-Feedback peut être activé au pied enraccordant un footswitch externe au boîtier de L’AC-3 est sans aucun doute le pédalier pour guitares électro le plus abouti de la maisonVÔTRE l’AC-3. Enfin, un accordeur à l’afficheur clair etgénéreux est intégré à l’appareil. Son activation, japonaise qu’il nous ait été donné de tester. C’est de surcroît un outil complet et une par le bouton pédestre dédié, coupe la/les sortie(s) pas que…solution sur mesure pour les guitaristes désireux de se brancher direct en console, mais audio.avons apprécié la transparence sonore de ce Zoom. Testé dans différentes configurations, nous Alexis Senart Certes,le parfait compromis dans les réglages ainsi que il nous a fallu un peu de temps pour trouver ’AC-3 possède un format respectable qui dans les choix les plus opportuns dans les sections L favorise une excellente ergonomie d’utili- de sélectionner le réglage de type de capteur/micro "Guitare Source" et "Guitare Cible". sans occuper cependant trop de place au sol.sation, pour les mains comme pour les pieds, avec le curseur idoine. Après la section "Guitare être alimenté par deux piles AA, mais l’usage de Il peut Source", on passe au réglage du type de guitare"Cible", l’adaptateur, fourni, est vivement conseillé. La modes sonores différents qui recréent les carac- entendez par là que l’AC-3 propose quinze Finement paramétrée à son instrument (et là,BUDGET GAGNANT connectique est standard et permet la stéréo ensortie, si besoin, et les branchements "direct con- téristiques de caisse dudit mode. Un 16"by-passe" cette section,à la guitare branchée le son recommandé pour la affectant automatiquementème mode mieux vaut ne plus toucher à rien !), l’AC-3 faitle job sans faillir, tout paraît naturel et réaliste. sole"et sur ampli électro.s’avère bien défini et présente une certaine logique Le panneau de commandes guitare source sélectionné.Il est évident que cela prend du temps, tenté par Vous me suivez toujours? Les effets ajoutent le petit plus, qui enjolive bril-lamment la sonorité et confère une grande ouverture pour rendre intuitive la maîtrise du sujet. les multiples possibilités et les "détournements" spatiale, plus encore si les connexions assurent lastéréo. L’AC-3 est un pédalier dédié aux guitaresélectro, cordes acier et nylon très attrayant. Bénéfi- Voilà le matériel typique qu’on peut commencerDE LA SOURCE À LA CIBLE possibles : modifier le type de guitare source etpasser en revue les seize modes de guitare cible ciant d’une ergonomie excellente, il propose des à utiliser sans avoir lu la notice, en parvenant viteà une bonne maîtrise de l’appareil. Il comporte pour écouter les résultats. 16x16… Je vous laissecalculer les possibilités ! traitements parfaitement ciblés pour favoriser dessons amplifiés très réalistes. Son prix n’est pas la Une réverbe est embarquée à bord avec contrôlesIL FAIT DE L’EFFET moindre de ses qualités ! consiste à paramétrer le pédalier au type de caissede la guitare raccordée, définie comme "guitareplusieurs sections bien définies. La première étape source". Parmi les seize types proposés, de laRound Shoulder à la Yamaha Silent en passant d’intensité et de tonalité. Bien pensée, elle procureun effet naturel et, parfaitement placée dans lescircuits de l’AC-3, n’apporte pas de perturbation Effets : 8Traitements sonores : 8Rapport qualité/prix : 9 par une classique et un dobro, il serait surprenantqu’un format ne soit pas représenté ! Ce circuit au signal autre que l’effet d’espace souhaité. Le Les + : le prix et l’aspect tout-en-un travaille avec des modélisations, ces dernières re-créant les caractéristiques majeures du son naturel compresseur disponible aide à contrôler la dyna-mique de jeu. Point trop n’en faut, sauf à vouloirun résultat marqué. Un témoin lumineux bicolore Prix : 239 euros, prix public conseillé bandes, effets, anti-feedback, accordeur, 2 sorties Type : préampli/effets souvent lissé par le système de préamplificationde l’instrument. Ainsi, l’AC-3 va faire en sorte que permet de définir avec précision deux seuils dif- XLR, 2 sorties jack,Divers : 16 modes "source", 15 modes "cible" EQ 3 votre western "sonne" en électro comme une vraiedreadnought, férents. On arrive maintenant à la section "effetsspéciaux". C’est ici qu’on choisira le type de réverbe, et adaptateur secteur (fourni)Alimentation : piles (2xAA) tiques essentielles. On aura auparavant pris soin en reconstituant ses spécificités acous- mais également l’ajout d’une modulation parmi unchoix de deux chorus, d’un trémolo et d’un pad, Production : ChineSite : www.zoom.co.jp
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L’un des 5 micros
IK MULTIMEDIA IRIG ACOUSTIC STAGE
d’une valeur unitaire de 122 €TTC L’iRig Acoustic Stage est la solution hi-tech pour la reproduction fidèle et précise du timbre acoustique de guitare et d'autres instruments, aussi bien en studio qu'en vrai. La combinaison d'un micro MEMS à haute performance et d'une unité DSP avec un préampli de haute qualité permet, pour la première fois dans l'absolu, d'obtenir un son extrêmement professionnel et avec toute facilité d’usage. Il est composé d'un micro compact, un préampli numérique de haute qualité et une unité de traitement qui assure un rendement de première classe pendant vos performances en vrai. Pour participer, rendez-vous sur : https://guitaristmag.fr Photos non contractuelles Clôture du jeu le 15 octobre 2019. Concours par tirage au sort. Règlement sur simple demande.
BANC D’ESSAI
BOSSSérie 200 www.boss.info/fr C’est une lutte incessante à laquelle se livrent les fabricants d’effets et d’amplis pour rester dans la course. Quelques joursCHAUD DEVANT ! son catalogue, avec quatre pédales d’un seul coup ! Et notre plus fin limier de mettre alors les mains puis les doigts et lesapparue il y a trois ans et ses trois références (delay, réverbe, modulations), la marque asiatique ajoute un numéro "200" àavant le bouclage de ce numéro d’été, Boss nous annonce la sortie d’une nouvelle gamme de pédales. Après la série "500" oreilles sur lesdits objets. Jacques Balmat ous avons retenu les deux modèles en il est possible de désactiver les contrôles pour éviter grande variété de genres, des delays numériques MD-200 sont restés dans le fight-case.N phase avec nos usages électro/acoustiques,l’Hydrid Drive OD-200 et la Modulation des modifications involontaires lors de l’utilisa- modernes aux analogiques classiques. On retrouveles échos basiques comme les super pads d’ambiance est commune à toutes les unités, dont la prise en L’ergonomie tion. de la maison japonaise, avec tous les effets inter- main s’avère très intuitive malgré la présence d’un tive en appuyant simultanément sur les deux foot-médiaires. Un looper est également intégré, il s’ac- est numérique,afficheur peu généreux en infos. La technologie Le Delay numérique DD-200 hérite beaucoup DD-200 Digital Delay switches. direct. La mémoire de stockage intégrée à chaque la plupart des fonctions sont à accès du DD-500, dans un volume plus compact. Les mémoire pour sauvegarder quatre réglages favoris Le DD-200 intègre quatre emplacements modèle permet de sauvegarder quatre configura- habitués du 500 seront tout de suite à la maison,avec les douze modes différents couvrant une et les rappeler à tout moment. Le passage d’unemémoire à l’autre s’effectue sans lâcher le manche une qualité sonore 32 bits AN/NA, un traitementinterne en 32 bits,tions. Toutes les pédales de la gamme 200 proposent de 96 kHz, ainsi que la possibilité d’ajouter desswitches ou une pédale d’expression externes, ainsi une fréquence d’échantillonnage que le MIDI. Enfin, avec la fonction Panel Lock, Traitements sonores : 8Rapport qualité/prix : 8Les + : le format, les 12 modes, de limiter la marge de choix des mémoires pourpermettre un accès encore plus rapide en concert.à l’aide d’un footswitch du DD-200 ; il est possible les emplacements mémoires. En activant la fonction Carryover, le delay actifperdure lors du changement de mémoire, pourdes transitions naturelles et discrètes entre effets.
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la guitare électro/acoustique. Un Cut/Boost jusqu’à un véritable outil de traitement du son, très pro- 15 dB est disponible sur chaque bande, chaque fessionnel. Il demande temps et patience, doigté canal disposant d’un curseur de niveau pour équi- et intuition, pour parvenir à en maîtriser parfaite- librer le son bypass ou ajuster le volume d’une partie ment tout le potentiel et en tirer le maximum. solo par exemple. Prix : 259 euros, prix public conseillé Type : delay numérique programmable Divers : 12 modes, looper, stéréo, USB, Midi Alimentation : par piles (3xAAA) ou adaptateur secteur (non fourni) Production : Taïwan Site: www.boss.info/fr
PLEIN LES PIEDS
Les footswitches du DD-200 sont multifonctions et assignables à plusieurs paramètres : ils permettent d’abord l’accès aux fonctions incontournables comme le bypass, le défilement de mémoire, le tap tempo ou encore le contrôle du looper. Mais ils peuvent être réassignés à des fonctions plus spécifiques pour des contrôles en temps réel aux résultats parfois étonnants (Hold, Warp). Ce n’est pas tout : des footswitches ou une pédale d’expression externe- peuvent également être connectés pour profiter de multiples commandes au pied. Côté son, ni bonne ni mauvaise surprise : c’est le son du DD-500 ! Des sons riches, parfaitement malléables, dont la précision des réglages permettent un ajustement parfait aux goûts et besoins de l’uti- lisateur. La simplicité d’édition se révèle très ap- préciable et aide à aller droit au but pour atteindre ses objectifs sonores sans se prendre la tête. Le signal original n’est pas torturé ni trop lissé par le numérique, cela reste naturel et "vivant". Un bon produit qui devrait connaître un grand succès. EQ-200 Graphic Equalizer L’EQ-200 est une pédale d’égalisation puissante et polyvalente, pièce redoutable que tous les gui- taristes amoureux du son feront sans aucun doute leur. Elle embarque en effet deux égaliseurs dix bandes, ainsi qu’un afficheur graphique pour vi- sualiser d’un seul coup d’œil la courbe de correction sélectionnée. Les structures de flux de signal au choix configurent les deux canaux en fonctionne- ment stéréo, parallèle ou série. Il est même possible de connecter des pédales externes pour un modelage du son pré/post encore plus poussé. Pour aller en- core plus loin, les gammes de fréquences des dix UN SON DE GUITARE PARFAIT bandes peuvent être choisies parmi trois types Les deux canaux (A et B) peuvent être liés ou différents, afin d’optimiser plus encore les perfor- utilisés indépendamment, le mode Série faisant mances de l’EQ-200 en fonction de l’instrument fonctionner les deux EQ l’un après l’autre, ouvrant raccordé, l’un d’eux étant spécifiquement dédié à des possibilités très créatives et des traitements très Prix : 259 euros, prix public conseillé puissants. Malgré son gros potentiel, l’EQ-200 est Type : égaliseur graphique programmableDivers : 10 bandes, 2 canaux, facile à maîtriser notamment grâce aux curseurs 4 emplacements mémoires, stéréo, USB, Midi Traitements sonores : 9 physiques offrant l’accès direct aux dix bandes d’éga- Alimentation : batterie (3xAAA) Rapport qualité/prix : 9 Les + : les deux canaux, les dix bandes et lisation et au niveau de volume master. Ajoutons ou adaptateur secteur (non fourni) Production : Taïwan les mémoires. qu’une commande dédiée permet de basculer d’un Site : www.boss.info/fr EQ à l’autre. A l’opposé du gadget, l’EQ-200 est
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TRIBUTE
© DR
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dE cEttE montagnE humainEEtrangE dEstin quE cEluiqui jouait d’un micro 340 kilos sur la balancEcordophonE, un poids lourd intErnationalEt unE voix dE rossignol, © DR quElquE pEu zappé par sEspairs. Iz QuelQue part au-delà de l’arc-en-ciel l y a environ 25 ans, le phénomène Iz déferlait va se modeler, variant dans le nombre de frettes et IEn réalité,sur la planète avec son medley "Somewhereover the Rainbow/What a Wonderful World". les formes de têtes."taro-patch guitar", puis "pila li'ili'i", il sera finale- D’abord appelé "taro-patch fiddle", mence la musique avec son frère Skippy à l’âge de sorti en novembre 1993 aux États-Unis sur le labelMountain Apple Company, avant d’être distribué le titre sortit sur son album Facing Future, ment baptisé, dans la dernière décennie du XIXsiècle, "ukulélé". Dès lors, les Hawaiiens deviennentème onze ans. Plus tard, les frangins Kamakawiwo'olemontent le groupe de musique hawaiienne contem- poraine Makaha Sons of Ni’ihau.80, ce quintette aux allures de big band sort dix al- Durant les années en Europe quelques mois plus tard.Ce mois de novembre 1993 est marqué par le tsu- toqués de uké : le monarque Kalakaua (1836-1891)donne l'exemple dès son couronnement puis en in- bums et surfe sur la renaissance culturelle d’Hawaii. nami Israel Kamakawiwo'ole, aka Iz. Cinq minutes vitant les musiciens madérois à animer le palais. En Malheureusement, les graves problèmes d’obésité de bluette exotique, 1897, la reine déchue Lili'uokalani (l'invasion amé- d’Iz freinent la progression du groupe, le chanteur bling (contrairement au clip carte postale exotique) de gling gling pas du tout bling- ricaine renversa en 1893 la famille royale), jouant ne pouvant pas voyager et annulant notamment une et de rythmiques chaloupées, le paradis polynésien elle-même de l'autoharpe et de l’uké, fait donner grande tournée à New York et au Japon. En 1982, des récitals de mélodies hawaiiennes à l'ukulélé aux phénomène hawaiien, son titre sert de B.O. à plu-à portée de clic. Le 7ème Skippy décède des suites de son surpoids. art s’empare également du États-Unis. En Europe, c'était dans les bagages de lancer en solo, mais les sourires de façade cachentTerrassé, Iz trouve néanmoins la force de se re- sieurs films (avec Joe Black, Amour et Amnésie, Le fils du Mask,A la rencontre de Forrester, Rencontre la célèbre princesse Ka’iulani que l'ukulélé parcourtle monde. Grâce à ce mini instrument maousse ré-sonant, Honolulu est désormais pointée sur la carte quelques fêlures. D’ailleurs, tout au long de sa car-rière, il alternera les refrains acidulés (trop de clichés et pubs. Cocktail de hapa haole, un mélange de mu-etc.), séries télévisées (Urgences, Scrubs, Cold Case...) du monde pour autre chose que ses spots de surf. tropicaux) et les couplets indépendantistes pour lacréation d’une nation hawaiienne (chanson "E Ala siques populaires étrangères et de traditions locales,le tout cadencé par le riddim jamaïcain. Le reste de C’est justement ce trône des charts que vise celui queIzy lIstenIng ? E" sur l’album éponyme). Une nation qui reprenddes couleurs grâce aux royalties du tube "Somewhere l’album est à l’avenant, mais marque bien moins lesesprits que ces deux reprises de standards du jazz l’on surnomme le "doux géant". Inspiré par les starslocales, Don Ho ou Palani Vaughan en tête, Iz com- over the Rainbow/What a Wonderful World" quigénèrera,l’avance le producteur d’Iz, Jon de Mello dans le à lui seul, des "milliards de royalties", comme "ukulélisées". Oui, uké et jazz font bon ménage. documentaire pas de statue imposante, seul une petit buste d’IzMalgré tout cela, Iz. The Man Behind the Music. Un peu d’histoire.pIla lI'IlI'I... ukulélé ! taro-patch guItar, Hawaii est avare de compliments: des insulaires lusophones débarquèrent dans le port Il est loin ce 23 août 1879, lorsque trône à Waianae, sur l’île d’Oahu, sur le flanc estde l’archipel, le long d’une route qui mène à… Pearl d'Honolulu. Embarqués à bord du navire britan- Harbour ! Etrange destin que celui de cette mon- eux leur Madère natale frappée par de nombreusesnique le SS Ravenscrag, ils avaient laissé derrière tagne humaine qui jouait d’un micro cordophone,340 kilos sur la balance et une voix de rossignol, un calamités, mais emporté avec eux un petit instru-ment à quatre cordes ressemblant à une guitare mi- poids lourd international quelque peu zappé parses propres pairs. Il faudra attendre ses obsèques niature, appelé "machete", et proche parent du ca-vaquinho lusitanien. Un autre instrument débarqua pour qu’il soit célébré à sa juste démesure parquelque 15000 personnes. aussi ce jour-là : le "rajaõ", petite guitare à l'accor-dage spécifique, avec son accord particulier, où les d’une insuffisance respiratoire. À l’aune de sa mort,L’étoile filante disparaît le 26 juin 1997, des suites graves. En moins de cinq ans, un nouvel instrumentplus hautes de ses cinq cordes n'étaient pas les plus Iz confia à ses proches :suis prêt". "Je vivrai pour toujours. Je © DR Youri
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GLOBETROTTER
TiTi Robin Portrait du pionnier français de ces prétendues musiques du monde qu’il a véritablement remises sur la carte.Les mondes méditerranéens 88 • AC #68 Texte : Ben - Photos : Louis Vincent D à un nomade, on comprend rapide-istance. Quand on parle voyages quarante ans, le bassin méditerranéen ne se limiteComme le rappelle Titi Robin depuis près de difficilement que des sudokus. Clairement, distance n’est pas affaire de kilomètres, maisment que cette fameuse notion de pas à Marseille et Perpignan, mais s’étend le long on n’a jamais entendu ça ! Dans la foulée,Robin file en Bretagne, au sein du Trio Erik Titi de mises en perspective des affaires dumonde. A l’image de sa musique, Titi Robin des rives du Maroc jusqu’à la Turquie, en longeantles plages si prisées de la Grèce et des Balkans. C’est Marchand, qui propose une réunion de chants écoute les vibrations de la terre, pratique le délimité, colorié en bleu sur la carte du monde, et bretons, de luth arabe et de tabla indien. silence pour mûrir ses réponses et ouvrir le cela explique les navettes incessantes entre peuples en musique orientale) à la Mélanger le Taksim (improvisation modale débat.éthiques, exotiques… Dès qu’on évoque les World, musiques du monde, ethniques, depuis la nuit des temps. Cela s’entend dans les complaintes bretonnes), là encore, c’est inédit Gwerz (type de plongées et les traversées du musicien aux mille répertoires lointains, on se réfère à la statue cordes (guitare, oud, buzuq, etc.), qui déplore que sur les galettes. La recette plaît : en 1990, l’al- du Titi angevin. La preuve ? Dans l’pédie Universalis Encyclo- les cultures maghrébines et gitanes soient encore prix de l’Académie Charles Cros. bum du trio, An Henchou Treuz, reçoit le grand terme "World music" a été illustré par l’un de, la première apparition du perçues commeen Europe depuis que le tout premier nomade a "souterraines", alors qu’elles résonnent un hors-série n’y suffirait pas. En quarante ans,Impossible de dérouler toute sa discographie, ses portraits (au sein du Trio Erik Marchand).Les journaux s’emmêlent les pinceaux, le dico décidé de quitter le Levant pour admirer d’autrescouchers de soleil. "J’accepte ce terme si on reconnaît que pays européens ont du mal à assumer leurs racines "On voit bien que de nombreux la route a été longue, les virages à 180 degrésnombreux. Ainsi de son album entièrement déconne :John Coltrane, Jimi Hendrix, Django Reinhardt méditerranéennes et tendent à les réduire au silence. (1998), dans lequel le compositeur fusionneimprovisé Le Regard Nu (1996), de Kali Gadji ou Jean-Sébastien Bach jouaient des musiquesdu monde, puisqu’ils étaient eux-mêmes le fruit de cultures particulières. Ne soyons pas naïfs, ceterme traduit une vision ethnocentrée. Par mu- siques du monde, on sous-entend celles qui ne sont "On voit bien que de nombreux pays européens ont du mal à assumer leurs racines méditerranéennes et tendent à les réduire au silence... Je suis un enfant du couloir méditerranéen." pas occidentales, voire de manière policée, mu-siques de sauvages. Miller disait : "Quand j’entends Miles Davis,je comprends de quelle ville des États-Unis il Dans un documentaire, Marcus vient"."rastas français qui fantasment sur le frog lon- Contrairement aux rockeurs ou aux donien, les honky-tonks américains ou lessound systems jamaïcains, lui joue la musique Il y a une zone culturelle qui part du sud-ouest de de son ADN. Alors, pourquoi est-ce à lui que la Méditerranée (du Maroc au Mali) et qui englobe ses influences orientales et gitanes à des poly-rythmies d’Afrique de l’Ouest, ou encore de l’on demande constamment pourquoi il pra-tique ces musiques… indigènes ? toutes les rives de la Méditerranée jusqu’au Moyen-Orient, puis qui file par l’Asie centrale jusqu’au nordde l’Inde. Dans cette zone-là, les cultures musicales, la guitare électrique,saxon"Rebel Diwana (2018), un audacieux voyage à tination chère à son cœur, la poésie. En 2014,, provoque-t-il en rigolant. Autre des- "l’arme de l’ennemi anglo- Le métissage n’est pas un concept, mais uneTiti méditerranéen poétiques, philosophiques ont de nombreux troncs com-muns. Je suis un enfant de ce monde méditerranéen" réalité familiale chez l’artiste qui, dès son plus résume-t-il. Tendre l’oreille pour élargir le point de, Titi Robin fait une somptueuse escale dans les jeune âge, côtoya les communautés gitane et vue, tel pourrait être le credo de ce musicien sans vers avec l’acteur Michael Lonsdale pour l’al- arabe de son village. Chez les Robin, il y eut frontières ni œillères. Sa discographie multicolore bumans que l’artiste lit et écrit de la poésie, le soir, L’Ombre d’une source. Cela fait quarante des mariages mixtes, des pièces rapportées donnerait la jaunisse à un caméléon adulte. S’iln’avait pas été musicien, à la lumière de la bougie, entre deux tournées en couleurs. Dès son enfance, le Titi demarocaines et gitanes pour des puzzles riches tour opérateur. Clairement, ce globe est trop petit Titi aurait fait un excellent façon caravansérail. En mai dernier, il a sorti Rochefort-sur-Loire baigne dans la Méditer- pour le musicien aux semelles de vent.Traçons l’arbre généalo-musical de ce Robin des son premier recueil de poèmes,sucre mon amertume (Éditions Riveneuve). Je t'ai bue sans ranée. Comme ses camarades d’école, il auraitpu jouer du rock et rêver en anglais, mais grands chemins : en 1984,Duo luth et tabla Hameed Khan. On le retrouve trois ans plus tard,, avec le percussionniste rajasthani il sort son premier disque, Flamenco, rumba catalane, jazz manouche,Jeux sans interdits selon sa géographie, la Loire a pour con-fluents le Bosphore, le Gange et le Nil, non au sein de son groupe Johnny Michto, pour une blues méditerranéen, musiques arabo-anda- la Tamise. Ses premiers publics sont ceux des lecture très personnelle du rock anglo-saxon via louses, orientales, indiennes (notamment du scène celle d’un restaurant libanais d’Angers,mariages gitans et maghrébins, sa première un cocktail explosif de buzuk électrifié sur rythmes Rajasthan, via ses nombreuses collaborations sur laquelle il fait ses armes au début des berbères, avec sirènes de clarinettes et de corne- avec la danseuse Gulabi Sapera)… L’artiste années 80. muses. Les rockeurs s’accrochent aux manches de jongle avec les styles à mesure qu’il court le leur Stratocaster et décryptent ces partitions plus monde, en s’affranchissant tout à la fois descodes locaux et des barrières douanières. Non,
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il ne reprend pas ces répertoires, il joue sa Le manifeste ce langage, sinon les hommes et les femmes croisés musique : "Je ne fais pas de rumba catalane ni des musiques vagabondes sur ma route et qui sont loin d’être tous musiciens. du jazz manouche, je dilue toutes ces influences Payo, michto, nomade... Robin est l’icône de Mon- Il y a une vérité dans la beauté qui sourd du monde, dans mes compositions. A l’image de Vincent Van domix. Dans sa main, la boussole s’affole. Che- et je polis un fin miroir qui pourrait refléter cette Gogh, qui est parti du nord de l’Europe pour miner du Rajasthan à l’Andalousie, de l’Egypte à lumière." Imaginer Titi Robin au conservatoire, s’installer en Provence, quittant les ciels noirs la Camargue, lui aussi a suivi l’itinéraire des mu- ce serait comme enterrer Jack London dans un pour trouver la lumière afin d’exprimer qui il siciens de Latcho Drom, le film de Tony Gatlif. programme Erasmus. Ces deux-là sont des était, je puise dans ces influences les différentes D’ailleurs, il rappelle qu’il a joué avec bon nombre vagabonds. couleurs de ma palette". La preuve - si besoin des protagonistes - comme quoi, la réalité dépasse On le dit souvent "en marge", on pourrait était - avec l’album Gitans (1993), qui révèle parfois la fiction. Cette "bonne route" sera son école lui accoler le qualificatif de "rebelle", ses al- Titi le globe-trotter aux yeux du grand public. buissonnière, une façon de cueillir les notes sur le bums étant de véritables manifestes musicaux. A l’époque, beaucoup de chroniqueurs évo- bord des chemins, comme il l’ a écrit dans le livret En 2010, Titi Robin compose le triptyque Les quent un hommage aux rumberos catalans, de son album Un Ciel du Cuivre (2000) : "Je ne Rives. Il enregistre un disque dans chacun des ses amis guitaristes gitans du quartier Saint- connais aucune autre école artistique que celles de la trois pays suivants, l'Inde, la Turquie et le Jacques de Perpignan, alors qu’ils ne sont con- rue et du plaisir, car personne ne m'a appris à parler Maroc, avec des musiciens du cru et produits voqués que sur deux titres, "La Petite Mer" et par une maison de disques locale. Ce n’est pas "Rumba do Vesou". Titi, lui, joue sur une gui- "Certes, le flamenco le monde qui débarque à Paris, mais le Fran- tare manouche Di Mauro et parsème des pi- çais qui va sur place ! Rendre à Nâgabhata 1er, ments gypsy jazz dans la rumba, à l’image de est originellement andalou, Atatürk ou à la dynastie alaouite ce qui a été sa superbe pièce "Hommage à Matelo". mais c’est une musique spolié par César ? "C’était à la fois un contrepied "Swing Wassoulou", "Chaâbi Michto, "Django à l’industrie musicale, mais aussi un hommage aux à Bagdad"… Comme l’illustrent les titres de née d’un père et d’une mère, gens de ces pays qui m’avaient inspiré. Malgré la certains de ses titres, le musicien est un adepte des cultures andalouse complexité du projet - nous étions en pleine crise des glissements de terrain. du disque, les labels étaient sinistrés -, je me suis Mais quel chantier ! Rejetées par les héritiers et gitane. Or, certains lancé. Plus tard, une maison de disques parisienne cocardiers des Templiers ou, au contraire, ja- voudraient ériger une a racheté les droits des trois albums pour en faire lousement gardées par les gardiens du temple un coffret, mais comme beaucoup de consœurs, elle tsigane, les musiques gitanes divisent et accu- frontière au milieu du lit !" produisait de la musique du monde sans quitter mulent les couacs : "Il existe beaucoup de malen- la capitale. Dans ce domaine, on se donne souvent tendus sur ce sujet. Rappelons que Paco de Lucía, bonne conscience en parlant d’ailleurs, de l’autre, le grand guitariste du flamenco du XXème siècle, mais à distance." était un "payo" (un non gitan), comme moi. Ses De l’Hollywood Bowl de Los Angeles au duos avec Camarón de la Isla sont des chefs- Tata Theater de Bombay, du bidonville Pani d’œuvre ! Un payo et un gitan, ensemble. Certes, Pech à Jaipur, où il joua en duo avec le per- le flamenco est originellement andalou, mais c’est cussionniste Dino Banjara (fils de la danseuse une musique née d’un père et d’une mère, des cul- Gulabi Sapera), "face à des spectateurs en transe", tures andalouse et gitane. Comme pour le jazz à Addis-Abeba, en Éthiopie - "un pays qui a manouche, que l’on peut résumer à la réunion de une culture forte et très digne", Titi Robin cherche Django et de Stéphane Grappelli, il faut accepter la fusion et fuit les "collages", "comme quand, dans que ces styles naissent du mariage et du métissage les musiques dites fusion, la batterie tient le groove des cultures nomades et sédentaires. Or, certains de base et les percussions ne servent qu’à donner voudraient ériger une frontière au milieu du lit ", le côté ethnique." Lui fait tout l’inverse : "Par déplore-t-il. exemple, dans les titres "Lovari" (album Kali Gadji) et "Fandangos Maures" (Un Ciel de Cuivre), je m’inspire de la polyrythmie du chaâbi marocain, dans laquelle la base est jouée par la basse, soutenue par les bendirs puis par la bat- terie, qui n’est qu’une variante." Du roots, pas des rustines. Les racines, justement. Un concert garde une place à part dans son cœur : celui qu’il donna à la maison d’arrêt de Coutances, en marge du festival Jazz sous les Pommiers. Une formation guitare-oud-accordéon-percussion pour des spectateurs sans horizon. Les carnets de voyage de Titi Robin firent un tabac. "Moi qui viens d’un milieu populaire, je me suis toujours dit : "Dans la vie, il faut être à la fois ambitieux et ne jamais couper le lien avec ses racines." Ce jour-là, je me suis aperçu que j’avais réussi à suivre cette ligne de conduite. J’ai l’impression que ces détenus nous remerciaient de parler pour eux, à travers cette musique qui était aussi la leur pour beaucoup d’entre eux. Que nous étions leurs porte-parole."
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Détente à Jaipur, Rajasthan, en 1999 Titi au oud ©Véronique Guillen Au Fort Ajmer, Avec Gulabi Sapera Pause jazz manouche Rajasthan Titi Robin & Gulabi Sapera Au Rajasthan Avec les musiciens gitans de Perpignan, projet Ma Gavali ©Yan Grandjean
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CHRONIQUES
louis Martinez BruCe springsteen influenceS weStern StArS (Absilone) (Columbia/Sony Music) Influences. L’intitulé de ce nou- Quelques mois après la sortie de son récent vel album de Louis Martinez témoignage live enregistré sur la scène new- promet un jeu de pistes pour yorkaise de Broadway, le kid du New Jersey des jeux de jazz. Vu l’imposante revient avec Western Stars. Un album tout en discothèque du musicien, on voix, tissé d’arrangements somptueux de se doute qu’il y aura des sur- cordes, dans lequel le Boss déploie tous ses prises au fil des plages musi- talents de songwriter. Proposant treize chan- cales. Premier contrepied avec sons, le nouveau Springsteen étonne, surprend et séduit par sa prose musicale, à la longue escale dans la chanson. Non pas celles qui alimentent la variété fran- mille lieues de l’électricité rebelle qu’il incarne en compagnie du E Street Band. çaise, mais celles que fredonne le compositeur depuis qu’il a décidé d’écrire L’affaire se dévoile sur "Hitch Hikin", une première ballade gorgée de violons et de sa vie sur partitions. Une facette inédite née de la volonté de mettre les voix cordes. Sur les arrangements lustrés de "The Wayfare", on se plonge soudain dans au premier plan. Il y a d’abord celle des cordes, sensibles, de l’esthète Martinez, une ambiance "à la Burt Bacharach". Guitare acoustique en bandoulière, Springsteen mais aussi celles en dentelles du pianiste Gérard Poncin et celles, suaves, des nous offre avec "Western Stars", une chanson aux multiples reflets, où dans son texte, soul sisters Agnès Som et Elvira Skovsang, deux voix de velours pour des chan- le cœur de l’Amérique y côtoie son glorieux passé et ses acteurs de légendes. Crochet sons au creux de l’épaule. Chants de sirènes, sirènes de bugle et de trompette, par l’americana avec "Chasin’ Wild Horses" et ses nappes de lap steel bucoliques. Stéphane Belmondo souffle chaud sur les compos de l’ami Louis. Enfin, il y a Saisissant et envoûtant, on fait un aller-retour dans l’album Nebraska avec le poignant les percussions et les peaux de Mino Cinelu, des claques et des caresses, de la "Somewhere North of Nashville". Le morceau qui suit, "Stones", confirme l’interprétation chair sur les portées. Chef d’un orchestre choral (avec Philippe Panel à la vocale d’un Springsteen au meilleur de sa forme. La richesse des notes du morceau contrebasse/basse et Thomas Domène à la batterie), Louis Martinez tend le "Hello Sunshine" mériterait de se retrouver sur une bande originale d’un film de Jim micro en privilégiant les unissons. C’est un fait, le virtuose aime les solistes Jarmush ou des frères Coen. On clôture le bal avec la même exigence sur "Moonlight qui ne la jouent pas solo. Motel". Un album mélancolique, lumineux, hospitalier et définitivement intemporel. Funk, soul, cool, latin-jazz, be bop, pop, hip hop… L’homme au timbre Gibson A l’image de son auteur. Philippe Langlest multiplie les décors dans cette nouvelle fresque musicale, qui a vu le jour lors de l’enregistrement de son précédent album Thème pour Mike. Un disque d’adieu poignant qui lui a certainement donné envie de reprendre toute Carlos santana l’histoire à la base. Voilà donc Louis Martinez de A à Z, le jazz en fil d’Ariane et AfricA SpeAkS les copains d’abord pour des joutes sétoises, où tout le monde est dans le (Surftone/Universal) même bateau. Dans sa note d’intention, le compositeur explique d’ailleurs Après un E.P. consacré à sa rencontre avec qu’Influences "explore les territoires d’une vie". L’album s’ouvre sur "Blueland", Mona Lisa au musée du Louvre, Carlos Santana une plongée dans les clubs clairs-obscurs de la note bleue via les virgules de sort un album entier de musique africaine. guitare dans la veine de Wes et les digressions de cuivres sur lit de piano. Du Sa recherche des racines de cette musique swing et du groove sur "Aretha" pour un hommage à la "Reine de la Soul" tout l’a emmené un peu partout en sur le continent autant qu’au king Kenny Burrell et ses cocottes funky. Le virtuose s’amuse africain, lui permettant de trouver les points avec les sauts de cordes et les syncopes, saute sur la salsa ("Days of Grace") et, communs dans les mélodies, les rythmes et de manière générale, pratique la fusion à chaud. Du mode mineur et des les grooves entre la musique latino-blues et le jazz chers à son cœur. Produit par Rick couleurs pastel sur le mélancolique "Mauve", ou des dialogues de six-cordes Rubin – qui amena Johnny Cash à chanter "Break My Rusty Cage" de Soundgarden sur le fil et de chants nus sur les ballades "Whenever" et "Sweet Winter Night", ou "Personal Jesus" de Depeche Mode -, Carlos Santana a invité la chanteuse Buika, illustrant la saudade du Sétois. Ou comment dire beaucoup en peu de notes dont la voix est proche de Nina Simone et du R&B. Le groupe d’accompagnement de et de mots, en silences. La guitare en guise de pinceaux musicaux, le compositeur huit musiciens est, comme toujours, drivé par Cindy Blackman Santana à la batterie. semble avoir fait sienne cette devise de Francis Bacon : "Toujours privilégier la D’après Carlos, "Miles Davis et Coltrane ont toujours été proches pendant l’enregistrement sensation à l’illustration". Ben de ce disque". Pas moins de 49 titres ont été enregistrés, dont 11 sont sur l’album défini- tif. Ce qui laisse pour le moins présager une suite à Africa Speaks. Romain Decoret Dylan leBlanC laurenCe JuBer renegAde downtown (Single Lock Records) (Hologram Recordings) Pour son 4ème album, Dylan LeBlanc explore Laurence Juber a été pendant plusieurs les allées des rebelles éternels. Fils d’un mu- années le guitariste de Wings avec Paul sicien de Muscle Shoals, Alabama, il est né à McCartney, période Bluebird. Comme Shreveport en Louisiane. Ses chansons sont musicien de studio, il a longtemps joué marquées par la littérature locale, le style en électrique, mais il est aussi un spécia- Southern Gothic, surtout William Faulkner, liste du fingerstyle acoustique. Actuelle- mais aussi Tennessee Williams et Flannery ment, il joue avec Martin Taylor, Frank O’Connor (qui est une femme soit dit en passant). Dylan LeBlanc a longtemps joué Vignola et Vinny Raniolo au sien du super-groupe The Great Guitars. Mais, en solo, en invité avec d’autres tenants de la scène sudiste, comme Emmylou Harris, les Drive il vient de sortir cet album dans lequel il promène sa Martin OM21 Custom sur des By Truckers ou les Alabama Shakes. Même Bruce Springsteen l’a invité et encouragé! standards tels que "Caravan", "Limehouse Blues", "Misty" ou "A Foggy Day". Un album Le choc survient quand on entend sa voix qui est très semblable dans sa tessiture à de jazz inspiré, joué totalement en solo, avec une technique et un jeu d’une grande celle de Neil Young, ce qui n’est pas facile à raccorder avec l’image qu’il projette, mais sensibilité. Il ne reprend aucun des titres qu’il jouait avec Paul McCartney dans Wings, lui aussi est un "loner". Il hante littéralement ses compositions plutôt qu’il ne les vit, mais il le fait sur scène et lève le public à chaque fois, comme je l’ai vu récemment et il sera intéressant de le voir et l’entendre sur scène lors de sa prochaine visite à pendant le festival canadien FGMAT de Rouyn-Noranda. R.D. Paris, aux Etoiles, le 28 août prochain. R.D.
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the waterboys Where The aCTion iS (Cooking Vinyl) Incontournable concurrent du groupe U2 dans les années 80, les Waterboys ont sorti une flopée de hits pop majestueux ("The Whole of the Moon", "A Girl Called Johnny"). Avec ses chansons qui fleurent bon les landes irlandaises, Mike Scott est un artiste prolixe qui enquille les bons comme les mauvais disques. Heureusement pour nous, le cru 2019 est plutôt à ranger du côté des très bons disques du groupe. En forme, Mike Scott et sa bande (Steve Wickham, Brother Paul) ont enregistré cet album en Angleterre dans les studios Real World de Peter Gabriel. Le résultat final est fameux. Au menu : dix titres dont l’indispensable "Where the Action Is". Une reprise d’une ballade soul écrite dans les années 60 par Robert Parker, qui, transcendée ici par le chant de Mike Scott, ouvre le bal à coups de riffs de guitares jubilatoires. A peine le temps de dire ouf que le leader des Waterboys nous rappelle qui était Mick Jones en 1978, avec la chanson hommage au guitariste de The Clash, "London Mick". Le reste est du même tonneau, à la fois enragé, poétique et précieux. Un disque chaudement recommandé. P.L. Justin townes earl The SainT of LoST CauSeS (New West) Durant une certaine période, le fils de Steve Earle était totalement fâché avec son père, un peu comme l’est toujours Hank III avec Hank Williams Jr. Mais après une cure de désintoxication, les Earle père et fils se sont retrouvés, si tant est que les tournées incessantes leur en laissent le temps. Pour son 8ème album, le jeune troubadour se concentre sur l’Amérique des exclus et des opprimés, d’où ce titre le "Saint des Causes Perdues". Musicalement, il essaie avec "Ain’t Got No Money" de sonner "actuel", avec un phrasé reggae à la Jimmy Buffett et une rythmique vaguement hip-hop venant de la patte du coproducteur Adam Bednarik. Heureusement, Justin revient à une poésie blues plus intéressante sur "Morning in Memphis" et passe au country avec "Don’t Drink the Water, Boy", toujours cette peur ancestrale de l’eau empoisonnée devenue un cheval de bataille pour inclure une dimension écologique très populaire, même si elle n’est souvent que politique. Mais le jeune Texan sait aborder le honky-tonk shuffle "twang" sur "Flint City Shake It" et "Appalachian Nightmare". Un album d’outlaw texan plaisant à écouter, à l’exception d’un ou deux titres artificiellement modernisés et entre deux chaises appartenant à KD Lang. R.D. reese wynans & Friends SWeeT reLeaSe (Provogue) Le clavier du légendaire Double Trouble de Stevie Ray Vaughan joue depuis des an- nées dans le groupe de Joe Bonamassa. On peut penser ce que l’on veut de ce dernier, mais il est resté fidèle au blues et a poussé son musicien à enregistrer un album solo plein de surprises. D’abord la reformation de Double Trouble avec Chris Layton, batteur habituel de Kenny Wayne Shepherd, et la rare présence du bassiste Tommy Shannon. Des classiques de SRV, bien sûr, "Crossfire", "Say What !", "Hard to Be", "Riviera Paradise", mais aussi "So Much Trouble" de Tampa Red & Big Maceo, "Take the Time" de Les Dudek, Boz Scaggs et Steve Miller, sans oublier "You’re Killing My Love" de Mike Bloomfiekd. Des invités pestrigueux enfin : Bonamassa, Shepherd, Warren Haynes, Vince Gill, Sam Moore, Bonnie Bramlett, Keb’Mo… Un disque mé- morable, à commencer par la basse de Tommy Shannon sur "Crossfire" avec Sam Moore, ex-Sam & Dave, aux vocaux. Enorme ! R.D.
CHRONIQUES
(Inside/Warner)rose avenue Joel rafael (Opal Records)lost FaBles opal ocean Ce songwriter californien sort son 10album avec des compositions originalesème comme "Back Along this Highway", "All Alex Champ et Nadav Tabak viennent de Nou- Formant un duo à la fois metal et flamenco, My Relations" ou le subtil "Secrets of theHeart". Joel Rafael a longtemps été une velle-Zélande, mais ont trouvé le succès enAustralie et débarquent maintenant en Europe.En fait, Alex Champ est né en France, il a grandi Woody Guthrie, et il le rappelle ici avecfigure du festival annuel consacré à avec ses parents en Nouvelle-Calédonie, avant John". Il s’agit d’Abraham Lincoln, Martin Luther King et John Kennedy, bien"Glory Bound". La seule reprise de cet excellent album est "Abraham, Martin & Il représente le côté flamenco dans le duo, Nadav Tabak étant un ex-guitariste de heavy- de partir pour la Nouvelle-Zélande et l’Australie. sûr. La chanson fut écrite par Dick Holler en 1968, mais devint un succès avecle chanteur Dion, qui remit sa carrière en route grâce à cette chanson. Bob metal. L’utilisation d’un pédalier d’effets leur donne ce son spécial qui est joué sur guitareacoustique, mais avec distorsion, écho, réverbe, fuzz, octaver et tout ce qui leur permet Dylan la reprenait souvent sur scène à l’époque. Joel Rafael, qui est actif depuis1974, est le premier représentant de l’americana, ce style issu du country et du de seconder l’émotion de leurs compositions. Sur cet album, les "fables perdues" sont folk, mais désormais reconnu comme un son à part entière. R.D. versent les morts, et celles de l’écrivain Bram Stoker, auteur de Scientific Reality, une réflexion brève sur le progrès et la morale. Dracula, mais aussi de Styx, la rivière que tra-
R.D.
DvD (Eagle Vision)live at montreux 1973DVD - carole king hors des États-Unis et ce n’est pas sans un certain trac qu’elle prend la scène avec "I Feel the Earth Move". Il est évidentque Carole est, par choix, une songwriter avant d’être une interprète. Mais elle croit en ses chansons et le public laCe DVD + CD relate le concert de Carole King au Jazz Festival de Montreux. C’est la première fois que l’artiste joue connaît pour ses deux albums à succès,(Tom Scott, Bobbye Hall et George Bohannon), et interprète ses classiques au piano, "It’s Too Late", "Believe in Humanity" Tapestry et Fantasy. Elle est accompagnée par une partie du légendaire L.A.Express, James" : "Smackwater Jack" et le superbe "You’ve Got a Friend". Le rappel est "You Make Me Feel (Like a Natural Woman)".de Montreux, elle fait aussi partie du groupe de James Taylor, elle aborde donc les titres qu’elle a écrits pour "Sweet Babyet va chercher "Up on the Roof" qu’elle écrivit avec Jerry Goffin pour les Drifters en 1962. Mais au moment de ce concert Un vrai show d’artiste, sans miroirs ni fumée, juste le talent. R.D. De la lecture Pour la Plage ! (Editions du Layeurs)Belkacem BaHlouli Bruce SpringSteen Jack kerouac Patricia Dagier età la Bretagne De l’amérique journaliste rock, rédacteur en chef de l’éditionEcrit et bichonné par Belkacem Bahlouli, Hervé Quemener steenien" assumé, averti et convaincu depuisfrançaise du magazine Rolling Stone. "Spring- Wow ! Une étude généalogique complète et (Editions Le Mot et le Reste) Jersey, l’auteur nous guide en spécialiste surtoujours par la bonne parole du kid du New fouillée via une enquête sur le terrain en Bre-tagne et au Canada, avec compilation des re- officiels et les bootlegs, les vidéos documentaires, mais aussi dans les nombreux112 pages, entre les albums studios, les live gistres et cadastres sur la lignée de Jean-Louis"Jack" Kerouac. L’ancêtre Urbain François le coffrets anniversaires sortis par le label Columbia dans la carrière de l’icône rock.On revient ici sur les moments forts des tournées marathon du Boss avec le E Street Bihan de la ville de Kervoac, tabellion et parfoisdétrousseur de grand chemin part déshonorépour la Nouvelle France en 1727, où il fondera et cela depuis plus de 45 ans, la longue liste de ses innombrables tubes rock inoxy-dables. Un bel ouvrage et une manne précieuse de renseignements, idéal pour passerBand, en communion avec son public, faisant défiler avec une énergie infatigable, la grande famille des Kerouac au bord du St Laurent et de la rivière du Loup. Lesauteurs documentent également les efforts de Jack Kerouac, qui se rendit en Bretagne un été réussi. P.L. qui intéressera sûrement un certain Robert Zimmerman…en 1965, mais ne retrouva pas, faute de temps, la trace de ses ancêtres. Un livre unique R.D.
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LES 100 mEiLLEURS ALBUmS DE jAzz moDERnE 1953-1962 (ColleCtion JAzz imAges) 100 disques exceptionnels mis en valeur par trois photographes majeurs, J.P. Leloir, William Claxton et Francis Wolff, avec des textes restituant chaque enregistrement dans le contexte historique et esthétique de leur création. De Coltrane à Miles Davis, toute la décennie de l’âge d’or des années 50 et 60, la maturité stylistique et les ré- volutions esthétiques. En bonus, un CD de 15 titres issus de la collection Jazz Images de notre confrère Jazz magazine. R.D. Rock SUDiSTE WhEn ThE SoUTh RoSE AGAin ArnAuD Choutet (Editions Le Mot et le Reste) Bien sûr, vous connaissez, sans toujours savoir nécessairement pourquoi, les Allman Brothers, ZZ Top et Lynyrd Skynyrd. Mais qu’en est-il de l’Atlanta Rythm Section, de Doc Hollyday, de Grinderswitch, Hogjaw ou de Wet Willie ? L’auteur, un vrai spécialiste, vous explique patiemment d’où viennent leur son et leur musique et de quelle région ils sont. Indispensable pour les fans de Southern Rock. R.D. STREETS oF SAn FRAnciSco L’hiSToiRE DU Rock DAnS LA BAy AREA ArnAuD DevillArD et olivier Bousquet (Editions Le Mot et le Reste) Les deux auteurs sont partis sur les traces de Jerry Garcia, Janis Joplin et Quicksilver, de Metallica, des Dead Kennedys et de Green Day, mais aussi des écrivains de la Beat Génération. Des itinéraires intéressants et commentés de l’intérieur par des passionnés du rock californien. R.D.
GRATEFUL DEAD
Dominique Dupuis (Editions du Layeur) Un excellent compendium des couvertures du Grateful Dead depuis leurs albums pré- historiques jusqu’aux nombreux enregis- trement live des séries Dick’s Pick, Road Trips et Dave’s Pick. Les commentaires sur l’historique du groupe sont judicieux. Un guide solide pour s’y retrouver dans la jun- gle des rééditions, pirates et albums studio. R.D.
COURRIER DES LECTEURS
Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : acoustic@editions-dv.com Autour d’Acoustic Bonjour, Abonné du magazine depuis pas mal d’années, j’ai été enchanté par votre cou- verture et votre dossier sur l’événement Autour de La Guitare. Quel bonheur Ko Avec John Knowles de voir cette réunion d’artistes autour de Jean-Félix Lalanne et ce mélange de Salut à toute l’équipe styles. J’ai eu le bonheur d’assister à l’un des concerts de l’ADLG, et je dois Abonné depuis quasiment les débuts, j’ai été bluffé par l’étude de style qu’Eric avouer que votre dossier était très fourni en anecdotes, sans oublier l’interview Gombart a consacré à John Knowles, ce guitariste de génie dont on parle trop passionnante de Jean-Félix. Merci! peu souvent dans la presse. Comment expliquez cet oubli, alors que le musicien Marc, Bastia fait partie des cinq "Certified Guitar Players" (titre honorifique créé par Chet Cher Marc Atkins) ? Quoi qu’il en soit, un grand merci à Eric Gombart et à toute l’équipe Merci pour ce message fort sympathique. Partenaire de ce festival qui s’est déroulé pour ce superbe sujet. fin juin à Clichy, Guitarist Acoustic tenait à raconter cette belle histoire, qui fêtera Romain, Urcuit l’an prochain ses vingt ans. Et quel plaisir de discuter avec Jean-Félix Lalanne, qui Cher Romain ne manque pas d’anecdotes en effet, témoignant d’une vision précise sur son rôle de En effet, John Knowles n’a pas la reconnaissance qu’il mérite et si nous avons bien passeur et de musicien. Avec lui et tous les artistes en couverture, nous étions non souvent parlé de lui dans nos colonnes, c’est en effet la première fois que nous pro- pas autour de la guitare, mais en plein dedans ! posions une étude de style. Il faut dire qu’il n’est pas aisé de se plonger dans son uni- vers musical sans trahir sa vision. Heureusement que nous pouvons compter sur la plume et le talent d’Eric Gombart ! os ou PlAstique ? Bonjour, Guitariste depuis une poignée d’années et passionné de luthe- rie, je voudrais savoir s’il faut changer les sillets en synthé- tique (genre plastique) que l’on trouve généralement sur les gui- tares de série et privilégier la mise en place de sillets en os? Philippe, Lille Cher Philippe, PAs très "world"… Cela dépend de la matière des sil- Bonjour, lets - je parle, ici, surtout du sillet Lecteur occasionnel et passionné de musique africaine, plus précisément de de chevalet, car c’est lui qui trans- guitare malienne, je regrette que votre magazine se fasse rarement le relais de met les vibrations à la table et ces musiques que l’on range bêtement dans le terme "musiques du monde". Non, améliore la sonorité de l’instru- l’Afrique n’est pas le monde, et non ses musiques ne sont pas exotiques ! Allez, ment -, car dans les matières synthétiques, on peut tout aussi bien trouver du plas- à quand un sujet sur ces grands guitaristes que sont Boubacar Traoré ou Djeli- tique (bas de gamme) que du tusq. Pour différencier les deux, une petite astuce toute mady Tounkara ? simple : lors d’un changement de cordes, retirez le sillet de chevalet de son logement Aïssata, Colombes et laissez-le tomber doucement (pas de trop haut...) sur un support dur. Si le bruit Chère Aïssata que fait le sillet en tombant est un bruit sec et métallique (un peu comme du verre), Nous partageons entièrement votre opinion concernant cette étiquette réductrice et c’est du tusq. Sinon, il est fort probable que ce soit un plastique quelconque. Quand ethnocentrée des "musiques du monde". D’ailleurs, nous vous conseillons de lire le témoi- les sillets sont en tusq, pas de souci ! C’est une excellente matière, homogène, qui est gnage de Titi Robin dans ce numéro : comme vous le verrez, le musicien sans frontières moulée (contrairement à l’os) et vous n’avez pas forcément intérêt à le changer ni œillères ne pratique pas la langue de bois ! La rédaction, non plus. Nous avons très pour de l’os. Si j’installe des sillets en os sur mes fabrications, c’est surtout pour le côté souvent évoqué les répertoires traditionnels et modernes africains, interviewé Lionel noble de la matière. Mais parfois, le tusq est plus efficace que l’os, quand la qualité Louéké (n°17), Bassekou Kouyaté (n°30), Boubacar Traoré (n°31), Djelimady Toun- de celui-ci n’est pas au rendez-vous. Le luthier doit savoir choisir des sillets en os de kara (n°53), mais aussi proposé une saga d’Afrocubism (n°30), un dossier sur la guitare qualité, régulier et non poreux. Sinon, cela peut altérer la qualité du son de la guitare, du Cap-Vert (n°33), etc. Sans oublier les leçons pédagogiques traitant de la guitare que l’on remarque surtout en cas d’amplification. J’ai déjà vu des systèmes d’am- africaine. Nous vous invitons à consulter notre site internet pour picorer les théma- plification non équilibrés à cause de la mauvaise qualité de l’os. Le client pensait tiques chères à votre cœur. Enfin, nous précisons que nous suivons aussi l’actualité pour que son système présentait un défaut, alors que c’était la qualité du sillet de chevalet déterminer les sommaires de chaque numéro, et, malheureusement, dans les bacs ou sur qui était en cause. les ondes; les musiques non occidentales ne sont pas les plus relayées... Richard Baudry
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