guitarist-acoustic — GA79

ISSN : 1957-8229 ÉTUDE DE STYLE LESSECRETS DE BOB DYLAN+PACO DE LUCÍA PARTITIONS + TABLATURES Masterclass jazz Frédéric Loiseau - Picking - Blu — GA79

ISSN : 1957-8229

ÉTUDE DE STYLE

LESSECRETS DE BOB DYLAN+PACO DE LUCÍA

PARTITIONS + TABLATURES Masterclass jazz Frédéric Loiseau - Picking - Blues - Jazz manouche - Classique BEATLESMantras folk en Inde & DONOVAN INTERVIEWS Fred ChapellierSuzanne Vega Biréli Lagrène Frédéric LoiseauOlivier TassëelLeïla Duclos Taylor American Dream AD27e Flametop + Lâg HyVibe 20 V2Kopo modèle Berlin

MATOS

Exlusif !Exlusif !Furch Blue Deluxe GC-SW - Ortega Hydra-BSTE - Sigma SGJA-SG200 Prodipe Recital 300 - Ampli Nux AC-25

ÉDITO

SOMMAIRE Il faut que ça gratte ! News 4 Puisque l’heure est à la fête ces derniers temps, comme le démontre l’actualité politique, Franck Cheval 6 à l’envie de réécouter ces refrains qui promettent des luttes de chaque instant pour des nationale et internationale, sanitaire, etc., la rédaction de Guitarist Acoustic n’a pas résisté David Foenkinos 8 lendemains qui chantent. Les guitares insoumises ont sorti les six-cordes, façon six-coups, pour condamner l’invasion russe. Si une chanson Dernier exemple en date : le carnage ukrainien. Partout dans le monde, les musiciens Retour sur quelques chansons coups de poing qui ont marqué 10 ne fera pas plier les dictateurs, elle se transforme parfois en grain de sable, la scène en tribune,permettant d’éclairer les fièvres du moment. Sting vient de le rappeler en reprenant son vieux Leonard Cohen, Pete Seeger, Stingl’histoire, celles de Bob Dylan, Colette Magny, Joan Baez, et Tom Morello. tube "Russians", pour soutenir le peuple ukrainien. Biréli LagrèneEntretien avec le maître du jazz, qui se livre pour la 22 perspective quand l’horizon semblait aussi bouché que muet. Pete Seeger et Woody GuthrieDe tous temps, les songwriters ont chroniqué la société pour lui apporter quelque première fois en studio à l’épreuve du solo absolu. ont accompagné les révoltes ouvrières et syndicales des années 50 et 60 aux USA ;Bob Dylan et Joan Baez ont mis en lumière et en musique les États désunis d’Amérique Suzane VegaConfidences de la fée folk new-yorkaise 26 des années 60 et 70 ; Colette Magny a couru les piquets de grève de Mai 68 ;Leonard Cohen a vomi les dingues de l’Oncle Sam et sa société de consommation, Leïla DuclosEntretien avec la plume du scat et du swing 28 avant de s’exiler dans un temple bouddhiste pour méditer à une autre marche du monde.Tom Morello, quant à lui, a squatté tous les sittings du mouvement Occupy Wall Street.Armés de leurs guitares acoustiques, ces artistes ont écrit ces mélodieuses protest songs Olivier TassëelRencontre avec le leader du quartet Belzaii 31 qui ont changé nos regards sur l’air du temps. Des monuments de quelques accords.La rédaction Fred ChapellierInterview avec l’artificier blues-rock 32 Frédéric Loiseau Le CD pédagogique est désormais réservé

ESPACE PEDAGO

Chroniques de l’instant sous le signe du jazz 34 à nos abonnés. Pour retrouver toutes lespistes audio ainsi que toutes les vidéos, Beatles & DonovanRetour sur la masterclass mystique des Fab Four 36 www.guitaristmag.fr/pedagorendez+vous sur notre espace pédago et de l’as du fingerpicking, parmi les gourous et les yogis. avec le mot de passe Carnet de notes Bonne guitare à toutes et à tous. AC79spring. 25 pages de pédagogie accompagnées de vidéo en ligne.Etudes 40 Directeur de la publication : Frédéric Loiseau de style Paco de Lucía et Bob Dylan, masterclass de et nos rubriques habituelles. Directrice de la rédaction :Coordination éditoriale :Création et réalisation maquette : Benoît Merlin V Jean-Jacques Voisinalérie Duchâteau (06 03 62 36 76) Abonnement 69 Conception cahier pédagogiquePhotographeLeonard Cohen © Columbia -- Pete Seeger @ CBS - Sting @ Eric Ryan Andersen : Romain Bouet - Photos couverture :: Guillaume LajarigeValérie Duchâteau et Max Robin Bob Dylan© Sony/BMG - Colette Magny © Jean-Pierre Roche - Joan Baez ©Proper Records - Questions de lutherieLes astuces d’Eric Darmagnac 70 Guitarist Acoustic/Unplugged est une publication trimestrielle éditée par la SARL La Rosace au capital de 1000 euros. Bancs d’essai Tél. 06 03 62 36 76 (acoustic@editions-dv.com) GérantRCS BobignyChef de publicité : : Jean-Jacques Voisin - : 83064379700038 - ISSN-1957-8229 / N°79, avril 2022 Sophie Folgoas - sophie.folgoas@guitarpartmag.com – 06 62 32 75 01 - Woody Guthrie © Library of Congress Abonnements : AboMarque - CS 60003, 31242 L Siège social : 9, rue Francisco Ferrer, 93100 Montreuil-sous-Bois Tests de guitares de luthier et de série 74 Email : editionslarosace@abomarque.fr CDL’essentiel des sorties de ces derniers mois 94 Distribution :Les documents ne sont pas rendus et leur envoi indique l’accord de leurs auteurs pour leur libre publication. © 2022 by Ventes et réassorts (dépositaires uniquement) :La rédaction n’est pas responsable des textes, dessins et photographies qui n’engagent que la seule responsabilité de leurs auteurs. Mercuri Presse – 9 et 11, rue Léopold-Bellan, 75002 Paris. Numéro Vert : 0 800 34 84 20'Union Cedex, Tél. : + 33 (0)5 34 56 35 60 (de 10h à 12h et 14h à 17h), Commission paritaire 0921K 86315. (Printed in France) Origine papier principal de la revue : Allemagne.Impression : ROTIMPRES C/ Pla de l’Estany sn Pol.Ind. Casa Nova 17181 Aiguaviva Girona (Espagne)MLP La Rosace. Courriers des lecteurs 96 Taux de fibre recyclé utilisé : 0%. Certification des papier : PEFC. Indicateurs environnementaux P(tot) : 0,016 kg/t. Club lecteurs60 lots à gagner ! 98 Toute reproduction des pages et du contenu pédagogique du magazine,est interdite et susceptible de poursuites judiciaires.sans autorisation préalable des éditions La Rosace,

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NEWS

SO LONG, J.J. !

BREVES Un frère de la guitare nous a quittés. < Kevin Seddiki se produira L’incontournable J.J. Rébillard s’est le 10 juin au Festival éteint le 8 mars dernier, des suites Musiques et Jardins, à Saint- d’une longue maladie. Cloud, puis en duo avec Vincent Segal le 11 juin, de Est-il utile de le présenter ? Multi-instrumentiste, éditeur nouveau au Festival Musiques producteur, professeur, J.J. Rébillard était de toutes les et Jardins. Suivront trois scènes guitare. Né le 20 février 1956 à Paris, J.J. avait concerts mi-juillet en duo © DR avec Jean-Louis Matinier étudié le violon avant de se consacrer à la six-cordes, jou- lors du festival Radio France à ant au sein de plusieurs groupes (The Bouncers, Nu Earth Project, Soul Warriors), naviguant Montpellier et une carte dans le blues, le rock, le funk, les musiques orientale et africaine. J.J. était aussi un fan de Jimi blanche (à Perpignan) pour un concert en trio abec Jean- (Hendrix). En 1994, le pédagogue fonde les éditions J.J. Rébillard et le magazine Guitar Collector’s, Louis Matinier et Erik désireux d’accompagner les guitaristes en herbe. Il publiera plus de 80 méthodes et participera Truffaz. régulièrement aux rubriques pédagogiques de nos magazines (Guitar Part, Guitare Classique). En www.kevinseddiki.com < Les prochaines octobre dernier, il avait sorti un concept-album, Oriental Blues. Un disque à la croisée des musiques Rencontres d’Astaffort se orientale, africaine et du blues, du Nil et du Mississippi, de Tinariwen et de Ry Cooder, dans dérouleront du 12 au 20 mai lequel il jonglait avec les cordes acoustiques (guitare six et douze cordes, oud et tar). Le dernier avec les Innocents comme parrains. Puis, à la rentrée, voyage de J.J.R. du 30 septembre au 8 octobre, une nouvelle session spéciale aura lieu, dédiée aux langues NEIL YOUNG régionales (Corse, Chti, Breton, Occitan, Créole…). Stop Spotify ! www.voixdusud.com Marre des fake news ! Fin janvier, le Loner a retiré sa musique de Spotify < Maxime Le Forestier a malheureusement été "au nom de la vérité", pour protester contre la diffusion du podcast américain contraint d’annuler tous ses The Joe Rogan Experience : « Spotify est devenu un lieu de désinformation po- concerts depuis le 15 mars tentiellement mortelle sur la Covid. Des mensonges vendus contre de l’argent ». dernier pour suivre un traitement médical et Sur la plateforme, le podcast de Joe Rogan (The Joe Rogan Experience), observer une période de célèbre commentateur de l’Ultimate Fighting Championship (UFC) et convalescence. Sa tournée animateur star de talk-shows sulfureux, fait des millions d’écoutes. Il y reprendra en novembre 2022. < Nicolas Blampain et © Lovelifetend le micro à toute la sphère complotiste, d’extrême droite et antivax, Mathieu Guinot seront de poussant même les jeunes à utiliser un traitement non autorisé contre le retour sur les festivals d’été virus. Et la star canadienne de fermer le ban : « Ils peuvent avoir Rogan ou avec leur duo Jooz, un détonnant cocktail de jazz & Young. Pas les deux. Je suis pour la liberté d’expression et n’ai jamais été en groove. faveur de la censure. Les entreprises peuvent choisir ce dont elles tirent profit, www.nicolasblampain.com tout comme je peux choisir de ne pas avoir ma musique sur une plateforme qui < Le 2 avril, le Bus Palladium a fermé ses diffuse des informations dangereuses. Je suis heureux et fier d’assurer mon soutien aux professionnels de portes. La célèbre salle santé qui sont en première ligne et risquent leur vie chaque jour. » parisienne qui a vu défiler Les Beatles, Johnny Hallyday, Mick Jagger, Téléphone et pléthore de groupes indés, va LA TRISTITUDE, être rasée pour faire place à c’est la fête ! un hôtel… Dix ans de Tristitude ! Pour fêter l’anni- versaire du désopilant tube d’Oldelaf, le label Roy Music a ressorti l’album Le monde est beau, en format vinyle, le 22 avril. À noter qu’Oldelaf donnera un concert spécial au Trianon, à Paris (75) le 14 juin, avant de partir en tournée dans toute la France. © Franck Loriou COVID-19 : Clapton déconne ? Slowhand, slowbrain ? En août dernier, Eric Clapton avait sorti This Has Gotta Stop, un hymne antivax. Il vient d’en rajouter une louche dans une interview accordée à la chaîne YouTube The Real Observer, en affirmant que "les vaccinés sont sous hypnose de masse (…) et victimes de publicité subliminale orchestrée par les sociétés pharmaceutiques". Il se réfère à la théorie de l’hypnose de masse de Mattias Desmet, professeur de psychologie à l’université de Gand, selon laquelle la population serait contrôlée mentalement par tout un tas de dirigeants, pouvant ainsi lui imposer ses règles, comme porter le masque et se faire vacciner. Si cette théorie fumeuse a été décriée par le corps scientifique, cette vieille rengaine reste largement reprise par les réseaux antivax. Quant aux médias véreux, ils alimentent « un trafic complètement à sens unique sur le respect des ordres et © DR l’obéissance ». Existe-t-il des vaccins contre la connerie ?

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S A V E

T H E D A T E

25 TH

FESTIVAL DE VENDÔME

Du 20 mai au 9 juillet Non, vous ne rêvez pas ! Pour fêter cet heureux événement, l’association Au Gré du Loir n’a pas lé- siné sur les moyens pour proposer un printemps et un été sous le signe de la guitare ! A l’affiche, le duo Monsieur Dame et Apple Juice (20/05), le quar- tet italien 40 Fingers (21/05), le concertiste clas- sique Judicaël Perroy (17/06), les Argentins de Vidala (01/07), le magicien de Madagascar Solorazaf (02/07), le guitariste équatorien Bolivar Sarmiento et, en clôture de festival, les légendaires Gipsy Kings feat. Tonino Baliardo (09/07) ! www.vendomeguitarfest.com

JAZZ À SÈTE

Du 15 au 21 juillet 2022 Cette année encore, elle portera bien son nom, l’île singulière. Louis Martinez et son équipe ont concocté une affiche de rêve pour une pluie d’étoiles sur le Théâtre de la Mer. Au programme : Herbie Hancock, Isfar Sarabaski, Julien Lourau, Marcus Miller, Robin McKelle, Stacey Kent, Toni Green et la plume californienne Julian Lage le 15 juillet, qui jouera son album Squint (sorti en juin dernier sur le label Blue Note), pour une soirée jazz guitar-hero. Sète, the jazz place to be ! www.jazzasete.com

LES NUITS

DE LA GUITARE

Du 17 au 24 juillet à Patrimonio (Haute-Corse) Après deux années muettes pour cause de pan- démie, le grand rendez-vous corse de la guitare rouvre enfin ses portes. Autant dire que Jean- Bernard Gilormini et son équipe allaient marquer le coup pour ces retrouvailles. C’est le cas avec une programmation à couper le souffle : Dutronc & Dutronc, Francis Cabrel, Jean-Baptiste Guégan, Rodrigo Y Gabriela et plein d’autres pépites annoncées prochainement. Ça va exploser ! www.festival-guitare-patrimonio.com

SYLVAIN

GUILLAUMET

L’artiste tout-cordes Chanteur, instrumentiste (gui- tare, piano, vielle, percussions) et compositeur, auteur de chansons, © Benjamin Theurier de poésie et de nouvelles, le Berrichon Sylvain Guillaumet ne manque pas de projets. Il vient de lancer une nouvelle formule de sa Veillée musicale berrichonne, « un moment musical cha- leureux et convivial, en trio, à travers des chants, musiques, danses traditionnelles et des lectures ». Il est également l’auteur d’un nouveau recueil d’une centaine de poèmes dédiés à la guitare (Guitare, aux éditions Stellamaris) et d’un récent album, Je cherche des mots océan (EPM), comprenant onze chansons, dont trois sur des poèmes de Lafontaine, Eluard et Rimbaud. www.sylvainguillaumet.fr

NEWS

É V É N E M E N T !

FRANCK CHEVAL

Chemin du luthier 448 PAGES POUR TOUT SAVOIR SUR L’UNIVERS DE FRANCK CHEVAL, POUR UNE ANTHOLOGIE DE LA LUTHERIE D’EXCELLENCE ! AU MOIS DE JUIN, LE CÉLÈBRE LUTHIER LANCERA UNE SOUSCRIPTION POUR FINANCER LA PUBLICATION DE SON PROCHAIN LIVRE, CHEMIN DU LUTHIER, DISPONIBLE EN SEPTEMBRE PROCHAIN VIA UN PREMIER TIRAGE DE 1500 EXEMPLAIRES. COMME L’ÉCRIT SON COMPÈRE PHOTOGRAPHE MAXIME RUIZ, DONT ON RETROUVE LES SUPERBES CLICHÉS DANS CE LIVRE, « Cet OuVrAGe peut être COnsidéré COMMe un diALOGue entre Le Luthier et Le LeCteur, un peu COMMe si, en reGArdAnt pAr-dessus sOn épAuLe, On Le VOyAit trAVAiLLer. LOrsqu’On L’interrOGe, une répOnse reVient sOuVent : « LES GUITARES, C’EST MA CHANCE ». Ce LiVre dOnC, se Veut une ChAnCe pOur Ceux qui Le LirOnt. L’AMOur, C’est COntAGieux. » LE LIEN DE LA CAMPAGNE DE FINANCEMENT PARTICIPATIF SERA BIENTÔT DISPONIBLE SUR LE SITE DE

FRANCK : HTTPS://WWW.CHEVALGUITARS.COM.

DÉCRYPTAGE EN AVANT-PREMIÈRE DE LA NOUVELLE SOMME DE CET ORFÈVRE DE LA LUTHERIE.

Propos recueillis par Benoît Merlin - Photos : Maxime Ruiz Franck, peux-tu nous présenter les grandes lignes de ce nouvel Si tu devais garder une ou deux anecdotes sur toutes tes col- ouvrage ? laborations avec des guitaristes, lesquelles choisirais-tu ? En 1996, sous la direction de Francis Cabrel, le livre Difficile de mettre en avant une ou deux de mes diverses Luthiers et Guitares d’en France a vu le jour grâce au travail collaborations, car elles m’ont toutes permis d’avancer et de Maxime Ruiz. Ce dernier a continué à faire régulière- de progresser. D’abord, Marcel Dadi et sa demande im- ment des photos de mes guitares en se disant que cela probable avec Princesse, qui était complexe à réaliser. pourrait servir un jour. C’est en 2014 que Maxime a com- Francis Cabrel ensuite, qui m’aida au-delà de ce que je mencé à me titiller pour écrire un livre sur le métier. pouvais imaginer et qui garde une formidable bienveillance Nourrie par notre amitié, l’idée a fait son chemin. Pas sur notre monde, un véritable ami. Diane Tell, Annabel, mal accaparé par mes articles pour Vintage Guitare et Christian Séguret, Patrice Jania... J’en parle avec une grande Guitarist Acoustic, je n’ai vraiment commencé ce travail affection et tout le bonheur de les connaître. Et puis, d’écriture qu’en 2019. L’ouvrage fait 448 pages, dans une Johnny Hallyday, bien sûr, des souvenirs marquants, une élégante présentation, il est illustré par les magnifiques belle aventure que cette guitare qui l’accompagna si souvent. photos de Maxime Ruiz, complétées par celles d’Alberto Peut-être me rappeler Philippe Petit dans l’atelier : je Martinez (Camino Verde, Orfeo Magazine), avec l’aide éga- peaufine le profil du manche de sa jazz Orville avec les lement de ma fille Juliette (Polygraphik) pour le montage, cordes montées. Il essaye la guitare, ressent la position de l’ensemble sous la direction artistique de Maxime, un vrai sa main gauche, je reprends la guitare en suivant ses re- et beau travail d’équipe ! marques, affinant un peu vers la tête, puis plus loin la base du talon... On continue comme cela à quatre mains, comme Tu traites divers aspects de ton art tout au long de cet ouvrage. si son pouce effleurant le manche dirigeait mon racloir, Quelle était ta ligne éditoriale ? cette idée que la mesure du palpeur gradué au dixième ne Il est délicat d’exposer le contenu de ce livre, car il aborde veut plus rien dire, juste une histoire de feeling entre nous. plusieurs angles de mon parcours. Disons qu’il commence par mon environnement, les conditions dans lesquelles Aujourd’hui, quel regard portes-tu sur ton parcours ? sont faites mes guitares ; ensuite le bois, sa sélection ainsi L’atelier a eu quarante ans l’année dernière et notre 800e que sa préparation ; les différents modèles et les rencontres, va voir le jour cette année, il me reste encore un peu à faire si importantes, qui déterminent un grand avec ma fidèle collaboratrice Lucie, qui nombre de mes guitares. Il y a aussi deux m’aide depuis si longtemps. Il me semble exemples détaillés de la fabrication d’une que nos guitares correspondent à ce que j’ai archtop et d’une petite folk finement ornée. toujours cherché, je ne parlerai pas au- Le tout est parsemé de réflexions sur l’art jourd’hui de certitudes, car elles ne sont pas de la lutherie artisanale, de ses différences bonnes conseillères, mais plutôt de confiance et de ce qu’elles nous racontent. C’est avant parsemée de quelques convictions, celle au tout un livre qui se veut un hommage à la moins de vouloir rester du mieux possible guitare dite "sur mesure". à l’écoute des musiciens et de leurs demandes.

© DR
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-M- Le retour du guitare-héros Evénement ! Le 3 juin, © Yann Orhan Matthieu Chedid sor- tira son nouvel album, Rêvalité (3ème Bureau), un cocktail de riffs funk-rock électriques et des ballades acoustiques. Grimé en super-héros, comme dans son clip «Rêvalité», diffusé fin mars, Matthieu revient avec un arsenal de guitares. Il nous fait un petit inventaire, en avant-première ! "Sur cet album, je joue ma fameuse Strato Série L de 64 et une Telecaster blanche de 66, offerte par mon ami Philipe Zdar (membre du duo Cassius et décédé en juin 2019, N.D.L.R.). Concernant les modèles acoustiques, j’ai redécouvert les Guild dernièrement, car, avant, je jouais toujours sur des Martin. J’ai eu la chance de jouer avec le chanteur de Supertramp, Roger Hodgson, aux Arènes de Nîmes ; il avait une Guild 12-cordes démentielle, avec un son de cathédrale ! Quant au modèle de la pochette de l’album, qu’on surnomme la Flyin’ M, elle a été fabriquée par Guillaume, un passionné de lutherie amateur, qui m’a contacté sur les réseaux sociaux pour me dire qu’il adorerait me faire une guitare. On a commencé à échanger, puis à bosser ensemble sur ce prototype."

S T A G E S
D E G U I T A R E

STAGES DE

GUITARE

Stage Kevin Seddiki © DR Notre ancien lauréat des Révélations Guita rist Acoustic animera un stage de guitare du 11 au 14 juillet inclus, dans le cadre du festival Les Suds à Arles. Pour niveau avancé et professionnel. Inscriptions : https://www.suds-arles.com/fr/2022/stage/ guitare-8380?from=stages

STAGE

ACOUSTIQUE

GUITAR GROOVE

2022 -

"DU BLUES AU

© DR BLUEGRASS"

du 23 au 30 juillet au Domaine de Meilhac (Corrèze), avec Chris Lancry, Percy Copley, Gilles Michel Une semaine consacrée à la pratique de la guitare et de divers instruments acoustiques (harmonica, mandoline, banjo, basse). Basé sur l’apprentissage et l’interprétation de morceaux, le stage s’attache à la théorie et à la pratique des différentes techniques de la musique américaine. Fingerpicking, flatpicking, open tunings, bottleneck et harmonies vocales. Travail sur le rythme et les mélodies. Jeu en groupe et en solo.Jams et apéro-concerts chaque soir après les cours. Il n’est pas nécessaire de savoir lire la musique, mais il faut connaître les positions d’accords de base. Inscriptions et renseignements : https://durockdanslblues.com/les-stages/stage-ggroove/

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PLAYLIST

LA PLAYLIST DE

DAVID

D avi dt i on Foe n k i n os re g org e d e t a l e n t s . R oma n ci e r, s cé n a ri s t e , l i t t é ra i re d e g ui t a ri s t e mé ri t é d e j a z z e t e n s e i g n é comme p rofe s s e ur d e ré a l i s a t e ur, g ui t a re ava n t i l a con n a î t . d emê me qu’on con n a î t re s ui vi un e l ui l e s uccè sf orma - Texte : Philippe Langlest - Photo : Francesca Mantovani/Editions Gallimard rand fan des Beatles, David Foenkinos asigné il y a quelques années une biographie pour le premier rôle d’Harry Potter. Sollicité au cinéma, Gentre autres :semi-fictionnelle, intituléeprolifique au style inimitable, on lui doit, Lennon. Ecrivain écran ; en tant que coréalisateur, il cosigne avec son frère le talent de conteur de David séduit également sur grand Pick, Deux Sœurs La Délicatesse, Charlotte, Le Mystère Henri Stéphane plusieurs films, dontMieux, Les Souvenirs et Jalouse Numéro Deux. A l’occasion de la paru- La Délicatesse, Je Vais Deux,jeune comédien en devenir qui rata de peu le casting dans lequel il raconte l’histoire de Martin Hill, ou encore le petit dernier, Numéro tion de son nouvel ouvrage,nous parle de son apprentissage de la guitare et nousoffre le Top 10 des chansons qui ont changé sa vie. , l’écrivain

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LA guitAre ? Adolescent, j’avais le poster de Jimi Hendrix au-dessus de mon lit, mais le vrai déclencheur, ce fut Zappa. Il a été le vrai marqueur de mon apprentissage de la guitare. J’ai acheté ma première guitare suite à une annonce passée par un type de mon immeuble qui vendait une guitare folk Yamaha. A 18 ans, je suis rentré au CIM, à Paris, où j’ai eu la chance d’assister à des masterclasses de John McLaughin. J’adorais les cours théoriques, l’histoire du jazz et surtout les grilles d’accords, les harmonies. J’ai été un professeur de guitare très cool. J’essayais toujours de m’adapter au niveau de l’élève qui était en face de moi et de savoir, dès la première leçon, ce qu’il aimait en matière de goûts musicaux. THE BEATLES "A DAy in the Life" C’est difficile de choisir une chanson des Beatles. Je prends celle-ci, car c’est une composition de Lennon, mais avec un passage de McCartney. Chanson sublime, cordes de guitares aériennes, avec une progression symphonique qui clôt l’album Sgt. Pepper’s. A mes yeux, cela confine au sublime. EMILIE SIMON "the Big MAchine" C’est la chanson titre de cet album. J’aimais beaucoup cette artiste, et cette chanson m’a fasciné par son intensité, sa puissance vocale. En écoutant cet album en boucle, j’étais convaincu qu’elle devait faire la musique de notre film, La Délicatesse. THE CURE "A forest" The Cure est le groupe que j’ai le plus écouté durant mon adolescence. Chanson lancinante, planante, avec cette grille d’accords hypnotique… Les parents du héros de mon dernier livre se rencontrent à un concert des Cure. BILLY JOEL "PiAno MAn" Première chanson de ce génie américain de la composition. Quelque chose me touche dans cette chanson autobiographique du pianiste que personne n’écoute. NEIL YOUNG "on the BeAch" J’aurais pu en choisir une autre, mais j’aime plus que tout le son de cette guitare aphrodisiaque. Et cette chanson lancinante pourrait durer des heures. FRANK ZAPPA "hot rAts" Pendant des années, j’ai été fasciné par la folie et la précision musicale de Zappa. C’est mon guitariste préféré. Cette chanson est un bijou de complexité joyeuse. JULIETTE ARMANET "L’AMour en soLitAire" C’est la nouvelle sensation de la musique, elle enveloppe par sa mélancolie et son sens des mélodies. FRANCE GALL "MA DécLArAtion" Impossible de faire cette sélection sans une composition de Michel Berger. C’est l’apothéose du sentimental. ALAIN SOUCHON "L’AMour en fuite" Chanson titre du film de Truffaut, c’est tout ce que j’aime. J’ai cité cette chanson dans La Délicatesse. Souchon est un génie absolu des paroles et des sono- rités. TEARS FOR FEARS "the hurting" C’est le premier album du groupe, de la pure new wave anglaise avec ce petit air lancinant qui ne vous quitte plus. C’est un groupe que j’aime plus que tout.

D O S S I E R

Parfois, la six-cordes se prend pour un six-coups, et ça fait des cartons pas que dans les bacs. De tout temps, les refrains ont à la baguette, et on peut rarement les qualifier de chefs d’orchestre. Vladimir Poutine vient de le rappeler en décidant,unilatéralement, d’envahir l’Ukraine. Biberonné aux marches militaires du FSB, le despote de Moscou n’est pas du style à craindreaccompagné les révolutions, mais on le sait, une chanson ne changera pas la face du monde, les puissants menant les peuples les playlists de ses nombreux opposants. Certainement dur de la feuille, l’homme qui ne sait pas écouter ! Cependant, leschansons se transforment parfois en grains de sable, les scènes en tribunes, et permettent d’éclairer les fièvres du moment. Sting vient de le rappeler en reprenant son vieux tube "Russians", pour soutenir le peuple ukrainien. Voilà pourquoiAcoustic s’est penché sur quelques protest songs qui, à travers leurs airs, ont changé nos regards sur l’air du temps. Guitarist

TEXTE : YOURI

STING

UN "RUSSIANS"

POUR LES UKRAINIENS

ela faisait des années qu’il n’avait plus chanté "Russians",titre issu de son premier album solo, C Turtlepuis qu’elle a été composée il y a plusieurs années, parce que je, sorti en 1985. « J’ai rarement chanté cette chanson de- The Dream of the Blue ne pensais pas qu’elle serait, un jour, encore révélatrice. Mais, à la lumière dela main sanglante et malavisée d’un homme d’envahir un voisin pacifique et non menaçant, ce titre est, une nouvelle fois, un plaidoyer pour notre humanitécommune années 80, la tension est vivace entre les anciens blocs de l’Est et de l’Ouest,L’histoire tourne en rond, et surtout elle ne tourne pas rond. Dans les », a-t-il expliqué sous son Instagram. comme l’illustre la crise des euromissiles. Dans "Russians", Sting met dos àdos Ronald Reagan et Nikita Khrouchtchev, coupables à ses yeux de continuer à des époques différentes à jouer avec le feu. Premier couplet :Amérique / Il y a un sentiment croissant d’hystérie / Conditionné pour répondre "En Europe et © Eric Ryan Andersen à toutes les menaces / Dans les discours rhétoriques des Soviétiques / MonsieurKrushchev a dit : nous vous enterrerons / Je ne souscris pas à son point de vue /Ce serait une chose si ignorante à faire / Si les Russes aiment leurs enfants aussi (…) Il n’y a aucun monopole de bon sens / De chaque côté de la barrière politique." Docteurs Folamour quand il écrit, toujours dans le premier couplet :Surtout, Sting reproches aux Soviétiques et aux Américains de jouer les ce dernier étant le père de la bombe atomique. 37 ans plus tard, VladimirPoutine s’invite dans cette chanson."Comment puis-je sauver mon petit garçon du jeu mortel d’Oppenheimer ?", TEXTE : YOURI

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© Library of Congress

AC #79 • 11

D O S S I E R

LES

GUITARES

INSOUMISES

© CBS

12 • AC #79

PISTOL

PETE

© CBS SEEGER

Légende parmi les légendes, Pete Seeger a signé le pamphlet "(If You Love Uncle Sam) Bring Them Home" en 1966 (dans l’albumSeeds : The Songs of Pete Seeger, Volume de l’engagement des Etats-Unis en Irak, il a revu et corrigé la chanson en compagnie de Jim Musselman, producteur et fondateurdu label Appleseed Recordings. Et, en 2006, Bruce Springsteen l’a à nouveau remaniée pour une seconde version de son "We), s’opposant plus que clairement à l’envoi de soldats américains au Vietnam. Lors Shall Overcome - The Seeger Sessions". TEXTE : JEAN-PIERRE SABOURET " Ce compliment était adressé, le 3 maiu as réussi à enterrer tous ces salopards !" plus efficaces (a besoin"). "C’est de professeurs, de livres et d’écoles, dont le monde l’occasion du concert qui célébrait son 90T 2009, par nul autre que Bruce Spring-steen à son ami Pete Seeger. C’était à Square Garden de New York. Des salopards, Seeger en aura af-e anniversaire au Madison Près de trente ans après l’avoir chantée pour la première fois sur D U V I E T N A M À L ’ I R A K frontés plus d’un depuis qu’il a emboîté le pas à son ami WoodyGuthrie, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Ses positions, Them Home" pour s’opposer à l’envoi de troupes en Irak. Pourscène à Berkeley, Seeger a éprouvé le besoin d’exhumer "Bring autant que certaines de ses chansons, lui ont valu les foudres de lacensure et même un procès à l’époque du Maccarthisme. Billy Bragg et Steve Earle. C’est son vieil ami, Jim Musselman, quia revu les paroles, évoquant notamment le pétrole comme véritablel’occasion, il a réenregistré le chanson en compagnie d’Ani DiFranco, soulevé le douloureux dilemme que représente toute forme decontestation pour un patriote comme lui. Car, tout en demeurantLorsqu’il a voulu s’exprimer sur la Guerre du Vietnam, il a surtout enjeu de la guerre ("sous un sol étranger").Nous ne voulons pas nous battre pour du pétrole un marxiste convaincu, il reste un Américain amoureux de son payset de sa culture. Pour une grande majorité de ses compatriotes, pro- à Bruce Springsteen lorsqu’il a repris la chanson, devenue "BringIl faut croire que ni la première version ni la seconde n’ont convenu tester contre une décision d’un président élu par le peuple revientà être anti-américain. C’est probablement pour cette raison que, ‘em Home", sur scène puis sur une nouvelle version de "We ShallOvercome - The Seeger Sessions". Il a occulté certains couplets, dans sa version initiale, Seeger a commencé par évoquer l’amourd’Oncle Sam pour réclamer le retour notamment tout ce qui évoquait la position de Seeger en cas deconflit sur le sol américain. Springsteen n’interpelle plus des généraux de ses soldats au pays. Reprenant en-suite perfidement la formule de l’ar- mais les politiciens, et il a remplacé mée "support our boys in Vietnam" En outre, il a voulu se montrer plus l’Oncle Sam par "cette terre de liberté". (laisser sous-entendre que le meilleursoutenez nos garçons au Vietnam) pour optimiste en évoquant la joie du re-tour des garçons et des filles (se sent- soutien que l’on puisse apporter étaitencore de les rapatrier au plus vite. il obligé de préciser), comme dans lachanson traditionnelle "When JohnnyComes Marching Home", qui est vis de l’armée, énonçant clairementque ses responsables se servent avantMême s’il se montre critique vis-à- clairement citée. On pourra néan-moins se demander si Springsteen tout des soldats comme cobayes,Seeger se sent obligé de préciser un n’en a pas profité pour mettre en avantla source d’inspiration de Seeger, peu plus loin qu’il n’est en aucun cas pourtant grand connaisseur et défen-seur du répertoire traditionnel amé- un pacifisterait en première ligne en cas d’invasionanti-militariste (""). Il affirme même qu’il se-Je ne suis pas vraiment ricain. A moins qu’il n’ait plutôt voulusimplement justifier les libertés prises des Etats-Unis, tout en en remettantune couche sur les généraux, en dé- avec le texte original. plorant qu’ils n’emploient pas le bon des uns et des autres, l’époque n’est Quelles que soient les intentions armement. La première morale deSeeger est en effet que les livres, l’en- "C’est de professeurs,de livres et d’écoles, plus la même et il reste permis dedouter que ce qui était l’hymne contre seignement et la culture seraient bien dont le monde a besoin." la Guerre du Vietnam aura le mêmeimpact sur le conflit en Irak.

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D O S S I E R

LES

GUITARES

INSOUMISES JOAN

BAEZ

LA MADONE DE LA FOLK

Johan Chandos, devenue Joan Baez, est une artiste aux multiples facettes : voix de soprano extrêmement pure, style de guitar- combattante des droits de l’homme et opposante aux tyrannies de tous bords, Chine, Russie ou ailleurs, en commençant parson propre pays.picking toujours précis et remarquable, bien que rarement perçu par le grand public, madone de la folk, méga-star mais TEXTE : ROMAIN DECORET ille d’une Ecossaise et d’unchercheur « Un jour, je devais avoir l’Unesco, Joan est au côté mexicain de 13 ans, mon père m'a été élevé à Brooklyn. Il était Méthodiste et trèsreligieux, mais il a préféré se consacrer à la F1963, sa version de "We Shall Overcome" de Martin Luther King en demandé si j'accepterais science plutît qu’aux rituels de la religion. Ilest l’inventeur du microscope à rayons X et étant chantée par 350 000 personnes dansles rues de Washington. Elle est également d'argent en échange deune énorme somme lorsque l’armée lui a proposé de travailler surle Projet Manhattan (la bombe atomique), il présente avec King à Montgomery, puis àGranada, Mississippi en 1966. Toute sa la mort de quelqu'un qui a refusé. Je l’admire pour cela et ses nombreusespositions, il a refusé un véritable pont d’or pour vie, elle renouvellera ces engagements, enPologne avec Solidarnosc, en URSS avec serait condamné à mourir des raisons humanitaires. Il m’a enseigné cequ’était la moralité. Pas la bigoterie, la mo- Andrei Sakharov et Elena Bonner, avecles réfugiés au Cambodge, en Thaïlande de toute façon. J'étais unegamine, j'ai répondu oui ralité. Un jour, je devais avoir 13 ans, il m’ademandé si j’accepterais une énorme somme et Malaisie, avec les mères des disparus auChili. Disciple de Gandhi, elle a refusé de et il m'a dit en riant : d’argent en échange de la mort de quelqu'unqui serait condamné à mourir de toute façon. payer ses impôts pour protester contre laguerre du Vietnam et a été emprisonnée "Ça, c'est immoral !" J'étais une gamine, j'ai répondu oui et il m'adit en riantpas ce qu'était l'immoralité, mais je venais "Ça, c'est immoral !" Je ne savais International.plusieurs fois. Elle a fondé Humanitas et présidé à Amnesty d'apprendre que l'on ne pouvait pas accepter de l'argent en échange de l’origine, je dois tout ceci à mes parents. Mon père est né à Mexico et aD’où lui vient son engagement pour les droits de l’homme ? "A la vie d'un être humain, fût-il déjà condamné »dans une interview publiée dans Guitar Unplugged, nous confiait-elle combattante.Sa mère, fille d'un pasteur de l'Eglise épiscopale, n’était pas moins n°21. la musique folk traditionnelle, bien que les disques que j'écoutais avecelle étaient plutôt Vivaldi, Mozart et Jussi Bloerling chantant Puccini. "C'est sans doute d'elle que je tiens ma compréhension de Ma mère a été arrêtée avec moi à deux reprises, pour désobéissance civileau Centre d'instruction de l'armée à Oakland. Chaque fois, nous avons tention de Santa Rita, et ma mère disait que cela valait le coup de donnerdu courage à d'autres mères qui voulaient défendre leurs enfants. Elleété condamnées à plusieurs semaines d'emprisonnement au centre de dé- m'a donné en tous cas la force d'agir selon mes convictions." A LIREDans la biographie Baez - Une icône rebellela journaliste Elizabeth Joan, Thomson retrace le par-cours exceptionnel de l’autrice de "Diamondsand Rust " et rappelle combien son œuvre etson influence ont mar- qué l’histoire. Sorti le 12 © Proper Records mai 2022 chez CastorMusic.

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LEONARD

COHEN

A LA MINE

Leonard Cohen n’est pas tout à fait le même lorsqu’il compose des chansons ou lorsqu’il écrit de la poésie ou des romans.Plutôt modéré et évasif, il pousse parfois la provocation aux limites du nihilisme… Explication de texte avec "Diamonds in the mine" (in Songs of Love and Hate, 1971). TEXTE : JEAN-PIERRE SABOURET rement aborder le thème de l’avortement, via cesentimentaux pour s’intéresser au troisième couplet : il semble clai- On ne s’attardera pas sur cette étrange évocation de ses déboires la salope (…), il a enseigné à une centaine de femmes comment tuer un "docteur qui a stérilisé comme pour sciemment laisser l’ambiguïté planer sur cette dernièreenfant avant la naissance."phrase terrible. Il conclut "c’est tout ce que j’ai à dire", prunté au Dylan du début des années 60. Il s’adresse à nous endisant :Depuis, il a rajouté un dernier couplet qu’on pourrait croire em- poètes dansaient pour Hô Chi Minh et les dingues pour l’oncle Sam.Alors, quel camp allez-vous choisir ? Quelle chanson allez-vous chanter ? "Je vous en avais parlé à l’époque du Vietnam, alors que des Au milieu des relents des cadavres de bébés qui soufflent dans le vent." nouvelle fois ce qui semble représenter l’horreur absolue à ses yeux.Plus sinistre et désabusé que jamais, il termine en évoquant une grand optimisme dans sa plus célèbre chanson, Cohen semble ré-pondre froidement que, quoi qu’il arrive, après l’abandon et la fa-Au vent de révolution que voyait Dylan se répandre avec le plus mine, tout se terminera dans un bain de sang. Cohen paraissantplus apaisé et humaniste aujourd’hui, on ne pourra que souhaiter omme l’immense majorité des textes de Cohen etpas seulement ses chansons, ce "Diamants dans la qu’il remanie ce texte afin de l’éclairer sur sa réelle position. s’il n’y avait ce couplet que le chanteur a rajouté par la suite, éclairantC mine" est loin d’être limpide et offre de multiples ni-veaux de lecture. Il aurait même été limite hors sujet le reste du texte sous un nouveau jour. On devinait vaguement quederrière cette blue, she’s asking for revenge - the man in white, that’s you, says hehas no friends"), Cohen évoquait la lutte des classes : le bleu, couleur "femme en bleu et cet homme en blanc" ("The woman in des ouvriers et le blanc des cadres et des dirigeants. La colère de l’uncontre la solitude de l’autre. Le refrain, avec cette boîte à lettres vide ("No letters in the mailbox"), ces vignes arides ("No grapes uponthe vine"), ou ces chocolats depuis longtemps terminés ("No cho- d’abandon, que l’on peut ressentir, lorsque l’on a tout perdu à l’in-colates in the boxes anymore"), traduisent les sentiments de pauvreté, diamant ("No diamonds in the mine").térieur comme à l’extérieur, lorsque la mine ne recèle plus le moindre cinante et désabusée habituelle, mais il adopte un ton rageur,Pour interpréter ces paroles, le chanteur n’a pas pris sa voix lan- la première partie plutôt nébuleuse de cette chanson. Pour le secondpresque vindicatif qui ne manque pas d’interpeller, au regard decouplet, plus personnel puisqu’il semble s’adresser à sa maîtresse, il se fait même méprisant, lui reprochant un mensonge, alors qu’elle l’a vu au bras d’une autre...prétend devoir s’occuper de son mari semble-t-il accidenté. Lui © Columbia

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INSOUMISES BOB

DYLAN

"MY BACK PAGES"

Dans la musique plus que dans tout autre domaine, on reste souvent sur la première impression qu’on a d’un artiste. Dansl’esprit du commun des mortels, Bob Dylan reste ce troubadour folk contestataire dont les paroles ont résonné dans plus d’une manifestation depuis le début des années 60. Mais… TEXTE : JEAN-PIERRE SABOURET tellement plus vieux en ce temps-là, je suis plus jeune aujourd’huiplus pour faire comprendre qu’il a eu tort de se prendre pour unLorsqu’il insiste, jusqu’à la redondance, sur le paradoxal "", c’estj’étais adulte responsable trop tôt. Beaucoup trop tôt en tout cas pour me-ner certains combats. Le costume du porte-parole d’une génération était trop grand pour lui, il préférait se contenter de celui du rebellequi ne suit pas d’autres voies que la sienne. Désormais, il ne sou- tiendrait qu’une seule cause, la sienne. goût de la provocation. Plusieurs personnes de son entourage ontUne bonne part de l’engagement de Dylan était motivée par son pour ses "combats". Une certaine forme de modestie l’empêchaitde se sentir digne d’une telle reconnaissance et, surtout, il ne sedécrit le malaise grandissant du chanteur alors qu’on l’honorait serait pas douté que quelques textes vaguement subversifs l’obli-geraient à intégrer des organisations beaucoup trop hiérarchisées et sérieuses à son goût. Voilà pourquoi "My Back Pages" refermaitle dossier "protest song". Un comique né, Dylan. Son ami George Harrison se lamentait queL E P ROVO CAT E U R epuis "My Back Pages", en 1964, il a expliqué surtous les tons qu’il ne voulait pas endosser ce rôle si peu de gens réalisaient à quel point il était avant tout un personnagetrès drôle. Outre une certaine ressemblance physique, il est proba- pu le laisser croire, Dylan y faisait son mea culpa en expliquant queD de prophète que certains lui avaient si rapidementattribué. Si quelques-unes de ses chansons avaient blement plus proche de Charlie Chaplin que de Steinbeck. En cela,"My Back Pages" est la première d’une longue série de grosses blaguesqui jalonneront son parcours. Se pointer avec une guitare électrique c’était une "erreur de vieillesse". Si on l’écoute distraitement, cequ’on ne devrait jamais faire avec Dylan, on pourrait croire que au festival folk de Newport le 25 juillet 1965 en était une bien bonne,son "terrible accident de moto", une autre, de même que son illu- il avait le secret au début des années 60. Et après tout, pourquoi"My Back Pages" est une de ces "protest songs" folk typiques, dont mination à la fin des années 70 ou son concert pour le pape... Nombrede ses albums sont des gags que lui seul pouvait oser et nombre de pas ? Au sens littéral du terme, il proteste une dernière fois contreceux qui l’ont un peu vite placé au premier rang de toutes les ma- ses apparitions scéniques le sont tout autant. Malgré cela, le publicautant que les médias persistent à le traiter avec le plus grand sérieux. bilité. Personne ne l’a forcé à suivre la voie tracée par Woodynifestations de l’époque. Il reconnaît certes une certaine responsa- Quoi qu’il fasse, il scandalise souvent, provoque parfois l’ennui ou Guthrie, reniant au passage le rock’n’roll de ses jeunes années. Mais chansons suivant son humeur du moment, pourrait rajouter un cou-la stupeur, mais jamais il ne fait rire. Lui qui aime tant récrire certaines il n’avait pas prévu qu’on ferait de lui une telle icône. plet à "My Back Pages" :un jour des chants de Noël, avec des vrais grelots, comme l’a fait Elvis... "Vous allez voir, je vais être obligé d’enregistrer A L L E ZS I VO I R J ’ Y SU I SA I L L E U R S quand je serai jeune !"Là, au moins, si je me déguise en Père Noël, vous allez comprendre qu’ilne faut jamais me prendre pour ce que je ne suis pas. Mais je ferai ça Ce qui semblait le gêner surtout alors qu’il rédigeait les paroles de les routes américaines avec sa guitare sur le dos, sans enregistrerpas connu plus de succès que Guthrie, qu’il avait continué à parcourir"My Back Pages", c’était cette popularité qui l’oppressait. S’il n’avait "Vous allez voir, je vais être obligé On peut toutefois en douter...plus longtemps que ces deux ou trois années qui l’ont marqué à vie. d'albums ni passer à la radio, il aurait assumé son rôle probablement d’enregistrer un jour des chantsde Noël, avec des vrais grelots, comme l’a fait Elvis...

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© Sony/BMG

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INSOUMISES

Dès le lycée, Tom Morello commence à exprimer ses opinions politiques, se définissant alors comme un "anarchiste dans un nid de conservateurs”. © New West Records

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TOM

MORELLO

FOLK AGAINST THE MACHINE

Quatre ans depuis le début de sa croisade en tant quesoutenant activement les mouvements "Occupy" (Wall Street, Los Angeles, London…). Même s’il a réintroduit, discrètement, la The Nightwatchman, Tom Morello est toujours en première ligne, guitare électrique dans ses dernières productions, sa démarche s’inscrit donc plus que jamais dans la tradition du folkcontestataire. Retour sur le parcours atypique de ce musicien exceptionnel. TEXTE : JEAN-PIERRE SABOURET es quatre membres deAgainst The Machine, Tom Rage Morello choque à son tour en effectuant la dé- D Morello est à la fois le plus marche inverse, délaissant l’électrique pour l’a- au départ. Né le 30 mai 1964, il a six ans deexpérimenté et le plus engagé coustique. Suivant l’exemple de son mentorBilly Bragg, il renoue ainsi avec bonheur avec plus que le chanteur Zack De La Rocha, etquatre de plus que le batteur Brad Wilk et le certaines de ses racines folk contestataires long-temps délaissées. Comme il l’expliquait à l’é- bassiste Tim Commerford, son ami d’enfance.Le guitariste n’en est ni à son premier groupe, poque :steen ou Woody Guthrie ont enregistré certains des "Johnny Cash, Bob Dylan, Bruce Spring - ni à son premier combat. Fils d’un ambassadeurdu Kenya, Ngethe Njoroge (lui-même neveu albums les plus impressionnants sans le moindresolo de guitare saturée à l'horizon. Je voulais donc du Président du pays africain pendant 14 ans,Jomo Kenyatta), et d’une enseignante qui a milité dans le mouve- auxquels j'ai participé. Cette fois, je voulais enregistrer un album oùm'engager dans une voie différente de celle des grou-pes de rock ou même des organisations politiques ment des droits civiques dès le milieu des années 60, Mary Morello,Tom a grandi à Libertyville, dans l’Illinois (au nord de Chicago). chaque mot, chaque accord venait uniquement de moi."bande originale du film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, C’est sur la définissant alors comme unDès le lycée, il commence à exprimer ses opinions politiques, se l’on verra pour la première fois, en octobre 2004, le nom de The que Ayant terminé ses études secondaires avec les félicitations du corpsenseignant, il poursuit ses études en science politique et sociale à "anarchiste dans un nid de conservateurs". Nightwatchman, avec "No One Left", entre Dylan, Springsteen,les Clash ou Steve Earle. la prestigieuse université de Harvard. Il en ressort avec un Masteren Etudes Sociales en 1986. Installé à Los Angeles, il n’y trouve Qu’importe si l’impact de son One Man Revolution ne sera guèreQ U ’ I L P L E U V E O U Q U ’ I L V E N T E guère d’emploi en rapport avec ses qualifications, se retrouvantmême à devoir jouer les chippendales, jusqu’en 1987 où il est enrôlé tant humain que musical de Morello. Tout en persévérant avecNightwatchman est devenu plus que nécessaire à l’épanouissement en rapport avec le succès de RATM ou Audioslave. The dans le bureau de campagne du sénateur démocrate Alan Cranston. Lorsque Rage Against The MachineR AG E E T D É S ES PO I R Audioslave sur deux albums de plus, ou même en renouant épiso- pulsion de Morello, c’est avec l’ambition déterminée d’allier un dis- se forme en 1990, sous l’im- diquement avec RATM et son side project Street Sweeper SocialClub, le musicien ne lâche pas l’affaire, lui et sa fidèle guitare nylon cours vindicatif à une musique aussi percutante que complexe. Laréussite du groupe dès son premier album éponyme en étonnera guitare électrique, trouvant un juste équilibre avec ses deux dernièresbaptisée "Whatever It Takes" sont de toutes les causes ou presque.Dès le second album, The Fabled City, il réintroduit toutefois la plus d’un en plein essor du grunge. Les inventions guitaristiquesde Tom sont si déconcertantes qu’il est obligé de préciser sur les productions, un E.P. (avec des reprises de Woody Guthrie, Florence enregistrements du groupe qu’aucun clavier ou sample n’ont étéutilisés. Mais des tensions s’installent très vite entre de La Rocha Reece, Merle Travis ou du "Solidarity Forever" de Ralph Chaplin,sur l’air connu de "The Battle Hymn of the Republic") et un album et le reste du groupe, ce même après un second album,en tête des meilleures ventes du Billboard, tout comme le suivant, Evil Empire, plus abordable,en duo avec Ben Harper. World Wide Rebel Songs, où on le retrouve notamment The Battle of Los Angeles.suivit le départ du chanteur, fin 2000, on retrouve en bonne place Sur l’album de reprises, Renegade, qui retrouvé en première ligne devant Wall Street (Occupy Wall Street)Mais c’est toujours armé de sa seule guitare nylon qu’il s’est les Stooges ou MC5, mais aussi Springsteen et Dylan. Les membresrestant de RATM s’allient alors avec l’ancien chanteur de ou sur le monumental quadruple album au profit d’AmnestyInternational, qui célèbre ses 50 ans, casting prestigieux qui va de Mark Knopfler à Billy Bragg en passantOf Bob Dylan. Il y reprend "Blind Willie McTell", au milieu d’un Chimes Of Freedom - The Songs sous haute influence Zeppelinienne.Soundgarden Chris Cornell pour fonder Audioslave, un groupe lémique en passant à la guitare électrique au festival de Newport,pseudonyme Mais la surprise a été de voir Morello se produire seul sous le The Nightwatchman dès 2003. Dylan avait créé la po- par Pete Townshend, Joan Baez, Adele, Lenny Kravitz, CarlySimon, Charlie Winston, Patti Smith, Bryan Ferry, Seal, Jeff Beck,Pete Seeger et, bien évidemment Dylan lui-même. Preuve, s’il en était besoin, que Morello fait définitivement partie de la bande.

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INSOUMISES COLETTE

MAGNY

LE BLUES DES BARRICADES

sa propension à distribuer les baffes et ses vers coup de poing, la grande dame de la chanson contestataire n’a jamais connule succès qu’elle méritait.Il y a 25 ans disparaissait, le 12 juin 1997, la pionnière des protest songs à la française. Malgré son indignation chevillée au corps, TEXTE : BEN de véritables chroniques de la révolution en marche. Son albumMagny 68-69 miers titres,sommes le pouvoir : " Nous sommes le pouvoir :est un tract musical en six titres. Dans les deux pre- déléguée CGT, Colette dénonce les conditions de travail des ou- II. Le boa", qui s’ouvre sur le discours d’une I. La pieuvre"et "Nous chambre noire / À zéro degré, huit heures seule sans parler / Deux foisvriers : « La machine nous enlace comme un boa / Chez Kadok, en / Nourrir les gosses, les coucher / Et puis, et puis, et puis... mon mari/Je suis prête pour l’abattoir. »aux W.C., abrutie, saoule, je sors de là / Faire les courses, faire le dîner Ensembledroit de grève. Sur le reste de l’album, elle élargit le propos en bro-", la chanteuse rappelle aux patrons en quoi consiste le Dans "Nous sommes le pouvoir : III. cardant l’impérialisme occidental ( de l’indépendance de Cuba, danslisme ("Dur est le blé"), citant le Che ainsi que José Martí, martyr "L’écolier-soldat"), le colonia- Paris, Alger, Harlem, La Havane, même combat ! "Lorsque s’allument les brasiers". es ritournelles de la Contrescarpe aux complaintesblues, lorgnant sur les digressions free jazz, la puis contremaître, Colette a fustigé tout ce qui, à ses yeux, déblo-D chanteuse-guitariste a passé sa vie à alterner lesclaques et les caresses. Fille d’un commis-épicier quait d’Est en Ouest : la guerre du Vietnam, la bombe H et lesessais nucléaires français, la condition des ouvriers des chantiers de Saint-Nazaire, le péril écologique avant l’heure. Elle soutientles révolutionnaires cubains et les manifestants parisiens, après Mai 68. Colette-la-colère a beau gratter des cordes nylon, elle co-avoir été de tous les meetings à la Mutualité lors des révoltes degne sévère. Ses chansons s’intitulent l’avenir, Viva Cuba…Curé, Libérez les prisonniers politiques, Répression, Désembourbez Babylone - U.S.A., Camarade- Aragon, Hugo, Rimbaud, reprend l’écrivain fondateur du BlackFitzgerald blanche ». Elle chante Bessie Smith, met en musique Il faut dire qu’elle a le blues, Colette, parfois surnommée la « Ella Arts Mouvement Amir Baraka, figure du mouvement des droitsciviques américains ( composant au fil de ses albums une sorte d’Brave nègre), Che Guevara, Pablo Neruda,Internationale humaniste. La sous-condition prolétaire sera son combat. Mai 68. Magnycourt les A.G. et les piquets de grève du Quartier latin, composantN O U S SOM M ES L E PO U VO I R © Jean-Pierre Roche

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INTERVIEW

BIRÉLI

LAGRÈNE

encorel’épreuveAvec Solo Suites abordée du solo sous (Pee Wee/Socadisc, à paraître le 06/05), Biréli Lagrène se livre pour la première fois en studio à absolu. la forme Une d’un"mise projet à nu" discographique dont le guitariste

SOLO GUITARE

global. est coutumier sur scène, mais qu’il n’avaitTexte : Max Robin jamais Je me laisse un peu surprendre par l’entourage,l’atmosphère du moment, les gens avec qui jejoue. Ce sont toutes ces choses que je prends en compte, parce que je ne pense pas qu’onvienne juste poser son truc, prendre le cachetet repartir… En tout cas, je fonctionne plutôt comme ça, en m’imprégnant de ce que j’en-tends, de ce que je vois, même si ça n’a rien àvoir avec la musique… Un de tes morceaux s’intitule "Buster Keaton"…(grand ami Vincent Mahey, qui a produit le disque et en a été l’ingénieur du son. Parfois,on "rame" avec les titres,qui arrivent comme ça, au pied levé. BusterRires) C’est une idée commune avec mon Keaton ? Pourquoi pas !Qu’est-ce qui te touche dans son cinéma ? il y a beaucoup d’idées C’était le premier © Alexandre Lacombetournait ses rôles lui-même, un peu commeTom Cruise aujourd’hui. Et je trouve ce mec stuntman (cascadeur) qui "SI JE DEVAIS MONTER SUR SCÈNE EN SACHANTCE QUE JE VAIS JOUER, JE ME SENTIRAIS COMME fascinant pour les risques qu’il prenait àl’époque, et toutes ses réalisations. C’est assezmonstrueux ! DANS UNE CAGE. " Quand tu joues la guitare comme ça, en soloimprovisé, comme c’est souvent le cas, tu te sensun peu comme lui, 2006) réunissait des pièces enregistrées live …Oui. Le premier rassemblait des bouts de soloIl s’agit en fait de ton deuxième album à la gui-tare seule. Mais le premier (To Bi or not to Bi, choses tranquillement, en "prenant le temps" deles dire…Dans toute une partie de l’album, tu poses les Oui. Tu sais pourquoi ? Si je devais montersur scène en sachant ce que je vais jouer, je me à risquer des choses, sans f ilet ? sentirais comme dans une cage. Particuliè- ci est vraiment un disque en solo, pour lequelque j’avais faits sur différents concerts. Celui-je suis entré en studio en m’y préparant. (toujours le point sur la virtuosité ? C’est biens’il y en a un peu, mais je crois que je me suisRires). Tu sais, je me suis dit : pourquoi mettre rement quand je joue en solo. C’est un trucque j’aime partager avec le public. Après, çan’exclut pas d’improviser sur un standard, avec Quelle sorte de préparation ?J’ai préparé des choses à la maison, certainestrames… quand j’avais 18 ans !calmé aussi. Si je fais un album solo, il fautter, ne pas partir dans tous les sens, commeque ce soit audible pour les gens qui vont écou- quelques "dérangements", des titres que le pu-blic connaît bien… possible pour les modifier sur le moment enstudio. En me laissant aussi le plus de liberté de la musique elle-même ?Quelles sont tes sources d’influence, en dehors Aucun stress dans ce genre de situation ?Non, moi ça ne me dérange pas. J’adore ça enfait ! Comme c’est un truc que je maîtrise assezbien, je dirai, il n’y a absolument aucun risque.

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CONCERT

LE 07/05 À LA SALLE GAVEAU (PARIS)

© Alexandre Lacombe

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INTERVIEW

© Alexandre Lacombe Ni pour moi, ni pour le public. Quelque part, parce que je vois à quel point cette polyvalence truc. Si je prends la guitare, je cherche des le public va toujours s’y reconnaître, parce que me sert. En même temps, ça demande une trucs ! j’essaie de lui donner le plus de fils conducteurs énorme maîtrise, car il faut toujours avoir la possible, même si tout est improvisé. tête claire, savoir ce qu’on veut faire. Et quand Quoi par exemple ? ça sort, ça doit sortir "naturel", sans jamais Ce que j’adore faire quand j’ai une idée, c’est Tu fais partie de ces musiciens qui ont la capa- forcer. Je ne me force pas à faire un truc, parce de ne pas forcément la jouer sur la guitare. Ça cité de développer leurs idées "en direct", comme que ça ne sert à rien… peut être un truc qui se passe sur le piano, sur Sylvain Luc… le violon, et après j’essaie de le jouer sur la gui- Sylvain, c’est exactement le même schéma. Pour t’entretenir, te "tenir prêt", tu pratiques à tare. A la guitare, quand je suis à la maison, On se laisse surprendre… la maison ? j’aime bien improviser. Ça fait travailler, d’une Ça m’arrive souvent de ne pas jouer de gui- manière ou d’une autre. Tant que les doigts En suivant les choses comme elles arrivent… tare. Mais j’ai tellement d’instruments dif- sont fluides… ça marche ! Voilà ! Tout simplement. En même temps, ça férents que je préfère passer du temps là-des- me laisse une grande liberté, et du coup, je sus. Je joue beaucoup de basse électrique, Sur cet album, tu joues principalement ta gui- m’ennuie moins ! (Rires) parce que j’adore cet instrument, beaucoup tare folk, une Fylde, qui est devenue un de tes de piano, de violon… Ça me nourrit par rap- instruments de prédilection. Que représente le Dans le texte du livret, tu dis qu’il faut parfois port à la guitare, parce qu’il y a des trucs que monde du folk pour toi ? que tu te restreignes, parce que la musique est je garde et que je transfère à la guitare, dans J’adore la musique irlandaise, par exemple. Je tellement vaste qu’on risquerait de s’y perdre… la mesure du possible. Alors la guitare, si bien trouve que c’est tellement joli… On n’a pas Même si tout est improvisé, il faut tout de sûr, j’en joue, mais pas trois ou quatre heures besoin de 36000 accords à chaque fois ! C’est même une grande discipline. Parce que dans par jour… Ou alors, parfois si je cherche un une musique qui me touche beaucoup. A tout ça, il faut que je prenne des décisions, pour me situer musicalement, rester "cadré". Et ce n’est pas toujours évident pour moi d’être "Si j’entendS une porte claquer, aussi libre, de pouvoir faire ce que j’ai envie Si elle grince, j’entendS de la muSique, dans les différents styles de musique que je peux jouer. Aujourd’hui, à 55 ans, je suis vrai- j’entendS une mélodie. donc, j’ai fait huiler ment fier de m’être nourri de tous ces styles, touteS meS porteS ! (RIRES) "

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priori, ce n’est pas du tout mon monde, les quatre-cinq ans ! C’est lui qui reprendra peut- guitares folk, mais je me sens tellement à l’aise être un jour le flambeau ! sur celle-ci ! C’est une guitare fiable, confor- table, qui ne m’a jamais laissé tomber. Tu lui montres des trucs ? Non, j’ai pas la patience pour ça, et entre père Sur le dernier morceau de l’album, "Angel from et fils, il y a toujours ce truc : les enfants n’écou- Montgomery", tu as invité ta f ille Zoé. Raconte- tent pas comme si c’était un vrai prof ! Il a son nous… petit prof attitré, qu’il va voir, deux-trois fois Je vais te dire que c’est assez spécial. Comme par mois. Le gars lui montre des trucs, et il se tous mes enfants sont très imprégnés de mu- démerde pas mal, il joue des petites mélo- sique (ma fille chante, mon fils aîné est un dies… Il nous arrive de jouer ensemble. formidable DJ…), j’ai eu cette idée. Je me suis dit : tiens, je pourrais la faire venir, pour chanter Tu as réussi à transmettre ce goût à tes enfants, un titre, un truc un peu "folkish" comme ça, sans rien leur imposer… © Jean-Baptiste Millot très simple, qui avait été fait par cette chan- Je n’ai absolument rien fait ! J’y suis absolu- teuse, Bonnie Raitt. J’ai ramené un peu de ment pour rien. (Rires) mon côté "Pasto" à la basse, tant bien que mal, un peu comme ce qu’il faisait avec Joni Tu es quand même ce que tu es, la personne que Mitchell à l’époque. J’avais envie de toucher tu es ! Même si tu n’as pas fait pression… un peu cette ambiance-là. Je crois que j’ai com- Jamais de la vie ! Je les adore trop pour les em- mencé par la guitare, avec la voix de Zoé. Et bêter. S’ils ont ressenti ça, ce qui est le cas, c’est j’ai rajouté la basse par la suite. C’était un mo- le plus beau cadeau de ma vie ! J’ai tellement ment très sympathique. de gratitude qu’ils aient pu comprendre ce que je fais, et qu’ils partagent le même amour A quoi renvoie le titre "Bagi" ? pour la musique. On va finir pas ne parler que de mes enfants ! (Rires). C’est le surnom de mon deuxième fils, Revenons à tes sources d’inspiration : f ilms, qui a 12 ans, et qui joue de la guitare depuis livres, paysages, impressions… ? Bien sûr ! Si j’entends une porte claquer, si elle grince, j’entends de la musique, j’entends une mélodie. Donc il n’y a pas longtemps, j’ai fait huiler toutes mes portes ! (Rires) C’est un malheur, je te jure. On n’est pas musicien juste pour être musicien. On entend tellement de choses que d’autres gens n’entendent peut- être pas. C’est tellement présent tout le temps, 24 heures sur 24. J’essaie de vivre une vie tran- quille, parce qu’en tournée, c’est assez agité quand même. La maison me permet de me retrouver, de prendre de l’énergie, de me res- sourcer. Faire tout simplement les trucs dont j’ai envie. © Jean-Baptiste Millot

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INTERVIEW

SUZANNE

VEGA

CHRONIQUES

D e p u i se n c h a n t e n t .flambéeNEW-YORKAISES 8 5 , s o n A u t r i c e f o l k - r o c k d ’ u n e r a f f i n é d i z a i n e e t d ’a l b u m s s a v o i x l u m i n e u s e " Lu c a" , s t u d i o e t d ’ u n en o u s songwriter S u z a n n ede sans tubes fauteVe g a cousus dep o u r s u i t goût. mainTexte : Philippe Langlest - Photos : Cooking Vinyl ave cà la guitare,b o n h e u r dont u n e lec a r r i è re magistral d e

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Icône folk-rock des années 80, au dans le personnage d’un enfant chant éclairé par la grâce, Suzanne incompris, maltraité par la vie, Vega déroule ses mélodies moel- avec des parents qui ne le com- leuses et solaires sur des disques prenaient pas. intemporels. Pour décor, on re- tiendra les albums Solitude Et "Tom’s Diner", comment ce titre Standing (87), Nine Objects of est-il né ? Desire (96) ou encore Songs on Red A l’origine, c’est une histoire de and Gray (01). Ses complaintes à fourneaux et de plats succulents. la fois mélancoliques et précieuses, Tom’s Diner est un très bon res- serties de cordes acoustiques, taurant de New York, situé à côté continuent aujourd’hui encore de de l’Université Columbia. La cui- séduire le public français. A l’oc- sine y est divine, ils font, entre au- casion de son passage à Paris sur tres, les meilleurs cheesecakes du la scène de l’Olympia, le 22 juin, monde, ça valait bien une chanson, Suzanne a reçu Guitarist Acoustic. non ? Elle revient sur son parcours, l’écriture et l’enregistrement de En studio, la production de Solitude "Luca", parle de guitares acous- Standing, d’où sont extraits ces deux tiques et de la Grosse Pomme, qui tubes, est signée Steve Addabbo et lui rend si bien. Lenny Kaye, le guitariste de Patti Smith. Qui faisait quoi ? Suzanne, quels souvenirs gardez- Sur cet album, les deux étaient vous de votre première guitare ? complémentaires. Steve Addabbo C’est mon père qui m’avait acheté avait plutôt une fonction d’ingé- ma première guitare, un modèle

"LUCAS, C’EST L’HISTOIRE D’UN

nieur du son, tandis que Lenny classique. Je l’ai conservé pendant Kaye remplissait plus un rôle de tout mon apprentissage de l’ins- ENFANT INCOMPRIS, MALTRAITÉ producteur. trument. Avec elle, j’ai appris mes PAR LA VIE, AVEC DES PARENTS premières tablatures et à serrer les Quels souvenirs gardez-vous de doigts sur les frettes de ce manche

QUI NE LE COMPRENAIENT PAS."

Lenny Kaye ? épais et rugueux, qui, je dois le re- Lenny Kaye est un gars très cool connaître, n’était pas commode pour une débutante. A l’âge de 22 qui, en studio, transmet de bonnes ondes. Il arrivait le matin aux ans, tout a basculé quand mon boyfriend de l’époque m’ a offert une Bearsville Studios avec le sourire, il me disait : « Aujourd’hui, je sens Guild acoustique, avec qui j’ai composé, entre autres, "Luca" et "Tom’s qu’on va les mettre en boîte dès la première prise ! » Et son intuition était Diner". J’aime le grain boisé de la Guild, mais depuis, j’ai découvert souvent la bonne. Sur "Luca", on a fait tourner les guitares jusqu’à la le son lumineux de la Martin et elle m’accompagne sur scène. seconde prise et enregistré le chant en une seule. Avant la prise voix, je me souviens que Lenny est venu bouger mon micro, il l’a dirigé en Adolescente à Santa Monica, qu’écoutiez-vous comme musique ? bas vers la gauche. Quand on a lancé l’enregistrement de "Luca", j’ai J’ai toujours été inspirée par des songwriters, des storytellers qui sa- eu l’impression que ma voix était portée comme le chant d’un oiseau vaient me faire rêver, comme Leonard Cohen, Simon and Garfunkel, sur la cime d’un arbre de Central Park. Tout était limpide, clair comme Bob Dylan et Lou Reed. de l’eau de source. En studio, Lenny a été pour moi une sorte de cha- mane, un guide chaleureux et accueillant qui m’a accompagnée vers Chez ces artistes, quels albums aimiez-vous en particulier ? une forme de plénitude. Pour moi, Paul Simon et Art Garfunkel incarnent une perfection dans leur répertoire. J’admire leurs premiers albums, il y a une telle Avec le recul, quel est le disque dont vous êtes le plus f ière ? richesse mélodique dans leur musique comme "Sound of Silence" Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait certainement l’album 99.9F, qui, dans la formule guitare-voix folk-rock, est un modèle de mélodie qui est sorti en 1992. C’est un disque parfaitement abouti que j’avais intemporelle. Je suis fan de Lou Reed, notamment de l’album Berlin, réalisé avec le producteur Mitchell Froom, mon mari à l’époque. Je qui est un grand disque de guitare : ça carillonne dans vos enceintes, me suis beaucoup investie dans ces chansons, j’y ai mis de l’âme et c’est fantastique ! Concernant Dylan et Cohen, j’ai une nette préférence du cœur, notamment sur le morceau "In Liverpool", dans lequel je pour leurs albums durant les années 60, avec les titres "Like a Rolling rends indirectement un hommage aux Beatles. Stone" pour Bob et "Suzanne", bien sûr, pour Leonard, qui sont de véritables diamants bruts. Vous vivez à New York depuis votre adolescence, c’est une ville qui conti- nue à vous inspirer ? Passons à votre incontournable tube "Luca". Comment avez-vous écrit New York, c’est une histoire d’amour. Je suis née à Santa Monica, en et composé cette chanson ? Californie, mais j’ai vite quitté l’Ouest américain avec mes parents Je l’ai écrite un dimanche matin d’août. J’ai composé la mélodie à la pour partir vivre à New York. J’ai habité un peu partout dans cette guitare acoustique en deux heures, refrain compris. En fait, pour le ville. J’en connais tous les quartiers, de Brooklyn à Manhattan, en texte de "Luca", je me suis inspiré d’un groupe d’enfants qui jouaient passant par Greenwich Village. C’est une ville chargée d’histoires et ensemble sur l’une des nombreuses pelouses de Central Park. Tout de fulgurances artistiques, c’est le poumon culturel de la côte Est. en les regardant jouer, j’avais remarqué un jeune garçon qui semblait Aucune ville aux Etats-Unis ne ressemble à la Grosse Pomme. C’est être à part de la bande. Il ne participait pas aux jeux, il avait un regard pour moi une source d’inspiration permanente. J’adore cette ville et triste, pensif. Du coup, ça m’a inspiré une vie romancée ; je l’ai imaginé son art urbain.

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INTERVIEW

LEÏLA

DUCLOS

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LE SCAT, LE SWING, LE FEU

Incendiaire. Tel est l’adjectif qui résume par faitement le second album de la volcanique guitariste-chanteuse francilienne, Fille du feu. A travers ses fusions à chaud du jazz manouche et de la chanson française, du scat et du swing, des cordes et des cuivres, Leïla Duclos démontre qu’il n’existe d’autres frontières que celles qu’on s’impose. Accompagnée par un All-Star de la Djangosphère (les guitaristes Ninine Garcia, Raphaël Faÿs et Steeve Laffont, le violoniste Costel Nitescu), mais aussi par le cornettiste Médéric Collignon et le saxopho- niste Pierre Ber trand, la jeune "pyrowoman" frappe un grand coup avec cette fresque bouillonnante d’un jazz libre, rétro et moderne à la fois. Texte : Ben - Photos : Sylvain Gripoix

"JUSQU’À PREUVE DU CONTRAIRE,

LES MANOUCHES ET LEUR MUSIQUE FONT

INTÉGRALEMENT PARTIE DU PAYSAGE FRANÇAIS ;
DJANGO, DE NOTRE PATRIMOINE CULTUREL."

Que voulais-tu illustrer par ce titre, Fille du feu, qui n’a rien de Claude Mouton (contrebassiste), Leondro Aconcha (piano) et mensonger ? Pascal Sarton (basse) - m’ont beaucoup aidée, tout comme Line Au moment où je cherchais un titre, j’ai retrouvé dans ma biblio- Kruse aux arrangements de cordes et de cuivres. Nous voulions thèque le recueil de poèmes de Gérard de Nerval, Les Filles du feu. ouvrir au jazz et ne pas nous cantonner au seul jazz manouche. Il y avait une illustration, façon tableau d’art préraphaélite, repré- sentant une fille rousse, avec un regard terrible… Cette image m’a Comme dans ta relecture de Douce Ambiance de Django, titre dans interpellée, je trouvais qu’elle correspondait à l’énergie du scat, du lequel ton scat remplace la guitare. C’est assez original. swing, au feu qu’il y a dans ce type de chant et de musique, mais Ce titre est né lors d’un concert au Jazz Café Montparnasse avec aussi que ça collait aux textes des chansons, parfois mystérieux. Steeve Laffont, en duo deux guitares-voix. Steeve avait une version assez swing de ce morceau, je suis partie instinctivement en scat C’est un album riche en couleurs musicales. Tu navigues de la chanson dessus. J’aime beaucoup cette version acoustique, qui permet de française au jazz, de la musique tsigane au jazz manouche, en pas- montrer l’étendue du scat, de faire de la voix un véritable instrument. sant par la bossa. Quelle était ta direction artistique ? Mon idée de départ était de proposer un disque de jazz vocal avec Comment as-tu rencontré tous tes invités ? une touche manouche, car c’est mon ADN musical, avec des De 2017 à 2021, je m’occupais de la programmation des dimanches "plumes" de cette esthétique : Ninine Garcia, Steeve Laffont, jazz dans un café littéraire du XIe arrondissement de Paris, le Paul Costel Nitescu et Raphaël Faÿs. Bref, mélanger les reprises de jazz & Rimbaud. J’invitais donc des artistes que j’admirais, les Ninine, manouche et les compositions plus chanson française, sur des mu- Raphaël, Steeve, Costel, etc., qui sont devenus des amis. En 2018, siques swing. J’avais une super équipe autour de moi : Flavien j’ai également participé au spectacle Paris-Séville de Raphaël Faÿs. Pierson, le fondateur du label Continuo, s’est occupé de la direction C’est vraiment avec lui que j’ai débuté ma carrière ; il m’a prise artistique avec moi ; mes musiciens - Jean-My Truong (piano), sous son aile.

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INTERVIEW

A l’image de Raphaël, qui navigue entre la musique classique, le flamenco main-des-Prés, notamment Chez Georges, à Mabillon. Pourquoi ce et le jazz manouche, tu te sens trop à l’étroit dans un style particulier ? choix ? Oui, mes influences vont de Django, que j’écoute depuis le berceau - Romann était un grand monsieur de la chanson française, qui a fait mon père qui est guitariste (Cyril Duclos, N.D.L.R.) jouait du Django des premières parties de Brassens. C’était un ami de mon père ; ils ont sur le ventre de ma mère quand elle était enceinte (rires) - à Charlie joué ensemble il y a vingt ans. Par hasard, nous nous sommes revus Parker. Pour cet album, je voulais vraiment ouvrir la focale sur le jazz quelque temps avant son décès et avons enregistré un titre ensemble, et sur les chansons à texte pour coupler les plaisirs du chant et des mots. "Rêver et Danser". Luc a beaucoup compté pour moi, car je l’ai ren- contré il y a dix ans, au moment où je lançais mon premier album en Cet album évoque une carte postale de Paris, des toits de la capitale aux autoproduction, Interaction. Il m’a beaucoup appris sur la construction caves de jazz, avec un clin d’œil à Mistinguett (Mistinguett in Paris) d’une chanson, le lien entre la musique et les textes. Du coup, j’avais et un crochet dans la Zone. envie qu’il soit présent sur cet album. De plus, ce titre, qui est un hom- La chanson "Mistinguett in Paris" est une superbe composition de mage aux gens du voyage, est magnifique. Ninine, intitulée "1940" et tirée de son dernier album Héritages, sur laquelle j’ai écrit des paroles. En cherchant des idées, je me suis En effet, tu sembles vouloir leur rendre hommage tout au long de ce baladée dans la chanson française, le vieux Paris, la vie de bohème, disque. Quel regard portes-tu sur ces artistes aux semelles de vent ? à l’image du titre "Les mains dans les poches" de Raphaël Faÿs, ces C’est avec eux que j’ai démarré, ils font partie de ma vie. Je les aime, artistes si riches malgré leurs poches trouées. Par touches successives, car ce sont des gens qui ont du cœur et de grands musiciens. Je voulais j’ai créé une peinture un peu rétro, mais avec une touche de modernité. leur rendre hommage, car ils font entièrement partie de l’histoire de J’ajoute que je voulais vraiment proposer un disque de jazz en français, France, du jazz parisien... Comment expliquer qu’ils soient mis au ban ne pas tomber dans cette mode ou ce snobisme du jazz anglophone, de la société ? C’est l’histoire de l’humanité, cette façon de faire prévaloir avec des textes qu’on ne comprend pas. Il existe tout de même une ses propres valeurs sur celles des autres, d’exclure l’autre, de s’enfermer grande épopée du jazz à par peur… Jusqu’à preuve du Paris, ne serait-ce qu’avec le contraire, les Manouches et jazz manouche, et pourtant, leur musique font intégrale- on constate un certain mé- ment partie du paysage fran- pris pour cette histoire, tout çais ; Django, de notre patri- comme celle de la chanson moine culturel. Cela tient française… également au fait qu’en France, on ne met pas la mu- Justement, tu reprends Chro- sique en valeur, et encore nique tzigane de Luc Ro- moins la musique française. mann, un chanteur-composi- Comme si elle était "has- teur méconnu en France, bien been"… Il faut arrêter : on qu’il ait fait les belles heures sait faire du swing en France ! des cabarets de Saint-Ger- www.leiladuclos.com

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INTERVIEW

OLIVIER

TASSËEL

MUSIQUE À TIROIRS

Ap rè sd i s t i l l a n t M o n t a gn e un j a z z S a in t e-V ic to ire ma n ouch e ouve r t( s or t i e ne t 20 19) ,a é ri e n . l eR e n co n t re qua r t e t B e l z a i i ave c Ol i vi e r Ta s s ë e l , revi e n t ave c Po ps o n gs g ui t a ri s t e , s on n ouve l a l b um, Propos recueillis par Max Robin s ol i s t e e t l e a d e r. Comment la guitare est-elle arrivée dans ta vie ?J’aicommencéado,à12-13ans,aprèsavoirétudié uneécoledemusiquependantdeuxans.Encoursparticulier,avecThomasRaoult,unprofesseurquej’aigardéjusqu’à laclarinettedans gréundéménagemententreAmiensetLille.Ilacomtieràl’harmonie,etçam’atoutdesuiteparlé,cettecapacitédes’ap- mes18ans,mal-mencéàm’ini- propriern’importequelmorceau,finalement :unegrilled’accords,unemélodieetavecça,onsedébrouilleetonpeut choses. fairedebelles Et le côté manouche ?Laguitaremanouche,c’estvenuquandjemesuisinstalléàValence, parlesbœufs.Aprèsunparcoursdansl’hôtellerieetlarestauration,j’aisuiviuneformationpouradultesàl’Ecolede toutencôtoyantlesManouchesducoin.Jemesuismisàfondsurcetinstrument.Commejevenaisdel’électriqueet jazzdeValence, nylon,j’aimisbeaucoupdetempsàadaptermatechtoujours!C’estuntrucquidemandedesannées… nique.Etj’ysuisdel’acoustique Sur quelle guitare joues-tu ?UneMorganBriantgrandebouche,quej’airécupéréesurLeBon Coinen2016. Raconte-nous un peu l’histoire du groupe…Leprojetadémarréen2015,maisj’avaisdéjàl’id avecunsoufflantdepuislongtemps.J’étaisplutôtclarinette,maislarencontres’estfinalementfait éedefaireunquartet déjàcommencéàécrireunpetitrépertoire. Jecherunsoliste,pourpouvoirvraimentdonnercorpsàcesmorceaux.Pas eavecunsax.J’avais partisurunsonde chaisnotamment © DR forcémentunesonoritétypéemanouche,maisquelqu’capabled’ouvrirsurd’autresstylesmusicaux.C’estàcemoment-là unquisoit Exactement !Celui-cis’estfaitunpeudansladouleur.Début2020,Vous sortez votre 3e album. Un tous les deux ans ? quej’airencontréCédricMeunier,forméàl’écoleetquivientdujazzpuretdur,avecuneapprochetrèsmodernede classiqued’abord, onétaitbienlancés,avecpasmaldedatesenperspective.Ducoup,quandtouts’estarrêté,çam’amisunegrossetarte,ungroscoupde soninstrument.Ilaimebienlestournessimplesqutranse.C’étaitquelquechosequejesouhaitaisdév estunpeulerésultatdetoutça,decettepériodetrèsparticulière. aàfaire.Ce3 album musiquedeBelzaii,enessayantdetrouverunjusteéquilibreentre elopperdanslaiinvitentàla déprime !Jemesuismisàécrire,jen’avaisqueç e desthèmesstructurésetdesportesquipeuvents’olesmorceaux"àtiroirs",commeça ! uvrir…J’aimebien Tu as aussi invité Olivier Kikteff des Doigts de l’Homme sur un titre.C’estquelqu’unquinousabeaucoupaidés.Jel’airencontrédanslesbœufsmanouches,àValence,etc’estdevenuunami.LesDoigtsde l’Homme,c’estungroupequiaétéimportantpourmoi,danslavo- Concerts19/05 : lontédefaireunjazzmanoucheparticulier. 08/07 :14/07 :01/08 : Gresse-en-Vercors (38)Le Bastet, Marsanne (26) Ton évolution à la guitare ?J’aibeaucouptravaillémoninstrumentpendantlecBeaucoupdebe-bop.Auniveaudel’écritureaussi, jesuisassezcontent. onfinement. 25/08 :25/08 : Blue Motte Jazz Festival, la Motte-Chalançon (26)Musiques dans la rue, Aix-en-Provence (13)Concert au manège, Saint-Victor de Cessieu (38)Valence Festival (26) Ilyadesdirectionsquejen’auraispasoséforcémentprendreavant.Jemefaismoinsdenœudsaucerveausurcequ’ilfpasfaire.Jefais,etçamefaitdubien ! autfaireoune

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INTERVIEW

FRED

CHAPELLIER

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DU BLUES DANS LES CACTUS

Guitariste à la griffe blues-rock affirmée, Fred Chapellier est une pointure dans sa catégorie. Biberonné par Roy Buchanan et Peter Green, Chapellier est, depuis plus de quinze ans, le guitariste attitré de Jacques Dutronc. Auteur d’un nouvel opus en solo (Straight to the Point), affûté et incendiaire, notre homme et sa guitare s’apprêtent égale- ment à rejoindre la famille Dutronc (Jacques et Thomas) sur la route pour une série de concer ts de plus de quarante dates à travers l’Hexagone. Texte : Philippe Langlest - Photos : Philip Ducap On l’avait déjà remarqué en 2017 sur scène Sur scène, qu’est-ce qui te bluffe encore chez aux côtés des Vieilles Canailles, pilonnant "JE CONNAISSAIS SURTOUT Jacques Dutronc ? sur sa six-cordes riffs tranchants, chorus JACQUES LE CHANTEUR Son énergie, surtout. Souvent, il me fait pen- uppercut et solos taillés de près, aux côtés ET LE COMÉDIEN, J’AI ser à Johnny quand on a fait Les Vieilles Ca- de Basile Leroux (Eddy Mitchell) et Yarol nailles, il était crevé, mais dès que le bon- Poupaud ( Johnny Hallyday). Entre la pré- APPRIS À DÉCOUVRIR homme met un pied sur scène, c’est comme sentation de son dernier disque, Straigth to LE GUITARISTE. " le phénix. Il est incroyable !! La puissance the Point (Dixiefrog) et la préparation de la de sa voix m’impressionne toujours autant, tournée Dutronc & Dutronc, qui a débuté le 12 avril, Fred nous parle alors qu’il a 79 ans. Elle n’a pas bougé, elle a même gagné au fil des ans de son admiration pour le grand Jacques. en profondeur, en puissance et en grain. Et puis, Jacques est un vrai showman, il a le même sens de la répartie, qu’il soit sur scène ou dans Quel souvenir gardes-tu de ton premier contact avec Jacques Dutronc ? la vie. Il m’épate ! Ma première rencontre avec Jacques s’est déroulée chez lui en Corse, il y a une petite quinzaine d’années dans le petit village de Monticello. Au Revenons à la tournée Dutronc & Dutronc : Jacques reprendra-t-il la départ, j’ai été surpris, voire déstabilisé, par la gentillesse et l’humour du guitare sur scène ? bonhomme. Tout de suite, il s’est montré très amical, très accueillant. On Pour l’instant, je ne sais pas. Ce n’est pas prévu, mais avec Jacques, on s’est tout de suite très bien entendus, que ça soit humainement ou mu- n’est jamais à l’abri d’une surprise… sicalement. Je garde un excellent souvenir de cette première rencontre. Je connaissais évidemment son passé de guitariste, je savais qu’il avait Parallèlement, tu as démarré une tournée dans l’Hexagone pour présenter accompagné Eddy Mitchell à la guitare au début des années 60. A ce les titres de ton nouvel album, Straight to the Point. propos, Jacques m’a fait écouter récemment des bandes inédites où il joue Pour une fois, j’ai enregistré cet album sans pression, sans stress... J’ai pris de la guitare, c’est vraiment excellent ! Je connaissais surtout le chanteur le recul nécessaire pour réaliser dans les meilleures conditions possibles et le comédien, j’ai appris à découvrir le guitariste. ce nouveau disque. Côté couleur musicale, on navigue entre le blues, le rock et le funk. Je l’ai enregistré sans filet, comme si c’était le dernier. Dans son répertoire, quels sont les titres que tu adores jouer à la guitare ? Mon titre préféré à la guitare, c’est un morceau très rock qui s’intitule "Le Responsable", avec un riff très simple, mais redoutablement efficace. Il y a aussi "Il est cinq heures, Paris s’éveille", car c’est une chanson fan- tastique qui m’a tellement accompagné depuis que je suis gamin. Avec Jacques, j’adore jouer "Les Cactus" et "Merde in France", avec le son de ma Fender Telecaster, c’est très rock’n’roll. Comment se sont déroulées les répétitions de la prochaine tournée de Dutronc & Dutronc ? Avec Thomas, Jacques et tout le groupe, on a répété le répertoire de la tournée entre Paris et un studio de répétitions à Calvi. De mon côté, je vais régulièrement chez Jacques à Monticello pour passer une petite semaine entre musiciens. On se retrouve tous les deux, peinards, Jacques sort pour l’occasion ses guitares acoustiques et électriques. Lui, il aime vraiment le son des grattes ; quand les morceaux crépitent de cordes enflammées, il adore ça ! Quand je suis chez lui, je joue sur une Stratocaster Série L de 64, une Telecaster de 66, une Gretsch Chet Atkins de 62, ainsi que deux acoustiques : une magnifique Epiphone et une belle Martin au son patiné par le temps. Côté guitares chez Dutronc & Dutronc, qui fait quoi sur scène? Sur scène, on sera trois guitaristes : il y aura Thomas, Rocky Gresset et moi. Tous les morceaux de la setlist qui tirent sur le jazz manouche, c’est Thomas et Rocky qui s’y collent, et tous ceux qui tirent vers le rock, c’est moi qui prends les commandes, voire un peu Thomas. Pour cette tournée, Jacques veut absolument conserver ce côté rock sur scène. De temps en temps, je jazzifie mon jeu pour accompagner Thomas sur certains morceaux. On ne s’est pas pris la tête, le partage des parties de guitare s’est fait naturellement.

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INTERVIEW

FRÉDÉRIC

LOISEAU

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D’INSTANT EN INSTANT

Après Smile, un premier opus en trio sor ti en 2014 avec le tandem Charlier/Sourisse, Frédéric Loiseau remet le couver t avec D’instant en instant, une des belles surprises de ce printemps, distillant une musique légère et subtile, à son image ! Texte : Max Robin - Photo : Bernard Martinez Le trio avec orgue et batterie est une formule coup André a allumé en moi une sorte d’étin- Sur quel instrument joues-tu ? "reine" pour un guitariste de jazz. Comment celle : "Ok, on fonce ! " On a fait une répétition Depuis un peu plus d’un an, c’est un cadeau l’abordes-tu dans ce nouvel album ? un lundi de juin et à la fin, je leur ai dit : "Les de la vie, je joue sur une Benedetto, un modèle En fait, c’est une longue amitié, parce que j’ai gars, j’ai pas trop envie qu’on traîne… Je ne suis Bravo. Je te raconte l’histoire en deux mots, rencontré André Charlier en 1986, au GIT, pas un homme pressé, mais c’est bon, enregistrons !" parce que c’est hallucinant. Il y a trois ans, je aux Etats-Unis, où j’ai étudié avec Joe Pass, J’ai écrit de la musique spécifiquement pour pars avec ma compagne aux Etats-Unis, et je Joe Diorio, Scott Henderson… André était eux, de nouvelles compositions, vraiment en me retrouve chez mon copain Sid Jacobs, un dans l’école, donc c’était déjà… au siècle der- pensant à eux. Lors de cette répétition, on guitariste extraordinaire qui avait été un de nier ! Et un peu après j’ai rencontré Benoît avait fait aussi quelques improvisations libres, mes profs au GIT. Parmi ses guitares, il y en Sourisse. Au moment où ils ont eu l’idée de dont certaines ont été le point de départ d’une avait une incroyable que j’adorais jouer. Un fonder le CMDL (Centre des Musiques ou deux compos écrites pour l’album. an après, à Paris, ma compagne m’appelle : Didier Lockwood), ils m’ont invité à "Fred, viens, j’ai une surprise pour toi !" Et participer à l’école, et du coup j’ai ren- là, elle me bande les yeux, et je me re- contré le tandem. On a fait quelques trouve avec cette guitare dans les mains, concerts, et l’histoire s’est prolongée la Benedetto que j’avais jouée chez Sid ! avec un premier enregistrement en leur Une histoire de dingue ! Ce n’est pas for- compagnie en 2014 (Smile). Voilà donc cément une guitare très facile, mais elle notre deuxième opus, D’instant en ins- est exigeante et j’adore ça. Elle me pousse tant. Ils sont batteur et organiste, mais dans mes retranchements. J’adore la c’est surtout les personnalités qui m’in- jouer ! Je l’ai "baptisée" avec ce nouvel téressent. enregistrement. Je suis tellement heu- reux. Tout converge ! Au-delà de la formule "canonique", c’est donc avant tout une histoire d’aff inités ! Comment envisages-tu la guitare au Carrément ! Autant j’aime infiniment quotidien ? Que fais-tu pour t’entretenir, l’histoire de la guitare en trio avec être toujours dans la musique ? l’orgue et la batterie - je pense à Wes Alors deux-trois petites choses très sim- Montgomery, à Grant Green, et chez ples, qui forment une sorte de rituel. nous à René Thomas avec les merveilleux J’aime commencer par des improvisations li- Eddy Louiss et Kenny Clarke -, mais en réa- " J’AIME BIEN PAPOTER, bres. Donc c’est pas un hasard si on arrive lité, c’est les deux personnes ensemble, plus TOUS LES MATINS, après à ça dans la musique de groupe ! Un moi, tous les trois, c’est ça qui m’intéresse, cette AVEC MON INSTRUMENT, peu comme une conversation avec un copain alchimie, cette osmose un peu particulière, en que tu retrouves dans une brasserie. On parle allant chercher des choses un peu différentes, UN PEU LIBREMENT, EN pas tout de suite d’un sujet, on papote. Bah une autre musique, une autre façon d’aborder CHERCHANT DES IDÉES, voilà, j’aime bien papoter, tous les matins, les choses. C’est un peu ça que je suis allé cher- avec mon instrument, un peu librement, en cher en réalité, et que je continue à creuser COMME ÇA VIENT." cherchant des idées, comme ça vient. Ensuite, avec eux. deuxième rituel, je vais vers la musique de Comment naissent ces "improvisations libres" ? Bach. Tous les jours, depuis trente ans, je tra- A quel moment la nécessité de ce nouvel album C’est surtout une façon de se mettre dans un vaille Bach, en particulier les Sonates et s’est-elle fait sentir ? frisson très particulier, et d’irriguer ensuite le Partitas pour violon seul ou violoncelle. Je La grosse différence avec Smile, qui était es- répertoire écrit avec cette touche de liberté prends une pièce qui me plaît, je la mémorise, sentiellement un disque de répertoire, c’est qui me plaît beaucoup. J’aime ce travail "en ensuite je la transpose dans des tonalités dif- qu’il s’agit ici surtout de compositions, que souterrain" d’improvisation libre, qui donne férentes, et j’improvise un peu "dans l’esprit" j’ai écrites, plus une ou deux de Benoît, et des cette couleur particulière. André et Benoît de J.-S. Bach, modestement, à ma façon, en improvisations libres. Ça, c’est complètement sont "surconnectés" tous les deux, ils ont une toute humilité. Je prends la substance qui nouveau, ce qui fait qu’on est un peu sur un puissance incroyable, développée depuis des m’intéresse (parfois j’ai l’impression qu’en "autre plateau" avec ce nouvel album. En fait, années. Mais ce que j’aime, c’est de pouvoir deux-trois mesures, je pourrais y passer juste ça s’est déclenché d’une façon incroyable. En fragiliser ça, ne pas faire "deux plus un", mais ma vie !), et hop je commence à aller vers un mai 2021, à la machine à café du CMDL, un vrai "trois". Ils ont plongé là-dedans avec standard de jazz, avec des idées de Bach ! André me dit : "Mais Fred, tu veux pas qu’on délectation ! Donc l’idée, c’était : "Allons tutoyer Mon troisième rituel, c’est le métronome. Je fasse un nouveau disque en trio, on serait super l’inconnu ensemble !" C’est ce qui me plaît énor- travaille des choses spécifiques, sur un blues, partants…" J’étais pas trop là-dedans, on était mément dans le trio. Chacun est flexible un standard. Je m’entraîne à jouer des choses tous dans une période un peu déprimante et malléable, et se laisse guider avec totale très simples, mais le mieux placées que je peux, (pour une raison qu’on connaît tous !), et du confiance. tout simplement !

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DOSSIER

LES BEATLES

& DONOVAN

MÉDITATIONS

& MANTRAS FOLK

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EN INDE,

ILS ÉTAIENT VENUS
CHERCHER
DES RÉPONSES
SANS VRAIMENT
SAVOIR À QUELLES
QUESTIONS.

© Stuart Steele Pourdans le nord de l’Inde, devait sur tout être un pèlerinage spirituel. Mais fina- les Beatles, le voyage qu’ils ont effectué en février 1968 à Rishikesh, lement,"unplugged" les élans avec mystiquesun autre gourou laissèrent que lerapidement Maharishi laMahesh place à amiles quatreDonovan, de Liverpooldéjà exper t avaient en fingerpicking… eu l’idée lumineuse de convier Yogi. un leurstage En Texte : jeune effet, folk Jean-Pierre Sabouret près un premier séminaire de A méditation avec le Maharishi trouvait aussi l’actrice Mia Farrow et sa Beatles ont éprouvé le besoin de pousserMahesh Yogi en août 1967, les sœur Prudence, qui inspira à Lennon lachanson "Dear Prudence". Cette dernière l’expérience de la méditation transcendan-tale plus loin en suivant George Harrison était si fervente dans sa pratique de la médi-tation qu’elle refusait de quitter sa chambre jusqu’en Inde, en février 1968. Dans sonashram perdu au pied de l’Himalaya, le pendant des jours, restant sourde aux appelsde ses compagnons de méditation qui lui Gourou organisait chaque année un stage enjoignaient de "sortir jouer" ("Come out jamais trop su comment s’était formée lad’initiation destiné aux Occidentaux. On n’a to play"). Cette équipée pas vraiment sau-vage qui entourait les Beatles, comprenait troupe bigarrée qui s’embarqua dans lepériple, mais, à des degrés divers, chacun des également le chanteur Mike Love desBeach"Birthday"), Alexis Mardas (Magic Alex), Boys (qui inspira à Paul son participants eu son rôle à jouer. Outre les l’inventeur fou très influent auprès de © Apple Corp.épouses (Cynthia, Patty et Maureen), on y Lennon, mais surtout Donovan Leitch, que

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DOSSIER

LA REDÉCOUVERTE EN INDE DU SONGWRITING LE PLUS NATUREL

AVEC LES GUITARES ACOUSTIQUES, ASSOCIÉ À LA THÉRAPIE PLUS

OU MOINS VOLONTAIRE DU MAHARISHI, FUT CERTAINEMENT LE POINT
DE DÉPART DE LA SÉPARATION INÉLUCTABLE DES BEATLES.

© Apple Corp. l’on voyait régulièrement avec les Beatles, LES QUATRE GARÇONS mort alors que ses poulains étaient à Bangor qu’il avait même épaulés dans l’écriture de À LA COLO pour y chercher, comme le dira Lennon, "une la chanson "Yellow Submarine" deux ans Après les années de folie de la Beatlemania réponse", était particulièrement symbolique. auparavant. Dans les fameuses excuses et la mort de leur manager, Brian Epstein, Qu’il s’agisse ou non d’un suicide, le manager publiques de Lennon après le scandale de qui avait, entre autres, été leur premier "guide savait que les oiseaux étaient en passe de quit- son "nous sommes plus populaires que le spirituel", les John, Paul, George et Ringo ter son nid pas toujours des plus douillets. Christ", il avait même trouvé judicieux de cherchaient avec plus ou moins d’ardeur un S’il avait vécu, il est plus que certain qu’il citer ce nouvel ami si unanimement sens à leur existence, d’autant qu’ils avaient n’aurait jamais suivi le groupe en Inde. apprécié : "Comme dit Donovan, chaque jour particulièrement conscience d’être un modèle Pour des raisons techniques évidentes, les je me rends dans ma propre église.". pour toute une génération. Qu’Epstein soit Beatles devaient voyager léger,ce qui ne sera pas sans conséquences par la suite sur leur musique. Ils n’emmenèrent donc que des gui- tares acoustiques, des Martin D-28 pour John et Paul, une Gibson J-200 pour George. Donovan leur prêtera également la Gibson J-45 avec laquelle il leur donnera quelques "cours". Outre les bons souvenirs que cela leur rappelait, ayant tous trois débuté avec des ins- truments acoustiques, John, Paul et George furent inspirés comme jamais pour écrire des dizaines de nouvelles chansons. Certes, le cadre et la discipline de vie (sans alcool et sans drogues) les incitaient à tromper l’ennui en jouant tout ce qui leur passait par la tête, mais s’ils étaient passés un peu à côté de la très flo- rissante scène folk, ils allaient avoir droit à un rattrapage accéléré grâce à Donovan. Ils vé- néraient certes Bob Dylan depuis ses débuts, mais ils restaient avant tout des fans de rock’n’roll ou de rhythm and blues, s’intéres- sant peu aux musiques non électriques. Donovan a souvent expliqué comment il avait enseigné la technique du fingerpicking © Apple Corp.

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à John, qui en usera et en abusera sur le White Album, et aussi tout au long de sa mier titre du groupe sur lequel aucun des carrière solo. Mais il a moins insisté en ce trois autres n’avait joué une note. Mais ni qui concerne Paul et George, et pour cause. lui ni les trois autres ne songeaient alors De Paul, le musicien écossais dira simple- à remettre en cause l’entité "Beatles", der- ment qu’il ressentait un certain esprit de rière laquelle ils oubliaient leurs ambitions rivalité chez lui, mais jamais il n’a prétendu individuelles. La redécouverte en Inde du avoir plus ou moins influencé la formida- songwriting le plus naturel avec les gui- ble technique dont le Beatle fera preuve tares acoustiques associé à la thérapie plus sur "Blackbird" ou, dans une moindre me- ou moins volontaire du Maharishi fut sure, sur "Mother Nature Son" et autres certainement le point de départ de la sé- "Rocky Raccoon"… George, quant à lui, paration inéluctable des Beatles. avait déjà tellement travaillé sur les disques De retour en Angleterre, les quatre de ses maîtres Carl Perkins et Chet Atkins musiciens se sont retrouvés avec bonheur qu’il n’avait guère besoin de Donovan pour chez George à Esher (dans le Surrey), progresser. Il éprouvait néanmoins le plus fin mai 1968. C’est donc tous réunis qu’ils grand respect envers ce dernier, à qui il of- ont enregistré, sous une forme très acous- frit même un couplet sur "Hurdy Gurdy tique, les maquettes d’un grand nombre Man". Même s’il ne sera pas inclus dans de titres qui figureront sur le White Album l’enregistrement (avec trois des futurs Led (Double Blanc, chez nous). Mais c’est cha- Zeppelin, selon Donovan), le musicien cun de leur côté qu’ils les enregistreront interprètera généralement la chanson en souvent à Abbey Road dans les mois qui entier sur scène par la suite. suivront. Cet album sera paradoxalement le plus acoustique, voire folk, de tous les LES GRAINES albums des Beatles, mais aussi le plus DE LA SÉPARATION rock. Il faut probablement y voir une vo- Le revers de la médaille fut que les trois lonté plus ou moins consciente de main- Beatles découvrirent également qu’ils tenir un certain équilibre sur une pro- pouvaient très bien se débrouiller pour duction qui portait l’estampille du groupe finaliser une chanson de A à Z sans l’aide et rien d’autre. En électrique ou en acous- des autres. Ils n’avaient même plus for- tique, John, Paul et George venaient de cément besoin de ce pauvre Ringo, qui découvrir qu’ils pouvaient être un groupe vécut très mal cette période où il découvrit à eux seuls, chacun de leur côté. qu’il était le seul des quatre à être encore En Inde, ils étaient venus chercher des vraiment dépendant de ses camarades. réponses sans vraiment savoir à quelles Certes, Paul avait déjà expérimenté le tra- questions. Ils en ont trouvé surtout une : vail "en solo" avec son "Yesterday", le pre- la vie était possible au-delà des Beatles. © Stuart Steele

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SOMMAIRE PÉDAGO

Saisissez le code AC79spring pour télécharger les pistes audios et vidéos pédagogiques de ce numéro sur : www.guitaristmag.fr/pedago Etude de style 42 Paco de Lucia Par Vincent Le Gall Etude de style 49 Bob Dylan Par Chris Lancry Vincent Le Gall Picking 54 Country Blues Par François Sciortino François Sciortino Blues Story 56 Le Souffle de Mai Par Chris Lancry Chris Lancry Acoustic Blues 58 Walkin’ Blues Par Jimi Drouillard Gwen Cahue Jazz manouche 62 Le Rag Par Gwen Cahue Frédéric Loiseau Masterclass 64 Pour aborder Valérie Duchâteau un standard Par Frédéric Loiseau Les chefs-d’œuvre classiques 66 Jimi Drouillard Mi Favorita Par Valérie Duchâteau

NOUVEAU ! L’ACCÈS À NOS VIDÉOS EN LIGNE EST RÉSERVÉ À NOS LECTEURSTRICES

C’est simple : pour visualiser et télécharger les leçons pédagogiques rendez-vous sur : www.guitaristmag.fr/pedago (inscrivez-vous et renseignez le mot de passe "AC79spring") Gravure musicale : Jean-Philippe Watreme

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ETUDE DE STYLE

PAR VINCENT LE GALL

Paco de Lucía laissant l’univers de la guitare en deuil. La carrière de Paco de LucíaLe 26 février 2014, la légende de la guitare flamenca nous quittait, © DR n’a jamais connu d’ombre. Son incroyable inventivité, sur plus de longues décennies, le modèle à suivre pour les générations futures.de l’émancipation de la guitare flamenca. Il restera, et ce pour de cinquante ans d’intense activité, a toujours été au service 1-6 © Claude Delorme

COMMENTAIRES

dans les fondements de son jeu parmi divers styles du répertoire flamenco. Le but de cette étude de style dédiée au maestro est dedécouvrir de façon ludique quelques phrases historiques, abordables par le plus grand nombre et qui reflètent au mieux le grandA travers ces quelques exemples musicaux, je vous propose un modeste panorama de l’héritage de Paco de Lucía, une incursion musicien qu’il était. Les transcriptions se veulent être d’une lisibilité claire, tout en restant précises. Pour les connaisseurs du flamenco,les chiffres notés entre les deux portées de chaque système représentent les temps de chaque cycle rythmique (le compas). EXEMPLE 1 : FANDANGO DE HUELVACette séquence rythmique présente le style du ici gamme rapide, savant travail du pouce pour une séquence dite enmouvement de rasgueado particulier : fandango de Huelva, qui a été totalement révolutionné par Paco de Lucía, intégrant alzapua, puis le rythme caractéristique du fandango avec ce 1

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ETUDE DE STYLE

1 ExEmplE 2 : Rumba Je vous propose une transcription de la célèbre coda de "Entre dos Aguas", l’un des éléments virtuoses dans le registre suraigu que le public attendait avec passion à chacun de ses concerts. Cet exemple reste un excellent exercice pour le travail du picado (index et majeur alternés en buté), qui a grandement contribué à la réputation technique de Paco de Lucía. 2

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ETUDE DE STYLE

2

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ETUDE DE STYLE

EXEMPLE 3 - BULERIA

Quel rythme endiablé représentait mieux la guitare de Paco de Lucía que celui de la buleria ! Ce compas syncopé, joué sur les pôles harmoniques des accords de La et Si bémol majeurs et 3 aboutissant à une mélodie ascendante autour de l’accord diminué, était devenu très tôt la référence du genre. Veillez au sens des mouvements de l’index, qui peuvent parfois être surprenants.

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ETUDE DE STYLE

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EXEMPLE 4 - GRANAINA

Cette mélodie en mode de Si est construite autour d’un arpège régulier, dans le style aéré de la granaina. Ici, le tempo est libre et les triolets peuvent être sujets à une interprétation personnelle afin de casser une certaine monotonie de la phrase : accélérations et ralentis sont les bienvenus. Pour une meilleure lisibilité de la mélodie, l’annulaire est joué en buté. 4

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ETUDE DE STYLE

EXEMPLE 5 - ALEGRIA

Voici un extrait du final de "Recuerdos a Patiño", présenté sur son premier disque en 1967. Cet exemple combine un savant mélange des techniques de la main droite (alzapua, pouce buté, notes liées, rasgueados et picado), et expose des enchaînements harmoniques peu utilisés à l’époque. L’impression soudaine de musique latino-américaine est renforcée par les syncopes réalisées par les triades de la main droite dans une cadence étonnante avant de revenir à un jeu rythmique très flamenco. Tout l’art de synthèse © Claude Delorme de Paco de Lucía était déjà là ! 5

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ETUDE DE STYLE

EXEMPLE 6 - RONDEÑA

L’usage de l’accordage Ré-La-Ré- Fa#-Si-Mi est caractéristique de la rondeña, héritée de Ramon Montoya. C’est par cette harmonie sombre et si reconnaissable que Paco de Lucía avait l’habitude d’introduire ses concerts. Je vous propose ici un arrangement personnel en suivant son style, à interpréter de façon très aérée. Paco de Lucía ouvrait ici les portes de l’harmonie du flamenco à une nouvelle ère de guitaristes solistes. © Claude Delorme 6

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ETUDE DE STYLE

PAR CHRIS LANCRY

La guitare et l’harmonica

© DR

de Bob Dylan Avec l’apparition de Bob Dylan au début des années 60, le principe de jouer 1-5 un énorme regain d’intérêt. A la suite de Dylan, Neil Young, Bruce Springsteenet une foule de songwriters se sont emparés de cette technique et ont ainsi perpétué la tradition.de deux instruments en même temps, pourtant vieux de plus d’un siècle, a suscité 7-16 Cette étude de style est essentiellement basée surle jeu avec un porte-harmonica. Des grilles de guitare très simples vous permettront de vousaccompagner et de découvrir cette technique, que l’on peut pratiquer avec un véritable plaisir quelque soit son niveau. lité de Do pour pouvoir jouer avec les extraitssonores du CD et de la vidéo.Il vous suffira d’acquérir un harmonica en tona- stable et confortable.Il vous faudra aussi choisir un porte-harmonica LL’usage du porte-harmonica remonte vraisem-’HISTOIRE blablement à la fin du XIXdu XXe, quand des musiciens noirs et Hillbilliese siècle, ou au début commencèrent à jouer de deux instruments enmême temps : harmonica avec guitare bien sûr, mais aussi avec banjo, mandoline ou piano. nom Henry Whitter, Frank Hutchison, Bill Cox,Lonnie Glossom et, un peu plus tard, RobertLes principaux interprètes de ce style ont pour Johnson, Howlin’ Wolf, Jimmy Reed, Dr Ross,Slim Harpo, sans oublier toute une floppée de musiciens itinérants qui vont se servir de ce prin-cipe pour apporter un petit plus, au niveau du son, au cours des "gigs", parfois interminables, d’un musicien jouant de ces deux instruments,les "Medecines shows", c’est le côté spectaculairequ’ils sont obligés d’assurer, souvent en solo. Dans tout en faisant des prouesses instrumentales, quifera l’unanimité auprès du public et des acheteurs potentiels de remèdes miracle. Certains de cesmusiciens deviendront de véritables virtuoses sur les deux instruments. © Sony/BMG

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ETUDE DE STYLE

L’HARMONICA DE BOB DYLAN

Le style de Bob Dylan est directement inspiré des chanteurs folk, hillbilly et ol’time. S’il s’est aventuré avec beaucoup de réussite dans l’harmonica blues en deuxième position, principalement sur son premier disque éponyme sorti en 1961, il s’est ensuite plus spécialisé dans le jeu en première position très efficace dans la couleur de ses chansons. Il brode en général autour de la mélodie et fait quelques altérations (soufflées et aspirées). Sur disque, certaines de ses chansons comprennent de très grands moments d’harmonica, et sur scène, jusqu’aux années 80, il n’hésitait pas à improviser des longues parties de chorus. Le rythme de l’harmonica étant toujours parfaitement calqué sur celui de la guitare. Cependant, il faut signaler que tout comme sa manière de chanter et de jouer de la guitare, l’harmonica de Bob Dylan a ses détracteurs féroces. Cela vient tout simplement du fait que Dylan joue comme il chante, sans calcul. Il relègue la technique et la vaine perfection au second, voire au troisième plan. Pour lui, seul semble compter la nécessité et l’urgence d’exprimer ce qu’il a au fond de lui… Ça peut ne pas plaire !

QUEL TYPE D’HARMONICA ?

Il s’agit d’un harmonica diatonique à 10 trous, de type Marine Band Hohner. Il y a un harmonica pour chaque tonalité : Do, Ré, Mi, etc. Il existe aussi les tonalités dièses et bémols. La tonalité est écrite, en lettre, à droite sur le capot de l’harmonica : A = La - B = Si - C = Do - D = Ré - E = Mi - F = Fa - G = Sol Lorsqu’on tient un harmonica dans ses mains ou qu’on le glisse dans un porte-harmonica, les notes graves se placent à gauche, les notes aiguës à droite. En apprenant à jouer sur un harmo, on sait jouer sur tous les autres sans changer quoi que ce soit. Seule la tonalité est différente. L’harmo le plus grave est en Sol, le plus aigu en Fa.

LES POSITIONS

Il ne s’agit pas là du Kama Sutra, mais des positions principales sur un harmonica diatonique : 2 La première position est une position soufflée. On joue dans la tonalité de l’harmonica. En Do sur un harmo en Do, en Ré sur un harmo en Ré, etc. La deuxième position est une position aspirée. On joue une quinte au-dessus de la tonalité de l’instrument. En Sol sur un harmo en Do, en La sur un harmo en Ré, etc. C’est la position du blues. La troisième position est une position mineure, on joue un ton au-dessus de la tonalité de l’harmonica. Par ex : en La mineur sur un harmo en Sol. La quatrième position est le relatif mineur de la tonalité de l’harmonica : La mineur sur un harmo en Do, Mi mineur sur un harmo en Sol, etc. Bob Dylan a quelquefois employé cette position notamment dans la version originale de "All Along The Watchtower", sur le disque John Wesley Harding. Cette leçon est consacrée à l’harmonica en première position. Il vous suffira d’un harmonica en tonalité de Do pour jouer avec les exemples et le CD. Mais vous trouverez plus bas les véritables tonalités de quelques chansons de Dylan.

LES TABLATURES D’HARMONICA

Sur la ligne supérieure (S), on trouve les numéros des trous dans lesquels il faut souffler. Sur la ligne inférieure (A), les trous aspirés. Un ' après une note signifie que celle-ci est altérée d'un demi-ton, un " qu'elle est altérée d'un ton. Le logiciel d’écriture a ses limites : il ne permet pas de noter les appogiatures avec par exemple une note altérée qui précède une note franche, comme c’est souvent le cas chez Dylan. Le travail de lecture se fera donc en étroite collaboration avec l’écoute du CD audio. Fiez-vous à votre oreille et consultez les portées ou les tablatures en cas de doute.

LES NOTES SUR UN HARMONICA EN DO

Soufflé C E G C E G C E G C Aspiré D G B D F A B D F A

LA GAMME MAJEURE

La manière la plus simple pour appréhender la gamme majeure est de commencer par une note soufflée dans le quatrième trou. En 3 soufflant puis en aspirant dans chaque trou entre le 4ème et le 7ème trou, on a toutes les notes de la gamme majeure.

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ETUDE DE STYLE

EXERCICE 1

La gamme majeure encore, mais accompagnée par la guitare. 10

LES NOTES MANQUANTES (ALTÉRATIONS)

Sur un harmonica diatonique, on peut obtenir les notes manquantes grâce aux altérations. L’altération (bend en anglais) consiste à descendre une note d’un demi-ton, et même d’un ton, en variant la position des lèvres et de la langue. Il existe des altérations aspirées (jusqu’au 6ème trou) et des altérations soufflées (à partir du 7ème trou). 4 Les altérations sont très importantes dans le jeu au diatonique, car elles permettent non seulement d’atteindre des notes qui ne sont théoriquement par jouables sur l’instrument, mais aussi de "travailler" ces notes pour davantage d’expressivité. Elles sont assez diffiçiles à maîtriser. Pour cela, il faut descendre la mâchoire et ramener la langue vers le fond de la gorge, mais seule la pratique permet de les maîtriser réellement. Pour ressentir une première sensation, sans se prendre la tête, on peut aspirer très fort dans le 6ème trou, la note descend en général, d’elle-même, d’un demi-ton. On a alors l’aperçu d’une première altération.

LE JEU EN ACCORDS ET LE "NOTE À NOTE"

Vous trouverez dans les exemples audio des mélodies jouées en accords, c’est-à-dire en soufflant ou en aspirant dans plusieurs trous (en général deux ou trois) et des mélodies jouées en note à note (celles-ci sont écrites en tablatures). 5 Cette manière de jouer est plus difficile, car il faut arriver à souffler ou à aspirer dans un seul trou à la fois. Il faut pour cela resserrer les lèvres au maximun autour du trou choisi. Pour le jeu en accords, référez vous à l'Exercice 4 et essayez d'improviser en soufflant 15-16 et en aspirant dans plusieurs trous sur une grille d'accords en tonalité de Do : C / G / Am / G / F / G / C ou C / G / Am / G / D / G Lèvres bien ressérées autour d'un seul trou, en soufflant ou en aspirant. Il faut veiller à avoir une attaque franche sans perte d'air de part et d'autre du trou.

EXERCICE 2

Dans cet exercice, une mélodie, très simple, lente et facile, avec un accompagnement de guitare basique, vous permettra d’appréhender le jeu en note à note. Lorsque celui-ci est à peu près maîtrisé, laissez libre cours à votre imagination et crééz vos propres morceaux avec mélodie et accompagnement, ou amusez-vous à jouer des morceaux dèjà connus. Si vous improvisez sur la gamme de Do avec les accords de guitare qui vont avec (à savoir Do majeur, Ré mineur, Mi mineur, Fa majeur, Sol 7ème et La mineur), vous n’avez que très peu de chances de jouer faux. Vous vous apercevrez seulement que certaines notes vont mieux que d’autres avec certains accords ! 11-12

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ETUDE DE STYLE

A LA MANIÈRE DE BOB DYLAN

Ce morceau inspiré de "Blowin’ in the wind" vous permettra de vous familiariser avec la technique du porte-harmonica. Si vous êtes débutant, ne cherchez pas absolument la note exacte dans le trou adéquat (comme écrit dans la tablature), mais privilégiez le jeu à l’oreille, le rythme et le jeu en accords, afin de vous imprégner des sensations procurées par le jeu de deux instruments à la fois. Et ne vous inquiétez pas, il est pratiquement impossible de faire plusieurs fausses notes avec un harmonica diatonique dans la bonne tonalité. Allez, on aime le ballon, on laisse ses problèmes à la maison ! 1 7-8

SUZANNA/MICHAEL

Deux chansons traditionnelles américaines, jouées dans toutes les circonstances, par des musiciens blancs et noirs. "Oh ! Suzanna" est une chanson de Stephen Foster, sans doute le premier songwriter américain reconnu. La chanson, publiée sur papier en 1848, devait devenir un standard des "Medecine shows" avant d’être enregistrée en 1927. "Michael row the boat ashore" est un spiritual noir américain, datant de la Guerre de Sécession. "Oh ! Suzanna" 9 "Michael row the boat ashore"

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ETUDE DE STYLE

"Michael row the boat ashore" (fin) 9

EXERCICE 3

Le blues en première position (à la Jimmy Reed) Cette manière de jouer le blues est nettement antérieure à la forme plus moderne que nous connaissons mieux. En effet, la plupart des blues que nous entendons aujourd’hui sont joués en deuxième position. Celle-ci, basée sur les notes aspirées, permet un travail plus aisé au niveau des altérations et procure un son sans doute plus expressif. Cela fera peut-être l’objet d’un nouveau dossier dans un prochain numéro. Pourtant, certains virtuoses du début du XXe siècle, mais aussi des musiciens comme Jimmy Reed dans les années 50, ont su tirer le maximum de cette position très mélodique, qui privilégie les notes soufflées altérées. Notez que ce genre de morceaux se joue en général sur des harmonicas plus graves que le Do, par exemple en Sol, La ou Si, car les altérations soufflées sont alors plus aisées. La grille est un blues standard en douze mesures. 13-14

LES TONALITÉS DE DYLAN

Vous trouverez ci-dessous les tonalités de quatre chansons de Bob Dylan, où il joue en première position, des parties d’harmonica très convaincantes. - "Blowin’in the wind" : Tonalité de Ré. Guitare en position de Sol capo 7ème case. Harmo en D. (issu du disque Freewheelin’, 1962). - "Girl from the North Country" : Tonalité de Sib. Guitare en position de Sol capo 3ème case. Harmo en Bb (issu du disque Freewheelin’, 1962). - "Just like a woman" : Tonalité de Mi. Guitare en position de Do. Capo 4ème case. Harmo en E. (issu de Blonde On Blonde, 1966). - "I want you" : Tonalité de Fa. Guitare en position de Do capo 5ème case. Harmo en F. (issu de Blonde On Blonde, 1966).

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LE COIN DU PICKING

PAR FRANÇOIS SCIORTINO

Country Blues Guitariste au style unique, il s’accompagnait de façon particulièrement efficace,Pour ce "Country Blues", je me suis inspiré de Mississipi John Hurt. © Pierre Thouvenot avec peu d’accords mais qu’il exploitait dans toute leur tessiture ! N’hésitez pas à chercher des variations mélodiques autour de ce picking, 6-7 par ailleurs basé sur la technique traditionnelle. 17-18

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LE COIN DU PICKING

6-7 17-18

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Blues story Par Chris LanCry le souffle de Mai hello à tous ! Ce mois-ci, un shuffle en mi, joué au médiator, © DR (plus quelques cordes à vide pour bien faire sonner la guitare acoustique !).qui mélange des parties rythmiques et un thème classique 8-9 Tout est dans le groove, Buddy ! Il ne faut pas réfléchir mais se laisser porter par cette musique divine.Il s’agit d’un blues classique en 12 mesures, avec des positions d’accords très simples.Keep on playin’ 19-20

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BLUES STORY

8-9 19-20

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ACOUSTIC BLUES

Par Jimi DrouillarD Walkin’ Blues aujourd’hui, une petite promenade que j’ai nommée « Walkin’ Blues ».Bonjour à tous pour cette nouvelle rubrique "acoustic Blues". © Romain Bouet C’est un blues binaire en La, mais je n’ai mis que deux # à la clé pour simplifier l’écriture. 10-11 (nous sommes en A7 et il y a un sol bécarre).. Thème A et B sur les premières 12 mesures. . Même thème à l’octave sur les 12 suivantes (ce qui vous permet de visiter d’autres positions pour les triades 21-23 de A et G).. Ensuite, une petite mélodie pour le Solo.. Thème avec variantes et double sortie sur le B pour finir. monde autour de soi.Bien à vous.J’espère que cette promenade blues vous plaira. Elle incite à jouer cool et tranquille de la « Music » pour le N’hésitez pas, pour plus d'infos : jimid@free.fr Jimi D.

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ACOUSTIC BLUES

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Pour toute demande de renseignements sur la publicité, veuillez contacter :

SOPHIE FOLGOAS

Directrice de clientèle Tél. : + 33 (0)1 41 58 52 51 Mobile : + 33 (0)6 62 32 75 01 e-mail : sophie.folgoas@guitarpartmag.com

JAZZ MANOUCHE

PAR GWEN CAHUE

Le Rag Bonjour à tous, pour cette leçon, je vous propose de travailler autour d’une formeharmonique que l’on retrouve assez souvent en jazz manouche, le « Rag » !

© DR

sert de terrain de jeu pour des morceaux comme « Django’s Tiger » ou encore « I Love You ». .Cette forme très simple en 32 mesures, ici en tonalité de Fa, avec très peu de modulations, 12-14 24-25

© DR
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JAZZ MANOUCHE

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MASTERCLASS

Par Frédéric Loiseau Pour aborder © Pierre Antoine Treca un standard 15 cette méthode vous permettra d’enrichir votre vocabulaire de mélodiste et d’improvisateur.à partir des 8 premières mesures du standard de jazz « all The Things You are ».Je vous propose une petite « recherche volatile » ( !) 26 les possibilités mélodiques et les intervalles différents et attractifs qui surgissent. Puis la mélodie nous apparaît…les renversements de ces basses, la fondamentale et la tierce de chaque accord avec leur renversement, ainsi quePour aborder cette séquence, je vous présente successivement : les basses comme fondation solide et

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MASTERCLASS

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LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES

PAR VALÉRIE DUCHÂTEAU

Mi Favorita © Romain Bouet La controverse concernant cette mazurka est à peu près du même ordre que celle entourant 16-17 La théorie la plus répandue serait que Fortea, un élève de Tárrega, aurait ajouté une deuxième partiedes premiers manuscrits de cette pièce, on peut lire la mention « Anonyme-Daniel Fortea ».la fameuse Romance anonyme, plus connue sous le nom de Jeux Interdits. En effet, sur l’un à cette pièce légère (à partir de la mesure 20, en mi majeur) et s’en serait attribué la paternité… 27-28

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LES CHEFSD’ŒUVRE CLASSIQUES

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TRACKLIST PÉDAGO

étude de style étude de style à la manière de Bob Dylan à la manière de Bob Dylan Par Chris Lancry Par Chris Lancry

1. A la manière de Bob Dylan 7. A la manière de Bob Dylan

2. Explication 1 8. Play-back
3. Explication 2 9. Suzanna/Michael
4. Explication 3 10. Exercice 1
5. Explication 4 11. Exercice 2
12. Play-back Exercice 2
13. Exercice 3

Picking 14. Play-back Exercice 3 Par François Sciortino 15. Exercice 4

6. Country Blues 16. Play-back Exercice 4
7. Explication

Picking Blues Story Par François Sciortino Par Chris Lancry 17. Country Blues

8. Le Souffle de Mai 18. Explication
9. Explication

Blues Story Acoustic Blues Par Chris Lancry Par Jimi Drouillard 19. Le Souffle de Mai

10. Walkin’ Blues 20. Explication
11. Explication

Acoustic Blues Jazz manouche Par Jimi Drouillard Par Gwen Cahue 21. Walkin’ Blues

12. Rag en Fa 22. Explication
13. Explication 1 : la grille 23. Play-back
14. Explication 2 : le solo

Jazz manouche Masterclass Par Gwen Cahue Par Frédéric Loiseau 24. Rag en Fa

15. Pour aborder un standard 25. Play-back

Les chefs-d’œuvre classiques Masterclass Par Valérie Duchâteau Par Frédéric Loiseau

16. Mi Favorita 26. Pour aborder un standard
17. Explications

Les chefs-d’œuvre classiques Par Valérie Duchâteau

27. Mi Favorita

Etude de style 28. Explications Paco de Lucia Par Vincent Le Gall BONUS

1. Exemple 1 : Fandango de Huelva
2. Exemple 2 : Rumba Les guitares improvisibles
3. Exemple 3 : Buleria Par Valérie Duchâteau & Antoine Tatich
4. Exemple 4 : Granaina
5. Exemple 5 : Alegria 29. A Letter for Marcel
6. Exemple 6 : Rondeña
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ACOUSTIC

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QUESTIONS DE LUTHERIE

CONSTRUCTION

DU CORPS

DE LA GUITARE

ACOUSTIQUE

2E PARTIE

www.darmagnacguitares.com Dans le dernier numéro, j’avais détaillé lesdifférentes étapes concernant le début de réalisation de la caisse de résonance. Leséclisses, le fond, les talons, la contre- éclisse, le galbe et les renforts. Cette fois-ci, nous allons nous concentrer sur la table d’harmonie et les différentes pièces quiconstitueront le barrage, comment le "creuser", "l'affiner" et comment fairevibrer au maximum la table sans pour autant trop la fragiliser, ainsi que surtoutes les étapes nécessaires avant de pou- voir, enfin, refermer "la boîte". www.darmagnacguitares.comEric Darmagnac

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1 5 Comme pour le fond, la table d’harmonie est composée de deux Après avoir débité grossièrement à la scie à ruban, toutes les pièces planchettes (épicéa de Sitka avec griffes d’ours pour cette guitare). de mon barrage, je découpe et colle ensemble les deux plus longues Je dresse, avec ma varlope et ma shooting board, les deux champs barres afin de former mon X avec un angle de 96 degrés. J’utilise du de façon à obtenir une jointure parfaite avant collage. Hemlock (Tsuga Heterophylla) pour mes barrages de table. 2 6 J’encolle les deux parties et je maintiens l’ensemble bien serré, Je découpe ensuite le contour de ma table en laissant une marge de 5 pendant toute la durée du séchage. mm avec ma scie à ruban. 3 7 Après avoir incrusté ma rosace (voir Guitarist Acoustic n°75), je ponce Pour créer la légère voûte de la table d’harmonie, je ponce mon X ma table à l’aide de ma calibreuse, jusqu’à obtenir une épaisseur de ainsi que mes autres pièces de barrage avec un moule incurvé 2,8 mm. (28" radius), équipé de papier de verre, grain 80. 4 8 Je trace ensuite, au crayon, l’emplacement de mon barrage sur la Je colle ensuite mon X, mon renfort de chevalet, mes deux barres de face interne de ma table d’harmonie. tonalité et mes renforts de rosace avec un radius de 28".

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9 13 Pour la dernière barre (celle qui évite que la touche vienne écraser la J’enlève ensuite, avec un ciseau à bois, tout le superflu qui ne viendra table), aucune voûte n’est créée, le collage se fait à plat. pas mettre en danger la solidité structurelle de ma table... 10 14 Toutes les composantes de mon barrage sont maintenant en place. Et pour la finition, je ponce l'ensemble de mon barrage au grain 80, 120, 180 et 220. 11 15 Avec ma perceuse à colonne, j’installe un petit rouleau ponceur avec un grain de 80 et je commence à enlever de la matière pour "libérer" la table. Je pose à présent mes éclisses sur mon fond pour tracer l’emplacement où mes barres viendront s’insérer dans ma contre- 12 éclisse, et je réitère l'opération avec mes barres de table. 16 En maintenant ma table par la rosace, avec mon index, je tapote à l'endroit où le chevalet viendra se coller ultérieurement et j’écoute... Je cherche à entendre une sorte de double résonance qui m’indiquera que ma table est en train de s’ouvrir. Je ponce encore, je tapote... je ponce encore, je tapote... (je peux y passer plusieurs heures !) et ce, Avec ma dremmel, je creuse tous les emplacements dans ma contre- jusqu’à obtenir cette double résonance la plus profonde possible. éclisse.

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17 21 Le lendemain, je démoule ma caisse et avec mon affleureuse, j’enlève Tout est maintenant prêt pour la réunification des trois parties. l'excédant de bois des deux côtés. 18 22 Je commence par encoller le côté éclisses qui viendra recevoir le Je creuse mes sillons à la défonceuse pour insérer mes filets de caisse fond... en érable ainsi que ma nacre (détails dans Guitarist Acoustic n°75). 19 23 Avec ma défonceuse et un gabarit adapté, je creuse en plusieurs passes sur 1,8 cm de profondeur, ma mortaise, qui viendra plus tard recevoir le manche. Et je colle le fond avec une trentaine de serre-joints en vérifiant que le contact se fait bien uniformément partout. 24 20 Voilà, ma caisse est maintenant refermée. Tout l’ensemble sera ensuite raclé, nettoyé, poncé, jusqu'au grain 220 avant la grande Une fois sec, idem pour la table d'harmonie. réunification ! Voilà pour ce qui est de la construction du corps de la guitare acous- Chaque luthier a ses critères et ses oreilles. Dans le prochain numéro, tique. Il est bien évidemment très difficile de décrire, sans le son, un gros dossier avec le collage du manche, la préparation et le fameux tout le process de l’affinage d’une table d'harmonie, les différentes "vernissage", qui à lui seul, représente encore un autre métier. vibrations ressenties, le moment où la table bascule dans la musicalité... En attendant, je vous souhaite à toutes et à tous, un joli printemps !

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BANC D’ESSAI

www.kopo.fr L’excellence du travail de Fred Pons n’est plus à démontrer. Ce luthier français, connu et reconnuBerlin #1 Gold

KOPO

UNE GUITARE EN OR !

bien au-delà de nos frontières, jouit d’une réputation amplement méritée. La personnalité qu’il saitinsuffler à ses créations et son engagement pour des pratiques de lutherie plus enclines à la préser- La Berlin en est une preuve absolue, pleine de splendeur.vation des ressources naturelles en font un acteur majeur de la guitare moderne fabriquée en France. Texte : Jacques Balmat - Photos : Claude Médale

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Le son électro est confié au KZF, un système aussi efficace sur le plan sonore qu’intègre pour le physique de l’instrument. Uniquement doté d’un contrôle de gain pour l’usage actif, il confère un grain folk réaliste et dynamique. C’est un micro magnétique Duesenberg Single Twin qui assure la palette électrique. C’est racé et précis, absolument magique lors du jeu aux doigts, et plus encore sur un léger crunch côté ampli. Plus bluesy que jazzy, la Berlin devient une fière et élégante rockeuse lorsque le canal de l’ampli est retravaillé pour ajouter un peu de gain. Un potentiomètre de volume est associé au micro pour gérer le niveau et une tonalité fixe est associée au push-pull de ce même potard de volume. Une double sortie jack offre tout confort de raccordement à des systèmes d’amplification séparés et dédiés pour chaque voie, et obtenir le meilleur des deux univers. La sortie générale couvrant les deux voies, le KZF fonctionne alors en mode passif. Le sélecteur à trois po- sitions permet trois combinaisons de micros.

FAUTIL JOUER EN BERLIN ?

Une telle réalisation a un prix, et il est élevé. LOGIQUE vibratoire, cela constitue une esthétique ori- Mais il n’est pas exagéré considérant les très Les réalisations de Fred Pons couvrent un ginale, doublée d’un intérêt évident pour la longues heures de travail manuel de l’artisan très large horizon de guitares, il y en a pour préservation des ressources naturelles. Kopo créateur, après de non moins longues heures tous les guitaristes, et la gamme de prix d’être est un pionnier en la matière, et son engage- d’étude et de conception, auxquelles il également étendue. C’est dans le très haut ment actif a d’ailleurs encore été honoré il y convient d’ajouter les matériaux mis en œuvre de gamme que nous nous sommes laissés a quelques mois d’un nouveau prix visant à et notamment les feuilles d’or qui recouvrent tenter pour le test luthier du mois. En ce récompenser sa démarche dans ce domaine. la caisse. Au final, le rapport qualité/prix ne printemps pas toujours souriant, nous avons La table repose sur une caisse en Klas, re- souffre d’aucune réserve pour cette guitare décidé de faire fi de toute contrainte et de couverte de… feuilles d’or ! à mi-chemin, rappelons-le, entre instrument laisser seules la passion et l’envie présider au pleinement exploitable et œuvre d’art, par- choix du modèle. Dès lors, la Berlin s’est im- C’EST LA KLAS ! faitement "exposable" ! posée naturellement. Qu’est-ce-que la K.L.A.S. ? Cet acronyme désigne un matériau biocomposite haute per- UNE CAISSE D’OR ! formance conçu dans une démarche éco-res- Oeuvre d’art tout autant qu’instrument de ponsable par Fred Pons. Son composé prin- musique, cette guitare est un petit bijou. C’est cipal, la fibre de lin, est doué de multiples un modèle à caisse étroite, élaborée pour avantages. Toujours soucieux de maintenir remplir les besoins de jeux amplifiés, électro au plus haut niveau son engagement en faveur et électrique. Non raccordé à un quelconque de la planète, le luthier a réalisé le manche système d’amplification, l’instrument délivre dans une essence de tilleul, doublée d’une une petite sonorité non dénuée d’intérêt, qui touche façonnée dans une belle pièce d’érable dépasse le simple fait anecdotique. Oui, on ondée. Tout cela est sublimé par le fini pro- peut utiliser la Berlin non branchée, elle dé- tecteur. On hésite presque à poser les doigts, livre un son acoustique, certes peu puissant, quand, bien vite, les fourmis se faisant de mais tout de même intéressant. La réalisation plus en plus actives, la main gauche se pose 8500 euros, prix public conseillé Style : hybride, pan coupé, semi- est magnifique, doublée d’une originalité très délicatement sur le manche de la Berlin pour acoustique électro et électrique emblématique du travail de Fred et de son en explorer l’univers sensoriel. Ça joue vite Table : épicéa et lin Fond et éclisses : Klas (Kopo Linen inspiration libre et éclairée. Concrètement, et facile, c’est l’autoroute du grand kiff digital ! Acoustique Solution), finition à la feuille ce modèle semi-acoustique est une guitare L’ingéniosité de la conception permet de bé- d’or Manche : tilleul qu’on pourrait qualifier de "crossover", car à néficier d’un pan coupé qui n’entame pas l’en- Touche : érable ondé la croisée de plusieurs types et styles de gui- tièreté de la caisse et sa plénitude acoustique. Largeur au sillet de tête : 44,46 mm Largeur à la 12e case : 54,43 mm tares. La caisse est composée d’une table L’électronique est simple, mais pas simpliste. Mécaniques : Gotoh 510 à bain d’huile d’épicéa et de fibres de lin. Outre sa source dorées Préampli : KZF, 2 voies. piézo et micro magnétique Duesenber, 2 volumes avec Lutherie : 9 push-pull (filtre de tonalité), sélecteur à 3 ON AIME : l’originalité, à tous niveaux. Confort de jeu : 10 positions ON REGRETTE : le prix, bien qu’il soit Son acoustique : 7 (elle n’est pas faite pour ça) Etui/housse : étui justifié. Les partis pris esthétiques et Son électro : 8 Version gaucher : sur commande sonores, pleins de personnalité, mais qui ne Son électrique : 9 Production : France plairont pas à tous. Rapport qualité/prix : 8 Site : www.kopo.fr

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BANC D’ESSAI

www.lagguitars.com

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LÂGHyVibe 20 V2 Près de quatre ans après sa présentation puis sa commercialisation, la HyVibe possède un potentiel encoreinégalé à ce jour. La surprise créée lors de sa sortie demeure quasi intacte, et après avoir reçu moult récompensesLA GUITARE DE L’ESPACE ! un peu plus loin encore la pertinence de leur association et la surprenante création à la pointe de la technologie.la lutherie et Adrien Mamou-Mani, fondateur et PDG de HyVibe, n’ont pas relâché leurs efforts afin de pousserà travers le monde, l’innovation française n’a donc pas pris une ride. Mieux, Maurice Dupont en ce qui concerne Voici donc la version V2 à l’essai. Jacques Balmat nought,icimoderniséed’unpancoupépourfavoriserl’accèsauxnoteslesplusaiguës.La oui,lacaissesetransformeenenceinte/HPsi tableestréaliséedansunebelleessenced’épi-céaEngelmanmassif,ellereposesurde aucunjackn’estbranchéàlasortieidoinedelaguitare.Ilyadoncd’abordunmétronome, l’ovangkol,soitunefactureaujourd’huisommetoutetrèstraditionnelle,dansune paramétrablepourl’adapteràlamétriquesou-haitéeencomplémentdelavitesse.Ilya versionsemi-massive.SiLâgaabandonnédepuisquelquesannéeslechevaletsansche- ensuiteunesectioneffets.Réverbe,écho,chorus,phaser,trémolo,boost,etmêmeunedisto ! villepourdesraisonsdefiabilitédumatériau,semble-t-il,onretrouveavecplaisirlefameux L’applicationdédiéepermetdechargerdenouveauxeffetsetd’assurerlescumuls.Ces profildemanchedelamaison,parmilesplusagréablesàjouerducircuit,sinonLE effetssontutilisablessurdesloops,car,oui,leHyVibeintègreaussiunlooper !Fortbien plusagréable.Legalbeestfantastiquedefacilitéetdemalice.Danslegenre"ça-joue- tout-seul",c’estletop !Lagénéreuseéchan-cruredupaninférieurôtetouteentraveà l’exploitationdescasessituéessurlatable,donnantdoncl’accèsàunetessituretrès étendue,bravo ! BARRAGESLasonoritéacoustiquepurenetémoigne pasd’untempéramentdesplusfougueux,lepropossonoredumodèleestautre.La HV20.2produitunsondélicat,relativementprésent,avecdetrèsbeauxaigusetdesmé- diumssagesetdouxquin’agressentpasl’oreille.Lesmélodiesprocèdentenconsé- quenced’uneinterprétationbrillanteetar-ticulée,avecunbeaupiquédenotesetune tenuesatisfaisante.Onnoteunesortedecoupureduregistrebas,avecdesbassesde bonnetenue,maisdépourvuesd’uneenve-loppetoutenrondeur,commepasséesà doncunenouvellemouturedelanceprintemps2022,leduoprésente l’égaliseur.C’estflagrantlorsquequ’onjoueaumédiator,unpeumoinslorsquec’estle plusdefonctionsencoreetuneoptimisationE HV20,quipasseenversion2,pour poucequiattaquelesbasses.Onimaginequelesbarragesdecaisseettableontété detoutcequifaisaitdéjàlaforcedumodèle. spécifiésetoptimiséspourassurerlemeilleurrenduenusagebranché,maisaussiavecles CE MANCHE…Silaguitareembarqueuneélectroniquede traitementsembarqués. pointe,labaseestànepasoubliertoutdemême.Caravantd’êtreuneguitarerévolu- niquedepointe.Atraversl’écrandecom-LaHyVibeembarqueeneffetuneélectro- tionnaire,laHV20.2estd’abordunefolk,biensoustousrapports.Lemodèleestar- mandesdel’électroniqueintégrée,plusieursmenussontdisponiblespourbénéficierde chitecturéautourd’unecaissedetypedread- multiplesfonctions,toutesutilisablesguitarebranchéesurunsystèmeélectroounon !Eh

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peut ainsi enregistrer ses rythmiques à des agréable. Elle permet des pratiques ludiques, fins de pratique des gammes, solos, que sais- pédagogiques, récréatives et créatives en toute je encore. Utile aussi pour le guitariste solitaire, autonomie. L’application dédiée, régulière- donc ! Le système Hyvibe permet également ment optimisée, ajoute aux intérêts indénia- de transformer la caisse de la guitare en enceinte bles et exemplaires du modèle. L’outil parfait bluetooth ! C’est très étonnant d’entendre le pour partir sur une île déserte ! La hauteur fichier MP3 de son téléphone joué par la caisse du tarif affiché n’est pas une mince barrière de l’instrument. Dans le même genre, il est à franchir, et la somme à débourser fait ré- aussi possible de brancher une source analo- fléchir à deux fois. Mais considérant le nombre gique externe dans la guitare, via la prise jack de périphériques et autres accessoires que ¼ "in" intégrée. Par ailleurs, l’entrée et la sortie cette guitare folk intègre et finalement rem- jack du système peuvent être utilisées conjoin- place, l’addition finale tourne à l’avantage de tement avec des appareils externes comme la HyVibe, sans aucune hésitation. des pédales d’effets, des cartes son, etc.

ON S’APPLIQUE

Lutherie : 8 Confort de jeu : 10 Quelques mots sur l’application Mobile Son acoustique : 7 Hyvibe (IOS et Androïd). Cette dernière Son électro : 9 Rapport qualité/prix : 8,5 permet, bien sûr, les mises à jour du système embarqué, mais aussi une personnalisation complète de ce dernier. Modifications des ON AIME : le potentiel, incroyable ! effets et création de banques personnalisées, ON REGRETTE : le son acoustique pur manque un peu de rondeur. configuration du looper et sauvegarde des boucles, enregistrements du jeu, chargement de fichiers externes wav, calibrage de la gui- Prix : 1372 euros, prix public conseillé Style : dreadnought, pan coupé, électro, tare… On en passe ! connectée Table : épicéa Engelman massif Fond et éclisses : Ovangkol conçu, il permet de faire des boucles en lâchant UTILE ET AGRÉABLE Manche : khaya brièvement les cordes, pour appuyer sur les Toujours à la pointe de l’innovation, la Touche : branko rosewood boutons idoines, l’informatique se chargeant HyVibe 20.2 continue la course largement Largeur au sillet de tête : 43 mm Largeur à la 12e case : 54,4 mm de bien "boucler" les enregistrements, mémo- en tête. Guitare "à-tout-faire", cette Lâg est Mécaniques : bain d’huile noir satiné à mini risables dans l’application, guitare et périphé- le centre névralgique de la pratique musicale boutons Préampli : HyVibe System riques externes (smartphones, tablette, ordi- et de son exploitation. Incroyable outil pé- Etui/housse : housse Lâg deluxe nateur) communiquant par Bluetooth. On dagogique, elle joint le très utile au diablement Version gaucher : n.c. Production : Chine Site : www.lagguitars.com

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American Dream AD27e FlametopTAYLOR L’American Dream a été imaginée au printemps 2020 par Robert Taylor et Andy Powers, lors de la première phaseINÉDIT ! UNE FOLK FAÇON "SIROP D’ÉRABLE" (rappelons que Fender et Taylor, notamment, ont réalisé durant ce trimestre les plus grosses ventes de toutede la crise sanitaire liée à la Covid-19. Les prémices de l’explosion des ventes qui marquèrent les mois suivants confort de jeu conforme aux standards de la maison, des process de fabrication optimisés pour réduire les coûts.dans les ateliers californiens, sur la base d’un cahier des charges rigoureux : une fabrication 100% massive, un leur histoire en termes de volume), conduisirent le duo à la création de la série la moins chère jamais fabriquée Jacques Balmat www.taylorguitars.com

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’engouementpourlespremiersmo- luthiercaliforniennousaconfiéqu’ilallait sériecomplètecequi,àl’origine,étaituneL dèlesAmericanDreamaétéimmé-diat,etAndyPowersdedéclineren intensifierl’usagedel’érable,nettementpluscompatibleaveclapréservationdesespèces simple"guitareaméricainepourtous".Lenomdelasériefaitréférenceàceluid’une quelesessencesimportées(acajou,palissan-dre…),etdévelopperl’innovationpourob- despremièresboutiquesaméricainesquiac-ceptalespremièresguitaresdujeuneRobert tenirdel’érablelescaractéristiquessonoresqu’ilsouhaiteentendre. Taylor ! L’ÉRABLE À TABLE C’EST SIGNÉAl’ouverturedel’Aero-Case,l’excellentétui Jouéeauxdoigts,l’AD27eFTproduitdoncungraintrèsgénéreux,velouté,avecdes semi-rigidedanslequelestdésormaislivréeunepartiedelagammeTaylor,ondécouvre notesqui"roulent".Lesbassessontdiable-mentsolides !Lesaigussontperlés,légère- uneguitaretotalementconformeauxat-tentes :c’estduTaylor !Pointdenacre,de mentcristallins ;ons’écarteiciunpeudescanonstayloriens,etlesmédiumsdesuivre majestueuxfiletsetautressignesextérieursderichesse,modérationdescoûtsoblige lemêmetraitement.ToutletempéramentdelacaisseGrandPacifictrouveiciunex- d’unepart,etd’autrepart,l’espritesticitout cellentterraindejeu,faisantfidespréjugésconcernantl’usagedel’érablepouruneguitarefolk.Cedernieresteneffetmagnifiquement autre,maislasignatureTaylorestbienlà,lafinitionsatinéeultrafineetlasuperbeteinte utilisé,etmêmemagnifié,tantsurleplanesthétiquequ’acoustique.Latable,également deconféreruneesthétiquetrèsséduisante. enérable,reçoitlefameuxbarrage"V-Class"crééparAndyPowersilyacinqans,qui UNE TOUCHE D’EUCALYPTUSOnaenmainlefameuxgalbequimodifia équipedésormais,peuouprou,l’ensembledesmodèlesdelamarque,horsformatsmini. définitivement,pournepasdirerévolutionna,lapratiquedelaguitarefolkàl’aubedesan- ADHÉRER OU PAS ? nées90.Avecsonagrémentdejeuparfait,lemanchedel’ADs’oublie,pourlaisserplace L’AD27eFlameTopintègrelesystèmedepréamplificationES2,désormaisenversion àl’interprétation,etlesseulsproblèmestech-niquesquipourrontêtrerencontrésseront 2.2:ilproduitunexcellentsonélectro,réa-liste,dépourvudetoutlecôtésouventin- inhérentsàl’expériencedel’instrumentiste,pasàceuxdesoninstrument.Commesur supportabled’unpiézoconventionnel(cequel’ES2n’estpasaudemeurant).Cette unnombrecroissantdesesmodèles,Taylorachoisil’eucalyptuspourréaliserlatouche belleAmericanDreamestunenouvellepé-pitedanslecatalogueTaylor.Etundilemme del’AD.Ceboisoccupedésormaisuneplacecouranteenlutheriemoderne.Ceboisré- deseposer :danschaquecatégoriedeprixpratiquéeparlamarque,ilyatoujoursplu- panduenCalifornie(notamment)faitfiguredesubstitut"éco-compatible"aupalissandre sieursréférencestoutaussiséduisanteslesunesquelesautres,quisuscitentuneforte etdansunemoindremesure,àl’ébène.Ilpossèdeeneffetdescaractéristiquesvisuelles convoitise.Aprèsde2800euros,letarifopèreàluiseulunepremièresélection.Mais etsonoresprochesdelapremièreessenceci-tée. ilesttotalementjustifié.Dotéderemarqua-blesqualités,réaliséesdemanièreécores-ponsable,cemodèleesttoutsimplementre- À FOND DE CAISSEL’ADbénéficiedudernierformatdecaisse marquable. endatedelamaisoncalifornienne.C’esteneffetlatailleGrandPacificquiestmiseà profit,pourunesonoritétrèsample,puissanteetparticulièrementexemplairepourl’ac- compagnementd’unevoix.Lesonestchaud,etleshabituésdelamaisondedécouvrirun sonmoinstypé Taylorqu’àl’accoutumée,maissubsistetoutdemêmeunesignature Prix : 2759 euros, prix public conseillé Style : Grand Pacific Lutherie : 10 danslasonorité,qui,encascontraire,aurait Table : érable "Big Leaf" ondé massif Confort de jeu : 10 sansaucundoutefaitpenseràuneGibsonJ45 !MaisAndyPowersaparfaitementcerné Fond et éclisses : érable ondé Manche : érable Touche : eucalyptus Son acoustique : 10 Son électro : 10Rapport qualité/prix : 9 lesujetetconçuunenouvelleguitareoffrant Largeur au sillet de tête : 44,4 mm unautretypedesonoritéauseindugros Mécaniques : bain d’huile chromées Largeur à la 12e case : 54,5 mm ON AIME :remarquable ! la qualité générale du modèle, cataloguedelamaison,sanspourautant Préampli : Taylor ES-2 Etui/housse : housse rigide Taylor ON REGRETTE :toutes les nouvelles Taylor… et les moins devoir choisir parmi trops’éloignerdesfondamentauxdeRobertTaylor :untimbreprécis,unsustainexem- Version gaucher : oui, au même prixAeroCase récentes ! plaire,desharmoniesbiendéfinies.Lemaître Production : USA (Californie) Site : www.taylorguitars.com

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FURCHBlue Deluxe GC-SW Furch nous en fait désormais voir de toutes les couleurs ! La marque a en effet clarifié son catalogue en établis-sant un classement de gammes par couleur. Du bleu au rouge, il y maintenant un nuancier de cinq teintes pourBLUE DELUXE ? GUITARE POUR TOUS ! trouver son bonheur au sein de l’offre du fabricant européen. Enfin, une ultime catégorie "Arc-en-ciel" intègreune série complémentaire proposant des essences rares, des combinaisons de bois pour certaines inédites et une personnalisation alléchante. Jacques Balmat ’estdoncdanslasérieBlueque jouitd’uneexcellenteergonomiedejeu,no- Cd’unefabricationsoignée,appuyéepardesnousavonstrempénos"pinceauxdigitaux".LaGC-WStémoigne tammentpourlebrasdroit,grâceàunchan-freinjolimentfaçonné,complétéd’uneautre finitionssobresettrèsnaturelles.Lateinteneutreduvernisconfèreunlooksympaet adaptationdelalutheriepourunesurfacedudosdel’instrument,plusadéquateàun intimisteàl’instrument.Ultrafin,letraite-mentsatinéestdetype"openpores",com- certainconfortstomacal! plétéd’unadditifantibactérien.LatailledecaisseestunformatspécifiqueàFurch,mais aussiséduisantedanslecadredel’exploitationBientimbréeetriche,lasonoritéesttout qu’ilestaisédecompareràuneGrandAuditorium. dumodèlepourlejeuauxdoigtsquepourdevigoureusesrythmiquesaumédiator.Lapalettesonoreestlarge,avecdesfréquences LeprofildumancheprésenteunespécificitéFurch,avecungalbeapparemmentmarqué équilibrées,chacundestroisregistresdecordesdelaguitarerestantàsaplace,sans d’untrèsléger"V"(dixitlafichetechniquefournieaveclaguitare),mais,trèsfranche- "étouffer"nicouvrirsesvoisins.Nitropbril-lantetendanceclavecinnitropmatefaçon ment,ilnousaétéimpossiblederessentirlamoindrepetitepointecaractéristiquedela "synthé",laBluenouslajouetouteséduction.Levolumesonoredégagépermetd’envisager spécificitémentionnée. sonutilisationenmodetrioacoustiquesanssouffrird’unquelconquemanquedepuis- À LA DÉCOUPEQuoiqu’ilensoit,c’estunmanchetrèsagréa- sance,laprojectionestlargeetdiffuse,c’estunrégal ! bleàjouer,quiannuleimmédiatementtouteinquiétudesurlapriseenmainouunequel- SÉLECTION ? conqueadaptationàl’instrument :onjoue LaFurchBlueDeluxeGC-SWestunegui-tare "tousterrains".Entendezparlàquesa DES LARGEURS POUR TOUSSpécificitétrèsintéressante,Furchpropose plastiquepointtropancréedansleluxeetsasonorité"passe-partout"enfontunmodèle troislargeursdemanche(ausillet) :43,45et48mm,pouruneparfaiteadaptationdu susceptibledeséduireuntrèslargeéventaildeguitaristes.Uneguitareàmettreentre modèleàlapratiquehabituelledechacun.Lemodèleconfiéentestaffichelacaracté- touteslesmainsettouteslesoreilles.Seulleprixexerceraunepremièreetdrastiquesé- ristiquemédiane,etmêmesicelasejoueenunepetitepoignéedemillimètresd’unever- lection.JustifiépouruninstrumentdecettequalitéfabriquéenEurope,iln’enrestepas sionàl’autre,cesquelqueslargeursdecheveuxpeuventgrandementseressentir,pluspar- moinsassezéloignédel’esprit"toutpublic"dégagéparlesnombreusesqualitésdumodèle. ticulièrementdanslepositionnementd’ac-cordsauxharmoniescomplexes.Lessillets entusqoffrenttoutgagedebonneintonation. Prix : 1785 euros, prix public conseillé Style : Furch GC, pan coupé Table : épicéa de sitka AA massif Fond et éclisses : noyer massif A Lutherie : 8 sansseposerdequestion !L’absenced’entrave Manche : acajou d’Afrique Confort de jeu : 10 àl’approchedesnotessituéessurlatouche Touche : ébène Son acoustique : 10Rapport qualité/prix : 8 "encaisse"estungrosavantage.Lepancoupéestgénéreusementassociéàcemodèlequin’estcependantpointélectro,etc’esttrès Mécaniques : bain d’huile chromées Préampli : non Largeur au sillet de tête : 45 mm Largeur à la 12e case : 55 mm ON AIME :jeu, le son. ON REGRETTE : la remarquable ergonomie de bien !S’ilconfineàl’exemplaritécôtémanche,legrandconfortdejeuestàtoutniveau,puisquelacaissedelaBlueDeluxeGC- Etui/housse : housse semi-rigide haute Version gaucher : sur commande SW,malgrésonformatpeuouproustandard, Production : République tchèque protection en option (+100€) elle est chère… . Site : www.furchguitars.com

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www.ortegaguitars.com ORTEGAHYDRA-BSTE en effet un modèle double manche. Certes, on connaissait les guitares double manche, mais on joue ici, dansDans la catégorie des atypiques, c’est un "drôle" d’instrument que la marque Ortega nous propose. L’Hydra estPOUR L’HOMME@ORCHESTRE, MAIS PAS QUE ! tionner à juste titre sur l’intérêt musical de ce genre d’instrument. Alors on a testé pour vous !tous les sens du terme, dans une tout autre catégorie. Sympathique à découvrir et à regarder, on peut se ques- Jacques Balmat ’Hydra est livré dans une sérieuse L housse rectangulaire, pour des trans-

RESTONS DANS

de l’instrument. On a vite fait de remarquerports faciles et une bonne protection LES STANDARDSLe préampli monté à bord interagit avec les le double quatuor de cordes, du gros calibreet du mini ! deux parties de l’instrument. Le mini switchpermet en effet de choisir le type d’activation :basse seule, ukulélé seul et les deux ensemble. SILICONE MUSIQUEDe longueur réduite, cet Hybrid est armé difficulté à pratiquer les deux manches si-En ce qui concerne cette 3e option, outre la pour les notes les plus basses et graves, et lessons les plus aigus et présents. Le manche caniques à bain d’huile sont remarquables multanément, même sous l’effet d’un tappingindividuel à deux mains (si vous le voulez supérieur est en effet celui d’une mini basseacoustique. Diapason réduit et tessiture rac- de précision et de bonne tenue ; leur asso-ciation avec un chevalet en noyer de type bien !) ultra efficace, la dynamique, et doncle niveau de sortie, tombe de moitié par rap- courcie d’autant, mais on monte tout demême sur près d’un octave ½ par corde, des "guitare classique" permet une efficacitéexemplaire, tout en assurant une belle es- port aux usages individuels. Il convient doncde favoriser des usages séparés. Signalons cordes réalisées dans du silicone, donc d’uneétonnante élasticité, pour des sonorités plutôt thétique, le chevalet présentant de très agréa-bles courbes et chanfreins. Les sillets sont que dans le cadre de pratiques standards(mais en existe-t-il avec ce type d’instru- rondes et très "acoustiques". C’est très amu-sant à jouer, et malgré la taille des cases un en os pour les deux manches. ment ?), il convient d’accorder les cordesgraves comme celles d’une basse (Mi, La, peu disproportionnée (gare aux gros doigts !),le jeu s’avère plaisant. Il est évident qu’il BOSSUUn brin anémiée côté puissance malgré une Ré, Sol) et celles du uku ténor de manièreconventionnelle également (Sol, Do, Mi, convient de faire un bon effort d’adaptationaux contraintes physiques du moment, au caisse de taille diablement généreuse en lar-geur (mais pas en profondeur…), la sonorité La), ceci afin de rester en accord avec les ti-rants de cordes montées. risque de ne pas pouvoir apprécier la chosecomme il convient. manque de jus ; on aurait aimé une vigueurun peu plus importante ! Très ancré dans lesregistres haut médium et aigu, le son est dé- LAISSONSNOUSSURPRENDRE ! EXEMPLAIRE ?La partie inférieure concerne la face ukulélé pourvu d’assise dans les graves. Mais il estfacile d’imaginer que les barrages ont dû Très amusant à jouer, plaisant à entendre,l’Hydra se montre un outil aussi redoutable de l’instrument. Il s’agit d’un modèle appa-renté "ténor". La réalisation est magnifique, faire l’objet d’un compromis entre soutienaux notes de basses et efficacité dans les qu’original lorsqu’il est raccordé à un systèmed’amplification. Idéal pour "surprendre" son avec un pan coupé ergonomique du meilleureffet visuel, qui n’apporte cependant pas vrai- aigus. Le dos est d’ailleurs marqué pile enson centre d’une généreuse bosse afin de petit monde sur scène ou,pour diversifier les saveurs sonores des ré- plus prosaïquement, ment grand-chose sur le plan pratique. Mais,encore une fois, c’est joliment fait et cela rendre plus performantes les notes les plusbasses du registre de l’instrument. En tout pertoires. Ortega propose d’autres mini ins-truments double manche tout aussi savoureux. concourt à la belle esthétique de l’objet.Comme l’ensemble de la lutherie, c’est très état de cause, c’est amusant de passer de l’unà l’autre des deux "claviers" : une même fa- bien réalisé, le manche présente un bon tou-cher, avec des barrettes très fines, mais suf- cilité de jeu accompagne la pratique dechaque manche. Prix : 569 euros, prix public conseillé Style : instrument double manche, fisamment hautes pour procurer une bonneintonation et des liaisons de qualité. Les mé- UN BREAK !Profitons de cette petite pause pour dire Table : dao Fond et éclisses : daomini basse / ukulélé ténor quelques mots de la lutherie. C’est dans un Manche basse : acajou, Manche ukulélé : acajou,15 cases, 45,3 mm au sillet atelier chinois que la fabrication de l’Hydraest réalisée, Lutherie : 8 sont soignées, et le cahier des charges es- de très belle manière. Les finitions Confort de jeu : 10 Touche : noyer Mécaniques basses : Deluxe16 cases ½, 36 mm au sillet Son acoustique basse : 8Son acoustique ukulélé : 6Sons électro basse et ukulélé : 9Rapport qualité/prix : 8 thétique d’être correctement rempli. Lesgeckos incrustrés sur la touche et en guisede rosace confèrent un sympathique aspect Mécaniques ukulélé : bain d’huile Préampli : Ortega Custom. Volume,ouvertes noiresnoires à mini boutons pure, cela manque un peu de vigueur. ON AIME : ON REGRETTE : l’originalité sonore. en formule acoustique exotique. Les placages en dao aguichent leregard et donne un certain standing à l’ins- Etui/housse : housse deluxe rembourrée Version gaucher : nonEQ 3 bandes, accordeur trument, sous finition satinée. Production : Chine Site : www.ortegaguitars.com

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SIGMASGJA12-SG200

Sigma jouit d’une plastique et d’une esthétique qui sautent aux yeux : ça brille, ça luit, ça titille l’œil quoi ! EtLivrée dans une sympathique housse très bien rembourrée et protégée des intempéries, cette folk 12 cordes

EXEMPLAIRE !

protection, avec des airs de déjà vu, un euphémisme ! Magnifiquement réalisée, la SGJA-SG200 est bien évidem-bien évidemment, quelques éléments phares attirent plus encore le regard : format de caisse, chevalet, plaque de économique… convaincante et réussie ?ment un bel hommage à la SJ200 de Gibson, version 12 cordes. La marque allemande nous en propose une versionJacques Balmat e manche et son agrément de jeu sont L les premières choses à apprécier pour sonore dans toutes les fréquences, et une Prix : 1375 euros importe sa largeur et son galbe, il faut s’yle choix d’une folk 12 cordes. Peu bonne exploitation des doubles registres. Adéfaut, les Mi, La et Ré complémentaires Style : 12 cordes Super Jumbo Table : épicéa massif de sitka sentir à l’aise. Toutes les mains sont diffé-rentes, alors tel manche conviendra à tel gui- seraient, notamment, totalement noyés parleur corde maîtresse originale ! Fond et éclisses : érable flammé Manche : érable Touche : micarta tariste, qui ne supportera pas tel autre, etpour son alter ego, ce sera tout l’inverse ! CATALOGUÉEDe Eagles à Gilmour, de Neil Young à Steve Préampli : Fishman Sonitone. Largeur au sillet de tête : 47,6 mm Largeur à la 12 Hackett, ce modèle permet de se (re)plonger Volume, tonalité e case : 58,8 mm Sur ce point, la Sigma s’inscrit dans les stan-dards du genre : ni particulièrement facile à dans tous les Best Of du genre, c’est un petit Etui/housse : housse semi rigide jouer ni rebutante.la pratique s’avère satisfaisante et peut s’ins- En adoptant un jeu souple, régal pour les oreilles. Avec un capodastreadapté eu égard à la largeur du manche et à Version gaucher : non Production : Chine Site : www.sigma-guitars.com crire dans la durée sans souffrance ni fatigueexacerbée. C’est plutôt du côté du bras droit la tension de cordes accrue, moult univers POUR QUI ? que la vigilance devra être de mise finale-ment : la taille Super Jumbo ne favorise pas musicaux tapissent l’horizon sonore, cha-touillant l’inspiration et même la rêverie. Et La Sigma SGJA-SG200 est une fort belleréalisation. Elle convaincra à coup sûr tout vraiment un doux et plaisant agrément dejeu. La sensation de devoir "escalader" la pour gagner en pertinence d’usages, Sigmaa équipé la SGJA-SG200 d’un préampli. Ce le monde pour ses qualités sonores, c’est évi-dent,son format de caisse à les défauts de ses qua- et il n’y a pas lieu de douter. En revanche, caisse du bras droit - on exagère à peine ! -se fera assurément sentir chez les guitaristes n’est pas certes point le modèle le plus avancédu moment, mais le célèbre Sonitone de lités, et mieux vaut ne pas être un instru- de petit gabarit. Ce préambule pratique ter-miné, venons-en aux faits sonores. Fishman a pour lui sa discrétion et, malgrétout, un bon son de base, qu’il est aisé depeaufiner avec une EQ externe si besoin, mentiste de (trop) petite taille, car un réelinconfort de jeu sera ressenti. Enfin, il y ason esthétique. Là, le débat est généralement PAS DE NOYADELa belle Sigma propose un joli son folk 12 pour (re)travailler les médiums le cas échéant.En tout état de cause, ce système lui ouvre binaire : on adore ou on déteste ! A 1375euros*, il y a lieu de bien se situer par rapport cordes.marquée, mais point trop, il y a juste ce qu’il C’est propre, soigné, avec une présence la porte de la musique amplifiée, domainedans lequel cette 12 cordes se montre fort à toutes ces données. A vous de jouer !* prix public conseillé faut pour jouer confortablement en groupe,sans se sentir noyé dans le mix général. Sans bien à l’aise ! Folk, pop, rock, world, ellepasse partout avec une efficacité exemplaire. être foudroyante, la puissance acoustique estsuffisante pour être entendue sans avoir be- soin d’un jeu énergique de la main droite.Les basses sont bien contenues, et la pro- fondeur moindre que sur une 6 cordes, cequi est totalement cohérent dans le cadre d’une 12 cordes, c’est même une pratiquehabituelle, résultats de barrages de caisse spécifiques, pour obtenir une homogénéité Lutherie : 9 Confort de jeu : 8Son acoustique : 8Son électro : 8Rapport qualité/prix : 8 en bois massif. ON AIME : ON REGRETTE : c’est une très belle réalisation. la caisse n’est pas 100%

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PRODIPERecital 300 Pierre Lelièvre. On imagine aisément que le guitariste n’a pas engagé sa réputation à la légère, mais tout deLa Recital est une guitare "milieu de gamme" enorgueillie de la validation de ses qualités par le soliste virtuoseRÉCITAL DE QUALITÉ À PRIX MODIQUE même, donner son quitus à une guitare d’étude très bon marché appelle toutefois à la question. Nous avons alors marque et de son collaborateur.voulu juger et jauger, guitare en main, le pourquoi du comment et apprécier le bien-fondé des allégations de la Jacques Balmat a Recital 300 a été conçue en colla- tions sont jouées par quelques-unes des plusL boration avec le célèbre maître luthierchinois Yao Hanson, dont les créa- belles gâchettes du circuit classique à traversle monde. Ce modèle est bâti sur le duo cè- dre/acajou, le premier des bois cité est à l’étatmassif ; le second, plaqué. C’est un choix co- hérent et attrayant, le cèdre procédant gé-néralement d’une plus rapide maturité que son grand rival, l’épicéa. C’EST TOUT DOUXGrâce à un manche finement spécifié, avec beaucoup de soins, la Recital jouit d’un agré-ment de jeu ergonomique et par conséquent très "pédagogique" pour la main gauche. Iloffre une pratique sans douleur de la tech- nique propre au répertoire classique et à sonapprentissage. La touche et ses barrettes se pour débutants du répertoire. révèlent agréables sous les doigts et partici- bien définies, et les graves font entendre les les nuances de jeu sans les trahir, ce qui n’est La caisse traduit pent à la bonne intonation de l’instrument,par ailleurs équipé de sillets en os. Le vernis fondamentales ou les renversements sansaucune proéminence, il y a juste ce qu’il faut. pas la moindre des qualités, les oreilles del’instrumentiste s’habitueront ainsi à entendre brillant ne gêne pas les mouvements de main,il habille la caisse d’une jolie parure qui La Recital produit une sonorité chaude etveloutée, avec un effet de "profondeur" et la réactivité de l’instrument aux variationsde l’attaque des doigts de la main droite, en- concourt à l’aspect plutôt luxueux du modèle,associé à de très jolies mécaniques et une de relief flatteur. Pour qui aime à pratiquerla bossa et autres musiques du soleil, c’est gendrant de fait une maîtrise affinée dugeste. belle rosace. l’instrument taillé sur mesure. La puissanceest plus que suffisante, la caisse délivre un N’OUBLIEZ PAS LA HOUSSE ! BOSSA & CIEL’usage du cèdre est conforme aux attentes son pour le moins vigoureux, et mieux vautne pas vouloir trop en rajouter avec la main Dans le genre "guitare-qui-fait-plus-que-son-prix", la Prodipe Recital 300 se pose en que nous avons vis-à-vis de cette essence.D’emblée, droite, car on atteint tout de même assez ra- sacrée représentante ! Très bien réalisée, elleprésente une sonorité déjà attrayante à peine plaire et séduisante. La propension à produire la réponse acoustique s’avère exem- pidement les limites de la caisse : une com-pression vient "couper" la dynamique ! Très sortie de son carton, un son chaud est bien là, mais nous n’avons bonne initiative, la guitare est équipée en fournie, qu’il conviendra d’acquérir au plus en l’absence d’une housse noté aucun déséquilibre entre les registres,les basses accompagnent et soutiennent les sortie d’atelier des excellentes cordes SavarezCantiga Alliance de tension forte (510AJ). vite pour transporter et protéger au mieuxce très bel instrument. A 429 euros, c’est une mélodies jouées à l’aigu sans envahir la so-norité si on conserve un jeu de main droite Pour obtenir des aigus dynamiques, il fautlégèrement accentuer l’attaque si les doigts guitare remarquable ! homogène. La pratique des accords relèvede la même efficience, les harmonies sont sont dépourvus d’ongles, la Recital 300 ac-croissant beaucoup la rondeur du jeu avec lapulpe des extrémités, au dépens de la préci- Prix : 429 euros, prix public conseillé sion et de l’intelligibilité du discours musi- Style : classique Table : cèdre massif cal. Fond et éclisses : acajou Lutherie : 10 Manche : acajou, avec renforts en Touche : palissandre indien Confort de jeu : 10Son acoustique : 10Rapport qualité/prix : 10 ELLE AFFINE LE GESTEPlus prosaïquement, et en se situant sur un Largeur au sillet de tête : 52,3 mmpalissandre plan strictement pédagogique, la Recital esttrès bonne guitare d’études, bien armée pour Mécaniques : classiques nickelées de luxe, Largeur à la 12boutons imitation ivoire e case : 62,3 mm qualité/prix. ON AIME : ON REGRETTE : la qualité sonore, le rapport à ce tarif, absolument rien. accompagner avec réalisme et musicalité l’in-terprétation des premières études et œuvres Etui/housse : non Version gaucher : non Production : Chine Site : www.prodipeguitars.com

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www.laboitenoiredumusicien.com NUXAC-25 asiatique affine son catalogue et confirme l’excellence de ses rapports qualité/prix. En restant, au moins dansNux a le vent en poupe. Forte d’une excellente implantation commerciale peu ou prou mondiale, la marque

UN PETIT BIJOU

tion et la pertinence des produits. Nouvelle mouture d’un précédent ampli électro, l’AC-25 résume plutôt bien lamaison chinoise procède d’un savoir-faire indéniable, de la conception au marketing, en passant par la fabrica- l’immédiat, centrée sur une gamme de produits spécifiques, mais qui va s’élargissant année après année, la philosophie de la maison telle qu’exposée précédemment. Ouf ! Jacques Balmat entre la guitare et l’ampli. La prise doubleformat jack/XLR du canal 2 est un atout très favorable, tandis que la 1son entrée jack ouvrent la voix à nos guitaresère tout de même un outil utile qui dépanne précis de la planète "Tune Me", mais il est section et Bluetooth, qui transforme l’AC-25 en en-bien. Autre goodie, l’implantation du favorites. En l’absence d’option d’adaptationdu niveau d’entrée à la hausse ou la baisse ainsi diffusée, le niveau de cette dernière seIl devient possible de jouer sur la musiqueceinte de diffusion, puissante et dynamique. par un circuit interne, il faudra négocier l’af-faire depuis le tableau de commandes de la guitare. Ceci fait, le reste est rapide, aisé, ef-ficace ; l’égalisation trois bandes est plutôt diffusion. L’entrée auxiliaire au format jackgérant, dans tous les cas, par l’appareil de bien spécifiée, avec des médiums qui fontquasiment le job à eux seuls ! réglage de volume associé.1/8 présente les mêmes caractéristiques, sans nomie de quatre heures, elle permet une ex-batterie intégrée rechargeable ! D’une auto- Cet ampli est un nomade : il possède une etit sans être mini, discret sans souf- le nombre de canaux utilisés et l’activationde l’ampli. Attention : selon le niveau sonore, ploitation en tous lieux de toutes les fonctions Pplanté dans un très joli coffret. La finitionfrir d’anémie sonore, le nouveauAC-25 dispose d’un châssis im- même quelques belles heures d’utilisationtablement réduite. Mais cela laisse tout de du Bluetooth, l’autonomie pourra être no- en bois et la grille de protection du haut-parleur en font un objet qui pourra trôner housse ou un sac de transport ne soient pasdevant soi. Et on en vient à regretter qu’une au cœur du salon sans donner l’image d’uneverrue sur un beau visage. Dénuée de poignée point faible. Gageons qu’une possibilité d’ac-fournis. Pour un nomade, cela constitue un de transport, la fixation de la sangle fournieavec la machine s’avérera indispensable, car ce désagrément ! En attendant, à moins dequisition en option viendra bien vite réparer les lignes de l’ampli rendent difficiles lesmanipulations, ses formes arrondies « glis- lution d’amplification, dans un format ultra250 euros, Nux propose une excellente so- sant » en effet sous les doigts. Son poids de5 kilos n’en fait pas non plus un objet qu’on portable chic et choc. soulève d’un doigt ! HOMOGÈNEMalgré son petit format et son haut-parleurd’un diamètre de 6,5’’ "seulement", l’AC-25 délivre un son assez plein, avec des basses Polyvalence : 8 étonnantes vu sa taille. Les aigus sont bril- la batterie rechargeable intégrée Rapport qualité/prix : 8 SOIGNEZ VOS EFFETS !Il s’agit d’une amplification de type "deux Les + : le rapport format/puissance, canaux". Fût-ce le fruit d’un bref coup d’œil, est dédié à la guitare, le second au branche-on comprendra tout de suite que le 1er canal lants, mais sans aucun scintillement, ce quifavorise la polyvalence de l’ampli. Et comme Prix : 244 euros, prix public conseillé Technologie : transistors ment d’un micro, d’un signal "line" ou ins-trument, mais en tout état de cause ne né- les médiums ne sonnent pas "durs", ce Nuxprésente une sonorité assez homogène Puissance : 25 watts Entrées : 1 jack, 1 double XLR/jack,1 mini jack cessitant pas de correction ou contrôle autresque le volume. Le canal 2 possède toutefois et douce. Lors du raccordement d’un microvoix, on pourra regretter de ne disposer d’au-cun contrôle de tonalité… Un petit pied ré- HP : 6,5’’, avec tweeter dôme Canaux : 2 Contrôles : 1 EQ 3 bandes, 2 volumes, un niveau de réverbe indépendant, offrantainsi la possibilité de caler des niveaux d’effets tractable aide à parfaire l’inclinaison pourassurer une projection optimale. Effets : réverbe Boucle d’effets : nonmaster, réverbe différents sur les deux tranches. A proposd’effets, l’AC-25 ne possède pas de boucle FONCTIONS ANNEXES Poids : 5 kg Footswitch : non d’effets externes, il faudra donc éventuelle-ment placer ses traitements favoris en amont, L’accordeur intégré, comme bien souventsur un ampli, n’est pas le système le plus Divers : sortie line, sortie casque, Bluetooth, Production : Chine Site : www.laboitenoiredumusicien.comaccordeur, batterie rechargeable

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CHRONIQUES

KEITH RICHARDS

MAIN OFFENDER

(BMG/Warner Music) Le deuxième album solo de Keith Richards restera paradoxalement celui qui P H I L I P déclencha la renaissance des Rolling Stones. Sorti fin 1992, son succès critique CATHERINE/ mit fin aux intentions de Mick Jagger de partir en solo ou même de trouver un PAULO MORELLO/ guitariste remplaçant Keith dans les Stones. Succès compréhensible, avec un SVEN FALLER groupe de haute qualité - les fameux X-Pensive Winos, incluant Ivan Neville au claviers, Bernard Fowler aux POURQUOI chœurs, le bassiste Charlie Drayton, Waddy Wachtel à la guitare et le batteur et coproducteur Steve Jordan. (Enja/L’Autre Distribution) Steve Jordan, aujourd’hui remplaçant de Charlie Watts, a remixé l’album solo original et un show de 1992 au Après Manoir de mes rêves, paru en Town & Country Club de Londres. Les chansons studios sont des hits : "999", "Eileen" et "Hate it When You 2019 et essentiellement constitué de Leave". Le live contient quelques inédits appréciables, des versions alternatives de "Happy", "Before They Make reprises, Philip Catherine et Paulo Me Run", "Whip it Up" et un "999" hyper-funky. Le coffret deux CD contient un livret de 88 pages, des photos Morello, toujours soutenus par la inédites, des archives diverses, mais c’est la musique qui prime. Keith dirige un super-groupe avec tact, contrebasse de Sven Faller (qui signe n’oubliant pas que son grand-père était chef d’orchestre. Romain Decoret également la prise de son), remettent le couvert, cette fois pour un album résolument tourné vers les compo- sitions. Dans l’intervalle, une belle PIERRE LACOQUE & MISSISSIPPI HEAT série de concerts ont permis aux deux MADELEINE complices de trouver leurs marques (Proper Records) et d’affûter leur dialogue. Même si, L’harmoniciste Pierre Lacoque est l’un des secrets les mieux gardés du blues. esthétiquement, la part assumée par Ceux qui l’ont entendu sur scène ne l’oublient jamais. Belge, né en Israël, il Philip prend ici l’ascendant (six pièces commence à jouer à Chicago, protégé par Lil’ Sonny Wimberly du Muddy sur onze, dont le titre éponyme, contre Waters Band. Le truc de Lacoque est qu’il sait s’installer dans une place forte deux pour Paulo), échanges et entre- du blues et y rester jusqu’à ce qu’il devienne populaire. Il est aussi un excellent directeur de groupe. Après lacs mitonnés par les deux six-cor- Chicago, il a été à Memphis, et pour ce nouvel album, l’inspiration est venue de New Orleans. Cette plongée distes conservent tout leur charme, en Louisiane a vraiment le mojo, que ce soit sur "Silent Too Long" ou "Batty Crazy" avec les cuivres de Mark avec une tendance à l’épure qui est Franklin et Kirk Smothers. Des amis de Chicago sont venus jouer aussi et non les moindres : Carl Wearherby spécialement la marque du Philip des sur "Empty Nest Blues", un slow-blues atmosphérique comme il y en a peu. Lurrie Bell, le fils du regretté dernières années. L’unique "standard" harmoniciste Carey Bell, tient la guitare dans "Uninvited Guest" et "Nothing I Can Do". Sans oublier l’organiste convoqué, emprunté au répertoire Johnny Iguana pour "Riding on a Hit" et "Truth Like Rain". Un disque d’une qualité surprenante qui rappelle brésilien ("Inutil Paysagem" d’Antonio un peu le Supersession d’Al Kooper. R.D. Carlos Jobim), donne à lui seul le ton, à la fois léger et bouleversant. Sublime alliage. Max Robin

MATT BOUDREAU

OVNI

(Le Grenier Musique) Une lune incandescente qui menace de s’écraser dans l’eau, à deux pas d’une cabane paumée en plein bush acadien. À la porte, une silhouette d’alien. L’apocalypse en quelques traits de crayon. Après avoir décliné la fin des temps, et des temps heureux, à deux, dans son précédent album, le bien nommé Armaggedon, riche en volutes synth-pop et guitares hypnotiques, le ténébreux Matt de Moncton, Nouveau-Brunswick, revient aux sources boisées. Rien de mieux que quelques cordes acoustiques pour arpéger sa mélancolie, semble dire ce guitariste formé à la six-cordes classique. Voilà pourquoi il a choisi de réarranger quelques anciens titres ("Élise", "Daydreaming", "Goéland", etc.) dans une esthétique folk sans flonflon ni bidouilles électroniques. Une façon de dire que les envahisseurs ne viennent pas forcément d’en haut, et que la vie, ici-bas, est une sacrée "Nébuleuse", à force de chercher l’âme sœur pour « faire l’amour boréal ». Youri

CHRISTOPHE ASTOLFI

SANS RANCUNE

(http://christopheastolfi.com) On sait depuis 2013 (et son premier album) avec quelle musicalité Christophe Astolfi revisite et s’empare du répertoire des valses. La tenue de ce nouvel album (son 3e à ce jour) se signale d’emblée par l’étoffe du corpus assemblé, investi avec goût par Christophe et son partenaire Rémi Oswald à l’accompagnement. Que des "cadors" du piano à bretelles en effet (Viseur, Murena, Privat, Baselli, Azzola), rejoints par l’as incontesté de la six-cordes à trois temps, Baro Ferré ("Minch Valse"), à qui Astolfi avait consacré l’intégralité de son précédent opus. Par le choix de la formule (le duo de guitares), qui impose rigueur et clarté, comme par la qualité de l’interprétation (travail du son, accentuation, phrasé, usage subtil du rubato - écoutez par exemple "Nuit blanche", de Jo Privat, ou le très joli "Allez glissez", toujours de Privat), Astolfi, impeccablement secondé par Oswald, emporte l’adhésion de l’auditeur. Une forme d’évidence guitaristique et d’équilibre souverain est peut-être atteinte justement dans les relectures du grand Jo (Privat), sollicité à cinq reprises, dont l’invention mélodique trouve ici ses affinités les plus électives (cf. "Valsajo" ou "Modern’ Valse" - discret hommage à Baro ?). Savoureux ! M.R.

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HANK WILLIAMS AMERICANA

RICH WHITE HONKYBLUESJR CORNER

(Easy Eye Sound)Ne vous laissez pas tromper par disque (!) du fils de Hank Williams Sr. Plus grand que nature,l’ironie voulue du titre de ce 57e TWILIGHTSJESPER UNDELL capable de calmer le public bruyant d’un juke-joint d’un seulriff de guitare menaçant, Hank Jr est l’un des derniers vrais (Brunnsvik Record)Jesper Undell passe son adolescence à jouer de la outlaws. Le blues coule dans ses veines depuis que son pèreapprit la guitare avec un bluesman des rues nommé Rufus "Tee- guitare acoustique à Ludvika, une petite bourgade et The Band, c’est la révélation ! Ecrit dans sa chambre d’hôpital, où il a été grefféil découvre le songwriting rocailleux de Van Morrison suédoise entourée de rivières et de forêts A 13 ans, Tot" Payne. Pour ce nouvel album, c’est Dan Auerbach des BlackKeys qui est allé chercher le légendaire Hank Jr pour son label Easy Eye Sound. Pas de contrat, juste la parole donnée et desemails indiquant les reprises de classiques de Robert Johnson, ("West Coast Rain"). Sur "Christmas Card", le folk-singer nordique partage le microd’un rein donné par son père, le répertoire de Twilights touche en plein coeur Lightnin’ Hopkins, Muddy Waters, Big Joe Turner, ainsi quequelques titres de "Bocephus" lui-même (le surnom que lui avait avec Klara Söderberg de First Aid Kit, tout comme sur le titre "Dance ", où il estaccompagné au chant par Theo Lawrence. La liste des invités révèle également donné son père). Et puis le premier jour des séances, Jr attenditde voir jouer le groupe d’accompagnement réuni par Auerbach. sur une reprise de The Band ("Twilights"), le joli timbre vocal d’Amy Helm, la fillede Levon Helm, membre légendaire de The Band. A classer quelque part entre Kenny Brown, guitariste de R.L. Burnside, Eric Deaton, bassistede T. Model Ford, et Kinney Kimbrough, fils de Jr Kimbrough, Ray Lamontagne et Van Morrison, les compos folk/americana de Jesper Undellnous offrent un bouquet de ballades roots à la mélancolie douce et rêveuse ("If du label Fat Possum. Après de longues minutes, où le sort del’album était en jeu, Hank Jr déclare : " There Comes a Time"). A découvrir sans plus attendre. Philippe Langlest lancer dans un marathon de trois jours, durant lequel il faitsien "44 Special Blues", une relecture du "32-20" de Robert Johnson,Ok, ça ira…", avant de se & THE DIRTY KNOBSMIKE CAMPBELL "My Starter Won’t Start" d’ Otis Hicks, "Take out Some Insurance"de Jimmy Reed, "Short Haired Woman" de Lightning’ Hopkins, EXTERNAL COMBUSTION(BMG) "Rock Me Baby" de Big Bill Broonzy, B.B. King et Muddy Waterset quelques titres écrits pour l’album, comme "Rich, White Honky Ex-guitariste soliste des Heartbreakers de TomPetty, Mike Campbell est certainement l’une des Blues". Bocephus termine en prenant à contre-pied les béotiensqui voudraient le traiter de républicain raciste, avec l’hymne Atlantique. Après avoir accompagné l’irremplaçable Tom Petty, sur scène et enmeilleures gâchettes encore en activité outre- chrétien "Jesus Will You Come By Here", dans lequel on retrouveen filigrane la prière africaine "Kumbaya". Ce disque est com- studio, pendant quatre décennies, jusqu’à son décès survenu le 2 octobre 2017,puis été sollicité en 2019 par le groupe Fleetwood Mac pour remplacer au pied parable aux premiers enregistrements Sun d’Elvis Presley en54/55. Magistral. R.D. levé le guitariste Linsdey Buckingham sur leur tournée mondiale, Campbellrevient avec The Dirty Knobs. Composé de musiciens aguerris - Jason Sinay(guitare), Lance Morrison (basse) et Matt Laug (batterie) -, le nouveau band de Campbell déroule une belle mécanique rock. Chaque morceau claque comme uncoup de cravache : ça vrombit de riffs stoniens, la rythmique bien en place décape NORTHMISSISSIPPI ("Wicked Mind") pendant que les solos aiguisés de Campbell passent rapidementen mode inflammable. Du très bon classic-rock "à l’ancienne", produit par George

SET SAILSALLSTARS

Drakoulias (The Black Crowes), avec quelques invités, dont la présence de l’ex-Mott The Hopple Ian Hunter au chant/piano sur "Dirty Job", ou encore la prestation (NewWest)Purs citoyens des Mississippi Hills, remarquée de Margo Price aux chœurs sur "State of Mind" et "Cheap Talk", sansoublier le toujours très efficace Benmont Tench (ex-claviers de The Heartbreakers), avec comme compagnons de jeu les fils de Jr Kimbrough, et ac-les fils de Jim Dickinson ont grandi vira les fans de classic-rock et les nombreux fans de Tom Petty. intouchable sur le boogie "Lightning Boogie". Aucun doute, External Combustion Philippe Langlest ra- compagné la plupart des bluesmen du label Fat Possum de Awards -, ils explorent le territoire du R&B de Memphis, invitantCrystal Springs. Pour ce 12 e album - après quatre Grammy SWEET UNKNOWNCERAMIC ANIMAL entre autres William Bell, légende du label Stax, sur "NeverWant to be Kissed". Le groupe a évolué avec l’arrivée du bassiste (Easy Eye Sound/Concord)Créé en 2012 à Doylestown, Pennsylvanie, le groupe Jesse Williams et du chanteur Lamar Williams Jr, tous deux filsde l’un des bassistes tardifs des Allman Brothers. On reconnaît Ceramic Animal est une affaire de famille. Composé son quatrième chapitre, l’écurie Easy Eye Sound (Shannon and The Clams), dirigéclaviers et Erik : batterie) , le quintet a intégré pour par les frères Regan (Chris : chant/guitare, Elliott : bien là le propos original des North Mississippi Allstars, qui estde réunir des familles musicales abordant tous les styles de blues, du country-blues au ragtime, jusqu’à l’âge d’or du R&B.Le Hill-Blues traditionnel des collines du Mississippi illumine par le guitariste et producteur Dan Auerbach. Pour l’enregistrement deUnknownstudios analogiques de Nashville. Robuste et bien ficelée, leur musique puise ses, le groupe a quitté le plancher des vaches de la Pennsylvanie pour les Sweet chansons "Set Sails" se divise en deux parties, qui évoquentdes compositions telles que "Juicy Juice" ou "Rabbit Foot". La racines musicales dans le grenier à pépites des années 70, du classic-rock stonien traité le disque : the "real natural blues", et ça se passe clairementl’optique musicale dans laquelle Luther & Cody Dickinson ont Chris Regan fait sonner sa guitare sur l’étincelant "Up in Smoke", comme une période Sticky Fingers aux riffs glam des premiers T. Rex. Adepte de la ligne claire, dans la troisième décennie du XXImince cadeau… e siècle, ce qui n’est pas unR.D. trop rare pour qu’on passe à côté.mosaïque de carillons à la sauce Byrds. A l’arrivée : avec ses déhanchements psy-ché-rock et sa tonalité americana, Sweet Unknown est définitivement un disquePhilippe Langlest

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CHRONIQUES

BOOK CORNER

RETOUR À sans faute de goût, contée et analysée avec justesse par Belkacem HERVÉ BOURHIS/JULIENSOLÉLIVERPOOL Bahlouli, qui revient sur les quinze opus du folk singer canadien.Admiré autant par Tom Jones que Françoise Hardy, Leonard Cohen (Futuropolis)A l’origine, les deux protagonistes de l’af- s’impose encore aujourd’hui comme une figure iconique et intempo-relle pour plusieurs générations de guitaristes folk. Un ouvrage com- faire - Herve Bourhis (scénariste) et JulienSolé (dessinateur) - sont deux grands fans plet, bien illustré, qui tombe à pic pour démarrer cette nouvelle année2022 en beauté. P.L. des Beatles. Ce que nous confirme ment à mon éducation musicale. Mon père, Jean Solé, a eu la chance de lesJulien : "Les Beatles ont participé grande- ALAIN GOUVRION

ROLLING STONES

voir sur la scène de l’Oympia à Paris, en 1964. Du coup, l’ambiance musi-cale à la maison était très "beatlesienne ". J’adore l’album (Editions du Layeur)Orchestré par l’ex-rédacteur en chef du son des guitares et les morceaux qui y figurent, comme "Eleanor Rigby" et"Taxman"." Revolver, pour le magazinece nouvel ouvrage consacré aux Rolling Rolling Stone, Alain Gouvrion, mation fantasmée des Beatles en 1980. Brouillés quelques années plusCette BD évoque, avec une pincée d’humour très anglais, une refor- du groupe anglais. On y découvre cinq garçons dans le Londres du début Stones revient sur la carrière incroyable tôt, John, Paul, George et Ringo tentent de se rabibocher sous le coupde crayon de Solé. des années 60. Leur nom : Mick Jagger, Keith Richards, Bill Wyman,Charlie Watts et un leader nommé Brian Jones, qui cumule la guitare et qui a eu l’idée un peu folle de cette reformation. C’est un mélange de chro-niques et de scènes avec les quatre de Liverpool complètement réinventées." "C’est vraiment Hervé qui est à l’origine du projet et l’harmonica. En 1969 sortguitariste surdoué Mick Taylor qui, cinq ans plus tard, cédera sa place Let it Bleed, avec la première apparition du Julien Solé nous offre un dessin en noir et blanc plus réaliste que jamais,qui colle bien aux personnages et à l’ambiance des rues de Londres et à Ronnie Wood. Sur 287 pages, l’auteur passe en revue, avec une préci-sion chirurgicale, la saga stonienne (albums studio, live, films et les de Liverpool. A découvrir d’urgence ! Philippe Langlest Pointilleux sur l’iconographie, Alain Gouvrion nous raconte avec unenthousiasme communicatif la planète Rolling Stones qui, en 2022,expériences solo plus ou moins réussies des membres des Stones). ANTOINE DE CAUNES(Sonatine)PERSO devrait faire une halte en France pour quelques concerts. Increvables,on vous dit ! P.L. Personnalité incontournable du PAFdepuis quatre décennies, Antoine de Caunes électrise le petit écran en 1978 PHILIPPE MANŒUVRE

FLASHBACK ACIDE

avec son émissionen live depuis le Théâtre de l’Empire à Chorus, qu’il présente (Robert Laffont)Après le succès de Paris, invitant le meilleur de la scène rock nœuvre revient avec un nouvel ouvrage Rock, Philippe Ma- anglo-saxonne de l’époque : XTC, Tom rempli de décibels et de riffs métalliques.On le suit dans ses pérégrinations rock, Acteur, réalisateur, scénariste et animateur radio, de Caunes ouvre laplus tard aux commandes des Petty, The Clash, etc. On le retrouveraEnfants du Rock, Rapido ou Houba Houba. dontScorpions en Russie, une rencontre une visite animée du groupe boîte à souvenirs et revient avec un humour espiègle sur les momentsforts qui ont jalonné sa vie. On le retrouve adolescent, batteur du majeure avec David Bowie et un séjour groupe Wha Babe !, on le croise à Londres découvrant les Kinks et les avec tendresse sur son amitié indéfectible avec le parrain du punk Marc épique avec Lemmy Kilmister. Il revient Beatles. Connaisseur, l’auteur s’arrête avec émotion sur sa passion sans Zermati, sans oublier les Rolling Stones, Led Zeppelin et The Stooges.Le rock critic passe à confesse et remet de l’ordre sans tabou sur ses une bonne tranche d’anecdotes, au ton "de Caunesque", riche en ren-contres musicales et en moments de complicité jubilatoires.faille pour Bruce Springsteen. A l’arrivée, Perso nous offre sur 410 pages P.L. addictions de jadis (cocaïne, speed, Jack Daniels). Moralité : du grandManœuvre, hanté et inspiré, grand témoin d’une époque épique etdéjantée. P.L. BELKACEM BAHLOULI(Editions du Layeur)LEONARD COHEN PHILIPPEMANŒUVREQUIZ ROCK années 70, Leonard Cohen est avant toutun songwriter exceptionnel. En 1967, leArtiste majeur de la musique folk des (Hugo Desinge)Vous êtes incollable sur la cul-ture rock ? Tous genres confon- Cohend’entrée deux diamants bruts sur son premier jet,, avec "Suzanne" et "So Long, Marianne". Cohen ne ressemble àchanteur-guitariste montréalais affiche Songs of Leonard lames de la planète ? Composé de 250 cartes avec 480 questions miton-dus ? Vous connaissez les faitsd’armes des meilleures fines boisés le classent à part. Auteur, entre autres, du hit sacré "Hallelujah",popularisé par le regretté Jeff Buckley, Cohen a connu au cours de sapersonne, sa voix grave et ses ballades mélancoliques aux arrangements nées au cordeau par Philippe Manœuvre himself, cepour vous. Tous les genres musicaux du rock y sont présents : du metal Quiz Rock est fait carrière tous les hommages (de U2 à Nick Cave). Une carrière artistique à la brit pop, en passant par le grunge et le glam rock.Indispensable pour aborder ce nouveau printemps en beauté. P.L

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ZOOM

MARION

RAMPAL

FOLK FAIRY TALE

«M tonner en rond »nouvel album,arion Rampal a toujours été une empêcheuse de chan- ,Tissé résume sa bio. (Les Rivières Souterraines), Pas faux. Dans son phoniste de jazz Archie Shepp ! Piers Faccini et la batteuse AnnePaceo sont également invités à ce festin nu. Au fil de ces dentelles l’autrice-compositrice marseillaise tisse de délicates fresques entre cha-leurs afro-américaines et douceurs folk européennes, naviguant entre mêlés.tout sauf mécaniques, Marion Rampal dévoile soncréolisé, Marion convoque De sa voix suave, sans filet, et avec son verbe délicatement Île aux chants elle a appelé le guitariste de rock progressif et de jazz fusion charentaisblues, soul, jazz et musique cajun. Pour ce voyage au cœur des folklores, folklore louisianais. »qui s’est rendue deux fois à La Nouvelle-Orléans pour trouver sa La beauté, certes, mais aussi l’authenticité, elle « la beauté naïve des musiques cajuns, du Matthis Pascaud, co-compositeur et réalisateur de ce sublime album. tette Square One, sorti deux albums solo et accompagné Ayo, HughUne plume que tout le monde s’arrache, Pascaud ayant fondé le quar- voie et poser sa voix dans ce melting-pot musical.des musiciens, des répertoires cajuns et créoles qui sont en lien avec le quo- "Là-bas, au contact Dans ce projet, Matthis l’impressionniste a remisé les amplis pourColtman, Sly Johnson et la chanteuse haïtienne Benjamin Moonlight. tidien, avec la vie dans ce qu’elle a de joie et de tristesse, au contact de leursimaginaires aussi, j’ai trouvé ma voix et mon chemin, une route qui m’au- enarpéger et digresser cordes sensibles. torise aujourd’hui à être dans une économie de moyens au plus près de sophone) et des confidences de piano. Le tout jusqu’à l’épure, telleIl y a également là des cuivres sensuels (trombone, tuba, soubas- l’émotion, dans la justesse. Avant je recherchais le beau, aujourd’hui, je l’hypnotique complainte Calling to the forest, avec le légendaire saxo- à RFI. Unpréf ère le vrai !", Tissé expliquait-elle fin mars dans une interview accordéehaute couture. Texte : Youri - Photo : Alice Lemarin

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COURRIER DES LECTEURS

Coups de cœur ou coups de gueule, cette rubrique est la vôtre ! Alors, n’ hésitez pas à nous con tacter à l’adresse suivante : acoustic@editions-dv.com

MERCI À GEORGES

ET MERCI À PATRICK !

En parcourant ce 77e numéro célébrant Bonjour le 100e anniversaire de la mort du "Bon Je voudrais vous féliciter pour le très beau témoignage de David et maître", je me suis téléporté seize ans Lévis Reinhardt sur les nouvelles plumes de leur famille. Pas simple plus tôt. Je ressors le n°6 de Guitarist de s’y retrouver dans l’arbre généalogique de Django et du jazz Acoustic et tombe sur une rencontre avec manouche, mais cet article permet, de manière très vivante, de faire Eric Bibb à l'aéroport de Brest, venu jouer à Cast dans le Finistère. un nouveau tour de la question. Et puis, l’interview de la guitariste Patrick Verbeke avait participé au Festival du Blues de Binic. Un Katia Schiavone prouve que cette grande famille a de beaux jours type barbu qu’aurait bien apprécié un autre joueur de blues à la fran- devant elle ! Richard çaise, mais moustachu, lui. Brassens savait mieux qu’aucun autre mettre en musique la Camarde tout en cultivant le bon sens. Merci Cher Richard, également d’avoir pensé à Jean-Michel Caradec, qui a précédé Bras- En effet, l’esprit Reinhardt n’est pas prêt de s’éteindre tant la famille, de sens sur scène. Soïg Sibéril - autre Breton - brille sans doute pour chair ou de cœur, de Django est vaste et ne cesse de se renouveler. Une fois lui... Kenavo ! Philippe de plus, notre ami David nous a apporté ses lumières pour faire le point sur les héritiers de Django. La suite dans un prochain numéro ! Cher Philippe, La rédaction Brassens, Bibb, Verbeke, Sibéril… Que de virtuoses qui nous enchantent depuis tant d’années ! Comme vous le soulignez, les ponts entre ces artistes sont bien plus nombreux qu’on ne le pense. La rédaction

BLUESOLOGIE

Bonjour Abonnée depuis une poignée d’années et fondue de blues, je me suis Bonjour régalée avec votre dossier sur quelques légendes du blues et découvert Un petit retour sur votre dossier sur les accordeurs, complet avec son Elizabeth Cotten grâce à vous ! Vous êtes le premier magazine dans historique et le comparatif. Voilà un objet passé sous silence, alors lequel je lis un article sur cette artiste… Comment expliquer qu’on qu’il est primordial pour nous autres, guitaristes. La justesse, ce n’est parle si peu souvent des blues women, pourtant si présentes dans le pas rien, non ? Basile blues ? Le combat continue ! Lucie Cher Basile, Chère Lucie, Vous pointez du doigt une question que nous nous posons depuis des années Vous avez raison : le combat pour la parité continue, car les vieux réflexes et, en effet, la justesse est primordiale : pour donner le La, encore faut-il machistes ont la peau dure. De Bessie Smith à Elizabeth Cotten, en pas- l’avoir préalablement trouvé. Voilà pourquoi nous testons régulièrement sant par Rosetta Tharpe, les femmes n’ont cessé d’enrichir le blues, toutes les accordeurs du marché et avons proposé un dossier dans le dernier esthétiques confondues, et ses styles de jeu. Voilà pourquoi nous voulions numéro. également mettre à l’honneur la nouvelle pépite de la scène americana, En espérant que vous avez trouvé le bon modèle… et la note juste qui Amythysth Kya. Hommes, femmes… la musique se moque des modes va avec ! La rédaction d’emploi. La rédaction

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CLUB

LECTEURS

Voici quelques pépites bouillonnantes à écouter pour passer le printemps en beauté.Attention, le mode de fonctionnement a changé ! Désormais pour participer, il vous suffit de vous rendre sur sur la pagewww.guitaristmag.fr/jeuxconcours Indiquez bien sûr le titre de l’album que vous souhaitez recevoir. Au nom de la loidu club « Guitarist Acoustic », les premiers arrivés seront les premiers servis., et de remplir le formulaire.

& THE DIRTYMIKE CAMPBELL

BMG vKNOBSous offre 10 exemplaires X 10 BIRÉLI LAGRÈNE du nouvel album debell & The Dirty KnobsCombustionclassic-rock et boogie., un recueil de pépites Mike Camp-, External 10 exemplaires deLe labelX 10 PeeWee! vous fait gagner qui se livre pour la première fois ànouvel album de Biréli Lagrène Solo Suites, le, Les 10 premiers mails arrivés à larédaction remporteront un lot. l’exercice du solo. Déjà collector !Les 10 premiers mails arrivés à la rédaction remporteront un lot. BAPTISTE Soleil BleuW. HAMON vous fait gagner 10 X 10 MELKONY exemplaires du nouvel album de Label OuestPROJECT Baptiste W. Hamonlumière, dans lequel le songwriter-, Jusqu’à la plaires du premier album de vous offre 10 exem- X 10 baroudeur français décline ses in- kony Projectla chanteuse Louise Perret et du, duo constitué de Mel - fluences country et dylanesques.Les 10 premiers mails arrivés à la virtuose du jazz manouche GwenCahue. rédaction remporteront un lot. à la rédaction remporteront un lot.Les 10 premiers mails arrivés TEDESCHI- Fantasy Recordsexemplaires du double CD album,TRUCKS BAND vous offre 5 X 5 LEÏLA DUCLOS Layla Revisited - Live at Lockn’ Continuo Jazz10 exemplaires deX 10 vous fait gagner FestivalTrucks des Allman Brothers et de, du neveu de Butch premier album de la jeune song- Fille de feu, le son épouseLes 5 premiers mails arrivés à la Susan Tedeschi. closet le jazz manouche.writeuse jazz française, mariant la chanson française Leïla Du - rédaction remporteront un lot. Les 10 premiers mails arrivés à larédaction remporteront un lot.

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