guitarist-acoustic — GA75
ISSN : 1957-8229 ÉTUDE DE STYLE TONY RICE TRIMESTRIELPARTITIONS + TABLATURES – 20 AVRIL - 20 JUILLET 2021 Jazz manouche - Masterclass Lydie Fue — GA75
ISSN : 1957-8229
ÉTUDE DE STYLE
TONY RICE
TRIMESTRIELPARTITIONS + TABLATURES – 20 AVRIL - 20 JUILLET 2021 Jazz manouche - Masterclass Lydie Fuerte - Chanson - Blues - Bluegrass - Picking Dadi’s style Antoine Boyer & Yeore KimArmande Ferry-WilczekINTERVIEWS 130th birthday Samson SchmittGaëtan Roussel Charley Lydie FuerteBjørn Berge Grant Haua PATTONL’épopée du père du Delta Blues La story inédite, les secrets de sa guitare StellaEtude de style blues & ragtime
FOCUS
MATOSCASTELLUCCIA modèle Bellagio + Victor Guérif Ukulélé Soprano routes du blues35 ans sur les TAYLOR GT811e - YAMAHA Storia - EPIPHONE USA TexanSIGMA SOM-50 - ARTWOOD TD 164-C-MG - FENDER Acoustasonic Jazzmaster TECH 21 Acoustic Fly Rig édito SoMMAiRE News 4 tant qu’il y aura le blues Mathis Haug & Benoît Nogaret 8 et nos soirées sous couvre-feux. Alors que les jours s’étirent et que les chaleurs estivales pointentUn printemps au son de la note bleue… On a connu pire pour accompagner nos journées confinées Marc Citti 10 le bout de leur nez bientôt pelé, on ne sait toujours pas de quel bois seront faits les beaux jours et A l’occasion du 130Charley Pattonretour sur la formidable épopée du père du Delta Blues.e anniversaire de sa naissance, 12 sera de la partie pour nous consoler et nous donner un peu d’espoir en des temps plus rythmés. notre saison culturelle. Sur quel pied et sur quelle scène danser. Ce qui est sûr, c’est que le blues Avec uneet une étude de style sur ses techniques de jeu story, un zoom technique sur sa guitare Stella. plantations de coton. Si caractéristique avec ses basses et ses shuffles hypnotiques, ses questions-Il y a 130 ans naissait Charley Patton et, grâce à lui, le Delta Blues allait sauter les frontières des Entretien avec le bluesman kiwi pour une plongéeGrant Hauadans les racines du blues maori. 20 la misère des fils d’esclaves et leur libération. Cette histoire a traversé le globe, court depuis plus d’unsiècle et continuera d’alimenter nos playlists et nos discothèques, ce Delta s’imposant comme l’alpharéponses lancées sous les arbres à palabres du Mississippi, ce blues promis au diable illustrait à la fois plume et gâchette de la 12-cordes acoustique.Bjørn BergeConfidences déconfinées de l’"Express du Nord", 24 des musiques actuelles. Retour aux sources acoustiques du sonwgiter françaisGaëtan Roussel les bluesmen. Ainsi, il y a 35 ans, Philippe Langlois fondait le label indépendant Dixiefrog pour que En France, d’autres pionniers ont popularisé la note bleue malgré ces chemins de croix qu’arpègent et ex-chanteur de Louise Attaque. 26 résonne cette musique, zappée par les majors et les livres d’histoire. Armande Ferry-WilczekRencontre avec une violoncelliste-guitariste-chanteuse,artiste aux cordes résolument sensibles. 28 dédier ce numéro aux fameuses douze mesures. Et pour, à l’image des bluesmen de tout temps, croireC’est pour rendre hommage à tous ces aventuriers des sons perdus que Guitarist Acoustic a choisi de en des lendemains qui chantent. Interview de la guitariste toulousaine,Lydie Fuertequi a plus que jamais la flamme féminine. 30 La rédaction Antoine Boyer & Yeore KimEntretien-puzzle avec un duo qui sort du cadre. 32 Af in de ne plus être limité en espace pour les leçons pédagogiques,TOUTE VOTRE PÉDAGO EN LIGNE ! Retour sur l’album hommage à GainsbourgSamson Schmittavec l’artificier du Django All Stars. 34 ce que nous imposait le CD2Rom dont le contenu est limité, sur une chaîne Vimeo, spécialement créée pour vous et dont l’accès, trèsnous avons décidé de transférer toutes les vidéos et les pistes audios Hommage au dynamiteur du flat-picking.tribute tony Rice 36 pour la qualité de son image af in d’optimiser au maximum le travailsimple, vous est réservé en tant que lecteur. Nous avons choisi Vimeo Accompagnées de vidéos en ligne, 26 pages de pédagogiepour aborder tous les styles à la guitare.Carnet de notesAvec une 40 de nos intervenants. Vous trouverez en page d’ouverture de la pédagogie toutes les indicationspour vous connecter rapidement et facilement à ce nouveau service. Bonne guitare ! habituelles.picking dans le style de Marcel Dadide Lydie Fuerte étude de style dédiée à Tony Rice,, une plongée dans le blues funket toutes les rubriques une, une masterclass plongée Directeur de la publication : Abonnement 59 Directrice de la rédaction :Coordination éditoriale :Création et réalisation maquette :Conception cahier pédagogique : Benoît Merlin V Jean-Jacques Voisinalérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Les astuces d’Eric Darmagnac.Questions de lutherie 68 Photographe : Romain Bouet -Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01 Photo couverture : Guillaume Lajarige Bancs d’essaiTests de guitares de luthier et de série. 72 RCS Bobigny : 83064379700038 - ISSN-1957-8229 / N°75, avril 2021Chef de publicité :Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1 000 euros. Valérie Duchâteau et Max Robin Charley Patton © DR/Paramount Tél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com)GérantAbonnements : : Jean-Jacques Voisin - Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) : ABOMARQUE - CS63656, 31036 Toulouse Cedex 01, Tél. : + 33 (0)5 34 56 35 60 (de 10h à 12h et 14h à 17h), Siège social : 9, rue Fransisco Ferrer, 93100 Montreuil-sous-Bois Présentation du film hommagedécryptageréalisé par Gilles Réa et Dominique Cravic. Roger Chaput 88 Evénement Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication. © 2021 byLa rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leurs auteurs. Email : editionslarosace@abomarque.fr Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert: 0 800 34 84 20 A l’occasion de ses 35 ans, retour sur l’aventuredu célèbre label de blues français. dixiefrog 90 L’essentiel des sorties de ces derniers mois.Cd 92 Indicateurs environnementaux P(tot) : 0,016 kg/t. Origine papier principal de la revue : Allemagne. Taux de fibre recyclé utilisé : 0%. Certification des papier : PEFC.Impression :Distribution : Centre Impression (43, rue Ettore Bugatti 87280 Limoges).MLP Commission paritaire 0921K 86315. (Printed in France) La Rosace. Courriers des lecteurs 96 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine, Club lecteurs60 lots à gagner ! 98 est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,
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NEWS
BREVES MARCIN
Le Martien de la guitare © Klaudia Kurek : Popa Chubby sort un nouvel Attention, bestiole ! Guitariste, percussionniste et producteur album, Tinfoil Hat (Dixiefrog). Le "chapeau en papier polonais de seulement vingt ans, Marcin est le phénomène d’aluminium", c’est ce que portent du moment. Sa reprise fingertsyle et hautement explosive les Américains qui ont peur des de "Kashmir" de Led Zeppelin a déjà glané plus de quatre vibrations magnétiques. Ted "Chubby" Horowitz choisit ainsi millions de vues! Dévoilée sur TikTok, cette vidéo est rapi- de chroniquer ces dernières dement devenue virale et a bluffé nombre de ses collègues, années avec des titres comme dont Tom Morello, Verno Reid et Jack Black. "Cognitive Dissonance" ou "1968 Ce jeune virtuose s’est fait connaître en 2015, après avoir Again". Good job ! : Pierre Chereze sort un remporté le tremplin TV polonais Must Be The Music et nouveau disque, On Route 66 l’émission italienne Tu Si Que Vales la même année, avant (Williamsong Music). Le guitariste d’accéder à la demie-finale d’America’s Got Talent, devant de Jacques Higelin, Bernard plus de dix millions de téléspectateurs. Marcin dynamite les répertoires avec ses sauts de cordes et son jeu Lavilliers, Renaud et Gerard Manset propose un disque percussif, aussi à l’aise pour reprendre des tubes rock ("Toxicity" de System Of A Down) que des pièces entièrement instrumental. Trio classiques (5e Symphonie et Sonate au Clair de Lune de Beethoven). A suivre. basse, batterie, claviers sur des titres personnels ("Cogito Ergo Sum", "O-Dela O-Dici") ou des Thibault Cauvin & Nadia Tereszkiewicz © DR phrasés virtuoses sur des reprises telles que "The Letter" des Box THIBAULT CAUVIN Tops, "Sleep Walk" de Santo & Moteur ! Johnny" et "Hotel California". : Produit par Ben Harper Musique et cinéma. Le guitariste pas si clas- himself, le duo Hey King !, sique sort un album hommage aux musiques la dernière révélation de la scène de films qui ont marqué sa vie, intitulé Films indie-rock américaine, sort son premier album éponyme (Anti-). dans ma vie depuis toujours et avec cet album,(Sony, disponible le 24 avril). "Le cinéma est enfin j’y plonge à ma manière. J’ai cueilli les thèmes les plus iconiques de f ilms qui ont marqué ma vie, et partant de ces mélodies chargées de rêves je vous invite bien au-delà... Comme si, ensemble, nous poursuivions les histoires. Cet album est un voyage dans la fantaisie de chacun, entre souvenirs et imaginations", explique le musicien cinéphile. Avec brio et audace, il s’attaque à 18 monuments, dont "In the Death Car" (Ariona Dream), "The Chase" (Midnight Express), "The Name of Life" (Le Voyage de Chihiro), "La Chanson d’Hélène" en duo avec la chanteuse Nadia Tereszkiewicz (Les Choses de la Vie), "Cavatina" (Voyage au bout de l’enfer), "Rolls" (Les Valseuses), "Cockeye’s Song" (Il était une fois l’Amérique) et bien d’autres thèmes inoubliables. "Une aventure dans laquelle ma guitare classique se transforme en une guitare du futur, agrémentée d’effets et autres sons inattendus. Je découvre et sillonne un monde fascinant", explique le musicien, qui joue sur une guitare spécialement créée par le luthier Jean-Luc Joie. Séance à ne pas rater !
R.I.P. DAVE EVANS © DR
Le guitariste gallois Dave Evans nous a quittés début avril. Triste nouvelle partagée par Dan Ar Braz, qui avait rencontré Dave, par l’intermédiaire de Stefan Grossman, pour enregistrer l’album Irish Reels, Jigs, Hornpipes & Airs en 1990 (avec Davey Graham et Duck Baker, sur le label Stefan Grossman's Guitar Workshop). Etoile filante de la scène folk anglaise des années 70, virtuose du fingerpicking et luthier émérite (il jouait sur les guitares qu’il fabriquait lui-même), Dave n’a pas connu une carrière à la hauteur de ses nombreux talents. Il n’enregistra que quatre albums avant de disparaître des radars, mais certains fans en ont fait un artiste culte du Folk Boom, à l’image d’un Nick Drake ou d’un Tomorrow. A noter que le label Earth Recordings a ré- édité son premier album, The Words in Between (1971), une pépite folk malheureusement méconnue.
© DRERRATUM
LES TOILES DE
JEAN-PAUL PAGNON
Dans le précédent numéro, nous mettions en lumière le très beau travail du peintre et plasticien parisien, Jean-Paul Pagnon. Une coquille s’est malheureusement glissée dans le texte, car le nom de cet artiste et PAGNON, non Gagnon. Toutes nos excuses à Jean-Paul. A tribute to Honeyboy Site : www.jeanpaulpagnon.com
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FESTIVALS
10TH BIRTHDAY !
GUITARALDE
Les 7, 8 et 9 juillet 2021 à Hendaye (Pays Basque) Francis Darizcuren, etc.), mais peu d’événements sont dédiés à la six-cordes, hormis un festival de guitareclassique.On le sait, le Pays basque est une terre de guitaristes et d’amoureux des cordes ( Jean-Marie Ecay, Sylvain Luc, artistique de Guitaralde (festival coorganisé par la Ville d’Hendaye et l’association Guitaralde) se lançaitdans l’aventure avec pour credo : faire résonner toutes les guitares (classique, rock, jazz, blues, flamenco, world, Jean-Marie Ecay (photo de droite) désirait changer la donne. Il y a dix ans, le fondateur et directeur de la cité basque. Pari réussi car, au fil de ces dix années, Hendaye et ses environs ont accueilli nombre de starsetc.), tout en mélangeant pointures internationales et musiciens locaux, et ce dans des lieux emblématiques Eric Franceries, Sébastien Giniaux, Scott Henderson, Michael Jones,de la guitare, dont Dan Ar Braz, Pierre Bensusan, Thibault Cauvin, Valérie Duchâteau, Christian Escoudé, tant d’autres.Sylvain Luc, Nono, Emmanuel Rossfelder, Sanseverino, Soïg Sibéril et rester muet malgré les confinements et les couvre-feux actuels. Rares sontJuillet 2021. En cette date d’anniversaire, il était hors de question de basques, définitivement bondissants, ont réussi le tour de force d’allierles événements qui ouvriront leurs portes cet été, mais les organisateursculture populaire et mesures sanitaires. Préparez-vous à surfer trois jours © Christophe Charpenel musiques classique et brésilienneau Château Observatoire Abbadia avec le guitariste naviguant entre durant sur les tubes... musicaux. Première session le mercredi 7 juillet (21h30). Dès le lendemain, tous les concerts se dérouleront au Frontonguitariste-chanteur basque Ruper Ordorika Bruno-Michel Abati aux Halles Gaztelu (19h), suivi du Gaztelu Zahar, avec, le jeudi, le duo originaire d’Itxassoudu jazz fusion composé de Michael Jones et Jean-Marie Ecay Mike Stern (22h). Enfin, le vendredi, place à un duo décoiffant en format "unplugged" Pauline et Juliette (21h) puis le maître Espelette !octet dans le cadre de son album Frenchy (22h). Attention, soirées étoilées et bien plus pimentées qu’à (21h), suivi de Thomas DutroncSite : https://guitaralde.fr, qui se produira en
XXIE FESTIVAL INTERNATIONAL DE GUITARE
du 6 au 10 juillet à Lambesc (Bouches-du-Rhône)Malgré les incertitudes générales, bel et bien ses portes cet été au parc Bertoglio, en proposant une affiche de rêve. ce rendez-vous incontournable de la guitare ouvrira composé deImprovisiblesJugez plutôt : le 6 juillet,, le duo tout-terrain adepte des jeux d’écriture et des figures libres, Murielle Geoffroy assurera la première partie des Guitares Odelia (Marie Sansde la guitare classique qu’on ne présente plus. Le 8 juillet, Valérie Duchâteau et Alice Letort) et Antoine Tatich fera résonner les guitares romantiques, avant le récital d’. Le lendemain (07/07), le duo Themis Marylise Florid Alexandre Bernoud rendra hommage à Roland Dyens, seul puis au sein du Emmanuel Rossfelder, figure internationale Improvisibles, suivi du duo seront de nouveau à l’affiche,et avant le duo composé de la harpisteSylvain Luc pour une rencontre entre le jazz et la musique classique. Le 9 juillet, les duo et dele feu d’artifice, où seront réunis sur scène tous les artistes. Lambesc, c’est du lourd ! Jean-Félix Lalanne. Fermeture des portes le 10 juillet avec le grand concert final Cécile Bonhomme Guitares , pardon © DR Site : www.festivalguitare-lambesc.com Murielle Geoffroy © DR Jean-Félix Lalanne & Cécile Bonhomme
© DR © DR
Valérie Duchâteau & Antoine Tatich Emmanuel Rossfelder © SavarezDuo Odelia © Susanna DreschertSylvain Luc & Marylise Florid © Jean-Baptiste MillotDuo Themis
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NEWS
FESTIVALS & STAGES
© Woma WELCOMEIN TZIGANIE Du 4 au 6 juin 2021à Seissan, Gers Après une édition 2020 annulée pour replantera ses chapiteaux au mois decause de Covid-19, le WIT festivaljuin (non avril) dans la halle de 2500 Verdure) de la jolie cité gersoise pourm2 (à la place l’habituel Théâtre de Tato Garcia célébrer les cultures tziganes et balka-niques et faire la fête, même assis. orchestres tziganes à cordes, de la danse, des groupes fusionnant les traditions balkaniques aux sonoritésteurs mettent à l’honneur toute la diversité culturelle des pays de l’Est avec des fanfares débridées, des Comme chaque année, les organisa- © Pierre Parce plus modernes et aux boucles électroniques, sans oublier les nombreuses tables rondes et conférences. au swing manouche, en passant par la rumba catalane, avecPour cette édition anti-pangolin, l’équipe du WIT propose un voyage sur les routes tziganes, du flamencoSteeve Laffont Paco de Lucía Quartet & Pascual Gallo (4 juin), Roby Lakatos and His Ensemble et Josef Josef Sébastien Ginaux puis Tato Garcia, Peret & silence radio. Confits et confettis au programme ! (06/06). Une édition à ne pas rater, surtout après une année de Site : www.welcome-in-tziganie.com (05/06), Arbat puis GUITARE EN FRANCE Peret Reyes du 30 juillet au 7 août 2021 à Ligoure (Limousin) © Romain Bouet42limité de guitaristes de tous niveaux (trois ans et plus) dans un environnement non compétitif. Ainsi, chaquee édition de ce festival, dont la mission est de proposer une expérience de guitare complète à un nombre artiste à l’affiche donne à la fois un concert et un stage intensif, dans le cadre idyllique du château. 1(04/08) et enfin concert des élèves du stage le 6.Ouvertures des portes le 31 juillet avec la guitariste grecqueer août, place à Valérie Duchâteau, suivie du concert des Young Artistes Eleftheria Kotzia (03/08),Site : www.guitarenfrance.org (photo de gauche) ; le Raphael Feuillâtre
STAGE YANN VAGH
du 4 au 9 juillet à La Ferme de la Montagne © DR aura une intervenante "chant", Karine Gradet, pour celles et ceux qui veulent parfaire ouYann Vagh animera un stage de guitare tous styles et tous niveaux. Outre la guitare, il y à Ressons-Le-Long dans l'Aisne tout simplement aborder la pratique vocale. Ambiance bon enfant, avec la gastronomievégétarienne, les ballades champêtres et une piscine sur place ! Prérequis : avoir au moins trois ans de pratique. La lecture des partitions n’est pas indispensable. Connaître lesaccords de base est souhaitable et éventuellement avoir quelques expériences de jeu collectif avec d’autres musiciens. Tarifs : 575 euros tout compris (chambre double).Inscriptions et renseignements : yanvagh@sfr.fr - 06 10 36 24 25
© DR STAGE ACOUSTIQUE GUITAR GROOVE 2021"DU BLUES AU BLUEGRASS"
du 24 au 31 Juillet à Hautefage (Corrèze),avec Chris Lancry, Percy Copley, Gilles Michel Au progamme : une semaine consacrée à la pratique de la guitare et de divers instruments la pratique des différentes techniques de la musique américaine. Fingerpicking, flatpicking,Basé sur l’apprentissage et l’interprétation de morceaux, le stage s’attache à la théorie et à acoustiques (harmonica, mandoline, banjo, basse). open tuning, bottleneck et harmonies vocales.groupe et en solo. Jams et apéros-concerts chaque soir après les cours. Il n’est pas nécessaire Travail sur le rythme et les mélodies. Jeu en de savoir lire la musique, mais il faut connaître les positions d’accords de base.Inscriptions et renseignements : https://durockdanslblues.com/les-stages/stage-ggroove
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3 QUESTIONS À...
© Denis Seyer
SEAN HARRISON
Né à Nashville mais élevé à Fayette- ville, Arkansas, Sean est le fils du regretté romancier et scénariste Wil- liam Harrison, bien connu pour le film Rollerball. Il suivit les cours d’écriture de son père à l’Université de l’Arkansas puis, dès l’âge de seize ans, l’accompagna dans ses voyages en Europe, tout en jouant parallèlement dans les cafés et rues de Paris, Londres, Florence, Venise et en Espagne. Dans son premier album solo, Halfway from Nashville (Arky Blue Productions/Cosmic Cowboy Records), Sean Harrison réussit le tour de force de marier la country music et le blues de l’Arkansas avec un style à la fois classique et actuel, explorant de nouveaux territoires dans le style storyteller. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir votre premier album solo ? J’avais un chemin prometteur, mais je me suis perdu : alcool, ké- tamine, opiacés, j’ai perdu beaucoup de temps avant de retrouver l’impulsion créative d’écrire mes chansons. En 2016, j’ai produit le premier disque de Milton Patton qui s’est retrouvé n°5 dans les charts indie-country. L’idée de Halfway from Nashville est celle d’un "road album" avec des producteurs différents : Michael Brinson dans l’Oklahoma, Paul Carabello, Nick Sibley à Springfield, Missouri, et aussi à Fayetteville, Arkansas, où je vis. D’où le titre, Halfway from Nashville, parce que tout se passe autour de cette ville. Vos compositions rappellent celles des artistes classiques de country, no- tamment Roger Miller, John Prine ou Johnny Cash. J’ai vu et approché la plupart d’entre eux avec mon père. Je suis un grand fan de Townes Van Zandt, mais aussi de Tom T. Hall que je considère comme un peintre descriptif. Le premier que j’ai connu était Ronnie Hawkins parce qu’il était de l’Arkansas ; son groupe The Hawks est devenu The Band avec Bob Dylan. Quand je jouais à Londres dans les cafés, avec guitare, harmonica et kazoo, j’ai rencontré Roy Harper ; son jeu en picking m’a beaucoup in- fluencé. A cette époque, je jouais beaucoup de morceaux de Bob Dylan et Neil Young. J’apprécie l’humour de Roger Miller, mais aussi celui de David Frizzell, le fils de Lefty Frizzell, qui était le principal concurrent de Hank Williams. David Frizzell avait des chansons comme "I’m Gonna Hire a Wino to Decorate My Home" ("Je vais engager un soûlard pour décorer ma maison"). C’est exac- tement la tournure d’esprit que j’admire. Je l’ai utilisée pour écrire "Paydays", titre inspiré par le "King of the Road" de Roger Miller. Votre père vous a-t-il enseigné l’art d’écrire ? Oui, surtout les différentes approches pour traiter un thème. Comment passer de la vision d’un personnage à un autre, qui peut parfois être le même personnage mais avec quelques années de plus, ce qui a changé sa perception. C’est ce que j’ai fait dans "Big Decisions", une réflexion sur ma vie passée. "Gravel & Dirt" étudie les raisons pour lesquelles on reste collé au 36e dessous, comment cela nous déforme et ce que l’on en garde lorsque le problème est résolu. Mais si tout cela peut paraître sophistiqué, l’art consiste à garder la chanson simple et accessible, tout en étant poétique, et à utiliser les leçons apprises dans des milliers de honky-tonks et des millions de kilomètres pour y arriver. Propos recueillis par Romain Decoret
ZOOM
MATHIS BENOÎT
HAUG & NOGARET
DANS LES PAS DE DOC WATSON
algré son décès en 2012, le légendaire songwriter américain dans le lointain Far West lorsqu’on on est coincé dans un rayon de dix kilo-M jamais le Doc et sa médecine pour les âmes, ou comment voyager continue d’égayer nos journées et nos soirées. Plus présents que songs, la liste est longue… Après plusieurs semaines d’essais et de réflexion, nousun autre avec une sélection de titres bluegrass ou ol’time ; ballades, gospels, country de guitares. Le disque commence avec "The Cuckoo Bird", un traditionnel ol’time,a abordés dans sa carrière, et nous avons aussi cherché à mélanger les esthétiques avons décidé de prendre un titre représentant les principaux styles que Doc Watson rendus par Mathis Haug et Benoît Nogaret dans cet E.P., intitulémètres, pandémie oblige. Tel a été le point de départ du vibrant hommage au hasard dans l’immense répertoire de la musique traditionnelle américaine, vousyou Mr Watson (Wild Time), dédié au maître du fingerpicking : "Piochez un titre Here’s to enregistré sur la video pédagogique "Doc’s guitar", où il joue en duo avec le banjoïsteMike Seeger. Une très belle version ! Dans ce titre, je joue jen drop D sur le Mi avez de fortes chances d’entendre une version du Doc. Ce fut une évidence pour nous aigu, ce qui me permet d’imiter le banjo à la guitare. Benoît m’accompagne dans dialogue avec d’autres musiciens à l’heure d’internet et de faire connaître ce maître àde revisiter son répertoire, le plaisir de jouer une musique conviviale, d’ouvrir un les basses et Christian joue la mandoline et le violon. "Roll on Buddy" (ou "TheNine Pound Hammer" selon les versions) est un standard du bluegrass avec cette une nouvelle génération"Doc, c’est une longue histoire., expliquent les compères dans leur note d’intention. mélodie géniale. Nous en proposons une relecture bluesy, en mélangeant les styles à l’âge de quinze ans, à traversdu fingerpicking ; l’ado s’attaque au tube "Deep River Blues". Benoît Nogaret, La méthode de guitare à Dadi e Mathis Haug découvre la musique de Watson bluegrass, que nous jouons en flatpicking, Benoît s’appropriant les mélodies et solos"Liza Jane" et "Little Sadie" sont aussi des titres bien connus des amateurs de fingerpicking et flatpicking. Nous appliquons même recette sur "Worried Blues". t l’apprentissage riste… file chez son disquaire. Aujourd’hui, les deux disciples de la note bleuedes interviews de Bob Dylan et Jorma Kaukonen. Dans la foulée, le guita- lui, tombe sur ce nom dans les colonnes de Rock’n’Folk, notamment à travers Song" (courtiser) énergique. Enfin, nous tenions absolument à enregistrer uneà la guitare. Pour ma part ,je me régale à l’accompagner et à raconter les histoires :celle de Sadie et son destin tragique, une véritable "Murder Ballad" et une "Courting se posent en héritiers et revisitent six monuments de la légende, tissant une ballade country, et je suis tombé lors de mes recherches sur une version de "Rock, violon) pour de somptueux dialogues entre cordes acoustiques. AmateursFinn. Les deux guitaristes ont appelé l’ami Christian Séguret (mandoline et fresque western à la fois mélancolique et enjouée, dans les pas d’Huckleberry tout en restant dans l’esprit du Doc".Salt and Nails" d’Utah Philipps sur le Web. Nous nous sommes réappropriés ce titre, d’Auto-Tune et autres effets cache-misère, passez votre chemin ! primo, l’Ol’time music est éternelle ; secundo, écoutez le Doc est en soi unedonne irrésistiblement envie de trinquer à la santé de Watson. Deux constats : Enregistré en février-mars 2021, cet E.P. de six titres est une somme, qui vaste discographie du Doc, on aurait aisément pu envisager un disque avec les blues,Mathis Haug nous décrypte la tracklist : "Difficile de faire un choix dans la prescription de médecine douce. Texte : Ben - Photo : Pierre Emmanuel Coste
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SUR LES PLANCHES
Acteur formé au théâtre par Patrice Chéreau, Marc Citti est un comé- MARC dienJacques Audiard ou David Foenkinos, il enchaîne les rôles, autant pourle grand écran que pour le petit. Avec sa bouille de rockeur, ce fan des au jeu sobre et attachant. Sollicité par des réalisateurs comme CITTI musicales. guitares acoustiques. PourBeatles, Ry Cooder et Neil Young, est un amoureux du son boisé des GuitaristTexte : Philippe Langlest - Photo : Marc Citti Acoustic, il revient sur ses passions musique pop-rock avec les Beatles. Au début, j’appréciais le groupe dans sonentité puis, petit à petit, je me suis mis à creuser davantage vers McCartneyet Harrison. Même si par goût, je préfère le rock’n’roll incarné dans le groupeDans quel univers musical avez-vous grandi ?Comme beaucoup d’adolescents de ma génération, j’ai appris à aimer la par Lennon. A vrai dire, les talents de mélodiste de Macca m’ont toujourssemblé renversants. Ses mélodies écrites à la guitare apparaissent souventassez simples sur le papier et puis tu te rends compte qu’en pratique, il y aplein de subtilités cachées et que ce n’est pas si évident que ça. J’ai toujoursété davantage attiré par la deuxième période des Fab Four. Après avoir découvert
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l’album Revoler, j’ai plongé ensuite en apnée dans l’univers musical très créatif de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, même si j’ai toujours eu une grand tendresse pour le Double Blanc, avec ses compositions et ses licks de guitares incroyables. A ce sujet, en 2018, j’ai publié mon premier roman chez Calmann Levy, intitulé Sergent Papa, où il est évidemment beaucoup question des Beatles, qui reste pour moi une source d’inspiration inépuisable. Comment avez-vous appris à jouer de la guitare ? J’ai fait mon apprentissage très tôt sur une petite guitare acoustique espagnole. A huit ans, j’ai commencé à prendre des cours de guitare avec un prof, mais j’ai été rapidement réfractaire à la pédagogie musicale. Du coup, je me suis mis apprendre les accords et les tablatures par mes propres moyens, en bossant sur ma guitare acoustique les partitions des chansons des Beatles, comme "Here Come the Sun", "Drive My Car" ou "While My Guitar Gently Weeps". Les Beatles, c’est la base, le socle... Adolescent, vous avez votre période groupe de rock ? Oui, bien entendu. A onze ans, avec deux copains, j’avais monté un trio basse/batterie/guitare, baptisé Anonyme. Ce groupe m’a accompagné pendant toute mon adolescence jusqu’à mes dix-huit ans. On a grandi ensemble. Ensuite, mes deux camarades ont continué dans la musique et moi j’ai bifurqué vers le théâtre. A un moment, je me suis rendu compte que j’allais plutôt devenir comédien, alors que j’avais pensé pendant toute mon adolescence faire une carrière de musicien et de songwriter. En tant que guitariste, vous êtes plutôt acoustique ou électrique ? Mon instrument de prédilection reste la guitare acoustique. Je n’ai jamais eu une grande passion pour le son électrique, je peinais à trouver la sensualité de l’électricité. Alors qu’avec la guitare acoustique, il y a quelque chose qui résonne plus en moi. En terme de résonance, j’aime bien la sonorité boisée de la guitare Taylor par exemple. Aujourd’hui, je joue d’ailleurs sur un modèle Taylor. En terme de toucher, je suis très fan, c’est mon instrument de prédi- lection. Après ma période d’apprentissage avec ma petite guitare espagnole, mes parents m’avait offert une 12-cordes Yamaha avec un son très pur. J’en garde un souvenir inoubliable. Vous avez appris votre métier d’acteur au Théâtre des Amandiers de Nanterre sous la direction de Patrice Chéreau. C’est à cette époque que vous rencontrez d’autres comédiens (Thibault de Montalembert, Patrick Blondel, Laurent Grévill) qui, comme vous, sont des passionnés de blues et de rock. J’avais déjà rencontré Laurent Grévill avant d’intégrer l’école du Théâtre des Amandiers de Patrice Chéreau. Laurent avait formé un groupe de blues-rock, je suis arrivé avec ma guitare et c’est là que j’ai fait la connaissance de Thibault de Montalembert qui jouait de l’harmonica avec nous. On se produisait dans des pubs à Paris, c’était très chouette. En 1993, on a signé sous le nom de Chaude Lance la B.O. du film Rupture(s), réalisé par ma sœur Christine Citti, avec Michel Piccoli et Emmanuelle Béart. J’en garde un très bon souvenir, en tant que musicien et comédien. En tant qu’auteur, vous avez écrit en 2013 la pièce Kiss Richard, pour laquelle vous avez reçu un prix d’interprétation au Festival d’Avignon. Est-ce un hommage caché au guitariste des Stones ? En fait, la pièce fait référence à Richard III. J’ai trouvé que le titre était assez marrant. Evidemment, c’est un peu un clin d’œil à l’indéboulonnable guitariste des Stones. Quels sont vos guitaristes de référence ? Quand j’étais plus jeune, j’ai été renversé quand j’ai découvert Frank Zappa. J’aimais beaucoup Robet Fripp, notamment son jeu de guitare sur l’album Red de King Crimson. Je suis très fan des guitaristes de boogie, des sudistes comme Stevie Ray Vaughan par exemple, qui jouaient avec un tirant très fort. J’adore Brian Setzer, il a une façon d’attaquer son jeu sur sa Gretsch qui me bluffe. Il y a aussi Ry Cooder et Neil Young qui, eux, savent faire sonner à merveille le son boisé des guitares acoustiques.
LÉGENDE
Visuels Coffret Complete Recorded Works Volume 1 à 4 (Third Man Records)
12 • AC #75
Charley
PATTON
Aca t e ur l’occasion que p é ch e ur, de son 130e t g ui t a ri s t ee anniversaire, qui la voix du delp ra t i qua i t por trait l ede s l i d e … fondateur a u cout e a u ! du Delta blues, musicien aux multiplesta Blues facettes, toutTexte : Romain Decoret autant prédi- Chatmon, qui fonda les mythiques MississippiM ississippi, 1920. Charley Patton était Cherokee) et noir, demi-frère de la famillemétissé blanc, indien (probablementidéalement adapté à ce milieu. Il était Charley Patton avait des ancêtres indiens, ce qui
LES CHRONIQUES
explique son chant incantatoire d’une intensitéDE CHARLEY De même,sa voix à la fois puissante et rauque était saisissant.Sheiks. Le contraste entre sa relative petite taille etétait proche de la lap-steel. Accordé en Si ouvert, il de slide. Il représente le lien entre les songsters,"knife style", consistant à jouer de courtes phrases irrésistible, qu’il accompagnait sur sa guitare en d’autres fois, il plaçait l’instrument derrière sa tête,jouait parfois,tante de lui, avec la guitare à plat sur ses genoux, son jeu de guitare en "knife style" (slide) comme le montre la seule photo exis- arrive à comprendre ses textes. Ainsi, dans "34le blues, les spirituals et les musiques de danse. en "clowning", une technique apprise des Chat- Blues", il aborde le contraste progrès/tradition du Il pouvait être un observateur sagace lorsqu’on mon. Quelques grands country-bluesmen le luireprochèrent, tels Skip James ou Son House, bienque ce dernier fut un disciple de Patton. Il tapait Sud profond :de personnes, des dates, des incidents de beuverie,suivant la charrue de Papa Holloway"Mais il est incapable de conduire / Autrement qu’en "Herman a une "Big C" Chevrolet / tous mémorisés comme une autobiographie nar-de ses compositions, on trouve des noms de lieux, . A l’intérieur itinérantes des Rabbit Minstrels.public :sur sa guitare et la jetait en l’air avant de dire aupur vaudeville blues, sans doute appris des troupes "C’est comme ça que je traite ma femme !" Du emmené à un pique-nique où jouait Patton. De loin,je pouvais voir la poussière voler et j’entendais déjàD’après Homesick James : "Johnny Temple m’a Dessin Charley Patton de Robert Crumb rative souvent confuse et encore obscurcie par l’ha-bitude de Patton de sauter des syllabes, des fins cette voix puissante, c’était Charley. Il était entouré de plement l’attention.guitare. Une écoute approfondie récompense am-de couplets en remplaçant des mots par un riff de femmes qui dansaient et il faisait le show avec sa guitare. sion avec des accords de ragtime), chansons de ca- d’Angola. Curieusement, Patton en donne une ver-chantée à l’origine par les prisonniers du pénitencier Il était dans la contrebande de "moonshine" pour ceuxqui buvaient et pratiquait le racket. Quelqu’un me tastrophe ("High Water Everywhere" relate les les autres country-bluesmen est qu’il n’eut jamais de le faire ça et si une mule l’énervait, il l’attaqueraitglissa qu’il était conducteur de mules et qu’une fois, il cès fut "Pony Blues", repris plus tard par Son House d’éleveurs ("Jersey Bull Blues"), de fermiers ("Mis-sissippi Bo Weavil Blues"). Son premier grand suc-inondations du Mississippi en 1927), chansons probablement. Charley était un dur"avait mis la bête K.O. Il avait l’air tout à fait capable Hooker à Detroit.envie d’aller au nord de Memphis ou à Chicago La principale différence entre Charley Patton et comme Big Bill Broonzy ou, plus tard, John Lee prenait presque tels quels des blues, comme sonsous le titre "Saddle Up My Pony". Parfois, il re-"One Summer Day", qui est en fait "Sittin’of the World" de ses cousins, les Mississippi Sheiks. on Top et sa culture.principalement dans des plantations ou des "jukes",où on l’appelait pour rester en contact avec son publicpopulaire dans le Delta et il avait choisi de jouerEntre 1929 et 1934, Patton était immensément Cela dit, il était prompt à exiger, couteau avec son jeu en slide. Et puis, il avait toutes cesIl ne perdait pas pour autant l’attention du publicdécidait pour un soir de ne jouer que des gospels. fois, Patton revenait à son statut réel de pasteur et. Mais, quelque- "De loin, je pouvais voir la poussière voler c’était Charley. Il était entouré de femmeset j’entendais déjà cette voix puissante, sous le nom de Elder JJ Hadley ("Elder GreeneBlues", "You’re Gonna Need Somebody When you1929 et 1934, environ soixante titres. Des spirituals d’eux. Il était l’un des leurs.chansons qui attiraient les gens, parce qu’il parlaitEt quelles chansons ! Patton enregistra, entre qui dansaient et il faisait le show avec sa guitare. Die"), blues de bootlegger ("Revenue Man Blues"- le Revenue Man est l’agent qui chasse les boot-leggers), chansons de prisonniers ("Spoonful" a été de mules et qu’une fois il avait mis la bête K.O.Quelqu’un me glissa qu’il était conducteurCharley était un durHOMESICK JAMES ."
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LÉGENDE
en main, que ce soit son alcool de contrebande Ce qui résulte en un open de Si. Il joue également à vivre, il buvait et il trichait avec l’argent, on ne qui soit vendu à l’exception de tout autre… avec un bottleneck en cuivre, parfois accordé en open pouvait pas lui faire confiance…" Ses enregistrements sont la meilleure docu- de Sol. Il est aussi le premier à faire claquer ses cordes Dès 1910, il est déjà connu pour ses compositions mentation sur cette période, à l’exception de graves comme un bassiste funky. Personne ne sait "Down the Dirt Road Blues", "Banty Rooster" et ceux de Blind Lemon Jefferson. Le problème quelle guitare il utilisait à ses débuts (probablement surtout "Pony Blues". Pourtant, comme on l’a vu, réside dans l’accès et la compréhension. La rai- une Kay, Stella ou Harmony), mais pour ses premiers il n’abandonnera jamais totalement le gospel. son en est que les masters des 78t de Charley enregistrements en 1929, il joue et est photographié Associé pendant quelque temps à Willie Brown, Patton ont été détruits pendant la guerre. A avec une Stella modèle Grand Concert. Ses séjours puis à Jake Martin et Joseph Harris dans la région partir de 1933, sa popularité avait décliné avec avec ses demi-frères et cousins de la famille Chatmon de Vicksburg, entre 1921 et 1924, il joue ensuite à sa santé et, en 1941, les matrices en metal de (les mythiques Mississippi Sheiks, Bo "Carter" Clarksdale et Jackson en trio avec Tommy Johnson, ses disques furent réquisitionnées, certaines ter- Chatmon, Walter Vincson) sont déterminants. Il Dick Banks et d’autres, avant de s’installer à minant comme renforts de barrières. Ce qui ne perfectionne son "knife style" et apprend aussi à jouer Merigold, Mississippi. Avant même d’avoir enre- laissa à la postérité que des 78t pour la plupart le "hokum" en plaçant la guitare acoustique derrière gistré, Charley Patton est extraordinairement po- rayés et peu écoutables qu’il fallut retranscrire sa tête et en se roulant à terre. pulaire pour son "Pony Blues" et influence déjà de bien qu’ils aient été pressés à l’origine sur des nombreux jeunes bluesmen. Chester "Howlin’ matières bon marché, comme l’amalgame ser- Wolf " Burnett adopte le phrasé vocal de Charlie vant à fabriquer les boules de bowling. Cela ex- et ses apartés musicaux, donnant l’impression que plique que même aujourd’hui, malgré tous les deux différentes personnes se donnent la réplique. Surface Noise Reducers et Sonic Solutions, le Tommy Johnson fait de même ainsi que Robert son s’avère très obsolète pour un jeune fan im- Johnson, Son House, Bo Carter, Blind Joe Reynolds. patient, à la différence des enregistrements de Skip James ou Robert Johnson. Personne ne ARC/VOCALION/PARAMOUNT saura jamais comment sonnaient vraiment les Ce qui est surprenant, c’est que Patton ait pu en- masters Paramount de Charley Patton, mais registrer autant qu’il l’a fait. La réputation locale ce qui en subsiste est la première forme du Delta est certes importante, mais Mance Lipscomb, Henri Blues, avant qu’il ne soit codifié et restreint par Stuckey, Bubba Brown étaient connus localement les douze mesures et les turnarounds obliga- et n’ont jamais enregistré avant leur "redécouverte" toires. Trésor caché ! dans les années 60. En 1928, Charley Patton s’as- socie au violoniste Henri Sims. Il participe avec lui DOCKERY PLANTATION à une audition du talent scout HC Speir, où des di- & ACCORDAGE KNIFE © DR zaines de prétendants n’ont que quelques minutes STYLE pour convaincre. Patton joue son morceau favori, Fils du pasteur Bill Patton, Charley Patton suit PRÉDICATEUR/PÉCHEUR "Pony Blues", et Speir qui a précédemment signé sa famille de onze frères et sœurs lorsqu’elle Charley suit brièvement les conseils de son père Skip James, Frank Stokes et Garfield Akers recon- s’établit en 1897 sur la plantation de Will pasteur et devient un prédicateur confirmé, ce qui naît immédiatement les possibilités que présente Dockery, près de Ruleville, Mississippi. Vers élève son statut social. Beaucoup d’autres bluesmen Charley. Une première séance est organisée à Rich- quatorze ans, il apprend la guitare auprès d’un suivirent cette voie : Son House, Skip James, Blind mond, Indiana, en 1929, dont sortiront quatorze bluesman local, Earl Harris, qui lui enseigne Willie Johnson. Pour presque tous, cela crée une titres, dont "Pony Blues", "Down the Dirt Road sa première chanson "You Take My Woman friction psychologique intense entre le blues et la Blues" et "Screamin’ and Hollerin’", sous le nom de and Maggie". Chaque bluesman a sa chanson religion. Patton n’y échappe pas, il se mariera quatre The Masked Marvel. D’autres titres gospel de ces particulière et Earl Harris encourage Charley fois et, entre temps, s’arrangera toujours pour trouver sessions sont édités sous le nom de Elder JJ Hadley, Patton à trouver la sienne. Il rencontre ensuite une femme qui lui procure argent et foyer pendant le double prêcheur de Patton. Henri Sloan, un autre bluesman de Dockery, ses diverses résidences dans les plantations. Il de- Il se marie pour la 4e fois en 1932 avec Bertha qui lui enseigne le slide joué avec un couteau. vient aussi bootlegger et en tire de bons revenus, Lee et s’installe à Holly Ridge, bien qu’il séjourne Les chercheurs sont arrivés à réduire les pos- même si c’est une vie dangereuse. Le guitariste - et et joue souvent à la plantation Jeffrey à Lula, Mis- sibilités d’identification du guitariste que W.C. plus tard révérend - Booker Miller relate que "quand sissippi. C’est là qu’il renoue avec Willie Brown, qui Handy entendit en 1902 dans la gare de Tut- je jouais avec Patton j’avais toujours un calibre 38 dans est devenu le partenaire de Son House. Les trois wiler, Mississippi. "J’attendais mon train quand ma ceinture et j’aurais tué quiconque aurait essayé de bluesmen jouent en trio avec un grand succès, rem- ce guitariste vint s’asseoir sur un banc. Il sortit son faire du mal à Charlie". plissant régulièrement le Plantation Hall local. couteau, le glissa sur les cordes et commença à chanter Un de ses premiers partenaires, le bluesman Une autre session pour Paramount a lieu en 1930 "I’m going where the Southern crosses the Dog". Willie Brown déclare : "Avant de rencontrer Son à Grafton, Wisconsin. Charley enregistre alors une C’est la première fois que j’entendais le blues". House, je jouais avec Charlie Patton, un musicien hors trentaine de titres. Suffisamment pour que le label Tutwiler était situé à côté de la plantation du commun, un génie de la guitare, meilleur que qui- puisse sortir de nouveaux 78t régulièrement. Char- Dockery et ce guitariste était probablement conque dans le Delta. Tout le monde lui disait : ley présente Son House et Willie Brown au pro- Henri Sloan ou peut être Tony Hollins, beau- "Chicago, New York, Detroit, tu vas devenir célèbre ducteur qui décide les enregistrer aussi. Puis Patton père de John Lee Hooker. Ces deux bluesmen si tu montes là-haut". Il répondait qu’il était déjà est envoyé par Vocalion pour enregistrer à New de Dockery jouaient en knife style et utilisaient célèbre dans le Delta et qu’il ne faisait pas confiance York. Cette visite rapide le conforte dans son idée souvent la gare de Tutwiler comme point de aux businessmen du Nord. Mais Charlie était difficile de ne pas quitter le Mississippi. Peu de New-yorkais départ. Charley Patton partit avec Sloan et joua dans des fêtes locales du Mississippi à Drew, Cleveland et Boyle. "Quand je jouais avec Patton j’avais toujours Patton apprend le "knife style" et s’accorde un calibre 38 dans ma ceinture et j’aurais tué quiconque en open de Si avec un capodastre à la seconde aurait essayé de faire du mal à Charlie." frette. Pour cela, il commence par l’ open de La puis place le capodastre à la seconde frette. BOOKER MILLER
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Rosetta Patton Brown, fille de Charley sont intéressés par ses chansons qui traitent de sujets en 1999. Le guitariste John Fahey lui a consacré comme la sécheresse dans la région de Lula. Il re- un livre. Le luthier Michael Hauver construit à la vient dans le Mississippi et se concentre sur les bals main une réplique de la guitare Stella Grand Concert country et les "BBQ" parties ou "fish-fries", dans de Patton, pour 2800 dollars. L’ influence de Patton des endroits aussi divers que Leland, Boyle, String- a également été déterminante sur Tommy Johnson, town, Greenwood, souvent en compagnie de Son Son House, Willie Brown, Howlin’Wolf, Big Joe House et Willie Brown, mais aussi avec Honey-boy Williams et Bukka White. Il représente la source Edwards ou le banjoïste Papa Charlie Jackson. primordiale du country-blues dont il fut la toute première star, avec le Texan Blind Lemon Jefferson. la dernIère séance Surtout, Patton était un superbe artiste. Même La dernière séance de 1934 a été immortalisée sous si son style de "clown", dont se plaignait Son House, la forme d’une BD de Robert Crumb, fin connais- a laissé des traces sur certains de ses enregistrements, seur et collectionneur. Charley Patton est déjà très Charley est le plus intense des chanteurs de blues. malade et son alcoolisme n’arrange pas sa condition Il grogne parfois plus qu’il ne chante et son jeu de cardiaque. L’agent WR Callaway du label Arc/ guitare possède une force rythmique venue en droite Vocalion décide de l’envoyer enregistrer à nouveau ligne de son héritage Cherokee, comme l’a fait re- à New York, en même temps que Son House et © DR marquer la musicienne indienne Pura Fé. Son sens Willie Brown. Charley n’a pas envie d’y aller en rai- de la dynamique, alternant le murmure rauque et son de sa santé, mais aussi parce que, même au plus "Oh Death !" une prophétie clairvoyante, en duo le style "shouting blues", inclut des interjections haut de sa renommée, Arc et Vocalion ne lui ont ja- avec Bertha Lee. Charley rentre avec Bertha Lee à parlées. Malgré sa petite taille (1m74 pour 70kg) mais donné plus de 20 dollars par titre - environ Holly Ridge en avril 1934. Une autre crise cardiaque son image est celle d’un colosse, ce qui sera le cas 200 dollars pour une session complète ; il gagne le surprend sur la plantation Heatman-Dedham de la plupart de ses disciples. bien plus d’argent dans les soirées des plantations d’Indianola où il est soigné, mais une seconde attaque Que Charley Patton soit le plus puissant des en vendant son alcool moonshine. De plus, Son cardiaque l’emporte subitement le 16 avril 1934. bluesmen est confirmé par le fait qu’il est toujours House et Willie Brown, en bonne santé et en plein capable de nous impressionner, avec une force et essor, le rabaissent volontiers quand c’est possible Influences une intensité qui dépassent le fossé des cultures et et sont de mauvais compagnons de voyage, car ils Son titre "High Water Everywhere" a été repris du temps. L’écouter aujourd’hui évoque un univers le connaissent trop bien. Quoi qu’il en soit Charley par Bob Dylan. Le groupe indie-rock Gomez en- à jamais disparu. accepte sur l’insistance de son épouse Bertha Lee, registre en 2006 le titre "Charley Patton Songs". qui est chanteuse. Les séances sont pénibles pour La même année Jule Brown réarrange "Green River A écouter : Founder of the Delta Blues (Yazoo). Patton qui est mal en point. Pourtant les chansons Blues". En France, Francis Cabrel, connaisseur Intégrale en cinq volumes, adroitement remasterisé sont fabuleuses, à l’image de "34 Blues" et le tragique éclairé, le cite dans sa chanson "Cent ans de plus" par Third Man Records, le label de Jack White.
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LÉGENDE H.C. Speir
CHARLEY
PATTON
ET SA STELLA
au cours de sa carrière n’est pas connue avec certitude, mais il est probable qu’il utilisadans l’histoire du blues. La guitare jouée sur les quelque cinquante titres qu’il a gravés Charley Patton fut un des premiers artistes du Delta à connaître une place d’importance principalement une Stella. Explications. Texte : Christian Séguret - Photos : DR Les trois hommes avaient formé un groupe dedébarquer aux côtés de Son House et Willie Brown.Victor, et bien d’autres. Speir vit un jour Patton gospel et désiraient auditionner. Il est probable était marquant. Il ressemblait à ces manouchesartistes avec lesquels Speir frayait le plus souvent, torturé, plus "caucasien" que celui la plupart desdu chanteur, de dix ans plus âgé que lui. Son visage que Speir fut d’entrée impressionné par le physique traits fins, le cheveu dru et défrisé, collé au front,il exhalait cette violence rentrée, si vive qu’on sedont les yeux clairs percent le masque sombre. Les cours.gardait de toute réflexion de crainte de lui donner Mais le contact fut bon, néanmoins, lui fit enregistrer des démos qu’il fit parvenir àqui comprit vite le potentiel de son interlocuteur, et Speir, jour Patton dans un train, destination Richmond,Paramount. Contact fut pris et H.C. Speir mit un Patton partit avec une Stella sur le dos, prêtée ouGennett, loués par Paramount. Il est probable que Indiana. Dans cette ville se trouvaient les studios mise en gage par H.C.gracieusement, certains de ses artistes les plus dé- Speir, qui fournissait, parfois munis en guitares.marra l’œuvre discographique de Charley Patton, Des Stella, toujours… Ainsi dé- 1929, dans ce studio bricolé dans un hangar, joux-puisqu’il y enregistra quatorze plages le 14 juin artistes subventionnés par le Klux Klux Klan avaienttant une voie ferrée, et où, comble de l’ironie, des Charley Patton avec une Stromberg Voisinet enregistré quelques hymnes à la gloire de la sinistreorganisation quelque temps plus tôt… harley Patton n’est plus aussi vénéré STELLA Muddy Waters, Robert Johnson et tant d’autres.C il a inspiré le parcours : Son House, aujourd’hui que la plupart de ceux dont leur carrière, ce fut souvent par la grâce d’un seulH.C. SPEIRSi tant de bluesmen ont utilisé une Stella durant titude que Patton a utilisé une Stella? La seule photoComment peut-on affirmer avec une relative cer- Pourtant, son rôle dans le développement du Deltablues fut historique et, à ce titre, la nature de l’ins- Ce passionné de blues avant l’heure tenait uneet même homme : un blanc du nom de H.C. Speir. connue de lui,avec une guitare qui semble être une Stromberg- visiblement prise en studio, le montre trument qu’il utilisa pour enregistrer les quelquesplages mythiques que l’on connaît de lui est capitale, boutique à Jackson, Mississippi, sur Farish Street,en plein quartier noir,de musique, des phonographes et des radios. Mais où il vendait des instruments Voisinet. Mais on connaît le doute concernant laguitare exhibée par Robert Johnson sur une des car elle a contribué à poser les canons désormaisincontournables de la guitare blues acoustique. Et il était également un scout,Paramount et autres labels phares de l’époque. Il chasseur de talents pour croit le Reverend Pearly Brow, qui connut person-qui ne lui appartenait probablement pas. Si l’on enrares photos de lui qui le montre avec une guitare Concert que Patton utilisa durant l’essentiel deson parcours…autant que l’on sache, c’est une guitare Stella Grand était équipé d’un matériel qui lui permettait d’en-registrer les artistes sur des disques en métal qu’ilenvoyait aux compagnies comme Paramount, Okeh, artificielle comme on en retrouvait souvent sur lesGrand Concert noire avec une touche de nacrenellement Patton, ce dernier utilisait une Stella
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instruments de l’époque, et proba- blement d’autres modèles moins or- nementés. On sait également que H.C. Speir était un dealer d’instru- ments de la marque, qu’il en avait toujours en nombre dans sa boutique, et il est bien possible que Patton reçût sa (ou ses) Stella en gage avant d’en- jamber le marchepied du train le me- nant vers le nord... Les Stella de l’époque étaient des guitares de fac- ture très respectable, rien à voir avec celles qui furent proposées quelques décennies plus tard par Harmony, qui étaient particulièrement cheap. Construites par la compagnie Oscar Schmidt basée dans le New Jersey, ces Stella des années 20 étaient dis- ponibles par catalogue et distribuées en masse dans tout le grand Sud, à des prix très raisonnables. Elles se Copie d'une Stella modè le Patton par Mike Hauver (qui, allié à un accord ouvert et un jeu en slide, était particulièrement efficace), sans barre d’ajustement, avec une tête ajourée. La Stella Grand Concert affichait un format proche de celui des Martin 00 ou des Gibson
L-00.
Il y a encore vingt ans sur le marché Article du "Clarion Ledger" vintage, une Stella d’époque pouvait le 14 juillet 1929 sur H.C. Speir atteindre des cotes inespérées, jusqu’à 3000 euros pour les plus belles. Ces prix s’expliquent bien sûr par le fait que Patton a utilisé ce modèle de gui- tare, mais également Robert Johnson, qui utilisa principalement ce type d’instruments au début de sa carrière. Le luthier Mike Hauver, habitué à restaurer des belles endormies de ce type, a récemment créé une copie conforme de la guitare de Charley Patton. trouvèrent donc logiquement dans les mains de nombreux musiciens de Note : Cette intervention et ce rôle blues, probablement plus du fait de de H.C. Speir ont récemment été remis en cause au profit d’un autre leur prix très amical que pour leur talent scout du même acabit, Ralph réelle adaptation au genre. Il s’agissait Lembo, mais nous nous tiendrons à le plus souvent de guitares de format cette première version, pour des raisons trop complexes pour être "parlor", avec un barrage en échelle discutées ici. Farish Street à Jackson dans le Mississippi
LÉGENDE
PAR CHRIS LANCRY
Alcools (Hommage à Charley Patton) 1-2 Il jouait déjà dans les années 1920 et enregistra pour la première fois en 1929. Son influence s’étend deVoici un morceau dédié au grand Charley Patton, qu’on appelait "The Masked Marvel ". couvrait aussi bien le blues que le ragtime et la country music. C’est un immense créateur "naturel".Bukka White et Big Joe Williams à Bob Dylan et Jimi Hendrix (pour le jeu de scène). Son répertoire 1 Ce titre est en open de Sol : Ré-Sol-Ré-Sol-Si-Ré, de la corde grave à la corde aiguë, mais il n’est pas joué au bottleneck. C’est un blues classique, chaque cycle faisant douze mesures. Il y a trois tours en tout, dont deux seulement sont écrits,le troisième reprenant des éléments des deux tours précédents. La double queue vient à la fin du troisième tour. Le tempo est autour de 104 bpm, mais il convient de travailler le morceau plus lentement.On peut le jouer avec des basses alternées (comme écrit) ou avec une "monotonic bass", c’est-à-dire en jouant seulement la 5e corde à vide. Keep ou playin’ y’all !
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INTERVIEW
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GRANT
HAUA
LE BLUES
DU ALL BLACKCela placages et les chisteras de guitare slide. Même s’il lorgne les rives du Mississippi, le musi-reconvertidéborde fait dansdix cien maori rend hommage à sa terre, sa mère et, de manière générale, à la note bleue. Tout en ans bluesmanson qu’il nouvel n’avait manie opus, pas les Awasorti riffs Bluesd’album. soul, (Dixiefrog), blues Une éternitéet funk dans plussi lequel l’on dévastateurs en l’ex-rugbyman croit l’énergie que kiwi desqui en rappelant que backstages et 3"mélodies aussi bonnes que manger une huître directement dans sa coquille, la guitare aussiformidable que boire une grande bière bien fraîche une journée d’été.e mi-temps fort bon ménage, dixit cet artiste adepte des Texte : Ben - Photos : Joel Thompson" sonne très acoustique : vouliez-vous aller droit au but,comme dans la chanson "Addiction"?Quelle était votre envie pour ce nouvel album, qui basse, d’harmonica -, mais en gardant la guitare KnuckleheadOui, cet album fait suite à mon premier album, chanson propose un ensemble d’instruments dif- acoustique comme personnage principal. Chaque textures supplémentaires - touches de cajon, degarder le thème acoustique mais d’ajouter quelquesguitare acoustique. Avec , qui était juste réalisé au chant et à la Awa Blues, le but était de nous pensions convenir à chacune d’entre elles.Dans le prochain album, je pourrais peut-être allerférent en arrière-plan, nous avons choisi ce queencore plus loin en incluant une batterie et des gui- tares électriques.
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INTERVIEW
Votre musique sonne blues-soul, avec des accents d’elle et je suis sûr qu’elle nous regardait de là-haut funk, par exemple sur le morceau "Got something". et souriait… Quelle était votre direction musicale ? Probablement la musique avec laquelle j’ai Qu’est-ce qui a inspiré la chanson "Devil is a Woman", grandi. Elle se manifeste sous une forme ou sur la tentation et même le bondage ! une autre ; le blues, la soul et le funk ne sont Au risque de paraître vulgaire, il s’agit de la puissance jamais loin de mes pensées quand je compose. du sexe féminin ; j’ai vu cet organe transformer des Certaines paroles dictent la voie à suivre, comme hommes par ailleurs parfaitement normaux en fous sur "Got Something", dont les textes assez caus- délirants à de nombreuses reprises, y compris moi- tiques ont inspiré cette esthétique funky. Parfois, même. la musique dirige mes chansons ; si je trouve un riff dur à cuire, ça va certainement montrer la Sur le titre "Be Yourself ", vous jouez une mélodie de voie, mais avec des chansons émotives, ce sont guitare assez décalée. Qu’est-ce que cet étonnant jeu généralement les paroles. de guitare illustre ? Le Fa# a inspiré cette chanson, il est si facile de Sur le titre "This is the place", vous proposez des frapper le Mi à partir de cette position. La première voix et des paroles maories. Quel est le lien entre le chanson que j’ai apprise avec cette position était "Foxy blues et la musique maorie : celui des peuples Lady" de Jimi Hendrix. (Afro-américains, Amérindiens et Maoris) dé- pouillés, privés de leurs droits et de leurs terres ? Qu’est-ce qui a inspiré l’énergique titre instrumental, Oui, perdre son identité et son lien avec sa mai- "Can’t Let it Go" ? son est une chose difficile à digérer. Quand cela L’album Green Onions de Booker T & The MG’s. arrive à un peuple et que cela devient généra- Cette chanson est une leçon de simplicité des maîtres tionnel, cela crée de graves problèmes… Les de la Stax, elle existe depuis plus de cinquante ans Maoris s’alignent probablement davantage avec et je l'entends toujours à la radio et à la télévision. les Amérindiens à cet égard. Notre musique tra- Less is more ! ditionnelle a des similitudes, je pense qu’un pro- fond sentiment de perte peut se manifester dans "Keep on Smiling" est un clin d’œil à Mississippi John une musique d’une beauté à couper le souffle, Hurt, avec un jeu de guitare très dynamique. Votre peu importe d’où vous venez. idée ? Oui, c’est un hommage aux bluesmen du Delta, et c’est bien d’avoir un morceau old school sur l’album. C’est aussi une chanson agréable, qui allège la charge "PERDRE SON émotionnelle des chansons plus sombres, donc ça IDENTITÉ ET SON LIEN coche quelques cases pour moi.
AVEC SA MAISON EST
Comment avez-vous rencontré Fred Chapellier et UNE CHOSE DIFFICILE Neal Black, qui jouent sur deux titres ? À DIGÉRER. Grâce à mon label Dixiefrog. André (Brodzki, l’un des deux nouveaux dirigeants, ndlr) voulait une chan- JE PENSE QU’UN son qui raconte vraiment mon histoire et c’est ainsi PROFOND SENTIMENT que la chanson ''This is the Place'' est née. Au cours
DE PERTE PEUT
de ces conversations, nous avons suggéré d’utiliser des artistes du label ; Neal et Fred nous ont envoyé SE MANIFESTER quelques prises et le tour était joué.
DANS UNE MUSIQUE
En tant que Néo-zélandais, quel est votre lien avec D’UNE BEAUTÉ À le rugby : avez-vous joué dans une équipe de rugby COUPER LE SOUFFLE." et êtes-vous un supporter des All Blacks ? J’ai joué de sept à vingt-trois ans en deuxième-ligne (club de Rangataua et de la province de Bay of Plenty, Vous avez un jeu de guitare très groove, avec ndlr), mes deux fils jouent également au rugby, je notamment des lézardes de guitare slide pour vais les voir jouer autant que possible. Et oui, à peu brosser le portrait de votre mère sur la chanson près tous les Kiwis soutiennent les All Blacks. Je suis "Tough love Mum". Si l’on en croit les paroles de aussi un grand fan des joueurs français tels que la chanson, c’était un caractère ; il ne fallait pas Sella, Dusautoir, Blanco, Champ, Rives, Chabal la déranger ! pour n’en citer que quelques-uns. Oh oui ! Elle est décédée il y a environ quatorze ans, cette chanson est un hommage, je voulais Quels modèles de guitare jouez-vous ? qu’elle soit drôle, joyeuse et ludique, à son image. Une guitare acoustique K Yairi, branchée sur un ampli Ses amis et mes tantes m’ont aidé à réaliser la Fishman Loudbox, mais aussi, en électrique, une vidéo, c’était hilarant d’essayer d’organiser le Gibson 335 et une Fender Telecaster, reliées à des tournage, cela nous a définitivement rapprochés amplis Fender Twin et Fender Deluxe.
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INTERVIEW
"J’ai touJours aimé le son des cordes lourdes sur les modèles acoustiques, car elles font mieux résonner le bois et gronder les guitares. »
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Bjørn Berge Du lourD Dans les corDesRetour aux affaires et aux baffes acoustiques. Dans son 13 l’"Express du Nord", manie les tirants de bûcheron comme du chewing-gum. Epaulé d’unnommé Heavy Gauge (Blue Mood Records/Pias), le songwriter norvégien, surnommé e et nouvel album, le bien trio (Kjetil Ulland à la basse, Kim Christer Hylland à la batterie) et de sa fameuse 12-cordesCole Clark, l’ex-one-man-band navigue entre douceurs folk, complaintes blues, digressionsjazz, fièvres heavy metal, et fend un peu plus l’armure. Texte : Ben- Photos : Edgar G. Bachel Le titre de l’albumtirant de vos cordes, 013-056, une taille énorme pourun jeu aussi précis ! Heavy Gauge fait référence au J’ai toujours aimé le son des cordes lourdes sur lesmodèles acoustiques, car elles font mieux résonner pression dont elles ont besoin.Comme je le disais avant : les chansons dictent l’ex- sicaux, j’essaie juste de faire la musique que j’aime. constante des médias, des réseaux sociaux, maisaussi de leurs amis sur la façon dont ils sont censésparticulier les jeunes, se débattent avec une pression à Motörhead, dont vous aviez déjà repris le fameux assez cool.lourdes dans leur ambiance, le bois et gronder les guitares, bref ça chante mieux!Et comme certaines chansons sont plutôt sombres, ça faisait un jeu de mots "Ace of Spades" sur votre albumDans le titre "I Got it Made", vous faites un clin d’œilvotre lien avec ce groupe ? agir, manger, regarder ou aimer… Les gens ont l'habitude de vous présenter comme un C’est correct, mais je ne pense pas que le parolier St Slide. Quel était Sur le morceau "Alone Again", vous évoquez la soli-tude du musicien toujours sur la route. Etes-vous one-man-band, mais vous jouez en trio depuis les de cette chanson, Ellis del Sol, ait pensé à Motör- lassé de cette vie après presque trente ans de carrière ? deux derniers albums. Qu’aimez-vous dans cette for-mule du power trio blues-rock ? head quand il l’a écrite.a de nombreuses années, on m’a demandé de faireété un grand fan de Lemmy et de Motörhead. Il y Personnellement, j’ai toujours but, j’avais environ 200 concerts par an, c’était usant ma vie sans donner des concerts et voyager. Au dé-Oui et non... Je ne peux pas imaginer ce que serait cours de ma carrière. Certaines chansons fonction-J’ai souvent tourné autour de ce mélange de for-mules - solo/groupe - sur de nombreux albums au chansons comme "Ace of Spades" et "Give it Away"entre le Delta blues, le rock et la pop. J’ai mixé des des concerts à l’école et de leur enseigner les liens dernières années, j’ai réduit la voilure et ne donnantment parfait.au bout d’un certain temps, mais au cours des dixqu’environ 60 concerts par an, et c’est tout simple- du format qui leur convient le mieux. Je me ficheque ce soit un trio ou un orchestre plus important.chent mieux en solo… Je laisse les chansons décidernent mieux avec un groupe, en trio, d’autres mar- montrer les similitudes et la connexion entre le vieux des Red Hot Chili Peppers avec des morceaux Le format trio, en particulier en live, vous donne blues et la musique moderne. de blues de Robert Johnson, Son House, etc. pour pièce instrumentale il y a quelques années. J’ai tou-La chanson "Bottle Floats" ressemble à une pièce clas-sique avec ses pizzicatos. beaucoup de place pour improviser, à la fois à la jours aimé la musique classique, donc je suis contentCette chanson a en effet été conçue comme une guitare et au chant, et, aspect peut-être le plus im-portant, pour travailler votre dynamique. J’aime sissant une esthétique heavy metal et une ligne debasse fracassante...Sur le titre "Rip Off ", vous durcissez le ton en choi- que tu aies relevé cette inspiration. J’ai joué de la à ne pas surjouer.beaucoup cette liberté, mais il faut faire attention Je voulais montrer aux gens que la guitare acoustique dément. n’a pas de limites quand il s’agit de jouer du metal 12 à 16 ans, donc je suppose que l’influence de cettemusique est toujours en moi, quelque part, profon-guitare classique quand j’étais jeune, entre l’âge de touche Bjorn Berge : un blues puissant et brut. Quelleétait votre direction musicale ?Malgré la présence de musiciens, cet album garde la Je suis un grand fan de groupes comme Opteh, ou quoi que ce soit d’autre. La ligne de basse se joue Mastodon, etc. J’ai donc essayé de capturer cettesur une guitare acoustique avec une pédale d’octave. Comment vivez-vous la pandémie actuelle et l’an- "masque", des "mensonges", une "vision perdue d’êtrelibre". Que vouliez-vous dire ?Dans les paroles de cette chanson, vous évoquez un Il n’y a que trois chansons en groupe et le reste del’album est en solo. Je n’ai jamais une direction pré- inspiration avec une guitare acoustique. année de congé, c’était magnifique, mais désormais,chansons, pratiquer, promener mon chien… Unede la vie avec ma famille et mes amis. Ecrire desnulation des concerts ?Je prends ça très sereinement, en essayant de profiter Je ne pense pas ou ne me soucie pas des styles mu-à l’esprit qui décident de la tournure des albums.cise prédéfinie, ce sont les chansons qui me viennent Je pense juste qu’il est triste que tant de gens, en l’automne, les choses reviendront à la normale.je m’ennuie et j’ai vraiment besoin de jouer en concertet de rencontrer mes fans. Espérons que, dès l’été ou
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INTERVIEW
"J’étais dans l’état d’esprit du songwriter, c’est-à-dire essayer avec une voix, une guitare et la langue française d’exprimer au mieux des choses autour de la condition humaine, mais à ma manière, sans aucune prétention."
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GAËTAN
ROUSSEL
Qu’il soit auteur, compositeur, interprète ou producteur, Gaëtan Roussel ne déçoit jamais. Apres l’album voix sur le titre "Sans Sommeil".Louise Attaque sort un quatrième chapitre en solo, intitulé
RETOUR AU SONGWRITING
d’une pop aux sonorités très années 90, lumineuses, énergiques et sensibles. Cerise sur le gâteau, l’indispensable Alain Souchon prête sa Est-ce que tu sais ?. Soit onze composions tissées à la guitare folk sur le terreau TraficTexte : Philippe Langlest - Photo : Fifou sorti en 2018, l’ex-leader de Toutes les chansons de ce nouvel album ont été com-posées à la guitare folk, lors du premier conf inement. avant le confinement, avec cette envie de retrouverDans quel état d’esprit étais-tu ? jette à ton cou", "La Photo", "La Colère"),Adrian Utley, le guitariste de Portishead. on trouve enregistrer un peu entre le brouillon et un début J’avais commencé l’écriture du nouvel album juste de production. De cette période, je n’ai pas gardé sur les disques précédents. Mon état d’esprit au mo-ma guitare acoustique, de ne pas travailler comme a produit le disque. Maxime avait déjà collaboré Comment avez-vous collaboré ensemble ? la chanson. J’étais dans l’état d’esprit du songwriter,ment de la phase d’écriture était de retrouver mon composé cet album en revenant à mes sources, la avec lui sur d’autres enregistrements. Comme j’aiJ’ai rencontré Adrian grâce à Maxime Leguil qui début. Après, j’ai travaillé main dans la main avecMaxime. Nous avons passé une dizaine de jours augrand-chose, sauf les prises de voix faites au toutStudio La Fabrique, avec différents musiciens, pour c’est-à-dire essayer avec une voix, une guitare et lalangue française d’exprimer au mieux des chosesautour de la condition humaine, mais à ma manière,ADN, ce qu’on peut appeler la forme classique de guitare acoustique,amours quand on a commencé avec mes camaradesde Louise Attaque dans les années 90. Je me suis ça m’a fait revenir à mes premiers l’histoire.sons sont jouées, a très peu de programmation, la majorité des chan-prendre la matière sonore de l’album. En fait, il y on a gardé le meilleur pour raconter J’étais dans ce genre de vibrations et un jour,Militairesalors plongé dans quelques albums de ces années-là, tels OK Computer de Bashung ou de Radiohead, production et la matière sonore autour.et qu’on comprenne tout de suite vers quoi je vais. sans aucune prétention. Que je puisse les chanter Mon état d’esprit, c’était cette limpidité-là, sans laà toute personne ayant envie d’être là, dans la pièce m’a dit : "Je connais bien le guitariste de Portishead, Dummy de Portishead. Fantaisies compagne depuis très longtemps. Déjà très jeune,t-il pour toi?Alain Souchon est un auteur fantastique qui m’ac-tages le micro avec Alain Souchon. Que représente-Pour f inir, sur la chanson "Sans Sommeil", tu par- musicalité très anglaise dans sa manière de jouer deon pourrait peut-être l’appeler ?"ça, très spontanément. A la guitare, Adrian à une Ça c’est fait comme Maxime j’écoutais ses chansons, je les fredonnais. C’est un compositeur qui croque d’une manière assez pré- date de 1946. C’est un petit bijou que j’ai eu lade mes chansons d’une guitare folk Martin 000 quiSur quelle guitare joues-tu ?Depuis des années, je m’accompagne dans l’écriture cise l’époque, avec humour et en étant subversif.Je lui ai proposé de participer à mon album pour chanson, j’avais envie de glisser une phrase quedeux raisons : la première, c’est que dans cette Le disque a été produit entre Paris et le studio Laà la guitare est magnifique. eu la gentillesse de jouer, entre autres, la fin du mor-la guitare, il est un petit peu onirique parfois. Il a mais aujourd’hui, je pense qu’elle à l’âge de rester àchance de croiser il y a quelques années et qui ne ceau "Les Matins Difficiles" ; cette petite ritournelle me quitte plus. Je l’ai souvent emportée en tournée fini l’écriture des chansons avant le confinement,tu façonné le son des titres en studio ?Il y a beaucoup de premières prises. Comme j’avais Fabrique à Saint-Rémy-de-Provence. Comment as- qu’en lui demandant de chanter ce texte avec moi,J’ai toujours admiré sa manière de mettre un pan Souchon avait déjà chantée :social dans son texte. Et la seconde raison, c’est "Rien ne vaut la vie". la maison. Elle a bien voyagé, je vais la choyer, lalaisser au chaud… Je m’estime chanceux d’avoirtrouvé avec cette guitare l’outil de travail qui me j’avais eu la chance d’aller en studio, à Paris, pour heureux qu’il veuille bien chanter mes mots ! J’aivécu ce moment comme un grand privilège.qu’on puisse le faire ensemble. J’étais tellement j’avais l’impression qu’il me donnait la main pour convient. Sur plusieurs morceaux du disque ("Je me
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INTERVIEW
ARMANDE
FERRY-WILCZEK
LES VOIX DE LVioloncelliste, guitariste et chanteuse, l’artiste tourangelle, adepte des chants du monde (notamment avec son ancien groupe Madera’ÉVEIL résonance des cordes cathartiques.entre chansons intimes (pas que françaises donc) et poésies à fleur de peau, les arpèges acoustiques qui ne laissent pas de bois et laEm) et désormais en solo, sort un 2 e album, Qui naît dort plus (Collectif Coqcigrue/L’Autre Distribution),Texte : Youri - Photo : Julien Poulain intimiste, délicat, naviguant
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C’est tout à fait ça. En écoutant les chansons, je me acoustique, du son naturel de la voix, des cordes… suis rendu compte que cette idée ressortait natu- Nous sommes dans une époque où tout se bouscule rellement. Chez moi, les chansons jaillissent, elles via les réseaux sociaux et leurs flux d’informations sortent quand elles sont prêtes, que je sois dans un en continu, j’avais envie de ralentir et d’aller à l’es- train ou sur mon canapé. Après avoir découvert le sentiel. Cette esthétique musicale s’explique aussi clip de la chanson "Tu me manques", beaucoup de par la collaboration avec Antonio Placer (compositeur, gens m’ont dit que ça leur avait fait un bien fou, en poète, arrangeur et chef d’orchestre galicien exilé en ces temps de confinement, d’avoir des espaces d’air, France, ndlr), qui a beaucoup participé à ce projet. de nature, de liberté... Non seulement en me donnant confiance, en m’in- citant à sortir ces chansons des tiroirs, mais aussi en participant à l’écriture de certaines parties de guitare. "LA MUSIQUE M’A SAUVÉE Nous avions envie que la guitare puisse chanter avec EN QUELQUE SORTE, la voix, qu’elle ait toute sa place, qu’elle ne soit pas
ELLE A ÉTÉ UN VÉRITABLE
qu’un accompagnement. TERRAIN D’EXPRESSION, Pourquoi le choix de dialoguer avec la guitare por- UN EXUTOIRE QUI ME tugaise de Loïc Da Silva ? Loïc est un musicien franco-portugais qui vit à
PERMETTAIT D’EXPRIMER
New York, je l’ai rencontré à Tours il y a quelques DES CHOSES QUE années. A l’époque, je jouais au sein du groupe de JE N’ARRIVAIS PAS À musiques du monde Madera Em, avec Loïc entre autres ; on s’amusait à réarranger des chants venus FORMULER AUTREMENT…" du monde entier, de tous les répertoires, mais aussi avec l’idée du mélange des cordes. Quand j’ai eu Dans la chanson "En taule", vous évoquez "des cages l’idée de cet album, j’ai eu envie de le nourrir autre- immenses de silence". Cette chanson a en effet une ment que par la simple formule solo sur scène, de résonance particulière en cette période de pandémie. proposer des arrangements plus poussés ; il m’a paru Cette chanson ne parle pas de la prison extérieure, évident que Loïc, un musicien extraordinaire qu’il mais de nos cages intérieures, des forteresses que joue de la guitare portugaise ou de l’accordéon, l’on se fabrique soi-même pour se défendre, se pro- m’apporterait tout cela. J’ai également invité Teepu téger. Du coup, on oublie de libérer nos cœurs, d’être Khan, un percussionniste du Rajasthan qui s’est dans l’essentiel. Entre les deux confinements, j’ai installé à Tours, sur le titre "Une authentique saveur". eu la chance de pouvoir donner un ou deux concerts, Car même si je suis catégorisée chanson française, cette chanson a plu, elle résonne en effet vu ce que je n’ai pas l’impression d’être dans cette esthétique, l’on vit actuellement. Mais ces titres n’ont pas de j’aime y mélanger des sons du monde. lien avec l’actualité, certaines de ses chansons étaient dans le fond d’un tiroir depuis quelques années… Comment avez-vous découvert et appris la musique ? Ma mère était musicienne, elle jouait du piano. J’ai Musicalement, cet album très délicat navigue entre commencé par la flûte traversière et à bec, puis j’ai la chaleur des cordes acoustiques (guitare, violoncelle eu un coup de cœur pour le violoncelle, que j’ai ap- et guitare portugaise) et la gravité de l’accordéon et pris dans une école de musique, bref un parcours du chant, bref une formule intimiste. Quelle était classique. La musique, notamment le chant, m’a votre direction artistique ? sauvée en quelque sorte, elle a été un véritable terrain Je suis une amoureuse de la voix dans son état naturel. d’expression, un exutoire qui me permettait d’ex- Dans ce monde qui fait la part belle aux effets, les primer des choses que je n’arrivais pas à formuler Vocoder, Auto-Tune, et aux machines qui prennent autrement… le devant, j’avais vraiment envie d’une esthétique www.collectifcoqcigrue.com Que vouliez-vous signif ier par ce titre énigmatique, "Qui naît dort plus" ? Concert A la base, j’étais partie sur la phrase "Qui ne dort le 17 novembre 2021 plus", mais je voulais quelque chose d’un peu plus au Studio de l’Ermitage poétique, car ce disque, pour moi, a été comme une renaissance. Il y a beaucoup de titres qui parlent de choses que l’on pourrait qualifier de tristes, dures, alors qu’il s’agit des émotions qui se greffaient à ces chansons et se transformaient en choses positives. Dans ce titre, il y a la notion d’éveil. De manière générale, vous évoquez avec beaucoup de tendresse les cœurs en vrac, les failles, la "poussière que l’on cache sous le tapis de notre dedans" comme vous le chantez dans "Rêves-haillons". Cet album tourne autour du thème du cheminement et de la catharsis… © Guy Dorotte
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INTERVIEW
LYDIE
FUERTE
LA FLAMME FÉMININEMalgréfrontières du flamenco, de la musique classique, du jazz et même du rock, la flamboyante compositrice (Révélation commun, ce feu qui la caractérise.flamenca pour évoquer la femme, la force du féminin",2011 avec le duo Dyade) revient aux affaires avec deux projets d’envergure : Luz, le confinement, la guitariste toulousaine n’a et un nouvel album actuellement en cours de réalisation. Avec, pour dénominateur pas chômé. Plus inspirée que"une création artistique entremêlant guitare et danse jamais, cheminant commeTexte : Ben - Photos : Xavier Aliot à sonGuitarist Acoustic habitude aux
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En sortant le clip, nous nous sommes dit que nous tout ce qui me passe par la tête, sans aucune res- allions être vite reliées à ces mouvements, mais ce triction ni aucun jugement. C’est là ma démarche n’était pas du tout notre démarche. Notre message de guitariste : aller au fond des choses, chercher sa n’est pas de dire que les femmes artistes peuvent lumière intérieure - d’où le nom de ce spectacle, être brimées par les hommes qui les empêchent de Luz -, tenter de remanier le flamenco d’une manière mener leur carrière, de chercher à séparer les sexes... moderne, car je ne suis pas une guitariste tradition- Nous voulions plutôt montrer tous les combats que nelle de flamenco, j’utilise certains outils de cette mènent les femmes, qu’ils soient intérieurs ou ex- musique qui m’inspire énormément, pour composer térieurs, parler des épreuves de la vie et des étapes la mienne. qui constituent une vie de femme, comme la ma- ternité. Ce n’est pas seulement un combat féministe. Autre projet : tu réalises actuellement un nouvel Nous souhaitions également fouiller la complicité album. qui existe entre les femmes dans la création, évoquer Il s’agit de mes dernières compositions, écrites de le thème de la sororité, cette fraternité, ce lien spécial 2019 à aujourd’hui. C’est un enregistrement en duo qui unit les femmes. avec le percussionniste Juan-Manuel Cortes, avec qui je travaille depuis pas mal d’années, enregistré As-tu souffert de comportements machistes durant ta au Studio du Moulin avec Nicolas Jobet et l’aide carrière ? précieuse de Georges Baux, l’arrangeur de Bernard Dans les interviews, on me demande parfois si je Lavilliers. Nous faisons beaucoup de recherches au ressens de l’animosité de la part des hommes. Non, niveau des sons organiques, comme sur la pièce même s’il est vrai qu’il existe des a priori : est-ce "Meditative Mind", dans laquelle nous avons associé qu’une femme peut jouer d’un instrument aussi des sons ASMR (Réponse Automatique des Méri- bien qu’un homme ? Dans la musique classique, les diens Sensoriels), qui déclenchent une sensation musiciennes semblent bien plus acceptées. Mais particulière, comme des noisettes dans une calebasse j’entends parfois des phrases du type : "Ouah, tu ou le son d’un stylo sur du papier. Cela donne des joues bien pour une femme !". Je ne le prends pas au sons très doux, comme chuchotés… premier degré, j’essaie de comprendre d’où cela vient et il m’arrive à moi aussi d’avoir des préjugés. Au Quelle en sera l’esthétique générale ? contraire, j’ai toujours senti beaucoup de solidarité C’est un album très varié, qui tourne autour du mé- entre artistes de sexes différents, une entraide, sur- tissage des styles : il y a du rock, du blues, du fla- tout en ces temps compliqués. menco bien entendu et beaucoup d’accordages dif- férents, car cela me permet d’aller plus loin dans Qu’est-ce que ça change de jouer avec une femme dans l’exploration, l’inspiration, de sortir du carcan des - La première du le processus artistique ? positions habituelles… Nous avons lancé un crowd- spectacLe Luz se Une certaine forme de liberté. Bien entendu, cela funding sur le site Ulule le 15 avril pour financer la dépend de la personne qui t’accompagne. Quand seconde partie de l’album. Sortie prévue en sep- dérouLera Le 4 juin je crée avec Eva, je me sens totalement libre de faire tembre. à touLouse, au chapeau rouge de L’espace saint-cyprien. - Le 7 août aux nuits musicaLes en armagnac Comment est né le projet Luz, ton duo flamenco avec la danseuse Eva Luisa ? Nous nous sommes rencontrées en 2014 pour le clip de mon arrangement de "Sibel" de Ricardo Moyano (sur son premier album solo, Carillón del Viento, 2017, ndlr), nous sommes vite devenues complices. Nous avions envie d’approfondir cette connexion entre la musique et la danse, mais pas uniquement par le biais du flamenco. Nous voulions aller plus loin pour évoquer la femme, la complicité qui peut unir les femmes dans la vie, dans l’art, etc. Ce n’est pas seulement une musicienne d’un côté et une danseuse de l’autre, on essaie vraiment d’en- tremêler nos univers. Ce spectacle voit le jour en pleine séquence des mou- vements #MeToo et BalanceTonPorc. Y a-t-il un évé- nement particulier qui t’a inspiré cette thématique ?
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INTERVIEW
ANTOINE YEORE
BOYER & KIM
L de la talentueuse harmoniciste coréenne, son épouse, mais aussi d’un orchestre composé d’une contrebasse, d’une batterie et d’un trio deTangram. Sept pièces, des milliers de combinaisons. Qualifié de casse-tête chinois par certains, ce jeu permet d’évaluer la créativitédes joueurs. Antoine Boyer et Yeore Kim n’en manquent pas pour composer non pas un puzzle mais une fresque musicale. En duo et à l’unisson
’ODYSSÉE DES ESPACES
32 • AC #75 laisse libre cours à son imagination, débordante, et compose une symphonie jazz, free fondamentalement.cuivres (clarinette/saxophone, trompette et trombone), Antoine Boyer (Révélation Guitarist Acoustic 2012 et Révélation Texte : Ben - Photos : Kevin Seddiki Guitare Classique 2016) jusqu’ici, il jouait principalement en solo ou en duo Quel était l’écueil à éviter dans ce dialogue entre la avec Samuelito. De mon côté, j’ai déjà joué au sein guitare et l’harmonica ? d’un orchestre, mais jamais avec un guitariste. C’était Antoine : Surtout ne pas cantonner les instruments une première pour nous deux. dans leurs zones de confort, la guitare qui accom- pagne et l’harmonica qui joue les mélodies. Il fallait Comment as-tu découvert la musique, Yeore ? les sortir de leurs habitudes pour qu’il y ait de vé- Yeore : Ma mère est professeur de piano, instrument ritables échanges. avec lequel j’ai débuté à l’âge de huit ans, mais aussi Yeore : Ce n’était pas évident, comme sur le titre avec l’harmonica. Plus tard, j’ai appris à jouer de la "Take Away", mais avec Antoine, qu’il s’agisse de trompette dans un groupe de ska-reggae. création ou dans notre vie de couple, il faut toujours le surprendre ! (rire) Pour l’album, il y avait d’autres Pourquoi ce titre de Tangram ? instruments, cela facilitait un peu les choses. Quand Antoine : Quant on compose un titre, on laisse venir nous jouons en duo en concert, c’est plus difficile, les idées, elles se suivent, se juxtaposent, ce qui forme car nous devons sans cesse trouver des solutions Certains titres de l’album peu à peu la structure des morceaux. D’où cette idée pour dialoguer sans tomber dans cet écueil ou dans sont disponibles en version vidéo. de Tangram, un jeu que je pratiquais enfant. L’idée, des redites. c’était de s’amuser avec les formes, les architectures, Release party mais sans tomber dans quelque chose d’intellec- Finalement, c’est plus l’album d’un compositeur que le 8 juin 2021 au Studio de l’Ermitage tualisé. Cet album navigue entre pièces très écrites celui d’un guitariste. et improvisations. Il y a un an et demi, lors de l’ar- Antoine : Oui, musicalement, c’est assez nouveau. Tangram (Viavox/L’Autre Distribution) rivée de Yeore en France, nous avons débuté un J’avais en effet la volonté d’élargir le répertoire, mes cours d’improvisation libre au CRR d’Aubervil- horizons, de découvrir d’autres circuits, d’autres liers, dirigé par le compositeur Philippe Pannier, univers que celui de la guitare. un gars génial, qui nous a permis d’aller plus loin Yeore : Cet album, c’est beaucoup d’explorations et dans ce sens. L’improvisation, c’est avant tout un d’émotions. J’aime jouer avec Antoine, car il me travail d’écoute et cela confère beaucoup de liberté, pousse à me dépasser, il me fait découvrir des choses comme sur l’improvisation "Where is Polly Blue", sur moi. En Corée, il n’y a pas beaucoup d’oppor- pour laquelle je ne sais même pas dans quel accor- tunités pour jouer quand tu es harmoniciste, car dage je suis ! (rire) tout tourne autour de la K-pop, des musiques tra- ditionnelles et un tout petit peu du jazz. "L’écueiL à éviter? Vous proposez trois reprises, dont deux de rock que surtout ne pas vous dynamitez : "Blackbird" des Beatles et "Exit Music" de Radiohead (ils reprennent également "Imagina" cantonner Les de Tom Jobim). Pourquoi ces choix ? instruments dans Antoine : Ce sont des titres que j’aime beaucoup, ils Leurs zones de m’inspiraient, et avec l’harmonica, ça marchait bien. Sur "Blackbird", on part sur un sept temps. (sourire) confort, La guitare Pour "Exit Music", nous sommes sur un cinq temps, qui accompagne et car c’est un titre assez lent ; le cinq temps permet d’accélérer le mouvement, d’apporter un peu plus L’harmonica qui joue de souffle... Les méLodies. iL faLLait Yeore : C’est un rythme plus naturel pour moi, car Les sortir de Leurs le cinq temps est très utilisé dans la musique tra- ditionnelle coréenne. habitudes pour qu’iL y ait de véritabLes Quelle est la pièce où vous vous êtes le plus surpris ? échanges." Antoine : Pour moi, c’est "After the Storm", car d’une certaine manière, ça y est, je fais de la musique sym- phonique ! (rire) Disons que je ne pensais pas aller Pourquoi le choix de la formule du septet, une grande aussi loin en terme d’aspect symphonique… première pour toi, Antoine ? Yeore : "After the Storm" et la reprise d’"Exit Antoine : J’écoute beaucoup de musiques d’orchestre, Music"… Car j’aime bien mon son ! (rire général) cela fait longtemps que cette formule m’intrigue, que j’écris des petites pièces pour orchestre… Là, j’avais quelques idées qui commençaient à sonner et j’avais très envie de jouer avec un trio de cuivres. Comment est né ce projet guitare-harmonica ? Ce qui est drôle sur cet album, c’est que nous avons Antoine : Nous nous sommes rencontrés lors d’un réussi à donner cet aspect symphonique alors qu’il festival de jazz à Taïwan en 2018 ; j’étais impres- n’y a que trois cuivres, une batterie et une contre- sionné par ses talents de musicienne. Depuis, nous basse ! Ce projet m’a permis d’apprendre à écrire n’avons cessé de jouer ensemble, publier des vidéos pour des cuivres, car je savais juste quel accord je sur le net, puis ce projet est né il y a deux ans. voulais, quelle sonorité, mais pas plus. Ecrire pour Yeore : Antoine avait très envie de composer un al- un autre instrument que le sien, ce n’est pas évident, bum avec un orchestre, comprenant des cuivres, car mais c’est très enrichissant.
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INTERVIEW
SAMSON
SCHMITT
DE GAINSBOURG À "GAINSB’ART "Samson Schmitt forme avec l’accordéoniste Ludovic Beier et le violoniste Pierre Blanchard la "front line" du Django All Stars, un quintet avec la complicité du peintre Red Dito.premier confinement, les cinq acolytes ont enregistréde choc dont Doudou Cuillerier (guitare et chant) et Antonio Licusati (contrebasse) assurent par ailleurs la section rythmique. Durant le Gainsb’Art (à paraître le 4 juin chez Label Ouest), leur hommage à Serge Gainsbourg,Texte : Reiner Thomas - Photo : Jean Biermann
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Comment est né ce projet ? devait peut-être avoir des antécédents manouches. Comme le Django All Stars se produit depuis des C’était un "Russo-Manouche" ! (Rires) années aux États-Unis, on s’est dit que ce serait bien de rendre hommage à un compositeur français Qu’est-ce qui te pousse à penser ça ? proche du jazz. Et comme ça fait trente ans que Déjà ses compositions ! Il avait beaucoup de cœur, Gainsbourg nous a quittés, on a monté ce projet il avait du jazz, c’est un musicien incroyable. Et Gainsb’Art, avec des morceaux réarrangés au son dans ses paroles, on sent que c’est un homme qui de la formation. avait beaucoup de vécu ! C’est clair. C’est ce qui a fait sa notoriété. Comment avez-vous travaillé, pendant cette période du premier conf inement ? Il y a des tubes que tu aimes particulièrement ? D’abord, chacun a donné son point de vue sur le "Ces petits riens", c’est magnifique! "La Javanaise"… choix des titres, en apportant ses idées… Puis Dans nos reprises de Gainsbourg, on peut retrouver Doudou et Antonio ont essayé de mettre en place plein de choses : le côté musette, le côté manouche, les rythmiques, contrebasse et guitare. De mon côté, avec une pompe plus "aérée". Il y a l’accordéon de j’ai travaillé à la maison sur les bandes, les idées… Ludo, le violon, la guitare, le chant scat de Doudou, Et j’ai profité d’une occasion de venir à Paris pour c’est très "français" ! enregistrer toutes mes parties avec Ludovic. D’autres ingrédients ? Comment as-tu abordé ce projet ? Dans le jeu de Pierre, il y a parfois un côté "free", Mon père, Dorado Schmitt, l’a toujours dit : "Quand on entend du classique aussi. Avec Ludovic, on en- tend Toots Thielemans, Stevie Wonder… Dans mon jeu, sans prétention, il y a le côté "américain", et il y a le côté français, "à la Django". C’est un tout! Que penses-tu du travail du peintre, Red Dito, qui a illustré votre album ? Ça s’appelle "Gainsb’Art", c’est un disque artistique. La musique et la peinture, c’est la même chose… C’est un album qui a beaucoup de couleurs. On retrouve les cinq continents. C’est le mystère ! On voit la pochette, on entend la musique, on va vite tu seras un bon accompagnateur, tu seras un bon soliste!". comprendre. Dans un premier temps, il faut déjà mémoriser la rythmique. Comme on a mis ça à notre sauce, il fallait tout réadapter. Dans l’improvisation, on est DOUDOU CUILLERIER libres, mais on a des points de repère. On va recon- naître le thème bien sûr, mais ici le traitement est Un mot sur votre façon de travailler sur cet album… différent… Vu que je ne sais pas lire les notes, il Ludo et Pierre, les "têtes pensantes" des arrangements, faut que je m’adapte. Je mémorise la grille, et après proposaient en général une base. Pour les rythmiques, je joue librement dessus. J’aime bien quand c’est il suffisait de suivre. Parfois, Ludo a proposé des trucs "tordu ", que ça parte un peu dans des sens… Donc vraiment précis, par exemple pour "L’eau à la bouche". Il y avait "de la littérature", comme dit l’autre ! Mais en je me le passe en boucle, je prends mes repères, et règle générale, je préférais attendre la basse d’Antonio après je construis sur la suite d’accords. pour pouvoir me poser dessus. Sur quelle guitare as-tu joué ? Rythmiquement, comment garder une cohésion quand Une vielle Di Mauro des années 40. Quel son ! on n’enregistre pas ensemble ? C’est une des premières que j’ai eues, elle apparte- Je pense que c’est l’expérience qui a payé. Parce que nait à mon père. Elle est authentique, elle a de l’âge! c’est compliqué de faire un truc, confiné chacun chez Comme dit l’expression : "C’est dans les vieilles soi, en envoyant des audios sur des sons d’ordi… Je crois que ce n’est que le travail fait en amont depuis 35 casseroles qu’on fait la meilleure soupe !". ans qui a rendu ça possible. Antonio et moi, on se connaît par cœur, nos défauts, nos qualités, on ne se Comment vis-tu cette période sur le plan personnel, pose pas de questions… C’est facile. On sait ce qu’on a sans possibilité de jouer ? à faire.Au final, le mix de Ludo a eu aussi un rôle très Vu qu’on est musiciens et qu’on vit de sa passion, important, parce que c’est un magicien ! se retrouver dans une situation comme celle-là, c’est compliqué... C’est peut-être l’occasion de tra- Peux-tu me parler de ton entente avec Samson, votre vailler un peu plus son instrument, de composer… "cohabitation" à deux guitares ? Je dirais plutôt l’intelligence musicale de Samson ! Moi De mon côté, j’initie aussi mes enfants à la guitare, je vais "tout droit", c’est ma spécialité. Je pense que, selon au chant. Ma fille de sept ans commence à jouer ! son humeur et le morceau, Samson varie entre des dou- blures d’accords différentes, avec des positions incroya- Avant cet album, tu écoutais un peu Gainsbourg ? bles. Et ce que j’aime bien, parfois, quand il sort d’un solo, Je savais qu’il avait été dans le milieu du jazz, qu’il il reprend la rythmique et ça devient "massif", avec une avait été accompagné par un super guitariste, Elek densité énorme. Derrière, je fais le plus sobre possible, Bacsik. Ce qui me laisse penser que Gainsbourg je n’en rajoute pas trop, pour ne pas boucher l’horizon.
TRIBUTE
TONY
le flat-picking et fait redécouvrir à une génération laTony Rice a tiré sa révérence le jour de Noël. Héritier
RICE
beauté des instruments véritablement "unplugged".Retour sur un parcours impérial et chaotique.de Doc Watson et de Clarence White, il avait redéfiniTexte : Christian Séguret - Photo : Archives Tony Rice
FAN EXCLUSIF D’UN GENRE"DÈS QUE VOUS DEVENEZ
BLUEGRASS OU AUTRE,QUEL QU’IL SOIT, JAZZ,
VOLONTAIREMENT DE TOUTUN MONDE DE MUSIQUE.VOUS VOUS PRIVEZ"
36 • AC #75
ony Rice est donc parti. Celui qui révolu- acoustique, le guitariste refusant toute sa carrière tionna le monde du bluegrass et de la gui- de "plugger" sa guitare et de sacrifier au dieu décibel T tare acoustique dès les années 70 avait la pureté du son acoustique. A la même époque, le depuis éteint tellement de lumières, refermé tant mouvement unplugged faisait ses ravages (comble de portes, qu’on aurait pu penser qu’il disparaîtrait du paradoxe, puisqu’au nom de ce concept marke- dans une discrétion relative. Quelle erreur... Son ting, on avait viré le seul instrument acoustique du départ fut un choc, commenté pendant des semaines groupe : la batterie !) Rice, sans en faire un sacerdoce, dans les plus grands médias anglo-saxons et sur refusait d’avancer sous la bannière déjà mitée de tous les réseaux sociaux où l’on cherchera en vain cette appellation mensongère, déclinant les câbles un commentaire négatif. Une performance en soi, qu’on lui tendait lors des soundchecks et refusant qui en dit long sur son côté rassembleur, lui qui de plaquer un piezzo sur sa Martin vintage. Est-ce toucha tant de publics. Rice écoutait rarement la qu’on branche une wha sur le Stradivarius de même musique, et John Coltrane tournait plus sou- Menuhin ? vent sur sa platine que Bill Monroe. "Dès que vous devenez fan exclusif d’un genre quel qu’il soit, jazz, LA LUMIÈRE S’ÉTEINT bluegrass ou autre, vous vous privez volontairement Mais au fil des vingt dernières années, la lumière de tout un monde de musique", aimait-il expliquer. pâlit. Rice se faisait rare et l’on suivait au fil des mois la dégradation physique qui faisait suspecter INITIATION le pire. Victime d’une maladie rare qui éteignit sa Né en Virginie en 1951, Rice émigra avec sa famille voix il y a plus de vingt ans, il vit par la suite ses à Los Angeles au début des années 60. Il se mit à mains immobilisées par l’arthrose et la tendinite et la guitare avec passion et fonda avec ses frères son abandonna la scène il y a près de dix ans. Et puis premier groupe. Les garçons, à peine adolescents, vint la nouvelle, ce matin de Noël 2020… croisaient régulièrement des jeunes gens à peine plus âgés qu’eux, les Country Boys, au sein duquel figurait Clarence White, futur membre des Byrds, qui posait alors les bases de la guitare flat-picking moderne. Rice ne pouvait être à meilleure école. Sans prendre de leçons formelles auprès de son aîné, il s’imprégna de son style, se disputant l’honneur avec d’autres jeunes fans de porter son étui de guitare. Une Martin D-28 de 1935 qu’il finira par acquérir après le décès accidentel de White en 1973… Au milieu des années 70, Rice intégra The New South, aux côtés de J.D. Crowe, Ricky Skaggs et Jerry Douglas. La formation enregistra en 1976 un album désormais mythique, posant les bases du bluegrass contemporain avec un répertoire délais- sant volontairement les thématiques rurales et em- pruntant aux plus grands auteurs. Au fil des dizaines Tony Rice aura influencé des milliers de guita- d’albums qu’il enregistra par la suite, Rice piocha ristes, parfois à un point ridicule, suscitant des copies ainsi dans un large répertoire pour se créer un patch- conformes, des concours de suiveurs, parfois de sosies, work magnifique : Gordon Lightfoot, James Taylor, comme un Elvis du flat-picking. Des admirateurs Kate Wolfe, Jimmie Rodgers, Bob Dylan se cô- qui connurent le même désir naïf de tenter de s’ap- toyaient au fil des sillons, leurs œuvres éclectiques procher de ce son divin, au risque d’en perdre leur gagnant sous son emprise une unité surprenante. identité, comme des Icare de la guitare brûlant leurs Rice était alors devenu un guitariste unique. Son ailes en se risquant trop près de ce soleil musical. jeu syncopé inspiré de Clarence White, son usage Beaucoup ont compris l’inutilité, voire la vacuité de d’intervalles inhabituels pour le genre, son sens du cette quête. Une phrase simplissime du violoniste tempo sans faille, et par-dessus tout un son unique, Johnny Gimble les fit peut-être dévier de leur route: à la fois cristallin et charpenté, lui assuraient déjà "Si je tente de jouer comme quelqu’un d’autre, qui va des wagons de suiveurs. jouer comme moi ?". A la lumière de cet adage évident, beaucoup ont alors renoncé à atteindre l’inattei- NEW ACOUSTIC gnable. Rice resterait un exemple de parcours, une Quelques mois plus tard, Rice reçut un coup de fil évidence de conduite musicale, une figure tutélaire de David Grisman. Ce virtuose de la mandoline et réconfortante, pas le modèle sur lequel il serait était en train de monter un quintet à cordes révo- impérieux de calquer son travail, de reproduire ser- lutionnaire et poser les bases d’un courant qu’il bap- vilement les plans. Et en ce sens, son influence sur tisera "Dawg music", s’inspirant du jazz, du clas- des milliers de guitaristes a été incommensurable. sique, de la musique klezmer et de bien d’autres Restent leurs milliers de témoignages touchants, genres. Grisman signa sur une major avec ce quintet généreux et parfois poignants qui confirment l’im- d’avant-garde, enregistra avec Stéphane Grappelli pact énorme que l’astre Tony Rice a eu sur nos vies, et d’autres légendes du jazz, tandis que Rice achevait la chaleur généreuse dont il a inondé nos frileux sa mutation vers un style plus œcuménique, intégrant parcours. Les albums qu’il nous lègue feront qu’il des influences diverses, mais toujours obstinément ne sera jamais vraiment parti. Merci, Tony Rice.
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SOMMAIRE PÉDAGO
Saisissez le code AC75spring pour télécharger les pistes audios et vidéos pédagogiques de ce numéro sur : www.guitaristmag.fr/pedago Blues Story 18
ALCOOLS
Par Chris Lancry Etude de style 40
TONY RICE
Par Eric Gombart Théorie 44
LA GAMME ½ TONTON
Par Max Robin Jazz manouche 46
LE JEU EN ACCORDS 2!
Par Gwen Cahue Masterclass 48
LA GUITARE MÉTISSÉE
Par Lydie Fuerte Acoustic Blues 52
FUNKY VIEW
Par Jimi Drouillard Le Coin de la chanson 56
RISING SUN
Par Idhaï Les Guitares Improvisibles 60
AROUND MARCEL
Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich Guitares sans frontières 64
L'IMPRO PAR LE RYTHME
Par Samuel Strouk Tracklist 66 Nouveau ! L’ACCÈS À LA PÉDAGO EN LIGNE EST RÉSERVÉ À NOS LECTEURSTRICES C’est simple : pour visualiser et télécharger les leçons pédagogiques rendez-vous sur : www.guitaristmag.fr/pedago (inscrivez-vous et renseignez le mot de passe "motdepasse" si nécessaire) Gravure musicale : Jean-Philippe Watremez
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ETUDE DE STYLE
PAR ERIC GOMBART
Tony Rice © Romain Bouet 3-5 2-4 Disparu récemment, des guitaristes les plusTony Rice est un technique du flat-picking.le style bluegrass et la importants dans je vous fais découvrirDans cette leçon, sur des suites harmoniquesses licks ou plans préférésson style, mais aussi très simples.
1 - GAMMES © DR
des exercices rythmiques comme par exemple les gammes brisées jouées rapidement.Voici comme présentés dans l’introduction les "outils de base" : gamme majeure et gamme blues. Imprégnez-vous de ces modes puis essayez d’inventer 3 2-4
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ETUDE DE STYLE
2 - EXEMPLE
Cet extrait mélange un thème et parfois des accords brossés. Ça peut se jouer guitare seule. Faites bien attention à placer les notes de la mélodie "devant", sans les cacher sous une rythmique trop violente. Il faut savoir doser ! Tendez l’oreille et enregistrez-vous si besoin. 4 2
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ETUDE DE STYLE
3 - MORCEAU D’APPLICATION
Après la présentation du thème, vous trouverez un exemple d’improvisation (début d’impro mesure 10). Le tempo est assez rapide, mais jouez lentement pour commencer. Les licks sont à connaître par cœur (cf. par exemple mesures 12, 13, 14), car ils reviennent dans la plupart des improvisations. Soignez la régularité des volumes des notes jouées par le médiator. A noter, en mesure 22, l’emploi de la technique dite du "cross picking". Il faut alterner impérativement haut/bas pour le sens du médiator. Vous pourrez utiliser le playback fourni pour vous entraîner. N.B. : Notez que je joue ce morceau avec un capodastre à la 2e case pour une sonorité plus cristalline. 5 3-4
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ETUDE DE STYLE
5 3-4
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THÉORIE
Par max robin La gamme © Romain Bouet ½ ton-ton sœur jumelle de la gamme diminuée (dite encore "ton-½ ton"), la gamme ½ ton-ton 6 nous donnerons ici tous les exemples en référence à l’accord de G7, degré V de la gamme de do.sur les accords de dominante, où elle se distingue par ses couleurs spécifiques. est une échelle de huit notes caractérisée par sa symétrie, à utiliser 1- la GammEnotez la parenté de cette gamme avec les accords diminués (en l’occurrence Gdim et Abdim), transposables par tierces mineures. 2- ExEmPlEs dE doiGtésA- GAmme en diAGonALe. Quatre notes par cordes ! Voici une proposition pour un mouvement ascendant (trois notes par cordes), puis descendant. Bien sûr, vous pouvez "mixer" les deux à votre guise !B- GAmme en position 3- Positions d’accordsLa "voie royale" pour utiliser cette gamme est l’accord Voici quelques positions commodes.A vous d’en explorer d’autres.7/9b/13 (neuvième bémol et treizième juste !).
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Théorie 4- motifs Ces clichés parfois empruntés à d’autres guitaristes vous permettront de "sortir des sentiers battus", en vous conduisant, nous l’espérons, à inventer et développer vos propres motifs ! . Motif 1 : gamme brisée en tierces mineures. Très adapté à la structure de la gamme ! . Motif 2 : approche des notes par ½ ton. Un classique du grand Angelo Debarre. 6 . Motif 3 : progression par sixtes. Astucieux et souvent utilisé par Philip Catherine ! . Motif 4 : extrait d’un thème emprunté à Boulou Ferré, tournant autour de la tonalité de Ré mineur. . Motif 5 : construit à partir d’un intervalle d’un ton et deux intervalles de tierce mineure, ce motif permet de faire tourner toutes les notes de la gamme. Très employé en jazz moderne. 5- Harmonisation "stravinsky" Véritable trouvaille, cette harmonisation reposant sur une alternance de triades mineures et majeures permet d’échapper à la "linéarité" de la gamme. A utiliser en accords ou en arpèges (cf. vidéo). NB : nous avons maintenu ici par souci de cohérence et de clarté l’écriture "horizontale" de la gamme, en prenant quelques libertés avec la verticalité de l’harmonie !
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JAZZ MANOUCHE
PAR GWEN CAHUE
(2) Le jeu en accords Bonjour à tous, aujourd’hui on continue sur notre lancée avec une deuxième leçonsur le jeu en accords, cette fois-ci dans un contexte swing. 7-9 Utilisé ici en question/réponse avec des phrases, le jeu en accords est un excellent moyen pour éviter les répétitions et redondances dans l’impro-visation, à la manière d’un pupitre de cuivre qui répondrait à la mélodie grille du standardPour illustrer tout ça, je vous propose ce morceau d’étude autour de la "Take the A train". 5-6 d’un chanteur. Bonne leçon !
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,JAZZ MANOUCHE
7-9 5-6
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MASTERCLASS
10 7 © Xavier Aliot Lydie Fuerte La guitare métissée Je vous propose de travailler un extrait d’une de mes compositions. nous y retrouvons un métissage de deuxstyles de musique, l’un brésilien et l’autre "flamenco", avec ses harmonies dissonantes. ExErcicE 1 :Je vous donne d'abord un échauffement pour travailler les arpèges avec le plus d’émission du son possible. arPègEs à vidE Bien plier le doigt vers l’intérieur de la paume de la main droite. Articuler chaque doigt et jouer le plus fort possible. ExErcicE 2 :Ici, nous utiliserons le pouce en buté pour un son flamenco (cf. morceau mesure 16). PoucE tEchniquE flamEnca avEc l’oPEn tuning Buter le pouce, changer l’angle d’inclinaison vers le bas par rapport aux cordes (voir vidéo).
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MASTERCLASS
10 7
MORCEAU D’APPLICATION
Ce morceau vous fera travailler également un open-tuning particulier, indiqué ci-dessous au début de la partition. Notez bien que la hauteur des notes qui est écrite sur la partition n’est pas celle qu’on entend, ce sont les notes habituelles que l’on retrouve sur ces cases.
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MASTERCLASS
10 7 Je vous invite, si le cœur vous en dit, à participer au crowfounding Ulule pour mon nouvel album, qui sortira en 2021. Ce financement participatif, qui a démarré le 15 avril, vous permet d'acheter en avant- première cet album et de pouvoir vous offrir un stage ou une masterclass. Très bon travail à vous et à bientôt ! http://lydiefuerte.com © Xavier Aliot
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Pour toute demande de renseignements sur la publicité, veuillez contacter :
SOPHIE FOLGOAS
Directrice de clientèle Tél. : + 33 (0)1 41 58 52 51 Mobile : + 33 (0)6 62 32 75 01 e-mail : sophie.folgoas@guitarpartmag.com
ACOUSTIC BLUES
PAR JIMI DROUILLARD
Funky View © Romain Bouet Voici un morceau qui permet de vous montrer ma vision du funk à l’acoustique.Bonjour à tous. 11-12 La grille est très simple : seize mesures en tout.Après les deux mesures d’intro, où l’on aperçoit le célèbre accord E7/#9, quatre mesures de A7, quatre mesures de C9, six mesures de D9 et de nouveau l’introDe la mesure 1 à 17, c’est le thème ou la mélodie. De 17 à la fin, c’est le solo. (je crois que le compte est bon : seize mesures !). 8-9 Chaque plan peut resservir pour vos rythmiques ou vos riffs, dans tous vos morceaux. Un coup d’œil aussi sur mon nouveau site : jimidrouillard.comN’hésitez pas, pour plus d’infos : jimid@free.fr Merci à tous pour votre écoute. Bien à vous et on croit très fort à la guitare pour passer ce cap.Jimi D
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ACOUSTIC BLUES
11-12 8-9
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ACOUSTIC BLUES
11-12 8-9
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LE COIN DE LA CHANSON
PaR iDhaï Rising Sun © Valérie Duchâteau Dans ses paroles, cette chanson interroge l’être sur son amour."Rising sun" est un titre en Fa mineur sur un mode dorien. Ou cet amour se place-t-il plutôt du point de vue du soleil, qui ne cesse de briller pour tout ce qui est ?L’amour est-il comparable au soleil levant, qui disparaît d’un point de vue terrestre ? 13-14 Rising sun Idhaï 10 That’d mean that you’d mean almost nothing to me unlike the rising sunDo you feel that I come and go just like passing birds PaRoles couPlet 2
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LE COIN DE LA CHANSON
GUITARE 1
Notez que je suis accordé pour ce morceau en open de Ré majeur (D-A-D-F#-A-D), mais avec un capo placé à la 5e case, ce qui correspond en fait à une tessiture "réelle" de Sol majeur (cordes à vide avec le capo : G-D-G-B-D-G). Idhaï 13-14 10
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LE COIN DE LA CHANSON
GUITARE 2 (CIGAREBOX)
Ma cigar box est accordée en open de Sol : G-D-G-B-D. Pour ce morceau, j’utilise un bottleneck. Pour l’intro et les parties instrumentales, je joue un petit thème en passant par la tonique, la seconde puis la tierce, et ensuite par la seconde, la tierce puis la quarte. Pour les parties couplets, j’accompagne Idhaï en power chords (tonique-quinte-tonique). Pour la dernière partie instrumentale, j’interprète le thème et je rejoins Idhaï sur les accords. Notez que sur la grille des couplets, on peut éventuellement placer un accord optionnel de Eb à la fin de la mesure de Fm qui précède le Gm. Vincent 13-14 10
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abonneZ VousLes 4 prochains ! numéros de Guitaristacoustic unpluGGed* 31,80 € 20 % d’économie, soitPour vous 25,00 € bulletin aDreSSe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .NoM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . d’abonnement prÉNoM. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Coupon à compléter et à renvoyer àG serVice abonnementuitarist acoustic unpluGGed CoDe poStalquel(S) Style(S) De guitare jouez-vouS ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . |__|__|__|__|__| ville . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . accompagné de votre règlement en euros, à l’ordre de La Rosace9,Oui, rue Francisco Ferrer - 93100-montreuil Carte de crédit : remplissez le coupon ci-dessous au prix de1 aN je profite de cette offre exceptionnelle et - 4 numéros je m’abonne Date d’expiration : ____ /____Montant : |__|__|__| , |__|__| €N° |__|__|__|__| |__|__|__|__| |__|__|__|__| |__|__|__|__| au prix de2 aNS - 8 numéros 25,00 €, au lieu de 31,80 € Signature obligatoire :Cryptogramme : |__|__|__| 48,00 €, au lieu de 63,60 € Pour l’UE, DOM-TOM, rajoutez 5 Euros de frais de port pour un an et 10 Euros pour deux ans.contactez Edigroup, case postale 393 - 1225 Chêne-Bourg. Tèl 022 348 44 28Autres pays, nous consulter. Pour la Suisse (offre sans cadeau) :
LES GUITARES IMPROVISIBLES
par VaLérie Duchâteau & antoine tatich Around Marcel
© DR
15-16 à la manière de Marcel Dadi, que nous sommesheureux avec Valérie de vous offrir en partage.Voici un thème en tonalité de Fa majeur 11 La preMière guitare Elle joue le thème, qui se détache nettement du jeu de basses.Aisément repérable pour la deuxième guitare qui le doublera, ce thème est fait de notes régulières sur les cordes 1 et 2 dans la partie A, et requiert un gauche sur la 6On note ici les techniques chères à Marcel Dadi : l’usage du pouce de la mainusage fréquent de la 1re corde à vide, ce qui favorise les résonances. 1, 2, 3 et 4. L’absence de barré permet aussi de mieux utiliser les cordes àvide. Autre avantage, les doigts ainsi libérés peuvent effectuer des pull-off,e corde évite les barrés et repose la main en libérant les doigts hammers, slides et chôkes, tout ce qui colore le jeu en fingerstyle. Une guitarefolk est forcément plus adaptée à l’usage du pouce. Sur une classique, les posi- tions seront un peu différentes et le barré sera nécessaire bien des fois ! part guitare 1 © DR
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
15-16 11
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
15-16 La deuxième guitareComment procède-t-on ? Les guitaristes chanteurs sont peut-être favorisés, coutumiers de placer leur voix comme lead dans un groupe ou en faisant des chœurs… Mais le guitariste qui ne chante pas aura l’avantage de mieux connaître les accords pour trouver des solutions ! Parmi ces solutions, doubler le thème (en créant 11 un contrechant) est la plus évidente. On utilise la tierce ou la sixte, en fonction de ce que permettent les accords. Dans la partie A, la tonalité est Fa majeur et le premier accord est un B b (Si bémol), composé des notes suivantes : Si bémol, Ré et Fa. La mélodie commence par un Fa, donc la note située une tierce en dessous de Fa (ou une sixte au-dessus) est Ré (ce même Ré rentrant dans la composition de B b), c’est donc la meilleure note pour démarrer votre contrechant ! Pour le B, le premier accord est Dm (Ré mineur), les notes qui le composent : Ré, Fa, La. La mélodie commence par la note La. Si vous observez la règle "tierce ou sixte", commencez le contrechant par un Fa (situé une tierce en dessous du La), qui rentre dans la composition de l’accord de Dm. Pour continuer, laissez-vous guider par la grille ! Autre procédé : une bonne connaissance de votre grille d’accords, en sachant placer ces mêmes accords à différents endroits du manche, graves ou aigus, vous permet de jouer une partie complémentaire, en arpèges ou par de petites touches rythmiques (riffs) pour diversifier votre jeu. Cela est peut-être l’objet d’un autre dossier pour aller plus loin… Bonne étude en attendant ! Part guitare 2
62 • AC #75
LES GUITARES IMPROVISIBLES
15-16 11
© DR
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GUITARES SANS FRONTIÈRES
Par Samuel Strouk L’improvisation © Philip Ducap par le rythme 17-22 Je suis très heureux d'être de retour dans les pages pédagogiques de Cette fois, je vous présente une approche particulière de l'improvisation. Guitarist Acoustic Bonjour à tous, ! 12 que je vous propose est de se concentrer uniquement sur le rythme,Ici, pas besoin d'harmonie ou de gamme complexe, l'idée du travailsur la façon dont vous le percevez et dont vous le jouez. Dans cette leçon, je vous explique en quoi le rythme est finalement l’élément le plus important de la musique et comment travailler cet aspect de pour développer vos sensations rythmiques et travailler les différents débits et les accents.votre jeu pour vous libérer. La partition est une courte improvisation sur un blues mineur. Dans les vidéos, je vous propose également des exercicesPour toute question, n'hésitez pas à m'écrire à : samstrouk@yahoo.fr Bon travail à tous !
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GUITARES SANS FRONTIÈRES
17-22 12
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TRACKLIST PÉDAGO
Blues Story Blues Story Hommage à Charley Patton Hommage à Charley Patton Par Chris Lancry Par Chris Lancry
1. Alcools 1. Alcools
2. Explication
Etude de style Etude de style Tony Rice Tony Rice Par Eric Gombart Par Eric Gombart 2. Exemple
3. Présentation (gammes et accords) 3. Morceau d’application
4. Exemple 4. Play-back
5. Morceau d’application
Jazz manouche Théorie Le jeu en accords (2) La gamme ½ ton-ton Par Gwen Cahue Par Max Robin 5. Morceau d’application
6. Explication 6. Play-back
Jazz manouche Master Class Le jeu en accords (2) Par Lydie Fuerte Par Gwen Cahue 7. La guitare métissée
7. Explication 1 : la grille
8. Explication 2 : le jeu en question/réponse Acoustic Blues
9. Morceau d’application Par Jimi Drouillard
8. Funky View
Master Class 9. Play-back Par Lydie Fuerte
10. La guitare métissée Le Coin de la chanson
Par Idhaï Acoustic Blues 10. Rising Sun Par Jimi Drouillard
11. Funky View Les Guitares Improvisibles
12. Explication Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich
11. Around Marcel
Le coin de la chanson Par Idhaï Guitares sans frontières
13. Rising Sun Par Samuel Strouk
14. Explications 12. Impro blues mineur
Les Guitares Improvisibles Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich
15. Around Marcel
16. Explications
Guitares sans frontières Par Samuel Strouk
17. L’improvisation
18. La grille du blues mineur
19. L’impro par le rythme
20. L’after beat
21. Exercices et mise en pratique
22. Impro blues mineur
66 • AC #75
QUESTIONS DE LUTHERIE
LA POSE www.darmagnacguitares.com
DES FILETS
EN BOIS ET DES
INCRUSTATIONS
DE NACRE
et d’élégance que l’on peut rencontrerParmi les éléments de personnalisationlors de la fabrication d’une guitare, les portante et renforcent la dimensionla rosace, représentent une étape im- tions de nacre autour de la table et defilets de caisse en bois et les incrusta- compris en lisant les ar ticles précé-précieuse de l’instrument. Vous l’aurezdents, la variété d’opérations néces- la découpe des filets et l’incrustationincroyablement longue et diverse. Pour saires à la fabrication d’une guitare est de nacre, il faut s’armer de beaucoup depatience, de minutie et de précision... On est plus près du travail d’orfèvre quede celui du bûcheron ! Dans l’ar ticle d ’aujourd ’ hui, je vousinvite à découvrir ma façon de procéder. minutieuses sont la méthode que j’uti-lise pour les rosaces et les filets de mesCes différentes opérations longues et guitares.Comme vous le verrez, nous sommes bien loin de certaines guitares d’usine,"nacrées" de la tête au pied avec du comanies imitant la nacre...plastique, autocollants ou autres décal- www.darmagnacguitares.comEric Darmagnac
68 • AC #75
1 5 Je trace l’emplacement de la rosace sur la table d’harmonie ; dans le cas J’insère et je colle ensuite ma rosace en érable entre les deux cercles de nacre. présent, rosace en érable de 2 mm d’épaisseur. 2 6 A l’aide d’une défonceuse, je creuse les deux rainures qui recevront la rosace Je recouvre l’ensemble avec une colle Epoxy mélangée à des pigments de et la nacre. façon à remplir tous les interstices. 3 7 Je colle un premier placage en bois de 0,5 mm d’épaisseur à l’extérieur ainsi Je ponce ensuite pour révéler l’ensemble. que les morceaux de nacre d’1,5 mm pour former le premier cercle. 4 8 Pour préparer mes filets, je découpe une planchette d’érable de 6 mm Je répète la même opération pour le deuxième cercle de nacre. d’épaisseur que je combine avec deux placages (palissandre de 0,6 mm et érable de 1 mm d’épaisseur) et je les colle ensemble façon "sandwich".
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9 13 A l’aide de ma scie à ruban, je découpe ma planchette en bandes de 2,5 mm Et je fais une première défonce de la caisse de 2 mm d’épaisseur. d’épaisseur. 10 14 Je ponce ensuite mes filets pour les ramener à une épaisseur d’1,8 mm. Puis une deuxième de 1,5 mm de hauteur sur 3,5 mm d’épaisseur (celle qui recevra la nacre). 11 15 A l’aide de ma défonceuse et de fraises adaptées, je prépare les rainures de la Avec mon fer à cintrer, je cintre mes filets pour épouser la forme de ma caisse de ma guitare qui viendront recevoir les filets. guitare. 12 16 J’incruste ensuite mes filets que je colle tout autour de la caisse et je maintiens Je règle la hauteur de découpe de ma fraise en fonction du filet (ici 7 mm). l’ensemble avec un scotch type peinture. On peut maintenant voir apparaître l’emplacement réservé pour la nacre.
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17 21 La même opération est répétée pour les filets de fond de caisse. La colle n’adhérant pas sur le silicone, je retire délicatement mon fil tout autour de la caisse afin de libérer le logement prévu pour la nacre. 18 22 La nacre se présente sous forme de petits bâtonnets de différentes longueurs J’incruste précautionneusement mes bâtonnets de nacre que je casse au fur et à avec une hauteur et une épaisseur d’1,5 mm. mesure pour suivre le contour de la caisse. Je poursuis l’opération sur tout le contour de la table d’harmonie, et je colle l’ensemble à la superglue. 19 23 Je colle ensemble trois placages en érable (noir /blanc /noir) de 0,3 mm d’épais- seur que je découpe ensuite en baguette de 2 mm de hauteur qui viendront Une fois sec, avec un mini-rabot, j’enlève le surplus pour venir affleurer la table border de chaque côté les bâtonnets de nacre. Avant le collage, j’insère un fil d’harmonie. de silicone d’1,5 mm qui pour qu’il simule l’emplacement de la nacre. 24 20 Pour la finition, je ponce délicatement à la ponceuse excentrique avec du Avec de la superglue très liquide, je colle les deux contre-filets. grain 220 et 320, de façon à effacer tous les résidus de colle. Ma caisse est désormais prête pour le vernissage !
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J. CASTELLUCCIAModèle Bellagio V2 75th Anniversary Avec cette nouvelle version de son modèle "Bellagio", la maison Castelluccia célèbre ses 75 années d’existence. Une fierté que Jean-Baptiste Castelluccia (3e GOOD VIBRATIONS ! format 12 pouces d’un instrument de type solid body. du nom) illustre ici à travers un concept résolument contemporain de guitare archtop, décliné selon le Texte : Max Robin - Photos : Romain Bouet Ce principe de "rigidification", accentué par lesoptions du barrage (destinées à optimiser le jeu sonner comme une "vraie jazz" ! Le mode "ampli-la demande), la belle est prête à relever le défi : des fréquences), libère le potentiel vibratoire de trument.la table d’harmonie, véritable "moteur" de l’ins- fié" s’ouvre avec une belle densité sonore et une diator). La Bellagio se montre tout à la fois pré-bonne réponse (aux doigts aussi bien qu’au mé- rappelle celui des modèles classiques Castelluccia,affiche la modernité revendiquée de l’instrument,La forme trapézoïdale de la tête, dont le sommet cords) et riche, dégageant une belle rondeur, decise dans son intonation (en single note ou en ac- tout en l’inscrivant dans la continuité d’une histoire. bonnes basses (sans caractère "baveux"), avec un érable à l’arrière renforce la cohérence esthétiqueS’harmonisant avec le fond, le placage de tête en rendu dans les aigus sans agressivité criarde, maisnon dénué de caractère ! Priorité ici à la fluidité de de l’ensemble. Quant aux mécaniques Der Jung à l’expression, soutenue au besoin par une correction archtop sculpté dans la masse à la ma-llier le caractère acoustique d’un modèle boutons ébène vissés (copies Schaller),parfaitement leur fonction, d’une caisse de Telecaster, telle est en effet l’am-A niabilité, l’ergonomie et l’encombrement de l’accastillage (doré, comme le cordier et le micro). tout en assurant l’unité elles assument taille de l’instrument garantit efficacement contre de tonalité tout à fait adéquate. Ajoutons que la heur !les désagréments du larsen. Globalement, un bon- bition de cette "Bellagio". Si la belle frappe, d’em- côté flammé qui ne manque pas de séduire la clien-Dotée d’un léger radius, la touche ébène (avec un son ambition,Voici donc un "petit gabarit" à la hauteur de elle le doit, entre autres, à la qualité et la nature deblée, par l’élégance et la modernité de ses lignes, arrondi (en C) s’avère très agréable à l’usage (largeurtèle !) surmonte un manche acajou dont le profil dégageant une évidente maniabilité tout en assu- au look attirant, aux formes agréables, mm).au sillet de tête : 43 mm, pour un diapason de 628 La qualité de la facture se mesure à la précision agréable, de plus en plus "imparable" au fur et àet qui en sublime le toucher. Atout singulièrement confère cette apparence à la fois brillante et satinée,sa finition, en l’occurrence, une laque à l’eau qui lui rant une bonne prise en mains. Fidèle à la signature des détails : joli tour de caisse en palissandre ou cette Bellagio, allié à une belle sensibilité, séduitCastelluccia, le caractère boisé de la sonorité de boutons de volume et tonalité en ébène, tout con- immanquablement le guitariste. d’écologie fait mouche lorsqu’on s’attarde, par ex-mesure de la prise en mains, cette douceur mâtinée court ici au charme séduisant du tableau. au passage la beauté du rendu. Mais poussons unemple, sur le dos en érable massif, dont on admire UNE "VRAIE JAZZ" sif de la table sculptée ne tarde pas à nous faire depeu plus loin du côté des bois, puisque l’épicéa mas- mière note en utilisation purement acoustique, Ce qui frappe d’emblée, dès l’émission de la pre- la base induit l’emplacement idéal du chevalet) lecluant le pan coupé, l’œil. L’harmonie (arrondi général de la forme in- dessin moderne des ouïes, dont c’est la réactivité et la cohérence sonore de l’ins-trument, immédiatement au top de ses vibrations. sensations se révèlent spontanément excellentes,Sensibilité du toucher, générosité du sustain, les rien ne vienne contrarier la solidarité ni perturberdispute ici aux nécessités de l’architecture.l’interaction de la table et du fond, essentielles sur Pour que que cette Bellagio se destine évidemment à l’am-plification, elle se distingue déjà par la plénitudepermettant de sculpter chaque note à loisir. Bien Prix : 4500 euros avec étui sur mesure. le plan acoustique, Castelluccia a prévu des éclisses un bloc d’acajou (au lieu d’être pliées à chaud).totalement "inertes", découpées telles quelles dans acoustique. Equipée par ailleurs d’un micro Sey- et l’homogénéité de sa sonorité en mode purement Différentes options (vernis, accastillage, micro) NB : guitare testée avec cordesà la demande. mour Duncan "Seth Lover" (ou tout autre type à Site : www.castelluccia.frD’Addario ECG 25 - filé plat 12/52.
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www.luthiervictor.fr VICTOR GUÉRIFUkulélé Soprano Les beaux jours sont revenus, et avec eux, l’irrésistible envie de sortir, plus que jamais, faire de la musique dehors ! Instrument roiUN SOPRANO DE CHOIX savoureuse, à l’image du soprano qui fut notre compagnon un mois durant.du genre s’il en est, l’ukulélé s’avère le compagnon idéal en la matière. Le luthier Victor Guérif propose une petite série absolument Texte & Photos : Alexis Senart
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CORPS & ÂME
truments à cordes. Le luthier pratique son art avecçon qu’il produit une jolie gamme d’ins- V Comté. C’est dans son atelier de Besan-ictor Guérif est installé en Franche- sonore. S’il présente la fameuse sonorité typiqueCe ukulélé soprano est riche d’une forte personnalité autant d’à-propos pour la réalisation d’une guitare toute la famille des ukulélés, il va beaucoup plusdu format, sans doute le plus caractéristique de aime à donner vie avec passion.que pour celle de petits instruments auxquels ilcuatro, le Bisontin décline son art et son savoir- Ukulélé, cavaquinho, loin dans l’agrément sonore.exemplaire, si ce n’est remarquable. Voilà un ins- La puissance se révèle d’approfondir la connaissance de son travail parfaire sous différentes formes. Nous avons choisi prano, trument qui a de la pêche ! Fort de son format so- plusieurs musiciens. Mais il possède plus que cela :qui traverse aisément le mix d’une formation de ce modèle délivre une sonorité très présente, Victor Guérif propose des stages de lutherie pourle test d’un ukulélé soprano. Notez d’ailleurs queréaliser son propre ukulélé. controns régulièrement. Les notes de l’ukulélé so-comme bien des ukulélés soprano que nous ren- la sonorité a du corps, elle n’est pas fluette ni anémiée, JOUEZ LOCALVictor Guérif réalise ses instruments en privilégiant absolument remarquable, qui se démarque sin- prano de Victor Guérif possèdent une belle enve- les ressources locales. Il n’est alors pas étonnantde découvrir dans son travail l’usage de bois qu’il gulièrement, et ô combien favorablement, de la Aussi,production d’un discours musical de grande qualité.loppe, chaleureuse, qui participe grandement à la therie. Sa gamme d’ukulélés ne déroge pas à cetten’est encore point fréquent de rencontrer en lu- grande majorité des productions de séries actuelles. c’est l’assurance d’avoir toujours "le" son. que l’on joue seul ou avec d’autres musiciens, règle. Ainsi, le soprano que nous avons à l’étude sans la sensation de devoir placer les doigts dansSa largeur procure un plaisant agrément de jeu, est né de la mise en œuvre d’essences régionales,massives comme il se doit. La caisse de ce bel un espace par trop restreint, façon " boîte à chaus-de jeu, les traits mélodiques comme les harmoniessures". La touche en noyer offre une bonne surface PETIT BIJOULe modèle testé était équipé d’un système afin depouvoir le jouer en mode électro. Dénué de toute est constituée d’une table travaillée dans une pièced’épicéa. La finesse du matériau s’avère exemplaire,instrument à la teinte très claire et l’air très naturel, Contrairement aux pratiques courantes, le dos dumanche est relativement plat, totalement dénuécomplexes peuvent y être développés avec aisance. commande, le capteur placé sous la table au niveaudu chevalet envoie directement le signal à la sortie éclisses,l’érable qui a été choisi pour la fabrication des son impact sur la sonorité l’est tout autant. C’est de cette rondeur qui caractérise la plupart des jack, imposant l’usage d’un préampli externe si une grande cohérence, non seulement esthétique, du fond et du manche. L’ensemble présente ukulélés du moment. Toutes ces spécificités in-duisent une grande efficience de pratique pour la Proposé en option, c’est l’assurance d’avoir un sonon souhait disposer d’un minimum de corrections. mais aussi, nous l’expliquerons un peu plus loin, main gauche. Certes à chevilles, dans la pure tra- totalement neutre et direct ! Vendu 750 euros, ceukulélé proposé est tout simplement un petit bijou une vraie cohérence acoustique, avec une réponsesonore très séduisante. dition du genre, les mécaniques font montre d’unede l’accordage que pour la bonne et durable tenueefficacité indiscutable aussi bien pour la précision du genre. CE N’EST PAS UNE BOÎTE et le système en métal d’assurer une parfaite sta-de ce dernier. Les clés sont d’un maniement aisé, Prix : 750 euros, prix public conseillé Réalisé en trois parties avec beaucoup de soins etÀ CHAUSSURES beau placage en loupe de peuplier.bilité de fonctionnement. La tête est rehaussée d’un Style : soprano, 12 cases (hors caisse) Table : épicéa massif Fond et éclisses : érable massif de subtilité,de jeu, que lui confère le traitement de surface sati- le manche présente une grande douceur Manche : érable Touche : noyer Largeur au sillet de tête : 35 mm né qui résulte d’un huilage fin, ainsi que le galbe, Lutherie : 10Confort de jeu : 10 Mécaniques : Gotoh USA, deluxe à chevilles Préampli : capteur cellule en option (150 euros) Largeur à la 12e case : 43,7 mm ON AIME : Son acoustique : 10 Etui/housse : non ON REGRETTE : tout ! Version gaucher : oui (au même prix) rien. Son électro : 9Rapport qualité/prix : 10 Site : www.luthiervictor.fr - 06 15 37 89 61 Production : France
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TAYLORGT811e bois des plus nobles pour la réalisation d’une guitare cordes acier. Cela n’enlève strictement rien aux qualités intrinsèques de laà écrire un banc d’essai très favorable. C’était sans compter l’arrivée d’une version nettement plus haut de gamme, par l’usage de La pratique de la toute récente Taylor Grand Theater Urban Ash nous avait totalement charmés et conduits, tout naturellement,UN GRAND COUP DE THÉÂTRE CALIFORNIEN GT Urban Ash ! La nouvelle version joue dans la cour "prestige". Une autre dimension, d’autres sensations. Un même plaisir desoreilles ? Jacques Balmat ’est dans la fameuse série 800, refuge de courbure, cela n’a pas l’envergure grandement mar- format inédit, chargé d’assurer un pont entre lesC la légendaire 814, qu’Andy Powers ainscrit cette déclinaison savoureuse d’un courbes révèle une recherche approfondie sur lequée du dos de la GS Mini. Ici, la subtilité desphénomène vibratoire. Le nouveau barrage, dé- de la Grand Theater, le maître luthier est repartitailles GS Mini et Grand Concert. Pour la création exalte la puissance de projection et la tenue dunommé C-Class, mis en œuvre pour la table, guitare folk de taille réduite, mais point mini, dé-ceptes pour parvenir à ses fins : proposer unedes fondamentaux afin d’en réécrire quelques pré- son tout en accentuant le volume des fréquences au format.barrassée des inconvénients jusqu’alors inhérents par plusieurs innovations, engendre donc un son de formats réduits. Cette construction, caractériséegraves et bas médiums, points faibles des caisses tout à fait nouveau, sans l’être pour autant : voilà CHOUETTE une grande ! Cela permet de pratiquer les arpègesune "petite" guitare qui sonne totalement comme diapason modifiés pour permettre une aisance dejeu exemplaire. Avec une tension de cordes éga-Ainsi, le manche a été redessiné, ses côtes et son sans entendre une sonorité anémiée, lement réduite, il n’y a aucun risque de ressentir et riche offre une parfaite interprétation au jeu jusqu’alors de ce type de folk. La sonorité pleine talon d’Achille un quelconque traumatisme ou même la moindrefatigue pour la main gauche. Et la main droite de pée du capteur et du préampli associé ES-2, lade l’instrumentiste, quel que soit son style. Equi- dans les cordes. Ici, tout n’est que douceur et vo-pratiquer sans aucune sensation de devoir "rentrer" électro. GT811e présente un atout important pour l’usage lupté. Fidèle à ses habitudes, la touche est réalisée marge de sécurité avant de connaître les affres de Les dimensions de la caisse offrent une belle dans une pièce d’ébène du Cameroun, et les effets modèle. De nouvelles mécaniques offrent l’assu-marbrés d’ajouter à l’esthétique chic et sobre du tique scénique. En outre, la crédibilité sonore se mesurer tous les avantages et intérêts pour la pra-l’effet larsen et autres feedbacks. Il est aisé d’en rance d’un accordage fiable et durable, les petitsboutons assurent un maniement facile tout en con- révèle tout bonnement l’une des plus probantesde l’époque. chouette finition "smoked nickel".férant un aspect charmant sous l’influence d’une RÊVE CALIFORNIENFaisant abstraction du prix qui n’aura rien d’une UN "SQUAT" HAUT DE GAMME que bonheur et séduction. Taylor redéfinit, unepaisible et souriante découverte, la GT811e n’est deurs des techniciens en manque de terrain de jeu,L’absence de pan coupé pourra contrarier les ar-mais les lignes de la guitare conservent ainsi toute nouvelle fois, quelques fondamentaux pour pro-poser un nouveau type de guitare, tout simplement. rictus facial de souffrance. L’écartement des cordesenvoyer leurs doigts squatter les cases 17 et 18 sans le registre aigu, les mains habiles pourront ainsitout de même possible de monter fort haut dans grâce à une remarquable ergonomie de jeu, il estleur plénitude et un parfait équilibre. Par ailleurs, Gageons que la voie ouverte sera bien vite empruntéepar la concurrence. Encore et toujours précurseur, le géant californien n’a décidément pas fini de noussurprendre fort agréablement. procure de surcroît un très bon compromis pour techniques : picking, jeu aux doigts, médiator…y pratiquer, sans aucun inconvénient, différentes Prix : 3299 euros, prix public conseillé Style : Grand Theater, électro Table : épicéa de sitka massif ON AIME : ON REGRETTE : l’ensemble du modèle, exceptionnel ! à part le prix, justifié, rien. JOUEZ EN CCLASSOn ne ressent jamais la sensation de cordes troprapprochées ou, au contraire, trop écartées. Fond et éclisses : palissandre massif Manche : acajou tropical Touche : ébène du Cameroun Son acoustique : 10Confort de jeu : 10 Dans la même veine de sa petite sœur Urban Ash, Lutherie : 10 la GT811e dégage une sonorité typique. La pro- Mécaniques : Taylor mini à bain d’huile Préampli : Taylor ES-2. Bass, Treble, Volume Largeur au sillet de tête : 44 mm Largeur à la 12e case : 53 mm Son électro : 10Rapport qualité/prix : 9 le cadre d’une guitare dotée d’une caisse aux di-fondeur des fréquences graves est exacerbée dans Production : USA Etui/housse : Taylor AeroCase mensions réduites. Si le fond présente une légère Site : www.taylorguitars.com Version gaucher : oui, au même prix
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SIGMASOM-50
adéquation avec la qualité des guitares proposées. Spécialisée dans la fabrication de modèles "à la manière de", la marque a notammentDepuis le début des années 70, Sigma présente des réalisations attrayantes, notamment par la pertinence des prix affichés en
UN SACRÉ BON ANNIVERSAIRE !
fait sienne la copie de célèbres références Martin, fruit d’un accord avec la maison américaine. Après cinq décennies de bons etloyaux services, Sigma fête dignement ce demi-siècle de lutherie de série avec la production en nombre très limité (50, comme il d’attributs remarquables. Nous avons eu la chance de disposer de l’OM, numéro de série #1, s’il vous plaît !se doit) de deux modèles exceptionnels : une OM et une Dreadnought référencées SD-50, griffées "50th Anniversary" et parées Jacques Balmat placent tout seul, les barrés ne souffrent d’aucun jeu qui semble sans limites territoriales.inconvénient, et les mélodies révèlent un terrain de volume projeté est impressionnant, enveloppant, par respect de la tradition, la caisse n’est pas am- Assurément Les harmoniques sont remarquables, avec un côté sans être au détriment de la précision des notes. fût-ce a minima avec un simple capteur passif, neputée d’un pan coupé, et aucun équipement électro, "piano" rare. La réactivité de la caisse et du fond vient dénaturer la lutherie. Il paraît cependant très quant aux répertoires possibles.aux nuances de jeu ouvre un horizon des plus vastes profitable d’envisager la pose d’un système idoinepour jouir de cette guitare en usage amplifié, tant Du picking au strumming, du blues au folk, cetteractère obligera toutefois le guitariste aguerri àSigma est une interprète époustouflante. Son ca- le potentiel sonore se révèle remarquable. s’imposer s’il ne veut pas être "mangé" par le tem- sien. A l’inverse, les instrumentistes au jeu discretpérament de l’instrument, qui pourra gommer le en quantité ultra limitée, un tel modèle a un coût,évidemment, gorgé d’autant de qualités et proposé vers des sphères acoustiques inconnues. Alors,ou neutre trouveront ici une alliée qui les propulsera chinoise, fût-ce réalisée avec des matériaux de trèset il est du genre "sévère", pour une fabrication étui, magnifié par une broderie spécifiquea guitare est vendue dans un magnifique grande qualité. Comme le dit si bien notre TontonGratteur préféré : versary n’en manque pas, et on a dû mal à imaginerEt question qualité(s), la Sigma OM 50 "Le prix s’oublie, la qualité resteth Anni-". Lractère exceptionnel.identifiant l’instrument renfermé et son ca- mais cela accentue la spécificité de l’offre. Certes, ce n’est pas très discret, dégage un fort pouvoir de séduction, superbementde cet écrin révèle une belle splendeur : la table L’ouverture HISTORIQUE, LE MOTN’EST PAS TROP FORT ? après un doux mûrissement des bois. Historique ?la splendeur sonore dégagée dans quelques annéesOn s’y risque. cernée de filets en nacre verte assortis à la rosace etaux repères de touche, mais aussi au somptueux fond en cocobo éblouissent le regard, tandis queLes matériaux sont de grande qualité, les essencesde bois absolument magnifiques. Les éclisses et le motif qui orne le placage de tête et aux discrètes beau et parvient à échapper à la caricature grâce àdécorations du chevalet. Le tableau est divinement l’épicéa de la table vaut plus que cent leçons de ne serait que balivernes si la sonorité n’était pas àlutherie sur le sujet. Au prix revendiqué, tout cela mécaniques dorées façon Waverly et leurs petitsun savant dosage entre "beaucoup" et "trop". Lesboutons "butter bean " ajoutent encore à la grandeur la hauteur des prétentions tarifaires. Qu’on se ras-grandes. Voilà l’une des guitares les plus impres-sure, la Sigma SOM-50 joue dans la cour des non seulement de l’esthétique, mais aussi, plus lar-gement, à la grandeur du modèle. sionnantes et séduisantes qu’il nous ait été donnéde jouer ces dix dernières années ! Puissant et riche, PAS DE GESTE BARRIÈRE lutherie très bien menée peut immédiatement ré-le son est un exemple exceptionnel de ce qu’une à l’arrière d’un renfort de type "pointe de diamant",Le manche et son angle de tête spécifique, munie véler, sans attendre le mûrissement des bois. Le Prix : 2895 euros, prix public conseillé Style : OM Table : épicéa massif des Alpes italiennes siéent parfaitement à l’instrument, non seulement Fond et éclisses : cocobolo massif joueur et facile, l’expérience en devient irrésistible.est une taille plaisante à pratiquer, par l’agrément de jeu proposé.sur le plan de la cohérence de la lutherie, Le format Orchestra mais aussi ON AIME :totalement impressionnant. la lutherie ; le potentiel sonore, Manche : acajou Touche : ébène dotée d’un manche ON REGRETTE :in China"… le prix n’est pas tout à fait "Made Mécaniques : Grover dorées, style rétro Préampli : non Largeur au sillet de tête : 44 mm Largeur à la 12e case : 57,6 mm Assurément inspirée d’une pièce Martin actuelle, Lutherie : 10 Version gaucher : non Etui/housse : étui de luxe brodé Confort de jeu : 10 Production : Chine spécial "50th d’aller "à l’abordage" pour assurer un déroulementle galbe se prête à un jeu fluide, il n’est point besoin Anniversary" de main gauche précis et souple. Les accords se Son acoustique : 10Rapport qualité/prix : 9 Sites : www.sigma-guitars.com -www.lazonedumusicien.com
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EPIPHONETexan USA Historique ! N’ayons pas peur du mot. Ce modèle marque en effet le retour de la fabrication de guitares Epiphone aux États-Unisaprès de longues décennies de désertion pour les horizons asiatiques. C’est la légendaire Texan qui bénéficie la première de ceLE RETOUR traitement, ce qui ajoute encore à l’intérêt de l’événement. Jacques Balmat ’étiquette collée dans la caisse de la guitare L nous en informe : c’est un atelier situé à proches et dans un esprit similaire. Le strumming de grain ont été notées, mais les sons restent fort dèle. De là à imaginer que c’est une unité GibsonBozemann, Montana, qui réalise ce mo- sied avec beaucoup d’à propos à la Texan, plus franchissons sans hésitation,qui le fabrique, il n’y a qu’une corde que nous encore avec un médiator assez souple. On revisite sera confirmé quelques secondes plus tard par un d’autant que cela nous Nostalgie, avec bonheur les grands classiques des années 70. autre écrit ! L’Epiphone à la bannière étoilée est pas de séduction non plus, la petite pointe veloutée quand tu nous tiens... L’arpège ne manque du service par la même occasion. Guitare mythiquedonc de retour, et son logo ancestral de reprendre procurée par l’attaque des doigts apporte un brin ment contenus, ça ne "bave" pas comme avec unecharmant au timbre. Les graves s’avèrent légère- américaine par ce modèle ne doit rien au hasard.s’il en est, le choix de redémarrer une productionInstrument fétiche des songwriters et grande ins- guitare en palissandre,brillance modérée, mais plutôt une petite rondeur et les aigus de présenter une intimement liée à Paul McCartney ou encore Noëlpiratrice de chansons cultes, la Texan reste la folk diques joués. Un discret système électro équipe la qui procure une certaine douceur des traits mélo- Gallagher, pour ne citer qu’une paire d’utilisateursfidèles. Texan USA 2021. L’équipement choisi est signéL.R. Baggs, partenaire habituel du fabricant amé-ricain.
RÉTRO
donne à observer et inspecter une guitare folkDe facture des plus traditionnelles, la lutherie C’EST LE MOMENT D’INVESTIRSi son tarif gâche un peu la fête, le retour de "simple" mais pas simpliste, et des choix d’époquequi font encore référence dans leurs catégories pour de la marque, mais aussi pour tous les amoureuxl’Epiphone Texan USA reste cependant une trèsbonne nouvelle non seulement pour les passionnés une sonorité reconnaissable entre cent. de modèles chargés d’histoire, et bon sang, il a un célèbre "e" barré est l’un des marqueurs esthétiquesLe pickguard façon "écaille de tortue" et son sacré passé, ce modèle ! C’est également un inves- créateurs du symbole de l’euro n’ont pas fait preuveforts de la Texan. On en vient à penser que les tissement pour l’avenir proche, la fabrication et la d’une imagination exemplaire pour réaliser le sigle que cette folk va sacrément bien mûrir au fil desqualité des bois procurant la très nette sensation la Texan n’est pas l’élément qui conduira à choisiridoine… Pour le reste du tableau, l’esthétique de l’ancienne" bien sûr. Notons les barrettes "Legend" logées par trio sur des plaquettes de maintien, "à et en "Vintage Sunburst".ans. Elle est proposée en coloris "Antique Natural" table et dos, assortis à une rosace épurée, viennentsobres. En effet, seuls de simples filets de caisse, cette guitare, sauf à rechercher un modèle des plus pour les extrémités des doigts, tout en favorisantfaçon jumbo. Larges mais de hauteur moyenne,elles induisent une vraie facilité et douceur de jeu très délicatement et discrètement troubler le pa- l’intonation. Ancré plus que tout dans la tradition,le chevalet, hyper sobre, est muni de fines chevilles, ON AIME :sonore et l’équipement électro. ON REGRETTE :à la portée de tout le monde… le caractère général, le tempérament le prix ne la place pas vraiment des essences d’épicéa et d’acajou, respect de la tra-dition oblige.norama conféré par les bois. Des bois choisis parmi mission favorable des vibrations des cordes. Sonsoit les fondamentaux a minima pour une trans- du modèle tout autant que les repères de touchemontage inversé signe une autre des caractéristiques Lutherie : 8 "parallélogramme" en abalone, autres signaturesrétro du genre. Confort de jeu : 8 COMME AUTREFOIS Son acoustique : 8Son électro : 8 galbe en "D" caractéristique, qu’on reconnaît lesLe manche est au profil typique, avec ce fameux Rapport qualité/prix : 8 qu’une seule fois. La tête aux contours typiquesyeux fermés dès lors qu’on l’a pratiqué ne serait-ce DOUCE Prix : 2699 euros, prix public conseillé Style : texan reçoit deux ailettes ajoutées, à la manière des pra-tiques Gibson habituelles. Les mécaniques sont son de cette Epiphone Texan est chaud.Comparable à la sonorité d’une J45 Gibson, lecomparée en aveugle à deux Gibson, des nuances Testée et Table : épicéa massif Fond et éclisses : acajou massif Manche : acajou Touche : palissandre Mécaniques : Grover rétro nickelées à capot Préampli : LR Baggs VTC Etui/housse : étui Largeur au sillet de tête : 43,81 mm Largeur à la 12e case : 53 mm Version gaucher : non Production : USA Site : www.epiphone.com
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82 • AC #75
www.fender.com American Acoustasonic Series JazzmasterFENDER Après la Telecaster et la Stratocaster, Fender poursuit l’hybridation de ses modèles de référence. A la fois électro-acoustique ouUNE BELLE ORIGINALE elle la plus originale du trio ?électrique, électro-acoustique et électrique, la Jazzmaster American Acoustasonic s’inscrit diablement bien dans le genre. Serait- Texte : Jacques Balmat - Photos : Jacques Balmat & Fender O de l’excellente housse rigide dans laquellen extrait presque fébrilement la guitare sons typiquement électriques. Un ampli électroou un branchement direct console représente alors bien à la réalisation d’une version Acoustasonic.lignes de la Jazzmaster se prête remarquablementelle est vendue. Quelle légèreté ! Les la solution aux résultats les plus homogènes. Enjouant finement sur les égalisations pour trouver Le modèle jouit en effet d’une plastique fort sé-duisante et d’une belle homogénéité des formes et un juste milieu, un équilibre peut cependant êtretrouvé. L’alimentation du système électronique est des courbes. Son corps est le plus grand des troismodèles de la série. assurée par une batterie interne, rechargeable parle connecteur USB et son câble fourni.
SANS FIN
Fender ! Le manche procure ces sensations milleLa prise en main ne trompe pas : c’est bien unefois ressenties pour qui pratique la marque. Petite minutes sur un adaptateur afin de refaire le plein.sa prestation pour brancher l’instrument quelquessateur être obligé de faire une pause au cours de de batterie/pile amovible, on imagine mal l’utili-mais gageons qu’elle est importante, car en absence maximale ne nous a pas été confirmée par Fender,L’autonomie qui peut servir tout au plus à travailler tranquille-branchée, cette guitare délivre un petit brin de voix nienne : il est ici réalisé en acajou avec une touchedifférence cependant avec les habitudes califor- cifique et du corps creux, remarquablement conçuspendant une vraie résonance issue de la table spé- ment sans avoir besoin d’amplification. Il y a ce- rapportée en ébène, comme ses camarades de sérieAcoustasonic. Avec son manche long comme un et réalisés. UNE POUR TOUTESComme c’est toujours le cas avec les modèles hy- jour sans fin, la Jazzmaster présente une "jouabilité" brides, le choix du tirant de cordes va s’avérer im-portant. La guitare est équipée en sortie d’atelier sensation que ça n’en finit pas, qu’il y a toujoursassez incroyable. La pratique de la touche donne la
UNE COLLECTION COMPLÈTE
Engine", système électro-électrique développéeversion Jazzmaster est équipée de l’"Acoustic Comme la Strat et la Tele de la même série, la technique idoine, pas toujours appropriée à l’espritd’un jeu acoustique "light", qui induit donc une de celle jouée !encore et encore une case à pratiquer au-dessus conjointement par Fishman et Fender. Il est com- et au jeu du versant "guitare électrique" du modèle.Selon que l’utilisateur voudra favoriser tel ou tel AU SOMMETL’offre sonore proposée par cette guitare s’avère par Tim Shaw, destiné à assurer les sons les plusplété d’un micro spécifique créé pour l’occasion usage,Un tirant acoustique extra light paraît, au moins il conviendra de monter un jeu plus approprié. remarquable. C’est d’ailleurs, à notre avis, le point électriques de la guitare, seuls ou mélangés à un dans un premier temps, un bon compromis. parvenu à doter ce modèle d’une forte personnalité,culminant actuel de la série. Fender est en effet timbre acoustique. Pour assurer la gestion de ces mais suffisent à l’exploitation de tout le potentielsources audio, les commandes sont peu nombreuses il y a largement de quoi se faire plaisir satisfaire Proposée d’ores et déjà en cinq coloris différents, avec cette Jazzmaster très originale, véritable outil de la Telecaster de la famille Acoustasonic. Onqui la démarque nettement de la Stratocaster et du niveau sonore général. Le sélecteur, ici à cinqdu chevalet en ébène assure la traditionnelle gestionsonore de la guitare. Le potentiomètre le plus proche pour avoir plusieurs guitares en une ! tionnement, clé de voûte du système. Jouée nonretrouve bien entendu le même principe de fonc- des sonorités spécifiques, soit, grâce au second po-positions, est attribué au choix parmi cinq paires tentiomètre, un potentiel de dix sonorités/timbres indépendante ou conjointe. Il est ainsi proposé unacoustiques et électriques, utilisables de manière l’action du Blend faisant peu à peu évolué le modèleson évoquant une "dreadnought en palissandre", que les positions 5, 4 et 3 du sélecteur donnentvers une "Slope Shoulder en acajou" ! C’est ainsi tern virtuels représentatifs du genre. A partir deaccès à une belle petite collection de modèles wes- Prix : 2099 euros, prix public conseillé Style : hybride électro/acoustique - électrique Table : épicéa de sitka massif ON AIME : ON REGRETTE : le concept et la crédibilité sonore. l’absence de sorties séparées. la position 2, et toujours en conjonction avec le Fond et éclisses : acajou potard Blend, les sonorités nous font voyager de Mécaniques : bain d’huile chromées Préampli : Fender/Fishman Acoustic Engine + Manche : acajou Touche : ébène Largeur au sillet de tête : 43,3 mm Largeur à la 12e case : 52 mm Son acoustique : n.c.Lutherie : 9 Production : USA Etui/housse : gig bag Fender F1225 Version gaucher : nonShawbucker divers sons électro typiques à des sons de guitares Confort de jeu : 9Sons électro/électriques : 9 électriques, y compris un son de guitare électriquesous overdrive ! On en vient d’ailleurs à regretter Rapport qualité/prix : 8 afin de pouvoir assurer un traitement d’amplifi-cation différent aux sons acoustiques-électro et auxde ne pouvoir disposer de deux sorties différentes Site : www.fender.com
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BANC D’ESSAI
YAMAHAStoria La Storia s’inscrit pleinement dans la tendance actuelle, inscrite au cœur de l’univers de la guitare folk : les modèles de taille réduite.C’EST UNE BELLE HISTOIRE le bon équilibre pour séduire d’abord les yeux, puis, en se laissant porter par l’exploration du modèle, l’instrument nous mène debonne découverte en bonne découverte.L’offre grandissante en la matière ne facilite pas le choix, sinon à se laisser porter par un coup de cœur. La Storia trouve justement Texte & photos : Jacques Balmat e gabarit est à mi-chemin entre Orchestra L oreilles, mais sa générosité sonore la qualité qui sautera d’emblée aux cert" le format du corps de sa Storia.bricant à l’autre, et Concert, selon les appellations d’un fa- Yamaha qualifiant "Con- diquent donc une épaisseur peu ou prou standard.de caisse oscille entre 90 et 110 mm, ces côtes in- La profondeur propulser un bouquet de notes colorées.caisse qui vibre, qui vit, pour ensuitefait plaisir à entendre. On sent une la réalisation de ce modèle, dont la finition satinéeDe l’épicéa massif et de l’acajou sont utilisés pour moelleux, presque mou, idéal pour asseoirLes basses "roulent" avec un petit côté et la fine rosace de s’accorder parfaitement à cetaspect lasure, le fini procure une patine délicieuse, "off white" est tout simplement divine. Avec son https://fr.yamaha.com/fr/ aspect.reçoit également une teinte, faisant fi du bois na- Pratique des plus rares, l’intérieur de la guitare Point de lyrisme, la Storia, ce n’est pas la Callas,sonorité d’ensemble une belle homogénéité.d’une certaine neutralité pour conserver à la les hauts médiums et les aigus bénéficientgnant une voix. Sans grande personnalité, efficacement un jeu en accords accompa- bleutés viennent ainsi compléter une esthétiqueturel, sinon brut, habituel. Des reflets légèrementrecherchée, mais qui sait rester sobre. La classe, en c’est une voix certes puissante, mais sage sur leplan de la personnalité. Elle saura flatter le jeu quelque sorte. Approchant cette guitare, vous re- des instrumentistes un peu timides ou à l’expérienceen devenir. Les guitaristes plus aguerris y trou- dernières jouent assurément un rôle important dansici d’une demi-douzaine de pièces en laiton. Cesmarquerez sans aucun doute les chevilles. Il s’agit veront une alliée pour imposer leur propreson. Dans les deux cas, le système électroSRT "Zero Impact" de la maison saura ment un attrait visuel évident.le tempérament sonore de la Storia, et pas unique- CHAMPAGNE ! externe, besoin, avec ou sans l’apport d’un préamplisacrément hausser le volume sonore si Le manche est une création originale élaborée pour passif placé sous le sillet. l’électronique se résumant à un capteur cette guitare. Longueur, galbe, largeur, les 1 STORIA, 3 ÉPISODES ment de jeu des plus pertinents, la guitareont été retravaillés pour conférer un agré-trois paramètres fondamentaux de la pièce Au moment de dresser un bilan final, il paraîtévident que la conclusion ne peut être quegrandement positive. La Storia est une très une action des cordes parfaite, sur laest en outre livrée très bien réglée, avecbase d’un jeu light 012-0.52 (Yamaha chouette guitare, sur tous les plans. Son prixn’est pas le moindre de ses nombreux atouts. FS50BT). La main gauche parcourtavec une aisance fort à propos une de deux autres références, la Storia II et lacatalogue de la marque aux trois diapasonsLe modèle testé est accompagné au sein du partie des 634 mm du diapason (25’’). Çatouche en noyer, qui vient occuper une les mêmes.finitions différentes, les prix sont sensiblementStoria III. Ce sont des options de bois et de de pan coupé, les notes aiguës peuvent être misespeine à s’effacer sous la main et en l’absence joue souple et facile, et malgré un talon qui Les bords de la touche légèrement biseautés ajou-en musique sans trop de dégâts physiques collatéraux. Prix : 402 euros, prix public conseillé Style : Concert Table : épicéa massif ON AIME : ON REGRETTE : la personnalité générale du modèle. l’absence de housse. "champagne", le tableau joint l’utile à l’agréable.tent encore à la sensation d’un jeu doux. Avec sespetites mécaniques ouvertes "à l’ancienne" couleur Fond et éclisses : acajou Manche : nato Touche : noyer Mécaniques : ouvertes Largeur au sillet de tête : 43 mm Préampli : capteur Yamaha SRT Largeur à la 12e case : 51 mm Son acoustique : 9Lutherie : 8 Confort de jeu : 10Son électro : 8Rapport qualité/prix : 10 à entendre. Certes, la précision n’est pas forcémentmême un beau grain que cette Yamaha nous donneCE N’EST PAS LA CALLASAgréable à jouer, la sonorité l’est tout autant. C’est Etui/housse : non Version gaucher : non Production : Chine Site : https://fr.yamaha.com/fr/
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ARTWOODTD 164-C-MG
unité asiatique, avant de revenir dans l’atelier breton de la maison Custom Guitar Shop pour recevoir les dernières opérationsComme l’ensemble de la gamme Artwood, la TD 164-C-MG a été imaginée et créée en France, la fabrication réalisée dans uneÇA COMMENCE BIEN ! (contrôles, réglages…). La démarche de Guy Oudenot, aujourd’hui perpétué par son fils Gurvan, s’avère pleine de cohérence etd’intérêt. En effet, elle permet de proposer de très sérieux instruments aux prix les plus amicaux pour l’acheteur. Cette nouvelle venue est l’exemple typique de la démarche, jugez-en. Texte & photos : Jacques Balmat Dreadnought, mais une Grand Audito-a TD 164-C-MG est ici proposée en taille dans la main, nul besoin de rechercher degenre. La pièce d’acajou "tombe" en effet que d’autres tailles (OM, Parlor) pourront venirLétayer l’offre. Il s’agit d’une "entrée de gamme",rium est également à l’affiche, et gageons on est à la maison !induit une position de jeu qui n’a rien d’inédite :nouveaux points d’appui et autres repères, il guitare vendue à un tarif inférieur à 300 euros ; unesomme qui, pour beaucoup, représente déjà undénomination généralement admise pour toute A MANIER AVEC PRÉCAUTIONS prix couvrent généralement un éventail très, trèsbudget conséquent, ne l’oublions pas, alors que les une sonorité plaisante. Non qu’elle soit riche et La pratique de l’Artwood 164-C-MG engendre www.custom-guitar-shop.fr puissante, mais plutôt délicatement timbrée et La guitare reste cependant, ne l’oublions pas nonlarge, de chiffres à quatre et même cinq chiffres.plus, un instrument peu onéreux comparé à ses neutre. Entendez par là qu’elle n’assoie point unregistre grave et bas médium avec vigueur, ou en- notre Artwood du moment.compagnons de route ou d’orchestre. Revenons à délicatesse et une certaine douceur de timbre.voyage sonore tout en retenue, avec beaucoup de core un aigu lyrique. Ici, l’instrument propose un TOUT LE MONDE À LA MAISONIl s’agit donc d’une dreadnought, taille tradition- nelle, pour jouer une "western" typique, bien éla- la caisse, un phénomène de "gate" vient en effet pour éviter de dépasser les limites admissibles parMieux vaut exercer une douceur de main droite niveler la dynamique au-delà d’un certain niveaud’attaque de la main. Il y a cependant de la marge massif dont un vernis brillant assure la protectiontable est en effet réalisée dans une pièce de cèdre borée autour d’un duo de bois fort moelleux. La entre un son timide et une tempête indomptable. de rigueur tout en apportant une petite toucheluxueuse, absente des finitions satinées ou mates, SUR LA LISTERéalisée avec soin, équipée d’un manche pour protéger le matériau lamellé à l’aspect acajou.type de fini qui recouvre le fond et les éclisses, confortable et source d’un joli grain so-nore, la 164-C-MG est une guitare sé- la caisse, en miroir avec les anneaux qui composentDes filets noirs et blancs surlignent les contours deles pourtours de la rosace. Il n’y a donc rien de système électro nous paraît être une solu-débutant et confirmé. Le montage d’unrieuse. Elle s’adresse à un large public, ON AIME :"passe-partout" et le confort de jeu. ON REGRETTE : le tempérament sonore tion optionnelle intéressante, ce modèlebien élaboré offrant une base sérieuse le tempérament sonore n’est pas marqué. le défaut de sa qualité : pour une préamplification. Et le pancoupé de laisser entrevoir cette pos-sibilité comme imaginée au préalable Son acoustique : 9Lutherie : 9Confort de jeu : 9 par le créateur du modèle lors de laconception. Rapport qualité/prix : 9 ser pour acquérir le modèle pourront Les 275 euros à débour- mode "électro". En outre, la maisonnœuvre afin de financer l’ajout d’un en effet laisser une marge de ma- Prix : 275 euros, prix public conseillé Style : dreadnought, pan coupé Table : cèdre massif Manche : acajou Touche : blackwood Largeur au sillet de tête : 43,75 mm Fond et éclisses : acajou tème électro.sement idéal pour la pose de ce sys-Custom Guitar Shop est l’établis- Mécaniques : bain d’huile chromées Préampli : non Largeur à la 12e case : 54,75 de l’instrument pendant un an! Fabriquéelier assure réglages et entretien gratuits Notez d’ailleurs que l’ate- Etui/housse : housse Version gaucher : non est recommandé de coucher cette folk sur sa petiteavec précision, cette Artwood inspire confiance ; ilavec soin, contrôlée avec rigueur et réglée Site : www.custom-guitar-shop.fr Production : Chine spécifique, nous sommes là dans une écriture fidèle gnée de décennies.de pratiques établies depuis une sacrée bonne poi-crit, pour sa part, dans la tendance moderne du La conception du manche s’ins- liste des trois ou quatre modèles dans laquelle seraeffectué le choix final.
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BANC D’ESSAI
LÂGT177 J12 CE www.laboitenoiredumusicien.com Dupont, qui préside à la création et la supervision de la fabrication des modèles depuis quelques années, est parvenu à grandementC’est au sein de la série Tramontane 177 que réside actuellement la seule et unique 12-cordes de la maison française. Maurice
UNE BONNE DOUZAINE DE CORDES SOUS LES DOIGTS !
atténuer, si ce n’est gommer, les inconvénients qui ont longtemps paru inhérents à ce type de folk. Jacques Balmat tons "tulipe" qui les équipent. On ne s’y coince pasen revanche faciles à manier grâce aux petits bou- aidé par l’accordeur embarqué, n’en demeure pasles doigts, et l’accordage, s’il reste fastidieux mais Prix : 555 euros, prix public conseillé Style : jumbo, 12-cordes, pan coupé, électro degré de patience standard. Il n’en faudra guèremoins à la portée de tout guitariste équipé d’un Table : épicéa Engelman massif Fond et éclisses : khaya Manche : khaya suelle, et le dos, relativement plat, induit un excel-une bonne préhension, la largeur se révèle consen- plus pour la pratique du manche. Celui-ci présente Mécaniques : bain d’huile noir satin, Touche : brownwood Largeur au sillet de tête : 47 mm au sillet Largeur à la 12petits boutons "tulipe"e case : 58 mm dérapage en vue, qu’on joue en slick ou pneuslent et confortable positionnement du pouce. Aucun Préampli : Stage-Lâg. EQ trois bandes Etui/housse : non Version gaucher : nonphase, notch, accordeuravec médiums semi-paramétriques, volume, a 12-cordes a longtemps été réservée, pen- pluie! Une fois considérée la qualité de la réalisationdu Fa et du Sib en case 1, le reste va rouler tout L sait-on,téméraires du circuit. Largeur du manche, à la catégorie des guitaristes les plus seul ! Production : Chine Site : www.laboitenoiredumusicien.com tension des cordes, ergonomie, les caractéristiquesstandard n’étaient pas les plus avenantes du genre. La qualité sonore est une aubaine pour Cependant, au fil de ces dernières décennies, les sèdent une puissance parfaite pourune guitare de ce prix. Les basses pos- de la folk 12-cordes n’est plus réservée aux ins-été notoirement réduits.inconvénients attachés aux conceptions d’antan ont Il en résulte que la pratique poser les fondamentales et autres notesfondatrices des harmonies, trouver la recette idéale.affaire sur une 12-cordes, et Lâg d’avoir entre les registres n’est pas une minceger" les autres fréquences. L’équilibre sans "man- La nouvelle Lâg Tramontane s’inscrit dans cettetrumentistes les plus tenaces, mais ouverte à tous.tendance grâce au travail du maître luthier fran- çais. en deux mots,dastre ouvre un autre horizon, très sympa- ça séduit! Le jeu avec un capo- Ça chante, ça tourne ; A LA PORTÉE DE TOUSNous pouvons compter ici sur une conception de thique pour les oreilles, en raison des réso- caisse au format jumbo, autant dire que cette wes- nances qu’on peut déceler. Il faudra veiller associée au khaya, bois issu de la famille des acajoussive, élaborée dans une essence d’épicéa Engelman, tern nous la joue très généreuse. La table est mas- à utiliser un capo adapté à la 12-cordes enraison des spécificités du manche et de latension des cordes, donc un outil avec une assorti aux lignes du chevalet, de taille généreuse,réalisé, le placage de tête sculpté est parfaitement et utilisé ici sous forme de lamellé. Très joliment large surface de contact et un ressort dugenre costaud. Le très bon préamplidouble le potentiel sonore. pour un ensemble superbement équilibré. Apropos du chevalet, dommage que la pratique L’égalisation intègre une cor-rection semi-paramétrique de maintien des cordes sans cheville ne soit plusau programme Lâg, dans le cas d’une 12-cordes, intérêt supplémentaire pourdes médiums, ce qui nemanque pas d’ajouter un éviter que leur remplacement ne se change enlongue séance du genre "50 nuances de puni-c’est tout de même sacrément appréciable pour ce modèle,réalise ce qui est convenu qui, décidément, tions"! Les mécaniques à bain d’huile sont d’appeler un sans-faute.Cette Tramontane est ON AIME : ON REGRETTE : le son et le préampli. à ce prix, vraiment rien. une bonne raison dese (re)mettre à la inimitable.fiter d’une sonorité 12-cordes et de pro- Son acoustique : 9Lutherie : 9Confort de jeu : 10Son électro : 10Rapport qualité/prix : 10 duisant.au caractère fort sé-folk très attachante, Voilà une
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TECH 21Acoustic Fly Rig www.tech21nyc.com C’est dans un magnifique et solide boîtier métallique que ce pédalier "mini" se place à nos pieds. Les guitaristes électriques habituésde la marque auront reconnu le fameux format Fly Rig, devenu série à part entière après avoir été une pièce unique au sein duACOUSTIQUEMENT VÔTRE catalogue Tech 21. Voici une nouvelle version, "Acoustic" ! Jacques Balmat
ALLEZ LES PETITS !
visuel, et la fabrication est à l’image de l’esthétique :Le coloris cuivre procure un sublime agrément à deux modes, court et long, avec contrôle de l’in- reçoit la partie Effets. Il s’agit d’abord d’une réverbe final, l’usage d’un traitement de modulation s’avèreen effet bien souvent secondaire pour le guitariste belle et séduisante. Côté ergonomie d’utilisation, tensité. Suit alors un delay, avec ses trois contrôles électro-acoustique type. Notons pour finir qu’un puler les mini boutons, ils sont en effet "petits-mieux vaut y aller du bout des doigts pour mani- de répétition et niveau, essentiels que sont le temps de délai, le nombre fort pratique. Ces effets d’espace sont doublés d’un accompagné d’un tap-tempo rapide et précise de la justesse de la corde.le pédalier en mode Accordeur, pour une analyse appui long sur le footswitch du tap-tempo bascule petits" ! Ça, c’est pour les mains, mais côté pieds, pastilles,les footswitches ne sont pas vraiment de grosses il va aussi falloir y aller avec douceur et doigté, car puisqu’il propose un traitement de type "pitch shift"effet chorus. Ce dernier est fort chichement doté, DANS TOUTES LES CORDES Grosses Doc Martens ou généreuses Cat, mieux mais plus petits qu’une pièce d’un centime. qui fait fi des besoins de contrôle de la vitesse et spécialement adapté à la guitare électro-acoustique, Fly Rig Acoustic de la maison Tech 21 est un petitTout aussi pratique à utiliser qu’à transporter, le vaut rester à distance ou y aller avec une vraie re-tenue. Raccordons-nous à cette belle machine. La de la profondeur.une guitare à deux voies, le léger déphasage/dés- Il procure une sensation d’entendre électro-acoustiques. Guitares, ukulélés, mando-bijou de technologie au service des instruments chose est aisée et rapide : une entrée et une sortie qui sait éviter impression de fausseté comme c’estaccordage créé en effet une sensation séduisante, toute notre collection d’instruments à cordes électrolines… On ne voit pas quel instrument ne sauraity trouver un fidèle allié. Nous avons ainsi testé profiter de la sortie directe "DI" et des avantagesau format jack, sortie doublée d’un XLR pour souvent le cas avec ce type d’effet. avec un même bilan final : c’est vraiment top ! les branchements "direct console".liés à ce type de connexion, principalement pour à ses goûts pointe rapidement le bout de ses dé-D’ACCORDA l’usage, on prend vite ses marques et une sonorité LE CLUB DES CINQLe Fly Rig Acoustic est composé de cinq sections parfaitement aux cordes acoustiques, la partiecibels. Les réverbes sont réalistes et conviennent LES + :qui permet de glisser le pédalier dans le gig bag ! la qualité des traitements, le format réglable en niveau et en taux de compression. Ondistinctes. La première concerne le compresseur, personnelle en toutes circonstances et tous systèmespréampli va permettre de retrouver sa sonorité Effets : 10 à appréhender avec son unique commande de vo-entre ensuite dans la partie Boost, simple et facile d’amplification. Les solutions de branchements Traitements sonores : 10 proposés ne sont pas les moindre de ses qualités Rapport qualité/prix : 9 un SansAmp spécialement taillé pour l’aventureélectro. Il comporte une égalisation à trois bandes,lume. Vient ensuite le cœur du Fly Rig Acoustic : d’ailleurs. Type : préampli et multi-effets pour guitareset instruments électro limitation un peu agaçante, et je n’évoque pas lepied du mode Delay au mode Chorus forme une Finalement, seule l’impossibilité de basculer au Divers : EQ, boost, compresseur, notch, phase avec médium semi-paramétrique et un filtre Low Alimentation : adaptateur secteur uniquementréverb, chorus, delay, tap-tempo, accordeur finir, "last but not least", le tableau de commandePass balayant une plage de 1.5kHz à 20kHz. Pour cumul des deux traitements tout aussi impossible. Production : États-Unis Site : www.tech21nyc.com (fourni) 9-12 volts DC, 150mA minimum Cela ne pèse cependant pas bien lourd dans le bilan
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DOCUMENTAIRE
ROGER
Roger Chaput en studio, à Paris CHAPUT Accompagnateuramoureusement concocté par les guitaristes Gilles Réa et Dominique Cravic, sor te d’"autobiographie parlée" désormais visiblesur la chaîne"JUSTE AVANT QUE J’OUBLIE…" YouTube de Django de Gilles aux Réa,tout pardébuts ailleurs du Quintette infatigable du transcripteurHot Club de France, anecdotes sur Django, c’est tout un pan de l’histoire de la musique populaire des années 20 et 30 qui resurgit.de musique Roger pour Chaput Texte : Max Robin - Photos : Jean-François Gaël guitare fait (cf.l’objet encadré) d’un documentaire. Au-delà des
UNE VISITE À TOULON
de Django à la bouche ! Mais Dominique, qui s’intéresse de près àdes années 50, Chaput tient à l’écart tous ceux qui n’ont que le nomTout commence en fait par une visite que Dominique Cravic rendà Roger Chaput en février 1994. Installé à Toulon depuis le début Arthur Honegger…). Grâce à son compagnonnage avec les accordéonistes(Perruche, le petit René, Michel Péguri, Emile Vacher, les frères Carrara...),l’enregistrement de la musique du "Capitaine Fracasse" d’Abel Gance, signée premiers "requins" de studio (derrière Charles Trénet, Edith Piaf, ou pour datant d’avant le Quintette, où Chaput joue avec l’accordéonisteAlbert Carrara (ami de Jean Gabin). Ce "sauf-conduit" va luil’histoire du musette, a une "botte secrète" : il a retrouvé des disques Chaput va s’intégrer au milieu et tracer sa route. Mais au tout début des musiciens qui ont côtoyé Django, en "ressuscitant" cette époquecollaboration avec Gilles Réa, le projet prend forme. Donner vie à permettre d’engager la conversation… Pendant de longues années, grâce à un travail iconographique colossal. Un an de compilation,cette interview inédite, un des rares témoignages directs d’un desCravic conservera soigneusement cette cassette audio. Grâce à la incontestablement date dans la connaissance de cette période char-nière qui mène du musette aux débuts du jazz en France (en gros,images animées de Chaput), pour un résultat remarquable, qui ferade recherches et de montage, avec de belles trouvailles (dont quelques ce n’est évidemment pas un hasard si Chaput se retrouve dans ceCHAPUT MUSICIENLa première chose que l’on comprend en visionnant ce film, c’est quedu milieu des années 20 à la création du Quintette à cordes). "bain-là".le Père Jean, un musicien qui se produit dans les bistrots et l’initieégalement au solfège. Sérieux, persévérant, intéressé par la musique, Tout jeune, Roger apprend la mandoline et la guitare avec bon lecteur, doté d’une oreille qui lui permettra de s’adapter à paset les musiques de film), Chaput apprend le "métier" et consolidemal de contextes (des bals musette au jazz, en passant par la variété son bagage, ce qui fera de lui, au cours des années 30 et 40, un des
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De g. à dr. : Stéphane Grappelli, Roger Chaput, Louis Vola, Django, Bert Marshall & Joseph Reinhardt, Paris, Claridge, 1934 ©DR années 30, il a un peu fait le tour du "bal musette" et cherche sa voie. L’arrivée la création du Quintette, alors qu’il accompagne Guérino à Cannes, Chaput du jazz va relancer son intérêt, et il n’aura de cesse de s’intégrer à ces "nouvelles témoigne : "Quand ils entendaient Django, les gens ne dansaient pas. Ils s’arrêtaient équipes", où Django, Grappelli et Louis Vola pointent déjà le bout de leur et l’écoutaient jouer, tellement c’était fulgurant. Quand Django jouait, c’était ça ! " nez. L’histoire se nouera entre le Palm Beach de Cannes et la Boîte à Matelots Au tournant des années 50, Chaput cesse son activité de musicien "pro- de la rue Fontaine, en 1932-33, avant de se concrétiser lors de thés dansants fessionnel" (ce qui ne l’empêchera pas de continuer à jouer, ni de composer au Claridge, sur les Champs Elysées, en 1934. - de très jolies pièces pour guitare seule, comme cette Gavotte interprétée par Gilles Réa à la fin du film). Il s’installe à Toulon et se consacre à son autre LORSQUE DJANGO JOUAIT… passion : le dessin et la peinture. A ce sujet, on attendait évidemment Chaput au tournant ! Mais la surprise ne viendra pas forcément là où on le pressentait. En réalité, on apprend que Chaput connaissait déjà Django avant son accident, lorsque celui-ci venait A VOIR faire le bœuf dans les bals musette (notamment au "Ça gaze", rue de Belleville, ROGER CHAPUT, où Chaput le rencontre grâce à l’accordéoniste Michel Péguri). Agé d’un an "Juste avant que j’oublie…" de moins que Roger (né en 1909), Django est déjà un improvisateur redou- table. Chaput répond à son invitation et va le trouver porte de Montreuil, LES CHAÎNES YOUTUBE DE GILLES RÉA où il fait la bamboche avec les Gitans. Notre homme côtoiera d’ailleurs . Chaîne interviews "Gill & Jazz Interviews" : d’autres guitaristes issus de cette communauté, comme Gusti Malha, no- https://www.youtube.com/c/GillJazzInterviews . Chaîne transcriptions "Gill & Jazz Transcriptions" : tamment lorsqu’il accompagnera l’accordéoniste Guérino. On sait que, com- https://www.youtube.com/c/GillJazzTranscriptions mercialement, les débuts du Quintette furent difficiles. Chaput nous le . Site internet : rappelle (il en sera parfois de sa poche - heureusement qu’il gagne bien sa vie https://www.gillesrea.com comme musicien de séance !). Mais il gardera toujours pour Django une ad- . Page Soundslice (transcriptions avec partitions interactives et synchronisées) : miration à la hauteur du personnage - hors normes. A l’été 32, avant même https://www.soundslice.com/users/gilogic/
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EVÉNEMENT
André Brodzki & Franç ois Maincent
© DR
35 ANS DE BLUES !
Fondé en 1986 par Philippe Langlois, épaulé d’Alain Rivet, le plus célèbre label français de blues fête cette année ses 35 ans. Une drôle d’aventure qui mit du temps à trouver le bon tempo, loin des sirènes commerciales et des grenouillages de l’époque, mais qui, au final, a écrit les plus beaux chapitres de la note bleue, avec environ 450 références au catalogue ! Autoproclamé "loser magnifique" pour sa propension à avoir des idées quand il n’avait pas de pétrole, Philippe Langlois (bluesman lui-même) a récemment revendu son label à André Brodzki et François Maincent pour continuer à faire tourner les shuffles. Retour vers le futur avec les témoignages d’un des nouveaux dirigeants, André, et l’ancien boss du frenchy blues. Propos recueillis par Ben Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’aventure deuxième raison résulte d’un alignement de pla- Quelle sera la nouvelle ligne artistique du label ? Dixiefrog ? nètes, car avec mon associé François Maincent, Les exemples sont légion de ces rachats d’entre- Il y a de nombreuses raisons à ce saut dans l’aven- nous venions d’arrêter l’aventure de La Chapelle prises à forte identité comme c’est le cas de Dixie- ture Dixiefrog. Philippe Langlois, le créateur du des Lombards, le club de la rue de Lappe que nous frog, où les nouveaux acquéreurs cassent rapide- label, est un ami de trente ans. A une époque j’étais possédions. On y avait développé une offre de ment tout ce qui a fait la marque afin de reconstruire directement et indirectement assez impliqué dans concerts "roots", ce qui nous avait permis de ren- une nouvelle image. Et ils se plantent systémati- la vie du label ; j’écrivais les biographies des artistes, contrer de nombreux artistes et acteurs de la mu- quement ! C’est évidemment un piège que nous j’ai participé à la création du site internet, j’orga- sique. On cherchait comment tirer profit de cette voulions éviter avec François. D’abord car nous nisais des endorsements pour les guitaristes du la- expérience et l’opportunité de rachat Dixiefrog avions un profond respect pour ce que Philippe a bel en ma qualité de patron du bureau Artistes de est arrivée à point. La dernière raison est sans construit durant plus de trente ans. Et ensuite Gibson (par exemple un modèle Signature Epi- doute celle d’une forme d’inconscience qui nous parce que nous aurions sans doute fait comme lui phone Flying V pour Popa Chubby) et j’ai aussi habite François et moi, car racheter aujourd’hui si nous avions été à sa place. Donc, la nouvelle présenté quelques personnes à Philippe, dont cer- un label, qui plus est de blues/roots music ne peut ligne directrice du label est de s’engouffrer sur le taines sont toujours de l’aventure aujourd’hui. Bref, se définir autrement. Si ce n’est que nous avons chemin tracé par Philippe tout en lui apportant le genre de choses que l’on fait bien volontiers pour choisi d’habiller cela d’un manteau de pragma- une touche plus personnelle. D’abord à travers un ami. Quand il m’a annoncé vouloir arrêter le tisme en cherchant d’emblée à développer des certains partenariats de business comme expliqué label, j’ai tout de suite pensé qu’on ne pouvait pas partenariats pour proposer une offre à 360 degrés précédemment, mais aussi en apportant notre laisser une telle aventure se finir ainsi. Donc la pre- à nos artistes (édition, tournées) tout en axant le sensibilité artistique plus personnelle à l’édifice. mière raison est celle de la poursuite d’une aventure gros de notre stratégie de communication sur le Bien plus qu’un label de blues, Dixiefrog ambi- centrale pour ce type de musique que j’adore. La digital. tionne de devenir un label de "Roots Music", ce
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qui élargira le spectre sonore du label. Mais comme le blues est la mère de toutes les mu- siques, que le propos soit un peu plus soul ou jazz, la musique du diable ne sera jamais bien loin. Comment expliquez-vous que le blues, genre musical majeur, n’a que peu de visibilité au sein des majors ? Très franchement je ne me l’explique pas et, © DR à la fois, j’aime autant, car sinon nos possibilités
LE FLASHBACK DE
de signer un Grant Haua, une Kaz Hawkins, un Popa Chubby, une Natalia M King, la PHILIPPE LANGLOIS plupart des artistes du label en fait, seraient Au fil de ces 35 ans, quel(le) est l’artiste qui t’a bien moindres. Peut-être cela tient-il aussi le plus bluffé ? au "casting" des majors, où aujourd’hui on Pura Fé Je vais en citer trois : Popa Chubby pour son éner- embauche les gens principalement sur la foi gie totalement incroyable, Eric Bibb pour son élé- © Jack Storm gance à tous points de vue et enfin Gashouse de leurs diplômes d’écoles de commerce plutôt Dave, étrange poète-guitariste de Los Angeles, que de leur sensibilité artistique. Du coup, qui n’a jamais vraiment bien fonctionné (et qui leur boulot consiste surtout à dupliquer des nous a quittés), mais qui me touche toujours autant chaque fois que je l’écoute. Mais, ceux-ci mis à formules "gagnantes" plutôt que de dénicher part, beaucoup d’autres m’ont beaucoup impres- des talents singuliers. Même si, bien heureu- © Lugdivine Unfer sionné par leur talent au cours de ces années. sement, il existe toujours de petites structures C’est frustrant de ne pouvoir les lister tous… où l’artistique prime sur tout le reste. Dixiefrog Le disque dont tu es le plus fier ? en fait bien évidemment partie. Sans doute la compilation Indian Rez Blues (triple album) concocté avec mon regretté ami Guy Une anecdote qui résume l’univers du blues l’Américain (Guy Fay) et l’aide précieuse de Pura à vos yeux ? Fé, qui pointe l’implication des First Nations sur le blues. Je n’ai jamais autant travaillé sur un projet Le blues est une musique vraie, tout comme et je crois que c’est un document quasi unique. les artistes de blues, même les plus grands. Lorsqu’Eric Clapton venait jouer en France, Le projet sur lequel personne ne misait mais qui a ouvert une voie ? il avait toujours le même chauffeur à son service. Archie Lee Hooker Désolé, je ne vois rien de particulier et je n’ai pas Celui-ci, guitariste amateur, se retrouve un jour l’impression d’avoir ouvert une voie quelconque. à ses côtés alors qu’il fait la balance d’un concert Je n’ai pas l’impression d’avoir été spécialement au Zénith. Une fois celle-ci terminée, Clapton malin ou visionnaire, mais d’avoir fait survivre le label grâce à une sorte de ténacité et un amour repart dans sa loge et notre homme se met à du travail bien fait ; j’ai toujours eu l’impression discuter avec le guitar-tech de Slowhand, lui d’être un artisan dans son échoppe. Autrement, avouant sa passion de la six-cordes, qui, en re- je pense avoir juste marché dans les traces de ceux qui ont créé cette musique, mais cela a sans tour, lui propose de jouer un peu sur "Blackie"! doute aidé certains artistes. Un peu hésitant au début, il finit par se prendre au jeu au point de ne pas remarquer que tout Un regret ? le staff a quitté la scène. Sauf qu’à un moment, Celui ne n’avoir pas été ébéniste ou bien de ne pas avoir pu créer ce label trente ans plus tôt, là il sent une présence derrière lui qui n’est autre j’aurais été l’homme de la situation. Je suis arrivé que Clapton en personne! L’autre, livide, ba- largement trop tard. La nouvelle équipe arrive au fouille, se confond en excuses, ne sait plus où bon moment, car je pense que la boucle est se mettre pour finalement entendre Clapton presque bouclée, les cartes ont été rebattues, le pire est derrière nous et sans doute beaucoup lui donner en retour des conseils sur sa façon d’opportunités, dont certaines que l’on imagine de jouer ! Je ne sais pas si c’est une forme de peut-être même pas, vont se présenter. fraternité "bluesienne", mais cela y ressemble Fred Chapellier diablement. © Carlos Olmo © Cristina Arrigoni © Preston Photography Studios Popa Chubby Natalia M King Dave Gashouse © Philipducap AC #75 • 91
CHRONIQUES
ABAJI
BLUE SHAMAN
(Absilone) Ne comptez pas sur Abaji pour confiner pépère et rester enfermé dans des rayons d’un ou dix kilomètres autour de chez lui. Dans quelque frontière que ce soit. Le compositeur globe-trotteur, multi- instrumentiste adepte des carrefours musicaux, trace une nouvelle route dans son 8e album, Blue Shaman. Cinq ans après la sortie du disque Route & Roots, où il partait sur les traces de ses origines orien- tales, le voici cheminant, cordes et cuivres en bandoulières, sur les hauteurs celtes pour ériger ces ponts PIERS FACCINI qu’il affectionne tant. Abaji l’architecte a invité l’accordéoniste écossais Donald Shaw et le flûtiste/joueur SHAPES OF THE FALL de cornemuse Michael McGoldrick pour "une rencontre chamanique entre mon âme méditerranéenne et (No Format) leur tradition celte". Polyglottes, polyphoniques, les voix se marient et racontent, tantôt avec la gravité des Une fois de plus, le songwriter anglais installé dans les hommes d’horizon ("Nâtir", "Celtic Blues", "Balkanik Tango"), tantôt avec liesse ("Blue Shaman"), toujours Cévennes livre un album d’une audace folle. A travers avec élan, les exils qui deviennent terres familières. Du "Balkanik Tango" à la "Northbound Caravan", ses contemplations, ses observations tant naturalistes Abaji chemine sur des routes soyeuses entre la chaleur des cordes, le souffle brûlant des vents, des voix, qu’humanistes, Piers Faccini épingle notre incapacité les fêtes de percussions et la gravité de l’accordéon. Musique holistique ! B à réagir face au potentiel effondrement environnemen- tal. Pas de charges frontales, le collapsologue musical interroge ses contemporains, illustre, met en lumière DAN GHARIBIAN TRIO et en musique ces chutes aux formes si diverses. Voilà DA SVIDANIYA MADAME pourquoi le compositeur résolument no format na- (Lamastrock/L’Autre Distribution) vigue entre les répertoires et les rythmes du monde, Pour constituer son nouveau trio, l’ex-chanteur de Bratsch s’est mariant les cordes de la guitare folk, du oud et du entouré de deux jeunes loups regorgeant de talent (Benoît Convert - guembri, les coups d’archet et les caresses du kayamb guitare et Antoine Girard - accordéon) et il a bien fait! Constam- réunionnais, les souffles blues et les transes gnawa, ment à l’écoute, Benoît et Antoine tissent en effet tout au long de cheminant entre les landes anglaise et cévenole, les l’album une très soyeuse dentelle sonore, en remarquable intel- oasis du désert saharien et les plaines poussiéreuses ligence avec l’univers du "patriarche", qui s’en trouve du coup du Mississippi. Faccini fascine par la nudité et la force complètement renouvelé. Qu’il chante Aznavour ("Parce que"), Nougaro ("Rimes"), la nostalgie tsigane ou de son propos ; il arpège les vibrations et les plaintes l’Arménie ("Gulo"), Dan saisit toujours ici la juste intonation, servi musicalement par un sens de l’à-propos d’une terre en souffrance, et rappelle que l’on peut à la fois classieux et profondément légitime. Cure de jouvence? En tout cas, Dan s’épanouit au sein de ce défricher sans exploiter. Ben trio comme rarement on l’a entendu. On aurait donc tort de s’en priver! Max Robin
ALLY VENABLE ARCHIE LEE
HEART OF FIRE HOOKER &
(Ruf Records) THE COAST Pour son 4e album, la jeune "pistol-girl" favorite d’Austin, Texas, monte TO COAST le volume et fait oublier les infortunes de la pandémie et de ses variants BLUES BAND en tirant les cordes de sa Gibson sur ses superbes compositions texas LIVING IN A blues. En quatre ans, Ally s’est imposée comme LA guitariste incon- MEMORY tournable. Produite par Jim Gaines, elle a invité Lance Lopez sur "Hard (Dixiefrog/Pias) Change", Kenny Wayne Shepherd dans "Bring on the Pain" et Devon Archie est le neveu de John Allman sur l’étourdissant "Road to Nowhere". Cody Dickinson des North Mississippi All Stars est à la Lee Hooker. Né en 1949, il vit à Lambert, Mississippi, puis batterie. Pas question de jouer des riffs rebattus, tout est nouveau, comme les riffs des quatre minutes s’installe à Memphis où il chante dans un groupe de gospel, de "Hateful Blues". Côté classique, il y a une nouvelle version de "Use Me" de Bill Withers et huit minutes The Marvellous Five. De 1989 à 2001, il vit chez son oncle John de "Tribute to SRV", dans lequel Ally aborde ce que pourrait jouer Stevie Ray aujourd’hui… Album du Lee et se consacre au blues. Les leçons du Boogie Man sont mois ! R.D. profondes puisque lorsque j’ai interviewé Archie Lee lors de l’un de ses premiers passages au New Morning, il était intéressé JOÃO SELVA par le "comic hokum", un aspect du blues presque disparu, NAVEGAR consistant en sketches où le chanteur interprète des dialogues (Underdog Records/Big Wax) entre deux personnages ou plus. Des exemples classiques étant Branchée sur la musique brésilienne aux arrangements disco-funk, "Open the Door, Richard" de Jack McVea en 1946 ou "Here la croisière s’amuse, et pas qu’un peu ! Avec João Selva à la barre, Comes the Judge" de Pigmeat Markham. Archie Lee est tou- le navire multiplie les escales dans les contrées de l’Atlantique Noir, jours dans ce domaine. Son nouvel album est un recueil d’his- entre le Brésil, les Caraïbes et l’Afrique de l’Ouest (Cap Vert, Angola), toires, tristes ou drôles, mais toujours astucieuses, et c’est un sous les latitudes créoles et tropicalises. Dans ce 2e album, l’artiste retour aux sources dont le blues a bien besoin actuellement. nomade affole les boussoles, une habitude chez ce fils de pasteur né Archie Lee vit en France depuis 2011 ; son album précédent, à Ipanema et ayant grandi dans une communauté d’anciens prisonniers et d’artistes convertis. Sous les Chilling, s’inscrivait dans ce style, en compagnie de son Coast sauts de cordes du guitariste (il a appris la guitare avec l’égérie de la bossa nova Wanda Sá), le forró to Coast Blues Band (coup de chapeau à John Lee Hooker) brésilien se la joue funky ! Avec son compère le bien nommé Patchworks (producteur et multi-instru- avec des musiciens venus de France, du Luxembourg et du mentiste), ils dynamitent les répertoires traditionnels (bossa vraiment nova, kompa haïtien, semba an- Brésil. Sur cet album, il continue d’offrir un style de blues ori- golais, funana cap-verdien) pour mettre le feu sur les dancefloors. Le capitaine Stubing risque de faire ginal, personnalisé et traditionnel à la fois. A voir dès que les dans son short. Y. scènes rouvriront. Romain Decoret
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MATHIS HAUG LARRY CORYELL
KISS MY GRITS & PHILIP CATHERINE
(Wild Time) JAZZ AT BERLIN Cinq titres, des milliers de bornes pour un PHILHARMONIC XI road-trip sur la côte est américaine, de New THE LAST CALL York à Nashville, en passant par les Blue Ridge (ACT) Mountains, parmi les laissés-pour-compte C’est grâce à Siegfried Loch (ex-producteur du rêve américain, comme une bande-son des à la Warner et créateur du label ACT) que Raisins de la colère de Steinbeck. Mathis Haug Larry Coryell et Philip Catherine ont en- et Jean-Jacques Milieu devaient justement composer la musique d’une pièce de registré en 1977 leur premier album, Twin House, après s’être rencontrés sur théâtre, mais le projet fut avorté. Les complaintes sur la famille Joad et autres scène à Berlin en 1976. Quarante ans plus tard, le 24 janvier 2017, Siggi Loch a forçats des campagnes ressortent dans cette mini fresque du pays XXL, entamée voulu célébrer cet anniversaire en invitant les deux partenaires sur la scène de juste avant le confinement de mars dernier. De retour en France, le musicien la Phil-harmonie de Berlin et en captant ce concert, qui allait malheureusement débute alors un voyage intérieur, une aventure solitaire ; il aménage un studio être la dernière apparition en salle du grand Larry, décédé quatre semaines d’enregistrement dans sa salle de bains, s’enferme dedans et couche sur partitions plus tard à l’âge de 73 ans. L’album, qui lui est dédié, s’ouvre sur deux titres em- ses souvenirs de la route. Dans ce maxi cinq titres, le guitariste allemand installé blématiques du duo, "Ms. Julie" (signé Larry) et "Homecomings" (signé Philip), dans le Gard durcit le ton et le son de sa Guild via des riffs rock’n’roll et raw avant de se poursuivre à travers standards ("Manha de Carnaval") ou compositions, blues ("Heartbreaker 2020"), baveux à souhait à l’image du titre "Jalopy Roll", et avec le concours de Jan Lundgren (piano), Lars Danielsson (contrebasse) et des lézardes country vraiment pas acidulées. Par sa production délicieusement Paolo Fresu (trompette) sur les trois derniers titres. Larry est à l’(électro)acous- brute, lo-fi et fait maison, Mathis Haug livre une toile réaliste des États désunis tique, Philip s’exprimant sur sa jazz électrique. L’alliage des sonorités et des d’Amérique et brûle la carte postale. Youri tempéraments (fraîcheur toujours aventureuse du premier, lyrisme électrisant du second) emporte l’adhésion, l’expérience de l’âge ne venant jamais recouvrir cette espèce de "dépassement par le jeu" propre à nos deux héros. C’est ici ce qui captive, et ce qui émeut. Indispensable. M.R.
JUPITER & OKWESS
NA KOZONGA
(Zamora Prod.) DELGRES Décidément, le "général rebelle" n’en fait qu’à 4:00 AM sa tête. Il a beau chanter qu’il rentre chez lui, (PIAS) au Congo ("Il est temps pour moi de rencontrer 2e album du power trio parisien, manieur mes ancêtres"), cela ne l’empêche pas de faire de mèches "hard blues créole", avec un disque quelques crochets. En route, le papa groove résolument rock et engagé, à l’image de la de Kinshasa et ses artilleurs de bofenia rock charge "Assez Assez", "une protest song dédiée abordent les rivages cariocas sur le titre "Bolingo", en duo avec le chanteur aux êtres humains victimes des empires colo- brésilien Rogê. Autres escales dans le hip hop du rappeur brésilien Marcelo D2, niaux d’hier et des jeux géopolitiques d’aujour- le jazz de La Nouvelle -Orléans avec les cuivres du Preservation Hall Jazz Band, d’hui", résume le groupe. Au fil des onze baffes blues-rock, des riffs de guitares sans oublier les dialogues avec la chanteuse Ana Tijoux et la soul sister Maiya incendiaires de Pascal Danaë ("4 ed matin", "L’école"), des souffles brûlants de Sykes, et les riffs bourre-piff de Yarole Poupaud. Toujours aussi surprenant, sousaphone (sorte de tuba-contrebasse) de Rafgee et des peaux fessées du bat- bluffant d’idées et d’énergie, cet album rassurera les disciples de Jupiter : teur Baptiste Brondy, le trio mène la révolte, évoquant l’exil, le déracinement, produite à Los Angeles par Mario Caldato Jr (mythique producteur des Beastie l’esclavage moderne, alternant les coups de latte et les caresses, les transes et Boys), cette nouvelle fresque afro-futuriste navigue entre fessées funk ("Na les syncopes, le créole en trait d’union comme sur le gospel "Libere Mwen Chorale". Kozonga", une reprise joyeusement déjantée du "Nighttrain" d’Hallo Bimmelbahn, Une manifeste qui colle la pêche dès le saut du lit. B. popularisé plus tard par Boney M), fièvres afrobeat, rythmes traditionnels mais dépoussiérés congolais et riffs rock. Les retrouvailles avec sa famille africaine s’annoncent explosives. B. RUSTY ENDS
& THE HILLBILLY
HOODOO
OLD CALTONE LAST OF THE BOOGIEMEN
MASSACRE (Blues Foundation) (Roy Music) Basés à Memphis, dans les studios Ecko Une fois n’est pas coutume, nous allons mettre Recordings, Rusty Ends et ses musiciens ont la guitare de côté. Ou plutôt la chercher là où composé ces douze titres de rockabilly, blues, on la croyait absente, même si elle lézarde à funk et même swing. Des arrangements l’occasion. Dans cette mixtape conçue comme "stripped down", juste guitare, basse et batterie. Grands moments avec un la bande-son d’un film d’horreur, Dracula en "Rockabilly Boogie n° 1003" différent de celui de Johnny Burnette ou l’impeccable l’occurrence, voire d’un film SF, composant "Bob Wills played the Blues". Rusty Ends est un vétéran guitariste qui a joué un opéra électro-pop futuriste, entre charges punk, transes trip hop et sirènes avec le Little River Band, mais aussi les Shirelles, Drifters, Marvelettes et soul, la six-cordes a certainement été une alliée des premières heures, des pre- Bobby Lewis, d’où la présence de titres funky comme "I Forgot to Say I Love mières mélodies composées à la nuit tombée. Derrière ce Vieux Caltone (nom You" ou "Midnight Angels" avec le sax de l’invité Gary Falls. Le bassiste Uncle d’un cimetière d’Edimbourg) se cachent Talisco (on retrouve la patte de l’orfèvre Dave Zimheld et le batteur Gene Wickliffe ont aussi participé à l’écriture de des studios et son goût des mélodies ciselées) et son compère peintre-musicien "Let Me Cross Your Mind" et "Unholy Roller". Dans "We Love Our Way Through Sébastien Thébault. Tout aux long de ces Contes de la Crypte du XXIe siècle, les the Blues", Rusty Ends évoque la perte d’un proche : "Les chiffres froids des morts voix d’Outre-tombe dialoguent avec les orgues hypnotiques, créent des échos de pandémie ne sont que le dessus de l’iceberg. La chaîne CNN ne peut pas parler psychédéliques, le chaos, les fantômes collent des sueurs froides et des chaleurs de la souffrance de perdre quelqu’un qui t’est cher, le blues le peut. Et ce ne sont sur le dancefloor. Un jeu de Massacre captivant. B. pas que des gens âgés qui meurent, je le sais". Fabuleux ! R.D.
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CHRONIQUES
Tempo(SixDegrees/Ingrooves)DOM LA NENA Good for youSLIM PAUL Dans son 3silienne questionne la notion de temps et joue avece album, la violoncelliste-chanteuse bré- (Regards/Old Pot Records/L’Autre Distribution)Quinze ans après ses débuts avec la formation tou- aussi courtes qu’intenses, dépassant rarementl’horloge, en proposant des pastilles intimistes, shuffles et du scratch, Slim Paul contine de bour-papa à base de blues hip hop et du mariage des lousaine Scarecrow, dynamitant la note bleue de les trois minutes. Less is more. Cordes pincées, l’élégante compose des chansons à fredonner au creux de l’épaule, entre rêverie, es-frottées, étouffées ou caressées à l’archet, La Nena linguer en terres blues, au cœur de la musique du solo, le guitariste à la slide et chanteur à la voix de ro-caille fend quelque peu l’armurediable. On a connu pires démons. Désormais en la bossa, la grande La Nena joue sur les cordes sensibles (celles du violoncelle, dupièglerie et saudade. Naviguant de la musique de chambre à la pop, en passant par : même s’il lève à l’occasion le poing rock rageur, son blues se veut plus intime, moins nement chez soi, avec soi, en soi… Et désormais avec Dom Le Nena.piano et de sa délicate voix) pour apporter un peu de chaleur en ces temps de confi- Il y a là une forme de rédemption. Clairement, cet album est bon pour vous! sombre que son précédent opus (Dead Already), entre cœur au gospel et chaleurs folk.
B. Y.
AMERICANA Corner Tasjan !Tasjan ! Tasjan !AARON LEE TASJAN (New West Records)Surdoué, à l’âge de seize ans, Aaron Lee & THE DUKESj.TSTEVE EARLE rière Peter Yarrow du célèbre trio folk-Tasjan est déjà sur scène à la guitare der- (New West Records) . Fan de Hank Williams, disciple de Waylon York Dolls, BP Fallon & The Bandits et le groupe sudiste Drivin’N’Crying , leavoir accompagné successivement les Newrock américain Peter, Paul & Mary. Après Jennings, hanté par la griffe d’un Guy Clark songwriter de Nashville publie ce nouvel album solo sur le label New West. partie des icônes incontournables de la ou d’un Town Van Zandt, Steve Earle fait Petty avec l’irrésistible "Up All Night", Aaron n’hésite pas sur ses composi-power pop et classic rock. Si son grain de voix rappelle le meilleur de Tom Au programme : une belle collection de mélodies chatoyantes, calées entre décédé tragiquement le 20 août 2020, à l’âge de 38 ans. Voilà des années queSteve rend un vibrant hommage à son fils, le songwriter Justin Townes Earle,scène alt-country US. Sur ce nouvel album, tions ("Another Lonely Day", "Cartoon Music" et "Dada Bois") à marcher sur le fiston de Steve se débattait avec de lourds problèmes d’addiction à ladrogue, enchaînant les cures de désintoxication sans succès. Bien entouré Gavées de bonnes chansons et de guirlandes de cordes ensoleillées, les onzeles pas de Roy Orbison, le tout servi par des chœurs soyeux à la Brian Wilson.compositions d’Aaron Lee Tasjan méritent toute votre attention. Coup de la table sur le morceau "Ain’t Glad I’m Leaving", aux sonorités bluegrass. Surpar les choeurs de The Dukes, le natif de Fort Monroe, en Virginie, renverse cœur, garanti ! Philippe Langlest attachant, le guitariste Steve Earle nous rappelle avec une tranchante fluidité,le très poignant "Last Words", l’auteur de "Copperhead Road" laisse ruisselerson chagrin, sombre et orageux comme du Townes Van Zandt. Tortueux et shore(Anti-PIAS)FLEET FOXES "Lone Pine Hill", "Harlem River Blues" ou "I Don’t Care". Au final, un beauune fois de plus, toute l’étendue de son talent, sur des morceaux comme nold (chant/guitare), Skyker Skjelest (gui-Elaboré à Seattle en 2008 par Robin Peck- témoignage d’un père à son fils. P. L. Christian Wargo (guitare/chant), Nealtare/chant), Casey Wescott (mandoline), Good Woman
THE STAVES
Morgan (batterie) et Morgan Henderson (Warner) de sortirde cordes, les quinze nouvelles compositions du groupe développent dès le Shore, son quatrième chapelet. Spirituelles, organiques et habitées(guitare/chant), le groupe Fleet Foxes vient Dead & Born & Grown Après un premier opus publié en 2012, torale folk, produit par Glyn Johns (Eric, en forme de pas- premier tour de piste un pouvoir de séduction quasi immédiat. On se plonge tagne), The Staves - soit Emily, Jessica etClapton) et son fils Ethan (Ray LaMon- "Featherweight" ou encore "A Long Way Past the Past". Renversant dans sesavec bonheur dans les accords boisés, jubilatoires et carillonnants de "Jara",constructions mélodiques, Fleet Foxes évoque à maintes reprises ("Young Man’s tant que choristes sur l’album posthume de Leonard Cohen et le dernier opusCamilla Taylor - ont posé leur voix en on pense aux harmonies vocales ensoleillés de Crosby, Stills & Nash. Pure etGame") le lyrisme de Band of Horses. Sur "Cradling Mother, Cradling Woman", répertoire, le trio développe sa griffe folk-rock sur fond de voix cristallines,multipliant les tournées entre les États-Unis et l’Angleterre. Dans son nouveau de Paul Weller, On Sunset. Entre-temps, The Staves s’est rodé sur scène, la ritournelle de "Tymia" semble avoir été composée à la fin des années 60, duvivifiante comme de l’eau de source qui ruisselle dans les rivières des Appalaches,côté de Laurel Canyon. Divinement bien réussi, le nouveau Fleet Foxes nous toute sa poésie folk sur douze titres, dont quelques ritournelles magnétiquesperpétuant une certaine tradition indie-folk, souvent proche de la brumebleutée du groupe Bon Iver. Sur ce troisième album, la fratrie Taylor déroule disque lumineux et indispensable, tout simplement.embarque entre chœurs aériens et folk-rock céleste sur fond d’americana. Un P.L. ("The Good Woman"), évoquant à la fois la maestria vocale de Crobsy, Stills &Nash et le spleen organique des Cowboy Junkies. Une belle réussite. P. L.
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COURRIER DES LECTEURS
Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors, n’ hésitez pas à nous con tacter à l’adresse suivante : acoustic@editions-dv.com
DANS LES CORDES
Bonjour à tous, Un grand merci pour la qualité de LA LUTHERIE, PAS À PAS votre magazine Guitarist Acoustic, Bonjour, ainsi que les autres que j’achète ré- Abonné à votre revue depuis quelques années, je veux vous féliciter pour gulièrement depuis longue date. Je cette nouvelle rubrique lutherie très intéressante d’Eric Darmagnac. En effet, vous écris pour exprimer ma surprise le traitement par l’image est très utile pour comprendre les différentes étapes concernant "les cordes de guitare" de la fabrication d’une guitare. Outre les conseils et les astuces du luthier, dans tous les bancs d'essai et tests et/ cela est très pédagogique et permet d’avancer pas à pas. Apprenti luthier à ou présentations de nouvelles gui- © DR mes heures perdues, j’espère réussir à créer ma première guitare grâce à ce tares, car il n’est jamais fait mention tuto sur papier et vous enverrai mon "œuvre" quand elle sera terminée. des cordes (de leur marque, de leur qualité, de leur tenue, etc.). Cordialement, Jean-Christophe, Lille Cela me surprend depuis longtemps, car ayant fait l’achat de plusieurs gui- tares au fil des décennies (quatorze au total), j’ai remarqué que, très souvent, Cher Jean-Christophe les cordes sur la guitare en vente sont oxydées et/ou un peu usées selon le laps Nous sommes ravis que vous aimiez cette rubrique que nous voulions très visuelle, en de temps entre le départ de chez le fabricant et la vente de l’instrument. Donc, effet. Eric Darmagnac passe beaucoup de temps sur ce traitement photo pour décrypter ma question : quand vous faites vos essais de guitares, utilisez-vous les cordes les diverses étapes de la fabrication d’une guitare, avec beaucoup de pédagogie en effet. d’origine et/ou un jeu neuf ? En cas de problème, n’hésitez pas à le contacter, directement ou par notre intermédiaire. Pour finir, pourriez-vous à l’avenir faire un article de fond sur les cordes ? Nous avons hâte de découvrir et jouer votre première réalisation ! Merci d’avoir pris le temps de lire mon courrier. Cordialement. Pierre Conte Cher Pierre Votre remarque est très pertinente. En effet, la qualité des cordes influe fortement sur le son d’une guitare, nous ne cessons de le répéter dans ces colonnes. Au sujet des bancs d’essai, nous utilisons soit les cordes d’origine, soit un jeu neuf selon leur qualité et le tirant que privilégient nos testeurs. Lorsque les modèles sont utilisés en concert ou sur de longues durées, là encore le jeu est changé. Mais vous avez raison, il serait bon de le préciser dans nos tests. Concernant un article de fond sur les cordes, nous avons déjà publié quelques petits comparatifs (entre deux ou trois jeux le plus souvent), mais aussi un article détaillé du luthier Richard Baudry. Cependant, un dossier plus général serait, là encore, pertinent. Nous nous penchons sur ce sujet !
DJANGO, MÉMOIRES
JEUNE ET CÉLÈBRE Bonjour à tous Bonjour, Lecteur assidu de Guitarist Acoustic et conventionniste du Festival Guitares Fidèle lecteur de Guitarist Acoustic de- d’Issoudun, je suis un ami de la rédaction et de la famille de la guitare. Voilà puis maintenant de nombreuses années, pourquoi j’ai été très touché par vos hommages à François Hubrecht et Marc c’est avec un grand plaisir que je vous Fosset. Je connaissais François depuis notre rencontre dans les allées d’Is- envoie une photo de l’un de mes ta- soudun et lors des afters, notamment lorsqu’il jouait avec les Neck Bros. Je bleaux consacrés à l’un des plus grands suis aussi un admirateur de la musique de Marc Fosset, ce "passeur" comme guitaristes mondiaux : Django Rein- vous l’écrivez fort justement, si inspiré lorsqu’il jouait avec Stéphane Grap- hardt. Il s'intitule "Django, jeune et célè- pelli. Ils vont beaucoup nous manquer, mais leur musique continuera à nous bre" et il est représenté sans sa guitare. accompagner ! © DR Cordialement, Patrick Guinot Paul, Bourges Cher Paul Cher Patrick Merci à vous pour ce message qui nous va droit au cœur, les cicatrices mettront du Un grand merci pour cet envoi, votre tableau est superbe ! temps à se refermer…
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club lecteursVoici quelques pépites estivales à écouter pour aborder le printemps avec harmonie. Désormais pour participer, il vous suffit de vous rendre sur sur la pagewww.guitaristmag.fr/jeuxconcoursAttention, le mode de fonctionnement a changé ! Indiquez bien sûr le titre de l’album que vous souhaitez recevoir. Au nom de la loidu club « Guitarist Acoustic », les premiers arrivés seront les premiers servis., et de remplir le formulaire. Kacy & clayton + New West Recordsx 10Marlon WilliaMs exemplaires de l’album du duo folk cana- vous fait gagner 10 DixiefrogGrant Haua dien associé au songwriter néo-zélandais, zélandais qui manie les riffs soul, blues etd’Awa, le nouvel album du bluesman néo- vous fait gagner 10 exemplaires x 10 Plastic Bouquetcountry-folk et bluegrass, un bouquet de ballades funk et les chisteras de guitare slide. à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés Anti-Fleet Foxes vous offre 10 exemplaires du nouvel x 10 pépites, organiques et habitées de cordes,album de Fleet Foxes, Shore, les nouvelles & yeore KiMViavoxantoine Boyer vous fait gagner 10 exemplaires du x 10 des chantres de l’infie-folk. nouvel album d’avec l’harmonicisteAntoine Boyer une symphonie jazz en formule septet. Yeore Kim, Tangram , en duo, à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés nouvel album deNo Format Piers Faccini vous offre 10 exemplaires du x 10 the Fallanglaise, oasis du désert saharien et route, un voyage contemplatif entre lande Piers Faccini, Shapes of Blue Mood RecordsBjorn BerGe vous offre 10 exem- x 10 du Mississippi.. Nord",douceurs folk, de complaintes blues, de di-plaires du nouvel album de l’"Express du Heavy Gauge, un feu d’artifices de gressions jazz et de fièvres heavy metal. à la rédaction remporteront un lot. Les 10 premiers mails arrivés à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés