guitarist-acoustic — GA78
ISSN : 1957-8229 ÉTUDE DE STYLE LE BLUES2 M A S T E R C L A S S DANS TOUS SES ÉTATS : K E I T H B . (GA78)
ISSN : 1957-8229
ÉTUDE DE STYLE
LE BLUES2 M A S T E R C L A S S DANS TOUS SES ÉTATS : K E I T H B . B R O W N + E R I C B I B B ! PARTITIONS + TABLATURES Jazz manouche, chanson, duo, picking… en version blues ! INTERVIEWSJean-Louis Murat Katia SchiavoneLaurent Joffrin Amythyst Kiah JOHN LEE HOOKER JOSH WHITE LEADBELLY MANCE LIPSCOMB ELIZABETH COTTENLonny
BLUESOLOGIE
LA GRANDE ÉPOPÉE DU BLUES
Les légendes off de Big Bill Broonzy, Robert Johnson & Elizabeth Cotten BILL BILL BROONZY
LIGHTNIN' HOPKINS
MISSISSIPPI JOHN HURT MATOS
L’anthologie de l’accordeurEXCLUSIF ! ROBERT JOHNSON BLIND WILLIE McTELL
GRAND ANGLE
Une histoire de familleDavid & Lévis Reinhardt Godefroy Maruejouls modèles Levesa & LWASHBURN Bella Tono Novo S9 DISTON by SYGMA 000C-15 EOVATION 2771-AX-5-G EKO Vibra 200 ÉDITO La vague blues SOMMAIRE Alors que le monde se reconfine face à la sixième vague de la pandémieet qu’on ne sait plus sur quel pied danser, il semble plus utile que jamais News 4 de ressortir nos classiques et de revoir nos notions d’algèbre : I-IV-V!Oui, ces fameuses douze mesures qui ont traversé les siècles et mit beaucoup Lonny 7 dentiste ; quel blues cocasse nous aurait-il joué face à la Covid-19?de bleu dans les vies sans rose. En 1958, Salvador redoutait d’aller chez le Laurent Joffin 8 On ne compte plus les "Pandemic Blues" et autres "Coronavirus Blues"(notamment celui de l’excellent Nicolas Grosso) qui ont essaimé BluesologieRetour sur la formidable épopée du blues, 10 sur la Toile et dans les concerts, pardon les meetings. avec un+ les légendes off de voyage dans les différentes esthétiques blues et Elizabeth Cotten. Robert Johnson, Big Bill Broonzy disait le Bouddha. des musiques dites actuelles, pour ne pas oublier que la roue tourne, commeVoilà pourquoi nous avons voulu revenir aux sources du blues, au cœur bonheur", philosophait Marc Aurèle. Oui, une guitare, et ça repart, "Rappelle-toi que très peu de choses sont nécessaires à ton Amythyst KiahRencontre avec la nouvelle pépite du blues-americana. 26 répondrait n’importe quel bluesman, habitué à en voir d’autres.Car, en ces temps troubles, qui plus que ce maudit blues permetréellement d’égayer nos solitudes Jean-Louis Murat de ce diable de Robert Johnson, du laboureur Big Bill Broonzy ? La preuve avec les parcours cabossés Confidences du pistolero auvergnat,qui taquine le dobro dans son dernier album. 28 et de l’émancipée Elizabeth Cotten. La preuve encore avec les shufflespoussiéreux à souhait du blues rural, mais aussi les mélopées cathartiquesde Keith B.Brown et d’Eric Bibb, que vous découvrirez dans l’imposant Katia SchiavoneA l’occasion des vingt ans du Trio Reinhardt, 30 cahier pédagogique. rencontre avec la jazz woman napolitaine. au mieux 2022! Voici une plongée dans l’hypnotique enfer du blues pour traverser La rédaction David & Lévis ReinhardtLes deux guitaristes actualisent l’arbre généalogique 32 de la famille Reinhardt. Depuis quelques numéros, vous pouvez retrouver le CD audioESPACE PEDAGO Carnet de notesAccompagnées de vidéos en ligne, 30 pages de pédagogie 36 qui accompagne à nouveau notre magazine. Ceux qui lesouhaitent, peuvent également retrouver ces pistes audios avec un dossier consacré au blues, comprenantune étude de style du blues rural ainsi que toutes les videos sur notre espace pédago.le mot de passe AC78winter. Bonne guitare à toutes et à tous !Rendez,vous sur www.guitaristmag.fr/pedago avec + Une masterclass dede Keith B.Brown et Eric Bibb. et deux masterclass habituelles. Katia Schiavone et les rubriques Directeur de la publication : Abonnement 71 Directrice de la rédaction :Coordination éditoriale :Création et réalisation maquette : Benoît Merlin V Jean-Jacques Voisinalérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Questions de lutherie Conception cahier pédagogiquePhotographe : Romain Bouet - Photos couverture : : Guillaume LajarigeValérie Duchâteau et Max Robin Les astuces d’Eric Darmagnac. 72 RCS BobignyChef de publicité : Bancs d’essai Gérant Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1000 euros. Tél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com) : Jean-Jacques Voisin - : 83064379700038 - ISSN-1957-8229 / N°78, janvier 2022 Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01Blues © National Blues Museum, Columbia Records et Folkways Records. Tests de guitares de luthier et de série. 76 Abonnements : AboMarque - CS 60003, 31242 L Siège social : 9, rue Fransisco Ferrer, 93100 Montreuil-sous-Bois L’anthologie desQuand l’histoire donne le La. accordeurs 88 auteurs. Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication.La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leursNuméro Vert : 0 800 34 84 20 Email : editionslarosace@abomarque.frVentes et réassorts (dépositaires uniquement) : Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris.'Union Cedex, Tél. : + 33 (0)5 34 56 35 60 (de 10h à 12h et 14h à 17h), © 2022 by CD Impression : Commission paritaire 0921K 86315. (Printed in France)Distribution : La Rosace IMPRIMERIE DE COMPIEGNE - 2, avenue Berthelot BP 60524 - 60 205 Compiègne Cedex.MLP . L’essentiel des sorties de ces derniers mois. 94 Origine papier principal de la revue : Allemagne. Taux de fibre recyclé utilisé : 0%.Certification des papier : PEFC. Indicateurs environnementaux P(tot) : 0,016 kg/t. Courriers des lecteurs 96 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine, Club lecteurs60 lots à gagner ! 98 est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,
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NEWS
Les nouvelles pépites de
BREVES NEIL YOUNG
produira à l’auditorium dela Seine Musicale à BoulogneC Tommy Emmanuel se nouvel album avec Crazy Horse,Quelques jours après la sortie de son Billancourt le 26 février avec (le 10 décembre dernier), le Loner a Barn en invité Mike Dawes.C C’est peu dire que Personneson agenda durant la a dû jongler avec Paul archives, intituléecompilation issue de ses nombreuses annoncé la parution d’une nouvelle pandémie. Face aux nombreuxreports de ses concerts, une collection de démos originales Summer Songs. Soit le bluesman français sera deretour à l’Olympia le 14 ("The Last of His Kind", "American février 2022. Il s’agit-là du king Ball", etc.) enregistrées en 1987 Dream", "Hangin’ on a Limb", "Wrec- © WEA report de la date initiale du 28septembre 2021. Du blues et retrouvées au fond de ses tiroirs. "Ces chansons ont apparemment été écrites et composées au studio C Alors queest en plein tournée, unepour la Saint-Valentin ! Francis Cabrel tout des sessions!" Broken Arrow. Nous ne sommes pas sûrs de l'ingénieur qui a enregistré ça et je ne me souviens pas du nouvelle édition mise à jour "De la guitare acoustique ou du piano et de simples embellissements des esquisses d’arrangements que , a expliqué le chanteur sur son blog (https://neilyoungarchives.com). Au programme: et augmentée du livre deThomas Chaline, vie en chansons20 janvier 2022 chez Hugo, est sortie le Cabrel une Moondéjà partie des masters finaux des albums l’on a faits pour préserver les idées initiales", révèle l’éternel Young. A noter que ces démos faisaient , mais elles sont toutefois "significativement différentes de leur version finale dans beaucoup Freedom, American Dream, Psychedelic Pill et Harvest Poche. L’auteur y dévoile lessecrets de création de Francis d'aspects. Certaines sont complètement nouvelles avec des couplets jamais entendus" Cabrel et propose de canadien. , a précisé l’artiste découvrir l’histoire d’unecinquantaine de ses chansons. C Figure incontournable dela lutherie à Pigalle, Station, fief des cordes de laHervé, directeur de Guitare Johann rue de Douai, est décédé le27 décembre des suites de la Covid-19.C Merci Mère Noël ! Fin décembre, la songwriteusecanadienne © Hori dévoilé le clip de son ancientube, Joni Mitchell a © Rockpix sa sortie.C Le légendaire groupe River, cinquante après anglaisses trente ans au Grand Rex le Tindersticks fêtera Le chiffre de la rentrée
STEEVE LAFFONT
C’est le pourcentage des Retour aux sources catalanesFigure de la scène jazz manouche, Steeve 27 avril 2022. Les rockeurs deNottingham et leur label City retraçant la carrière du comboSlang sortiront un coffret Depuis trente ans, le support présenté comme 23% ventes d’albums repré-sentées par les vinyles. musique de Django pour plonger dans sesLaffont a décidé de s’éloigner un temps de la dans la foulée.C Fidèle artificier de Johnny Alba Gitana racines perpignanaises dans son nouvel album, Hallyday, le guitaristeLe Mesurier est décédé le 22 Robin plus impressionnant que la pandémie a sé-jamais aussi bien porté. Un chiffre d’autant collector il y a une dizaine d’années ne s’est toutes les esthétiques qui ont construit son (KaRu Prod). Une fresque de décembre, à l’âge de 68 ans,des suites d’un cancer. rieusement plombé l’industrie musicale en Gitans de Perpignan au groove américain. identité musicale, de la rumba catalane des 2,11 millions de vinyles ont été vendus dansrallongeant les délais de fabrication. Au total, Pour ce projet, Steeve s’est entouré de RudyRabuffetti à la guitare rythmique, Costel d’ABBA et d’Angèle, selon une enquête dele monde cette année, portés par les razzias Nitescu au violon et Dominique Di Piazza à Enfin, quelque chose qui tourne rond !l’industrie phonographique britannique (BPI). digital le 11 mars puis en physique le 28. A la basse. L’album sortira en deux temps : en noter deux concerts release-party les 8 et 9avril au Sunset. A ne pas manquer ! LA GUITAREsous toutes les peintures ! Artiste peintre originaire de Perpignan et guitariste amateur (lecteurde lique et les dessins à la craie pastel.vrai nom) croque la guitare, Guitarist Acoustic), R.e.m.i.r.e.m. (Rémi Saint-Aubin de son en se spécialisant dans la peinture acry- portraits de guitaristes, flamenco et blues essentiellement, ainsi que "J’ai focalisé mon étude sur des Pour découvrir son univers,des expressions, des postures et des gestuelles" sur les mains du musicien. J’essaye de traduire à travers mes peintures /r.e.m.i.r.e.m/?hl=fr consultez sa page : www.instagram.com , détaille-t-il. © Remirem
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SAVE THE DATE
PARIS GUITAR FESTIVAL
Du 14 au 20 mars à Montrouge (92) Bonne nouvelle! Malgré les incertitudes liées à la pandémie, la 10e édition du Paris Guitar Festival (ex-Guitares au Beffroi) aura bien lieu. Et de quelle manière! L’événement durera désormais sept jours et se répartira sur toute la ville avec, du lundi au vendredi, une première partie tournée vers la ville, Guitares en Ville (du 14 au 18/03), et une seconde concentrée sur le Beffroi, le week-end, avec son Salon de la Belle Guitare (les 18, 19 et 20/03), dans quatre salles d’expositions, avec une cinquantaine de concerts de dé- monstration et plus de cent exposants! Le soir, pluie d’étoiles sur Montrouge avec les concerts, entre autres, d’Ayo, Maxime Le Forestier et Diane Tell. Sans oublier la 6e Nuit de la Guitare Classique le 18 mars à 20h30, coorganisé par notre magazine Guitare Classique. Au programme : Laura Rouy, 5e lauréate des Révélations "Guitare Classique- Concours International Roland Dyens", et Emmanuel Rossfelder. Le Beffroi sonne la charge en 2022! Au rayon des animations, ne ratez pas Osez la Guitare, un espace en- tièrement consacré à la guitare d’étude, aux rencontres avec l’instrument et ses professionnels et aux cours d’initiation, mais aussi l’espace Guitare de légendes, avec les guitares Favino que Georges Brassens, entre autres, a porté aux nues, et les Guitar Awards, avec les remises du Prix du Public (la plus belle guitare) et le Prix du Jury (l’innovation de l’année). www.parisguitarfestival.com
FESTIVAL DES CORDES SENSIBLES
Du 11 au 13 mars 2022 à Saint-Médard-en-Jalles (33) Après deux ans d’interruption causée par la COVID, la 17e édition des Cordes Sensibles annonce une programmation inédite mixant différents styles musicaux et des musiciens talentueux. Le festival s’ouvrira avec le jeune guitariste Frano. Ce jeune Croate détient déjà un palmarès impres- sionnant. Un premier concert classique à cinq ans, la scène souvent partagée avec de nombreux guitaristes dont son héros Tommy Emmanuel dès huit ans. Pour la première fois dans le cadre du festival, les organisateurs proposent du bluegrass avec le groupe français Bluegrass 43, fort de plusieurs centaines de concerts et reconnu par le public américain. Dans un registre mêlant jazz bossa-nova et folk, le festival accueillera le guitariste sicilien Francesco Buzzurro. Trop rare en France il a partagé la scène avec les plus grands tels Toots Thielemans, Biréli Lagrène et Frank Vignola ! Les concerts se termi- neront avec le guitariste Yamandu Costa, l’un des plus grands phé- nomènes de la musique brésilienne de tous les temps. Le festival com- prend aussi des activités gratuites comme les masterclass, l’exposition de lutherie, la prestation d’élèves guitaristes et la scène ouverte. http://accordsetacordes.saintmedardasso.fr
MONTREUX INTERNATIONAL
GUITAR SHOW
Du 29 avril au 1er mai 2022 (S) Amis luthiers en herbe et fondus de belles boiseries, cet événement est taillé à la gouge pour vous! En effet, le MIGS invite à découvrir la guitare lors d’une explosion sans com- mune mesure ! Comme les Suisses font bien les choses, cette édition se déroulera dans les salles du Casino de Montreux, soit 1140 m2 réunissant 80 exposants venus du monde entier. www.migs.ch
NEWS
POUR PROLONGER LES FÊTES…
Pour égayer les longues soirées d’hiver, voici une sélection de lectures bouillantes ! Sélection de Romain Decoret
ROCK’N’ROLL, RHYTHM’N’BLUES, JOHN LEE HOOKER
ROCKABILLY, REVIVAL - BOOGIE-WOOGIE ANYHOW
Christophe Brault Olivier Renault (Le Mot et le Reste) (Le Mot et le Reste) Quelques fans de rockabilly détestent Elvis Démystifiant ce qui doit l’être dans la car- parce qu’il ne portait pas de tatouages et a rière du Boogie Man, ce livre éclaire la vie constamment changé de styles, du rockabilly nébuleuse de John Lee Hooker, ses stra- au rock’n’roll. Cet ouvrage recense tous les tagèmes, ruses et sauts de côté. L’auteur chanteurs de rockabilly et propose de revenir est libraire à Montparnasse et est, à l’évi- aux origines complexes de ce style musical, dence, un fan de longue date, avec une sé- dont l’influence a nourri toute la seconde rieuse collection. Il consigne ici les réactions moitié du XXe siècle et continue de manière d’amis et parents du bluesman, les diffé- plus discrète, mais passionnante, d’exister rentes phases de sa vie et son ambition de nos jours sous forme de revival. L’auteur constante de devenir un artiste reconnu a été disquaire et connaît bien son sujet, allant du boogie au dos-top, en s’adaptant aux lois du marché, tout en restant éminemment sin- en passant par le bluegrass et le hillbilly. Une anthologie qui évoque le gulier. Un excellent travail de recherche. premier style musical créé par des jeunes pour les jeunes.
J.J. CALE
LE ROCK PSYCHÉDÉLIQUE Bertrand Bouard EN 150 FIGURES (Le Mot et le Reste) Philippe Thieyre Inutile de se repasser "After Midnight" ou (Editions du Layeur) "Cocaïne", ce livre entre en détail dans l’uni- Ce livre explore, sur les cinq continents, vers de John Weldon Cale. De ses débuts les différentes expressions du rock psy- de rock’n’roller à Tulsa, Oklahoma, à son chédélique de 1965 à 2020, ce qui signifie apprentissage du western-swing local et que l’on y retrouvera aussi bien le Jefferson de la country music, en passant par sa pé- Airplane que le Grateful Dead ou Country riode hollywoodienne avec Leon Russell, Joe & The Fish, mais aussi les récents jusqu’à la notoriété apportée par la reprise Tame Impala, Spiritiualized ou Flaming d’"After Midnight" par Eric Clapton, pour Lips, des groupes US, sud-américains et devenir un musicien itinérant, vivant dans même tchèques. Hallucinante, la page 154 avec la photo du système une caravane Airline, le rêve de tout hillbilly qui se respecte. Les d’amplification de John Cipollina de Quicksilver Messenger Service : témoignages sont nombreux, musiciens, amis, épouses, famille. Les une tête Fender sur un combo Twin, reliés à deux enceintes Ampeg artistes influencés sont Clapton, Mark Knöpfler, Tom Petty et bien avec au-dessus des trompes de haut-parleurs en cuivre comme des d’autres. L’histoire d’un homme qui a su vivre libre, loin de la gloriole trombones. Enorme. inutile. L’auteur a compilé ici une masse impressionnante de connais- sances et d’interviews exceptionnelles.
IGGY POP & THE STOOGES
Gilles Scheps, Julien Deleglise ANTHOLOGIE JIM MORRISON & Serge Kaganski Poèmes, carnets, (Editions du Layeur) retranscription et paroles Voici une recréation, album par album, (Massot éditions) des disques des Stooges, puis d’Iggy Pop Jim Morrison avait laissé derrière lui en solo jusqu’à la reformation. Plusieurs une œuvre complète, dont un "projet interviews et témoignages expliquent pour le livre" découvert après sa mort. le cheminement de chaque disque. Les Ce livre en est le résultat, créé en col- auteurs sont clairement des fans pas- laboration avec les héritiers de Jim sionnés de longue date et cela fait toute Morrison. L’anthologie rassemble de la différence. Je me souviens qu’au Palais nombreux inédits, photos, dessins, pa- des Sports, j’avais posé à Ron Asheton des questions sur le périmètre roles et poèmes. Poésie épique : quand sonore de ses amplis qu’il concevait comme une pyramide inversée Jim évoque "la lointaine contrée qu’est avec un Apex de 20 mètres de hauteur. Enchanté par cette question, Arden", on est emporté vers un univers il m’avait alors dit : "Tu n’es pas comme les autres journalistes, si les mythique et légendaire. Ce livre est abrutis pouvaient voler, nos conférences de presse seraient des aéro- l’œuvre la plus complète du leader des Doors. 160 images et photos dromes." Dont acte. Quant à Iggy, il semble vivre actuellement ce qu’il accompagnent ses écrits, sur scène, en tournée, en studio, en famille, craignait le plus : la décadence de notre civilisation "comme des Incas sans oublier les paroles de ses chansons ainsi que des pages ma- marchant dans des cités dont ils ont perdu le secret". Ce livre peut nuscrites numérisées de ses carnets intimes, publiés pour la première aider à retrouver le Shibboleth… fois. Une œuvre magistrale !
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ZOOM
LONNY
FOLK FAIRY TALE
D a n s s on p re mi e r a l b um e n s ol o, rus s e s d ’é mot i on s à f l e ur d e p e a u, e n s l ow t e mp o, à l ’e s t h é t i que f ol k n ord - a mé ri ca i n e , ce l l e s d u C a n a d a , tout s a uf d r y,e n cord e s s e n s i b l e s e t a cous t i que s E x -vo to ( a l to, ( H ori zon / Un g ui t a re ) l e s p l on g é e sP l a n Si mp l e ) , i n t i me s un re cue i le t l e s re mon t é e sd e b a l l a d e s à f ol k ,l a s ur f a ce . l a mus i ci e n n e D e s mon t a ge s a rp è g e " le sC e l a t e r re s f a i t c a n a d ie n n e sci n q a n s qu’e l l e d e s l y ri queave c G ui l l a ume ava n t d e C h a rre ts e p l on g e r s ur tourn e , gra n d s d a n sl e s up e rb e l ’a r t i s t es o n gw r it e r s , l a mus i que a l b um p a s s i J o n i s ol i t a i re M it c h e ll, que Ne il ça , d ’a b ordYo u n g e t s ous L e o n a rd l e n om Co h e n ." d e L on n y M on t e m, p ui s e n d uo B e r ton n i e r, a l i a s R e f ug e , ave c qui e l l e f a i t un f ol k , Ta rad uo p a r t ,s ur s or t i ré g ul i è re me n tce e nd i s que . 2 0 1 8 . L on n yB a s ée a u Qué b e c, à Pa ri s , a l b um d ’ un e ra re d é l i ca t e s s e , un e f ol k à l a f ra n ça i s e . Se s p ri è re s . revi e n t d e oùl a l ae l l emus i ci e n n e , B e l l e re n con t re qui Texte : Youri - Photo : Manon Ricupero P rovi n ce l e ach a n t e urave c é t ud i é un l e p re mi e rF l ore n t ch a n t amours contrariés ou perdus. L’amour semble être un casse-tête chezDans cet album, tu évoques souvent les ruptures sentimentales, lestoi… Jecherchelesonleplusnatureletbrutpossible.toujoursqu’ilyaitunmicro"room"danslapiècepourcapterl’am- Enstudio,ilfaut l’amourqu’onnousvendrégulièrementcetteidéedeÀtraversceschansons,jecherchaisàdéconstruire lanotionde maisc’estàlamarge.Lasobriété,lavéritédel’ biancegénérale.Certainstitresontétéenrichi cequej’aimedanslamusiquefolk.C’estpourcelaquejesuispartie instant,c’estvraimentsdequelqueseffe ts, nefairequ’un.Maisjeparledesrapportshumainssionnelle,selonlaquelledeuxmoitiésdoiventsem élangerpour relationfu- cettequestion :commentfairepourêtreavectoitsemble,j ’yenglobelesamis,lafamille...Jemesuisbeauc danssonen- côtésolitaire-monnomdescèneLonnyvient,entravecmoi ?Carjemesuissouventsentieenvahie,mo outenétantoupposé fameuxsontrèsbrutquej’aidumalàretrouverenFrance,oùl’onatoujourstendanceàenrichirleschoses.JesseaenregistrerchezJesseMcCormackauCanada,carilavraimentce parfoistendanceàêtreflottante.ancréedanslesol,avecungros s ensrythmique,alorsquemoi,j’ai unepattetrèsblues, plications,delachansonjusqu’àenperdremonidentité,neplussavoirqui The Loner deNeilYoungquej’adore- eautresex- iquiaiun m’apermisdeposeruncadre.j’étaisenprésencedep ersonnesqui m’impressionnaient.Lamusique j’étaislorsque debricolermaMartinsurlaquellej’aifaitposerunmicroFishman.Quelles guitares joues-tu sur ce disque ?UneMartintriple0enacajou,maisaussiuneGibson parlor,letemps Musicalement, tu proposes des folk songs mélancoliques, avec des JemesuistoujoursfaitbercerpardesguitaristesJ’aiaussiuneflamencaAlhambra.Voilà,onaparlé ,JoanBaez,Jonimoto (rires). mise à nu…arrangements de cordes sobres, sans beaucoup d’effets. En somme, une Mitchell,Adrianne Lenker,Gravenhurst,RaoulVignal…Ilyauneentréeenrésonanceaveccetinstrument,uncôtéén suelquej’adoredanslaguitare,quelquechosequisoigne… igmatiqueetsen-
AC #78• 7
PLAYLIST
LA PLAYLIST DE
LAURENT
JOFFRIN
8 • AC #78
J ourn a l i s t e i n con tourn a b l e d u p ay s a g e p ol i t i que f ra n ça i s d e p ui s p l us i e urs d é ce n n i e s , L a ure n t J of f ri n col l a b ore a uNo u ve l 2 0 1 4 à 2 0 2 0 ) .O bs e r va t e u r F i n e p l ume e t à L ibé ra t io n cl a s s é e à , g a uch e ,d on t i l occup e ra J of f ri n e s t l e é g a l e me n tp os t e d e d i re ct e ur d e l a p ub l i ca t i on p e n d a n t s i x a n s ( d e f ol kd u f ol k - rock d e p ui s p l us i e urs a mé ri ca i n a n n é e s . ( B ob D y l a n ) que d u s on d e s S wi n g i n g s i x t i e s ( T h e un p a s s i on n é B e a t l e s ) , d e i l mus i quep ra t i que Texte & photo : Philippe Langlest é g a l e me n t: à l a f oi s a f i ci on a d o l a g ui t a re e sa jeunesse militante au MJS (Mouvement des jeunes so- Dcialistes), Laurent Joffrin en garde un souvenir ému, au même j’ai toujours regretté que ne figure pas au final les chansons "Strawberry par le luthier Favino. Avec ses lunettes rondes, son sourire accueillanttitre que l’achat de sa première guitare en 1969 à Paris, conçue concept était complètement révolutionnaire. Fields Forever" et "Penny Lane", mais à l’époque, l’idée de l’album kiste revanchard. Désormais, pour le fondateur de l’associationdavantage à un professeur de musique un peu baba cool qu’à un trots- et sa voix posée, le flegmatique Laurent Joffrin ressemble aujourd’hui McCartney…Je crois que vous conservez toutefois une petite préférence pour Paul Engageons-nous, dont le but est de rassembler la gauche pour 2022,son envie d’aller balader ses doigts ailleurs que sur les touches de son dans le processus de création des Beatles, ils sont tous les deux com-La distinction entre Lennon et McCartney m’a toujours agacé, car ordinateur est quasi-quotidienne. Du coup, à force de pratique et de plémentaires. J’aime bien la carrière post-Beatles de Paul, les albums cordes un large répertoire de reprises des années 60, où l’on retrouve,possède à présent la souplesse nécessaire pour maîtriser sur sa six- concerts donnés avec son groupe Headless Chicken, Laurent Joffrin qu’il a faits avec les Wings et en solo sont de très bonne qualité. Maccaplanète rock. Au cours de ma carrière de journaliste, j’ai d’ailleurs eureste encore aujourd’hui l’un des mélodistes les plus talentueux de la Jacques Dutronc. Laurent Joffrin nous a reçus dans son appartementen premier plan, des titres de Christophe, Eddy Mitchell ou encore charmant, profond et tout à fait accessible. Contrairement à Yoko l’occasion de le rencontrer pour une interview : le type est resté humble, parisien, entouré de disques des Beatles, toujours proche de sa guitareTaylor. grand-chose à dire.Ono que j’ai également eu l’occasion d’interviewer, mais qui n’avait L’envie de jouer de la guitare est venue à quel âge ?Mon grand regret, c’est d’avoir commencé la guitare trop tard, j’avais Revenons au british beat des années 60. Hormis les Beatles, quels groupestrouve-t-on dans votre panthéon musical ? 17 ans. Avec le recul, j’aurais dû m’y mettre bien plus tôt. J’ai donc The Troggsdes Stones, notamment surJ’apprécie l’énergie et la rage qui se dégagent des premiers albums Pierre Favino, à Paris. Je lui avais commandé une belle guitare avecacheté ma première guitare à la fin des années 60, chez le luthier Jean- de Reg Presley avec "Wild Thing", Aftermath avec Brian Jones. Ensuite, il y Spencer Davis Group, dont je suis un grand fan, ou encore la pop an- The Hollies, The Kinks, guitaristes un peu branchés jazz manouche et folk. Des artistes commeLe Forestier m’a expliqué que chez Favino, c’était le rendez-vous desun pan coupé, comme celle de Django Reinhardt. Plus tard, Maxime glaise classique de Herman’s Hermits et leur "No Milk Today". Georges Brassens ou Enrico Macias venaient se ravitailler en belleslutheries. Vous êtes venu à Bob Dylan un peu plus tard…Oui. Chez Dylan, j’adore toute sa période Greenwich Village, maisje garde une préférence pour l’album initié à la musique californienne avec James Taylor, Blood on the Tracks. The Byrds, Eagles, Je me suis de l’instrument ?J’ai pris un an de cours dans une sorte de M.J.C. parisienne avec unComment se sont déroulées les différentes étapes de votre apprentissage le morceau "Heart is Gold".mais aussi Neil Young, dont j’adore reprendre à la guitare acoustique il était d’un très bon niveau, mais au bout d’une quinzaine de mois,j’ai fini par décrocher et mon apprentissage de l’instrument est tombéprofesseur de jazz qui m’a appris les premiers accords. Techniquement, en tant que guitariste. Pouvez-vous nous en dire plus ?En 2004, avec une bande d’amis, vous formez le groupe Headless Chicken en désuétude. Du coup, j’ai arrêté de jouer pendant plusieurs années. Avec Marc Tallet à la guitare et le journaliste de l’au piano, on a monté ce groupe de musique de manière informelle,Obs François Reynaert sur ma guitare Taylor le plaisir d’enchaîner les grilles d’accords qui,rapidement, m’ont de nouveau procuré de grands moments de satis-Je m’y suis remis à trente ans, de manière autodidacte. J’ai redécouvert uniquement dans le but de faire chanter les gens.une fête à Granville dans ma maison et on se produit en live, c’est une Tous les ans, je fais faction. sorte de rituel. François Reynaert me fascine toujours : on lui metincroyable ! Marc Tallet, qui est professeur de guitare, se débrouilleune partition devant les yeux et en quelques minutes, il la joue, c’est A quel moment passez-vous à la guitare électrique ?J’avais une quarantaine d’années quand je me suis acheté une belle pas mal non plus. De mon côté, je me contente de faire la rythmique Gibson ES-335 de couleur rouge, que mon fils Olivier m’avait conseil- sur ma Taylor acoustique. On s’amuse beaucoup. la Taylor.son de la Gibson, je préfère aujourd’hui davantage la griffe boisée de lée et qu’il m’a d’ailleurs rapidement empruntée (rire). Malgré le gros Aujourd’hui, quel est le répertoire des Headless Chicken ?Avec le groupe, on reprend quelques titres des Beatles, mais on se fo- Christophe, Dutronc et Eddy Mitchell. A force de jouer devant uncalise surtout sur le répertoire des Yéyés, avec un peu de Johnny, Beatles. Quand l’albumDepuis mon adolescence, j’entretiens une passion intime avec lesLes Beatles occupent une place importante dans votre panthéon musical. vous piochez dans le répertoire français des classiques des années 60,public, on a acquis une certaine expérience à ce sujet : si vous faites ment les deux disques les plus aboutis dans la carrière des Beatles.en boucle pendant des semaines. Avec Sgt. Pepper’s est sorti en 1967, je l’ai écouté Abbey Road, ce sont certaine- des titres anglo-saxons, les gens ne chantent pas ; par contre, quand Juste un bémol sur Sgt. Pepper’s : comme de nombreux fans du groupe, venait nous accompagner à la batterie. Il est multi-instrumentiste,ça marche toujours, avec la nostalgie. A un moment, mon fils Olivierj’adore jouer avec lui.
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L’ÉPOPÉE DU
que la guitare reste facile à transporter et accessible à tous. Depuis le Delta jusqu’à Chicago, la Californie et le Texas,L’histoire du blues est centrée autour de plusieurs instruments, mais c’est bien la guitare, acoustique ou électrique,qui est la compagne favorite du bluesman. D’abord pour l’amour des cordes, mais aussi sans doute parceen passant par l’Europe, nous allons revenir sur l’histoire d’un long périple qui a déjà connu trois siècles…BLUES de bluesmen comme Son House, Tommy Johnson, Fred McDowell,ou "Sittin’ on Top of the World", il influença toute une génération struments à cordes sont le plus souvent le banjo, parfois la mandolineA ou encore les flûtes et les fifres, comme l’a montré le u tout début du blues, au XIXstruments divers qui prédominent. Les cuivres et letambour, souvent venus en droite ligne de l’armée,e siècle, ce sont des in-Texte : Romain Decoret film de Martin Scorcese, Kokomo Arnold, Blind Willie McTell et Robert Johnson. C’est avec un slide. Dès le début du XXentre deux clous plantés sur un mur de bois que le bluesman joueet le violon, ou même le "diddley bow", un simple fil de fer tendu The Blues from Mississippi to Mali. Les in- Diamonds", "Black Snake Moan". Ses premiers enregistrements temps encore les bluesmen durent fabriquerplus grand nombre, mais pendant long-la guitare progressivement accessible aue siècle, l’industrialisation rendit eut pour guide des apprentis comme Leadbelly et T. Bone Walker. sortirent sous le nom de Deacon J. Bates, et le guitariste aveugleIl fut à l’origine de thèmes comme "See See Rider", "Jack O’pourtant Blind Lemon Jefferson, de Couchman, Texas, qui futparmi les premiers à entrer en studio, à partir de 1926 à Chicago. eux-mêmes leurs premiers instruments,qui explique le style de jeu rugueux des "Ces rues (du blues) étaient pionniers du blues…manche à balai et quelques fils de fer. Cegénéralement avec une boîte à cigares, un malfamés où il ne faisaitsouvent des endroits Blind Lemon Jefferson. Sylvester Weaver,Cependant, d’autres enregistrèrent avant pas bon sortir désarmé, titres à partir de 1929 avant de s’éteindreentre 1887 et 1891, dut attendre la qua-rantaine pour enregistrer une dizaine desans être enregistrés. Charley Patton, né Les bluesmen du Delta jouèrent longtempsÀ LA NOUVELLE-ORLÉANSDU MISSISSIPPI en 1934. Créateur de futurs standards une musique que les blancs bluesmen qui y forgèrentle lieu de rencontre desmais elles étaient aussi registrer pendant les "Roaring twenties"à jouer des "single notes", commença à en-disques à partir de 1923. Lonnie Johnson, un spécialiste du slide, sortit ses premiers également. Né à La Nouvelle-Orléans, ilphrasé se retrouvera chez Charlie Christian,fut l’initiateur de la guitare moderne, sonsouvent cité comme le premier guitariste des duos de Lonnie Johnson et du guitaristeT. Bone Walker et B.B. King, mais aussi et les noirs Rhythm’n’Blues."nommaient Honky Tonk Patrick Verbeke premier virtuose de la guitare en picking,Eddie Lang ou du violoniste Joe Venuti. • AC #78 adaptant des pièces de ragtime habituel- Venu de la côte Est, de la région du Pied-mont et des Caroline, Blind Blake fut lechez Django Reinhardt, qui n’ignorait rien 10 comme "Spoonful", "Hollerin’ The Blues" ©National Blues Museum + The Story of the Blues / Columbia Records
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lement réservées au piano. Il influença par la suite le révérend Gary House, Bukka White, Scrapper Blackwell, Tommy McClennan, Davis et Blind Boy Fuller. Comme pour Charley Patton ou Blind Barbecue Bob, Buddy Woods et bien d’autres. Le maître absolu Lemon Jefferson, il n’existe qu’une seule photo de lui. du style est un texan, le révérend Blind Willie Johnson, dont le "Parmi les bluesmen les plus originaux de cette époque, il convient phrasé en slide est resté inégalé. de mettre en avant la forte personnalité de Kokomo Arnold qui, cinq "A propos de slide, c’est bien sûr la légendaire National Steel qui fut la ou six ans avant Robert Johnson, avait déjà créé de nombreux thèmes clé de voûte de ce son né dès la fin des années 20. En effet, les frères qui allaient devenir des classiques. Son superbe "Sweet Home Kokomo" Dopyera créèrent dès 1927 une guitare à trois résonateurs nommée allait devenir le fameux "Sweet Home Chicago". Lui aussi avait appris tricône, au son doux et velouté, popularisée par Tampa Red et Peetie beaucoup en écoutant les orchestres hawaiiens et son style très personnel, Weatstraw. La singlecone, avec un seul résonateur, fut créée au début alliance d’une rythmique traditionnelle et de phrasés joués au slide qui des années 30 avec leur associé Beauchamp. Ces guitares sont généralement combinaient le ternaire et le binaire, allait en en acier avec un résonateur également métal- faire un des meilleurs "performers" de l’époque. lique, donc très solides. Elles sont embouties Malheureusement, il fut aussi un "loser", "Kokomo Arnold fut aussi en usine et finies à la main, donc relativement déprimé par les pratiques honteuses de certains un "loser", déprimé par bon marché. Mais leur principale qualité reste, labels, il disparaît de la scène dans les années pour l’époque, leur volume sonore très élevé 40 et s’éteint à Chicago à la fin des années 60", les pratiques honteuses qui leur permet de rivaliser avec les autres in- nous expliquait notre regretté ami Patrick de certains labels." struments de l’orchestre. C’était évidemment Verbeke. le souci de bien des guitaristes et ces guitares Patrick Verbeke résophoniques tombaient à point nommé pour SLIDE STORY combler ce manque. Pour peu de temps néan- Les guitares des bluesmen sont souvent des instruments fabriqués moins, car les guitares électriques allaient bientôt faire leur apparition artisanalement, mais progressivement apparaîtront des marques et les frères Dopyera se consacreront alors à la réalisation d'un nouveau comme Kay ou Stella. Blind Lemon Jefferson et Blind Blake jouent modèle, caisse en bois, résonateur métallique, le dobro, qui sera surtout sur ce qui semble être une Gibson, de même que Robert Johnson. utilisé par les groupes de bluegrass puis de country qui se souciaient Leadbelly utilisait une douze-cordes Stella, ainsi que Lonnie peu de l’aspect africain mais, au contraire, cherchaient à produire une Johnson, comme on peut le constater sur l’une de ses premières alliance entre leurs racines celtes et leurs influences hawaiiennes. photos. Big Bill Broonzy fut un "Gibson man", alors que Big Joe Aujourd'hui, la plupart de ces modèles existent sous formes de répliques, Williams était réputé pour sa six-cordes Harmony qu’il avait trans- qui sont souvent de très bonne facture, mais soutiennent difficilement formée en neuf-cordes, en doublant les trois cordes graves. la comparaison avec les originaux qui s'arrachent désormais à prix d’or", La guitare jouée en slide est évidemment une partie importante du détaille Patrick Verbeke blues. Ses racines semblent être à la fois africaines et hawaiiennes. Son origine est généralement attribuée au "diddley bow", ce fil de MEMPHIS fer cloué sur un mur ou une porte avec un épi de maïs comme che- La récession économique due à la crise de 1929 et l’arrivée de la valet et que l’on jouait avec un goulot de bouteille, un tube de métal radio font chuter les ventes de disques et les enregistrements de- ou tout simplement un clou. Mais il y a aussi une source plus loin- viennent temporairement plus rares. La première époque du blues taine que l’on retrouve dans les cithares monocordes des Goun du d’avant-guerre est révolue. Avec les années 30, de nouveaux artistes Bénin ou des Dan de Côte d’Ivoire. Dans tous les cas, le musicien vont s’affirmer et pourront enregistrer à nouveau : Tampa Red, fait glisser un objet sur la corde pour moduler la longueur de réso- Memphis Minnie, Kokomo Arnold. Le blues franchit alors les nance. Ensuite, il y a l’influence profonde qu’exercèrent les mythiques frontières du Delta et du Texas pour remonter vers Memphis. C’est tournées des guitaristes hawaiiens dans le sud des États-Unis, qui là que se sont formés depuis le début du XXe siècle les premiers par leur succès contribuèrent à populariser le style slide. Quoi qu’il string bands, orchestres à cordes composés de violons, guitares et en soit, dès le début du siècle apparaissent des guitaristes qui jouent mandolines, puis les jug bands, dans lesquels la contrebasse, inac- en faisant glisser une lame de couteau sur le manche de leur instru- cessible parce que trop coûteuse, est remplacée par un jug, cruche ment, comme celui qu’observa le compositeur W.C. Handy en de whisky vidée de son contenu. Les héritiers directs de cette tra- 1902 dans une gare du Mississippi. L’instrument parfait pour le dition sont Gus Cannon, Frank Stokes, leader des fabuleux slide est la National Steel à résonateur sur laquelle jouent Son Mississippi Sheiks, Casey Bill Weldon, Memphis Minnie & Joe
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McCoy, Washboard Sam, Yank Rachell & Sleepy John Estes et Bob Wills & His Texas Playboys, puis en 1936 par le guitariste de de nombreux groupes dans le style "hokum", comme les Mississippi Milton Brown & His Musical Brownies. Ensuite, il y aura le grand Mud Steppers, les Tennessee Chocolate Drops, le Memphis Jug Charlie Christian en 1937, qui décidera son compatriote texan Band de Gus Cannon ou les Georgia Cotton Pickers. T. Bone Walker à faire entrer la guitare électrique dans le blues. Eclairage de "Mister Blues" : "Beale Street, à Memphis, est toujours Gibson produit ses premiers modèles électriques, ainsi que considérée comme LA rue du blues et ce fut certainement l’un des lieux DeArmond, dont les micros amovibles permettent d’électrifier les de créativité les plus intenses du Deep South durant de longues années. guitares acoustiques. Bien entendu, il ne faut pas oublier Bourbon ou Basin Street à La Nouvelle-Orléans, Fannin’ Street à Shreveport, Fifth Ward à CROCHET CALIFORNIEN ET RETOUR À CHICAGO Houston, Deep Ellum à Dallas, Hastings Street à Detroit, Maxwell Après la Seconde Guerre mondiale, le blues va consacrer la guitare Street à Chicago et tout le quartier de Harlem à New York. Ces rues électrique avec un nouvel Eldorado : la Californie. Sous l’impulsion étaient souvent des endroits malfamés où il ne faisait pas bon sortir de T. Bone Walker et Johnny Moore, guitariste de Nat King Cole, désarmé, mais elles étaient aussi le lieu de rencontre des bluesmen qui y puis des Three Blazers, les guitaristes du Texas ou d’Oklahoma forgèrent une musique que les blancs nommaient Honky Tonk et les noirs viennent tenter leur chance à Los Angeles. C’est ainsi qu’apparaissent Rhythm’n’Blues. Aujourd’hui, il n’en reste presque rien, à l’exception de des guitaristes spécialistes de l’électrique, comme Clarence Beale et de Bourbon Street qui, si elles ont beaucoup sacrifié au tourisme "Gatemouth" Brown avec son hit "Okey Dokey Stomp", Pee Wee ambiant, n’en demeurent pas moins des hauts lieux de la musique Crayton avec "After Hours" ou Lowell Fulson avec "Reconsider américaine." Baby". C’est de cela que les guitaristes de la seconde grande période VERS LE NORD INDUSTRIEL ET ÉLECTRIQUE ! du blues de Chicago vont s’inspirer instrumentalement durant les La ligne naturelle de progression vers le Nord, plus industrialisé et années 50 . Muddy Waters sera l’un des premiers à électrifier son économiquement viable, mène vers Chicago et Detroit. C’est à groupe d’une manière permanente, en engageant le grand Jimmy Chicago que Lester Melrose fonde son label Bluebird pour enre- Rogers dans son groupe d’accompagnement. Le début de cet âge gistrer Big Bill Broonzy, Memphis Minnie, d’or du blues est symboliquement illustré Bumble Bee Slim ou Washboard Sam. par la rencontre de T. Bone Walker et John Tampa Red, de son vrai nom Hudson "Le guitariste, Lee Hooker (bien que ce dernier soit alors Whittaker, est alors le bluesman le plus in- c’est le gars qui s’agite établi à Detroit) : le guitariste texan offre fluent. Après avoir enregistré en duo avec au Boogie Man une guitare Epiphone élec- Georgia Tom Dorsey (qui se consacrera avec une planche trique. L’album posthume le plus récent ensuite au gospel) le hit "Everybody’s Doin’ et six cordes au bout d'un fil." de John Lee Hooker est un live d’époque, it Now", Tampa Red joue ensuite avec le intitulé 1949 Recordings, sur lequel John pianiste Big Maceo, puis enregistre en solo Buddy Guy Lee utilise encore une acoustique électrifiée de nombreux titres qui vont devenir des avec un micro DeArmond. Mais avec l’ap- standards, "It Hurts Me Too" ou "Don’t Lie to Me". Il est juste parition de la Fender Telecaster/Broadcaster/Esquire en 1950, puis d’ajouter que la plupart des standards du blues existaient sous une de la Gibson Les Paul en 1952 et de la Fender Stratocaster en 1954, forme ou une autre depuis longtemps et que leurs véritables auteurs les bluesmen de Chicago et d’ailleurs ont désormais de quoi se faire originaux n’ont jamais pu les enregistrer, demeurant ainsi inconnus. entendre. B.B. King enregistre ses premiers titres à Memphis. A Citons "Station Blues", devenu "Sittin’ on Top of the World", Chicago apparaissent Elmore James, Magic Sam et toute la scène "Milk Cow Blues", signé Kokomo Arnold et repris, entre autres, du "West Side Sound" purement électrique : Otis Rush, Jimmy par Sleepy John Estes et Elvis Presley, ou le "Crawling King Snake" Reed, Buddy Guy et Matt "Guitar" Murphy. La Louisiane est aussi de Tony Hollins, réapproprié par John Lee Hooker. électrifiée, avec des guitaristes comme Earl King, le fabuleux Guitar C’est vers le milieu des années 30 qu’apparaissent les premières Slim, Snooks Eaglin, Slim Harpo et Lightning Slim. guitares électrifiées. Les premières tentatives de Les Paul le voient "Le guitariste, c’est le gars qui s’agite avec une planche et six utiliser la partie son d’un projecteur de cinéma parlant pour amplifier cordes au bout d’un fil", dixit Buddy Guy qui avait compris très tôt sa guitare. Les premiers solos électriques sont enregistrés dans le ce que le jeu de scène pouvait apporter à l’artiste. Il est vrai que ses aînés, style western swing en 1935 par Herman Arnspiger, guitariste de jusqu’à Muddy Waters, se contentaient souvent de jouer assis dans
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un coin de bar ou sur une petite estrade de fortune. Dans les années 50, Sixties blues boom) par des groupes anglais comme les Rolling à l’exception du Boogie Man et de quelques autres (John Lee Hooker Stones, John Mayall & The Bluesbreakers ou Savoy Brown. Aux avait en effet besoin de rester assis pour marquer fortement ce qu'il États-Unis apparaissaient Freddy King, Juke Boy Bonner (l’un des nommait le "big beat" avec son pied droit), le guitariste de blues se doit rares bluesmen jouant sur une Fender Mustang), Albert King, d’offrir un véritable show à son auditoire. On y voit souvent transparaître Albert Collins et Johnny Winter. L’amplification est devenue im- l’héritage culturel africain, un rituel quasi chamanique qui commence portante après la surenchère des groupes britanniques qui empilent avec la tenue vestimentaire. A l’opposé des artistes blancs de cette époque, les stacks de Marshall sur scène. on peut remarquer que les bluesmen prennent grand soin de leur image. Les années 70 adoptèrent la suramplification, et les bluesmen Pour certains, c’est le traditionnel costume trois pièces - influence des comme Johnny Winter, ZZ Top, Bugs Henderson, Magic Slim et groupes de gospel - et pour d’autres, on se dispute les tons les plus criards, Luther Allison l’utilisèrent. L’émergence de Stevie Ray Vaughan les reflets, les chatoiements (Guitar Slim, encore dans les années 80 reste un modèle excep- lui!). La manière de tenir la guitare et d’exécuter tionnel de mélange entre les racines du les solos se veut également de plus en plus at- "Les bluesmen prennent blues et l’amplification électrique. Il faudra tractive : T- Bone Walker joue avec la guitare sans doute attendre longtemps avant de re- à plat, puis entre les jambes et derrière la tête, grand soin de leur image : voir une telle personnalité accéder à la lé- ce qui n’altère en rien la fluidité de son jeu ni pour certains, c’est le gende comme l’a fait Stevie Ray Vaughan. la richesse de ses harmonies… On croit déjà La scène d’Austin révéla aussi les Fabulous voir apparaître le bout du manche de la Strato traditionnel costume trois Thunderbirds, W.C. Clark et Van Wilks, de Jimi Hendrix, bien sûr", rappelle Patrick. pièces ; pour d’autres, on se alors qu’à Houston apparaissaient des gui- taristes comme Smokin’ Joe Kubek, Anson
SACRED STEEL !
dispute les tons les plus Funderburgh, UP Wilson ou Joe "Guitar" Le gospel est également une musique qui criards, les reflets, les Hugues. a su s’électrifier, Sister Rosetta Tharpe uti- lisant une Gibson SG. Pendant longtemps, chatoiements.."
ET AUJOURD’HUI ?
un pan entier du gospel est resté confiden- Patrick Verbeke Le XXIe siècle a vu arriver des guitaristes tiel, le style instrumental "sacred steel", fut de blues "nouvelle génération" comme récemment révélé par les Northern Missis- Lucky Peterson et Bernard Allison. Carl sippi All Stars qui découvrirent et accompagnèrent Robert Weathersby a su assimiler les styles de Buddy Guy et d’Eric Clapton. Randolph, jeune spécialiste du style. Le sacred steel, gospel joué à Accompagnateur attitré du Chicago Blues Festival, Carl Weathersby la pedal-steel ou au lap-steel, est né et s’est développé en Floride, n’a pour l’instant sorti que deux albums solo… Du côté acoustique, dans les églises House of God et Jewel Dominion de Deerfield Corey Harris, Eric Bibb et Alvin Youngblood-Hart ont su retrouver Beach. Le révérend Lorenzo Harrison (1925-1986) fut le "steel- le blues original de Robert Johnson, alors que Ben Harper suit son guitarist" le plus influent de cette dernière communauté. Pendant propre style. L’histoire du blues continue et la guitare reste toujours des décennies, il voyagea à travers tous les États-Unis et établit les son instrument privilégié… règles de base du sacred steel : accordage en Mi des huit cordes, usage extensif des cordes graves qui sont souvent accordées une oc- Conclusion de l’ami Verbeke : "Pour clore cette liste qui ne pourra tave plus bas qu’une guitare six-cordes. Le révérend Harrison y jamais être exhaustive, il ne faudrait pas oublier les grandes dames ajouta plus tard l’utilisation de la pédale wah wah. Il influença de de la guitare blues. La première et la plus populaire dans les années 30 nombreux guitaristes de ce style, dont certains viennent d’une autre et 40 fut certainement Memphis Minnie qui était également l’une des Église de Floride, nommé Keith Dominion. Les autres spécialistes rares à jouer de la National électrique. Avec un blues plus teinté de gospel, mythiques du sacred steel sont Aubrey Ghent, Glenn Lee, Sonny n’oublions pas Odetta ni Sister Rosetta Tharpe, qui maniait fort bien Treadway (successeur du révérend Lorenzo Harrison), Willie Eason, la Gibson SG. Aujourd’hui, Rory Block est la reine de l’acoustique alors Calvin Cook, Henry Nelson et les Campbell Brothers. que Bonnie Raitt a acquis un statut de star avec ses phrases de bottleneck ensorcelantes et son implication fervente pour la cause du blues. Il faut DE L’ANGLETERRE AU TEXAS aussi compter avec l’arrivée des Sue Foley, Debbie Davis ou Joanna Le blues fut ensuite redécouvert dans les années 60 (le fameux Connors. Le blues au féminin se porte bien."
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L’ESPRIT ET LE FANTÔME DE
ROBERT
JOHNSON
Pendant longtemps, rien ne fut connu de la vie de Robert Johnson, sauf ses titres enregistrés en 1936 et 1937.Pas même une photo pour l'évoquer. Mais les temps changent et l'on en sait beaucoup plus aujourd'hui.Portrait d’un bluesman exceptionnel. Texte : Romain Decoret mais seulement deux le montrent avec sa guitare. Les autres sont teurs de Johnson, disait :tèrent Robert Johnson. Son House, l’un des inspira-original qu’ils éprouvèrent la première fois qu’ils écou- ous les musiciens de blues se souviennent du flash disque,TShines, qui voyagea avec Robert Johnson, se souvientmuet d’admiration ! Il était en route pour le grand succès." Terraplane Blues. Jésus ! il était devenu si bon que j’en suis resté "Je crois que c’était son premier case. L’index ne barre pas totalement les cordes et laisse à l'imagi-peu reconnaissable. Sur le cliché le plus connu, la première choseque les guitaristes remarquent, ce sont ses mains, avec de longs des photos de famille prises de loin, en groupe, sur lesquelles il est joint. Quand il a fini, il n’y a pas eu d’applaudissements, pas un mot.je jouais avec lui, il a chanté "Come on in my Kitchen" dans un juke- "qu’un soir où Johnny nation les possibilités de picking appropriées. Mais il y a autredoigts minces et élégants qui sculptent un accord de La7 à la 5e hommes aussi bien que les femmes…"J’ai relevé la tête et j’ai vu que tout le monde pleurait dans le bar. Les tout en restant essentiellement mystérieux.de son image. Il y a là un artiste qui sait parfaitement ce qu’il fait,présence de la caméra ; il n’y a aucune timidité dans la projection chose. Sa tête légèrement inclinée montre qu’il est conscient de la La vie terrestre de Robert Johnson est aujourd’hui relativementdocumentée. Les chercheurs Mack McLE MYSTÈRE JOHNSON œuvre a été analysée depuis ses influences jusqu’à ses héritiers.est mort à des dates différentes, sa famille se souvient de lui et sonCar le mystère demeure : qui était Robert Johnson ? Il est né et retrouvé une bonne partie de sa famille :Cormick et Gayle Dean Wardlow ontsœurs, veuve, enfants, dont quelques-unssont encore vivants, dans des endroits aussi "Quand nous allions prendrel’air dehors, il se glissait Pourtant l’artiste reste une énigme. Sanséducation, apparemment sans privilègesspéciaux par rapport aux autres bluesmen, Robert Jr Lockwood et Honeyboy Edwardsl’Illinois et le Wisconsin. Johnny Shines,différents que le Mississippi, l’Arkansas, sur le stand, prenait uneguitare et jouait. qui a plus d’un point commun avec Robertginale, avec un tel focus et une telle puis-sance évocatrice? On pense à Jimi Hendrix,comment a-t-il pu créer une œuvre si ori- 1938, à Greenwood, Mississippi.Son certificat de décès a également été re-ont relaté leurs voyages avec Robert Johnson. nous chercher, parce qu’ilsAlors, les gens venaient Johnson. Comme lui, sa musique est codée, Plusieurs photos de Robert Johnson existent,trouvé, fixant la date de sa mort au 16 août mais sa provenance et son inspiration res- ne voulaient plus l’écouter !"Son House gitime, né probablement le 8 mai 1911,tent occultes. Il est possible de les copier,mais pas d’atteindre les sources de leur art.Robert Leroy Johnson est un enfant illé-
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© DR
© Preston Lauterbach & Annye C. Anderson
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et qui entre dans le saloon avec une guitare ? Robert Johnson ! Il nous de Julia Major Dodds et d’un fermier nommé Noah Johnson. Le a demandé s’il pouvait jouer ; Willie et moi, on rigolait : "Tu ferais lieu reste un sujet de controverse : Hazlehurst, Mississippi, ou mieux d’aller ailleurs", mais il est assis et a commencé à jouer. Man ! quelque part en Arkansas. Sa mère, Julia Dodds, était mariée à Il était si bon que j'en suis resté la bouche ouverte. J'ai dit à Willie : Charles Dodds, un propriétaire terrien qui dut fuir à Memphis en "Well, il a été vite, hein, maintenant il est en route !" 1909, changeant son nom pour celui de Spencer, après une querelle avec d’autres propriétaires, les Marchetti. En 1914, Julia Dodds LE DIABLE FRAPPE À LA PORTE essaya de rejoindre son mari officiel à Memphis, mais Charles Bien des théories ont été avancées pour expliquer ce changement Dodds/Spencer refusa, acceptant toutefois de reconnaître et garder radical. La rencontre avec le diable provient probablement de lé- ses dix enfants, plus le petit Robert qui n’était pas son vrai fils. On gendes véhiculées par Tommy Johnson et Peetie Wheatstraw, sur- peut imaginer la vie difficile que connut Robert Leroy Spencer, nommé "The High Sheriff from Hell", et aussi par Howlin’ Wolf, comme il s’appelait alors. L’un de ses un conducteur de tracteur de Drew, demi-frères, Charles Leroy, lui enseigna Mississippi, un peu plus âgé que Robert les rudiments de la guitare. Johnson, qui aimait laisser planer le doute sur ses relations avec l’enfer. BACK TO THE DELTA Il est plus que certain que Robert Robert passa les années suivantes à Johnson avait commencé sa vie de mu- Memphis, loin de sa mère. Rien n’est sicien professionnel et c’est ce qui l’avait connu de cette période de son enfance, fait progresser. Partant de Robinson- excepté le fait qu'en 1920, il revint dans ville, Memphis, Helena et Greenwood, le Delta, à Robinsonville, Mississippi, il devint plus connu, allant jouer à Saint- où il fut accueilli par sa mère et son Louis, Chicago, Detroit et New York. nouveau mari, Dusty Willis, un ouvrier Il rencontra bon nombre de bluesmen agricole aux valeurs rigides que Robert, connus, Henry Townsend, Peetie venu de la grande ville, passa son temps Wheatstraw et le pianiste Roosevelt à combattre. Il détestait le travail dans "The Honeydripper" Sykes à Saint- la plantation Abbay & Leatherman. Louis, Robert Nighthawk et Sonny Boy Dusty Willis lui interdisait d’aller écouter Williamson à Helena, Arkansas. C’est les bluesmen locaux, Charley Patton, là que Robert Johnson rencontra Johnny Son House, Willie Brown ou Tommy Shines, qui allait voyager en intermit- Johnson. C’est ainsi que Robert com- tence avec lui pendant quatre ans. mença à fuguer, quittant la plantation © The Story of the Blues / Columbia Records D'après lui, le répertoire de Robert était pour vivre en hobo, essayant de gagner beaucoup plus étendu que son œuvre quelques pièces en jouant dans la rue. enregistrée. "On jouait le dernier 78t de Il se maria dès que possible pour changer son statut. Il avait à Leroy Carr & Scrapper Blackwell, un morceau de Duke Ellington. Ça peine 18 ans, sa femme 15. C’est probablement à ce moment qu’il pouvait être aussi "Tumblin' Tumbleweeds" ou un titre du chanteur changea son nom en Robert Leroy Johnson, reprenant le patronyme country Jimmie Rodgers, ragtime, chansons populaires, polkas, tout de son vrai père. La tragédie frappa à la naissance de leur premier ce qui plaisait aux gens. Robert pouvait jouer dans tous les styles. Ses enfant, la jeune mère mourut en couche. Robert Johnson plaça bluesmen préférés étaient Lonnie Johnson, Blind Blake, Blind Boy Fuller, le bébé dans sa famille et se retrouva libre de voyager et jouer sa Willie McTell. Il se faisait souvent passer pour le frère de Lonnie Johnson musique. Il fut très affecté par la mort de sa jeune épouse, et c’est et prétendait que le "L" de son deuxième prénom signifiait Lonnie. Je probablement de là que vient son complexe du "jinx voodoo", le sais qu’il a aussi joué avec des groupes, piano et cuivres. Il était capable sentiment d'être maudit. de tenir une conversation tout en écoutant la radio, et le soir, il rejouait le morceau qu’il avait entendu."
SON HOUSE & WILLIE BROWN
D’après Son House : "Quand on jouait dans les "dances" de Robinson- GRAVER LE STYLE JOHNSON ville, le samedi soir, il y avait ce jeune garçon qui nous regardait. C’était Cette vie nomade aurait pu continuer indéfiniment. Mais Robert Robert Johnson. Il jouait bien de l’harmonica, mais il voulait être guitariste. Johnson savait qu’il était prêt et entra en 1936 dans le magasin de Entre deux sets, quand nous allions prendre l’air dehors, il se glissait sur disque de H.C. Speir à Jackson, Mississippi. Ce n’était pas un hasard. le stand, prenait une guitare et jouait. Alors, les gens venaient nous Il savait que Speir avait "découvert" Charley Patton sept ans aupa- chercher, parce qu’ils ne voulaient plus l’écouter !" Le "jeune garçon" ravant, puis Son House, Skip James et The Mississippi Sheiks. En en question avait en fait 18 ou 19 ans et était déjà marié et veuf… 1936, Speir travaillait avec le label Arc/Vocalion. Robert lui joua Son House témoigne aussi que Robert retourna alors vivre quelque probablement quelques morceaux que Speir apprécia suffisamment temps avec sa mère et son beau-père sur la pour le recommander à Ernie Oertle, qui plantation, mais les conflits recommencèrent. offrit de l’emmener à San Antone, Texas, Robert reprit la route, mais cette fois en di- "Il était capable de tenir pour enregistrer en novembre 1936. rection du sud du Delta, et se remaria en une conversation tout en C'est là que Don Law et Art Satherley 1931 près d'Hazlehurst, Mississippi. Il d’Arc/Vocalion avaient installé un studio passa l’année 1932 à jouer et voyager dans écoutant la radio, et le soir, mobile dans une des chambres. Robert le Delta, utilisant Hazlehurst comme base. il rejouait le morceau Johnson fut enregistré entre le groupe de Quand il revint à Robinsonville, Son House western-swing du Chuck Wagon Gang et et Willie Brown eurent la surprise de leur qu’il avait entendu." les orchestres mexicains de Francisco vie : "On jouait à Banks, à côté de Robinsonville, Johnny Shines Montalvo et Hermanas Baraza. Don Law
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se souvient "d'un garçon de 17 ou 18 ans (Robert en avait 25, N.D.L.R.) ses textes : un thème, des métaphores sexuelles et morales, une extrêmement timide." Il lui demanda d'abord de tenir la guitare dans conclusion. C’est particulièrement évident dans le premier titre des l’un des orchestres mexicains ; Robert le fit, "mais avec le dos tourné séances, "Stones in my Passway" (open de Sol), une métaphore bi- aux musiciens, sa guitare faisant face au mur." Ce qui correspond to- blique et voodoo saisissante. talement aux déclarations de Robert Jr Lockwood et Johnny Shines, Ensuite, après "From Four 'Till Late" (La, accord standard), où selon lesquelles Robert ne voulait pas que l’on observe son jeu de il adopte les mimiques vocales de Lonnie Johnson, arrive le zénith guitare. Cela nous prouve aussi que Don Law pensait que Robert de sa carrière, "Hellhound on my Trail" (open de Mi), une autre pouvait jouer n'importe quel style de musique sur son instrument, métaphore biblique réellement extraordinaire. Il s’inspire peut-être incluant la musique mariachi. de Peetie Wheatstraw, de "Devil Got My Woman" de Skip James Robert Johnson allait enregistrer en solo seize faces, le lundi 23 et de "Evil Devil Blues" de Johnny Temple, mais son évocation at- novembre 1936 puis le jeudi 26 et le vendredi 27. Le mardi et le teint des sommets shakespeariens que sa guitare reprend en écho. mercredi, il fut arrêté pour vagabondage. Don Law dut payer sa Un chef-d’œuvre que très peu de musiciens oseront reprendre, et caution pour qu’il soit relâché. La première chanson enregistrée pour cause ! fut "Kind Hearted Woman Blues" (en La, accordage standard), Pour couronner le tout, il enregistre "Me and the Devil Blues" une composition inspirée par le pianiste Leroy Carr. Cependant, dans lequel il aborde les questions importantes que personne d’autre quelque chose de spécial se passe au troisième couplet : Robert n’a jamais traitées : le conflit entre la satisfaction qu’apporte la mu- adopte une voix totalement différente de celle du début, comme si sique et sa nature essentiellement pécheresse, la dette qui doit être un autre personnage venait de faire son entrée. Cette technique, payée pour l’art et le contrat faustien que Robert Johnson voit en venue de Johnny Temple, provoque néanmoins quelques frissons son origine. Puis c'est "Love in Vain". Personne n’est jamais allé dans le dos. Puis c'est "I Believe I’ll Dust my Broom" et "Sweet aussi loin dans le blues, ni avant ni après… Home Chicago" (en Mi, accordage standard), deux com- positions influencées par Kokomo Arnold, mais avec des walking-bass venues en droite ligne du jeu des pianistes de boogie woogie. Ce rythme allait bien sûr devenir légendaire, mais c’est surtout l'impression d’entendre deux guitaristes qui domine. Des titres comme "Cross Road Blues", "Terra- plane Blues" et "Come on in my Kitchen" (les trois en open tuning de Sol), et "Rambling on my Mind" (en Mi), cons- tituent la base du blues de la seconde moitié du XXe siècle. Le jeu de Robert Johnson a des touches personnelles comme le double turnaround sur les cordes graves et aiguës, ou l’accord de Ré marqué par un Fa dièse joué sur la seconde case de la corde de Mi grave. Mais ce n’est pas tout, Robert utilise "Phonograph Blues" (en La, accordage standard) comme une métaphore sexuelle, avec une perception élevée de la transmission magnétique des sons. En fait, il marque sciemment la transition entre la guitare acoustique et l’électrique. "They’re Red Hot" (en Do, accordage standard) est un cas unique dans sa disco- graphie. C’est le seul ragtime qu’il ait enregistré, mais Robert © National Blues Museum, évoque tout un groupe, avec trois voix différentes et un jeu de guitare en conséquence, ce qui donne à penser qu’il a joué avec "CENDRE DANS MON WHISKY, des groupes de "hokum" ou de western swing, et qu’il connaît bien STRYCHNINE DANS MON VERRE…" cette musique. Enfin, "Walking Blues" (open de Sol) est une reprise En tout, Robert Johnson a enregistré 41 faces, certaines en deux directe d’un titre de Son House. versions. D’après Mack McCormick, il y a un inédit, "un blues érotique que Robert enregistra uniquement pour les ingénieurs du son." DALLAS SESSIONS Il s’agit peut-être de "Mean Black Spider", qui n’a jusqu’à présent En 1936, il y a des voitures sur les routes ; l’une des sœurs de Robert pas été retrouvé, mais que Muddy Waters reprit sous le titre de Johnson a le téléphone à Penton, Mississippi, une autre tient un "Mean Red Spider" en édulcorant quelque peu le texte. juke-joint avec un juke-box à Memphis ; T-Bone Walker, Howlin’ En août 1938, Robert Johnson joue avec Honeyboy Edwards à Wolf et Les Paul expérimentent la guitare électrique. Nul doute Three Forks, pas loin de Greenwood, Mississippi. Le patron du que le succès modeste du 78t "Terraplane Blues" (entre 5 et 7000 saloon, un certain Ralph, sait que Johnson a vu sa femme en privé copies) eut un impact sur la vie de Robert Johnson. Il visite sa plusieurs fois auparavant. Il fait envoyer par des amis de Robert famille, son père Noah Johnson et ses sœurs, pour leur donner son une bouteille de whisky qu’il a secrètement empoisonnée. A 1h du disque. Il est désormais toujours tiré à quatre épingles, costume et matin, Robert Johnson se sent mal. Le public arrive à le convaincre chapeau, et son succès auprès des dames est immense. de rejouer, mais à 2h, il faut l’emmener dans une chambre. Il mourra Il est rappelé pour enregistrer à nouveau en juin 1937, cette fois après plusieurs jours dans d’atroces souffrances. D’après McCormick, à Dallas, au-dessus d’un magasin d’exposition de Buick. Il est inter- "vers la fin, il a écrit quelque chose sur un bout de papier." calé entre les Crystal City Ramblers et Zeke Williams & His Robert Johnson est enterré dans le cimetière d’une petite église Rambling Cow Boys. Ces enregistrements sont encore supérieurs près de Morgan City, en dehors de Greenwood. Aucune pierre ni à ceux de San Antone. Là où Charley Patton et Son House se écriteau ne marque sa tombe. "Vous pouvez enterrer mon corps au contentaient de citer quelques "floating verses" (couplets inter- bord de l’autoroute, afin que mon vieil esprit maléfique puisse prendre changeables), Robert Johnson développe plusieurs niveaux dans un bus Greyhound et monter…"
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ELIZABETH
COTTEN
LA REINE DU COTTEN PICKING
au début du folk-boom. Née en Caroline du Nord, elle était gauchère, mais jouait sur une guitare de droitier,Elizabeth "Libba" Cotten a eu une profonde influence sur la musique folk depuis sa "redécouverte" en 1957,et ses chansonsavec les cordes aiguës placées au-dessus. Son jeu de guitare délicat fut baptisé "Cotten Picking", Freight Train ou Shake Sugaree Texte : Romain Decoret sont aujourd’hui des trésors nationaux américains. ’histoire d’Elizabeth Cotten commence en 1893 à propriétaire, un certain Neville, mais en changeant le "e" par un "s".Nevills sont des esclaves libérés et ont gardé le nom de leur ancienL Chapel Hill, en Caroline du Nord. Son père, GeorgeNevills, est un mineur de Chatham County ; sa mère,Louisa Price Nevills, cuisinière et sage-femme. Les de jouer à l’envers, le changement de placement des cordes étantstrictement interdit. Elle rêve de jouer du piano ou de l’orgue, maissont absents, elle emprunte le banjo et les guitares de ses frères, dèsle budget familial ne permet pas l’achat de tels instruments. Lorsqu’ils Louisa enseigne plusieurs chansons traditionnelles à Elizabeth,comme le gospel "Hallelujah’ Tis Done", mais aussi le tragique"Burning Log", dans lequel un homme est attaché à un arbre et mener leur propre vie, Elizabeth a douze ans et trouve un job auprèsl’âge de sept ans. Finalement, quand ils quittent la maison pourde Miss Ada Copeland. Elle met un peu d’argent de côté et décide non. La petite Elizabeth se réveille parfoisbrûlé vif. La manière de chanter qu’elle communique à sa fille est d’acheter une guitare. la nuit avec l’inspiration d’une chansonimportante : refrain, couplet, doublé ou le general store de Gene Kate’s. J’ai acheté une Stella pour 3,75 dollars et"Il y avait un seul endroit dans Chapel Hill où acheter une guitare : et moi, on allait sur les rails"Quand on jouait ma sœur on m’a dit qu’il fallait que je déplace les cordes positrice. Elle apprend aussi à chanter àqu’elle vient d’entendre en rêve. Ce sont on plaçait de petits objetsdu chemin de fer et avec ma guitare. Je jouais les cordes basses avecà l’envers et j’ai décidé de faire la même chose n’arrivais à rien. J’avais appris à jouer le banjoparce que j’étais gauchère. Je l’ai fait, mais je parents, les enfants à venir danser ou jouerdu clairon invite souvent, avec l’accord desl’église. Parallèlement, un voisin qui joue ses premières influences en tant que com- chez lui. en métal pour que le train la famille Nevills : les oncles apportent leursTout le monde joue d’un instrument dansA L’ENVERS en métal pour que le train les écrase et leurdonne des formes bizarres. C’est de là quedu chemin de fer et on plaçait de petits objets cordes aiguës. Ma sœur chantait souvent avecmes doigts et la mélodie avec mon pouce sur les les écrase et leur donne moi. Quand on jouait, on allait sur les rails C’est de là que vientdes formes bizarres. vient ma chanson Elizabeth Cotten Freight Train." que j’avais plus de dispositions musicales que j’étais seule puis la retrouver sur ma guitare."mes oncles, mes frères ou ma sœur. Je pouvais Freight Train. Je savais violons et banjos, et Elizabeth commencepar le banjo. Etant gauchère, elle est obligée ma chanson entendre une chanson dans ma tête quand
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© Folkways Records RELIGION ET MARIAGE foule. Je l’ai retrouvée et sa mère m’a proposé un job chez eux le week- La particularité d’Elizabeth Cotten est qu’elle va ensuite se consacrer end." Les Seegers sont Charles et Ruth Crawford, apparentés au à tout autre chose, délaissant ses talents musicaux pour la religion, grand Pete, compagnon de Woody Guthrie et des Almanac puis le mariage."J’avais quinze ans quand je me suis dédiée à la religion. Singers. Collectionneurs et compositeurs de folk-songs, ils sont Après avoir été baptisée, le pasteur m’a dit : "Tu ne peux pas vivre pour en train de compiler une collection de chansons pour enfants et Dieu et le démon. Si tu continues à chanter ces blues, tu ne peux en "empruntent" quelques-unes à Elizabeth. "J’avais oublié que pas servir Dieu. Tu dois choisir." Alors, j’ai graduellement arrêté de je savais jouer de la guitare. J’ai pris celle de leur fille Peggy et lui jouer. Pas d’un seul coup, j’aimais trop ma guitare pour cela. Mais peu ai montré quelques chansons. Mon jeu est revenu en quelque mois. J’ai de temps après, je me suis mariée et j’ai eu moins de temps à consacrer recommencé à utiliser mes accordages : Ré-La-Ré-Fa dièse-La-Ré et à la guitare. J’avais quinze ans quand je me suis mariée ; ma fille unique, mon "Hang Dang Tuning" : Ré-Sol-Ré-Sol-Si-Ré. Après la guitare Lillie, est née un an plus tard." de Peggy Seeger, j’ai adopté une Martin 000-18." Le Cotten picking Elizabeth Nevills, Frank Cotten et leur fille Lillie naviguèrent aborde plusieurs styles : le ragtime à deux doigts, son style de banjo entre Washington DC, Chapel Hill et New York, où Frank Cotten à trois doigts adapté à la guitare et un style en triolet venu aussi devint le premier mécanicien noir dirigeant son propre business du banjo pré-Earl Scruggs. sur South Broadway. La famille vécut à New York jusqu’à ce que Méticuleusement enregistrée par Mike Seeger à partir de 1957, Lillie se marie. Puis Elizabeth et Frank divorcèrent et "Libba" Elizabeth Cotten grava plusieurs albums. Les Seegers la firent s’installa à Washington DC, où elle travailla comme cuisinière, inviter par des familles influentes de Washington, comme les nounou ou vendeuse, tout en s’occupant des enfants de Lillie. Ce Kennedy, avant de l’introduire dans le circuit de la musique folk, n’est que plusieurs années plus tard, avec une bonne part de chance, où elle devint très demandée grâce à la bienveillance de sa musique, qu’elle put mettre son immense talent au service de sa propre semblable au feeling de Mississippi John Hurt. Elizabeth Cotten carrière personnelle. continua de tourner jusqu’à la fin de sa vie (dernier show, organisé par la chanteuse Odetta à New York au printemps 1987, peu de SAUVÉE PAR LES SEEGER temps avant son décès). A tel point que les guitaristes de l’American "Je travaillais au Lansburgh Department Store au 5e étage, rayon des Folk Center se souhaitaient souvent de pouvoir "continuer à jouer poupées. Mme Seeger est venue avec sa fille, qui s’est perdue dans la en étant aussi âgés qu’Elizabeth Cotten".
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BIG BILL
BROONZY
L’AMBASSADEUR DU BLUES
C’est ainsi que se décrivit William Lee Conley Broonzy à Yannick Bruynoghe, son biographe belge, dans le livreEcrivez juste que Big Bill fut un chanteur-guitariste de blues bien connu et qu'il a enregistré 260 titres entre 1925 et 1952…""Quand vous écrirez sur moi, ne dites pas que je suis un musicien de jazz.Ne dites pas que je suis un compositeur ou un technicien de la musique.Texte : Romain Decoret Big Bill Blues. ig Bill Broonzy est celui qui, avant tout autre, a établi BChicago pendant les "Roaring twenties" et développa un style dele blues de Chicago dans sa forme première, et éven-tuellement ouvert les oreilles et les yeux du public eu- picking basé sur les riffs et les accords de Do ("Joe Turner’s Blues")de sa carrière. Il sut se réinventer en country bluesman dès le débutdes années 50 et revint à la guitare acoustique folk avec un jeu enquelques-uns. Son jeu de guitare a changé plusieurs fois au long "Rocking Chair Blues" en "Rock Me Baby", pour n’en citer que blues). Jusque-là, la guitare électrique était réservée au jazz ou aubablement la première apparition de cet instrument dans le Chicagotrique du jazzman George Barnes, dès 1938 (ce qui représente pro- blues urbain, avec piano, batterie, cuivres et même la guitare élec-ropéen au blues. Né dans le Mississippi, il s’établit à ou de Mi et La (le superbe instrumental "Hey, Hey"). sculptée sur la découpe supérieure du corps, ce qui poussa Blindverse : country bluesman, mais en fait très urbain, toujours élégam-ment habillé et jouant sur une Gibson avec une volute sophistiquée, western-swing. L’image de Big Bill a toujours été un sujet de contro- C'est là que William Lee Conley Broonzy voit le jour le 26 juin1893 (ou en 1898, l’acte de naissance étant peu lisible). Ses parents,PLANTATION BOLIVAR CO., SCOTT, MISSISSIPPI vécut jusqu’à 102 ans, avant de décéder en 1957, un an avant lalui avait confié en fermage. Quant à sa mère, Mittie Belcher, elleSon père, Frank Broonzy, était métayer sur un lopin de terre qu’on nés en esclavage, furent affranchis peu de temps avant sa naissance. senti, en 1940…répondit par un "Jivin’ Mr Fuller" bienBroonzy, le menteur"), auquel Big Bill Boy Fuller à le critiquer dans le titre Jivin’ Mr Broonzy" ("Mr temporains : John Lee "Sonny Boy" Wil-Bill Broonzy influença nombre de ses con-Mais ce ne sont là que paradoxes, Big "La différence entre le bluesdu Mississippi et celui mort de Big Bill. Il est le septième fils d’une de La Nouvelle-Orléans, travail. Bill fut d’abord employé aux petitstravaux de la ferme (jusqu’à l'âge de 7 ans),survécurent. Deux d’entre eux purent êtreenvoyés à l’école, les autres étant mis au fratrie de 21 enfants, dont 16 seulement Smokey Hogg, Jimmy Rogers, Muddyliamson I, Memphis Slim, Willie Dixon(qui s’inspira de ses textes), Robert Johnson, c’est qu’eux laissent de côtéles blue notes pour sonner nous tirons les cordes !""clean", alors que nous, Waters (qui repique note pour note l’intro banjo à cinq cordes.enseigne (partiellement) la guitare, sur unavant que son oncle, Jerry Belcher, ne lui Walter et enfin B.B. King, qui transformade "Midnight Steppers" sur "I’m Ready",écrit par Willie Dixon), J.B. Lenoir, Little Big Bill Broonzy née où une terrible inondation détruisitchanté par son oncle Jerry, fut "Joe Turner'sBlues", dont l’origine remonte à 1892, an- Le premier blues que Bill entendit,
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© DR
© The Story of the Blues / Columbia Records
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toutes les récoltes. Pourtant les fermiers trouvèrent devant leur portes des sacs de farine, de sucre et autres nécessités indispensables. Ce n’est qu’après la mort de leur bienfaiteur qu’ils apprirent que cette aide venait de Joe Turner, un pro- priétaire blanc qui avait donné l’ordre d’approvisionner secrètement tous les fermiers noirs, même ceux qui ne travaillaient pas pour lui. Broonzy dit qu’avec son oncle, le terme de blues n’était pas utilisé, les musiciens appelaient ce qu’ils jouaient des "Black Reels" et "White Reels". Les "White Reels" étaient joués lors des square dances dans les maisons des Blancs, alors que les "Black Reels" faisaient danser les fermiers dans les © The Story of the Blues / Columbia Records "barn dances" improvisées dans les étables, le soir. devient l’un des partenaires de Papa Charlie Jackson. Ami proche DE PINE BLUFF, ARKANSAS de Charley Patton (qui le cite dans "34 Blues"), Papa Charlie joue Lorsqu’il eut huit ans, Bill fut envoyé sur une autre ferme de son du banjo à six cordes. Big Bill apprend auprès de lui la guitare et père, dans l’Arkansas, où il commença à travailler comme laboureur devient suffisamment bon pour accompagner en studio d’autres ("plowhand"). C’est un travail dur, derrière une mule qui tire un artistes (comme Ida Cox, Lil Johnson, Jane Lucas, Barbecue Bob, soc de charrue. Bien des années plus tard, Big Bill Broonzy se voyait Casey Bill Weldon…). encore avec terreur en "plowhand" dans "Plowhand Blues" (1940). Dans l’Arkansas, Bill délaisse la guitare pour le violon, jouant prin- LE STYLE BIG BILL cipalement des "Scottish White Reels", des glissés et des valses & LES PREMIERS ENREGISTREMENTS EN SOLO dans les pique-niques, bals et soirées des propriétaires de plantations. Jusque-là, Big Bill pratique tous les styles populaires de l’époque : Le gospel est aussi l’une de ses premières influences. Sa mère l’em- ragtime, old-time, spirituals. Mais il rencontre Lonnie Johnson et mène très tôt à l’église, qui est considérée comme un lieu musical joue avec lui, ce qui influence son jeu de guitare. Il écoute aussi le avant tout. Avant de se consacrer au blues, Bill a d’ailleurs été prê- jazzman Eddie Lang, précurseur de Django Reinhardt. Big Bill cheur itinérant (entre 1912 et 1917), et enregistre plus tard quelques déclarera : "A La Nouvelle-Orléans, il n’y a pas de coton, ils cultivent gospels, comme "Hush! Sounds Like the Voice of My Lord" et la canne à sucre. C’est ce qui fait la différence entre le blues du Mississippi "Ananias (Tell Me What Kind of Man Jesus is)". En 1916, la sé- et celui de La Nouvelle-Orléans. Eux jouent du jazz et laissent de côté cheresse oblige Bill à abandonner la ferme. Il travaille quelque les "blue notes" pour sonner clean. Alors que nous, nous tirons les cordes !" temps comme mineur, et se maria la même année avec Guitrue En 1926, Big Bill contacte J. Mayo Williams, qu’il assiège, jusqu’à Embria, avant de partir pour l’armée, de 1918 à 1919. ce que le producteur accepte de l’enregistrer pour Paramount. Il va De retour dans l’Arkansas, Big Bill travaille comme violoniste désormais enregistrer pour divers labels (Perfect, Banner, Gennett, dans les clubs de Little Rock, puis part s’établir à Chicago. En Champion), sous une multitude de surnoms (Blues Boy Bill, Big Bill 1920, la grande cité venteuse du lac Michigan l’accueille d’abord Bromsley, Chicago Bill, Slim Hunter, Little Sam, Natchez, Sammy comme employé sur les wagons de la Pullman Company. Un bon Sampson...). Après l’inondation de 1927, J. Mayo Williams envoie job consistant à vendre des crayons, serviettes et autres babioles dans le Mississippi les plus grandes stars de l’époque (Bessie Smith, aux voyageurs. Accessoirement, il se procure des 78t de blues et les Blind Lemon Jefferson, Ida Cox, Ma Rainey, Shorty George, Barbecue revend avec un profit aux amateurs de Chicago. En 1924, Bill Bob et Lonnie Johnson) pour des concerts de soutien, et offre 500 dollars à celui ou celle qui écrira le meilleur blues sur l’inon- dation. Big Bill participe au voyage, mais c’est Bessie Smith qui empoche la prime (et une bouteille de whisky en sus!), avec le fameux "Backwater Blues". Pendant les effusions qui suivent, Big Bill part avec la bouteille.
L’AVÈNEMENT DU "BLUEBIRD SOUND"
Vers 1930, Bill rencontre Georgia Tom Dorsey et monte avec lui les Hokum Boys. Ce dernier, associé à Tampa Red, a obtenu un immense succès avec "It’s Tight Like That", au tel point que tous les chanteurs populaires de l’époque et les groupes blancs de western-swing reprennent cette chanson. Avec Big Bill, The Hokum Boys poursuivent dans cette tradition d’airs de ragtime osés. Cette direction musicale sera exploitée avec un très grand succès par Washboard Sam, le demi-frère supposé de Big Bill. A deux, ils écrivent des titres qui deviendront des standards, comme "Diggin’ My Potatoes", ce qui leur évitera de subir de plein fouet les effets du crash économique de 1929. En fait, ils deviennent tout simplement les plus grandes stars du Chicago de la Prohibition. Mais déjà, Big Bill Broonzy a trouvé d’autres voies. Il © The Story of the Blues / Columbia Recordsdélaisse cet épisode ragtime et hokum, tourne avec Memphis
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Minnie, écoute Peetie Wheatstraw et travaille Dans les années 50, Bill participe à l’émission "I Come for désormais pour Lester Melrose, le patron du Big Bill joue le rôle to Sing" et demande à l’animateur Studs label Bluebird. Là, il va vraiment créer le Terkel s’il connaît des promoteurs euro- Chicago blues d’avant-guerre, le "Bluebird d’ambassadeur du blues péens. En 1951, il part jouer en Angle- Sound", en utilisant un nouveau format, avec et de "dernier bluesman terre et en France. Il a totalement revu le pianiste Blind John Davis, les bassistes Bill son jeu de guitare, désormais basé sur le Settles ou Ransom Knowlings et la guitare vivant", un peu comme picking acoustique en Do ou en Mi. Les électrique de George Barnes. Broonzy fré- Jelly Roll Morton pour le jazz. critiques américains apprécient peu ce quente l'appartement de Tampa Red (sorte qu’ils considèrent comme une "copie" de de "pension" subventionnée par Lester Melrose pour les bluesmen Josh White, mais, dans une Europe où le blues est un art exotique du label). Madame Tampa Red cuisine pour le gotha de l’époque encore très peu connu, il rencontre un succès énorme. (Doctor Clayton, Big Maceo Merriweather, Washboard Sam, Jazz Il tourne également en Australie, en Amérique du Sud et en Afrique. Gillum, St Louis Jimmy Oden, Victoria Spivey, Lil Green, etc.), Il joue le rôle d’ambassadeur du blues et de "dernier bluesman vivant", dont Broonzy est le personnage central. un peu comme Jelly Roll Morton pour le jazz. Il enregistre pour les labels Vogue et Jazz Society (en France), Melodisc (Angle- EN MARCHE VERS LES SOMMETS terre) et Ricordi (Italie), avec de superbes réussites, comme Dès 1935, Broonzy est la figure la plus populaire de Chicago, il "Hollering the Blues", "Hey Hey" et "Joe Turner’s Blues". Il joue joue au 1410 Club, à l’Indiana, au Savoy, au Regal et à la Johnson’s à la salle Pleyel (1952), tourne le film Low Lights and Blue Smoke Tavern, où ont lieu les "blues battles", animées par Lonnie Johnson, Tampa Red et Big Bill. Mais Broonzy est aussi un découvreur de talents. C’est lui qui va chercher Tommy Mc Clennan dans le Mississippi, pour Lester Melrose. Il engage Memphis Slim au piano, et sera l’un des premiers à utiliser un batteur (Judge Riley). En 1937, il découvre sur Maxwell Street l’harmoniciste John Lee "Sonny Boy" Williamson. Plus tard, il l’aidera à enregistrer "Good Morning Little Schoolgirl", qui devient un énorme succès. Il aide également le pianiste Big Maceo et joue sur la plupart des enregistrements des bluesmen pour Bluebird, de Washboard Sam à Jazz Gillum (cf. le brillant "Key to the Highway", où son jeu de guitare est un chef-d’œuvre). Tout cela en créant ses propres titres, qui deviendront des standards immor- tels, dont "That’s All Right", repris par Jimmy Rogers, et "Rocking Chair" (devenu "Rock Me Baby") par B.B. King. Big Bill atteint le sommet en décembre 1938, lorsque John Hammond produit à Carnegie Hall la série de concerts "From Spirituals to Swing". Ham- mond veut engager Robert Johnson et découvre qu’il a été empoisonné par un tavernier jaloux à Three Forks (près de Greenwood, Mississippi) en août
1938. Hammond fait jouer les 78t de Robert Johnson
("Walkin’ Blues" et "Preachin’ Blues"), mais c’est Broonzy qui apparaît sur scène et interprète "It Was Just a Dream", accompagné par le pianiste Albert Ammons. Le mega succès est immédiat. Big Bill de- vient la nouvelle coqueluche new-yorkaise, apparaît dans le film Swingin’ the Dream et joue au huppé Cafe Society, puis au Million Dollars Theatre de Los Angeles, où il tourne en 1941 un "short" (les clips de © The Story of the Blues / Columbia Records l’époque) sobrement intitulé "Big Bill Broonzy". (1956) et initie le public du jazz au blues. En Angleterre, le jeune PREMIER AMBASSADEUR DU BLUES John McLaughlin met tout en œuvre pour assister à l’un de ses Après la Seconde Guerre mondiale et les restrictions interdisant concerts, en 1957. Plus tard, Eric Clapton sera un fan obsession- la fabrication des disques, Big Bill retrouve le chemin des studios. nel… jusqu’à ce qu’il découvre Robert Johnson. Il enregistre encore, mais les disques se vendent mal. Il joue dans Grâce à Big Bill Broonzy, le blues revival est en marche, mais il les clubs de Chicago et enregistre pour les labels Mercury et décède d’un cancer de la gorge le 15 août 1958. Son cercueil est Bluesman. Surtout, il accueille et protège le jeune Muddy Waters, porté par Muddy Waters, Tampa Red, Sunnyland Slim et Otis qui en restera influencé toute sa vie et enregistrera un album entier Spann, qui rendent hommage à celui qui fut l’incontestable patron des compositions de Big Bill. Puis, en 1948, Broonzy rencontre du Chicago Blues. Il est enterré au Lincoln Cemetery de Worth, Leadbelly, qui tourne en Europe. Une idée germe. En 1950, Big dans l’Illinois.
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INTERVIEW
AMYTHYST
KIAH
LE SECRET LE MIEUX GARDÉ
N é es ol o,l ’ol d - t i me , à Wa r y C h a t t a n oog a ,DE LA SCÈNE AMERICANA ava n t+ S t ra n ge d e re n con t re r .Te n n e s s e e , D ’a b ord i n s p i ré e R h i a n n on Amy t h y s t p a r G i d d e n s l eK i a h rock f raye a l t e rn a t i f ,d e s d a n s C a rol i n a d e e l l e n omb re ux C h ocol a t eé t u d i a e n s ui t e s t y l e s D rop s l ed i f fé re n t s G ra n dd i re ctfé mi n i s t e d u Te n n e s s e e .Ol ’ Op r yOur N a t i ve d e N a s h vi l l e , D a ug h t e rs . t e mp l e El l e d ef ut l a l a mus i que p re mi è re coun t r y i n s t rume n t i s t e e t b l ue g ra s s . n oi re Enà j oue r rout e b l ue g ra s s ,e td u s urd e we i s s e n b orn l af on d e r d a n s l a l i g n e mus i que ave c s on t ra n s a t l a n t i que s ur s e con de l l e l a coun t r y l es cè n e g roup ea l b um Texte : Romain Decoret d u e t e n 26 • AC #78© Sandlin Gaither Après votre premier disque solo, Dig, vous Où et avec qui avez-vous enregistré ? meilleur sans elle. Alors, cette chanson est ma avez joué avec Rhiannon Giddens dans Our Nous avons choisi Sound City Studios à Los manière d’éclaircir son intention. De la même Native Daughters, puis vous avez sorti ce nou- Angeles, parce que Tony Berg y a ses entrées façon, "Hangover Blues" correspond à une pé- vel album solo. Que s’est-il passé entre-temps ? et connaît bien le matériel d’enregistrement. riode de ma vie où j’étais devenue alcoolique ; J’ai enregistré le disque Songs of Our Native Concernant les musiciens, il y avait Blake la guitare de Blake Mills retranscrit bien les Daughters avec Rhiannon et l’une des chan- Mills des Alabama Shakes à la guitare, Gabe regrets du lendemain matin, avec ces sons venus sons, ma composition "Black Myself ", a eu Noel à la basse et Rich Hinman, le joueur de du swamp blues. du succès. C’est devenu un hit country alter- pedal-steel de k.d. lang et Tanya Tucker. Il natif, chanson de l’année en 2019, avec un s’est trouvé que Wendy Melvoin (du groupe Quels instruments avez-vous joués durant ces award de la Folk Alliance International. Nous Wendy & Lisa, qui a joué avec Prince & The séances ? avons tourné un peu partout, en rencontrant Revolution, Madonna, Neil Finn, N.D.L.R.) Du banjo, de la guitare électrique et acous- aussi bien Robert Randolph que Jason Isbell. était libre et a apporté une étincelle de per- tique. En acoustique, je joue actuellement sur sonnalité qui correspondait à mes chansons une Gibson G-45. Je fais partie de la Gibson Vous avez joué au Ryman’s Auditorium, haut country-blues. Generation Collection. La G-45 est un mo- lieu nashvillien du Grand Ol’ Opry. Qu’avez- vous ressenti sur cette scène mythique ? Evidemment, il était impossible de ne pas penser à Charley Pride ou, encore plus loin, à l’harmoniciste DeFord Bailey qui fut le seul musicien noir de l’Opry pendant plus de vingt ans. Beaucoup de gens sont venus nous voir après le show et l’ont évoqué. Immédiatement après cette tournée, j’ai commencé à travailler sur mon nouveau disque.
"LE TITRE "BLACK
MYSELF" EST UNE
CHANSON SUR LE
TRAUMATISME DU
RACISME, PAS
SEULEMENT CHEZ
LES AUTRES, MAIS
EN NOUS-MÊMES."
Comment s’est déroulée la phase d’écriture? Ce fut très difficile, beaucoup plus qu’avec © Derek Cress Our Native Daughters. Beaucoup des chan- sons viennent d’une période de ma vie où Comme vous l’avez dit, les chansons traitent dèle sorti en 1964 puis abandonné. Il y a une j’avais été traumatisée par le suicide de ma des problèmes que vous avez rencontrés dans ouverture Player Port sur le dessus de la gui- mère, tout en essayant de naviguer et de me votre vie, comme "Black Myself " par exemple. tare, qui permet d’entendre ce que l’on joue trouver en tant que femme noire et LBGT C’est une chanson sur le traumatisme du ra- comme si l’on était en face de la rosace. C’est dans une ville de la Bible Belt. Donc déjà, ces cisme, pas seulement chez les autres, mais en comme un retour acoustique naturel ; j’adore chansons n’ont rien de facile. J’ai enregistré nous-mêmes. Il y a des noirs qui perpétuent cette guitare ! Je joue aussi sur une Martin D- l’album une première fois, puis une seconde. une certaine croyance raciste inversée : ceux 18 acoustique. En électrique, je joue une Ensuite, j’ai effacé virtuellement tout sauf qui ne sont pas noirs sont automatiquement Gibson ES-335 et des Fender Telecaster et quelques pistes et structures rythmiques. Je considérés comme racistes. Je m’attache à Stratocaster. Je me suis longtemps branchée voulais que le disque emmène l’auditeur dans montrer ce qui est nécessaire pour créer l’éga- sur des amplis Fender Twin, mais récemment un autre monde et l’absorbe entièrement. Puis lité entre tous les gens. j’ai adopté un Vox AC-30 S1 j’ai fait une courte séance avec Tony Berg (pro- ducteur d’Amos Lee, Phoebe Bridgers, Andrew "Wild Turkey" est une autre épreuve importante On vous décrit comme le "secret le mieux gardé Bird) avec ma chanson "Fracture Me" et j’ai de votre vie… de la scène americana". Votre jeu de guitare est su que j’avais trouvé le partenaire qu’il me fal- Cela concerne le suicide de ma mère qui s’est très sophistiqué. Comment le décririez-vous ? lait. Malgré tout, j’ai eu des moments où je jetée dans le Tennessee. Comme tu le sais, le J’ai travaillé plusieurs styles différents ; je peux me demandais si j’allais vraiment tout refaire Wild Turkey est un whisky, et elle en avait bu jouer avec seulement un médiator, mais j’aime à partir de zéro. Mais je voulais que le disque pour se donner la force de se noyer. Pendant aussi jouer en picking avec des onglets à soit le meilleur possible et j’ai eu la chance de longtemps, j’ai cru qu’elle avait voulu m’aban- chaque doigt. Ou encore avec un médiator pouvoir garder un contrôle total sur ce que je donner, mais j’ai ensuite réalisé que la vraie rai- tenu entre le pouce et l’index et deux onglets faisais. son était qu’elle pensait que le monde serait aux autres doigts de la main droite.
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INTERVIEW
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JEAN-LOUIS
MURAT
Touj oursci s e l é à l ’Amé ri que a us s i p rol i xe , d e DOBRO PISTOLEROs on l ’Auve rg n a t e n f a n ce , J e a n - L oui se n t re g roove M ura t b l ue s y, s or t ch a n s on s s on 2 2 e a l b um,d ’a mour L a e t v ra ie n a p p e s v ieTexte : Philippe Langlest - Photos : Jeetoo d ed e B u c kd ob ro. J o h n . Un h omma g e Apassion clairement affichée pour Neil Young,voilà maintenant plus de 35 ans que l’infa-textes stylés, sa griffe guitaristiquevec son timbre vocal velouté, sesrugueuse, à la Robert Johnson, et sa courageux, vaillant et loyal. Les westerns ontbercé mon enfance à la Bourboule ; je connaistoutes les séquences deWayne, par exemple. Fort Alamo avec John quand j’enregistre chez moi dans mon home Comment as-tu découvert les aventures de indispensables. Fender Telecaster et mon dobro, ils me sontstudio, j’ai besoin d’avoir à mes côtés ma sant son territoire musical entre alphabettigable Jean-Louis Murat trace son sillon,blues et volcan pop. Qu’il publie en solo ou tis- Orchestra), ses albums séduisent, surpren-bien accompagné (Calexico, The Delano découvert les petits formats Imperia en BD Buck John en format BD ?A six ans, l’Amérique me fascinait déjà, j’ai Il y a juste un clavier, une basse et une guitarece côté blues roots ?une griffe sonore Stax/Muscle Shoals.Sur le morceau "Où Geronimo rêvait", il y a D’où vient nitivement comme un grand cru. Rencontreavec le pistolero Murat.nent et ne déçoivent jamais. A la fois revêcheet ensorcelant, son nouvel opus s’affirme défi- ou l’Arizona en toile de fond. L’Auvergne,gnates, c’est un peu comme avoir le Montanade la Bourboule, où je m’approvisionnais.Quand tu grandis dans les montagnes auver- de Buck John chez le marchand de journaux sauce sur ce titre, ça sonne un peu comme duqui vient s’encanailler et à qui on a enlevé les c’est mon Far West à moi. Redbone vintage : c’est carré, ça sent le sable rênes pour la laisser galoper. On a envoyé la chaud et l’Ouest américain. A l’origine, j’avais pensé l’intitulerQuel est le concept de ce nouvel album ?Trouver un titre d’album n’est jamais simple.que je me retrouvais bien seul dans ma ferme Tu sors immuablement un disque tous les douze auvergnate. Bref, j’étais parti à la rechercheblaireau par rapport au confinement et au fait L’année du MON FAR WEST À MOI."L’AUVERGNE, C’EST " un coureur de fond : j’anticipe toujours la pro-ADN. Dans ce registre, je suis un peu commemois. Comment tiens-tu la cadence ?Composer et écrire des chansons, c’est mon chaussettes,d’une idée de titre avec le moral dans lesdevant les étagères de ma bibliothèque et que jusqu’au moment où je suis repassé Le dobro est très présent dans ce disque. Depuisquand pratiques-tu cet instrument ?Je le taquine depuis trente ans. J’ai toujoursété très attiré par la sonorité à la fois tranchante petit dernier et, dans la foulée, j’ai finalisé 12morceaux pour le prochain. Je suis prêt à en-chaine course. J’ai enregistré 24 titres pour le John, la première BD que j’ai lue enfant, bienj’y ai redécouvert de vieux numéros de Buck quiller un nouvel album, sans problème. Buck Johnavant Hergé et tous les autres. Cela a été une Quels musiciens t’accompagneront sur la tour- qui tu rêves de ressembler, toujours prêt à dé-évidence, je tenais mon titre. Buck, c’est le genre de cowboy à La vraie vie de née qui débutera en mars 2022 ?Je serai accompagné par une petite équipe de fendre la veuve et l’orphelin. En plus, il est avec le talent qu’on lui connaît. C’est simple,sus. Les guitares à résonateur m’évoquent le j’en ai acheté un très beau à un luthier de LosAngeles, avec le chevalet directement fixé des-et soyeuse du dobro. Il y a quelques années, son de J.J. Cale qui pratiquait l’instrument terie. J’ai hâte d’y être !Clavaizolle au piano et son fils Yann à la bat-musiciens que je connais bien : il y aura Denis
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INTERVIEW
KATIA
SCHIAVONE
Originaire de Naples, un temps domiciliée à Londres avant de s’implanter en France, cette vir tuose de la guitare jazzs’estl’œil detaillé une solideDU VÉSUVE À DJANGO (Label Ouest), à l’occasion des vingt ans du Trio Reinhardt. Rencontre avec une jazz woman qui va marquer les esprits. Noé Reinhardt réputation et Samy Daussat, dans les qui clubs l’ont de invitée jazz parisien. à dans la C’est foulée lors à d’unpar ticiper gig qu’elle à l’albumTexte : Ben - Photos : Romain Bouet a rencontré Reinhardt et tapéMemories dans
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apporter que ma propre touche, plutôt jazz électrique. Noé était ravi, car lui aussi fraye dans le bebop, les divers types de jazz, et n’aime pas se cantonner à jouer dans le style jazz ma- nouche. Ce sont des mondes complètement différents, notamment au niveau rythmique : c’est pourquoi, lors de l’enregistrement, je pre- nais plutôt des solos. En concert, j’essaie de rentrer dans cette histoire en abordant un peu la fameuse pompe, mais c’est Samy qui tient la baraque. J’ai adoré cette rencontre, car Noé et Samy sont très pédagogues ; ils sont toujours en train de me guider et d’alterner le respect de la tradition manouche et les digressions vers d’autres esthétiques jazz. Tu as signé une composition pour le trio, intitulée Co. On est plus dans une veine jazz américain que dans la musique de Django. Quelle était ton idée? Je me suis inspiré des guitaristes du jazz West Coast, notamment d’un titre de Billy Bean que suis venue à Paris il y a environ cinq ans pour j’écoutais beaucoup à ce moment-là. Comme à suivre les cours du saxophoniste Luigi Grasso, l’époque, j’étais en train de travailler sur mon un super professeur d’harmonie et frère du propre projet de trio de guitares, je me suis dit guitariste Pasquale, au conservatoire municipal que ce titre collerait parfaitement au projet du IXe arrondissement. de Noé et Samy. J’aime bien cette pièce, car elle se démarque des compositions de Noé, qui sont Le 6 décembre dernier, sur ton Facebook, tu as plus souvent en tonalités majeures. A vrai dire, poussé un coup de gueule contre la misogynie elle rejoint plus les pièces de Babik, plutôt mi- ambiante dans le milieu musical, notamment à neures et électriques, elles aussi. On sent que cause des félicitations sur ton physique, non sur cet artiste sortait du cadre et qu’il s’éloignait ton art. Que s’est-il passé ? de la musique de son père. Rien de particulier, mais j’aime m’engager, et en tant qu’être humain, je suis outrée par les dernières affaires et le fait qu’on doive encore
"IL EST TEMPS
EN CONCERT
défendre la condition féminine. En tant que D’ARRÊTER DE TOUT femme et musicienne, je suis exposée à ces
LE 11 FÉVRIER À LA JAM
réflexes machistes, voire pires. Quand on me DU DUC DES LOMBARDS SEXUALISER, C’EST félicite après un concert en me disant que je ET LE 11 MARS 2022 UNE QUESTION DE suis jolie, ça m’énerve ! Quel rapport avec ma AU 38 RIV’, DIGNITÉ HUMAINE, musique? C’est humiliant. Ces comportements
À PARIS.
sont souvent culturels à la base : certains ne MAIS AUSSI UNE pensent même pas que c’est dérangeant, ils LIGNE DE CONDUITE veulent juste te dire une gentillesse sans voir
PROFESSIONNELLE."
ce qu’il y a derrière... Il est temps d’arrêter de tout sexualiser, c’est une question de dignité Comment as-tu rencontré Noé et Samy ? humaine, mais aussi une ligne de conduite Ils sont venus me voir jouer lors d’un concert Tu as pas mal bourlingué avant de t’installer à professionnelle, car je veux être jugée unique- à l’Apostrophe à Paris, avant la Covid-19. Je Paris. Qu’est-ce qui t’appelait dans cette scène ment sur mes compétences musicales, non sur ne les connaissais que de nom, car je ne viens jazz parisienne ? ma plastique. pas du monde du jazz manouche. Noé m’a Je viens de Naples, où il y a une scène jazz très www.katiaschiavone.com ensuite proposé de faire un petit gig au Baiser développée, avec un brassage musical constant. Salé, et ça s’est très bien passé. Ensuite, Max J’ai suivi un cursus au conservatoire, mais je (Robin, collaborateur du magazine et producteur me suis vite aperçue que j’étais plus attirée par de l’album, N.D.L.R.) a vu la vidéo et a trouvé le jazz des années 50 que les répertoires tradi- que ce serait intéressant de faire quelque chose tionnels. Après le conservatoire, j’ai suivi les avec ce trio. masterclass de Barry Harris, qui est malheu- reusement décédé en novembre dernier. Il m’a Vingt ans après les débuts du Trio Reinhardt, vraiment ouvert l’esprit. Je suis fan de Billy ils t’ont invitée à remplacer David et rejoindre Bean, Jimmy Raney, Pat Martino plus récem- la grande famille des Reinhardt. Comment cela ment, mais mon père spirituel, c’est Grant s’est-il passé ? Green! Pour en revenir à ta question, j’ai habité Très bien ! J’ai dit à Noé que je ne jouais pas à Londres et j’y retourne régulièrement ; j’adore de jazz manouche et donc que je ne pouvais la scène jazz locale, qui est très dynamique. Je
© DR
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GRAND ANGLE
L’ESPRIT DES
Alorsdes Reinhardt, David Reinhardt (petit-fils de Django) et Lévis Reinhardt (arrière-petit-fils de Django et de Joseph),descendants directs de la lignée, nous aident à décrypter l’héritage familial.REINHARDT que le projet "Reinhardt Memories", emmené par Noé Reinhardt, célèbre en guitare la mémoire et l’esprit David Reinhardt Texte : Max Robin - Photos : DR
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DAVID REINHARDT & LÉVIS REINHARDT
UNE HISTOIRE DE FAMILLE
INITIATION
david : J’ai été beaucoup influencé par mon père. Je me rap- pelle justement l’album Nuances, les répétitions chez nous, les musiciens qui étaient là, qui dormaient à la maison. La batterie et les claviers en plein milieu… Tout s’est fait devant moi ! J’ai grandi comme ça. J’avais mon biberon à la main et lui composait "Une histoire simple". Chez nous, on écoutait très rarement du swing. Si on écoutait Django, la plupart du Mitsou, Quick, Babik et Naguine Lévis Reinhardt L’esprit des reinhardt Comment définiriez-vous cet "esprit" Reinhardt ? david : Par un son déjà, qui est commun, je pense. Ça, c’est vraiment le fil conducteur, pour moi, chez Lousson, chez Nin-Nin, chez Django bien sûr, chez mon père… Ça tient à quoi, d’après vous ? david : Je pense que c’est dans les doigts, vraiment… Je me suis vu jouer sur des guitares pas terribles, mais retrouver quand même mon son, toujours… Lévis : Le son, ça vient à la fois de l’esprit et du physique. david : Mon père, petit, a vu son père jouer. Lousson aussi, encore plus. Ils ont vu Django, la position. Et tu essaies, sans calculer, de reproduire ce que tu as vu. Donc premièrement, je dirais le son. Après, un certain lyrisme. Et un certain goût commun aussi. Qu’est-ce que tu appelles le "goût" ? david : Une certaine conception du beau… Quand tu as un lien de famille, je pense que tu as quand même une certaine vision, dont tu hérites. Tu as grandi dans un certain contexte. Tu as une vision du beau qui est calquée, un peu, sur ta famille, ton environnement… Evidemment, il y a un héritage fort de la plus grosse personnalité de la famille, qui était Django, bien sûr. Je pense qu’on a hérité de Django une certaine conception de la musique, justement dans le sens du développement de sa propre personnalité, dans le son, la composition. Et dans le fait de toujours regarder vers l’avant, avec cette curiosité pour les États-Unis, ce qui "AVEC UN TRÈS PETIT se fait à la pointe de la nouveauté, du jazz et de la musique en
NIVEAU, JE ME SUIS
général. Je pense que les différents personnages de la famille avaient tous cette optique-là. En n’ayant pas forcément le talent de RETROUVÉ À JOUER Django, mais en tout cas l’état d’esprit. Lévis : Les gens sont parfois déçus qu’on ne fasse pas la musique SUR DE GROSSES de Django. Mais quelque part, la plus belle façon de lui rendre SCÈNES, ÇA A ÉTÉ hommage, c’est de regarder plus loin en fait. Une manière de lui ressembler, c’est de faire ce qu’il a fait, garder l’optique, rester tourné MON ÉCOLE. POUR LE vers le futur, aller chercher plus loin, sa propre personnalité. Ça, c’est
MEILLEUR ET POUR
un point commun… C’est en ça que le reste de la famille lui est ressemblant. LE PIRE. " DAVID © Philippe Cabaret
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GRAND ANGLE
temps, c’était la dernière période. On a baigné dans la musique brésilienne, le jazz-rock. Mes premiers souvenirs de musique, c’est Sergio Mendes ou Take 6, le groupe vocal. Et de la gui- tare : Frank Gambale, Pat Metheny, les Yellow Jackets, des choses comme ça. Les Anciens Joseph ReinhARdt dit "Nin-Nin" (frère de Django) Gala tsigane, Cirque d'hiver, 11 mars 1967 (Babik, Joseph & Dingo Adel) david : C’était un homme particulier, on le voit sur les photos - il dégage quelque chose - et sur les vidéos. Lévis : Mon père, qui était très intime avec Babik, écoutait beaucoup D’après la famille, c’était un homme qui ne parlait pas, de musique. Il m’a fait découvrir énormément de choses, m’a vraiment qui communiquait très peu. Un caractère très spécial, mais ouvert à la musique. J’ai grandi dans l’univers de Jean-Luc Ponty. avec une grande sensibilité et un talent de compositeur. Petit, j’écoutais beaucoup Khalil Chahine, mais aussi des groupes Il y a un son et une patte dans la composition. Pour moi, ce sont les qualités premières. moins jazz, comme Incognito. J’ai eu une phase Earth, Wind and Fire, parce que mon père écoutait ça par nostalgie, ça lui rappelait des sou- eugène Vées venirs. Moi je n’avais pas connu ça, donc je ne le voyais pas comme (ou Weiss), dit "Ninine" (cousin germain de Django) quelque chose de vieillot ! Ça me plaisait beaucoup. david : Weiss, c’est le vrai nom qu’on aurait dû porter ! Il se david : Dans la génération de son père, il n’y avait pas de musiciens, dit que c’était un homme très simple, assez timide, réservé. mais c’étaient tous des mélomanes. Ils ont fait découvrir plein de D’ailleurs, on le voit sur cette vidéo du début des années 60, on sent bien le personnage, on comprend tout de suite. choses à mon père, certains trucs d’Herbie Hancock ou Gino Vanelli, C’était un très bon accompagnateur, et on découvre un les nouveautés qu’il ne connaissait pas. C’étaient vraiment des "cher- soliste pas mal du tout, à la guitare électrique (il en a eu cheurs"… Dans les fêtes, pour les mariages, les fêtes de Noël, ou une avant Django !). Ce sont des gens qui, après-guerre, autres, on dansait sur George Benson, Earth, Wind and Fire, toujours ont découvert le bop, écouté Ella Fitzgerald, Frank Sinatra… de la bonne musique, de la variété, mais de la bonne, selon nous ! Ninine et Mitsou, son fils, qui était aussi guitariste, étaient (rires) des amoureux "fanatiques" de Wes Montgomery. (…) Il se dit beaucoup de choses aussi sur Guiligou, son père, un des Lévis : Nous sommes des personnes de bon goût ! (rires) oncles de Django côté paternel. Guiligou était paraît-il le meilleur, le plus virtuose, le plus talentueux. RAP ET ÉLECTRO Lévis : Après, j’ai écouté beaucoup Marcus Miller, Frank Gambale, Lousson Allan Holdsworth… Et à un moment donné, je me suis mis à écouter (1er fils de Django, grand-père de Lévis) des groupes de rap, qui n’avaient pas de rapport direct avec la musique Lévis : Dans la famille, on a une façon de se le représenter, que j’écoutais par ailleurs. Du coup, j’avais un peu honte. J’écoutais parce que je ne l’ai pas connu. Je vois un personnage un peu en retrait sur les choses, dans sa manière d’être, Lousson ça tout seul et je me disais : quelqu’un de réservé, discret. "Ah ! J’aime pas, mais j’aime david : Il a ce son "Reinhardt" dont on parlait tout à l’heure. bien !" Je n’assumais pas… Un vibrato, une profondeur, une sensibilité… Quelque chose Puis j’ai découvert le pianiste de vraiment fort, dans la veine Django 53, avec des Robert Glasper. David me dissonances. C’était un homme qui vivait un peu au jour le l’avait fait un peu écouter jour, pas du tout carriériste… quand il était revenu de New BABik York, mais il s’agissait d’al- (2e fils de Django, père de David) bums plus anciens. Là, ce que david : Quand Django rentre des États-Unis, qu’il digère ça, j’entendais faisait le pont avec qu’il se met à la guitare électrique, qu’il cherche et enfin qu’il toutes les nouvelles choses que trouve, en 1950 on va dire… pendant les trois dernières j’avais écoutées, qui n’avaient années de la vie de Djano, mon père a déjà 7 ans, 8 ans, 9 ans… A cet âge-là, tu as des souvenirs, c’est là que tu rien à voir avec le jazz. Et je emmagasines des choses. Ce qui s’écoutait à la maison, l’univers musical dans lequel il a grandi, c’était pas du tout Babik Reinhardt le swing. Il n’a grandi ni avec la guitare acoustique, ni avec Joseph Reinhardt le swing, encore moins avec le musette ! Donc après, en 1953, quand Django meurt, il a 9-10 ans, il attrape et il suit ce qu’il se passe, ce que la famille écoute, les nouveautés qui sortent : Charlie Parker, Tal Farlow, Jimmy Raney, Kenny Burrell, la West Coast. (…) L’aboutissement de son œuvre, pour moi, c’est l’album Nuances. On est revenu à un jazz moderne, ce n’est plus "fusion / jazz-rock" (avec batterie binaire et basse en slap), comme dans la période précédente, c’est quelque chose dans l’esthétique qui me plaît plus. Au niveau des compositions, la barre est très haute. Lévis : Moi j’adore la phase des années 80, notamment avec les boîtes à rythmes. Il y a à la fois un côté "rétro", mais aussi "avant-gardiste", parce qu’au final, on y revient ! Je trouve ça intéressant.
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"MOI JE SUIS UN "COMPLIQUÉ" ITINÉRAIRES
COMME ON DIT, UNE PERSONNE
David : Avec Lévis, on n’a pas exactement le même parcours. Moi, j’ai appris beaucoup sur le tas. Avec un très petit niveau, je me suis QUI SE POSE PLEIN DE QUESTIONS… retrouvé à jouer sur de grosses scènes, à être confronté à ça, ça a été ÇA FAIT À PEU PRÈS DIX ANS mon école. Pour le meilleur et pour le pire. Parce que c’est compliqué… Du coup, j’ai été mis en avant en étant débutant. Alors que lui,
QUE JE TRAVAILLE SUR UN
finalement, quand il va se décider, ce sera beaucoup mieux! Je pense PROJET D’ALBUM !" LÉVIS que c’est la bonne méthode. C’est ce que mon père aurait voulu pour moi. Mon père ne voulait pas que je sois mis en avant trop tôt… me suis dit : "Ah, enfin quelqu’un comme moi ! C’est bon, donc c’est par Lévis, aujourd’hui, s’il sort un album, avec le talent et le niveau qu’il là en fait qu’il faut aller !" Parce que c’était très ouvert, il y avait des a, ça va avoir un impact ! Un gars que le grand public ne connaît pas chanteuses, des rappeurs, et ça restait très jazz quand même. Avec encore, avec déjà une maturité et un potentiel… A refaire, je préfère les rythmes de Chris Dave derrière, typiquement noirs américains, ce fonctionnement-là. complètement décalés, trip-hop, des trucs comme ça. De là, je me lévis : Moi je suis un "compliqué" comme on dit, une personne qui suis mis à écouter un peu d’électro, comme Flying Lotus, le neveu de se pose plein de questions… Ça fait à peu près dix ans que je travaille John Coltrane, Thundercat et beaucoup d’autres… Maintenant, sur un projet d’album ! En fait, c’est parce que je ne travaille pas du j’écoute vraiment beaucoup de musiques différentes. tout à temps plein. Parce que dans ma tête, je suis un peu "évadé"… David : Ce qu’il dit, ça représente vraiment notre philosophie. On Je ne pense pas être quelqu’un de perfectionniste, dans le sens de la a toujours essayé de chercher vraiment, d’écouter ce qui se fait et de forme, mais il faut que ça me plaise un tout petit peu, que je sois un toujours trouver quelque chose de plus moderne et novateur… Lui, peu satisfait de ce que je fais. Et là ça commence ! Seulement main- il a continué le truc ! tenant… David : Il est étonnant. Il a mis de sa personne pour chercher vraiment quelque chose, développer quelque chose à lui. Et woaw, c’est une belle personnalité ! Mais au départ, comme pour toute personne qui suit ce chemin-là, ce n’est pas facile, ça peut être très confus. On ne comprenait pas trop où il voulait en venir. Il a fallu du temps, mais aujourd’hui, je pense qu’il a trouvé. lévis : C’est bien résumé ! Simba Baumgartner Eugène Vées & Joseph Reinhardt, 1958
JAZZ MANOUCHE
David : Je n’écoutais pas de jazz manouche à la maison. Mais quand j’ai eu 15-16 ans, je traînais beaucoup dans les clubs, notamment rue des Lombards, et aussi dans les bars où on jouait du jazz manouche. Dans ce cadre-là, j’aime bien en écouter. Je n’écouterais pas ça chez moi, mais pour boire un coup, j’aime bien. J’aime bien l’ambiance. C’est "chez nous", si tu veux… lévis : Ça nous manque un petit peu de temps en temps ! Nouvelle géNératioN Elysée Rudenklau Simba baumgartNer (petit-fils de Lousson, cousin germain de Lévis) David : C’est un très bon guitariste, j’aime beaucoup. Il a une belle technique. Il reste pour le moment très "guitare acoustique swing", à l’image certainement de ses premières influences, dont celle de son demi-frère Dallas, avec lequel il a grandi. C’est quelqu’un de très gentil, très simple, discret, vraiment plaisant. Il fait très bien ce qu’il fait, ce n’est pas vulgaire, pas du n’importe quoi, c’est propre, rien à dire ! lévis : Je suis d’accord. A voir à l’avenir où il va aller… elySée ruDeNklau (arrière-petit-fils de Joseph Reinhardt) David : Nin-Nin a eu un fils qui s’appelait Gauthier, surnommé "Quick", qui jouait un peu de contrebasse. Elysée, c’est le petit-fils de Quick, le fils d’une de ses filles. C’est un Reinhardt, mais il porte le nom de son père. C’est un très bon guitariste, mais là où il est vraiment redoutable, je trouve, c’est à la guitare nylon. Il a développé un truc aux doigts, formidable ! Il évolue dans le milieu évangéliste. Ça fait une dizaine d’années que je le côtoie et que je joue régulièrement avec lui. lévis : Elysée est très ouvert, il écoute beaucoup de choses, qui vont l’inspirer, je pense, pour aller de l’avant. Pour le moment, il a ce côté acoustique déjà très moderne. Il fait partie de ces fortes personnalités un peu électrons libres, difficiles à classer.
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SOMMAIRE PÉDAGO
Saisissez le code AC78winter pour télécharger les pistes audios et vidéos pédagogiques de ce numéro sur : www.guitaristmag.fr/pedago Etude de style 38 Le blues rural Par Chris Lancry Masterclass 44 Chris Lancry Keith B. Brown Masterclass 47 Eric Bibb Eric Bibb Picking 50 Keith B. Brown Par François Sciortino Blues Story 52 François Sciortino Par Chris Lancry Acoustic Blues 54 Idhaï Par Jimi Drouillard Jazz manouche 58 Katia Schiavone Par Gwen Cahue Masterclass 60 Par Katia Schiavone Jimi Drouillard Le coin de la chanson 62 Par Idhaï Valérie Duchâteau & Antoine Tatich Les guitares improvisibles 66 Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich Gwen Cahue
NOUVEAU ! L’ACCÈS À NOS VIDÉOS EN LIGNE EST RÉSERVÉ À NOS LECTEURSTRICES
C’est simple : pour visualiser et télécharger les leçons pédagogiques rendez-vous sur : www.guitaristmag.fr/pedago (inscrivez-vous et renseignez le mot de passe "AC78winter") Gravure musicale : Jean-Philippe Watreme
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ÉTUDE DE STYLE
Par Chris LanCry Blues & Roots ! © DR les fondamentaux et tout savoir sur les origines de la note bleue.Plongée dans le Deep south Blues pour renouer avec
1-8 © DR
1-8 EXEMPLE 1 : A BLUESUn blues en La à la manière de Lonnie Johnson, qui a bien influencé Robert Johnson dans des morceaux comme "Kindhearted Woman Blues". A noter la position de la 7e à la neuvième case, avec la basse de La jouée sur la cinquième corde à vide. 1 1
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ÉTUDE DE STYLE
EXEMPLE 2 : LIGHTNIN’ BLUES
Voici un exemple de blues en Mi typique du Texas (mais pas seulement) et incarné par le monument Sam "Lightnin’" Hopkins. On peut également citer Mance Lipscomb. 2 2
EXEMPLE 3 : MISSISSIPPI JOHN
Phrasé dans le style cool et groovy de Mississippi John Hurt, qui jouait avec les trois doigts de la main droite, pouce/index/majeur, sans thumb ni fingerpick. Travaillez en priorité le mouvement un peu inhabituel de la position basique de l’accord de Sol, déclinée sur différentes parties du manche. 3 3
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ÉTUDE DE STYLE
3 3
EXEMPLE 4 : RAG IN C
Voici un exemple de jeu en fingerpicking des pionniers de la guitare blues comme Blind Blake dans les années 20. Le morceau est joué à deux doigts, pouce/index. Cette technique de jeu devait se développer par la suite et donner naissance au style de Merle Travis dans les années 40, puis de Chet Atkins et Jerry Reed. 4 4
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ÉTUDE DE STYLE
4 4
EXEMPLE 5 : DROP DEAD BLUES
La guitare est accordée en Drop D, c'est-à-dire qu’on descend la sixième corde du Mi au Ré. Cet accordage a été souvent utilisé dans le Blues, notamment par les joueurs de guitare à 12 cordes, avant d’être redécouvert par le grunge dans les années 90. 5 5
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ÉTUDE DE STYLE
EXEMPLE 6 : DELTA BLUES
Le Blues du Mississippi joué au bottleneck. Accordage open G : Ré-Sol-Ré-Sol-Si-Ré, de la corde grave à la corde aiguë. Toutes les notes sont "slidées". Les croix dans les mesures 5, 6 & 9 indiquent que la main droite frappe les cordes "mutées". 6 6
EXEMPLE 7 : CHICAGO SLIDE
Le shuffle au slide cher à Elmore James, en open D (Ré-La-Ré-Fa#-La-Ré). Il s’agit d'un mélange de notes "slidées" et d'une rythmique jouée aux doigts dans les positions d’accords propres à cet accordage. 7 7
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ÉTUDE DE STYLE
7 7
EXEMPLE 8 : BLIND WILLIE BLUES
Voici un exemple de blues au slide en open D, inspiré de Blind Willie Johnson, qui est lui-même l’inspiration principale de Ry Cooder. Attention : la tablature est écrite en mesure, mais l’interprétation doit être complètement libre, en mesures inégales sans tempo défini, très aérée, très libre et en faisant durer les notes, chose possible que si l’on joue en solo bien entendu. 8 8
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MASTERCLASS
PAR KEITH B. BROWN
Variations sur © Patricia de Gorostarzu l’Open de Ré Pour cette leçon captée sur le vif lors d’une de ses répétitions parisiennes, 9 Keith joue "simple", mais avec un swing et une assise rythmique remarquables. Keith B. Brown est accordé en open de Ré (Ré - La - Ré - Fa# - La - Ré). Profitez de ses conseils pour aborder la slide et soignez votre placement rythmique.Relevé musical : Francis Darizcuren 9 explication, qui vous permettront d’aborder successivement le turnaround, l’accompagnement du shuffle etAvant de vous confronter au morceau joué en ouverture, voici quelques riffs détaillés par Keith dans sonle jeu en slide. Bon blues !
TURNAROUND & SHUFFLE
EXEMPLE 1
EXEMPLE 2
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MASTERCLASS
BOTTLENECK & SLIDE
EXEMPLE 1
EXEMPLE 2
EXEMPLE 3
MORCEAU D’APPLICATION
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MASTERCLASS
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MASTERCLASS
PAR ERIC BIBB
Le spiritual blues d’Eric Bibb © Patricia de Gorostarzu Masterclass exclusive de l’artiste américain,qui nous explique comment il a revisité Lightnin’ Hopkins. Avec l'aimable autorisation de DixiefrogTranscription : Eric Gombart 10-11 10
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MASTERCLASS
10-11 10
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MASTERCLASS
© Patricia de Gorostarzu
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LE COIN DU PICKING
PAR FRANÇOIS SCIORTINO
Picking the blues Mais c’est là la grande richesse de cette musique. Du Rag au South BluesVoici un blues plus proche de Merle Travis que de Robert Johnson ! © Pierre Thouvenot profond, en passant par le swing, il y en a pour tous les goûts ! Picking à deux ou trois doigts suivant la couleur voulue, libre à vous ensuite de développer cette étude. 12-13 Bon blues ! 11-12
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LE COIN DU PICKING
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BLUES STORY
PAR CHRIS LANCRY
Lonnie & Robert de Lonnie Johnson et Robert Johnson. On raconte souvent que Robert se faisaitVoici un blues standard en douze mesures inspiré par les styles © DR passer pour le cousin de Lonnie (alors qu’ils n’avaient aucun lien de parenté),car Lonnie Johnson était déjà à cette époque un musicien connu. 14-15 Ce morceau emploie des positions d’accords souvent "inventées" par Lonnie Johnson. Robert Johnson les a ensuite intégrées au blues du Delta dans des chansons bien structurées, ce qui fait qu’on lui en attribue souvent la paternité. 13-14 On joue plusieurs cordes simultanément avec des "brushes" de bas en haut avec l’index, ou de haut en bas avec le pouce.Il faut impérativement toujours garder ses doigts dans ces positions d’accords, de manière à jouer toujours "juste", mêmesi on "accroche" une corde non désirée. Keep on playin’!Deux tours sont écrits sur les trois joués. Le troisième tour reprend et mélange des éléments des deux tours précédents.L’accord de Ré, que j’ai noté 9e est en réalité Ré 9 basse F#.
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BLUES STORY
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ACOUSTIC BLUES
PAR JIMI DROUILLARD
Milky Way Aujourd’hui, un morceau que j’ai appelé pour qu’il parte dans le ciel :Bonjour à tous. Bonne année et bienvenue dans cette rubrique Acoustic Blues. Milky Way ! © Romain Bouet 16-18 C’est un double blues (24 mesures, 2x12 donc… houlala !) en Gm.On démarre avec un doublage de la basse, puis des arpèges qui suivent les accords.Le thème démarre à la mesure 9, pour finir à la mesure 33. Le solo se situe de la mesure 33 jusqu’à la fin. Nous sommes souvent sur la pentatonique de Gm, mais on suit parfois les accords, comme aux mesures 46 à 49. 15-18 J’ai essayé de créer un thème très mélodique et aéré, comme notre ciel. Bien à vous ! Je vous signale qu’un soir de cet été, avec un gros télescope, j’ai vu pour la première foisla Voie lactée, Jupiter et surtout Saturne, et que c’est une vision indélébile. Il y a ceux qui ont vu la planète Saturne et ceux qui la verront… Magiques, tous ces anneaux ! N’hésitez pas, pour plus d'infos : jimid@free.fr Jimi D.
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ACOUSTIC BLUES
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ACOUSTIC BLUES
16-18 15-18
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JAZZ MANOUCHE
PAR GWEN CAHUE
Le blues rapide Bonjour à tous, pour ce numéro spécial, voici un bluesdéveloppé à partir du riff de Django sur New York City. © DR Voici ma manière d’aborder ce genre de morceau rapide. J’ai enregistré à votre attention un play-back ralenti afin de pouvoir travailler d’abord à tempo plus modéré. Bonne leçon et bonne année ! 19-21 19-21
© DR
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JAZZ MANOUCHE
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MASTERCLASS
Par Katia Schiavone Harmoniser © Romain Bouet une mélodie Je vous propose d’harmoniser ici une mélodie simple, à partir de deux procédés : 22 les mouvements contraires et l’utilisation des accords diminués. 22 ExEmplE 1 : mélodiE diatoniquE ascEndantE initialE ExEmplE 2 : mélodiE chromatiquE dEscEndantE (sEcondE mélodiE) ExEmplE 3 : mouvEmEnt contrairE (contrEpoint)La première mélodie monte tandis que la seconde mélodie descend.
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MASTERCLASS
ExEmplE 4 : mouvEmEnt contrairE avEc notEs ajoutéEs progrEssivEmEnt ExEmplE 5 : Harmonisation avEc accord diminué Ici, on fait alterner différents renversements de C majeur et de B diminué, en conservant le mouvement contraire des notes à l’extrémité. On remarque que l’accord de B diminué est l’équivalent d’un G7/9b sans la fondamentale : © Romain Bouet
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LE COIN DE LA CHANSON
PAR IDHAÏ
Talatatala TalatatalaOde à la joie, au détachement et au plaisir d’une danse est l’une de mes plus anciennes compositions. © Valérie Duchâteau qui nargue le mental pesant du doute et de la peur.enivrée d’amour, Talatatala est un drôle de blues, 23-25
23 TALATATALA
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LE COIN DE LA CHANSON
GUITARE 1
Voici ma partie d’accompagnement. Notez la modulation (A7/13 - D7M) quand on passe au pont. Idhaï ©Philippe Cabaret
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MASTERCLASS
GUITARE 2
23-25 Pour ce morceau, je suis en accordage standard. Sur ce thème blues (gamme pentatonique mineure et majeure de Si), je place les accents principaux (forte attaque) sur la 7e mineure et la tierce mineure pour le premier riff. Ensuite, vient sa réponse, où j'utilise un petit hammer on de la tierce mineure vers la tierce majeure, typique du blues. 23 Quand Idhaï chante, je double sa rythmique à l’aide de divers voicings de B7 et je ne donne que des coups en aller pour plus de présence rythmique. Pour le 2e thème, on passe en B mineur. J’utilise la seconde mineure et la quarte en notes de couleurs, sur lesquelles se placent les accents principaux (notamment avec un franc glissé sur la quarte ou un léger hammer de la seconde vers la tierce mineure). Avant de reprendre sur ce 2e thème, j'improvise en remontant puis en redescendant ma gamme de Si mineure pentatonique. Vincent
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SOPHIE FOLGOAS
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
PAR VALÉRIE DUCHÂTEAU & ANTOINE TATICH
Blues for Papy Un vrai top model ! © Romain Bouet 26-27 Si l’écriture de "Blues for Papy" peut paraître complexe visuellement en raison des voix qui se superposent, son exécution est en fait Après une introduction d’une mesure faisant entendre le rythme de shuffle (et une anacrouse), ce blues en Mi s’étale sur deux grilles. assez simple. Veillez à bien faire rebondir le rythme « noirela main droite, pensez à ne pas trop alourdir les basses, qui ressortiront naturellement, en privilégiant la clarté de la ligne supérieure. - croche », qui est au cœur de la musique afro-américaine. Pour ce qui est de Mesures 14 et 16, quelques appogiatures se sont glissées dans la partition.
24 GUITARE 1
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
GUITARE 2
Bonjour à tous ! Le blues sur guitare à cordes nylon, c’est possible, et ça revêt même 26-27 un caractère particulier. Nous sommes ici sur un thème de 12 mesures en Mi, la tonalité de prédilection du genre. Cette guitare 2 est basée sur une grille de deux tours, soit 24 mesures. Notez que ma partition est écrite en 4/4 pour des raisons de commodité.
24 ANTOINE TATICH
PREMIÈRE GRILLE
Elle débute avec une cellule de notes "obstinato" (gimmick en franglais !) sur les huit premières mesures (mesures 1 à 4 avec reprise), pour bien asseoir la rythmique en triolets. Représentées par les petites croix et jouées pouce-index, les ghost notes y contribuent. Ces notes (qui n’en sont pas vraiment, "notes fantômes") sont des accents apparentés aux cocottes, qui se jouent plutôt sur guitare électrique. Pour faciliter et fluidifier le jeu, les pull off et hammering on (PO et HO) sont indispensables. En mesures 3, 15, 19 et 20, le slide (montant ou descendant) peut être plus commode, s’agissant des doubles notes.
DEUXIÈME GRILLE
Ici, le thème joué par Valérie est simplement doublé par la guitare 2. Notez, en mesures 11 et 13, l’intervalle de 10e (Sol#-Si, Sol-Sib, etc.), par demi-tons descendants, et en mesure 12, la réponse, avec une cellule caractéristique du blues. Souvent joué par les pianistes, c’est là que ce trait sonnera sur votre guitare (dans cette position notamment). La deuxième réponse, en mesure 14, est plus guitaristique, avec la technique de votre choix : slide, hammer ou même le bend, qui peut avoir un certain cachet sur corde nylon ! Enfin, on s’amuse un peu en mesures 7 et 19 avec l’accord diminué (Edim), les slides (encore eux !) aidant à mieux passer les double notes en triolets. N’oubliez pas le glossaire : gimmick, ghost notes, pull, hammer, slide, bend et… à vous les joies du blues ! Antoine Tatich
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LES GUITARES IMPROVISIBLES
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TRACKLIST PÉDAGO
Etude de style Etude de style Le blues rural Le blues rural Par Chris Lancry Par Chris Lancry
1. Exemple 1 : A Blues 1. Exemple 1 : A Blues
2. Exemple 2 : Lightnin’ Blues 2. Exemple 2 : Lightnin’ Blues
3. Exemple 3 : Mississipi John 3. Exemple 3 : Mississipi John
4. Exemple 4 : Rag in C 4. Exemple 4 : Rag in C
5. Exemple 5 : Drop Dead Blues 5. Exemple 5 : Drop Dead Blues
6. Exemple 6 : Delta Blues 6. Exemple 6 : Delta Blues
7. Exemple 7 : Chicago Slide 7. Exemple 7 : Chicago Slide
8. Exemple 8 : Blind Willie Blues 8. Exemple 8 : Blind Willie Blues
Masterclass Masterclass Keith B. Brown Keith B. Brown
9. Variations sur l’Open de Ré 9. Morceau d’application
Masterclass Masterclass Eric Bibb Eric Bibb
10. Revisiter Lightnin’ Hopkins 10. Revisiter Lightnin’ Hopkins
11. Explications
Picking Picking Par François Sciortino Par François Sciortino 11. Picking the blues
12. Picking the blues 12. Explication
13. Explication
Blues Story Blues Story Par Chris Lancry Par Chris Lancry 13. Lonnie & Robert
14. Lonnie & Robert 14. Explication
15. Explication
Acoustic Blues Acoustic Blues Par Jimi Drouillard Par Jimi Drouillard 15. Milky Way
16. Milky Way 16. Explication 1 : thème
17. Explication 1 : thème 17. Explication 2 : solo
18. Explication 2 : solo 18. Play-back
Jazz manouche Jazz manouche Par Gwen Cahue Par Gwen Cahue
19. Blues rapide 19. Blues rapide
20. Explication 1 : la grille 20. Play-back
21. Explication 2 : thème et solo 21. Play-back ralenti
Masterclass Masterclass Par Katia Schiavone Par Katia Schiavone
22. Harmoniser une mélodie 22. Harmoniser une mélodie
Le coin de la chanson Le coin de la chanson Par Idhaï Par Idhaï
23. Talatatala 23. Talatatala
24. Explication guitare 1
25. Explication guitare 2 Les guitares improvisibles
Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich Les guitares improvisibles 24. Blues for Papy Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich
26. Blues for Papy
27. Explications
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QUESTIONS DE LUTHERIE
CONSTRUCTION
DU CORPS
DE LA GUITARE
ACOUSTIQUE
1RE PARTIE
www.darmagnacguitares.com Dans les deux derniers numéros, j’avaisdétaillé toutes les étapes de la construc- tion du manche. Aujourd’hui, je vais me guitare acoustique : la construction de lacaisse de résonance !concentrer sur le "cerveau", "l’âme"de la détails, qui, mis bout à bout, impactent laLa lutherie est un concentré de petits trument. Le corps de la guitare en est unqualité sonore et le confort de jeux de l’ins- que la couleur sonore suivant le choix desréflexion, la vibration, la profondeur ainsi des principaux, c’est lui qui définira la bois et du barrage pour la table d’harmonie. www.darmagnacguitares.comEric Darmagnac
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1 5 Je commence par sélectionner les différentes essences de bois qui J’encolle ensuite les deux parties en plaçant une baguette de 8 mm constitueront la caisse de la guitare. Fond et éclisses avec un superbe en dessous du joint que je retirerai avant de serrer l’ensemble. palissandre de Madagascar, table d'harmonie en épicéa de Sitka "full bearclaw", contre éclisses ainsi que les blocs talon en acajou et barrage de table et du fond en Hemlock et Adirondack. 6 2 Une fois l’ensemble serré, j’ajoute du poids pour m’assurer que tout est bien plat. Je ramène mes deux planchettes pour le fond de la guitare à une épaisseur de 2,4 mm, en plusieurs passes avec ma calibreuse. 7 3 Je m’occupe ensuite des deux blocs talon prédécoupés à l’avance qui viendront solidariser les éclisses. Je les ponce de façon à ce Je trace ensuite les contours de formes avec mes gabarits. qu’ils viennent parfaitement épouser le galbe de la guitare. 4 8 Pour jointer mes deux planchettes de fond, j’utilise ma "shooting board" (réalisée avec quelques morceaux de MDF, fibres de moyenne Mes éclisses sont installées dans mon moule (pour ceux qui le densité) pour bien maintenir les deux pièces en place et à l’aide de souhaitent, j’ai déjà abordé le sujet du cintrage des éclisses dans le mon rabot (varlope), je dresse les deux morceaux afin d’obtenir un numéro 74 du magazine). Mes deux blocs talon sont maintenant joint parfait. prêts pour le collage.
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9 13 Je colle mes deux talons à l’aide de serre-joints et je laisse sécher toute Une fois mes blocs talon collés aux deux éclisses, j’installe des deux la nuit. cotés, la contre éclisse tout autour de la caisse qui me permettra d’élargir la surface de collage et je laisse sécher l’ensemble. 10 14 Je m’occupe à présent d’incruster une baguette décorative au centre de mon fond. Avec ma défonceuse et une fraise adaptée, je creuse un sillon de 3,5 mm de largeur sur 1,5 mm de profondeur qui viendra A l’aide de ma petite toupie sur table et un gabarit, je façonne mon recevoir ma baguette de marqueterie. barrage de fond en Adirondack avec un radius de 15 pouces. 11 15 Je l’insère ensuite délicatement afin qu’elle vienne affleurer la surface Je découpe ensuite, avec un petit ciseau à bois, les quatre du fond et je la colle avec de la super glue. emplacements qui viendront recevoir mon barrage de fond. 12 16 Le fond est maintenant retourné pour y coller une barre de renfort à l’intersection des deux planchettes qui sera, par la suite, entaillée Mes quatre barres sont collées sur un moule incurvé avec un radius pour insérer le barrage. de 15 pouces de façon à créer une légère voûte.
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17 21 A l’intérieur de chaque éclisse, je colle des petits renforts d’1 mm J’appose mon étiquette de fond avec le numéro de la guitare et d'épaisseur en érable pour protéger d’éventuelles fissures dans le l’année. temps. 22 18 Je découpe avec ma scie à ruban, en laissant quelques millimètres de Après avoir sécurisé mes éclisses dans le moule, je les ponce (côté marge, le contour définitif. fond) sur un plateau de 15 pouces recouvert de papier de verre (grain
80) de façon à obtenir le galbe parfait avant le collage du fond.
23 19 Mes éclisses et mon fond sont presque prêts pour la réunification ! 20 Voilà pour la première partie de la construction de la caisse. Dans le prochain numéro, je détaillerai la préparation de la table d’harmonie avec l’affinage du barrage, qui est une des principales caractéristiques pour confectionner un instrument d'exception et je refermerai ensuite Je rabote ensuite mon barrage de façon à lui donner une forme la "boîte". parabolique, je prépare les extrémités qui viendront s’incruster plus tard dans mes éclisses, et je ponce l'ensemble au grain 80, 120 et En attendant, je vous souhaite à toutes et tous, une très bonne 240. année 2022 !
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BANC D’ESSAI
www.mjsguitars.net
LEVESA
GODEFROY
Modèles Levesa & LMARUEJOULS Afin de mettre son savoir-faire de luthier à la portée du plus grand nombre, Godefroy Maruejouls propose uneligne de guitares folk aux prix spécialement étudiés. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, de brader la qualité, maisLE JUSTE PRIX d’être en mesure de développer un processus de fabrication permettant de produire une guitare artisanale auplus juste prix. Texte : Max Robin - Photo : Richard Storchi
MODÈLE L
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trèsbonsigne !Onneserapasdéçu,tantlespremiersaccordségrenésetlevibrédestoutes premièresrésonancesimpressionnent.Gros bombe !"Ons’assuretrèsvitedel’homogé-song aranti.Commeditl’autre,"c’estdela quesoientlesmodesdejeu(doigts,médiator,néitédurendusurtoutelatessiture,quels dedécrocher,l’addictionnousguette !Enaccords,singlenotes…).Ilestbiendifficile euros(sansétui),lemodèleestremarquable-ment bienpositionné.toutcas,leluthieraréussisoncoup :à2860
LEVESA MODÈLE L MODÈLE L
petitesguitares!DesortequecetteL évi-Plusonavanceenâge,plusonapprécieles essencecommelenoyer(relativementsom- ments.Unerencontredeluthiersdansunpidementà"bidouiller"sesinstru- T ans,Godefroycommenceassezra-itilléparlaguitareversl’âgede12 sousvide),Godefroyvapouvoirutiliserune nonceunebellepartiedeplaisir.LediapasondemmentinspiréeparlaL00deGibsonan- deladuretédupalissandre.Cetteintuitionbre),toutenserapprochantdeladensitéet esticipluscourt(628mm),pourunemême àLondres.Aucoursdesesquatreannéesaprèslebac,àintégreruneécoledelutherie festivalstimulerasacuriositéetleconduira, luiestvenuedelacoutellerie,oùl’onutilise largeurdemancheausillet.Lafinitionsun- Résultat :ungainde50%endensité.Sesvide,avantdepasserlapièceaufour(à100°). desbainsderésinetrèsliquideencaissonsous burstbrillantedel’épicéadelatablenousfaitévidemmentdel’œil.Celui-cimisàpart, d’étude,ilseformeégalementàlaréparationentravaillantpourdesmagasinsleweek-end. noussommesicidansle"toutnoyer"(dos, enAngleterreautotal,travaillantsuccessi-Ilresterafinalementunequin zained’années modèlesLevesaetLvontbénéficierdeapport. cet quoiséduire,avecunverdictimparablelorsenmat.LecôtéplusintimistedelaLadeéclisses,manche, toucheetchevalet !),traité vementpourdifférentsluthiers,avantdes’installeràsoncompte,produisantnotamment LEVESACetteguitarefolkdeformeOM/Triple0 dupremiercontact.Entermesderessenti,lasensationdeconfortesteneffetimmédiate. desguitaresmanouches,quiconnaissentalors enmerisier(fondetéclisses),cèdre(table) rigoureusementaucahierdeschargesqueetnoyer(manche/touche/chevalet)répond delacohérencedelasonorité.Fidèleàsa mériteenrienpourcequiestducharmeetL’instrumenttombesouslamain !Etnedé- natale,lesud-ouestdelaFrance,etd’youvrirGodefroydécidederentrerdanssarégion unecertainevogueoutre-Manche.En2012, politique,leluthiertientimpeccablementla sonatelier.Si,dansunpremiertemps,les surleplanvisuel,fabriquésenmini-sérieleluthiers’estfixé :desinstrumentssobres(4/5guitares),entièrementenboisnon-exo- compteestbon !corde :àtoutjuste3 080euros(sansétui),le d’AngleterreetdesÉtats-Unis,sepoursuivent,commandesdemodèlesmanouches,éman ant réorienterenparticulierverslaguitarefolkleluthierdécideauboutd’unmomentdese tiques,privilégiantlesonetlajouabilité.Le finitions’accordeiciindéniablementàl’es-choixduvernismat(polyuréthane)po url a estdeconstaterquelesatoutsdesesinstru- LeparideGodefroyétaitosé,maisforce triques,fruitdesarencontreetd’unecolla-etlafabricationdemicrospourguitaresélec- mmetunelargeurdumancheausilletdethétiquegénérale.Avecundiapasonde644 avantage. Nousnesommesd’ailleurspasau mentspenchentincontestablementàson borationavecsonconfrèreSébastienGavet. facileetconfortablelorsdelapriseenmains.44mm,laLevesaserévèleimmédiatement boutdenossurprises,puisqueleluthiernousprometpourbientôtunmodèle12casesà BOIS ET RÉSINEPrenant Lalégèretédel’instrumentsurprend :c’est pancoupéentièrementoriginal.Asuivre ! évolueens’intéressantàl’analyseacoustique "le taureau par les cornes",Godefroy www.mjsguitars.net desguitaresetenmenantdesrecherchessur LEVESA MODÈLE L (fréquencesderésonances,réponseselonleslesfondementsphysiquesdel’instrumentparties…).S’inspirantduluthieraustralien dèleshautdegamme,àajusterlafinessedeTrevorGore,ilvise,notammentsursesmo- quoiletravailduluthiersedistingueréso-lumentduformatage"surdimensionné"delatableàl’aidede"fréquencescibles"(en l’industrie).Conjointement,ilr alorsl’idéedefabriqueruneguitareenboisplusenplusauxboisnon-exotiques.Emerge ecourtde non-exotiquesselonlesstandardsdelalu-therieartisanale,auprixleplusjustepossible déterminantevapermettredeparacheverle(entre2800et3000euros).Unetrouvaille sificationdubois(parimprégnationderésitouche.Enadoptantunetechniquededen- projet,notammentpourlechoixduboisde ne
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BANC D’ESSAI
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CORTGold Edge Nat sions régulières dans le fameux milieu de gamme. Avec la Gold Edge, Cort rabat les cartes, et la marque coréenneLa fabrication chinoise a longtemps été dévolue à la réalisation de modèles bon marché, accompagnée d’incur-
UNE SOMPTUEUSE GUITARE, TOUT SIMPLEMENT ?
de faire sortir du haut de gamme de son atelier chinois. Un coup de maître ? Jacques Balmat etteguitarebénéficied’uneesthé- détachebiendugruppetto,sansprédominance C plastiquedumodèle.Voilàunefolkquiagrémentdejeuremarquableajoutentàla misesenœuvrepourfavoriseruntiquemagnifique.Lesspécificités unebellepointecristallinelorsdel’attaque,nimanquement.Lesaigussontperlés,avec estunique !Lesonestidentiqueàl'érable, ilestbeaucoupmoinsrigidequecelui-ci.clairetbrillantavecunebelleprojection,et cret;entoutcas,justecequ’ilfautpourêtremaissansexubérance,celarestepresquedis- Lacaisseestdotéededeuxchanfreinspour choisisavecbeaucoupderigueurpourconju-lesfoudresfamiliales.Lesmatériauxontété pourratrôneraumilieudusalonsanssubir entendusansaccrocherl’oreille.Danslere-gistregrave,lesba ssessontsoutenues,etleur téesontétéconçuespourdonnerunmaximumparfairel’agrémentdejeu.Cescoupesbiseau-deconfortauxdeuxzonesstratégiques jeupourselaisseralleravecnaturelsansde-puissancededonnerconfiancedanssonpropre quecesdeuxpartiesquitouchentlecorpsdu afin guerefficiencesonoreetattraitvisuel. voirmodifierteloutelaspectdesapratique musiciensoientlesplusergonomiquespos- DÉLICATEMENT RÉTRO,MAIS PAS TROP Voilàcequ’onnommeunesonoritééquilibrée!pourcompensertelouteltraitdel’instrument. ontétéméticuleusementdisposésnonseu-sibles.Cortnousaexpliquéquecesbiseaux tantlaguitaresuscitedel’enthousiasme !Onfiniraitparneplussavoirparoùcommencer Degrandequalité,lesons’avèretotalement lementpouroffrirungrandconfortdejeu, Prenons-ladoncenmainpourfaireplus pratiqué :duplusdouxauplustempétueux,convaincant,quelquesoitlestyledemusique propriétésacoustiquesducorps.C’esteffec- maisaussipourconserveretaméliorerles ampleconnaissance.Lemancheprésenteun "àl’ancienne"etsongénéreuxrenfortconfè-profildesplusmodernes.Silatêteinclinée labelle GoldEdgegratifiel’instrumentisted’uneréponseacoustiquedesplusbelles. tique. Diable, quec’estjoli !sembleensubiraucundésagrémentacous-tivementtrèsplaisantàl’usage,laguitarene rentunespritrétro,legalbejouelestemps pratiquedeTaylor:confortetaisancedejeumodernesàfond.Ilpeutêtrecomparéàla
BELLE CAISSE
dusilletàlatoute d’unboutàl’autresousl’effetnonseulementl’occurrence,l’ensembles’avérantplaisant dernièrecase,la20 e Lacaissedecetteattrayanteguitareestconsti- DEUX VOIX en éclissesetundosréalisésdansuneremarquableessenced’épicéadeSitkamassiftorréfié,destuée d’unetablefaçonnéedansunesplendide lamaisonL.R.Baggs.Considérantquec’est CemodèleestdotédupréampliAnthemde marché,ilyalieudeseréjouirdecechoix.actuellementl’undesmeilleurspréamplisdu maisaussigrâceauprofiltrèsergonomiqued’untalonetd’unpancoupéjolimenttravaillés, nommélaurierdeCaliforniaBayouPepper- piècedemyrtlewoodmassive,boisautrement Lapetitegammedecontrôlesplacéesurle unepossibilitédeplacementenappuidelafaisantfidel’habituelangledroit.Ilenrésulte decedernier,quidisposed’unesurfaceconvexe wood. Ceboispossèdeunecouleurquivadujauneblondautaupe.Itrumentsidentiques,chaqueguitareconstruite ln’yapasdeuxins- rie minipanneaudecommandesenpourtourderosacesuffitàproduirelesonrecherché,qu’on l’électroniqueembarquéejouefdelaconsolesituépeaufinera,sibesoin,surl’EQdel’ampliou eenaval.Maisenl’état, bléed’ unegrandedouceurdecontact.maingaucheetdesdoigtstrèsefficaces,dou- rôlegrâceauxdeuxsourcesqueconstituent ortbienson unetrèsbelleintonationtoutenfavorisantEtroitesetrondes,lesbarrettesprocurent piézoetmicroélectret,lepremiercapteur lesecondauxgravesetbasmédiums.étantplusparticulièrementdédiéauxaigus, touche,leslignesdelatête,sonplacageetdesliaisonsdegrandequalité.Lesrepèresdesesornementationscontribuentàlaséduction EXEMPLAIRE etunsilletenos,commesonassociéauniveautourné,lechevaletreçoitdeschevillesenbois esthétiquedumodèle.Délicatementchan- Prix : 1859 euros, prix public constaté chinoiseetpermetàcettedernièredejouerLaCortGoldEdgeNatestunmodèledetrès,trèsbellequalité.Ellesubjuguelalutherie delatête. Style : Grand Auditorium, pan coupé Table : épicéa de Sitka massif torréfié Fond et éclisses : myrtlewood massif de Manche : acajou, renforts internes en proposée,etletarifesticivictimed’unesacrée ment,leprixestàlamesuredelaqualitédésormaisdanslaco urdesgrands.Evidem- NE CHASSEZ PASLE NATUREL ! l’Oregon tendreunetrèsbellesonorité.ChacuneseLespremièresnotesémisesdonnentàen- Touche : ébène Largeur au sillet de tête : 44,7 mmnoyer intrinsèquesdumodèle.Dèslors,lebudgettempêtepécuniaire.Maissachonsfairefidecetécueilpourrestercentrésurlesqualités Largeur à la 12e case : 54,8 mm Mécaniques : Gotoh vintage deluxe dorées, nécessaireneparaîtabsolumentpasusurpé. ON AIME : ON REGRETTE :absolument exemplaire et magnifique ! c’est une réalisation Lutherie : 10 peu enclin à permettre l’accès au plusgrand nombre. rien, si ce n’est le prix, Etui/housse : étui Confort de jeu : 10 Préampli : L.R. Baggs Anthem, deux voix. Version gaucher : nonVolume, balance, phase, mic trim. petits boutons butterbean noir mat Production : Chine Site : www.cortguitars.com Son acoustique : 10Son électro : 9Rapport qualité/prix : 10
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OVATION2771-AX-5-G
rond suscitèrent bien des commentaires, envies et rejets ! En 2022, Ovation renaît de belle manière grâce à laL’apparition de la première guitare Ovation fut une révolution dans l’univers de l’instrument. Les guitares à dos
RETOUR GAGNANT
société européenne Gewa, désormais à la tête de cette entreprise historique. Icône de la maison, la Balladeernous revient dans une version asiatique. Intéressante ? Jacques Balmat Balladeer2022reçoitfortlogiquementunetablemassiveenSitka,gradeAA,associéeà lavigueurdelaprojectionetdesadynamique tériaucompositedelamaison.LaprlafameusecaissemouléeenLyrachord,ma- fusionexcellente.L’attaquep ossèdecettefa- n’apasprisuneride.C’estpuissant,ladif- decaisseestlaplusgénéreusedelamarque, ofondeur cadred’unaccompagnementdechansonouquoisefaireentendre,quecesoitdansle uns,"percutantes"pourlesautres.Ilyademeusepointet ypique,"synthétique"pourles sonacoustiquepurjouitd’unebellepuissancelecélèbre"DeepContour",grâceauquelleetd’uneprojectiontoutaussivalorisée.Le dosatoutefoisétéretravaillépourpermettre pourl’interprétationd’unmorceaudepicking contreleventre,pratiquequipouvaitposerunmeilleurpositionnementdelaguitare durépertoiredeMarcelDadi.L’équilibre aubarragedetablespécifiqueetauctruments’avèreabsoluparfait.Trop ?Grâce entrelestroisprincipauxregistresdel’ins- problèmeaveclaversionoriginale,notamment baritet/oud’unventrepartroprondouillet,pourlesinstrumentistesdotésd’unfort ga- talementlaréponseacoustiquedechacunderésonancedelacaisse,Ovationmaîtriseto-d’uneprécisionextrêmedesfréquencesde ontrôle Balladeer.Lepancoupén’estpasunenou-euégardaugénéreuxformatdecaissedelaveauté,maisl’agrémentprocurédemeureidéal. sesmodèles,etlesanalysesenlaboratoireeffectuéesparlamarqueconfirmentquechaque C’EST SIGNÉAlapriseenmain,onretrouvelesfameuses produitlesonélectroleplusspécifiqueduauxcahiersdescharges.Branchée,laBalladeerexemplairerépondavecuneextrêmeprécision ausillet,ets’ilaperdusalégendairepointesensationsd’uneOvation.Lemancheestétroit circuit.Làencore,onadoreoupas,maisdeguitaristesrestentindifférentsàlaper- peu vationamarquéd’uneempreinte en"V"audos,ilconservesondiapasonlégè- rition,lefameuxdosmouléenmatériauO Ilfautdirequelorsdesonappa- indélébilel’histoiredelaguitare. classiqueou"toutélectrique",lemanchedeexemplaire.Qu’onsoitguitaristeaucursusrementréduitetuneergon omiedejeutoujours guitareenbêtedescène.Lepotentielest sonnalitésonore.L’Op-Protransformecette puissantetpolyvalent.Deuxqualificatifsqui cetteOvationnedérouteraaucunpratiquant. 1000euros,c’estunsans-fautetotal !résumenttrèsbienlebilanfinal.Amoinsde quiconcernelesinnovations.LecélèbreLyra-sphèreenétatd’hibernationprolongéeence compositeasacrémentremuéuneguitare- estassezprononcé,donnantàjouerunetoucheIlinduitunjeuaiséettrèspropre.Sonradius chordallaitfinirpars’imposer,etOvationdenejamaisfairedeconcessionsurlesujet. enébènequisembleplutôt"arrondie",entoutétatdecause,plusquesurlamajoritédes ON AIME :acoustique et le préampli. ON REGRETTE : la qualité générale, la puissance Rappelonsqu’avantlafabricationdegu modèlesfolkactuels.Pourlecoup,celafa- l’absence d’étui. Kaman,sociétémèred’Ovation,fabriquaitdes…palesd’hélicoptères!Souhaitantdiver- itares, barrettessontdetaillemoyenne,etleursex-voriseralesjoueursd eguitareélectrique.Les Lutherie : 9 sifiersesactivités,lesingénieursdelamaison trémités,parfaitementpolies,assurentun Confort de jeu : 10 sepenchèrentsurlesguitares,formidablesvecteursdevibrations.L’histoireétaiten auxcontourshistoriques,lelogoaussi.Decontactdoux.Latêteresteinvariablement Son acoustique : 9Son acoustique : 9Rapport qualité/prix : 9 nière.marche,etl’aventuredes’écriredebellema- "canondefusil"équipentaussidiscrètement chouettespetitesmécaniquesàlafinition qu’efficacementlemodèle,tandisqu’àl’autre Prix : 999 euros, prix public constaté Style : Ovation roundback, deep bowl, pan UN NOUVEAU DOS extrémité,lechevaletsanschevillesperdure, Table : épicéa de Sitka massif AA Fond et éclisses : Lyrachord coupé autresignaturehistoriq uedelamaison,qu’on lepointdedépartd’unebrillanteaventure,Apparuedanslesannées60,laBalladeerfut aimeàretrouver. Manche : acajou/érable Touche : ébène pourlamarque.La2771rendaujourd’huinonseulementpourlemodèle,maisaussi LA GRATTE À MARCEL Mécaniques : Ovation noires à bain d’huile, Largeur au sillet de tête : 43 mm Largeur à la 12e case : 54,4 mm hommage àsonillustreaînée.Elleintègrel’essentieldecequiafaitlaspécificitédu Ovation(quenouspourrionsqualifierdeniparl’agrémentesthétiquedégagéparcetteSilesyeuxnesonttrahisniparlalutherie Préampli : Ovation OP-Pro. Volume, gain,petits boutons téesparlamarqueaufildesdécennies.Lamodèleainsiquequelquesspécificitésajou- intègresdansl’appréciationdessonorités :"reissue"),lesoreillesvontégalementrester Version gaucher : sur commande spéciale Production : Chine Site : www.ovationguitars.com Etui/housse : nonEQ 3 bandes, Pre-EQ, accordeur.
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www.ekoguitars.it EKOVibra 200 Nous avons retrouvé avec plaisir il y a quelques mois la marque italienne, de retour sur le marché français aprèsplus de trente ans d’absence, et ce grâce au distributeur Algam. Si la Ranger reste la plus emblématique des guitaresVOUS AVEZ DIT CLASSIQUE ? Eko, la maison a su se renouveler. L’apparition d’une gamme complète classiques-cordes nylon ouvre de nouveauxhorizons. La Vibra 200 est le modèle médian. A tester avec attention! échapper brillamment à ces "normes", lese Jacques Balmat OC8 Nylon, peu de points communs, si ce présente, pour l’instant, trois références : uneà la série Vibra. Cette dernière C laisser supposer, la 200 appartientomme son appellation pouvait le XIXguitares de série restent invariablement fa-siècle. Si des luthiers parviennent à propres. De la Silent Yamaha à la Cort Gold issus de l’école espagnole. La catégorie cordesbriquées selon les principes standards, souvent catégorie des Cross Over, n’est le type de cordes. Sans oublier la sous- entrée de gamme (la 150), un sommet degamme fabriqué en Espagne (numéroté de caractéristiques spécifiques, comme unnylon issues de l’univers classique, ces guitares à cordes mais dotées briqué en Indonésie et pourvu d’arguments"300") et enfin ce modèle intermédiaire, fa- truments, répondant à des fabrications et des nylon intègre une plus large gamme d’ins- manche modernisé par un profil qui n’impose sérieux, surtout quand on découvre le prix. adoptant des pratiques qui lui sont souventspécificités nettement plus diverses,et encore peu standardisées, chaque fabricant modernes revue à la baisse, un radius moins plat, unpas un jeu académique, une largeur nettement POSONS LES BASESLa Vibra 200 est ce qu’il est convenu de pan coupé, des barrages de caisse redessinéset très souvent, un préampli. à ce titre de spécificités homogènes et biennommer une guitare d’étude. Elle bénéficie TOUT Y PASSE ? suffisamment contraignant afin de poser lesdéfinies, pour répondre à un cahier des charges moderne sur cette Eko. Bossa, world music, Nous avons donc exploré un large répertoire bases d’un modèle agréable à jouer et sym- impose a minima un jeu de main gauchela Vibra 200 n’a jamais fait défaut. pathique à entendre. Au cours de nos essais, et on en passe. La crédibilité acoustique deblufunk, pop-rock à la Sting, façon Clapton, nous avons vite constaté que la Vibra 200 sedéleste de son attribut guitare d’étude et Le manche dénomination "guitare d’étude" est donc àqu’un large public pourra la faire sienne. La soigné. S’il est possible de jouer "pouce sur comprendre comme un modèle situé entre table si on n’y prend garde. Mais il n’est pointla tranche", cela peut s’avérer vite inconfor- Le modèle testé a été conçu par le prodigieuxsix-cordes de débutant et guitare de concert. n’est aucunement incompatible avec l’objectifguitare sur la jambe droite, façon "moderne",sique" de la main gauche, et la tenue de la nécessaire de conserver une position "clas- guitariste italien Massimo Varini, sous la su-pervision du maître luthier Roberto Fontanot. se sont favorablement penchés sur son ber-meilleurs auspices et que les Dieux de la guitare Autant dire que la guitare est née sous les ON AIME : ON REGRETTE : pan coupé/électro. la qualité générale. l’absence d’une version l’exemplaire confié, une sonorité mature etd’emblée, et ce malgré la grande jeunesse detechnique. La table massive en cèdre produit ceau transalpin. chaude. L’attaque est suffisamment précisepour ne pas "perdre" la note une fois jouée. C’EST CLASSIQUE, TOUT ÇAPoint de surprise, la Vibra 200 présente tous Lutherie : 10Confort de jeu : 9Son acoustique : 9Rapport qualité/prix : 10 Les notes sont veloutées, comme le grain, puissance permettant de parfaitement as-tant que les bases, c’est un régal en bossa nova notamment, si elles présentent une bonne d’au- les fondamentaux d’une guitare classique : ment.vers cette pratique traditionnelle de l’instru- manche, caisse, argument sonore, tout est axé Prix : 266 euros, prix public constaté Style : classique spectre.seoir les fondamentales, n’envahissent pas le à l’apparence physique sage, seule la signature La facture présente une lutherie soignée Table : cèdre massif Fond et éclisses : acajou en y interprétant quelques morceaux duditmini touche d’originalité.du modèle au sommet de la tête apporte une Si nous l’avons joué Manche : acajou Touche : Roupanà d’Amérique du Sud Largeur au sillet de tête : 52 mm